Créatrice de la saga Twilight : la fabuleuse Stephenie Meyer
Auteure de Wisp : la formidable Cris
Traductrice de la version française intitulée Brindille : Milk40
Merci énormément pour tous vos commentaires, et bonne lecture.
Chapitre 38
« Non. » Brindille secoua lentement la tête, ses immenses yeux bruns ne quittant jamais le visage d'Edward. « Non, Edward. Bête. » Elle tendit ses mains plus loin.
Bon Dieu, essayait-elle de le tuer ? Il prit ses mains dans les siennes et les serra doucement. « Je suis désolé. Tellement désolé. Mais c'est vrai. Bête a disparu. » Il supposait qu'il y avait encore une chance qu'elle puisse réapparaître ou que l'équipe de recherche puisse la trouver, mais en ce moment elle avait bel et bien disparu.
« Non. » Elle poussa ses mains, tombant à quatre pattes et s'éloignant de lui. « Bête ! » Appela-t-elle en élevant la voix. « Bête ! »
Esmée rampa pour sortir de la cabane sous la table juste comme Edward entendait la voix de Rosalie sur l'ordinateur. « Eh puis merde, » cracha Rose. « J'arrive. »
« Edward ? » Esmée se redressa, mais il resta où il était, à genoux à côté de la table de la cuisine. « Devrions-nous l'arrêter ? »
D'un œil terne il regarda Brindille commencer une recherche très méthodique de chaque partie de la cuisine qu'elle pouvait atteindre – les armoires du bas, le bac de recyclage, la poubelle. Elle rampa dans la salle de séjour, continuant d'appeler son chat d'une voix que l'inquiétude rendait plus aiguë. « Non, » dit-il finalement. « Laisse-la regarder. Je ne pense pas qu'elle veuille me croire, alors laisse-la le constater par elle-même. Je pense qu'à ce stade ce sera moins néfaste que d'essayer de la retenir. »
C'est ainsi qu'ils regardèrent, incapables de faire quoi que ce soit, tandis que Brindille furetait dans tous les petits endroits cachés du cottage, ses cris pour avoir son chaton devenant de plus en plus frénétiques avec chaque minute qui s'écoulait. Elle se redressa sur ses genoux et ouvrit la porte du placard, écartant les chaussures d'Edward de son chemin alors qu'elle sondait chaque coin sombre. Elle tâta le dessous du canapé, tendant son petit bras maigre aussi loin qu'elle le pouvait, et alla même jusqu'à soulever les coussins, comme si elle pensait que son chat pourrait s'être recroquevillé sous l'un de ceux-ci.
Quand il n'y eut plus d'endroit où le chercher, elle recommença ses fouilles.
Edward ne savait pas quoi faire. Il n'était pas équipé pour gérer ce genre de merde. Il était un sociologue, un universitaire, un chercheur. Il n'était pas un thérapeute. Il n'était pas un travailleur social ou un parent. Que diable était-il censé faire ? Elle pleurait maintenant, continuant désespérément de chercher son chat, et il pouvait voir dans l'affaissement de ses épaules qu'elle savait – elle savait qu'elle n'allait pas le trouver. Et pourtant elle poursuivait ses recherches. L'ardente étincelle d'espoir qu'il avait toujours chéri en elle ne la laisserait pas abandonner.
« Je pense que c'est assez, Edward, » déclara Esmée après un certain temps. « Elle sait que le chat n'est pas là. Ce manège ne fait de bien à personne. »
Elle avait probablement raison. Edward était en mesure de le reconnaître. Mais quelque chose en lui voulait vraiment voir Brindille accepter ce fait de son propre chef – arrêter sa recherche, passer à l'étape suivante dans son processus de deuil, quel qu'il puisse être. Et pourtant quelque chose d'autre en lui savait qu'elle ne le ferait pas. Pas de sa propre initiative. Cette étincelle qu'elle avait en elle, cet espoir auquel elle refusait de renoncer… c'était ce qui l'avait gardée forte pendant si longtemps. C'était ce qui lui avait permis de courir sa chance avec lui quand il l'avait trouvée, de tenter de faire confiance au lieu de se recroqueviller en une petite boule et tomber en morceaux. C'était la chose la plus frappante, la plus belle à son sujet, et il savait que cette flamme entêtée n'allait pas tout simplement disparaître. Elle aimait beaucoup trop Bête et elle n'était pas près d'admettre que le chat avait véritablement disparu.
