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CHAPITRE XXXVI. JE VEUX VIVRE!
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Mercredi 9 juin.
- Nous aurions dû rester au square Grimmaud.
- Nous ne pouvions rien faire, mon ange.
- Si! Etre aux côtés de nos amis pour les soutenir.
- On ira voir si ils n'ont besoin de rien.
- On n'a même pas pris Lily pour alléger leurs problèmes.
- Tu oublies qu'ils vont bientôt vivre seuls? Nous ne serons pas toujours là et si Harry le veut ils ont Kreattur.
- Rassure moi, Mia, tu ne veux pas leur prouver à un des pires moments de leur vie que tu leur es indispensable? demanda Draco.
- Non! Simplement ces derniers temps ils ont pris leurs distances.
- Nous aussi! En nous aimant de façon fusionnelle comme nous le faisons depuis neuf mois, nous sommes les premiers à nous être éloignés de Harry. Il aime Jim et vit simplement son amour avec lui.
- Tu es très sévère avec notre ami, je trouve, ma mie.
- J'irai de toute façon voir ce soir si l'état de Pierre-François est stable et lui donner ses potions.
- Je ne sais pas combien de doloris il a reçus, mais je me demande comment il a fait pour activer le portoloin et supporter le transport. fit Sylas soucieux.
- Mon père n'est pas très optimiste. Le seul espoir est qu'il lutte de toutes ses forces pour les retrouver.
Sylas se concentra et fit passer un message à son homme qui lui répondit de la même façon.
- Oui, mon amour, tu as raison, on peut faire ça aussi. C'est même une superbe idée.
oOoOoOoOoOo
Si le dîner n'était pas gai à Astor's Lodge, il ne l'était pas plus au Square Grimmaud. Kreattur que Harry avait rappelé de Poudlard leur avait pourtant cuisiné les plats préférés de son jeune maître mais ils n'avaient fait que picorer dans leurs assiettes avant de prendre son bain à Lily et de la mettre dormir. Ils retournèrent bien vite au chevet de Pierre-François et se blottirent l'un sur l'autre dans le même fauteuil, guettant le moindre changement dans son état.
Ils chuchotaient, parlant de tout et de rien pour ne pas évoquer leur peur. Ils faisaient des projets de vacances pour quand tout cela serait fini, pour quand il serait guéri... ils iraient à la mer avec lui, Cloud, Aymeric et Lily. Là où il fait doux se laisser vivre, dans le sud de cette France qu'il aimait, ils dégusteraient des vins fins sur une terrasse devant la Méditerranée, ils mangeraient cette soupe de poissons que les français affectionnent et dont ils avaient oublié le nom... Ils avaient encore tant de choses à découvrir avec lui! Tant de choses à partager, tant de...
- Non Jim, je t'en prie ne pleure pas...
- ...
- Je sais mon tout beau que tu n'en peux plus, je sais que ça fait des jours qu'on n'a plus dormi correctement...
- ...
- Ne pleure plus, il va vivre! Je le sens...
- Je t'aime! Ne me laisse jamais...
- Moi aussi mon cœur, je t'aime! Bien sûr que je serai toujours là...
C'est front contre front, bouche contre bouche que les trouvèrent Sylas et Draco. Ils étaient venus au moment de renouveler sa potion de sommeil.
- Comment va-t-il? pas de changement?
- Non! il respire difficilement mais pas plus que cet après-midi.
- Harry, Jim, j'aimerais que vous me laissiez lui donner une potion que j'ai découverte dans la pharmacie de mon grand-père, il appelait ça de l'ambroisie, sans bien entendu aucun rapport avec les dieux de l'Olympe, mais infiniment précieuse. Il ne sera pas la première personne à qui j'en donne, elle a des pouvoirs étonnants pour régénérer. Lucius n'en connait pas l'existence, je n'ai pas sa formule et je n'en ai qu'une fiole c'est pourquoi je garde son existence secrète. Je ne veux l'utiliser que dans des occasions vraiment graves.
- Merci Sylas, fut la seule chose que Harry trouva à répondre.
Ils attendirent le moment où le sommeil se ferait plus léger et lorsqu'ils le virent s'agiter légèrement, annonçant sa reprise de conscience, Sylas se pencha sur le malade lui parla doucement d'une voix persuasive, celui-ci après un long moment entrouvrit la bouche et Sylas posa sur sa langue une goutte de la potion dorée. Une demi-heure plus tard, Draco lui administra la médication le maintenant en coma magique.
- Il faut dormir vous deux, si vous tombez malades vous ne lui serez d'aucune utilité et il ne faut pas oublier Lily. Il y a de la place dans cette chambre pour mettre une seconde couche. Je vais vous arranger ça!
Draco rétrécit le lit de Harry, le transporta dans la chambre. Ils poussèrent celui dans lequel dormait Pierre-François puis agrandirent le second. La pièce sembla avoir rétréci mais heureusement elle était de grande taille au départ et la circulation y serait aisée malgré cet ajout.
- Tu veux un léger somnifère Jim? Tu pourras enfin te reposer correctement et demain tu prendras la relève de Harry qui pourra se reposer à son tour. Tu as juste le temps de prendre ta douche avant qu'il fasse effet. Mieux, allez-y tous les deux, on le veille pendant ce temps. De toute façon avec ce qu'il vient de prendre, il ne risque pas de se réveiller. Chaque heure de vie est un combat gagné.
- Tu les as envoyé faire l'amour, tendre ami?
- Oui, ils en ont besoin et là, à côté de lui, jamais ils ne l'auraient fait, ils auraient eu l'impression de le trahir. Je trouve que le fait qu'il réagisse à ta voix et à ce que tu lui as demandé est plutôt bon signe.
- Il n'y a réagi que lorsque je lui ai parlé d'eux qui l'attendaient et que je lui ai dit qu'ils pleuraient.
- Ce que manifestement Jim avait fait quand nous sommes arrivés.
- C'est maintenant qu'ils vont mesurer le poids de leur attachement.
La tension qui leur nouait l'estomac semblait fuir au rythme de l'eau tiède qui coulait sur leur peau, délassait leur dos, lavait leurs larmes. Harry les mains pleines de mousse massait doucement les épaules et la nuque de son homme. Quand il le sentit moins contracté, il descendit le long de la colonne vertébrale, insistant sur chaque vertèbre finissant ses gestes sur les côtés au niveau de la taille. Il le sentait doucement s'alanguir sous les frictions, il finit par le tourner vers lui pour savonner ses pectoraux mais le regard assombri de Jim évoquait d'autres caresses, ses mains avaient d'autres envies auxquelles il répondit avec empressement.
Quand ils revinrent dans la chambre, il n'y avait évidemment pas de changement et la réalité, oubliée le temps de leur union charnelle empreinte d'amour et de tendresse, leur sauta au visage. Ils échangèrent un long regard et personne n'aurait deviné qu'à cet instant chacun d'eux pensait Heureusement mon amour, tu es là.
- Ça va mieux? fit la voix amicale de Dray.
Comme Harry redoutait la perspicacité de son ami et qu'il ignorait si il faisait référence à la douche ou au fait qu'ils aient fait l'amour, il se contenta d'opiner. Le somnifère faisait effet et Jim avait bien du mal maintenant à garder les yeux ouverts.
- Couche-toi mon cœur, j'arrive.
- ...
- Que te dit le bracelet, Harry.
- Depuis qu'il est revenu les pierres paraissent presque grises mais le bracelet ne s'est pas élargi, il maintient sa prise, sa volonté semble intacte.
- C'est quelqu'un d'infiniment solide Harry et je le crois d'une opiniâtreté sans borne. Je suis plus confiant que mon père qui souvent ne tient pas compte du caractère du malade qui est pourtant essentiel. Je ne crois pas qu'il soit prêt à perdre la possibilité de bonheur qu'il a entrevue. Je passerai demain matin pour ses potions avant d'aller à Poudlard. Essaye de dormir toi aussi.
Jim a besoin de toi, il a l'air très atteint par tout ce qui se passe pour le moment, n'oublie pas que lui n'a pas vécu sept ans de guerre intestine. De sa vie d'enfant moldu chéri où ses seules préoccupations étaient ses études et dans quelle discothèque il allait sortir le samedi soir, il est passé à celle de fiancé du Sauveur du monde sorcier dont le chemin est jonché plus souvent de peurs et de morts que de fleurs. Fais attention de ne pas le perdre.
- Jamais je ne l'oublie. Nous n'avons jamais été aussi proches, aussi unis Dray.
- J'ai été très surpris qu'il sache pour le bracelet.
- Il sait pour la montre et le pendentif aussi, jamais je ne me serais uni à lui avec ces non-dits entre nous.
- Et comment a-t-il pris ça? s'enquit Sylas surpris et curieux.
- Pour le portoloin de secours et le tracker sans problème, il a admis de suite que Pierre-François ne pouvait pas porter n'importe quoi sans attirer l'attention sur des bijoux qui dénoteraient avec sa personnalité. Pour le bracelet, ça a été nettement plus difficile. Il crée un lien bien particulier entre nous dont il est exclu. Je lui ai fait valoir qu'au contraire en lui en parlant, je le faisais participer mais je crois qu'il ne l'a pas admis complètement.
