DERNIERS JOURS 3
La réunion de ce jour était bien partie; le cercle était en grande forme, les esprits chauffaient dur.
- On avance, confirma Luna, très sérieuse. Le projet de Ron est accepté, Hermione a les listes, les rôles seront distribués plus tard. Tout le monde est d'accord ?
Quand les acquiescements se firent unanimes, elle continua.
- Bien. Fin du premier projet. Quelqu'un a une idée pour la suite ?
- Eh bien, hésita Ginny, on a bien dit que c'étaient les projets parallèles à la grande évasion, non ? Que faire si on ne peut pas faire Harry sortir d'Angleterre ?
- C'est ça, confirma son frère.
- La suite logique, alors, c'est : comment le faire évader de Privet Drive s'ils l'ont mené jusque-là. C'est déjà plus difficile.
- Surtout parce qu'on ne sait pas quel genre de magie est utilisée pour le suivre, râla Hermione. Est-ce qu'il a des sorts sur lui ? Est-ce que les protections le traquent ? Comment savoir ?
- Le problème n'est pas vraiment là, en fait, la contredit Neville avant d'hésiter devant son regard noir. Je t'assure !
- Tu peux m'expliquer, s'il te plait ? fit-elle sur un ton glacial.
- Par exemple, fit-il avec plus d'assurance, je sais qu'il a un sort traqueur sur le col de sa robe parce qu'on en a tous un. Le bouton aux couleurs de l'école est fait pour garder trace de tous les élèves en cas de problèmes : compter les têtes, les rappeler au bercail, savoir s'ils ont franchi les limites… je me suis souvent demandé pourquoi Dumbledore ne les utilisait pas plus souvent.
- Ça aurait été utile le jour du troll, reconnut Harry.
- Et avec les jumeaux, ajouta Ginny en fronçant les sourcils. Je suis presque sûre qu'ils ont quitté le château à plusieurs reprises, et qu'ils sont allés dans la forêt interdite. Si ce que tu dis est vrai, il ne pouvait pas ne pas savoir !
- Mais, enchaina Luna sans laisser aux esprits le temps de s'énerver, nous savons que le directeur aime garder des secrets, souvent plus que d'agir même si ça serait son devoir et dans l'intérêt de tous. Nous l'avons déjà tous constaté et critiqué. Ce n'est pas une surprise.
- Vrai, fit Hermione après un instant de silence. Continue, Neville.
- Ce que je voulais dire, reprit le garçon, c'est que plus important que de savoir si Harry a des sorts traqueurs ou pas, c'est savoir comment s'en débarrasser.
- C'est la même chose, fit Hermione, le front plissé.
- Pas vraiment, pensa tout haut Harry qui regardait dans le vide. Trouver si j'ai des sorts clandestins serait éclairant mais on resterait avec le problème. Alors que si on trouve comment se débarrasser des sorts en tout genre, on n'aura pas besoin de savoir si j'en ai ou pas : on y passera tous à titre de précaution.
- Ça serait plus prudent, fit doucement Luna. Et si par malheur un de nous cachait des sorts au-delà de notre portée, l'important est de les perdre en route, pas d'en avoir confirmation.
- Mais…, bouda Hermione.
- Hermione, ce type a déjà fait à Harry tout ce qu'il a pu, coupa Ginny avec irritation. Est-ce qu'on a vraiment besoin de savoir qu'il a fait ça aussi ?
- Non, accepta la brune, honteuse. Je me suis encore laissé entrainer, pardon.
- C'est rien, fit l'autre avec générosité. Donc tu t'inquiètes de savoir si l'ordre pourra suivre Harry s'il se sauve de là moi je me demande déjà comment on va confirmer qu'il est là, surtout pendant l'été où communiquer ne va pas être de la tarte.
- Et sans nous faire remarquer nous-même, ajouta Neville. Je ne suis pas sûr de pouvoir passer inaperçu dans un milieu purement moldu. Désolé, Hermione, Harry…
- C'est normal, dit Harry. Et je suis d'accord. Le changement de mondes n'est pas toujours facile.
- Des vêtements seraient faciles à trouver, objecta Hermione qui trouvait qu'elle s'en était bien sortie quand elle avait onze ans.
- Mais les réactions aux chariots de feu sont imprévisibles, assena le brun qui y avait déjà pensé.