« Brindille, Trésor. » Il s'agenouilla devant elle, la forçant à stopper ce traînage abattu sur le tapis. « S'il te plaît, tu dois arrêter. »
Elle tenta de le contourner, mais il prit ses petites épaules pointues dans ses mains pour l'immobiliser. « Non. Reste ici avec moi. Regarde – merde. » C'était trop dur. Pourquoi avait-il pensé que lui donner un chat était une bonne idée ? Les chats faisaient ce genre de connerie. Ils se faufilaient à l'extérieur. Ils se cachaient, se perdaient, se faisaient écraser par des voitures, chasser par tout ce qui était plus gros qu'eux. Ils mordaient, ils égratignaient, ne pouvaient pas vraiment être dressés, et à quoi servaient-ils ? À rien. Quand il faisait le compte de tous les problèmes que ce chat avait causés – les débâcles au sujet de sa nourriture, de son bac à litière, et maintenant ça – en valait-il vraiment la peine ? Est-ce que l'amour qu'elle avait donné, le réconfort qu'elle avait reçu, suffisaient à compenser toutes les mauvaises choses ?
Edward ne savait plus.
Elle poussa frénétiquement contre son emprise, la lèvre inférieure tremblante, les joues humides. « Bête, » insista-t-elle, essayant de se libérer. « Bête ! »
« Je sais, Petite Brindille, je sais que tu veux que Bête revienne. Mais elle a disparu, ma Chérie. Je suis désolé, mais tu vas devoir finir par l'accepter. »
Elle secoua furieusement la tête, ce qui n'était pas une bonne idée dans son état médicamenteux. Même à quatre pattes elle chancela, manquant de tomber à la renverse alors que son équilibre disparaissait. Edward ne pouvait plus le supporter. Il se rassit et attira son corps dans ses bras, la tenant fermement.
« Tu peux pleurer, » lui dit-il, l'enveloppant aussi étroitement qu'il l'osa dans ses bras. « Tu peux te fâcher contre moi si tu veux. Tu peux faire ce que tu as besoin de faire, Trésor, mais tu dois arrêter de la chercher. Elle n'est pas ici. »
« Non, Edward ! » Brindille le poussa, mais cette fois il essaya de la maintenir en place. La laisser poursuivre cette recherche infructueuse était inutile. « Non ! »
« Je suis désolé. » Il serra son corps maigre contre lui. « Je suis plus désolé que je ne peux l'exprimer, mais nous devons faire face à la réalité ici. Bête a disparu. »
Lorsque ses tentatives de se libérer ne fonctionnèrent pas, Brindille baissa la tête vers son bras et le mordit.
« Aïe ! »
Il desserra suffisamment son étreinte pour qu'elle s'écarte de lui, et elle recula rapidement sur le sol. Avant qu'Esmée ou lui ne puisse l'arrêter, elle se faufila derrière le canapé et se blottit en une petite boule – exactement là où elle avait été la première fois qu'il l'avait vue consciente. Elle pleura par à-coups, sans contraintes ; les pleurs de quelqu'un qui n'avait pas la moindre idée de ce qu'étaient la bienséance ou l'embarras, ou qui ne s'en souciait pas.
Merde.
Edward frotta lentement son avant-bras. La mâchoire de Brindille était petite mais puissante. Il n'y avait pas moyen qu'elle ait pu déchirer la peau à travers les couches de ses vêtements, mais il aurait probablement une ecchymose au matin.
Il s'en fichait.
La douleur était… elle n'était pas exactement bonne, mais certainement méritée. Il avait fait ça. Tout – sa souffrance, sa peur – tout ça était de sa faute. Il n'aurait jamais dû lui donner un chat en premier lieu. Il n'aurait pas dû laisser celui-ci filer, si c'est ce qui s'était passé. Et il savait qu'il ne devait pas essayer de la retenir, il le savait. Ce n'était pas seulement qu'elle ne voulait pas de lui à proximité d'elle. Quand elle avait mal et qu'elle refusait de le laisser l'aider… Il ne savait pas quoi faire avec ça. La culpabilité, le sentiment de responsabilité qui pesait sur ses épaules, suffisaient presque à le faire s'écrouler. Elle souffrait plus qu'il ne l'avait peut-être jamais vue avant, et il n'y avait rien qu'il puisse faire pour aider… parce qu'elle ne le laissait pas faire.
« Je suis désolé. » Les mots étaient un souffle, un murmure étouffé. La seule chose qu'il avait encore à lui offrir.
Elle l'ignora.
