Bêta : Nanola

NDA : encore un chapitre plutôt doux, enfin, doux dans le sens de transition, hein ^^. J'espère qu'il vous plaira. Bonne lecture !


Chapitre 37

.

Les différentes préparations


En raison de leur histoire et de leur descendance, les différentes espèces du Monde Libre s'imaginent encore que les Monoïques sont des êtres facilement manipulables, naïfs et sans grand caractère.

Néanmoins, quiconque a pu avoir la chance de rencontrer des Monoïques ou même, suprême honneur, d'en épouser un, sait pertinemment que cette idée n'est que simple fiction. Il n'est pas bon, face à des Monoïques, d'oublier qu'ils sont aussi intelligents, charmeurs et terriblement rusés. Ce qu'ils n'obtiennent de nous par la force, nous leur offrons généralement de nous-mêmes avec le sourire.

« Les différentes espèces du Monde Libre » - Chapitre 14 ''Les Monoïques '' - Basile Beasth

… … …

Ayase se mit à bouger, à marmonner dans son sommeil visiblement de plus en plus léger. Les autres hommes le fixèrent, tous perdus dans leurs pensées.

« J'aime Ayase d'une façon que tu n'imagines même pas, » murmura Charlie au bout d'un instant, ses doigts toujours emmêlés aux boucles brunes.

L'Oméga se mit à geindre tout doucement, il se tourna et enfouit son visage contre le ventre de Charlie.

« Ayase ? » souffla le Bêta « Tout va bien, mon amour ? »

L'homme se redressa lentement, toujours tourné vers son compagnon. Il se serra un peu plus contre lui si c'était possible, passa ses bras autour du cou de Charlie et posa sa tête sur l'épaule parsemée de taches de son.

« J'ai fait un drôle de rêve, » marmonna-t-il d'une voie embrumée.

« Vraiment ? »

« Oui... j'étais un papillon, enfin, j'étais petit comme un papillon et j'avais des ailes, comme eux. Mais je me suis fait attraper par des mantes religieuses. Elles m'entouraient, me touchaient. J'aimais pas ça, je crois qu'elles allaient finir par me dévorer. »

« Tu es avec moi, il n'y a pas de mantes religieuses même si tu as la beauté et la grâce d'un papillon, » répondit Charlie en embrassant les cheveux fous.

Ayase se mit à rire doucement, finissant de se réveiller. Puis il se décolla de son mari afin de se tourner vers les autres personnes présentes autour de lui.

« J'ai beaucoup dormi ? »

« Draco a posé la même question il y a de ça quoi, une demi-heure ? » se moqua gentiment Gabriel.

Ayase sourit, il s'installa confortablement contre Charlie, de la même façon que l'était Draco : assis entre les jambes du dominant, le dos contre son torse. Charlie posa aussitôt ses mains en coupe sur le ventre tatoué et bécota le cou de l'homme.

« Eh bien, que de tendresse, » fit Ayase. « Vous avez parlé de quoi ? Je sens que mon compagnon est quelque peu troublé... et aussi très en demande de câlins. »

« De l'amour, » répondit Draco. « Et du fait que tu as tout abandonné pour Charlie. »

Ayase le dévisagea avec des yeux ronds, ainsi que les autres hommes.

« Tout abandonné ? »

« Abandonné le fait de pouvoir un jour quitter ta meute et rejoindre définitivement le Temple, » précisa Antinoüs.

Cette fois, Ayase fronça les sourcils et leva son visage vers Charlie.

« Charlie, autant de jalousie est ridicule. Et oui, c'est un choix que j'ai fait, que j'assume et que je ne regrette nullement, » déclara fermement Ayase.

Le silence retomba dans leur petit cercle avec pour bruit de fond les cris et discussions des autres Lycanthropes installés dans la clairière.

« Tu veux boire ou manger quelque chose ? » demanda Charlie à son compagnon.

Ayase hocha la tête. Bien vite, un plateau de fruits fut déposé devant lui dans lequel il piocha.

« Draco, tu devrais manger, toi aussi, » fit Harry.

« Bon sang, mais tu vas arrêter avec ça ? » s'énerva Draco. « Je t'ai dit que je n'avais pas faim ! »

Il rougit d'un coup, plaqua sa main devant sa bouche et baissa les yeux, laissant un Harry estomaqué et des Monoïques pour certains hilares, pour d'autres suspicieux.

« Eh bien, tu sors les griffes, petit loup ? » le taquina Ayase.

« Je suis désolé, Harry, pardon. »

La voix si faible et surtout si craintive de Draco fit disparaître tous les sourires.

« Tu as le droit de t'exprimer, Draco. Et aussi celui de m'envoyer balader si tu penses que je piétine un peu trop tes plates-bandes. Même si je préférerai que tu ne le fasses pas, bien sûr, » fit Harry sans aucune colère.

Draco redressa son nez, il vint le frotter dans le cou de Harry et lui déposa un rapide bisou timide sur la joue.

« C'est ce genre de comportement qui me surprendra toujours, je crois, » rebondit Antinoüs. « J'ai l'impression que vous êtes... tellement soumis envers vos dominants ! »

« Nous sommes des Lycanthropes soumis. Ce qui ne veut pas dire que nous ne sommes pas respectés, » intervint Ayase. « Nos dominants prennent soin de nous. »

Antinoüs secoua la tête, clairement dubitatif.