Elle ne put s'empêcher d'éclater de rire sous le regard médusé des autres.
- D'accord, je vois ce que tu veux dire. Bon, je crois qu'on en avait déjà parlé, en fait, et qu'on avait conclu que logiquement je devrais être le premier contact. Je peux me promener à privet drive sans que les habitants y trouvent à redire. Pour l'ordre c'est autre chose. Mais si je ne m'approche pas trop…
- Mais on ne sait pas ce qui est trop et ce qui est nécessaire, remarqua Ron. Est-ce qu'on ne pourrait pas se mettre d'accord avec Harry pour un signal prédéterminé ? C'est toi qui t'occupe du jardin, non ?
- S'ils me laissent sortir, oui, fit Harry. Mais si je viens d'essayer de m'enfuir…
- Une chose à la fois, intervint Luna avec autorité. Hermione, tu as effectivement moins de chance de te faire remarque côté moldu. Tu dis que tu peux aller dans le Surrey. Mais est-ce que tu peux y aller facilement ? Sans que tes parents objectent ? Est-ce que tu auras besoin de temps, ou d'argent ? Ou des deux ?
- L'organisation est reine, fit-elle devant le regard interloqué des autres. On ne peut pas faire de plan en sautant un détail. On ne sait pas ce qui sera important.
Ils hochèrent la tête.
- Je peux y aller, fit Hermione. Deux heures en train, et j'ai de l'argent, ce n'est pas énorme. Y aller sans que mes parents s'en rendent compte… je ne sais pas trop. Ça dépend de l'organisation des vacances. Comme tu le disais, on pourrait décider d'aller en France, ou d'y passer seulement un mois… c'est pourquoi je voulais en parler avec vous, pour savoir à quoi m'attendre.
- Tu devrais partir, fit immédiatement Harry. En France, tu serais hors de portée, enfin je pense.
- Mais je ne pourrais pas t'aider, fit la jeune fille, exaspérée, et alors ça sert à quoi tout ça ?!
- Une chose à la fois, fit Ron avant que la discussion ne s'échauffe. On va déterminer la meilleure place pour chacun, et là, on travaille sur les plans de secours, vous vous rappelez ? Pour si le plan principal ne marche pas. Perso, je pense qu'on devrait en rester au plus simple. Ils ne s'attendent pas à ce qu'Harry s'échappe, et comme Dumbledore nous méprise, personne ne nous prend au sérieux. Donc je dis un, il pourrait juste sortir de la maison et utiliser un Portoloin, ou ne pas sortir de la maison et utiliser un Portoloin, ou merde, utiliser un Portoloin dans le train !
- On ne peut pas utiliser de Portoloin dans le train, rétorqua automatiquement Hermione. Ni à Poudlard, ni sur la station 9 3/4. Il faut sortir…
- Et cette fois-ci je doute qu'ils me laissent une chance de dévier du parcours. Regardons les choses en face, on a été hors de contrôle pendant presque dix mois, on pourrait avoir des idées idiotes. Quelqu'un va sans doute m'apparaitre à privet drive directement de la gare.
- Et t'enfermer dans ta chambre, ajouta Ginny, sombre. On devrait pouvoir trouver une solution – et les jumeaux m'ont appris à crocheter les serrures, je pourrais t'apprendre !
- Ou alors, fit Neville songeur, on pourrait déléguer.
Les autres le regardèrent sans comprendre. Après quelques instants, Ginny se dévoua.
- Heu, tu peux développer, là ? Parce que je suis pas sûre de comprendre…
Le garçon, toujours perdu dans son monde, sursauta, rougit et s'excusa.
- Désolé, désolé. Je, euh… je viens de repenser à ce que Ron disait sur « les plans que d'autres gens font à notre place » et combien il aimait ça…
- Moi aussi ! s'exclamèrent en chœur les autres occupants de la salle, et une cacophonie de rires s'ensuivit. Quand le calme fut revenu, Neville était plus détendu.
- Je pensais à ça, donc. Mais aussi au fait que lui et Hermione n'arrêtent pas de remercier le ciel pour le cercle et de dire qu'ils s'en sortaient beaucoup plus mal quand ils n'étaient que trois, et finalement j'ai pensé au fait qu'on n'arrête pas de s'énerver sur Dumbledore parce qu'il a pris les décisions tout seul, sans jamais demander l'avis de personne, même des gens qui auraient pu l'aider. Et je me demande si on ne devrait pas jouer sur ses faiblesses.
