J'espère que tu t'es bien remise Naitaa !

J'avais envisagé de perdre le katana de Fuyuki puis je me suis dit : de toute façon, tant qu'il ne pourra pas remarcher, ça ne lui servira à rien de l'avoir. Peu importait qu'il l'ai ou pas au final. Alors je le lui ai laissé, avec ma bienveillance habituelle X)

On est tous d'accord sur ce point : Sasha et Genjiro ne devrait sans doute pas partir. Mais vu la situation, ils ont besoin de matériels supplémentaires (Fuyuki ne survivra pas sans des antibiotiques notamment) et comme la voiture ne fonctionne plus (merci l'auteur) ils n'ont pas le choix.

Tant que tu postes avant samedi après midi, y'a pas de problèmes, je le vois encore Diamly ! ^^

Pour ce qui est de la biche qui aurait pu devenir un zombie, je laisse ça pour la fin de la fic. J'envisage vraiment de publier un bonus avec ce genre d'infos (entre autre) dedans. Au pire, je le mettrais en note en fin du dernier chapitre ! Et pour ce qui est de l'origine de l'invasion zombie Sasha et Dan en discutent dans le chapitre suivant, donc va falloir attendre la semaine prochaine pour voir quelles hypothèses sont formulées =)

En fait quand Sasha pensait qu'elle pouvait manger la biche et pas les autres elle voulait surtout souligner le fait qu'elle s'en foutait que les autres aient faim si elle, elle pouvait manger. Au final, ça n'est arrangé au mieux, mais c'est pour ça qu'elle disait « c'est horrible ».

Je ne crois pas que les zombies puissent encore être allergiques à quelque chose dans leur état. Et si le poison faisait effet, il serait trop lent : ils pourraient encore bouffer des gens. La méthode la plus sûre, en dehors de lui transpercer le cerveau ou de l'étêter, c'est encore de le brûler.

Si tu veux vraiment voir des trucs un peu gore/intéressant je t'enverrais quelques trucs par PM.

Non je n'avais pas entendu parler du zombie de Manhattan, mais je sais qu'il y a beaucoup d'histoire dans le genre un peu partout dans le monde. Tu sais qu'il existe aux USA une appli mobile qui classe les différents États par niveau de risque en cas d'invasion zombie (suivant la densité de la population etc...) et qui indique les armureries les plus proches ?

Bonne lecture !


Oyez Oyez braves lecteurs, je vous informe que je suis en train d'écrire le dernier chapitre de cette fic (enfin !) qui en comptera au final 41 ( sans doute avec un bonus en plus).


Les loups ne mangent pas les Morts

Le temps n'était pas avec nous quand on a pris la route de la ville de Fuji. Le verglas qui avait mis Fuyuki dans cet état n'avait pas soudainement disparu... Et avec toute cette neige qui n'avait pas été déblayée, le seul moyen de savoir que la route passait par là, c'était de marcher dans l'espace sans végétation dégagé entre les deux pans de forêts.

Le vent soufflait aussi beaucoup plus fort que dans la forêt. J'ai resserré mon capuchon au dessus de mon bonnet et remonté mon écharpe plus haut encore. Des lunettes de ski auraient presque été une bonne idée. Et on avait faim.

Le trajet s'est presque entièrement fait dans le silence. On se contentait d'avancer et j'essayais de jauger à la position du soleil, visible par intermittence à travers les nuages gris et cotonneux, à quel moment de la journée nous étions. Sans grand succès.

On est entré dans la ville par un pont verglacé et l'un des premiers bâtiments qu'on a vu et qui ne soit pas une maison a été un commissariat. C'était une bonne nouvelle. Après avoir débarrassé le onsen des zombies et être partie à la chasse, il ne me restait plus beaucoup de munitions. Et nous en avions besoin.

Alors on a fait un premier arrêt là. Il n'y avait rien de vivant, ou d'à moitié vivant dedans quand nous y sommes entrés. Les vitres avaient été fracturées, la neige s'était déposée dans l'entrée. Ça faisait des semaines, voir des mois que personne ne devait être passé par là : les cadavres des policiers n'avaient pas été dépouillés. C'est une chose que j'aurais répugné à faire au début, mais que j'ai fait sans ciller à ce moment là.

Pour une fois, j'ai béni l'uniformisation japonaise : ils avaient tous les mêmes armes de service. Et donc, nous pouvions récupérer les balles pour nos armes déjà dérobée aux forces de l'ordre de Tokyo. Je les ai fourrées dans mon sac et j'ai à nouveau rempli mon propre chargeur et celui de Genjiro. Au fur et à mesure du temps, mon pistolet avait été le seul à être approvisionné vu que j'étais la meilleure tireuse.