- Ça t'étonne?
- Non. A sa place, je ne l'aurais pas accepté.
- Jim t'aime plus que tout.
- Il aurait peut-être préféré le savoir avant?
- Pour la montre et le bracelet, je le lui ai dit le jour même. Crois bien que j'ai hésité avant de le faire mais je ne pouvais pas lui cacher ça.
- Par contre tu n'as rien dit à Pierre-François et tu l'as laissé s'inquiéter pour la parution éventuelle des photos. fit Sylas.
- Il est à peine au courant et il ne les a pas vues.
- ...
- Sylas?
- Je lui en ai donné un jeu juste avant vos fiançailles pour le rassurer... Il appréhendait cette soirée. Tu étais trop préoccupé pour t'en apercevoir.
- Tu as bien fait. J'en parlerai avec lui quand il sera rétabli.
- Harry, ...
- Non Dray! Non!
- Comme tu veux! Essaye de dormir je reviens demain matin pour ses potions.
La porte refermée sur ses amis, Harry s'assit sur le bord du lit du blessé, doucement il caressa les cheveux blonds emmêlés et salis.
Chaque heure de vie est un combat gagné a dit Dray. Et une bataille que tu dois livrer. Bats-toi, mon loup, bats-toi de toutes forces pour Lily, pour nous... pour moi! Tu as toujours lutté pour ta dignité, pour un bonheur, là il faut vaincre pour ta vie... Je t'en prie, nous avons besoin de toi! Jim aussi tient à toi, plus que je ne le croyais! Il serait malheureux sans toi.
Harry soupira, se pencha vers le corps inconscient et doucement déposa un baiser sur les lèvres sèches.
oOoOoOoOoOo
Jeudi 10 juin
- Maître Harry?
- ...
- Maître Harry!
- Oui? fit-il encore à moitié endormi.
- L'enfant est réveillée, elle réclame son père.
- J'y vais! Peux-tu préparer à déjeuner pour tout le monde?
- Kreattur y va.
- Harry?
- Oui mon coeur?
- Il n'y a pas de changement?
- Non! les pierres du bracelet n'ont pas changé.
- Il semble respirer plus facilement.
- On va voir ce qu'en pense Draco. Lily est réveillée, elle veut se lever et Kreattur fait le petit-déjeuner.
- Reste dormir, Amour, je vais m'en charger
- Je préfère que nous soyons ensemble. J'ai très bien dormi, tu sais. termina-t-il en attirant Jim contre lui, enfouissant son visage dans son cou pour savourer son odeur maintenant si familière et si essentielle à sa vie.
- Je vois... fit tendrement Jim. Dépêchons-nous, Draco et Sylas seront bientôt là.
Quand ils arrivèrent avec Hermione et Teddy, ils finissaient de déjeuner. Dray administra les potions à Pierre-François, il trouva comme Jim qu'il semblait respirer mieux.
- Parlez lui, poussez-le à lutter, même si il semble ne pas vous entendre dans l'état de coma provoqué, on ne sait pas ce que le subconscient perçoit de l'extérieur surtout quand la potion est en fin d'effet.
- Merci Dray.
- De rien les amis.
- Pourrais-tu demander à ton père de venir me voir ce matin? Si il ne le fait pas, je serai obligé d'aller au ministère et je sens que la discussion sera beaucoup plus difficile.
- Que veux-tu faire?
- Je tiens à m'assurer qu'il va bien faire ratifier et annoncer la nomination de Pierre-François au poste de directeur de Poudlard en même temps que les autres, si ce n'est pas le cas nous refusons que la nôtre soit communiquée.
- Harry! fit Draco avec des reproches dans la voix.
- Si il ne la rend pas publique en même temps, tout le monde va croire que nous désavouons ce choix et, lorsqu'il sera remis, il se retrouvera en porte à faux vis-à-vis du monde sorcier. Il a tout fait pour se rapprocher de nous, pour être digne de nous comme il dit, je ne veux pas que ses efforts soient réduits à néant. Qu'il soit là ou qu'il n'y soit pas, il en est méritant et je veux que ce soit déclaré et reconnu.
- Bien, je transmettrai à mon père. Veux-tu que nous prenions Lily avec nous et je vous la ramènerai après Poudlard. Elle sera mieux à jouer avec Teddy comme d'habitude que de se retrouver ici seule avec son père inconscient dans la chambre voisine.
- C'est une bonne idée, merci.
Lucius passa en fin de matinée. Il commença par examiner Pierre-François et se déclara satisfait de son évolution, il en semblait même étonné.
- Tu voulais me voir?
- Oui, merci d'être venu. Je voulais m'assurer que tu vas bien faire ratifier et annoncer la nomination de Pierre-François en même temps que les nôtres.
- J'aurais préféré attendre qu'il soit remis.
- Alors tu attendras pour les nôtres aussi. répondit Harry calmement.
- Tu remettrais en question vos études et vos carrières?
- Oui, tout à fait! Ce sera nous trois ou rien.
- Jim est d'accord avec toi?
- Bien sûr. On peut le lui demander, il est en train de faire des katas de relaxation.
- C'est inutile.
- Si tu ne l'annonces pas en même temps que les nôtres, tout le monde sorcier croira que nous la réprouvons. Il n'est pas question que je cautionne ça. Personne n'est plus capable que lui de prendre la direction de Poudlard.
- Je ne conteste pas ce choix. Le problème est que je ne suis pas sûr de son état de santé.
- Il se bat et il y arrivera, j'ai confiance en lui.
- Ton amitié te porte à l'optimisme, je me veux réaliste.
- C'est bien plus que de l'amitié, ne sois pas hypocrite Lucius. Toujours est-il que si tu annonces nos nominations sans la sienne, il y aura demain un démenti de l'Elu dans les quotidiens qui mettra à mal ton tout nouveau mandat de premier ministre de la magie.
- Je vois que tu utilises les grands moyens!
- À mon immense regret, oui!
- Bien j'annoncerai vos trois fonctions en même temps.
- Merci.
- Inutile de me reconduire, je connais le chemin. fit Lucius d'un air pincé qui rappela à Harry l'ancien Malefoy, le sang-pur imbu de son rang.
- Je sais que tu m'as entendu, mon loup, les pierres te trahissent. Ne me fais pas mentir, continue à te battre. De mon côté je fais au mieux pour nous trois. murmura Harry quand Lucius fut parti.
Quand Jim revint il trouva son amant plongé dans les révisions de ses cours. Si la journée se passa en attente, les deux garçons étaient bien moins stressés que la veille, le bracelet elfique y était pour beaucoup. Les pierres d'un bleu clair encourageant recommençaient à briller timidement.
Les nouvelles de l'extérieur arrivèrent par le trio. Les membres du magenmagot avait bien entendu ratifié la nomination de Kingsley Shacklebolt à leur présidence, celle de Lucius en tant que ministre de la magie avait été votée à la majorité, ainsi que celle d'Arthur, les autres n'avaient plus été qu'une formalité. Le conseil supérieur de l'université sorcière avait officialisé le choix de Minerva Mac Gonagall comme recteur, le conseil d'administration de l'école de sorcellerie avait entériné la désignation de Pierre-François au poste de directeur, celles de Harry et Jim en tant que professeurs. Lucius avait ensuite tenu une conférence de presse annonçant les divers changements. Un silence un peu gêné suivit.
- Mon père t'en veut, Harry. Tu n'y es pas allé de main morte!
- J'ai utilisé exactement le même procédé que le sien Dray.
- Ce n'est pas dans tes habitudes, fit Sylas.
- C'est vrai et je ne suis pas fier de ma façon de faire mais je n'avais ni le temps ni l'envie d'y mettre des formes.
- Et tant pis pour ceux qui étaient tes amis d'hier?
- Il n'y a ni amis d'hier ni amis d'aujourd'hui, Mione. Lucius n'a jamais été mon ami. Il a changé et je respecte ce qu'il est devenu pour l'amour de son fils, c'est son plus grand mérite, bien avant ses réussites en politique ou sa nomination en tant que ministre.
Quant à mes amis d'hier ils sont, excepté Ron, mes amis d'aujourd'hui... Le problème c'est que certains n'acceptent pas le fait que nous grandissons et que tous nous voulons réaliser nos rêves et construire notre vie. Le temps de Poudlard, celui où nous sommes élèves, se termine. Vous avez choisi une voie, celle de l'université pour faire la médicomagie, nous en avons choisi une autre pas tellement différente. Vous ne voulez pas de la politique, nous nous dirigeons vers elle, pourtant nos idées n'ont pas changé. Plutôt que de vivre nos relations amoureuses en dehors du cocon amical, nous avons essayé de l'ouvrir, de l'élargir aux couples qui se sont formés. Nous sommes souvent ensemble, pour ne pas dire tout le temps, mais c'est vrai que le trio d'or c'est fini et qu'il ne reviendra jamais, Mione. Notre amitié est une chose rare et je serai toujours là pour toi, même si d'autres liens très forts se sont créés. Notre enfance nous ne la vivrons plus que dans nos souvenirs mais notre avenir nous tend les bras.