« Edward. » Esmée toucha son épaule, puis enroula son bras autour du sien. « Edward, donnons-lui un peu d'espace. Elle a besoin de pleurer. »
« Je ne veux pas qu'elle souffre comme ça ! » Ce n'était pas juste. Elle ne méritait pas ça. Après tout ce qu'elle avait vécu, toutes les pertes avant celle-ci, ce n'était tout simplement pas juste. Ouais, il comprenait que la vie n'était pas – ne pouvait pas être – douce et moelleuse tout le temps. La vie n'était pas un film de Disney.
Merde, peut-être que ça l'était. Il fut secoué par une ondulation de rire sarcastique. Il allait jeter ce putain de DVD à la poubelle plus tard.
Une fois qu'il aurait décidé de ce qu'il devait faire avec Brindille.
La porte s'ouvrit à toute volée, et Edward ne fut pas du tout surpris de voir Rosalie marcher à grandes foulées dans la maison, suivie d'une femme aux cheveux noirs qu'il ne connaissait pas. Son visage était sévèrement balafré, mais Edward n'accorda qu'un coup d'œil furtif à l'étrangère alors que Rose l'écartait de son chemin et s'agenouillait à côté du canapé, regardant la jeune femme en pleurs derrière celui-ci. Il trébucha en arrière, puis tomba sur une chaise et ne se donna pas la peine de se relever. Ses mains s'entrelacèrent dans ses cheveux et il laissa tomber ses coudes sur ses genoux.
« Brindille, regarde-moi. »
La voix de Rose n'était pas… n'était pas exactement dure, mais elle était plus ferme que celle qu'Edward aurait jamais même pensé à utiliser avec Brindille. Il fronça les sourcils et leva la tête, mais que pouvait-il faire ? Brindille ne voulait pas de lui.
Rosalie tendit la main et attrapa le menton de Brindille, inclinant la tête de la fille vers le haut. « Regarde-moi, Brindille. C'est Rose. Ne t'avise pas de jouer à la poupée de chiffon encore une fois, tu m'entends ? »
« Bête ! » Brindille se déroba au contact de Rose. « Bête ! »
« Tu ne peux pas avoir Bête en ce moment. Je comprends que tu sois contrariée, et tu as le droit de l'être. Prends possession de cette émotion. Ne te cache pas d'elle. Ne te cache pas de nous. »
« Bête ! »
Rose s'assit sur ses talons et regarda l'inconnue dans le salon d'Edward. « Emily ? »
« Elle ne parle pas ? »
« On peut dire ça, oui. »
« Dans ce cas, si expliquer ne va rien faire, laissez-la pleurer. Laissez-la choisir le moment où elle sera prête à venir à vous. La forcer ne réglera rien. »
Rose recula et se leva, mais elle jeta un regard anxieux vers la fille blottie derrière le sofa. « Elle a fait ça quand elle a été bouleversée avant. Elle est devenue toute… Je ne sais pas, catatonique ? Ne voulait pas manger. Ne voulait pas reconnaître son entourage. Elle restait juste assise là, affalée comme une poupée de chiffon. Je ne veux pas que ça se reproduise. »
« Eh bien, elle ne fait pas ça en ce moment. » La femme balafrée regarda Brindille par-dessus le dossier du canapé pendant un moment, puis s'éloigna.
C'était vrai – Brindille, même si elle se cachait, n'était certes pas retombée dans l'indifférence qui menaçait sa santé et faisait tellement peur à Edward. Elle pleurait, faisant beaucoup de bruit. Elle n'avait pas arrêté de parler, même si le seul mot qu'elle se souciait de prononcer actuellement était le nom de son chat. Elle gardait ses vêtements sur elle. Rose avait le droit d'être inquiète, cependant pour le moment tout semblait… non pas baigner dans l'huile exactement, mais… ils n'étaient pas en crise. Pas encore.
« Bonjour, » dit la femme, tendant la main à Esmée. « Je suis désolée que nous devions nous rencontrer dans ces circonstances. Je suis l'amie de Rosalie, Emily Young. »
« Docteur Young, » précisa Rose.
Les yeux d'Edward se rétrécirent alors qu'il les posait sur Rose. Docteur ? Elle n'avait rien dit qui aurait laissé entendre que son amie était titulaire d'un doctorat.