On a prudemment poursuivi notre chemin. Les cellules étaient fermées sur des cadavres humains ou de zombies qui avaient été abattus une balle dans la tête. Il y en a juste un qui était immobile, mais qui nous a suivi du regard quand on est passé près de lui. Il n'avait plus ni bras, ni jambes, ni mâchoire inférieure. Mais il était encore en mesure de nous envisager comme un repas savoureux. J'ai planté ma naginata dans son front.

Nous avons finalement accédé à l'armurerie. On a cherché la clef à quelque part, mais sans succès. Pas difficile de comprendre pourquoi : le cadavre putréfié d'un policier était un l'intérieur et le cadenas également. C'était lui qui devait la posséder

Des gens avaient essayé de forcer l'armurerie : les grilles étaient déformées, mais non cassée et on y voyait des impacts de balles. Et le policier avait dû refuser d'ouvrir pour les voyous qui étaient venus. Ces derniers l'avaient abattu. Une croûte de sang coagulé s'étalait sur presque tout le sol de la petite pièce : l'homme n'était pas mort sur le coup, mais s'était lentement vidé de son sang. Ses doigts étaient encore agrippés à son arme.

- Écarte toi, ai – je ordonné à Genjiro. Et bouche toi les oreilles.

J'ai dégainé mon fusil de chasse, d'un calibre sans doute plus gros que tout ce que les autres qui avaient essayés d'entrer avant nous pouvait posséder. J'ai collé le canon de l'autre côté du cadenas, j'ai fermé les yeux et j'ai tiré.

J'ai été projetée en arrière et le bruit assourdissant de la détonation m'a donné l'impression que mes tympans éclataient. J'ai regardé le résultat. Le cadenas avait été pulvérisé. Bien.

J'ai sursauté quand Genjiro m'a touché le bras et il a articulé quelques mots que je n'ai pas entendu. A mon visage perplexe, il a dû comprendre et a levé mes propres bras à hauteur d'yeux. Mes avants bras étaient brûlés à cause de la déflagration.

Le temps qu'il ne les badigeonne de désinfectant et ne les bande, j'ai recommencé à entendre. Ça m'apprendra à tirer avec un fusil de chasse dans un endroit clos sans casque ou au moins des bouchons d'oreilles.

J'ai donné deux coups de pieds dans la porte et elle s'est ouverte sur les trésors de l'armurerie.

Nous n'avons pas pu tout emporter. Pas à deux. Pas alors qu'on avait beaucoup d'autres choses à ramener. On a commencé par rafler un maximum de munition. Je me suis trouvée un nouveau pistolet de plus gros calibre que ceux couramment utilisés par les policiers.

Et j'ai aussi pris avec moi un uzi. Simplifions en disant qu'il s'agit d'un mitraillette miniature qui est bien plus facile à transporter que la dernière que j'avais récupéré et dû abandonner quand on était arrivé à cours de munition.

J'ai aussi passé un fusil à Genjiro qui a un peu râler avant d'accepter.

- Je vais donner des cours de tir à Fuyuki quand il sera en meilleur état, lui ai – je annoncé alors qu'on sortait. Il ne va pas pouvoir combattre au sabre pendant un moment : ça l'occupera.

Je leur avais déjà montré comment tirer. Ça n'est pas bien difficile en soit. Mais on avait pas fait de réelles séances de tir parce que ça fait beaucoup de bruit ces petits joujoux. Mais dans les montagnes, le son résonnerait de tous les côtés : impossible de nous localiser uniquement grâce à ça.

On a ensuite continué notre chemin prudemment. Mais il n'y avait pas de zombies en activité. Certains étaient pétrifiés, mais je ne saurais pas dire s'ils étaient juste figés par le froid ou si le virus en eux avait péri à cause du froid. J'espérais la seconde option, mais on ne le saurait pas avant le dégel. En tout cas, ça facilitait grandement nos déplacements.

Une fois à l'hôpital, on a d'abord cherché ce qu'Isamu nous avait spécifiquement demandé. De la morphine, des analgésiques, des anesthésiques, de quoi faire un plâtre et le couper, des antibiotiques, des bandages, du matériel chirurgical, du désinfectant. Genjiro cherchait, moi je surveillais. Il faisait frais dans l'hôpital, mais pas suffisamment pour que les zombies soient figés.