- Je n'ai pas tellement l'impression que nous sommes présents dans celui que tu as choisi.
- Pourquoi? Parce que nous faisons des projets de vie à deux ou à trois avec Aymeric, Cloud et Lily en sus? Je crois avoir entendu parler de grande maison avec une équipe de quidditch jouant sur la pelouse... tu comptais sur moi pour faire l'arbitre peut-être? répondit Harry qui sourit en sentant une main ferme se poser sur sa taille, il connaissait le langage des mains de Jim, celle-là c'était celle qui soufflait Calme-toi, Amour. »
- Tu ne te rends même pas compte à quel point tu t'éloignes, répliqua son amie avec un geste impatient de la tête.
Il se rappela le nombre de fois où il l'avait vue faire ce mouvement qui secouait ses boucles brunes indisciplinées, souvent suivi d'une moue désabusée qui les faisait se sentir idiots, Ron et lui, devant leur petite miss-je-sais-tout. Combien elle pouvait être agaçante quand elle le voulait! Il ne put s'empêcher de sourire avec un petit air indulgent qui la fit lever les yeux au ciel.
- Je suis toujours ton ami Mione, je suis toujours là si tu as besoin de moi! mais je veux vivre! Dans ma vie, il n'y a pas que toi.
- Si nous allions voir Pierre-François? fit Draco avant que sa femme ne réplique. Tu nous attends ici avec les enfants, ma douce? Je préfère que Lily ne voit pas son père comme ça.
Comme Lucius, Draco fut content de l'évolution du malade et donna son autorisation au bain que Harry voulait lui faire prendre. De la même façon que le jour précédent, Sylas lui fit avaler une goutte d'ambroisie et Draco laissa les diverses potions à prendre le soir. Les deux garçons, tout en montant fréquemment voir l'état de leur malade, jouèrent avec Lily avant de dîner, de lui prendre son bain et de la coucher, gestes devenus habituels, gestes de bonheur calme et familial.
Quand enfin il refermèrent sur eux la porte de la chambre qu'ils occupaient avec Pierre-François leurs premiers regards furent pour lui. Il dormait encore mais l'effet de la potion se dissipait peu à peu et son sommeil était moins profond, cela se voyait aux gestes qu'il esquissait. Harry alla faire couler un bain tiède. Ils le déshabillèrent tout en le rassurant doucement, enfin Harry fit léviter le corps et le posa dans l'eau tiède. Jim à genoux devant la baignoire était prêt à l'empêcher de glisser et à le tranquilliser. Ils le savonnèrent avec précaution survolant les nombreuses ecchymoses, lui lavèrent les cheveux, le rincèrent à l'eau claire. Le corps pourtant parfait ne les émut que par ses blessures et sa faiblesse. Pendant que Harry le maintenait soulevé dans les airs, Jim le sécha et changea le lit. Il put enfin le reposer.
- Ouf! fit Harry. Je t'assure mon loup, il faut que tu te remettes vite parce que tu es moins facile à baigner que Lily.
- Et ce n'est pas fini, fit Jim qui revenait de la salle de bain avec une brosses à cheveux. Tu le tiens, mon amour? Voilà tu es tout beau, pti loup. fit-il tendrement après avoir démêlé et lissé les longs cheveux blonds. Tu es même très beau, n'est-ce pas?
- Oui. Bon tu vas prendre tes potions?
- ...
- Exact! Si tu veux retrouver ta fille et tes agneaux très vite, tu n'as pas le choix!
- ...
- Ouvre mon grand. Avale. Bien.
- ...
- Maintenant dors, pti loup! Nous sommes à côté de toi, nous ne te quittons pas!
Ils soupirèrent tous les deux en le voyant de nouveau totalement immobile, perdu bien loin d'eux. Harry regarda le bracelet, il lui sembla plus bleu mais peut-être n'était ce que son envie de le voir ainsi. Il prit Jim par la main et l'entraîna vers la douche de sa chambre qui semblait toute vide sans le grand lit. Quand ils revinrent un quart d'heure plus tard, il n'avait pas bougé, son souffle était calme et sa figure semblait moins crispée. Harry se blottit dans les bras de son amour, le visage perdu dans son cou comme à son habitude, Jim referma son étreinte, une main sur sa nuque, l'autre sur sa hanche et ils s'endormirent de suite.
oOoOoOoOoOo
Vendredi 11 juin
Le vendredi se passa de même, rythmé par les besoins du malade et les visites de leurs amis. Harry envoya Kreattur faire quelques emplettes dont les trois journaux dans lesquels ils se plongèrent. Le Chicaneur se réjouissait ouvertement des nominations et du départ d'Ombrage, le rédacteur de l'article notait que les sorciers élus feraient progresser leur monde, l'analyse de la tendance politique future était plus mitigée dans la Gazette mais était favorable dans l'ensemble.
Il ne fallait pas bien entendu s'attendre à autant de bienveillance de la part du "Independent Wizard". Ils évitaient de répondre aux articles des autres quotidiens commentant la naissance du journal né de la Loge Sorcière, mais ne se privait pas d'attaquer et leur cible du jour semblait être Lucius. Son implication aux côtés de Voldemort était étalée sur trois colonnes et son rôle d'espion pour l'Ordre du Phénix sur trois lignes! Ils égratignaient au passage l'Elu, insistant sur le fait que c'était lui qui avait dès leur procès soutenu la famille Malefoy n'hésitant pas à se servir de son nom et de son influence pour éviter à son meilleur ami, Draco Malefoy, un long séjour à Azkaban. Harry fut frappé, comme Pierre-François avant lui, par le fait que si le journal descendait en flèche leur politique, il n'utilisait pas la calomnie mais des faits réels et donc impossibles à contrer.
La voix de Jim l'arracha à ses réflexions, il lui tendit le journal à la page mondaine. Une photo d'eux s'étalait. Prise à Toulouse, elle les montrait revenant vers le castel rose enlacés par Pierre-François. Un titre accrocheur attirait l'attention "L'entente du nouveau directeur de la prestigieuse école de Poudlard avec son corps professoral semble au beau fixe!". Là encore nulle invention...
- Elles finissent par paraître ces maudites photos! soupira Jim.
- Non! C'est plus grave que ça, regarde la bien!
- ...
- On nous voit de face, tu es d'accord avec moi?
- Mon Dieu! elle a été prise du castel!
- En effet, elle ne peut avoir été faite que par une des personnes résidant au château ce week-end là.
- ...
- Devoir commencer à douter de nos amis, c'est pire que tout.
- François-Marie savait donc exactement où était son frère et avec qui.
- En effet, mais il espérait encore que Pierre-François m'amènerait à lui pieds et poings liés, ce n'est que le soir lors de leur entrevue qu'il a compris le contraire. Comme je lui avais dit qu'il nous fallait combattre son frère avant la bataille du solstice d'été, il l'a provoqué lui disant qu'il nous aimait, que nous étions devenus ses amants et toute sa vie. Son frère a rétorqué qu'il n'accepterait jamais ça et qu'il le tuerait.
- Tu pourrais me faire voir leur conversation?
Il vit Harry douter avant d'acquiescer. Il alla chercher la pensine et déposa le souvenir de ce qu'il avait vu dans l'esprit de Pierre-François.
- Pourquoi as-tu hésité à me le montrer?
- Je n'aime pas la façon dont il parle de toi.
- C'est juste pour provoquer son frère, il y a longtemps qu'il ne nous voit plus comme ça, fit Jim en haussant les épaules. Par contre il a surtout attiré la haine de son frère sur lui et pas sur toi.
- Je sais! et je m'en veux de lui avoir suggéré cette idée.
Lorsque les trois arrivèrent le soir, il trouvèrent Harry en train d'étudier et Jim occupé à relire un article signé du pseudo "Déimos" qu'il avait rédigé pour la nouvelle rubrique politique de la Gazette. C'était une idée de Lucius pour contrer le plus jeune des journaux. Sylas y jeta un coup d'œil avant de lancer un regard surpris au jeune moldu toujours si calme.
- Je vois que tu sais aussi bien manier le sarcasme et la méchanceté pour un camp comme pour l'autre.
- C'est une très bonne technique, tu égratignes un peu ton propre parti avant de mordre farouchement le ou les opposants, ainsi tu donnes l'impression d'être impartial!
- Voyez vous ça! un moldu qui rendrait des points à Salazar, le taquina Draco.
- Vous avez vu la page mondaine du "Independent Wizard"? demanda Harry.
- Non, j'ai regardé l'article sur les nominations... fit Sylas en saisissant le journal que lui tendait Jim.
- ...
- On s'attendait à ce que ces photos paraissent à plus ou moins brève échéance... fit Hermione avec un haussement des épaules fataliste.
- Il ne s'agit pas de la même, fit Sylas d'une voix blanche, celle-là a été prise de l'intérieur!
- Exact!
- ...
- Donc François-Marie a un informateur chez nous!
- Cloud?
- Je ne crois pas, il sait que le gamin serait le premier soupçonné. Si il ne voulait pas qu'il rejoigne la loge parce qu'il était trop jeune ça m'étonnerait qu'il l'emploie en tant qu'espion. C'est bien un ennemi qui a des principes, railla Harry.