« Ne me regarde pas comme ça, » s'emporta Rosalie. « Je sais ce que tu penses, et ça n'a foutrement pas d'importance en ce moment. Pouvons-nous s'il te plaît nous concentrer sur la petite qui pleure ? »
« Esmée Cullen. » Esmée prit la main d'Emily pendant une minute. « Mon fils, Edward. Je suis désolée, nous sommes tous un peu déboussolés en ce moment… »
« Je sais. » Le regard d'Emily était compatissant, quoiqu'Edward n'aurait pu dire qu'elle souriait. Pas vraiment. « Je suis ici pour aider si je le peux. Rose est inquiète, et vous savez que ce n'est pas vraiment sa nature. »
Rosalie ne grimaça même pas au commentaire de son amie. Tout le monde savait que c'était vrai.
Les sanglots persistants et affligés de Brindille remplirent et inondèrent la pièce.
« Je suis désolée, » s'excusa de nouveau Esmée, frottant lentement ses mains sur les cuisses de son jean. « Je suis… Je ne sais pas ce que… Pouvons-nous vous offrir – »
« Non, » dit Emily, « ça va. Je comprends. Le temps est mal choisi pour jouer à l'hôtesse, et je ne m'attends pas à ce que vous le fassiez. » Elle fit une pause. « Et, malgré ce que Rose a dit, je ne suis pas un docteur. »
Non ? Alors pourquoi Rosalie avait-elle dit…
« Je suis une – tenez-vous prêts, c'est beaucoup de lettres – ISSMP. Infirmière spécialisée en santé mentale et psychiatrie. C'est long à décliner, je sais. »
« Qu'est-ce que ça veut dire, exactement ? » Demanda Esmée, et elle lança un regard inquiet à son fils. Edward n'avait pas bougé et il continuait de fixer le plancher, la tête dans ses mains.
« Voyez-moi comme une thérapeute qui peut aussi prescrire des médicaments et fournir des diagnostics. » Emily sourit. « Rose et moi nous sommes rencontrées dans un groupe de thérapie pour les victimes d'abus. Mes expériences passées m'ont donné envie d'aider les autres, vous savez ? »
Edward entendait ses paroles, mais elles ne faisaient pas vraiment leur chemin dans son esprit. Il était… Il ne savait pas. Indifférent à la situation, peut-être. Il ne pouvait même pas être irrité à l'égard de Rosalie pour avoir lancé cette thérapeute dans leurs pattes sans d'abord l'avoir prévenu. Tout ce qu'il voulait, c'était que ces sanglots désespérés derrière le canapé cessent. Il avait besoin qu'elle aille bien, besoin de sentir la chaleur de son corps dans ses bras, là où il pouvait lui offrir un réconfort tactile puisque les mots ne la faisaient plus réagir. Mais elle ne voulait pas de lui. Elle l'avait repoussé, s'était débattue contre lui – l'avait même mordu. Il avait très bien reçu le message.
Le fait qu'elle ne semblait pas vouloir de Rosalie non plus ne le fit pas se sentir mieux.
« Donnons-lui un peu d'espace. » Emily jeta un coup d'œil au divan, puis détourna de nouveau le regard. « Y a-t-il un autre endroit où nous pourrions parler ? »
Le cottage était petit, et ils finirent par s'asseoir autour de la table de la cuisine – encore recouverte de draps, le matelas gonflable faisant saillie à une extrémité. Emily ne sembla pas du tout déroutée, et Rosalie et elle refusèrent le thé qu'Esmée leur offrit de faire. Edward se joignit à elles, mais il ne dit rien. Que pouvait-il dire ? Quelle importance tout cela avait-il maintenant ? Brindille était malheureuse, et elle ne voulait rien avoir à faire avec lui. Quand son travailleur social apprendrait à quel point il avait foiré, il allait la lui enlever. Il la remettrait dans cet hôpital psychiatrique. Les derniers mois n'auraient donc servi à rien.
Mais, si Edward ne parla pas, les autres par contre se firent volubiles. Esmée et Rosalie expliquèrent tout ce qu'elles savaient au sujet de Brindille, tout ce qui s'était passé depuis qu'Edward l'avait trouvée. Emmett ajoutait son mot de temps en temps, mais durant le plus clair de la conversation, les trois femmes firent de leur mieux pour couvrir les sons désespérés dans l'autre pièce. Edward pouvait dire, lorsqu'il leva les yeux, que Rose et Esmée ressentaient toutes les deux la même chose que lui – elles voulaient mettre fin à cette farce et aller retrouver Brindille, la prendre et la bercer jusqu'à ce qu'elle se calme. Mais Brindille n'était pas un bébé souffrant de coliques. Elle était une jeune femme qui venait de perdre quelque chose qu'elle ne pouvait pas se permettre de perdre.
oo
Ses pleurs se dissipèrent finalement tard dans l'après-midi, et Edward s'empressa de vérifier comment elle allait, pour s'assurer qu'elle n'était pas retombée dans l'état 'poupée de chiffon', comme l'appelait Rosalie. Quand il jeta un coup d'œil par-dessus le canapé, toutefois, elle était juste endormie, recroquevillée en boule, coincée fermement contre le mur. Il voulait la prendre et l'installer dans un endroit plus confortable, mais Emily ne pensait pas que c'était une bonne idée.