- On a tout, m'a t –il chuchoté.

- Tu es sûr ?

- Oui.

- Alors prends en vrac ce qui te paraît utile. Remplis ton sac.

- Il faut encore qu'on cherche de la nourriture, m'a t –il rappelé.

- Oui. On mettra tout ce qui est lourd dans le mien. Je supporterais le poids mieux que toi.

- Tu sais Sasha, depuis que tu as acquis cette nouvelle force à cause du virus, tu donnes l'impression d'être le seul homme de notre groupe.

Je l'ai regardé bizarrement. C'était bizarre comme phrase, non ? Il a rapidement rempli son sac et nous sommes ressortis.

- Pourquoi tu dis ça ? lui ai – je demandé.

- C'est toi la plus forte, mais tu n'as pas besoin de sans cesse nous le rappeler. On peut aussi porter notre part.

- Ne me dit pas que ça vous complexe ? me suis – je amusée.

Il n'a pas répondu, ce qui voulait tout dire. Je me suis retenue d'éclater de rire. Je trouvais ça très drôle. Moi, la femme de 18 ans du haut de mes 1m60 avec mes 50kg, je leur donnais des complexes.

- J'ai acquis quelques avantages en résistant au virus, autant que je m'en serve. Je ne vais pas nous priver d'un atout juste pour préserver votre ego, ai – je fini par dire.

C'était la stricte vérité. Que ça leur plaise ou non, ce serait comme ça, point.

- Je ne te parle pas de ne pas exploiter ta force. Juste de ne pas nous insulter en croyant qu'on est pas capable de faire aussi bien que toi.

- Si j'avais été un homme, jamais ce genre de chose ne vous aurait traversé l'esprit, ai – je rétorqué sèchement. Vous vous seriez contentés d'être admiratifs, mais là, vous êtes juste vexés. Les japonais et le machisme !

J'ai lâché une exclamation dédaigneuse. Je n'en revenais pas qu'ils pensent toujours ainsi à ce stade de notre aventure. N'avais – je pas gagné le droit d'être considérée à l'égal de n'importe qui, indépendant de mon sexe ?

Genjiro a préféré se taire et ça vaut mieux parce que j'étais prête à me fâcher. Ce genre de réflexion m'avaient toujours énervée, mais après des mois dans l'enfer de la guerre et venant d'une personne m'étant chère, c'était pire encore.

On s'est installé dans une maison au hasard pour la nuit. On a mangé dans le silence. Je me sentais fatiguée.

- Sasha !

J'ai sursauté en entendant mon nom et Genjiro m'a secouée par l'épaule.

- Tu es gelée, a t –il constaté en posant sa main sur ma joue. Pourquoi tu n'as rien dit ?

- Je ne le sens pas, je te rappelle.

Il s'est détourné et a sorti, l'air victorieux, une petite bande de plastique noir qu'il a posé sur mon front.

- Qu'est ce que c'est ?

- Un thermomètre qui marche sans électricité. Malheureusement, il n'a pas une très grande amplitude : de 35°C à 42°C.

Il a patienté quelques secondes, froncés les sourcils et l'a essayé sur son propre front. Il indiquait bien 37°C.

- Il marche, a t –il constaté bêtement.

- Oui, et ?

- Et, ça veut dire que tu es déjà en dessous de 35°C, crétine.

- Il faut faire du feu.

- Il y a du parquet et de la moquette partout. Autant mettre le feu à la maison.

- Alors tu proposes quoi monsieur le génie ?

- La chaleur humaine. Si tu as fini de t'endormir sur la bouffe, on va se coucher.

- Il faut monter la garde.

- Tu monteras la garde une fois que tu seras revenue à 37°C, pas avant.

- Je…

- Tu te tais Sasha. J'ai été chargé par mon frère de te ramener vivante, alors je ne te laisserais pas être encore plus en hypothermie.

- Ouais, ben ton frère m'a dit la même chose à ton propos.

On s'est foudroyé du regard. Je n'avais jamais eu ce problème quand je partais toute une journée avec Fuyuki !

Mais je n'avais pas réellement le choix. J'ai abandonné mon repas à moitié terminé en grognant, et j'ai pesté en pensée contre ce maudit virus qui m'empêchait de faire ce qui devait être fait. J'ai soigneusement déposé mes armes près du lit. Genjiro y a déposé une couverture épaisse.

Et il a commencé à se déshabiller.

- Qu'est ce que tu fais ? ai – je demandé, ma voix montant dangereusement dans les aiguës.

