Ron ne décolérait pas. Il avait laissé Hermione à la bibliothèque et était allé prendre l'air. Il était descendu jusqu'au lac et était en train de remonter vers le château. Il donna un coup de pied rageur dans une pierre se trouvant sur le chemin. Harry n'avait-il pas assez souffert ? Non, il fallait encore qu'on l'accuse de chose qu'il ne contrôlait pas. Depuis quand la magie accidentelle était-elle sanctionnée à Poudlard ?

- Oh Ron !

Il ralentit pour laisser à Dean et Seamus le temps de le rattraper.

- Ça va ? Tu sais comment va Harry ?

- Ouais ça va, ma sœur est allée le voir hier soir avant le couvre feu. Il dormait mais Mme Pomfresh lui a dit qu'il allait bien, que ce n'était qu'un peu de surmenage.

- Alors c'est vrai ? Harry et Ginny ?

- Ouais… Ça te dérange ?

- Oh non, Gin et moi on s'est séparé en bon termes. Et puis tu connais ta sœur, c'est pas une garce, c'est pas possible de lui en vouloir longtemps.

Ron hocha la tête. Depuis que Ginny avait commencé à fréquenter des garçons, il avait entendu des discussions à propos des ruptures et le même écho revenait : elle était correcte et douce et personne ne pouvait lui reprocher quoi que ce soit même lorsqu'elle prenait l'initiative de rompre.

- Et puis, continua Dean, je crois que c'est vraiment ce dont à besoin Harry. Ce mec n'a vraiment pas de chance !

- Ouais, grogna Ron.

Ils entrèrent dans le château, désert à cette heure, la plupart des élèves terminant leurs devoirs dans leurs salles communes ou la bibliothèque avant le couvre feu, et prirent le chemin des cuisines. Alors qu'ils arrivaient dans un long corridor, ils aperçurent Draco Malefoy qui tournait le coin et qui semblait lui aussi se rendre aux cuisines.

- Tout ça c'est la faute de Malefoy, siffla Seamus en désignant le Serpentard de la tête.

Celui-ci ne les avait pas encore remarqués et Dean poussa ses camarades dans un recoin, hors de vue avant de sortir un petit sac de sa poche.

- Il serait peut-être temps de lui donner une petite leçon… à la mode moldue.

- Poudre d'obscurité ? s'étonna Ron ; C'est mes frères qui vendent ça.

- Ouais. Prêt à donner une petite correction au prince des serpents ?

Ron hocha la tête, les yeux allumés d'un désir de vengeance. Les trois garçons avalèrent chacun une pastille de visibilité, qui étaient fournies avec la poudre d'obscurité et qui permettait d'être les seuls à voir comme en plein jour. Dean jeta le sac vers Malefoy et il explosa à ses pieds, plongeant aussitôt le couloir dans les ténèbres tandis que Ron et Seamus jetaient simultanément un sort de silence sur chaque extrémité du couloir. Les trois garçons s'amusèrent un instant de l'expression terrifié de Malefoy qui lançait en vain des lumos et, faisant craquer leurs articulations, ils avancèrent vers lui.

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OoO

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Severus entra dans l'infirmerie d'un pas rapide, les sourcils froncés et se dirigea directement vers le lit d'Harry.

- On ne crie pas dans mon infirmerie, lança d'un ton sévère Mme Pomfresh.

Il hocha la tête. Il n'avait de toute façon aucune envie de crier, ni aucune envie de faire grimper sa tension artérielle en flèche à cause de son imbécile de fils.

- Pouvez-vous rejoindre mes appartements et donner quelques soins à monsieur Malefoy ? Il semblerait que certaines personnes aient un sens particuliers de la justice et que Monsieur Malefoy en ait fait les frais.

Mme Pomfresh pinça les lèvres et rassembla un assortiment de potion dans un panier avant de rejoindre les appartements du professeur de potion, sans laisser échapper ce qu'elle pensait du « sens de la justice » de Severus.

- Attention à vous si vous criez ou quoi que ce soit du même ordre, je le saurai, prévint-elle avant de disparaître dans la cheminée.

L'homme leva les yeux au ciel sans répondre et avança jusqu'au lit de son fils. Il ouvrit les rideaux d'un coup sec, faisant sursauter l'adolescent qui somnolait.