« Tu ne sais pas si elle dort profondément, » dit-elle. « Je te recommande de la laisser se reposer, et de voir ce qu'elle fera lorsqu'elle se réveillera. »
Edward l'écouta. Elle n'était pas officiellement la thérapeute de Brindille ou quoi que ce soit, mais il ne savait plus quoi faire. Tout ce qu'il essayait ne semblait qu'empirer les choses. Ni Esmée, ni Rose ne semblaient avoir de meilleures réponses que lui, alors putain, pourquoi ne pas écouter l'étrangère balafrée ? Elle ne pouvait pas rendre les choses pires.
L'équipe de recherche vint faire des comptes rendus au cottage en groupes de deux tout au long de l'après-midi. Personne ne trouva le chat. Esmée et Emmett remercièrent tout le monde pour avoir donné de son temps, et Emmett retourna au poste dès que le dernier de ses chercheurs bénévoles revint à la maisonnette. Ses pensées étaient accaparées par bien plus qu'un petit chat perdu.
L'ambiance dans la petite maison s'assombrit alors que l'obscurité s'installait une fois de plus. Esmée souleva la question du dîner à plusieurs reprises, mais personne n'avait envie de manger. Ils avaient tous les nerfs en pelote, écoutant, attendant que Brindille se réveille. Edward n'avait aucune idée de ce qui allait arriver à ce moment-là, et personne d'autre ne semblait le savoir non plus.
« Laissez-la venir à vous, » dit Emily, réitérant son conseil de tout à l'heure. « C'est une perte énorme, et je ne peux pas imaginer à quel point elle doit être confuse. Laissez-la faire ce qu'elle peut de son propre chef. Je pense qu'elle vous le fera savoir quand elle sera prête à laisser son entourage interagir de nouveau avec elle. »
Edward grogna.
« Edward, » dit doucement Esmée, « tu ne peux pas te blâmer. »
Il aboya un rire rauque. Oui, il pouvait très bien se blâmer, et il n'avait aucune intention de faire autrement. À qui la faute pourrait-elle être imputée, si ce n'était pas à lui ? Personne d'autre n'avait quoi que ce soit à voir avec ce satané chat sauf Alice, et elle n'avait été que l'émissaire. Celle qui avait livré la marchandise. Et ce n'était certainement pas la faute de Brindille. Elle ne pouvait pas s'empêcher de réagir émotionnellement – ni ne le devrait. Son bébé avait disparu.
« Ces choses… se produisent parfois, et ce n'est la faute de personne. C'est une fille forte. Aie foi en elle – elle a déjà parcouru tellement de chemin. »
Edward ferma les yeux. C'en était assez. Recevoir un sermon de sa mère ne l'intéressait pas – pas à son âge, pas dans cette situation, aussi bien intentionnée que soit Esmée. Elle ne comprenait pas. Comment le pourrait-elle ? Brindille n'était pas sa responsabilité. Elle pouvait débiter toutes les platitudes qu'elle voulait, ça ne changerait foutrement rien. Il se leva brusquement. « Excusez-moi. » Sa voix était tendue, sur le point de se briser, et c'était comme ça qu'il se sentait de façon générale. Il avait besoin d'être loin de ces femmes – loin de tout le monde. Seul le souvenir de ce qu'il avait ressenti quand Brindille avait lutté contre lui l'empêchait d'aller vers elle, de la ramasser et de l'amener à l'étage avec lui. En toute honnêteté, Edward ne savait pas s'il pourrait encore le supporter. Pas maintenant.
C'est ainsi que, même si c'était la dernière chose qu'il voulait faire, Edward la laissa dormir où elle était, toujours calée derrière le sofa, et monta seul.