« Tu n'arriveras jamais à me convaincre, Ayase. Cet aspect-là de ta vie me sera pour toujours étranger, je le crains. »

« Charlie me respecte, » continua pourtant l'Oméga.

« Il a signé le contrat d'union avec le Temple, il n'a pas le choix, » intervint Gabriel.

« Il ne s'agit pas que de cela ! » protesta une nouvelle fois Ayase.

« Pourtant... » continua Antinoüs. « Regarde comme Draco était apeuré à l'idée d'avoir contrarié Harry ! »

« C'est à cause de son passé ! » s'écria Ayase.

Draco baissa rapidement le nez.

« Vraiment ? » insista Antinoüs. « Je ne pense pas... Vous êtes sous la coupe des dominants ! Regarde comme vous êtes affaiblis en raison de cette compétition et de toutes leurs... phéromones, auras ou je ne sais quoi ! Draco avait peur devant cet imbécile de Cormac ou devant d'autres mâles, pourtant, il n'arrivait pas à s'éloigner d'eux. » Antinoüs attrapa une de ses tresses qu'il entortilla nerveusement autour de son doigts. « Je ne trouve pas cela sain, c'est comme si les dominants pouvaient vous faire faire ce qu'ils veulent ! Et ça, comment vous pouvez le faire cohabiter avec les directives du Temple et du contrat de mariage ? Avec votre liberté ? Notre liberté, à nous, Monoïques ! Vous ne pouvez rien faire face à cela, et nous, nous ne pouvons vous éloigner définitivement de votre meute sans risquer vous voir dépérir et mourir ! »

« Antinoüs, calme-toi, » tenta Sylvanus, avisant les visages pâles et défaits des deux Omégas.

« J'ai promis à Ayase, lorsqu'il m'a choisi, de ne jamais abuser de mon aura sur lui, » fit Charlie. « Et je trouve que tu... »

« Pourtant tu l'as fait, » le coupa la petite voix de Draco. « Tu l'as fait, une fois, Charlie. »

Le garçon leva ses yeux clairs vers les bleus, puis vers Harry. Les Lycanthropes sentirent sans peine son angoisse grandissante, sa peur et sa détresse. Les Monoïques ne furent pas aussi touchés mais ils virent eux aussi l'état de Draco et en saisirent le sens.

« C'est vrai, tu as raison. Et je ne m'excuserai sans doute jamais assez pour le mal que je vous ai fait à tous les deux ce jour-là, » admit Charlie.

« Ce n'était rien, Charlie, ce n'est pas grave, » dit Ayase.

« Et toi, Harry ? Tu le feras ? Est-ce que tu m'obligeras à faire des choses que je ne souhaite pas ? »

Le dominant sembla mal à l'aise devant le regard suppliant de son futur compagnon.

« Je... Je ne sais pas, Draco. Je suis un futur Alpha, alors je sais que parfois, je serais sans doute très... dominateur. »

Le fin visage du plus jeune sembla s'effondrer alors que ses yeux se mettaient à briller.

« Mais je te promets d'essayer, je te promets que je ferai tout pour te laisser le plus de liberté possible. »

Draco hocha la tête en déglutissant avec difficulté.

« N'oublie pas, loup, que tu t'es aussi engagé envers le Temple. Nul Monoïque ne doit être contraint, » le reprit vertement Gabriel. « Il te faudra plus que simplement essayer, tout futur Alpha que tu es ! »

« Ça me dépasse, vraiment ça me dépasse ! » s'écria Antinoüs en se redressant. « Je... » il s'arrêta brusquement alors qu'Ayase le regardait, lui aussi les yeux remplis de peine. « Pardon, mon frère, mais c'est comme si une partie de toi était morte le jour où tu as été mordu. »

« Non... Non, c'est faux. Charlie m'a offert tout ce que je désirais. C'était ce que je voulais, » murmura Ayase.

« Antinoüs, Gabriel, je vous en prie, mes frères, vous leur faites du mal, » intervint une nouvelle fois Sylvanus.

Antinoüs garda le silence un instant. Ayase s'était de nouveau réfugié dans les bras de Charlie, le visage caché. Quant à Draco, il était livide.

« Je crois que j'ai besoin d'être un peu seul. Je retourne à la tente et vous y attendrai, » fit Antinoüs, dépité.

Le Monoïque s'en fut, sans rien ajouter de plus.

« Calme-toi, Ayase, calme-toi, mon amour, » chuchotait Charlie en câlinant tendrement son amant. « Que se passe-t-il ? Tu es épuisé, c'est vrai, tu dors mal et là, je te sens si faible. »

« Je ne sais pas, » répondit tout aussi doucement l'Oméga.

Draco les regardait, une boule au ventre. Harry avait lui aussi passé ses bras autour de sa taille et ses mains reposaient sur son ventre, sur son tatouage. Pourtant, ce geste doux, dont il avait si souvent rêvé, ne lui apportait pas le réconfort désiré. Les paroles des Monoïques et des différents Lycanthropes qu'il avait rencontrés, pour son plus grand malheur parfois, se battaient dans sa tête.

Les bras autour de lui se resserrèrent un peu plus, les mains se mirent à bouger doucement sur son ventre et enfin, des lèvres embrassèrent sa tempe.

« Je te promets de tout faire pour que tu sois heureux, Draco, » murmura Harry.

« D'accord, » répondit Draco en fermant les yeux.

Les caresses de Harry se firent enfin relaxantes, tout autant que son aura, douce et protectrice, autour de lui qui semblait le bercer. Draco se sentit proche de sombrer de nouveau dans le sommeil tant il était éreinté, quand la voix de l'Alpha le fit sursauter.

