Song: Monster~Exo
Si vis pacem, para bellum.
*Si tu veux la paix, prépare la guerre.
Quelques semaines supplémentaires, et les choses bougèrent enfin. L'on détecta l'arrivée imminente de vaisseaux en orbite.
La rumeur fut colportée en un rien de temps.
Mrak subirait une attaque, prochainement.
Tae Min, ainsi que toute la population, de villages en villages, était paniqué. Quelques Wookies qui vivaient là depuis quelques années étaient repartis, ainsi que d'autres espèces, comme des Clawdite et des Ewok. Ils quittaient le navire, comme il s'agissait là d'une guerre qui concernait majoritairement les humains. Pas qu'il n'y ait que les humains qui soient des Jedis, mais c'était le cas des natifs de cette planète. Les autres espèces civiles qui vivaient là et n'avaient pas de connexion avec la force se cachaient, mais la plus part partaient. Tous savaient que ce qui était arrivé à Jakku, détruite car elle refusait de rallier le système de l'Empire. Personne n'en voulait à ceux qui prenaient peur et fuyaient, ils n'étaient pas là depuis le début, et une guerre entre les deux versants de la force, ça donnait toujours quelque chose de difficile vivre. Contrairement à Jong In qui était humain, et aurait dû donc se sentir fondamentalement marqué par la guerre qui rongerait bientôt son espèce, bousillerait les siens. Ce n'était pas le cas. Quoique Tae Min lui dise, ça ne serait jamais le cas.
La relation de Tae Min et Jong In battait furieusement de l'aile dans ces conditions. Jong In refusait de plier, refusait de se battre et d'aider à cette guerre. Il n'était ni pour les bons ni pour les mauvais. Il était contre cette bataille, mais comme il ne pouvait pas l'empêcher, il choisissait de l'ignorer et s'obstinait à ne pas être concerné. Tae Min refusait son indifférence, n'adhérait pas à ses discours pacificateurs, car c'était trop tard. On pouvait vouloir la paix quand elle était encore là ou quand elle était à gagner. Mais pour la gagner, il fallait se battre.
Aussi simplement que ça.
Jong In ne partageait pas son avis.
Tae Min avait l'impression que Jong In et lui ne partageaient plus rien.
Il n'était plus celui qu'il avait connu. Il n'était plus ce garçon bon, gentil derrière sa timidité. La timidité s'était muée en froideur, la froideur s'était faite amie de l'indifférence, et quand l'indifférence s'éclipsait, elle laissait place à la colère. La colère apportait une rancœur, qui risquait de se transformer en haine. Tae Min ne voulait pas que Jong In soit haineux. Mais celui qui était haineux, c'était plutôt lui. Il était dégoûté, littéralement, quand il pensait à toutes ces années ensemble, cette amitié, cet amour… Tout avait toujours été parfait entre eux. Comme écrit par un artiste idéaliste, comme inventé pour faire rêver et jalouser les rêveurs face aux nuances grisâtres de la vie réaliste. L'artiste changeait brutalement de bord, il avait pris son virage sur un banzaï sadique, et ce con leur faisait tellement de mal que Tae Min avait la haine. Le destin, leur destin, quiconque le tenait entre ses pattes, n'avait pas le droit de les briser ainsi.
Peut-être que c'était juste la vie. Une histoire de karma. Une histoire de trop plein de bonheur, arrivé de bonne heure, qui repartait car c'était son heure. Pour traduire, c'était simple : ils avaient été trop heureux, fallait bien que ça finisse par merder quelque part. Ça merdait tardivement, et pas qu'un peu.
Tae Min n'avait plus confiance en la vie, plus confiance en rien. Il avait peur. La crainte le bouffait de tout côté, elle implosait en lui, sous de multiples formes, de multiples facettes.