- Es-tu complètement stupide ? demanda Severus en s'asseyant sur la chaise au côté du lit.

- Je suis désolé, murmura Harry.

- Tu croyais que je ne saurai rien ? Tu penses bien que Draco a filé dans mes appartements dès qu'il a pu.

- Hein ? répondit très intelligemment Harry.

- Tu te prends pour le nouveau parrain de la mafia ?

Harry écarquilla les yeux, presque choqué d'entendre son père avoir de telles références.

- En ce qui me concerne, envoyer tes amis casser la figure à Malefoy revient à l'avoir fait toi-même.

- Quoi, protesta Harry, mais je n'ai pas

Severus leva une main d'un air fatigué, le faisant taire immédiatement.

- Je double ta retenue. Ça t'évitera de faire l'imbécile et tes devoirs seront peut-être moins bâclés. Et nous reparlerons de cette histoire en privé.

Harry déglutit sans répondre, suivant du regard son père qui sortait de l'infirmerie. Ainsi Malefoy en avait prit pour son grade ? Tant mieux. Peut importe le prix qu'il devrait payer pour ça. Ça en valait le coup. De toute façon il savait qu'il n'arriverait jamais à convaincre son père de son innocence. Et puis ce n'était pas comme s'il n'était pas ravi de ce qui était arrivé à Malefoy. Il espérait d'ailleurs savoir très vite qui avait fait ça et avoir des détails. La vérité était qu'il était simplement trop couard pour oser mettre sur pied un truc pareil.
Il se renfonça dans son lit en essayant de se focaliser sur ce qui avait pu exactement arriver au Serpentard, mais sans pour autant réussir à faire totalement disparaître la légère pointe d'angoisse que les paroles de son père avaient fait naitre.

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OoO

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Dementia était assise à son bureau. R.J, couché dans son berceau à côté d'elle gazouillait gaiement en essayant d'attraper son pied. Il essayait de relever la tête le plus loin possible et tendait désespérément les bras, les doigts écartés. Sans surprise, il retombait en arrière sans avoir réussi à faire plus qu'effleurer les pieds de sa grenouillère verte. Il éclatait de rire et, sans se lasser, recommençait en gazouillant de plus belle.
La jeune femme suspendit un instant l'écriture de sa lettre en le regardant. Elle semblant hésiter un instant, se mordillant les lèvres, puis elle secoua la tête, prit un morceau de parchemin vierge et, après avoir brulé sa précédente missive, recommença.
Une heure, et une bonne dizaine de parchemins brulés plus tard, elle sortit de sa chambre, son fils dans les bras, et prit la direction de la chambre de sa tante.

Elle n'était pas sûre de ce qu'elle faisait. Et si sa tante n'était pas ce qu'elle croyait ? D'un autre côté elle était allée voir les Malefoy plus d'une fois et ils avaient eu mille occasions de l'ensorceler. Or ils ne l'avaient jamais fait. Et de toute façon, à présent qu'Alima ne pouvait plus quitter le manoir grâce à sa magie, elle n'avait pas d'autre solution.
Elle arriva finalement devant la porte de la chambre que partageaient Narcissa et Lucius. Elle hésita encore un instant avant de rassembler son courage et de frapper.

- Oui, résonna la voix froide de sa tante à l'intérieur.

Demi entrouvrit la porte et passa sa tête dans l'ouverture.

- Tante Narcissa, je peux te parler ?

- Oh, ma chérie, s'exclama sa tante, soudain plus chaleureuse, bien sûr, entre vite et laisse-moi voir R.J de plus près.

Dementia tendit l'enfant à sa tante et se laissa tomber dans le canapé du salon privé des Malefoy. Elle se pencha pour essayer de voir à l'intérieur de la chambre à coucher dont la porte était entrouverte.

- Tu es seule, tante Cissy ?

- Et bien oui, ma chérie. Ta mère et ton oncle sont auprès du seigneur des ténèbres.

- Oh... bien… c'est bien… répondit distraitement Demi en maltraitant une mèche de ses cheveux.

Narcissa fronça les sourcils et, de sa baguette, transfigura un petit guéridon en berceau dans lequel elle déposa R.J avant de venir s'asseoir aux côtés de sa nièce.

- As-tu un problème ? Tu sais que tu peux me parler de tout…

- Non… enfin oui je sais. Mais non, je n'ai pas de problème… C'est juste que… euh… Je n'ai jamais vu d'hibou ici, laissa-t-elle tomber d'une voix aiguë.