- Techniques de survie basique : la chaleur se transmet mieux quand il n'y a pas d'obstacles. Ça ira plus vite et tu pourras retourner à ton tour de garde.

Je suis restée figée. Ça, ça me mettait vraiment mal à l'aise.

- Allez Sasha, il n'y a rien que tu n'aies pas déjà vu de toute façon, m'a t –il rappelé en référence à cet été ou je l'avais déjà effectivement vu complètement nu.

Je me suis détournée pour qu'il ne me voit pas rougir en y repensant. Je suis plus pudique que j'en ai l'air. Ça m'a encore plus gênée qu'il en parle. Je l'ai entendu rire derrière moi. Sans doute était – ce une vengeance de sa part...

- Je ne vais pas t'agresser, m'a t –il dit. De toute façon tu sors avec Fuyuki. Il viendrait me casser la gueule si je tentais quelque chose.

- Je te la casserais moi-même, ai – je rétorqué. Je n'ai pas besoin de son aide pour ça. Et je n'ai pas peur que tu m'agresses. Tu n'es pas comme ça.

- Tu m'en vois ravi maintenant ramène tes fesses. Je ne fais pas ça pour le plaisir.

- Tu as intérêt à ne pas être entièrement nu ou tu vas le regretter.

- J'ai des notions de limites et de pudeurs, tu sais ? Allez.

J'ai soupiré et sans y penser j'ai jeté mes fringues et je me suis glissée dans le lit. Ma peau était toute pâle et marbrée. Et là, problème de taille : comment se positionner ? Ça paraît stupide comme ça, mais ça a son importance. J'ai fini par lui tourner le dos et j'ai ramené mes bras contre moi pour qu'il puisse poser sa main et son bras à un endroit qui ne portait pas trop à confusion. Il a eu un mouvement de recul quand il m'a touchée.

- Putain, un vrai glaçon.

Douce vengeance, vous dirais – je. J'ai plaqué mes pieds froids contre lui. Il a poussé un couinement ridicule et j'ai essayé de me retenir de rire. Finalement, j'ai éclaté du rire le plus silencieux que j'ai été capable d'émettre. Mais il n'a pas paru partager mon hilarité. Tant pis pour lui.

Le silence est rapidement revenu, et j'ai commencé à somnoler, plus à cause de la fatigue que de l'hypothermie cette fois. J'ai fermé les yeux et si j'étais encore à moitié vigilante, je me sentais partir.

- Sasha ? m'a appelé Genjiro.

- Hum… ?

- Est-ce que ça t'arrive de penser à tes parents ?

Pour le coup, ça m'a entièrement réveillée. Je me suis tournée pour pouvoir le regarder, étonnée. Il était sérieux et attendait visiblement une réponse.

- Parfois, oui, mais j'essaie d'éviter, ai – je dit.

Je n'avais pas besoin de ressasser en continu le fait que mes parents avaient été des zombies et que je les avais achevé. Oui, c'est moi qui l'avait voulu, mais ça ne m'empêchait pas de m'en vouloir. Et de me sentir coupable quelque part. Si j'avais été avec eux quand les zombies sont apparus, aurais – je pu les sauver ? Je ne sais pas. Mais tant qu'il y a un "si" il y a une possibilité. Et la possibilité suffit à la culpabilité.

Seulement, il n'y avait plus de place pour la culpabilité dans ce monde. Il y avait tant d'autres choses à penser et à faire.

- Pourquoi tu me parles de ça maintenant ?

- Tu es la seule à avoir perdu un être cher à part moi et mon frère et encore, lui était déjà passé à autre chose. Je voulais savoir.

- Tu penses à Hitomi c'est ça ?

Il a posé son front contre mon épaule, sans doute pour que je ne vois pas son expression.

- J'étais avec elle quand elle s'est fait mordre. Elle m'a appelé tu sais. Juste avant. Elle a crié mon nom. Et je n'ai rien pu faire.

- Qu'aurais – tu pu faire ? A l'époque, on ne savait rien. Tu n'aurais pas pu deviner qu'il allait essayer de la manger et qu'une morsure la tuerait. Si ça avait été autre chose, tu serais arrivé à temps.

- Quelle importance de toute façon ? C'est trop tard, a t –il dit, amer.

- Pour elle peut –être, mais pas pour toi. Tu crois qu'elle aurait préféré que tu abandonnes et que tu la rejoignes ?