Il allait chez Jong In, en ce moment même. Tout ce qu'il espérait, c'est qu'ils n'en viendraient pas encore à faire l'amour de faute de trouver quelque chose d'intelligent à se dire. Tae Min adorait le sexe, le plaisir, l'orgasme, la proximité physique, la tendresse du rapport avec son petit-ami… Mais merde, il ne voulait pas que ça ne soit que ça, il n'en pouvait plus, que ça ne soit que ça. Et chaque fois qu'ils parlaient, chaque fois qu'ils ouvraient la bouche pour se dire autre chose qu'un 'je t'aime' pathétique ou sortir une langue taquine, ça partait en dispute. Ça dégénérait violemment. Ils finissaient à pleurer, se blessant et se heurtant l'un à l'autre.
Si Tae Min cessait d'être aveugle, ouvrait les yeux en acceptant de reconnaître ce qu'il verrait, il comprendrait ceci : Jong In et lui, ça ne marchait plus. Autant en tant qu'amis qu'en tant qu'amant. C'était ce qui faisait le plus mal. Tout avait été parfait entre eux pendant plus de douze ans, ils avaient traversé une période instable pendant deux autres années, et maintenant, ce n'était plus possible. Ils n'avaient pas remonté la pente. Ils l'avaient dévalé en arrière. La chute venait de briser les os du squelette de leur relation. Un cadavre décharné, sec, morbide. Dans ses instants de lucidité, et de douleur les plus farouches, Tae Min pleurait son amitié avec Jong In comme si elle n'était plus seulement un cadavre figuratif, fictif.
En attendant, la guerre éclaterait dans un peu moins de trois jours.
Toquant à la porte de son petit-ami, Tae Min patientait, affichant un sourire faux, de mise, le froid des nuits Mrakiennes lui mordant le cou. Ses sentiments étaient compliqués. Autant il haïssait la situation, ce que sa relation avec Jong In était devenue, autant il voulait simplement un baiser, être câliné, sans qu'ils ne parlent, mais être serré dans ses bras comme s'il n'y avait pas de lendemain. Tae Min n'aimait pas être ainsi partagé. Ça l'irritait.
Jong In ouvrit la porte.
« Min ! »
Son exclamation était surprise.
« Je t'attendais pas. »
Tae Min força encore sur le sourire.
« Je voulais te voir. J'peux entrer ? Tu fais quelque chose de particulier ce soir ? »
Jong In hocha la tête, puis répondit 'non'. Tae Min entra. Il nota que Jong In avait quand même l'air tendu. Ce qui était inhabituel, qu'il le soit si ouvertement. Ils baisèrent leurs lèvres, rapidement. Jong In lui proposa de quoi boire, et Tae Min remarqua quelque chose qui le déstabilisa hautement sur le canapé de Jong In. Un sac. Avec des affaires pleines. Tae Min pointa le sac du doigt.
« C'est quoi ce bordel ? »
Jong In soupira.
« Je comptais passer te voir tout à l'heure, en fait. Je pars dans quelques heures. »
Tae Min se sentit s'insurger. En même temps, il ne comprenait rien.
« Tu pars ? Mais Jjong, on va être en guerre ! »
Jong In sourit amèrement.
« Je sais bien que tu ne me comprends pas et que tu es malheureux avec moi. J'ai beaucoup réfléchi, Min, et si je le fais, c'est aussi pour toi. »
Tae Min s'étouffa avec sa salive. Il protesta :
« Merci de te rendre compte que tu me fais du mal et de ne même pas en parler avec moi avant de décider de te tirer, génial ! Je veux rester avec toi ! On arrive pu à communiquer, c'est vrai, et je sais pas comment faire, mais y a des solutions moins radicales, merde ! »
Jong In soupira.
« Tu es trop optimiste, Min. C'est pas que je veux pas rester avec toi. Je veux pas te faire du mal.
—Et la guerre, t'en fais quoi ?
—C'est aussi pour ça que je me barre.
—Tu fuis comme un lâche.
—Absolument pas. Je n'ai juste rien à voir là-dedans, et comme je choisis de te laisser mener ta vie et de mener la mienne, je m'en vais.
—Putain, c'est comme ça que tu vois les choses ?! »
Tae Min n'allait pas accepter ça.