- Et bien, répondit prudemment sa tante, ses sourcils parfaits légèrement froncés, peu de personnes possèdent un hibou ici. Il y a Buckminster bien sûr. Il y a Nostradamus, le hibou de ton oncle, et deux ou trois autres appartenant à divers mangemorts. La plupart ne s'en servent que pour envoyer des lettres à leurs épouses, si elles ne sont pas ici, ou à leurs enfants, toujours scolarisés.

- Oui, je suppose que le courrier est contrôlé…

- Non… non dans la mesure où le sortilège de fidelitas ne permet pas d'écrire l'emplacement du manoir, et que le contenu des réunions ne peut pas être révélé grâce à un sort de magie noire, non, les hiboux ne sont pas contrôlés… Mais pourquoi me poses-tu cette question ? Tu veux faire des achats par correspondance ? Si c'est cela, je peux demander…

- Je voudrais envoyer une lettre a papa, révéla précipitamment Dementia sans oser se retourner.

- Tu… quoi ?

Le silence tomba sur la pièce. Au bout de quelques minutes, elle entendit un bruissement de tissus indiquant que Narcissa venait de se lever.
Elle ne tarda pas à sentir sa tante juste derrière elle mais elle n'osa pas bouger, priant pour n'avoir pas fait d'erreur.

- Demi… tu… oh Merlin, souffla Narcissa, tu t'es libérée

Ce n'était pas une question et Dementia ne répondit pas, se contentant de se retourner.
Narcissa était blême et avait posé une main sur son cœur.

- J'ai tant prié, murmura-t-elle. J'en étais sûre. Il m'a semblé revoir une lumière de vie dans tes yeux qui avait disparue depuis trop longtemps. Bien sûr personne d'autre ne l'a remarqué. J'en ai même parlé à mon fils.

Elle jeta un coup d'œil rapide à la porte et prenant les mains de Dementia dans les siennes, elle l'entraina vers le canapé.

- Personne ne doit savoir que tu as réussi à échapper à la potion de confusion, lui dit-elle précipitamment. Tu entends ? Personne. Tu as ta lettre ?

- Oui, répondit fébrilement Dementia, gagnée par l'excitation en sortant un parchemin de sa robe.

- Je vais l'envoyer avec ma prochaine lettre à Draco. Il la transmettra à ton père. Personne ne doit savoir que tu as envoyé du courrier, tu entends ? Personne. Ni ta mère, ni même Lucius.

- Draco ne va-t-il pas tout dire à son père ?

- Ne sous-estime pas ton cousin, ma chérie, il a toujours été bien plus proche de moi que de Lucius, quoi qu'en pensent les gens. Si je lui demande de se taire, il le fera.

- Oncle Lucius ne m'aidera pas, n'est-ce pas ?

- Ton oncle t'aime tendrement, ma chérie, mais il est persuadé d'agir pour le mieux. Et il n'hésitera pas à te garder prisonnière ici s'il pense qu'il te protège.

- Pourquoi le seigneur s'intéresse-t-il a mon fils ? demanda la jeune femme d'une voix tendue.

- Je l'ignore. Sans doute voit-il en lui la nouvelle génération de mangemort. Une génération qui aura toujours vécu dans son ombre et ne saura pas ce qu'est un monde sans lui. Lucius m'a dit une fois qu'il allait interdire à ses fidèles de donner des parrains à leurs enfants. Il veut être considéré comme le parrain de toute une génération.

- Merlin.

- J'enverrai ta lettre ce soir. Draco l'aura demain matin. Ne laisse rien paraître ma chérie. Focalise-toi sur ton fils, cela t'aidera.

Dementia hocha la tête et embrassa sa tante qui la tint serrée contre elle un long moment. Puis la jeune femme reprit son fils, qui s'était endormi, et retourna dans sa chambre, tandis que Narcissa s'asseyait à son secrétaire pour écrire à son fils.

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OoO

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Ginny entra dans la salle commune et balaya la pièce des yeux. Elle repéra aussitôt Harry, assis dans son fauteuil attitré, devant le feu mourant. Elle se dirigea vers lui, ôta sa robe de sorcier et ranima les flammes d'un mouvement de baguette. L'adolescent sursauta lorsque le feu se ralluma et jeta un coup d'œil nerveux derrière lui. Il sourit en voyant Ginny et tendit un bras vers elle, l'invitant à venir s'asseoir sur ses genoux.