Le groupe resta silencieux, prenant le temps d'absorber toutes les informations contenues dans ce petit discours. Luna fut la première à hocher la tête.
- Je vois ce que tu veux dire. Tu penses que parce qu'il est seul à prendre les décisions, il ne s'attendra pas à ce que nous déléguions ?
- Attend, intervint Ginny, il a bien vu le Trio collaborer, non ?!
Le fameux Trio, devenu cible des regards, se tortilla, une expression commune de honte et de regret sur la figure.
- Eh bien, tu vois, commença Hermione d'une voix faible en détournant les yeux.
- On n'arrêtait pas de se fritter, coupa brutalement Ron. On n'a jamais vraiment pris une décision en commun.
Et pendant que les autres s'étranglaient, Harry compléta.
- On se disputait généralement jusqu'à ce que les événements nous forcent à agir, et là c'est le dernier qui avait parlé qui avait raison.
Le silence qui suivit fut pesant et réprobateur.
- Eh bien, fit Luna, je pense que cela explique beaucoup de vos actions dans le passé.
Neville et Ginny éclatèrent de rire, entrainant bientôt les trois autres avec eux.
- Oui, fit la rousse quand les éclats de rire se furent calmés, c'est pas vraiment du travail en équipe, hein ?
- C'est ce que j'essayais de te dire l'autre jour, avoua Hermione. On n'était vraiment pas préparés pour tout ça. Moi j'étais fille unique et je ne m'entendais avec personne, Ron…
- Ne pouvait blairer personne et n'écoutait rien une fois qu'il était lancé, enchaina Ron avec mordant.
- C'est marrant, on dirait ma description, fit-elle, moqueuse.
- Apprend à partager, répondit-il avec le sourire.
Harry leva les yeux au ciel.
- Et bien sûr, je n'avais jamais appris à demander de l'aide à personne et je me tenais responsable de tout ce qui arrivait, surtout si c'était mauvais. Non, sans blague, c'est seulement cette année qu'on a commencé à équilibrer les choses. Vous êtes très bons pour nous ! les assura-t-il avec sincérité.
Neville, Ginny et Luna rougirent avec un bel ensemble.
- Aww, se moqua Ron, comme ils sont mignons !
Sa sœur lui adressa un signe vulgaire qu'aucune dame bien née ne reconnaitrait et Luna éclata d'un rire cristallin. Neville rougit un peu plus mais son sourire était éblouissant. Il continua.
- C'est un peu ce que je voulais dire. Dumbledore croit qu'il nous connait, qu'il sait comment vous aller réagir parce qu'il vous a déjà vu le faire.
- Et il s'attend au pire de notre part, fit Hermione avec amertume, parce que c'est ce que nous lui avons montré.
Sans lui laisser le temps de continuer dans cette note, Luna enchaina sur un ton optimiste.
- Ce qui vous récompense ici doublement : parce que vous avez dépassé ces reflexes enfantins et parce que vous pouvez le surprendre.
Les rougeurs changèrent de faces mais en gros tout le monde avait l'air touché.
- Qu'est-ce que tu proposes, Neville ? demanda Harry.
- D'impliquer le maximum d'étrangers dans nos histoires et de faire autant de bruit que nous pouvons. De demander à Mlle Delacour d'héberger Harry publiquement, d'appeler les représentants de la loi moldus a Privet Drive pour sauver un enfant battu, de lui faire quitter l'Angleterre ouvertement, ça n'est pas interdit, de faire arrêter les kidnappeurs par les aurors…
- Non ?! s'exclamèrent les autres, les yeux écarquillés devant tant d'audace.
- Mais si les kidnappeurs sont des Aurors ? demanda Harry, stupéfait.
- D'autant plus ! s'énerva Neville. Tu n'es pas un criminel, Harry, et je suis sûr que le chef Auror - je crois que c'est Mme Bones – aimerait savoir que ses employés travaillent au noir. On pourrait même appeler Rita Skeeter !
Harry en tomba à la renverse sur ses coussins.
A suivre.