« Tu peux pas me laisser, Jjong. On s'était toujours promis de rester ensemble, on s'était promis de…
—On était des gosses, Tae Min. Fallait bien te douter qu'on risquait de pas rester ensemble toute notre vie et qu'en grandissant, nos chemins pourraient se séparer. Ça arrive. »
Tae Min serra les poings. Il avait la boule au ventre et envie de fondre en larmes. Il ne le ferait pas. Comment Jong In pouvait dire ça ? Oui, ça arrivait. Mais aux autres, putain. Pas à eux.
« Jjong, merde… ! Tu m'aimes pu, c'est ça ?
—Si, je t'aime encore. »
Tae Min ne comprenait pas. Comment pouvait-il le laisser s'il l'aimait ? Il l'agrippa par le bras, désespérément anéanti.
« Alors reste pour moi. On va trouver un moyen de communiquer, on va surmonter la difficulté.
—Comment ? Tu passes ton temps à me reprocher mes convictions, nos amis sont de ton côté, personne ne me soutient et ne me comprend.
—On va parler. On va forcément trouver comment…
—Non, Min.
—Tu ne crois plus en nous. Tu m'aimes plus, avoue-le ! »
Jong In grogna :
« L'amour ne fait pas tout. Ça me fait mal à moi aussi.
—T'as l'air vachement triste, ouais. »
Jong In haussa les épaules.
« Me crois pas si tu veux. J'essaie juste d'être fort. Tu sais pas ce que je ressens. » Une lueur de tristesse transperça son regard sombre. « Je veux pas qu'on s'engueule. Mais s'il faut que je sois brutal et que tu me détestes pour que tu puisses passer à autre chose, je peux faire en sorte que ça se passe comme ça. »
Tae Min se pinça l'arête du nez, largement dépassé par la situation. Il ne savait plus quoi dire, quoi faire, mais il était outré par l'attitude de Jong In.
« Tu dis que tu veux mon bien, mais en fait, tu t'en branles. T'es encore égoïste. Putain, Jong In, tu déconnes ? Tu peux pas faire ça. »
Jong In attrapa la main de Tae Min. Il caressa sa joue.
« Je peux, Min. Et je vais le faire. Je suis désolé. Ce n'est ni de ta faute ni de la mienne. On ne s'entend plus, on arrive plus à surmonter nos opinions. Peut-être que si on se recroise un jour, et qu'on a grandi tous les deux, on pourra recommencer ? Ce serait cool. »
Puis il ricana.
« Tu vois, moi aussi je me laisse aveugler par mes sentiments et j'imagine des trucs cons. »
Tae Min remarqua que le tour de ses yeux était rougi. Si Jong In faiblissait, peut-être qu'il pourrait le convaincre. Il eut l'espoir.
« On a pas à faire ça, » tenta-t-il, « on a pas à faire ça. On peut très bien apprendre à se tolérer. Faut juste trouver comment communiquer. Si on fait des efforts, si on croit en nous… Jong, Je t'aime. Je t'aime, putain. Me laisse pas. »
Tae Min le regardait avec des yeux si tristes qu'il vit Jong In baisser les siens et se mordre la langue. Il faisait ça, quand ils étaient petits, avant de lui céder. Ce ne serait pas le cas aujourd'hui, néanmoins. Cette rupture, c'était bien ce qui brisait Tae Min, avait une atmosphère de radicale.
« Je veux croire en nous. Mais ce n'est pas le seul problème. Tu l'as dit toi-même, ça va au-delà, y a la guerre. Je veux pas être sur une planète en guerre. Et comme je sais très bien que tu refuseras de partir avec moi… Peut-être qu'on se reverra, Tae Min. J'aimerais que ça se passe comme ça. Alors ne m'en veux pas. »
Jong In se retourna, ferma son sac et partit en direction de la porte. Tae Min l'en empêcha, lui sautant sur le dos et les faisant tous deux s'écrouler au sol, la tête de son amant cognant méchamment par terre. Jong In grimaça de douleur. Tae Min fut tenté de s'excuser, mais il ne le fit pas.
« Je te laisserais pas partir. Pas comme ça.
—C'est trop tard, Min. J'ai une longue marche à faire, alors évite de me blesser. »
Tae Min fut abasourdi.
« T'y vas pas en vaisseau ?