- Doucement, souffla-t-il lorsqu'elle approcha.

Elle hocha la tête et s'installa le plus délicatement possible sur ses genoux. Malgré sa douceur, il ne put retenir une grimace de douleur.

- Désolée, grimaça Ginny.

- Pas ta faute, soupira Harry en embrassant ce qui passait à sa portée, à savoir son bras.

- Il t'a frappé, n'est-ce pas ?

- Pas envie d'en parler Gin. Pas envie de parler du tout en fait. Tu ne m'en veux pas ?

- Non, bien sûr que non.

Elle se blottit contre lui et il appuya son menton sur le sommet de son crane, en contemplant le feu. Au bout d'un moment il rompit le silence dans un murmure.

- Gin, ne dis rien à ton frère et à Hermione.

- D'accord, répondit la rouquine sur le même ton, mais c'était pourquoi cette fois ?

- Dean, Seamus et Ron ont cassé la figure à Malefoy et il croit que j'ai tout organisé.

- C'est idiot ! Autant de croire ça que de l'avoir fait !

- Je n'en veux pas aux mecs, ils ont eu raison, c'est bien fait pour cet enfoiré. Quant au reste, j'ai plus envie d'y penser. J'ai sommeil. Ça ne t'ennuie pas si je vais me coucher ?

- Non, sourit Ginny en se levant, vas-y, tu as besoin de repos.

Elle l'embrassa tendrement et il la tira vers lui pour approfondir le baiser jusqu'à ce que des ricanements retentissent. Ils levèrent les yeux au ciel de concert et sur un dernier effleurement des lèvres, Harry monta dans son dortoir.
Quelques minutes plus tard, Ron descendit dans la salle commune, l'air défait. Hermione se précipita vers lui, l'air interrogateur mais il se contenta de secouer la tête sans répondre. Ginny soupira et alla rejoindre son frère et son amie.

- Qu'est-ce qu'il y a Ron ?

- Rien, marmonna le rouquin, visiblement perturbé.

- Tu es au courant c'est ça ?

- Je l'ai vu se changer dans la salle de bain. Il ne m'a pas vu. Il t'en a parlé ? demanda Ron en se tournant vers sa sœur.

- Juste pour me dire que ça va et qu'il ne veut surtout pas en parler. Alors ne le poussez pas ok ? Laissez-le tranquille.

Ron, toujours aussi pâle et Hermione, défaite depuis qu'elle avait compris de quoi il retournait, acquiescèrent. Ginny embrassa son frère sur la joue, et, sur un soupir, retourna auprès de ses amies.

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OoO

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Grâce aux soins de Mme Pomfresh, Draco Malefoy ne présentait aucune marque de la soirée de la veille autre qu'un désir de vengeance. Bien qu'à contrecœur, il devait admettre qu'il ne croyait pas en la culpabilité de Potter. L'affaire était un peut trop sournoise pour le Gryffondor. Potter lui aurait certainement sauté à la gorge au vu et au su de tous, au milieu d'un couloir bondé, sans réfléchir une seconde aux conséquences. Bien sûr il n'allait pas pleurer sur le sort du Gryffondor qui avait du se faire sonner les cloches par Severus mais il continuait à penser que, pour une fois, Potter était innocent. Oh il l'avait dit à son directeur de maison, comme ça, en passant, sans trop insister. Severus lui avait répondu qu'il allait tirer cela au clair et il n'avait pas cherché à en savoir plus. De toute façon quelle importance, une raclée n'avait jamais tué personne et au point ou en était Potter, une de plus ou de moins ne ferait plus grande différence.

Il leva les yeux au moment où une nuée de hiboux s'engouffra par les vasistas largement ouverts de la grande salle. Nostradamus se posa immédiatement devant lui, tendant fièrement la patte. Il détacha l'épaisse enveloppe, une sourde appréhension lui étreignant la poitrine, et se détendit en reconnaissant l'écriture fine de sa mère.
Il décacheta rapidement la lettre et interrompit son geste en réalisant que la première enveloppe, en plus de contenir un parchemin plié en deux, contenait une seconde missive cachetée. Sans la sortir, il jeta un coup d'œil au destinataire : Severus Rogue.
Fronçant les sourcils, il sortit la lettre de sa mère et enfoui le reste dans une de ses poches avant que qui que ce soit ne puisse remarquer quelque chose.