« Edward, » marmonna Rose. « Je suis désolée, Emi. Il est d'humeur maussade. »
Emily lui serra la main. « Ne t'inquiète pas à ce sujet. Il a mal en ce moment. »
« La façon dont il aime cette fille… c'est de toute beauté, » murmura Esmée. « Elle n'aurait pas pu rêver d'un meilleur défenseur. Je m'inquiète pour lui, et je sais que Carlisle se fait du souci lui aussi. »
« Mm. Je ne peux pas dire grand-chose en ce moment – je ne les ai pas observés ensemble, et je n'ai pas entendu Edward en témoigner lui-même. Mais, bien qu'il puisse ne pas aimer la recommandation, je soupçonne que passer un certain temps à l'écart pourrait être bon pour lui. Une relation – n'importe quelle sorte de relation – ne peut pas fonctionner si une personne est complètement cannibalisée par l'autre. Le fait qu'il soit un aidant ne signifie pas qu'il peut cesser d'être Edward. »
Rose s'étira dans son fauteuil, une main posée sur son ventre. « Ouais, nous avons essayé. Je t'ai dit que je viens ici un jour sur deux – ou plutôt c'est ce que je faisais avant qu'ils tombent malades – pour qu'il puisse prendre une pause. Nous l'avons poussé pour qu'il se stresse moins, tu sais ? Qu'il cesse d'en faire une telle obsession. Mais ce mec n'écoute pas. »
« Il a toujours été comme ça, » dit doucement Esmée. « Il n'est pas, peut-être, ce qu'on appellerait une personne malléable. Il sait ce qu'il veut, et personne ne peut vraiment le contredire. C'est-à-dire… » Elle fit une pause. « Carlisle et moi le pouvons sans doute. Mais nous ne le faisons pas. »
« Je suis désolée que ce soit une situation si difficile pour vous tous. » Emily pianota sur la table recouverte. « Je le suis vraiment. »
« Nous aussi. » Rose se renfrogna. « J'espérais faciliter le processus pour qu'il envisage une collaboration avec toi, au lieu de juste vous jeter l'un sur l'autre. Cette fille a besoin d'un thérapeute, et il a tellement peur d'introduire de nouvelles personnes dans sa vie qu'il repousse le moment de lui en trouver un. Je veux dire, ouais, le choix d'un psy devrait lui revenir, mais – »
« En fait, » déclara Emily avec un petit sourire, « c'est Brindille qui devrait choisir. Son tuteur et son travailleur social devraient idéalement avoir voix au chapitre eux aussi, mais le dernier mot devrait lui revenir. Peu importe ce qu'Edward décidera, c'est Brindille qui doit être en mesure de faire pleinement confiance à son thérapeute. »
« Je pense juste – je veux dire, tu es bien informée, Emi. Tu comprends. Et je sais que personne ne peut vraiment saisir ce qu'elle a vécu, mais j'ai l'impression que tu serais meilleure qu'un type devenu psy grâce à l'aide de son papa qui lui aurait ouvert toutes les portes, tu sais ? Toute cette merde que les gens racontent en thérapie, tu l'as vécue toi aussi. »
« Ouais. » Emily toucha délicatement les cicatrices sur son visage du bout des doigts. « Je l'ai vraiment vécue. »
« Alors… que fait-on maintenant ? Est-ce qu'on se contente de… la laisser pleurer ? Parce que je ne pense pas qu'elle ait fini de verser des larmes. Une fois réveillée, elle s'y remettra. » Rosalie se frotta les tempes. Elle ne pouvait pas blâmer Brindille – elle ne le pouvait pas. Mais cela ne signifiait pas que les bruits que faisait la fille étaient agréables.
« En fait elle a besoin de prendre ses médicaments. » Esmée regarda le réfrigérateur où les médicaments liquides étaient conservés. « Ils vont au moins l'aider à mieux dormir, s'ils ne font rien d'autre. »
Rose mesura deux seringues, une de chacun des médicaments de Brindille, et Esmée s'agenouilla à côté du canapé, atteignant avec une main hésitante la jeune femme si étroitement nichée derrière celui-ci.
« Brindille, Trésor. Je sais que tu ne veux pas être dérangée en ce moment, mais tu dois prendre tes médicaments. Je suis désolée. Nous ne te dérangerons plus après ça, je le promets. »
Mais Brindille se déroba au doux contact de son bras, clignant des yeux pour faire disparaître sa confusion momentanée. Dès que le souvenir de la journée lui revint en mémoire, Esmée put le voir dans son comportement. « Non, » dit-elle, et elle repoussa fébrilement la main tenant la seringue. « Non. »
« Tu en as besoin, Bébé. Je sais que tu es contrariée, et j'en suis navrée. Néanmoins tu dois prendre ça. » Esmée tendit à nouveau la seringue.