—Non. On vient me chercher. »
Le blond s'étrangla. 'On'. C'était qui, ce putain de 'on' ?
« Jong In… Qu'est-ce que tu me chantes ?
—Tu te rappelles du pilote dont je te parlais ? Je pars avec lui. »
À nouveau, l'apocalypse interne de Tae Min lui donna envie de vomir et un violent regain de haine. Ce n'était pas possible. Simplement pas possible. Il avait l'impression de comprendre.
« Tu me trompes, Jjong ? Ce pilote, tu baises avec lui ? »
Sa voix était sortie étranglée de sa gorge. Jong In éclata de rire.
« Non, absolument pas. Ça n'a rien à voir avec ce que tu crois. C'est juste que je sais qu'il ne me contraindra à rien, du moins au début, et qu'il faut que je parte.
—Tu vas laisser le vaisseau de Kwang Ho ? C'est ton héritage.
—Je sais. Mais ce vaisseau sera bon pour la casse dans quelques années, et j'imagine que tu en feras bon usage en attendant. »
Tae Min renforça son emprise quand Jong In voulut le retourner.
« J'peux pas accepter. Un héritage, ça se donne pas.
—Tant pis, il deviendra une pièce de collection, alors. Min, laisse-moi partir. »
L'emprise de Tae Min faiblit, mais il s'effondra contre le dos de Jong In, son corps tremblant. Les mains de Jong In se posèrent sur ses hanches, avec douceur. Il ne chercha pas à l'ôter brutalement ni à lui faire du mal. Au contraire, il le caressa. À travers ce geste, Tae Min ressentait l'amour encore vivant, encore là. Ça faisait si mal que Jong In le laisse malgré ça… Tae Min ne comprenait plus rien. Pourquoi ça prenait cette tournure ? Pourquoi Jong In et lui avaient-ils changés ? Pourquoi Jong In réagissait ainsi ?
« Je veux pas que tu partes. Je veux pas que tu me laisses. »
Jong In caressa plus doucement.
« Une part de moi ne veut pas non plus. Je t'aime. Mais je sais qu'il le faut. Tu seras plus heureux. Et moi aussi, sans doute. Ce qu'on a vécu, c'était beau, c'était génial, mais ça touche à sa fin. Faut savoir l'accepter. En luttant contre l'évidence, on va se détruire et se détester, j'veux pas ça. Steuplais, Min, comprends mon point de vue à moi, pour une fois. »
Tae Min trembla, une larme coulant de l'un de ses yeux, puis de l'autre.
« Je comprends ton point de vue… J'ai toujours compris, mais Jjong… Je veux pas… Je veux pas… ! »
Jong In rit. De sa face contre terre, de profil, Tae Min voyait son sourire.
« Tu es tellement têtu. J'aime ça. Min, laisse-moi me lever. »
Impuissant, Tae Min glissa alors, laissant le corps de Jong In se lever. Jong In lui tendit la main pour qu'il se redresse à son tour. Tae Min tremblait encore. Il déglutit difficilement.
« J'peux venir avec toi ? Rencontrer ce pilote. Je me tire après. »
Jong In secoua la tête.
« C'est une mauvaise idée. Je préfère te laisser là, ça vaut mieux. Au revoir, Tae Min. »
Tae Min se sentit mou. Détruit.
Toute sa volonté. Tout son être. Toutes ses passions, ses désirs, ses besoins, tout était volé. Jong In le dénudait. Jong In partait, emportait tout. Juste avant d'ouvrir la porte, le brun lui donna un baiser. Doux, long. Ils se serrèrent dans les bras. Ils le faisaient sans doute pour la dernière fois. Tae Min ne pleurait pas. Il sanglotait. Sans larmes. Mais avec les mêmes bruits compulsifs et hoquets répétitifs.
Jong In finit par partir. Mais Tae Min prit une résolution. Il attendit quelques minutes, et suivit son amant. Il ne le laisserait pas partir sans savoir avec qui et où il allait. Tant pis s'il voyait quelque chose qu'il ne voulait pas voir, comme découvrir que Jong In avait bel et bien un autre petit-ami, mais il voulait le voir. Le suivre.
Alors il suivit.