Mon chéri

Il eut un sursaut de fierté adolescente qui se traduisit par une grimace à la lecture du terme employé par sa mère.

J'espère que tu te portes bien et que tu suis toujours avec autant d'assiduité tes cours. Tu sais que ton père tient à ce que tu sois parmi les premiers de ta promotion. Pour ma part, la seule chose qui compte est que tu ailles bien, que tu t'amuses et que tu sois heureux.
Je sais que je t'ai écris il y a peu de temps, et ici il n'y a rien de bien nouveau, comme tu peux t'en douter. Ton père passe ses journées en réunion et je n'ai guère le loisir de le voir.
Si je t'écris aujourd'hui c'est pour te demander un service. Mais mon chéri, il est excessivement important que personne n'en sache rien. Ni tes amis, ni ton père. Surtout pas ton père. Tu nous mettrais, Dementia et moi-même, en grave danger. J'ai mis dans l'enveloppe une seconde lettre écrite par ta cousine à destination de son père. Transmets toutes mes amitiés à Severus et demande-lui de détruire ta lettre. Je t'écrirai à nouveau dans quelques jours un courrier que tu pourras conserver si tu le souhaites.

Je t'aime mon fils,

Mère.

Draco rangea la lettre dans sa poche et termina sans hâte son petit déjeuner. Il ne s'agissait pas de paraître suspect aux yeux de ses camarades de Serpentard.
Une fois son repas fini, il se leva calmement et d'un ton froid, indiqua comme à son habitude à Crabbe et Goyle de le rejoindre dans la salle commune lorsqu'ils auraient fini de s'empiffrer.
Il sortit calmement et, dès qu'il fut seul, il se mit à courir pour rejoindre l'arrière de la grande salle, d'où venait de sortir le professeur de potion, par la porte dérobée réservée aux professeurs. Il le rattrapa alors qu'il s'apprêtait à sortir du château pour transplaner Merlin seul savait où.

- Prof… professeur, haleta-t-il, essoufflé.

- Un problème monsieur Malefoy ?

Draco secoua la tête en reprenant son souffle. Il sortit la lettre de sa mère de sa poche et la tendit à son directeur de maison. Celui-ci la parcourut rapidement, tandis que Draco regardait autour de lui, s'assurant que personne n'était en mesure de les voir. Il vit son professeur de potion déglutir avec difficulté avant de s'éclaircir la voix.

- Puis-je la détruire ?

- Allez-y, je l'ai lu deux fois.

Dès que la preuve de la trahison de Narcissa eut disparue, Draco sortie la seconde missive de sa poche et la remit à Severus qui lui pressa l'épaule.

- Merci Draco. Vous remercierez votre mère de vive voix lorsque vous la verrez.

- Bien sûr. Je… Je vous laisse… Si je ne suis pas dans la salle commune, ça paraîtra suspect. J'espère qu'elle va bien.

Severus hocha la tête et sortit de Poudlard. Il transplana devant les trois balais, où il commanda un café avant de s'installer dans un recoin. Evaelianne n'était pas encore arrivée. Fébrilement, bien qu'il n'en laissa rien paraître, il décacheta la lettre où l'écriture étroite de sa fille avait sobrement tracé son nom.