- ...
- Il est en tout cas rusé, commenta Draco. En publiant cette photo, il sème le doute dans nos esprits et nous pousse à nous soupçonner les uns les autres.
- En quelques jours, il sème la zizanie entre nous et essaye de retourner l'opinion extérieure afin que chacun de nous se sente isolé. Il est plus redoutable sur le plan tactique que je ne le croyais. analysa Harry soucieux.
- Ou il a un bon conseiller, Pierre-François a dit que c'était un combattant, fit Mione.
- Oui et non, il a dit que son frère ne faisait pas de projets d'opération à long terme mais qu'il planifiait au fur et à mesure des évènements. C'est aussi l'attitude d'un fin stratège. argumenta Jim.
Draco se tourna vers le sorcier inerte sur son lit. Il pensa qu'il leur manquait bien en ce moment. Il paraissait aller mieux, le fait qu'il soit lavé et coiffé lui avait rendu sa superbe. Il le trouvait beau avec ses cheveux longs et brillants retombant sur son front puis encadrant l'ovale parfait de son visage aux traits fins.
- Il réussit à être magnifique même à la porte de la mort, cet homme est surprenant! ne put-il s'empêcher de murmurer.
- Tu disais mon amour?
- Je disais qu'il est beau.
- Je trouve Jim superbe et je ne le dis pas devant toi! le taquina Sylas.
- Voyez-vous ça! Viens près de moi mon cœur! Nous sommes entourés de prédateurs maintenant... fit Harry en riant.
Il vint derrière Jim, entoura sa taille de ses bras, l'attira contre lui et posa la tête sur son épaule. Tournés tous les deux vers le lit, ils contemplaient le sorcier endormi.
- On ne pourrait pas le laisser réveillé ce soir?
- C'est encore un peu tôt Jim.
- Que diriez-vous d'une fin de week-end à Toulouse? Seulement nous six.
- Tu crois qu'on peut le faire transplaner?
- Par le réseau de cheminette. On verra ça demain dans la journée.
- Maître Harry, le dîner est prêt.
Ils suivirent Kreattur et mangèrent mieux qu'ils ne l'avaient fait ces derniers jours. Hermione alla prendre le bain aux bébés et les coucher pendant que Draco examinait Pierre-François.
- Les hématomes sont presque tous résorbés. Il respire sans problème et je crois pouvoir dire sans me tromper qu'il est hors de danger. Je suppose Harry que vous étiez déjà au courant?
- Depuis hier les pierres sont redevenues bleues, bien que pâles encore, et ont recommencé à briller. Il faut dire que quand il les portaient, elles étaient très claires.
- Voilà un diagnostic confirmé par la magie elfique. Je vais lui donner encore une goutte d'ambroisie, après il n'en aura plus besoin. Il se réveille. Va chercher Mia, Dray.
Assis sur le bord du lit, chacun tenant une main du sorcier, ils guettaient son réveil quand Draco et Mione entrèrent. Pour la première fois depuis trois jours, il ouvrit les yeux avant de les refermer de suite comme blessé par une lumière trop vive, mais il serra doucement les mains de Jim et Harry.
- Si nous avons tenu à passer cette soirée et cette nuit ici avec vous, c'est que nous avons quelque chose à vous annoncer et à fêter. Nous allons bientôt être les heureux parents de deux petits garçons dont la magie de l'un s'apparente manifestement à celle de Draco et la magie de l'autre à la mienne, dixit Madame Pomfresh. Ainsi la prophétie se réalise. Jim j'aimerais que tu sois le parrain du petit Severus James Van Neeren.
- Ce sera avec un grand plaisir, Sylas, fit Jim manifestement ému.
- Pierre-François, je ne sais si tu m'entends, mais je voudrais que tu sois le parrain du jeune Henri-James Pierre Malefoy. continua Draco.
- Je crois que ça veut dire oui, répondit doucement Harry en essuyant tendrement du revers de la main les larmes qui coulaient sur le visage bouleversé. Je suis vraiment content pour vous...
- Je vais te rendormir encore jusqu'au moins demain matin. Si ça va mieux, nous finirons le week-end à Toulouse, ça nous fera du bien à tous.
- C'est bientôt la fin, tu retrouveras tes agneaux qui ne t'ont pas quitté depuis trois jours. renchérit Sylas. Nous t'attendrons pour sabler le champagne pour l'annonce des deux petits héritiers.
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Samedi 12 juin
Pierre-François ouvrit les yeux péniblement. Que faisait-il vêtu seulement d'un boxer dans ce lit inconnu? Il regarda autour de lui... Une vague impression de déjà vu... Son regard accrocha deux formes blotties l'une contre l'autre dans un lit voisin du sien, une tête brune, une tête blonde, ses agneaux! Il se rappela alors tout jusqu'au moment où il avait actionné le portoloin. Après il y avait une période floue, faite de douleurs, de sensations, d'odeurs, de mots tendres et rassurants.
Il se remémora un souvenir plus récent, celui de l'étonnante demande de Draco. Un petit Henri-James... Jamais il ne remplacerait le petit garçon disparu, ses fossettes quand il souriait des histoires qu'il lui racontait, le son cristallin de son rire, sa moue quand il était impatient, ses peurs, ses pleurs puis sa joie quand il trouvait le refuge de ses bras. Tout cela était perdu à jamais. Pourtant le fait était là, il y aurait un avenir pour un autre garçonnet qui enchanterait ses parents. Il n'essuya même pas les larmes qui roulaient jusqu'aux coins de sa bouche.
Il sentit le matelas s'infléchir sous un poids puis sous un second, deux corps étaient venus s'installer tout contre lui. Touché, il referma ses bras sur eux qui se rendormirent la tête sur sa poitrine.
Draco inquiet de ne pas les voir descendre pour le petit-déjeuner alors qu'ils devaient être impatients de voir Pierre-François réveillé, monta voir ce qu'il se passait. Il sourit devant le spectacle. Pas question pour les deux tourtereaux de dormir loin l'un de l'autre. La tête posée sur le torse du sorcier, front contre front, ils dormaient enlacés sur lui qui les serraient. Dray sentit une main tendre se poser sur sa nuque.
- On fait du voyeurisme? murmura Sylas.
- Ils sont trop mignons tous les trois!
- Mignons! Harry va te tuer si il t'entend! se moqua Sylas. Je te ferai remarquer qu'ils ne sont pas dans le lit mais dessus, sur les couvertures...
- J'avais noté, mais c'est certainement le meilleur des remèdes pour lui.
- Quand vous aurez fini de chuchoter entre vous, vous me direz ce que vous faites là? les interrompit une voix amusée.
- Ben... on venait voir pourquoi ils n'étaient pas descendus déjeuner, comme on a prévu d'aller à Toulouse si tu allais mieux.
- Il est tôt?
- Neuf heures.
- Laissez-nous encore une heure, d'accord?
- Empêcheurs de tourner en rond, grommela Harry quand la porte fut refermée.
- Tu peux dormir encore un peu.
- J'ai entendu... Tu nous as fait peur, tu sais, poursuivit-il en s'éloignant et en s'appuyant sur un coude pour avoir son visage face à celui du sorcier.
- Je sais.
- Arrête de me materner et mets la montre tout le temps! Je te veux vivant même si c'est dans les bras d'un autre! Rien ne peut être pire que te perdre.
Harry caressa tendrement ses cheveux, effleurant le visage. Lui arrêta sa main en la maintenant de la sienne et y posa la joue en fermant les yeux. Le plus jeune frémit devant ce sensuel abandon.
- Tu as été aux portes de la mort, mon loup. Ne me fais plus jamais ça! fit-il d'une voix étranglée.
- J'ai essayé de te rassurer.
- Tu ne savais même pas que je voyais le bracelet!
- Avec ton pouvoir et vu l'éclat des pierres , il ne pouvait en être autrement même si tu ne voulais pas me le dire.
- J'aurais eu trop de questions à te poser.
- Tu veux des réponses aujourd'hui?
- Non! Je sais tout ce que j'ai à savoir!
- Bien!
- Vous n'allez pas déjà vous disputer? fit une voix ensommeillée.
- Non, mon cœur!
- Alors arrêtez et laissez moi dormir.
Doucement le sorcier caressa les épaules de Jim et sa nuque pour qu'il se rendorme. Déjà las, il referma lui aussi les yeux et s'assoupit. Harry les regardait tous les deux, se demandant ce qu'il allait faire de cet encombrant sentiment qui naissait en lui pour Pierre-François.
C'est Lily qui vint les réveiller la seconde fois. Harry et Jim se levèrent aussitôt laissant leur loup dormir tout son soûl. Ils transplanèrent à Astor's lodge pour remplir un sac de voyage que Harry miniaturisa, ensuite ils passèrent à l'appartement pour prendre le bagage que leur apprêta le majordome mis au courant de la blessure de son employeur.
Lucius examinait son malade quand ils revinrent. Manifestement il était content de son état. Harry se posta devant le père de son ami, puis après un long regard, il l'accola.