« Charlie, Harry, les premières délégations s'en vont. Il faut que vous veniez. »

Draco ouvrit les yeux, il découvrit alors que contrairement à lui, Ayase s'était déjà rendormi. Charlie le réveilla en douceur pendant que l'Alpha reprenait.

« Draco doit être tenu à l'écart jusqu'à la cérémonie. Ayase, tu t'en occupes ? »

« Oui, Alpha, » répondit le concerné en se levant avec difficulté.

Gideon le regarda, un pli soucieux barrant son front.

« Peut-être devrais-tu laisser les Monoïques s'en charger et te reposer ? Tu as mauvaise mine, mon enfant. »

Ayase secoua la tête.

« Non, je tiens à m'occuper de Draco jusqu'à son union. Ensuite je pourrai me reposer. »

« Bien... Mais fais-le vraiment, je ne veux pas que mon Oméga tombe malade. Charlie, je compte sur toi pour veiller à ce que ton époux se repose réellement. »

Sans attendre de réponse, l'Alpha partit en direction d'un groupe qui attendait à l'opposé et à la bordure de la clairière, prêt au départ.

Draco se leva à son tour. Il regarda Charlie et Ayase qui s'embrassaient avec tendresse, chacun semblant picorer les lèvres de l'autre. Ils étaient beaux tous les deux, car débordant d'amour l'un envers l'autre.

Une main sur son épaule le fit se retourner vers Harry dont les yeux verts le dévoraient. Le jeune Oméga sentit une vague de chaleur l'envahir alors que la main voyageait désormais sur sa clavicule, puis son cou, avant de se glisser sous les mèches blondes pour se poser sur sa nuque. Le pouce de Harry fit des petits cercles sur la peau fine juste sous l'oreille du garçon, lui envoyant de délicieux frissons dans le ventre. Puis Harry abaissa son visage afin de poser ses lèvres sur la bouche déjà entrouverte de Draco. Ce fut naturellement que leurs lèvres bougèrent en cœur, puis que leurs langues se rencontrèrent et se caressèrent de façon lente et langoureuse.

Draco ferma ses yeux, se laissant totalement emporter par les douces sensations. Il aimait réellement embrasser Harry, c'était si réconfortant, si agréable, si doux. Des petites décharges de plaisir explosaient un peu partout dans son corps, bien que l'essentiel reste dirigé sur sa bouche, son ventre et ses reins.

Enfin, ils se séparèrent, Draco rouvrit les yeux tout en prenant une longue inspiration.

« Il faut penser à respirer, mon petit, sinon tu risques l'asphyxie, » se moqua gentiment Sylvanus.

Harry se mit à rire, il embrassa une nouvelle fois les lèvres un peu rougies de son futur compagnon puis le prit contre lui.

« On se voit demain soir, Draco. »

« D'accord, » fit l'Oméga en passant ses bras autour de la taille du dominant. « Tu ne vas pas changer d'avis d'ici là ? »

« Non, aucun risque. »

Le mâle embrassa une dernière fois les cheveux blonds avant de s'éloigner lui aussi et de rejoindre Gideon.

« Bien, allons-y, » déclara Ayase.

Personne n'interrompit de quelque manière que ce soit leur marche vers la tente réservée aux Monoïques. Pourtant, Draco croisa plusieurs Lycanthropes qu'il connaissait bien, mais tous faisaient comme s'ils ne le voyaient même pas.

« Pourquoi tout le monde a fait comme si nous n'existions pas ? » se décida-t-il à demander alors qu'ils entraient dans la cabane.

« Parce que ta nouvelle quarantaine a débuté, Draco. Tu es intouchable jusqu'à ton union. Demain soir, avant le début de la cérémonie, des soumises viendront pour finir de te préparer. Mais jusqu'à ce moment, tu dois rester cloîtré. Ici ce sera parfait. Les Lycanthropes ont leurs rites, mais nous avons aussi les nôtres que nous allons pratiquer, » expliqua Ayase en refermant la porte.

Draco avisa que les yeux noisette de son ami parcouraient rapidement la pièce. Le visage d'Ayase s'affaissa un peu alors que Draco comprenait que l'homme qu'il cherchait n'était pas là.

« Antinoüs ne doit pas être loin, Ayase, rassure-toi, » le consola Gabriel.

« Maître, je ne comprends pas sa réaction. Je le vis comme un rejet. »

« Il n'en est rien, bien au contraire. Je pense, non, je sais que c'est Antinoüs qui a le sentiment d'être rejeté. Il a toujours su quelles étaient les conséquences de ton union avec un Werwulf mais il ne les avait tout simplement pas encore comprises. Je pense qu'Antinoüs avait l'espoir que si un jour vous vous retrouviez veufs tous les deux, ce qui d'ailleurs est très probable pour lui étant donné que son époux n'est que simple humain plus âgé que lui, vous finiriez votre vie ensemble au Temple, comme Benjamin et moi. »

À la surprise de Draco, les yeux d'Ayase se remplirent de larmes. L'homme essaya de les contenir un instant, avant de craquer et de se réfugier dans les bras du Monoïque plus âgé en sanglotant.

« Ayase... » murmura Draco, désemparé.

« Calme-toi, mon jeune frère, calme-toi. Tu n'es pas responsable des désirs de ton ami et de celui qui fut pendant si longtemps ton amant au Temple durant votre jeunesse, » le consola Gabriel.