- Non, a t – il chuchoté après quelques secondes de silence. Non. Hitomi n'étais pas comme ça. Elle recueillait les chats errants, elle donnait son repas aux sans abris si elle en croisait en venant au lycée et elle faisait du bénévolat le dimanche.

- Ça devait être quelqu'un de bien.

- Elle ne méritait pas de mourir.

- Personne ne mérite de mourir.

Je ne sais pas si je suis d'accord avec cette phrase ou si j'ai menti en la disant. Je ne le sais pas même des années plus tard. Il y a des personnes qui méritent à nos yeux de mourir et de souffrir. Mais au final, avons-nous le droit de juger les actions des autres ? Qu'est ce qui nous donne le droit de dire que notre avis est supérieur à celui des autres ?

Le silence s'est réinstallé et il a fini par s'endormir. Quand ma température a finalement ré atteint les 37°C, je me suis rhabillée chaudement et je me suis installée à la fenêtre. Je suis restée debout toute la nuit et j'ai secoué Genjiro dès les premières lueurs de l'aube.

Le temps qu'il se lève, qu'on mange et qu'on reparte, il faisait déjà bien jour. On a passé la matinée à chercher de la nourriture, mais il allait falloir qu'on revienne. Si les garçons s'étaient bien débrouillés pendant notre absence, et qu'il n'y avait pas eu de problème, je proposerais d'autres expéditions. La ville de Fuji était isolée et s'il y avait des Survivants, ils ne piochaient pas des masses dans les richesses qu'elle recelait.

On a aussi pris des habits avec nous et quand on est repassé devant le poste de police, j'ai insisté pour qu'on récupère encore des armes supplémentaires. On est jamais trop armé durant une époque comme celle – ci.

Le chemin de retour a été bien plus pénible que l'allée. La route n'était pas devenue plus praticable et nous étions trois à quatre fois plus chargés. Nous avons mis plus que la demi – journée que j'avais prévu. La nuit est tombée sur nous alors qu'on avait encore au moins une bonne heure de marche.

- J'aurais dû penser qu'on irait moins vite, ai – je grogné.

- Râle moins et avance plus, m'a rétorqué Genjiro.

- Dixit celui qui marche le plus lentement.

On a poursuivi en silence et soudainement, j'ai entendu quelque chose. Je ne sais pas quoi. Ou alors c'est simplement l'instinct qui m'a fait me redresser et m'arrêter.

- Qu'est ce qu'il y a ? m'a demandé Genjiro.

- J'ai l'impression qu'on nous observe.

- Un zombie nous aurait déjà attaqué.

- Il n'y a pas que des zombies dans ces bois. Il y aussi des loups et des ours au Japon, si je ne m'abuse.

- On en a pas vu jusque là.

- Jusque là, on était pas en train de se trimbaler dans la nuit avec de la bouffe.

J'ai posé mon sac. Paranoïa ou réalité ? Je ne savais pas, mais il fallait que je vérifie. J'ai allumé mon briquet. C'était une faible lumière, mais les yeux des loups brillent dans le noir à la moindre lueur.

- Là, m'a dit Genjiro en tendant la main vers le bord de la route.

J'ai regardé dans la direction qu'il m'indiquait et mes yeux sont tombés sur deux billes brillantes tapies dans la neige à a peine deux mètres de nous. D'un bond, il serait sur nous. Un loup ne se déplaçant jamais seul, la meute devait être là. Et on était probablement déjà encerclés.

- Tu as quelque chose contre te servir d'un pistolet sur des animaux qui veulent nous bouffer ? lui ai – je demandé en me mettant lentement dos à dos avec lui.

- Je crois que je n'ai pas le choix.

- Rappelle - toi : ferme un œil, vise bien et tire. Si tu loupes, ne t'arrête pas. Eux ne s'arrêteront pas.

J'ai enlevé la sécurité de mon Uzi et je me suis agenouillée, posant mon coude gauche sur mon genou du même côté, le genou droit à terre pour me stabiliser. Il est plus difficile de louper une cible quand on tire en rafale. J'ai mis en joue le loup que Genjiro avait vu. Et j'ai attendu. Maintenant que je l'avais repéré, la faible lueur de la lune me suffisait.

- Sasha, m'a interpellée Genjiro.

- Hum ? ai – je fait sans lâcher le loup que j'avais en joue du regard.

- Il y en a d'autres.

- Trouve l'alpha.

- J'ai l'air d'un spécialiste des loups ?

- On peut raisonnablement considérer le plus agressif d'entre eux comme tel, je pense.

