Chapitre 36 : Une soirée avec ma mère

Comme je l'ai promis à George, hier soir, je me suis mise sur la fabrication des antidotes toute la journée. Les garçons les testent presqu'au fur et à mesure que je les termine. Certaines fonctionnent, d'autres non. C'est le cas avec les pastilles de Gerbe. Heureusement que nous avons le bézoard, sinon ce serait la pagaille.

Avoir travaillé sur ces potions m'a fait du bien. Mon esprit est resté occupé toute la journée. Fred est vraiment merveilleux avec moi. Il m'a fait oublier mon souper avec ma mère et toutes les angoisses qui s'y rattachent. Je suis chanceuse de l'avoir avec moi.

L'heure avance incroyablement vite aujourd'hui. Il est déjà seize heures. L'heure de quitter les garçons pour me préparer. Après une bonne douche chaude, je m'habille avec une robe que j'ai trouvée dans la garde-robe de ma chambre. Le style est un peu vieillot, mais grâce à quelques sorts pour coudre les vêtements, elle semble toute neuve. Il suffit d'enlever les manches à l'allure gothique, d'enlever le col de dentelle et de l'évaser légèrement. Le bleu marine de cette robe fait ressortir celui de mes yeux. Un peu de maquillage et un sort pour placer mes cheveux et voilà le tour est joué.

Je me regarde une dernière fois dans le miroir. Je me reconnais à peine. C'est comme si j'étais déguisée en une tout autre personne. Hélène Black, fille de Narcissa Black l'épouse d'un dangereux Mangemort…Je soupir à cette idée.

En sortant de ma chambre, je tombe nez à nez avec Fred qui apparemment m'attendait sur le pas de sa porte. Il me dévisage, jaugeant la jeune femme qui se trouve devant lui.

- Je sais. Je ne me ressemble pas, dis-je

- En effet, me confirme-t-il.

Il me tire vers lui, passant ses mains autour de ma taille. Je reste dans ses bras à scruter chacun de ses traits. Il y a dans ses taches de rousseur quelque chose de sécurisant. Comme lorsqu'on s'étend dans la pelouse et qu'on regarde l'immensité des étoiles du ciel. Je pose ma tête sur son épaule et soupir, alors qu'il me donne un baiser dans les cheveux. Je n'ai aucune envie de partir. Je voudrais rester là à sentir son odeur réconfortante pour toujours.

- Sois prudente et reviens-moi. C'est la seule faveur que je te demande, chuchote-t-il à mon oreille.

Je soulève ma tête et l'embrasse pour sceller ce pacte. Puis dans un ultime effort mental, je me sépare de lui pour retourner à la cuisine. Mes talons hauts ne sont pas du tout confortables et ils font un vacarme d'enfer dans la maison silencieuse. Pas étonnant que je réveille mon aïeule.

- Hélène ? dit-elle alors que je pose le pied sur la dernière marche.

- Oui grand-mère, répondé-je de ma voix la plus distinguée.

- Où vas-tu habiller de la sorte ?

- Chez ma mère, au manoir des Malefoy. Elle m'y a invité pour le souper.

- Très bien. Très bien. Bonne soirée, conclu-t-elle en s'assoupissant.

Je referme les rideaux afin de ne pas attiser sa colère si elle voit d'autres membres de la maisonnée et je fais de mon mieux pour marcher le plus silencieusement possible vers la cuisine.

Un silence de mort règne à l'intérieur de celle-ci. Et je comprends très vite que Severus en est la cause. Un seul regard suffit à nous saluer. Aucun mot n'est utile entre nous. C'est comme si je connaissais ses pensées et qu'il connaissait les miennes.

Mon père est assis dans le coin tout à fait opposé. Remus tout près de lui semble faire office de tampon modérateur. Ce qui semble nécessaire vu les regards meurtriers que mon père lui lance. Mme Weasley et son mari sont assis au centre et n'osent pas les regarder ni l'un ni l'autre.

- Bonsoir, dis-je à tous. Il y a une réunion ce soir ? demandé-je.

- Votre mère m'a également invité à souper ce soir, répond Severus pour expliquer sa présence. J'ai donc pensé que nous pourrions nous y rendre ensemble. J'ai cru comprendre que vous n'aviez pas encore votre permis de transplanage. Habillées comme vous l'êtes, les cheminées ne seraient pas convenables.

- Merci, c'est très apprécié, dis-je. Donnez-moi un instant et je vous suis.

Il acquiesce et il sort de la pièce. J'apprécie parce que je ne sais pas pourquoi, mais je ne me serais pas sentie à l'aise de dire au revoir à mon père en sa présence. Celui-ci me prend dans ses bras puis c'est le tour de Remus. Tous me souhaitent « Bonne chance » et je sors en leur envoyant la main.

Severus m'attend sur le perron. Il me tend le bras et je le prends. Ce geste simple a une signification beaucoup plus importante. Il ne me serre pas seulement de moyen de voyager. En le prenant, je trouve en lui la force de devenir cette autre moi. Cette femme dans le miroir que j'ai observé tout à l'heure. Je deviens celle que Severus a vue en me faisant passer le test de l'occlumancie, celle que je dois être pour réussir ma mission d'infiltration. J'ai confiance en lui et je sens que c'est réciproque.

Aussitôt arriver sur le trottoir, nous transplanons dans cet immense domaine. Je prends un moment pour le voir. Depuis que je suis venue ici, j'y suis retourné toutes les nuits dans mes rêves. M'y voilà à nouveau, mais cette fois, ce n'est pas un rêve, c'est la réalité.

- Comment faites-vous pour vivre avec ça tous les jours, lui demandé-je tandis que nous commençons à marcher.