« J'ai l'impression de l'avoir trahi et de trahir aussi mon compagnon, » pleurait Ayase.

« Tu es fatigué et trop sensible, mon frère, » intervint Sylvanus en s'approchant et en embrassant les boucles brunes. « Tu devrais t'allonger et te reposer. Nous allons expliquer à Draco ce que nous allons faire, tu n'as pas besoin de participer. »

« Et rassure-toi, tu ne trahis personne, tu entends ? » poursuivit Gabriel.

« Charlie, il a douté, je l'ai senti, » se plaignit Ayase.

« Non, non, il a simplement compris ce qui se passait au Temple, au moins en partie. Ce n'était que jalousie d'homme, c'est tout. Ce sentiment n'a pas sa place au Temple, tu le sais, lui l'ignore encore. Tu auras le temps de parler avec lui, de lui expliquer. Il comprendra, j'en suis certain. »

Ayase finit par se calmer. Gabriel le recula et sécha les joues étrangement pâles de l'Oméga de sa paume.

« Ayase ? » fit de nouveau Draco.

Le voir aussi fragile, affaibli, lui faisait un peu peur. Ayase se retourna et tenta un faible sourire.

« Ce n'est rien, Draco, juste une très grande fatigue. »

Comme pour affirmer ses dires, Sylvanus s'empara de la main de l'Oméga. Il le conduisit jusqu'à la natte qu'il étendit complètement. Il rajouta des coussins et incita Ayase à s'allonger. Sylvanus recouvrit ensuite le corps de l'homme d'un fin tissu avant de lui embrasser le front avec une infinie tendresse.

« Dors, mon jeune et aimé novice. Dors. »

Obéissant, Ayase ferma ses yeux.

« Bien, Draco, nous avons du travail qui nous attend, » déclara Gabriel alors que Sylvanus s'asseyait aux côté d'Ayase en lui caressant les cheveux. « Tu nous rejoins après ? » demanda-t-il à l'autre membre du Conseil.

« Oui, dès qu'il s'est endormi. »

Gabriel hocha la tête.

« Draco, allume le feu et prépare le chaudron. »

« Qu'allons-nous faire, Maître ? »

« Quand il se marie, un Monoïque reçoit un héritage du Temple. Et il se doit d'en faire le jumeau. »

Draco fronça les sourcils. Gabriel lui sourit tout en fouillant dans un petit sac posé sur la table. Il en sortit une bourse en cuir, visiblement pleine. Le jeune Oméga regarda avec curiosité alors que l'homme l'ouvrait.

« Voici ton héritage, Draco, fait pour toi par tes frères au Temple. »

Le garçon ouvrit de grands yeux. Dans la paume ouverte brillait une pierre ronde, noire striée de blanc.

« La pierre aller-retour, » murmura Draco.

Gabriel la prit et la lui posa dans la main.

« Elle est pour toi, jeune novice. Cette pierre est le symbole tangible du lien qui nous unit, nous autres Monoïques, et la preuve que le Temple sera ton refuge à jamais. Tu peux venir au Temple quand tu le souhaites, dès que l'envie, le besoin ou la nécessité se fait sentir. C'est ta maison, Draco. Tu devras aussi nous y rejoindre afin de finir tes études. Contrairement à tes jeunes frères, tu as encore des lacunes en ce qui concerne nos traditions, notre histoire. Te connaissant, cela ne devrait pas te prendre très longtemps avant de les combler. Tu vas devenir un époux, et de ce fait, un maître. L'enfant que tu as nommé est déjà ton élève. Tu devras venir au Temple régulièrement afin de le rencontrer, de l'aider, de l'aimer. Puis, tu seras aussi appelé à participer à l'enseignement des plus jeunes. Que cela soit pour la théorie ou pour la pratique. »

« Pratique ? » l'interrompit Draco.

« Oui. Je sais que tu as des talents indubitables en danse. Tu pourras leur apprendre. Mais il ne s'agit pas que de cela, comme je me doute que c'était aussi le fond de ta question. Tu participeras également à des Présentations en tant que gardien cette fois. Et tu participeras aussi à des initiations. »

Les yeux gris s'écarquillèrent.

« Moi ? Mais... non, je suis... C'est impossible ! »

« Et pourquoi ? »

« Eh bien... Je suis un Lycanthrope, je pourrais les blesser, » tenta de se justifier Draco.

« As-tu blessé Paul ? »

Le garçon rougit et baissa les yeux à la mention du fait que Paul et lui avaient été amants.

« Non... » murmura-t-il.

« Alors tu ne blesseras pas non plus le novice. »

« Mais... » Draco se tortilla, mal à l'aise. « Mais je serai uni. Avec un dominant. Je ne suis pas sûr que je pourrais, du coup, faire ce que je devrais faire. »

« Ayase a toujours pu, » intervint à son tour Sylvanus qui s'était redressé, l'Oméga brun étant profondément endormi. « Ta lycanthropie ou le fait que tu sois uni, Oméga ou que sais-je encore, ne sera pas un frein. »

Draco se mordilla les lèvres, tout en réfléchissant.

« Je... Je suis, en fait, je suis très honoré de votre confiance, Maîtres, mais je ne me sens pas prêt à assumer une telle responsabilité. »

« Ne t'inquiète pas, tu es encore bien trop jeune et de l'eau aura coulé sous de nombreux ponts avant que le jour où tu ne deviennes gardien ou initiateur n'arrive. »

Draco regarda Sylvanus qui lui souriait. Il sourit en retour.