Lucius, embarrassé de cette marque de tendresse pour le moins inattendue, surtout après leur discussion du jour précédent, resta tétanisé avant de refermer ses bras. Il s'était attaché à ce garçon fier et droit, colérique et intransigeant aussi et ça malgré ce dont il lui était redevable. Et Salazar seul savait combien un Malefoy déteste devoir quelque chose surtout à un Potter. Le Survivant dans les bras de l'ancien bras droit de Voldemort! Rien ne serait épargné au monde sorcier!
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Midi sonnait quand ils atterrirent dans la cheminée du castel rose. Harry vérifia les protections avant d'ouvrir tous les volets et les portes fenêtres. Il aida un Pierre-François chancelant à s'installer sur une chaise longue de la terrasse. Les rayons du soleil étaient chauds à cette heure et Jim s'affaira à régler le parasol. Le trio vint les rejoindre pendant que les enfants jouaient autour d'eux.
Draco avait fait venir Fiane et Niéré du quartier général, c'est eux qui s'occuperaient des repas et des travaux ménagers pendant leur week-end. Les elfes avaient reçu l'ordre de ne parler à quiconque du castel et de ce qui se passerait ou se dirait. Pour la première fois depuis une semaine, ils se sentaient en sûreté.
Les jardins à l'anglaise étaient superbes, plein de couleurs vives et de parfums capiteux qui montaient jusqu'à eux. Le bruit que le jeune comte séjournait régulièrement au château s'était très vite répandu au bourg. Le jardinier et son jeune apprenti avaient fait des efforts, le grand étang avait été nettoyé, le jet d'eau et les fontaines remis en fonction. Depuis leur arrivée, Lily trépignait et mettait à rude épreuve la patience des adultes, elle avait décidé d'aller voir les poissons et ne le laissait ignorer à personne. Harry finit par se lever avec un soupir, prit la fillette par la main, Teddy sur son autre bras et descendit vers la pièce d'eau. Les autres le virent s'asseoir en tailleur dans l'herbe le bambin entre les jambes pendant que Lily s'extasiait sur les carpes japonaises qui déambulaient paresseusement dans l'eau limpide du petit bassin inférieur.
- Il n'est pas possible, commenta Hermione, il fait tous ses caprices. C'est elle qui commande.
- Il fera un excellent père. affirma tranquillement Jim.
- Je suppose que vous n'êtes pas pressés? s'enquit Sylas.
- Non, il y a encore du chemin à faire avant la stabilité. De toute façon la loi sur l'adoption par des couples gays n'est pas encore passée.
Pierre-François les écoutait avec stupéfaction, ainsi ces agneaux désiraient des enfants. Il voulait élever des petits, son jeune loup aux yeux verts? Il n'était encore qu'un grand louveteau lui-même! Il le regardait, découvrait sous ses traits encore adolescents l'homme de demain. Pas vraiment beau! Mieux que ça! Un visage énergique aux traits réguliers, les émeraudes profondes de sa mère mais le regard souvent rêveur de James, le nez droit, le menton volontaire, la bouche sensuelle aux lèvres plutôt minces, les cheveux toujours en désordre qui lui donnaient perpétuellement l'air de sortir du lit, le corps souple, bien proportionné... Des enfants! Il n'en avait jamais parlé! Mais au fait, pourquoi en aurait-il parlé avec lui?
- Pti loup? tu me réponds?
- Excuse moi, j'étais perdu dans mes pensées.
- On va le rejoindre?
- Si tu veux.
Jim tendit la main pour l'aider à se lever. Les trois les regardèrent se diriger lentement main dans la main vers leur ami.
- Ils se sont beaucoup rapprochés.
- Maintenant ils savent où ils en sont.
- Ils ont encore beaucoup de chemin à faire pour que Pierre-François se sente autre chose qu'une pièce rapportée.
- Mia? Etais tu sûre qu'il était utile de faire comprendre à Jim que des enfants adoptés ne seraient jamais leur sang et qu'un grand sorcier pouvait désirer pérenniser son nom? Surtout que c'est très loin des idées de Harry.
- Une fois de plus tu l'as blessé.
- Je n'ai fait qu'énoncer une évidence, mon ange.
Jim marchait lentement pour ménager Pierre-François, les yeux perdus dans le vague, indifférent à la beauté des fleurs.
- Qu'y-a-t-il Jim?
- Hermione m'a fait comprendre que Harry devait perpétuer son nom par son sang et non adopter des enfants.
- Et tu l'as crue? Tu crois que c'est ainsi qu'il voit les choses?
- ...
- Quand tu as un doute, parle! Personne ne peut répondre à ce genre d'interrogation hormis lui. Je ne savais pas que vous vouliez des enfants.
- Nous en avions parlé avant de nous fiancer. J'ai dit ça surtout parce qu'elle m'agace à toujours le critiquer. Nous avons discuté quand tu étais malade, elle lui a reproché de s'éloigner.
- J'ai entendu une partie de cette conversation.
- Nous sommes tout le temps avec eux!
- Oui, mais vous êtes toujours ensemble, alors qu'elle voudrait son ami à elle seule pour se confier, pour rire et discuter comme avant... Elle ne veut pas accepter que les choses évoluent et que lui n'en éprouve plus le besoin. Draco et Sylas sont très proches, j'ai remarqué qu'ils "discutent" beaucoup par le lien, ça se voit aux changements d'expression de leurs yeux. Hermione doit se sentir un peu mise à l'écart.
Jim aida Pierre-François à s'asseoir sur la pelouse avant de se laisser tomber aux côtés de son fiancé. Le jeune sorcier se coucha dans l'herbe, tourné vers eux.
- Ne t'endors pas au soleil, pti loup!
- Je dormirai après le repas.
- Tu te sens fatigué? s'enquit Harry.
- Je suis très bien, répondit-il avec une expression de bien-être sur le visage qui fit sourire l'inquiet.
Il était quatorze heures quand ils virent Mione venir vers eux. Ils se levèrent pour rentrer manger, Harry appela Lily nullement pressée de terminer la conférence qu'elle tenait aux kois. Le père le laissa régler la situation en souriant. Après un avertissement sans résultat, Harry éleva la voix et exigea sèchement de l'impénitente bavarde qu'elle lui obéisse ce qu'il obtint immédiatement. Ils reprirent le sentier vers le castel. Marchant côte à côte derrière la jeune femme, Jim et Pierre-François échangèrent un sourire railleur et complice.
Ce n'est qu'en début de soirée après une longue sieste qu'il vint retrouver ses agneaux sur la terrasse. Allongés paresseusement sur une chaise longue, ils chuchotaient. Il hésita à troubler leur intimité.
- Tu attends qu'on vienne te chercher? fit Harry en se levant et en lui indiquant la chaise longue qu'il venait de quitter.
Il releva le dossier de la chaise de Jim avant de s'asseoir entre ses jambes, la tête appuyée sur sa poitrine. Pierre-François osa poser sa main sur celle de Harry qui serrait déjà celle de Jim attendant une réaction qui ne vint pas.
- Tu as bien dormi, pti loup?
- Oui. Je vais merveilleusement bien! Les enfants?
- Ils les ont emmenés promener le long du halage.
- Pendant que tu étais inconscient nous nous sommes dits qu'on pourrait louer une maison dans le midi de la France pour les vacances, une maison devant la mer.
- Où on boirait des vins fins sur la terrasse? La soupe de poissons c'est de la bouillabaisse ...
- Tu entendais tout?
- Non, seulement des bribes dont je me rappelle quand vous parlez du sujet! vous étiez sûrs que je me rétablirais?
- Harry oui! au point de faire chanter Lucius.
- Jim!
- Je peux savoir?
- Demain! demain on fera le bilan de tout ça mon loup, on a bien des choses à discuter ensemble, mais pas aujourd'hui! ce soir, je veux oublier.
- Bien. Pour les vacances, un mas aux environs du cap d'Agde ça vous convient?
- ...
- J'en ai hérité de mon grand père maternel. Je n'y ai plus été depuis la mort de ma femme. Rien de comparable à ceci. C'est juste une bastide de caractère bâtie sur une hauteur, la terrasse offre une vue superbe sur la mer, il y a un grand jardin derrière et un petit bâtiment indépendant pour loger éventuellement le personnel. Elle est plutôt isolée. Un sentier serpente dans la pinède et descend vers la plage privée, il y en a pour dix minutes. On ira la visiter avant et si vous voulez y apporter des améliorations...
- Il y a l'électricité? fit Jim un peu hésitant.
- Oui, mon agneau. répondit-il avec une sourire tendre. Tu as difficile au square Grimmaud sans électricité.
- Oui, soupira Jim avec une grimace sous l'œil étonné de Harry, même aller aux toilettes la nuit c'est un problème.
- Dans mon plan de rénovation, j'ai prévu des nouveaux panneaux solaires photovoltaïques sur toute la surface du toit et sur le dessus de la façade arrière et un onduleur pour transformer le courant continu en alternatif. L'installation est très chère au départ mais il n'y a pas de raccordement à un réseau de distribution et la production est gratuite le temps de vie des panneaux soit environ vingt cinq ans.
- Je n'avais jamais pensé que ça te posait un problème, murmura Harry. Tu ne m'as jamais rien dit. Pourquoi?