Du coin de l'œil, j'ai fini par voir les loups se rapprocher en plein milieu de la route, totalement à découvert. Le cercle se refermait lentement sur nous. Plus ils se rapprochaient, plus l'adrénaline montait dans mes veines. Et plus j'entendais Genjiro respirer vite et fort dans mon dos.

Le loup que je visais est finalement sorti de derrière la butte de neige qui le dissimulait à moitié. Dès qu'il a fait ça, j'ai tiré sans attendre. Et je l'ai touché en pleine tête. Il s'est écroulé avec un couinement.

Immédiatement, sans réfléchir, j'ai pivoté sur la gauche. Étant agenouillée, j'étais à la hauteur des loups. J'ai tiré sans réellement viser, balayant la route devant moi de gauche à droite, comptant sur la rafale pour les toucher.

La détonation du pistolet a retenti et j'ai compris avec soulagement que Genjiro avait usé de son arme.

L'action en elle-même n'a pas duré longtemps. Même pas une minute je dirais. Les loups se sont vite repliés en comprenant qu'on était pas des proies pour eux. On s'est immobilisé, comme attendant une seconde vague d'attaque, mais non.

Je me suis relevée et j'ai remis la sécurité de mon arme. Autours de nous, il y avait trois loups morts. On avait dû en blesser plus, mais ils étaient partis.

- On est vivant, m'a dit Genjiro.

- Il faut croire que ce n'était pas encore pour cette fois, ai – je confirmé.

- Pourquoi ils nous ont attaqué ? Les loups n'attaquent pas l'homme en général.

- Vu le mal que Fuyuki et moi avons eu pour trouver des biches, je pense qu'eux aussi doivent avoir des problèmes pour se trouver des proies. Et ils ne mangent pas les zombies apparemment. On représentait deux steaks sur patte pas trop dangereux je pense. Ils ne reviendront plus maintenant.

- On devrait les emmener avec nous, non ? C'est aussi de la viande, a t –il finalement demandé en désignant les cadavres.

- J'y pensais. On en prend chacun un et on tire le plus gros à deux. On ne doit plus être très loin de la maison maintenant.

- Génial, du poids en plus.

Mais il s'est exécuté. Et là je dois dire que je commençais aussi à peiner à avancer. En voyant le onsen, j'ai soupiré du soulagement. Il a encore fallu le contourner pour entrer et faire passer la barrière à tout ce que nous transportions. Finalement, on a abandonné les trois cadavres dehors dans la neige sans plus nous en préoccuper et on est entré.

Isamu s'est porté à notre rencontre, un pli inquiet barrant son front. Il nous a serré dans ses bras à tous de rôle, l'air immensément soulagé avant de nous expliquer :

- On a entendu les coups de feu et on s'est dit que c'était vous. On craignait le pire.

- On a été attaqué par des loups, ai – je dit. Comment va Fuyuki ?

- Il était temps que vous arriviez. Il a besoin de médicament. Vous avez les poches et de quoi faire les perfs ?

- On a tout ce qu'il faut.

- Parfait, alors ne perdons pas plus de temps.

On est monté à l'étage rapidement et j'ai jeté mes affaires pour me précipiter dans la chambre ou on avait laissé Fuyuki en partant. Il n'avait pas bougé. Il frissonnait et quand j'ai posé ma main sur son froid, j'ai moi-même pu constater qu'il était bouillant par contraste avec ma main glacée par mon long séjour à l'extérieur. Le thermomètre qu'on a ramené indiquait 41°C.

- Sasha : tu es toujours glacée alors essaye de le refroidir en attendant, m'a ordonné Isamu pendant qu'il se penchait sur le bras de Fuyuki pour tenter d'installer la perf. Genjiro, tu vas nous chercher de la neige. La dernière fournée que j'ai ramené a fondu.

- Il va se remettre ? ai – je demandé et plaquant mes mains sur le visage de Fuyuki.

- On verra bien. La plaie s'est infectée et comme on mange mal en plus de tout son système immunitaire ne devait pas être au mieux de sa forme. Il faudra peut –être l'amputer lui aussi…

Je ne voulais pas qu'il me dise ça. Moi, tout ce que j'avais voulu entendre c'est "oui, ne t'en fait pas". Qu'on me dise que je n'avais pas fait l'aller retour en ville pour rien. Qu'il m'affirme qu'on était arrivé à temps. Mais il ne pouvait pas me dire ça sans mentir.

J'avais peur que Fuyuki meure à cause d'un stupide accident alors qu'on s'était sortis de situations mille fois pires.


A suivre...