« Merci, Maître. Je serai digne de votre confiance et digne de ma caste le jour où cela arrivera, je vous le promets. »

Le garçon retourna à la contemplation de la pierre noire dans sa main. Elle était parfaitement lisse, ronde et étrangement réconfortante.

« Maintenant, il va nous falloir créer ta pierre de retour, » annonça Gabriel en sortant de son sac plusieurs ustensiles que Draco ne connaissait pas ainsi que plusieurs petits sacs en cuir. « Pour cela, il va nous falloir de la terre, une pierre, de l'eau et un petit morceau de branche d'un arbre ou arbuste, tous provenant de ce lieu. La magie et un bon chaudron feront le reste. »

« Bien, Maître, » acquiesça Draco avec révérence.

Antinoüs ne revint que plusieurs heures plus tard, alors que la pierre magique se formait sous l'œil émerveillé de Draco dans le chaudron rempli d'une mixture qu'ils avaient également fabriquée. Le Monoïque ne dit rien mais s'installa aux côtés d'Ayase qui dormait toujours.

« C'est étrange qu'il dorme autant, non ? » fit l'Oméga.

« Ou non, » répondit évasivement Sylvanus. « C'est votre nature Oméga et peut-être bien autre chose encore. Tu devrais te reposer aussi, Draco. Si j'ai bien compris, le jour qui s'annonce demain sera éprouvant pour toi.

Draco haussa les épaules.

« Quoi d'autre, Maître ? Tu as dit qu'il y avait peut-être autre chose, c'est quoi ? »

« Nous le saurons bientôt, » fit Sylvanus en gardant son étrange sourire, faisant froncer les sourcils du plus jeune Monoïque.

Finalement, Ayase se réveilla peu avant l'heure du souper, au moment où la pierre blanche, tout aussi ronde et polie que sa jumelle, était sortie du chaudron par Gabriel. Antinoüs le prit contre lui et lui embrassa ses boucles brunes emmêlées. Draco les regarda faire, son ouïe en alerte. Cependant, il ne put entendre ce qu'ils se murmuraient. Gabriel lui avait jeté un regard sévère avant de se mettre à parler d'une voix forte, lui ôtant de ce fait toute possibilité d'espionner.

Draco se reconcentra donc sur sa pierre, ou plutôt ses pierres, qu'il admira enfin sans retenue tout en écoutant Gabriel qui lui en expliquait le fonctionnement.

Après plusieurs minutes, Sylvanus s'étira et vint s'asseoir sur la natte en compagnie d'Ayase et Antinoüs. Il invita Gabriel et Draco à les rejoindre.

« Allez, mangeons. Ensuite nous dormirons. Demain matin je retourne à Traverse afin d'informer les représentants du Monde Libre de ton union, Draco. Enfin, pour ce qui les concerne. Je préviendrai Hylas également. Après cela, je pense que je vais m'octroyer un peu de temps avec mon mari, je crains de l'avoir quelque peu négligé ces derniers temps, » fit le Monoïque en souriant.

« Oh, c'est de ma faute, désolé, Maître, » s'excusa aussitôt Draco.

« Tu n'y es pour rien, mon enfant, » éluda Sylvanus. « Gabriel, veux-tu apporter les vivres ? Merci. Draco, tu dois manger, Harry a raison, tu n'as rien mangé ce midi et tu as maigri depuis le début de ta mise en compétition. Ayase, toi aussi mange et ensuite, je veux que tu rentres chez toi, avec ton époux et ton fils. »

« Moi ? Pourquoi ? » s'écria Ayase.

« Mon garçon, tu es éreinté, ta place est dans ton lit avec ton époux, pas ici allongé certes sur une natte confortable mais bien moins que ton lit. Et puis... Tu dois parler à Charlie. »

Les yeux noisette se teintèrent de tristesse.

« Pourquoi dis-tu cela, Sylvanus ? Tu penses que mon couple va mal ? »

Draco sentit toute la détresse de l'autre Oméga. Une fois encore, il s'en étonna. Ayase était... différent. Bien trop émotif et fragile. Sylvanus quant à lui sourit un peu plus, un sourire doux et tendre. Il leva sa main et caressa la joue glabre d'Ayase dont les yeux s'humidifièrent.

« Non, mon fils. Il est évident que tu aimes ton époux. Quant à lui, il t'adore. Non, je disais juste que tu devrais passer du temps avec eux. Ayase... regarde ton tatouage. »

Toutes les personnes présentes baissèrent leurs yeux vers le nombril de l'Oméga brun. Draco sentit son souffle se couper. Il était noir, entièrement noir, sans la moindre trace du vert habituellement présent.

« Ayase ! » s'exclama Draco alors que le jeune homme brun éclatait à la fois en sanglots et de rire.

« Félicitations ! » firent les autres Monoïques en l'entourant.

Tous se redressèrent, l'embrassèrent. Draco était particulièrement ému. Il ne pouvait s'empêcher de toucher le ventre plat et ferme de son ami, son père d'adoption. Une vie était là, cachée sous la peau, installée dans la poche monoïquale.