- Si tu veux descendre la nuit chercher un verre d'eau, tu fais comment?
- Je prends ma baguette magique et je prononce le mot lumos, ça me fait assez de lumière mais toi, c'est vrai, tu ne peux pas. Encore une fois, pourquoi ne m'as-tu rien dit?
- Jusque maintenant on n'avait jamais vécu dans ta maison et là, ça s'est fait à l'improviste. Je vais acheter une lampe de poche, c'est tout. fit Jim en haussant les épaules.
- Fais faire l'installation électrique, mon loup.
- Il faut faire tout ensemble. L'adapter à la maison actuelle, puis une seconde fois lorsque les volumes seront modifiés pour essayer d'avoir plus de lumière coûtera deux fois plus cher.
- Tu as prévu de gros changements?
- J'ai imaginé un puits de lumière central surplombant la cage d'escaliers autour de laquelle s'articulera la maison et qui donnera de la clarté dans les pièces même au rez-de-chaussée grâce à un jeu de miroirs. Dans la pièce de vie, une baie vitrée donnera sur le petit jardin qui n'a jamais été exploité.
- Il y a un jardin?
- Un jardin de ville, oui. Juste de quoi faire une belle terrasse et un mouchoir de poche de gazon avec quelques arbustes. Tu vois, tu n'es même pas au courant!
- C'est vrai que depuis que j'en ai hérité, je ne m'y suis jamais intéressé. Elle est restée la "sombre maison des Black". Elle ne me rappelle que des souvenirs affligeants.
- Sirius n'aurait pas aimé t'entendre parler comme ça. Lui qui était la joie de vivre, il ne voudrait pas que tu sois triste et encore moins à cause de ce qu'il t'a laissé.
- Ça le rendait fou, tu sais, d'être toujours recherché pour meurtre, de ne pouvoir circuler librement et combattre avec l'Ordre du Phénix. Il tournait en rond dans cette maison qu'il détestait, il était irritable et amer.
- Il n'était pas comme ça avec toi! Ne sois pas injuste! fit Hermione qui arrivait
- Je sais Mione! Mais il était malheureux...
- Quand tu y étais, il retrouvait sa bonne humeur, son rire.
- Ce n'était jamais pour bien longtemps... fit Harry les yeux trop brillants.
- Le quartier général était le seul endroit où il était en sureté.
- Oui, mais il voyait tout le monde venir faire le rapport des combats contre Voldemort et des récents évènements, sans parler de Severus qui en profitait pour le provoquer à chaque visite allant jusqu'à sous-entendre qu'il était lâche.
Jim et Pierre-François sentaient la conversation leur échapper. Les deux amis une fois de plus se chamaillaient et une fois de plus ils finiraient blessés.
- Il ne rêvait que plaies et bosses! Alors il voulait vivre sa revanche à travers toi. Il t'aurait voulu tête brûlée comme lui, incapable de mesurer le danger, le provoquant même! Il te poussait aux pires bêtises.
- Tu crois qu'il aurait tenu toutes ces années à Azkaban, puis deux ans en fuite si il avait été tel que tu le décris? Et il ne me poussait à rien, il m'aimait comme un fils.
- Sirius était un grand sorcier, un compagnon agréable plein de charme, un ami fidèle et loyal, peut-être, c'est vrai, un peu impétueux. intervint l'aîné. Il adorait ceux qu'il considérait comme sa vraie famille, les maraudeurs, Lily et Harry. Son filleul a hérité de ce dernier trait de caractère. Il est prêt à tout pour ses amis et en supporte beaucoup, trop parfois, termina-t-il en lançant à Hermione un regard entendu.
Sylas, tu n'as pas un bon alcool à nous faire découvrir?
Celui-ci, dans l'embrasure de la porte, eut un sourire complice puis disparut pour revenir quelques minutes plus tard avec une bouteille poussiéreuse et les verres adéquats. Il versa un vieux cognac aux hommes et un jus de fruits à sa femme. La conversation revint sur des sujets plus futiles jusqu'au dîner qu'ils prirent sur la terrasse.
Après avoir couché Lily, ils descendirent tous les trois au bord de l'étang discrètement éclairé. Ils s'étendirent dans l'herbe encore tiède de soleil plus loin que le bassin des kois, là où la partie supérieure de l'étang s'élargissait pour former une pièce d'eau presque ovale avec un imposant jet d'eau au milieu.
- Tu commences à être fatigué, pti loup!
- Un peu, mais je suis tellement bien.
Quand ils revinrent sur la terrasse, le trio les attendait avec la bouteille de champagne promise et ils burent à la santé des futurs petits rois et des parrains. Une seconde bouteille suivit puis une troisième. Le château rose au bord de la Garonne retentit longtemps des bruits de voix et des rires des amis oublieux de leur soucis. Si Hermione très sage s'était contentée de tremper ses lèvres dans son verre avant de revenir à ses jus de fruits, les hommes avaient bu sans beaucoup de modération.
A son habitude, Pierre-François quitta ses agneaux devant la porte de leur chambre. Est-ce l'alcool ou l'envie qui le fit baiser doucement leurs lèvres plutôt que leur front? Est-ce l'alcool ou l'envie qui les fit accepter le tendre baiser?
Le premier se retrouva au lit le sourire aux lèvres, revivant deux sensations différentes mais pareillement bouleversantes, la première, celle d'un corps, chaud et avide, sensuellement arqué contre le sien le temps bref du baiser et, la deuxième, celle d'une main tendrement possessive câlinant sa nuque, pendant que des lèvres expertes caressaient les siennes un peu plus longtemps qu'il n'eut fallu.
Les seconds, le baiser apparemment oublié, prirent à peine le temps de se déshabiller avant de se glisser dans les draps, frais sur leurs corps nus trop chauds. C'est en gémissant qu'ils se frottèrent, impudiques, contre l'intimité de l'autre exacerbant encore un désir qu'ils entreprirent ensuite de satisfaire avec des gestes ardents.
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Le trio les avaient regardés s'éloigner enlacés.
- Vous n'auriez pas dû les pousser à boire!
- On n'en a pas eu besoin, ils en avaient envie. Ils voulaient oublier la pression de ces derniers jours, de toute façon ils sont loin d'être ivres.
- Ne te tracasse pas pour eux ma mie, fit Sylas en l'attirant sur ses genoux, ils savent ce qu'ils font.
- Autant que nous, fit Draco en se penchant vers Sy pour un de ces baisers de soie et de velours qui bouleversaient toujours autant ses sens que les premiers qu'ils avaient échangés.
Il s'éloigna de lui à regret, les yeux plein d'un désir que ressentit aussi bien la jeune femme que son amant. Sylas les prit par la taille, les entraînant vers leur chambre. Il déposa Mia sur le lit avant d'y attirer Draco. Faire l'amour avait pris une autre ampleur depuis que leur femme était enceinte. Ils la déshabillèrent avec douceur, avec tendresse avant de caresser son corps et son petit ventre toujours plat... La belle avait mis un frein à leurs débordements et se laissait cajoler par les deux comme aux premiers temps de leurs amours, sachant qu'ils feraient l'amour ensemble quand ses désirs seraient assouvis.
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Dimanche 13 juin
Jim s'étira réveillant le koala sur son dos, celui-ci embrassa sa nuque, caressa sa hanche, avant de le libérer en se roulant sur le côté.
- Déjà réveillé, mon cœur?
- Déjà? Il est onze heures! se moqua Jim.
- Alors je suppose qu'il faut se lever! fit Harry en grimaçant et en s'asseyant sur le bord du lit.
- Ce serait mieux en effet!
- Surtout que Pierre-François n'est pas encore très bien et qu'il ne s'est peut-être pas réveillé pour Lily.
- Mione a raison tu es fou de cette petite pie jacassante!
- Tu l'aimes autant mais le problème c'est que tu ne veux pas l'admettre! Moi, j'assume.
- Va prendre ta douche, monsieur le donneur de leçons!
- Si tu viens avec moi...
Un quart d'heure plus tard ils se faufilaient dans les couloirs à la recherche de Lily et de son père. Si ils aperçurent la première en train de jouer dans le jardin avec Teddy sous la surveillance de Mione, ils ne virent pas trace du second.
- Pti loup? tu te lèves?
- Il est presque midi!
La béatitude d'hier l'ayant quitté, Pierre-François n'était plus trop sûr de l'attitude de ses agneaux... Une fois la douce euphorie provoquée par le champagne évanouie, comment jugeraient-ils les libertés qu'il avait prises? La première fois qu'il s'était réveillé, lâchement, il n'avait pas voulu se lever et avait préféré replonger dans les bras de Morphée plutôt que de les affronter. Là on y était et ils n'avaient pas l'air différents, en fait cela semblait ne pas les avoir marqués. Etait-il donc le seul pour qui ça avait eu une importance? Beau libertin, beau séducteur qu'il était devenu...
- Mon loup? On va déjeuner puis il nous faut discuter tous ensemble de ce qu'il se passe et va se passer dans les prochains jours. Après-midi tactique et politique!
- Alors c'est décidé, je ne me lève pas! grogna-t-il.