Papa,

Avant toute chose sache que je vais très bien. Je n'ai pas été blessée de quelque manière que ce soit.
J'ai l'impression de venir de me réveiller. D'après le peu de souvenir que j'ai pu me remémorer, Bella m'est tombée dessus alors que je partais pour la France. Elle m'a jeté un sort : turbatio ou quelque chose comme ça. Je pense qu'elle a ensuite versé un filtre de confusion dans ma tisane du soir, pour m'empêcher de fuir.
Un concours de circonstance a fait que je n'ai pas pris la tisane un soir et il semblerait que ça ait suffit à me désintoxiquer. Depuis je fais semblant de la prendre. En continuant à appeler Bellatrix maman, à utiliser la bibliothèque du lord et à être « amie » avec Rabastan, je peux donner le change.
Le lieu est sous fidelitas, tu t'en doutes. Il y a comme une sorte de brume autour de nous en permanence. Je ne sais pas trop ce que c'est mais ça ne m'inspire pas confiance.
Le lord a bridé la magie des elfes. Alima ne peut rien pour moi. Ne m'envoie aucun autre elfe, même s'il me trouvait, il serait coincé ici.
Mais je ne m'avoue jamais vaincue. Je vais trouver un moyen de partir de là. Si j'arrive à sortir de la maison, je devrais pouvoir transplaner. Comme tu le vois, j'ai une alliée. Mais je ne crois pas que tante Narcissa puisse pour moi plus que son soutien moral et tout son amour. Si j'arrive à fuir, j'espère qu'elle n'en paiera pas le prix.
Comment va Harry ? La question est stupide. Je sais qu'il va mal. Comment pourrait-il aller bien alors que j'arrive à peine à écrire le nom de Sirius. Il a besoin de toi papa, si tu savais à quel point. Tu te souviens de ce que tu as ressentis quand Lily Evans est morte ? Dis-toi que c'est vingt fois pire pour Harry.
Je sais que ma relation avec Sirius t'a choqué. N'en veux pas à ceux qui savaient, nous tenions à t'en parler nous-mêmes. On attendait le bon moment. Sirius voulait enterrer la hache de guerre, ne serait-ce que pour moi et Harry. On allait t'en parler. Très bientôt. Je ne savais pas comment m'y prendre, mais j'avais prévu de tout te dire.
Embrasse Harry pour moi, j'ai hâte d'être auprès de vous deux. Dis-lui que je l'aime et qu'il me manque.
Je vais me sortir de là ! Je te le jure.

Je t'aime,

Demi.

Severus replia le parchemin avant de lui jeter un sort de confidentialité. À présent, seul lui pourrait le lire.
Ainsi Dementia fuyait en France, comme il l'avait pensé. Comment Bellatrix avait-elle réussit à la trouver ? Ou quel chantage, quelles menaces, avait-elle exercées pour que Dementia consente à une rencontre ?
« Turbatium » se dit-il en relisant la lettre. À la seconde où le sort l'avait frappé, sa fille n'avait plus eu aucune notion de bien, de mal, de passé et d'avenir. Le sort ne pouvait certes pas effacer le chagrin mais les réactions de Dementia avaient dû être comme anesthésiées. Des larmes sûrement, une certaine colère peut-être, mais une incapacité totale d'en vouloir sérieusement à qui que ce soit de présent. Et sûrement une colère accrue pour les absents. Les réactions de sa fille dépendaient surtout du discours qu'avait du lui tenir Bellatrix dans l'heure suivant la mise en place du sort, puis de l'absorption de la première dose de potion.
Elle jurait qu'elle réussirait à partir. Il lui faisait confiance bien sûr. Il n'avait pas le choix. Il n'avait pas la moindre indication du lieu où elle pouvait bien se trouver. Et si le Seigneur des Ténèbres avait pensé à brider la magie des elfes, il n'y avait aucune chance qu'un portoloin puisse fonctionner. Il ne pouvait qu'attendre…et espérer.

- Salut, claironna une voix chantante, tandis qu'Evaelianne s'asseyait en face de lui.

- Bonjour, répondit-il en forçant un sourire, tout en rangeant la lettre.

- Ça ne va pas ?

- Si si, je ne suis pas réveillé, sourit-il en terminant son café.

Evaelianne se leva pour aller chercher un second café et un thé à la menthe. Mme Rosmerta n'avait pas été très enthousiaste à l'idée d'introduire quelques boissons moldues dans sa carte, mais elle était la première à reconnaître qu'elles rencontraient un franc succès.
Pendant qu'Evaelianne préparait leurs boissons, Severus repensa à la fin de la lettre de sa fille : « Comment va Harry ?... Il a besoin de toi papa, si tu savais à quel point. Tu te souviens de ce que tu as ressentis quand Lily Evans est morte ? Dis-toi que c'est vingt fois pire pour Harry… Dis à Harry que je l'aime »
Il se passa une main sur le visage et soupira. Il ne savait plus quoi faire et il avait horreur de ça.
Evaelianne revint s'asseoir, un sourire aux lèvres. Il lui rendit son sourire et décida de remettre sa remise en question pour plus tard.
Oui… plus tard… rien ne pressait.