« Charlie va être si heureux... Atrocement inquiet et horriblement surprotecteur, mais heureux, » répéta-t-il une nouvelle fois, faisant rire Ayase qui l'embrassa. Le garçon leva ses yeux clairs vers lui. « Ton tatouage n'était pas noir tout à l'heure quand tu t'es endormi. »

« Le tatouage prend un peu de temps avant de ne prendre qu'une teinte. Mais la vie est bien là, désormais. Alors il nous le montre, » expliqua Sylvanus. « Je m'en doutais au vu de tes réactions. Tu avais fait pareil pour Asami. La marque s'était dévoilée au Temple, rappelle-toi. »

« Oui, oui, je m'en souviens, » dit Ayase d'une voix chevrotante en s'essuyant les yeux.

Il les regarda et croisa ses bras sur sa poitrine. Draco eut un pincement au cœur tant il semblait démunit subitement.

« Il faut... Il faut que je passe la prochaine pleine lune maintenant, » continua l'Oméga avant de cette fois opter réellement pour les larmes.

Il se tourna et plongea dans les bras d'Antinoüs qui le berça.

« Ayase, tu étais peut-être déjà enceint lors de la dernière lune, » objecta Gabriel.

« Je ne sais pas. Peut-être, oui. »

« Le tatouage unicolore se met en place au plus tôt dix jours après la fécondation, » intervint Sylvanus. « Donc, sans aucun doute, tu étais déjà enceint lors de la dernière pleine lune. »

Ayase déglutit avec difficulté, toujours dans les bras d'Antinoüs.

« Certes... mais je ne l'étais pas depuis longtemps. Alors je pense que celle qui compte vraiment sera la suivante et... » Il s'effondra de nouveau.

Draco s'approcha de lui, l'entoura de ses bras.

« Ne pleure pas, Aya'. Tout va bien se passer. Tu ne perdras pas ce bébé. Et puis Charlie te l'avais dit, il ne faut pas te mettre trop de pression. Tu verras bien. Ne pleure plus... Je te comprends, tu sais. »

Ayase se tourna un peu et l'enlaçant, formant une étreinte à trois. Draco se laissa aller contre ses frères.

Oui, il comprenait Ayase. Son propre cœur était douloureux, Compagnon-Loup gémissait sourdement avec lui. Il comprenait aussi Charlie, brutalement, dans sa crainte qu'Ayase ne s'effondre s'il n'arrivait pas à mener sa grossesse à terme. L'homme semblait déjà si faible, aussi fragile et ténu qu'une brindille à la seule pensée de perdre ce qui n'était encore, non pas un bébé, mais un amas de cellules. Lui avait perdu un louveteau, un bébé formé. Ses larmes coulèrent sur ses joues, il enfouit son nez entre les torses d'Ayase et Antinoüs, recherchant leur chaleur.

« Allons, allons, regardez dans quel état vous êtes, » fit Antinoüs.

Il les décolla un peu de son torse après un dernier baiser sur leur front.

« Draco, retourne t'asseoir, mange et ensuite dodo, » déclara-t-il. « Et toi, mon amour, va vite chez toi. Serre ton fils contre ton cœur, embrasse et aime ton mari. Ta place est avec eux, avec lui. Tu as tant besoin de lui. »

Ayase sourit et se défit enfin des bras de son ami. Il embrassa une dernière fois les Monoïques et sortit de la tente en direction de celui qui faisait battre son cœur pour lui annoncer que, bientôt, un nouveau membre serait présent dans leur famille.

Draco s'assit et commença à grignoter sans grand appétit les plats devant lui, préférant le poisson aux autres mets. Il se trouva atrocement romantique, voire niaiseux, mais il pensait que manger ce poisson le rapprochait un peu de Harry qui avait dû le pêcher. Du moins, c'était ce qu'il se plaisait à imaginer.

Tout en le mastiquant, il posa une question qui le turlupinait depuis le départ d'Ayase.

« Antinoüs, tu as bien dis ''mon amour'' à Aya' ? » demanda-t-il en tentant de paraître nonchalant.

Les trois autres hommes se mirent à rire doucement.

« Oui, c'est ce que j'ai dit. J'aime Ayase. Plus que beaucoup d'autres de mes frères, tu l'as parfaitement compris. Il est mon amour. Mais j'aime mon mari et mes enfants également. Chacun de ces amours est différent, Draco. Je sais où est notre place et leur place, à chacun. Et moi, ma place est auprès de mon époux. C'est lui mon chéri, pour utiliser peut-être un mot qui te parle plus. Peut-être qu'un jour tu parleras à Paul en utilisant ce terme, toi aussi, cela ne signifiera en rien que tu n'aimes plus Harry ou que que tu l'aimes moins. »

Le garçon baissa le nez, un peu perdu.

« Je sais pas... » commença-t-il avant de s'arrêter.

« Tu ne sais pas quoi ? » questionna Sylvanus.

« Je ne sais pas ce que je ressens pour Harry, » murmura Draco.

Il ne vit pas les petits sourires de ses maîtres.

« Eh bien, il ne te restera plus qu'à le découvrir, mon enfant, » poursuivit le plus âgé des Monoïques.

Ils finirent de manger, tout en discutant, puis s'allongèrent les uns à côté des autres sur les nattes et cousins pour passer la nuit. Gabriel et Sylvanus s'endormirent rapidement, contrairement à Antinoüs et Draco. Le jeune Oméga chercha le réconfort des bras du Monoïque encore éveillé qui le prit contre lui et lui caressa doucement les cheveux. Draco ne savait pas si l'homme ne dormait pas pour le veiller ou si lui aussi ne trouvait pas le sommeil.