« Non ! » La voix affligée de Brindille monta en volume et en hauteur. Elle recula, s'éloignant de la main tendue pour elle. « Non ! Bête ! »
« À quoi servent ces médicaments ? » Emily examina les étiquettes sur les bouteilles d'ordonnance.
« Ce sont des anti-nauséeux et des analgésiques. »
Emily eut l'air songeuse. « Je dirais qu'il est probablement plus sûr de la laisser gagner cette fois-ci, si ça ne vous incommode pas. Elle ne va pas mourir sans ces médicaments. Elle ira bien si elle saute une ou deux doses, même si elle éprouve un certain malaise. »
Esmée recula en jetant un coup d'œil à Rosalie, qui hocha la tête. Brindille avait besoin de ses médicaments, mais si elle avait davantage besoin de gagner ce combat, alors elles n'allaient pas argumenter.
« Vous pouvez rentrer à la maison quand vous voulez, » dit Esmée aux deux femmes plus jeunes. « Je ne veux pas laisser Edward seul avec elle. Je vais rester ici ce soir. »
Rose ne tenait pas particulièrement à partir non plus, mais elle avait déjà suffisamment mis la patience d'Emmett ainsi que celle de son médecin à l'épreuve aujourd'hui. Elle n'était pas censée être à proximité de Brindille jusqu'à ce que celle-ci aille mieux. « Tu m'appelles. » Ce n'était pas une requête. « N'importe quelle nouvelle information, n'importe quoi. Je viendrai. »
oo
Le sommeil ne vint facilement pour personne dans la maisonnette.
Edward entendit les pleurs de Brindille recommencer quand les femmes la réveillèrent. Il était allongé sur le dos dans l'obscurité, écoutant les sanglots graves, gutturaux et déchirants qui s'échappaient d'elle. Pour la énième fois, il se demanda comment un son si puissant pouvait venir d'une fille si menue. Puis il se détesta pour penser à quelque chose d'aussi futile quand il était évident que Brindille avait grand besoin de quelque chose. Autre que son chat, qu'il ne pouvait pas lui redonner, que diable était-il supposé lui offrir ? Lui fournir ? Quoi que cela puisse être, quel que soit ce dont elle avait besoin, elle l'obtiendrait. Il ne savait tout simplement pas quoi faire.
Esmée frappa à sa porte un peu après une heure du matin et l'appela. « Edward ? Es-tu réveillé ? »
Il ne répondit pas.
Il ne voulait pas de sa mère en ce moment.
Brindille finit par se rendormir aux alentours de trois heures. Après une quinzaine de minutes de silence, Edward se hissa hors du lit et descendit l'escalier sur la pointe des pieds. Et puis merde. Il n'allait pas la laisser dormir coincée derrière le sofa. C'est lui qui en était responsable, pas cette Emily.
Esmée était réveillée, assise sur le canapé avec une tasse de café. Elle suivit les mouvements d'Edward du regard mais ne dit rien quand il déplaça la lourde pièce de mobilier loin du mur, lui donnant de l'espace pour se faufiler derrière et récupérer Brindille.
Elle bougea dans ses bras, mais ne se réveilla pas. Edward essaya de ne pas la regarder alors qu'il la portait sur le matelas gonflable sous la table. Sa Brindille avait un beau sourire, brillant comme un sou neuf. Il ne voulait pas voir les marques de larmes séchées striant ses joues, agglutinant ses cils. Quelle que soit l'expression qu'elle arborait pendant qu'elle dormait, il s'avait qu'il ne l'aimerait pas.
Esmée le rejoignit sans un mot, l'aidant avec précaution à manœuvrer Brindille dans le petit espace sombre sous la table. Ils tirèrent les couvertures sur elle, la bordant doucement.
« Reste avec elle ? »
Sa mère hocha la tête. « Bien sûr. Essaye de dormir, Edward. »
Ses yeux étaient comme du papier de verre, mais le sommeil semblait plus éloigné que jamais.
oo
Brindille dormit par intermittence pendant le reste de la nuit, ce qui ne lui ressemblait pas du tout. Elle avait le sommeil profond, tranquille et calme… mais pas cette nuit. Elle se tourna et se retourna, et plus d'une fois Edward l'entendit crier dans son sommeil, Esmée à ses côtés pour l'apaiser. Pendant si longtemps, cela avait été son travail. L'apaiser après un cauchemar ou une frayeur, la laisser se cacher dans le creux de son épaule quand le monde lui faisait peur et qu'elle avait besoin de se sentir en sûreté. Il était son havre de sécurité – c'est ainsi que Jasper l'avait appelé. Mais comment diable était-il censé être ça quand elle ne voulait rien avoir à faire avec lui ? Il ne lui tenait pas rancœur d'être en colère – sa colère était tout à fait justifiée, trouvait-il. Mais ça ne rendait pas son rejet plus facile à accepter.