- C'est ce que tu crois! si tu penses que ça va se passer ainsi, tu te fais des illusions! Dire que nous avions encore l'espoir de ne commencer les combats que dans quelques jours et qu'il va falloir s'y mettre tout de suite... Hélas! Prêt mon cœur?
- Prêt amour!
Les couvertures s'envolèrent le laissant à la merci de ses deux agneaux venus le rejoindre sur son lit et qui le chahutaient, le chatouillaient au point qu'il n'arrivait plus à respirer.
- Arrêtez! Pitié!
- Tu te lèves? fit Jim en suspendant ses gestes.
- Non!
- Ce n'est pas sage ça mon loup! pas sage du tout! se moqua Harry en recommençant les chatouilles.
Il retourna la situation en roulant sur lui-même Harry se retrouvant en position de chatouillé, mais Jim n'avait pas dit son dernier mot et l'attaqua par derrière. Ils riaient tous les trois follement... Pierre-François, ses longs cheveux sur le visage et devant les yeux, se défendait à l'aveuglette, il se retrouva bientôt à nouveau immobilisé. Il faut dire à sa décharge que Harry avait une expérience longue de sept ans en dortoir griffondor et, écolé par les jumeaux Weasley, il était passé "maître-chatouilleur" depuis très longtemps, Jim n'était pas en reste, il avait derrière lui maints combats titanesques avec Peter. Pour Pierre-François c'était un tout nouvel exercice. Ce n'était pas du tout le genre de distraction qu'aimait son frère et dans le dortoir des serpentards il n'avait aucun ami, les batailles de polochon se faisaient sans lui. Avec ses agneaux, il faisait l'apprentissage tardif de l'insouciance adolescente. Quand il rendit les armes et accepta de se lever, ils poussèrent un cri de victoire avant de s'effondrer sur le lit à ses côtés!
- Ouf, il était temps, je n'en pouvais plus!
- J'étais prêt à renoncer, renchérit Jim.
- Vous, quoi? s'indigna le loup.
- Rien, pti loup... Tu te lèves? fit Jim avec un air angélique.
- Je crois que je n'ai pas le choix! Ce qui est dit est dit! soupira-t-il les yeux au ciel.
- Un encouragement peut-être? fit Harry avec un petit sourire railleur qui n'annonçait rien de bon.
Aguamenti!
- Mais tu es fou! Arrête ça tout de suite! Harry arrête de m'arroser!
- Tu n'auras même plus besoin de prendre ta douche! Ah! qu'il est doux d'être un loup quand on a des agneaux pour s'occuper de soi... s'exclama Harry en fuyant dans le couloir poursuivi par un loup vociférant vêtu seulement d'un boxer...
- Et qu'il est agréable d'avoir des agneaux à dévorer! Locomotor Mortis! Que vais-je bien pouvoir faire de toi, petit agneau? se moqua Pierre-François qui dominait de sa haute taille Harry allongé par terre, les jambes immobilisées par le sort. Locomotor corpus! Je sens qu'un petit plongeon à la piscine va te rafraîchir les idées et t'apprendre le respect que tu dois à ton loup. Finite incantatem!fit-il quand il eut transporté Harry au dessus de l'eau turquoise.
Un plouf sonore retentit puis un second et un rire moqueur quand Jim arrivé en catimini poussa le sorcier qui l'entraîna dans l'eau avec lui.
- Tu as tout fait en magie sans baguette?
- Ce n'est pas grand chose, c'est de la magie de proximité, il n'y a que le locomotor qui demandait un peu de puissance.
- Dites les chahuteurs, le déjeuner est prêt! Vous avez cinq minutes pour être présentables et sécher l'eau que vous avez mise partout a dit Hermione!
Harry sortit de l'eau en grimaçant, prit des serviettes rangées pour les invités dans l'armoire et les tendit à ses deux complices. Draco appuyé contre le mur de la piscine les regardait narquois.
- Tu vas nous mater encore longtemps Malefoy?
- Il regrette peut-être de ne pas avoir participé? suggéra Jim avec un regard complice.
- Les serpentards ne s'amusent pas à ces jeux débiles, il faut être des griffons pour ça.
- C'est mauvais d'avoir des regrets, le serpent!
- Je n'en ai qu'un, le binoclard, ne pas t'avoir mis dans l'eau moi-même!
- Je le savais, elle est frustrée, la fouine ... On peut peut-être arranger ça?
- Prends pas tes rêves pour la réalité, petit lion!
- Les sang-pur apparemment savent nager puisque Pierre-François sort de l'eau... Levis corpus!
Harry amena Draco suspendu par une cheville au beau milieu de la piscine et prononça le libera corpusqui fit plonger son ami la tête la première. Ils se sauvèrent vers leurs chambres sans attendre poursuivis par des cris indignés...
- Mais par Salazar, Harry, qu'est-ce que tu faisais dans la piscine avec ta baguette?
Non pas cinq minutes mais dix minutes plus tard, Sylas les vit arriver encore hilares pour déjeuner.
- Draco est en retard? s'étonna Harry goguenard en tendant Lily qu'il venait d'embrasser à Jim pour câliner Teddy qui se cramponnait à son jean's.
- Méfie-toi, Harry, tu le connais, il se vengera. répondit Sy avec un clin d'œil.
- Il essayera. répondit-il en souriant.
Après le repas, ils se réunirent autour de la table sur la terrasse. Le cadre de Severus fut posé sur un trépied pour assister à la réunion. Ils commencèrent par évoquer les articles parus dans le "Independent Wizard". Jim ensuite expliqua l'idée de Lucius d'un billet politique paraissant chaque jour. Pierre-François était plongé dans la copie du premier article rédigé pour paraître le lundi.
- Pas mal du tout, méchant ce qu'il faut avec nous pour paraître neutre et féroce avec l'opposition! Savez-vous qui était Déimos? Dans l'Olympe, il est le fils d'Arès et d'Aphrodite et il incarne la terreur.
Le loup regardait, ahuri, les autres rire à ce qui pourtant n'avait rien d'une plaisanterie.
- Et sais-tu qui est Déimos dans le monde sorcier de 1999? demanda Sylas railleur?
- ...
- Ta terreur est un de tes agneaux! compléta Draco.
- Jim? fit-il avec hésitation en regardant son agneau blond.
- Qui d'autre? railla Harry.
- Harry! fit Jim avec une moue réprobatrice.
- ...
- Tu vas me reprocher encore longtemps d'avoir accepté sans t'en parler avant?
- Laisse! Il y a plus important. Comme ce cliché de nous trois ici à Toulouse, fit-il en tendant le journal à Pierre-François qui vit de suite que ce n'était pas la même photo que celle qu'il avait.
- Qui?
- On ne sait pas!
- C'est pour ça que nous sommes seuls cette fois avec juste deux elfes de maison?
- En partie oui. Nous avons pensé aussi qu'un peu de calme te ferait du bien! expliqua Draco.
- Du calme? répondit-il un sourcil levé en signe d'interrogation.
- Oui, je sais, fit Dray en riant. Avec les gryffondors, le calme c'est toujours problématique.
- Nous pouvons peut-être revenir à plus sérieux? fit Hermione.
- Tu n'as aucune idée, mon loup?
- Non! Si tu m'interroges sur le caractère de mon frère, je peux te guider mais pour ce qui se passe à la loge, c'est autre chose. Mon frère m'a toujours fait participer d'office à ses projets. Pour lui il était acquis que je le suivrais en toute occasion. Quand il a créé la loge, il a fait comme d'habitude. J'ai donc ma place à ses côtés et j'ai eu droit à une jolie petite bague au chaton remplie de cyanure. Je n'ai assisté qu'à la première réunion et ça m'a suffit pour voir la folie de ses ambitions. Je me suis juré ce jour là que si il voulait t'impliquer dans ses projets, je t'en sortirais en souvenir de tes parents, finit-il en se tournant vers Harry. Ce que j'ai su ensuite de la Loge, c'est ce que mon frère m'en a raconté. Mac Dowell et le requin étaient d'anciennes relations qui doivent beaucoup lui manquer parce qu'ils étaient parmi les rares à qui il fait confiance. Il y en a deux autres, un sorcier irlandais du nom de Sean O'Reilly et un moldu s'appelant John Felsen. Le premier est redoutable, le second un exécutant tout dévoué.
- Quel est le but de ton frère avec la parution de cette photo?
- Pour bien le comprendre, il faut savoir que mon frère est intelligent même si il ne l'a pas prouvé à Poudlard, parce que tout simplement ça ne l'intéressait pas, mais il suit une logique qui lui est dictée par sa folie. Ainsi il sera plus facile pour lui de rejeter une éventuelle faute sur moi et Jim plutôt que sur toi parce que tu fais partie de son idée fixe l'union du Survivant et du descendant de Grindelwald œuvrant ensemble pour "le plus grand bien". C'est d'ailleurs la devise de la Loge. Je crois donc qu'il essaye de diviser ton entourage et de t'isoler, tu seras ainsi plus facilement réceptif à sa grande idée. Le fait que je sois maintenant à tes côtés a désorganisé son équation et il doit revoir ses plans. Il pense que là tu ne pourras plus avoir confiance qu'en quelques personnes qui pour lui se résument certainement à tes amis très proches. Jim et moi ne devons pas en faire partie. Pour François-Marie l'amour est une utopie. Il n'a jamais aimé qui que ce soit à part lui-même. Il ne peut donc comprendre ou tenir compte de relations uniquement basées sur ce fondement. Il a une haute estime de lui-même et ne se remet jamais en question, c'est un point très important que tu dois garder à l'esprit, mon agneau.