En ce qui le concernait, Draco avait bien trop d'idées et de pensées qui tourbillonnaient dans sa tête pour arriver à dormir. Il avait à la fois hâte d'être au lendemain, à la fois peur.

Il voulait en terminer, être uni avec Harry, comme si cela suffirait à le faire passer à autre chose. Il savait qu'il restait dans sa meute, c'était très rassurant, et en plus ce serait Harry, celui qu'il désirait, qui serait son compagnon. Sa vie ne pourrait donc qu'être plus douce et sereine puisque plus personne ne pourrait le revendiquer ou le blesser.

Ces pensées-là le menaient aux portes d'un sommeil bienveillant, mais d'autres lui faisaient ouvrir bien vite les yeux.

Que ressentait Harry pour lui ? Est-ce qu'il l'aimait ? Comment se passerait la cérémonie de l'union ? Serait-il ensuite obligé d'avoir des relations avec son époux ? Le voudrait-il ? Harry voudrait-il un enfant tout de suite ?

Antinoüs se mit à chantonner, des murmures sans paroles tout en accentuant ses caresses. Les doigts agiles se perdaient dans les mèches blondes, puis vinrent effleurer les paupières du garçon, qui les ferma. Draco se calfeutra un peu plus contre l'homme. Est-ce qu'Antinoüs faisait de même avec ses enfants quand ils n'arrivaient pas à dormir ? Cette question le mena jusqu'à Ayase et son futur bébé. Tout en espérant que sa grossesse se passe bien, Draco finit enfin par s'endormir.

Le lendemain matin, Sylvanus partit à peine le petit-déjeuner avalé. Draco et lui s'étreignirent un long moment. L'adolescent était triste de son départ. Il aurait aimé que les Monoïques restent plus longtemps tout en comprenant qu'ils avaient eux aussi leur famille et leurs obligations.

« On se reverra bientôt, Draco, » lui affirma le membre du Conseil.

Draco hocha la tête tandis que Sylvanus se saisissait de sa pierre blanche et disparaissait.

« Vous partez quand, vous ? »

« En fin d'après-midi. Allez, il nous reste encore de longues heures ensemble. Nous devons te préparer, mon frère. J'ignore les coutumes des Lycanthropes en matière de mariage, mais nous, nous avons les nôtres ! » s'exclama Antinoüs. « Tu vas prendre ton bain. »

« Les Werwulfs n'aiment pas trop les huiles parfumées, tu sais, » déclara Draco tout en se déshabillant sans honte devant les deux autres hommes.

« Peu importe, je te mets quand même un peu d'huile parfumée dans le bain, » décida Gabriel qui finissait de remplir le bac en pierre creusée. « C'est très léger. Et puis ensuite, nous passerons de la crème sur ton corps. Lave-toi bien les cheveux aussi ! »

Draco obéit, se récurant dans les moindres recoins avec application. Gabriel et Antinoüs le séchèrent ensuite avec soin, le tartinèrent de crème du sommet de son front jusqu'à ses orteils. Gabriel insista particulièrement avec une autre crème sur le tatouage afin de le rendre brillant et encore plus sensible, finissant par faire gémir l'Oméga.

« C'est agréable ? » le taquina le Monoïque.

« Oui... presque trop, » marmonna Draco, les yeux clos.

« On voit ça, » se mit à rire Antinoüs alors que Draco rougissait et mettait ses mains en coque devant une partie de son anatomie qui avait jugé opportun de se réveiller.

Gabriel cessa de le tartiner puis les deux Monoïques décidèrent de peigner et tresser finement la chevelure blonde. Chacun d'un côté du garçon, ils s'affairèrent. Draco serra les dents alors que ses cheveux étaient tirés d'un sens et dans l'autre, en partant de ses tempes. Une fois les tresses faites, elles furent nouées solidement grâce aux cheveux mêmes.

« Voilà, comme ça, pas de risque qu'elles se défassent si tu te transformes ou si la nuit de noces est un peu trop enthousiaste ! » s'exclama Gabriel.

« Ça, je ne pense pas, » bafouilla Draco en malmenant ses mains.

Le visage de Gabriel se ferma aussitôt, l'homme comprenant son erreur. Il s'obligea malgré cela à sourire.

« Ton Harry a l'air d'un garçon très bien, et toi, Draco, tu as des sentiments pour lui. Je suis persuadé que tout se passera à merveille, tu verras. »

Néanmoins, Draco ne put répondre car la porte s'ouvrit, révélant Ayase. Tous se dirent bonjour et demandèrent des nouvelles au nouveau venu, leur faisant oublier, du moins en apparence, les derniers échanges entre eux.

« Je vois que tu es prêt ou presque, Draco. Tu es très beau. Tiens, je t'ai apporté ta tenue pour ce soir, » fit Ayase en lui tendant une tunique, non pas claire comme à l'accoutumé, mais d'un bleu sombre.

Devant l'air surpris de l'Oméga, Ayase s'expliqua.

« Les soumis, lors de l'union, porte du bleu, les dominants du noir. Enfin, au début de la cérémonie. »

« Pourquoi, ils changent leur tenue ensuite ? » demanda innocemment Draco.

« Euh... non... en fait... en général ils finissent sans tenue, » fit Ayase un peu gêné.

Il s'excusa auprès des deux Monoïques.

« Je ne sais pas trop si je peux vous en dire beaucoup plus, le rituel est secret. Mais disons qu'en général, les dominants se transforment alors ils ne portent plus rien.

« Et les soumis ? » voulu savoir Draco, un peu trop pâle.