Il renonça finalement à faire semblant de dormir autour de 8h, et il prit sa douche et se rasa, se forçant à accomplir cette routine quotidienne qui ne semblait plus en valoir la peine. Quand Brindille avait mal, il avait mal, et cette fois-ci il n'avait pas la moindre idée de comment résoudre le problème.
Pour aggraver les choses, Edward savait qu'il avait une tâche très désagréable devant lui. Il devait appeler Scott et expliquer la situation – que le chaton bien-aimé de Brindille avait disparu, que personne ne pouvait le trouver, et qu'elle le prenait très mal. Il ne savait pas combien de temps il faudrait avant que Scott ne vienne la chercher pour la placer ailleurs, quelque part où il n'y aurait pas de petits chatons agités, un endroit où les surprises de ce genre n'étaient pas autorisées à se produire. Il était plus désolé qu'il ne pouvait l'exprimer, mais ce n'était pas quelque chose qu'il pouvait cacher à son travailleur social. En fait –
Le bourdonnement de son téléphone dans la poche de son jean le sortit de ses pensées, et il le pêcha pour regarder le numéro de l'appelant.
C'était un numéro local, mais il ne le reconnaissait pas. Avec un haussement d'épaule mental, il répondit. « Edward Cullen. »
« M. Cullen ? Je suis désolé de vous déranger. Je suis le Dr Banner, le vétérinaire local. Vous êtes venu à ma clinique l'autre jour avec des informations sur un chat noir perdu ? »
« Oui. » Edward frotta son visage avec une main. « Oui. La propriétaire de ce chat est vraiment bouleversée. » C'était probablement l'euphémisme de l'année.
« Eh bien, je ne veux pas vous donner de faux espoirs, mais j'ai un chat errant noir ici dans ma clinique. Je ne peux pas vous promettre que c'est le vôtre, et je dois également vous avertir qu'il est blessé. »
Edward sentit son cœur s'arrêter. Bête. Est-ce que Bête avait été retrouvée ? Il s'assit lentement à l'extrémité de son lit. « Blessé ? Comment – quoi – »
« Frappé par une voiture. Le conducteur dit que le chat s'est élancé sur la route et il a essayé de faire une embardée, mais… » Le vétérinaire se racla la gorge. « Quoi qu'il en soit, il me l'a apporté. »
Frappé par une voiture ? Comment la petite créature était-elle même en vie ? Edward tira très fort sur ses cheveux avec sa main libre. « Est-ce grave ? »
« Pas aussi grave que ça aurait pu l'être, compte tenu des circonstances. Mon assistant n'a pas encore pris de radiographies, mais je suis sûr qu'il y a une patte cassée. Normalement j'appellerais la fourrière pour ramasser un chat égaré, mais s'il y a une possibilité que ce soit le vôtre – »
« Non, » lança sèchement Edward, « non, n'appelez pas la fourrière ! Faites ce que vous avez à faire, je vais payer pour ça. Et je vais venir y jeter un coup d'œil dès que j'aurai enfilé mes chaussures. » Putain, où étaient ses chaussures ? Son portefeuille ?
Bête.
Bête avait peut-être été retrouvée.
« Du calme, M. Cullen, » dit le vétérinaire. « Le chat ne va aller nulle part. Je vais prendre une photo et vous l'envoyer par email. Qu'en pensez vous ? Vous devriez être en mesure de me dire si c'est votre chat sans faire le voyage. »
Edward en convint, mais l'attente de quatre minutes pour que la photo arrive dans sa boîte de courriels lui sembla durer des siècles. Quand la notification parut enfin et qu'il ouvrit la pièce jointe…
… Oui. Oui, c'était Bête. La petite boule de poil stupide, agaçante et sans cœur qui s'était faufilée hors de la maison. Il reconnaissait la forme du visage, la fourrure miteuse ridicule, la patte blanche. Le docteur lui avait mis un collier rose – Brindille n'aimerait pas ça.
« C'est elle, » tapa-t-il en retour sur son téléphone. « Nous serons là aussitôt que nous le pourrons. »
Mille mercis à mlca66 pour son aide des plus précieuses.
À bientôt
Milk