- Vous aviez raison. Vous n'êtes pas votre père, me répond-t-il après un moment de réflexion. Vous êtes beaucoup plus forte que lui. C'est cette force qui vous aidera à endurer tout ce mal.

- La force, mais jusqu'à quel point ? Je vous le demande…dis-je pour moi-même tandis que nous passons le portail.

L'elfe de maison nous fait entrer dans le manoir et en referme la porte. Je ne peux m'empêcher de fixer la porte de la salle de bal avec frayeur. Aujourd'hui, il n'y a aucune conversation derrière, mais c'est tout juste si je les entends dans ma tête tellement j'ai rejoué cette soirée.

- Ma belle Hélène ! dit ma mère qui vient d'arriver dans le hall. Je suis si heureuse que tu sois venue !

Elle vient vers moi, les bras ouverts. J'accroche un sourire à mon visage en ouvrant mes bras.

- Maman, dis-je alors que nous nous prenons dans nos bras.

- Severus, dit-elle en me lâchant. Merci de m'avoir ramené ma perle, encore une fois.

M. Malefoy fait son entrer avec son fils. Nous échangeons des salutations distinguées, puis M. Malefoy propose à Severus d'aller discuter un moment entre hommes pour nous laisser un temps mère et fille.

Ma mère me conduit au premier étage où il y a un autre salon. Je prends place dans un fauteuil rose du dix-huitième siècle et ma mère prend place dans un fauteuil assorti en face de moi.

- Cette robe est magnifique, où l'as-tu trouvé ? me compliment-elle.

- Oh, ça. C'est une vieille robe que j'ai légèrement bricolée, répondé-je

- Toi-même ! Tu as beaucoup de talent ! Où as-tu appris tout ça ? me demande-t-elle

- À l'orphelinat, répondé-je

Je lui raconte alors la version de mon histoire que j'ai inventée pour me protéger du Seigneur des Ténèbres. Elle me raconte à son tour l'histoire de ma naissance qui est très semblable à celle que mon père m'a raconté. À la seule différence qu'elle omet de me parler de mon père. Elle ne mentionne même pas son nom.

- Alors ça veut dire que tu n'as jamais été à l'école ! réalise-t-elle

- Non, en effet, répondé-je. Mais je me suis instruite via les livres. J'adore entre autres tous ceux qui parlent de potions.

- Hum, très bien… dit-elle distraitement. Nous allons changer ça. Il est encore temps.

L'elfe de maison entre dans la pièce et nous annonce que le souper est prêt en se prosternant comme le fait Kreattur. Nous sortons de la pièce, ma mère me prenant le bras et marchant côte à côte jusqu'à la salle à manger.

Dans ce manoir, chaque pièce semble démesurément grande. La salle à dîner n'y échappe pas. Elle est située à l'étage du hall d'entrée. À l'intérieur, il y a une longue table massive. Je prends place à côté de Severus et ma mère aux côtés de son mari qui occupe bout de la table. Mon demi-frère est assis à côté de notre mère face à moi.

Le repas servi par des elfes de maison est fastueux. Il y a de tout. Des charcuteries, des fromages, des fruits, des purées de légumes et même un énorme porc entier.

- Lucius, mon ami, saviez-vous qu'Hélène n'a pas la chance de fréquenter une école digne de ce nom ? dit ma mère.

- Oui, très chère. Votre fille me l'a mentionné lors de notre rencontre.

- Mais c'est terrible, ne trouvez-vous pas ? Avec tous vos contacts au ministère ne pourriez-vous pas y remédier ? demande ma mère.

- Bien sûr, ma chère. Avec l'aide de Severus pour influencer sur Dumbledore, il ne devrait y avoir aucune anicroche.

- Bien sûr. Dumbledore n'arrivera jamais à résister à l'inscription d'une élève dans le besoin, confirme Severus dans un rictus.

Cette mention de générosité est une sorte de blague qui fait sourire à la table. Je serais très heureuse d'avoir la chance de découvrir cette école légendaire. Les émotions me submergent alors en pensant qu'à présent que je n'ai plus Myrline et Socrate pour me faire mes cours à la maison … Ma mère semble s'être rendu compte de mon changement d'humeur.

- Ne t'en fait pas ma chérie. Drago sera là pour t'aider à te faire des relations. Tu auras tout plein d'amis, ne t'en fait pas pour ça ! N'est-ce pas mon petit prince ?

- Oui, bien sûr, dit-il visiblement mal à l'aise du surnom qu'elle vient de lui donner devant moi. Je veillerai à ce que tu connaisses les bonnes personnes et éviter la racaille.

Je feins un sourire, réellement amusée de connaître qui sont les « bonnes personnes » et qui sont la « racaille ».

- Merci à vous tous, je me sens vraiment choyée, dis-je. Je n'en espérais pas tant.

Le souper se passe sans anicroche. Mon demi-frère m'envoie quelques pièges, mais je lui réplique habilement. Avec les jumeaux, je suis devenue une professionnelle. Drago semble me trouver amusante avec mes répliques et je me surprends à aimer cette petite joute.

En quittant le manoir, ma mère me prend dans ses bras, déposant un baiser sur ma joue. Une poignée de main suffit à M. Malefoy et Drago me donne un baiser sur chaque joue. Dans cette petite complicité que nous avons développée au cours de la soirée, je me risque même à lui donner un petit coup sur l'épaule avant de prendre à nouveau le bras de Severus.

Nous reviendrons bientôt, car nous sommes à nouveau invités à une soirée donnée par le cercle de l'Ombre. C'est avec un sentiment bien mélangé que je sors de cette immense maison. Heureuse d'avoir pu discuter un tant soit peu avec ma mère, anxieuse à l'idée que demain j'aurai à nouveau à faire face au Seigneur des Ténèbres et amusée par ce petit prince à la langue bien pendue.