« Eh bien en fait, cela dépend. »

« Comment cela ? »

Ayase sembla franchement mal à l'aise.

« Le fait de se transformer ou non lors de l'union ne dépend pas du soumis. C'est le dominant qui décide. Disons qu'à un moment, Harry devra dire s'il souhaite que tu puisses te transformer ou non. S'il dit non, alors les membres de la meute qui seront avec toi te passeront les bracelets. »

Cette fois, Draco devint translucide. Il avait déjà eu l'occasion de porter ces bracelets, il n'aurait cependant pas cru qu'il les reporterait un jour, encore moins celui de son union avec un autre Lycanthrope.

« Je t'expliquerai plus dans le détail tout à l'heure, d'accord ? »

Draco hocha la tête, sans rien dire. L'heure avança, lentement. Les quatre hommes grignotèrent ensemble, discutèrent de l'annonce de la grossesse d'Ayase qui avait déjà fait le tour du village, et surtout de la réaction de Charlie. Ce dernier avait été fou de joie tout d'abord, et fou d'inquiétude dans les secondes suivantes.

« Vivement que tout ceci se termine, » soupira Ayase. « Comme ça, je pourrai me reposer et Charlie sera un peu moins tendu. »

« Ça tombe vraiment très mal, c'est vrai, » murmura Draco.

« Ce n'est pas grave, Draco. Je suis au contraire très heureux que ton union se fasse maintenant. Imagine si cela c'était produit à la fin de ma grossesse ou avec un nouveau-né ! Je n'aurai pas pu être présent comme je l'ai fait, je m'en serais voulu. »

Draco lui adressa un petit sourire reconnaissant. Puis, bien trop vite de l'avis de Draco, Gabriel et Antinoüs décidèrent de partir.

« Je croyais que vous resteriez jusqu'au début de la cérémonie ! » protesta Draco, se sentant un peu trahi.

« Justement, » fit Gabriel. « Il est l'heure pour toi de te préparer à cette cérémonie selon les coutumes des Lycanthropes. La cérémonie d'union commence maintenant, Draco, et nous ne pouvons rester. Nous allons dire au revoir à ceux de ta meute ainsi qu'à ton futur époux. Mais nous reviendrons vérifier que tout se passe bien pour toi, » termina le membre du Conseil en serrant Draco dans ses bras. « Ne l'oublie pas, mon frère, le Temple veille sur toi à chaque instant. Et tu peux venir nous rejoindre, pour une journée ou plusieurs, dès que tu en éprouves le désir, d'accord ? »

« Merci, Maître, » dit Draco, un peu ému mais surtout très triste.

Il embrassa Gabriel, puis se colla contre Antinoüs.

« Je n'ai pas envie que tu partes, » pleurnicha-t-il.

« On se reverra très bientôt, » affirma Antinoüs.

Les yeux clairs du plus jeune mirent un coup au cœur du plus vieux.

« Draco, je sais que tu as peur, mais n'oublie pas tout ce que l'on t'a dit, tout ce que tu as appris. Rappelle-toi ton initiation, tes nuits avec Paul. Je suis persuadé que Harry saura prendre soin de toi. Tout se passera bien, cette nuit et les suivantes. »

Les perles grises se remplirent d'eau, mais Draco tint bon, serrant les dents pour ne pas que cet au revoir se termine dans les larmes.

Après une dernière étreinte, les deux Monoïques sortirent de la cabane. Ayase prit Draco contre lui.

« Allez, Draco, tout va bien se passer. »

« J'ai peur, Ayase. Je voudrais tellement me sentir prêt, n'être qu'heureux parce qu'il s'agit de Harry, mais je n'y arrive pas ! »

« Eh, eh, calme-toi. Draco, bien sûr que tu as peur ! Sans même penser à ce que tu as vécu avec l'autre meute, c'est normal d'être inquiet, stressé. Je l'étais aussi pour mon mariage, enfin, union, avec Charlie. C'est inconnu et par bien des côtés sans doute terrifiant, mais tu n'es pas seul. Je suis là. »

Draco le regarda intensément.

« Aya', tu étais seul, ici ? »

« Oui... Mes frères m'avaient accompagné avec la délégation lupine, de Godric à ici. Je n'étais pas encore un Lycanthrope. C'est Gideon qui a d'abord fait de moi un Oméga. Et puis, quatre jours après ma première pleine lune, je suis devenu le compagnon de Charlie. Mes frères étaient déjà tous repartis. On avait construit cette tente, ensemble, avant leur départ et ma transformation. J'étais... tout seul. J'avais tellement peur moi aussi, Draco. Tout était nouveau pour moi, je comprenais à peine ce que j'étais devenu, je ne me maîtrisais pas encore et dans la foulée, je me suis uni. J'étais... terrifié. C'était la première fois que j'étais seul. Au Temple, on l'est rarement comme tu as pu le constater. Je crois que je n'ai jamais autant pleuré que ces jours-là, d'autant que je n'avais pas spécialement vu Charlie à part pendant la pleine lune. Je dormais ici, tout seul, et la journée je restais avec une ou deux femelles que je ne connaissais pas et qui me surveillaient. Toi, tu reverras ton mâle dès ce soir. »

Un petit silence s'installa entre eux, chacun perdu dans ses pensées et ses souvenirs.

« Qu'est-ce qu'il va se passer, désormais ? » demanda enfin Draco d'une voix faible.

… … …

À suivre

… … …