- ...
- Il sait aussi que tu as voulu l'épargner lors de votre affrontement au Chicaneur, pour lui c'est le signe qu'il ne t'est pas indifférent.
- Indifférent? Je l'ai fait parce que je te l'avais promis.
- Je le sais mais lui pas! Et je t'avais dit de ne pas te mettre en danger!
- Tu veux vraiment qu'on aborde le sujet "prise de risques"?
- ...
- Tu ne réponds même pas? C'est encore la meilleure solution! fit Harry amer.
- Vous n'allez pas encore vous disputer? fit Jim. Ce qui est fait est fait!
- Mon frère a la même idée archaïque que mon père sur les relations homosexuelles. Il a donc toujours voulu afficher clairement ses préférences de ce côté et ses conquêtes. Ton attachement pour Jim ou pour moi est le signe que tu as toi, contrairement à lui, des faiblesses, des failles dans ton caractère. Il t'est donc supérieur. Son obsession à paraître normal fait bien entendu partie de sa folie.
- ...
- En général, il exploite admirablement bien les faiblesses qu'il décèle chez les autres, le vice, la cupidité, la jalousie, la luxure... et ça depuis qu'il est enfant.
- Et maintenant?
- Il a semé le doute sur ton entourage large, il va resserrer le cercle. D'un autre côté, il va continuer à semer sa graine de discorde dans le monde sorcier en contestant la politique de Lucius et en semant le doute sur son but final.
- La difficulté pour le contrer c'est qu'il n'utilise que des vérités parfois présentées à sa manière mais qu'on ne peut réfuter.
- ...
- Ce ne sont que des suppositions! Je le connais bien mais je ne suis pas mon frère! Parfois il suffit d'un évènement extérieur pour remettre tout en cause.
- Comme le fait que son frère change de camp?
- Je ne crois pas! Je le fais par amour! C'est tout simplement pour lui un autre signe de ma vulnérabilité.
- Quel est son point faible? demanda Draco.
- ...
- Avec la haute estime qu'il a de lui, c'est sa stérilité, fit Hermione. Et ensuite sa jalousie envers Pierre-François.
- Décidément vous savez beaucoup de choses.
- Il était logique de se poser la question tu ne crois pas? Quant à sa jalousie, il y a tellement de raisons que ça ne vaut même pas la peine de les énumérer toutes... conclut Harry.
- Le crois-tu capable de s'allier avec Ombrage? interrogea Hermione.
- Oui! sans hésitation! Vous avez réduit sa petite troupe en l'affrontant à plusieurs reprises. C'était déjà son point faible. Il a besoin d'exécutants, pour lui la faction d'Ombrage remplira ce rôle, il lui suffira de l'éliminer elle!
- Il ne connaît pas le crapaud rose! Son organisation est très bien menée. Nous sommes incapables de la chiffrer! Il lui faudrait très longtemps pour en connaître les finalités. analysa Harry.
- Le temps il n'en a plus et nous non plus! dit Hermione.
- La bataille en effet aura lieu dans quelques jours.
- Je ne vois pas comment Ombrage pourrait provoquer un affrontement en si peu de temps! fit Sylas.
- Pourquoi en peu de temps? interrogea Pierre-François. Elle a eu neuf mois pour s'y préparer. Il ne vous est pas venu à l'idée que c'était son but depuis la sortie de Lucius d'Azkaban et que le reste n'était que poudre aux yeux? La véritable intelligence d'un stratège c'est de ne pas sous-estimer l'adversaire. Elle devait savoir que politiquement elle ne ferait pas le poids devant Lucius et l'Elu associés.
- ...
- Quel est le texte exact de la prophétie?
- Voilà :
S'aimeront trois jeunes sorciers
Serpents et lionne mêlant ambre, ébène et acier,
Par l'Alliance liés, sans possible retour.
Puissants de leur fol amour,
Grandis de leur unique union,
Des mondes opposés, feront la réunion.
Lorsque s'éteindront les feux de Litha
Nourris de leurs peurs et de leurs folies
Des hommes se dresseront pour l'hégémonie
Brisant la nouvelle harmonie sous leurs pas
Se croyant les égaux des dieux anciens
Voudront briser le lien sacré du bien
Lors sur la pierre sacrificielle, un jour funeste se lèvera
Et le fracas des armes retentira
Magie blanche, magie noire mêlées,
Elle, déesse de Beltane devenue, sera,
Par Belenos dédoublé, enfin fécondée,
Ainsi des deux, roi naîtra.
Lorsque tout sera vécu fors le trépas.
Lorsque tout sera perdu fors l'inclination
De l'Elu, ils attendront l'aura
Pour sauver le monde de sa perdition.
- Quelques vers nous posent encore problème :
Se croyant les égaux des dieux anciens
Voudront briser le lien sacré du bien
- Et l'aura de l'Elu. rappela Hermione.
- Prenons les séparément dans la mythologie grecque et romaine, Jupiter, Neptune et Pluton se révoltèrent contre leur père et ceux qu'on appelait les dieux anciens les titans avec qui il avait fait alliance. Maintenant que viendrait faire dans une prophétie manifestement influencée par les rituels celtes, le monde de l'Olympe?
- Les mythologies se rejoignent souvent ainsi Belenos est considéré comme l'équivalent d'Apollon. admit Hermione.
- Je note fit Sylas, nous vérifierons à la bibliothèque et sur internet bien que ça ne me semble pas d'une importance réelle.
- Vous avez interprété l'aura comment?
- Nous avons pensé que c'était l'aura de magie.
- Ça peut l'être. C'est l'interprétation la plus facile et la plus logique. On retrouve une autre définition de l'aura dans d'anciens livres sorciers, elle a été transmise aux moldus par les sages et on la retrouve dans le yoga, dans la méditation hindoue. L'Aura est constituée de plusieurs couches d'énergies subtiles qui interagissent avec le corps physique. On compte sept corps énergétiques qui émettent des vibrations d'énergie distinctes, et enveloppent le corps matière et les couches précédentes, successivement, atteignant ainsi un champ énergétique de plus en plus vaste. Les trois premières couches représentent l'énergie du corps physique, la quatrième le corps astral, et les trois couches supérieurs les vibrations énergétiques du corps spirituel. Le but du yoga, des diverses méditations et relaxations, mais aussi ce que vous faites tous les trois quand vous vous mettez en symbiose pour correspondre par le pacte, fit-il en s'adressant à Dray, Sylas et Mione, c'est d'ouvrir les sept points qui nous rendent réceptifs au monde extérieur et aux autres, ils sont appelés en monde moldu cakras ou shakras, ils correspondent à un élément de notre monde (terre, eau, feu..., etc...) correspondant à des qualités humaines (courage, bonté, sagesse...) . C'est aussi ce que nous utilisons pour nous changer en notre forme animale et c'est ce dernier point le plus intéressant.
- Et la troisième possibilité? interrogea Harry.
- ...
- Mon loup, je sais que tu as pensé à autre chose et j'ai horreur quand tu atermoies ainsi...
- J'hésite parce que j'ai peu d'éléments. Les elfes gris ou Sindar très proches de la nature ont créé les royaumes sylvestres. De leur communion avec la nature ils tirent une aura bénéfique qui se manifeste sous la forme d'un halo blanc, vert pâle ou doré selon sa puissance. Certains objets transmis par eux aux anciennes familles sorcières pourraient avoir gardé certains pouvoirs.
- Nous ne sommes pas plus avancés pour autant puisque nous avons encore plus de possibilités qu'avant. constata Hermione.
- Autre chose me frappe fit l'aîné. Qu'il y ait une bataille le 21 juin au solstice d'été, je suis d'accord avec vous. Mais la dernière strophe de votre prophétie me semble parler d'une époque postérieure à celle-ci. Ces deux vers surtout :
Ainsi des deux, roi naîtra.
Lorsque tout sera vécu fors le trépas.
Ils présentent les choses comme si vos fils étaient nés ce qui manifestement ne sera pas le cas dans quelques jours. Je sais que vous l'avez interprété autrement mais ça ne me semble pas très cohérent. Je crois que vous avez favorisé et même devancé le cours de la prophétie en allant à Toulouse. La fête de Litha est citée dans la strophe deux et celle de Beltane dans la troisième, les évènements devraient être postérieurs. Je crois que tu ne devais être enceinte que le printemps prochain.
- Je te hais Pierre-François!
- Désolé Draco... je sais que ça signifie pour vous éventuellement encore des années de lutte.
- Ça répond à nos craintes les plus secrètes. admit Sylas. On fait une petite pause?
- Si vous voulez. Nous on va se dérouiller un peu les jambes. fit Pierre-François en tendant les mains à ses agneaux. Il les prit contre lui et ils descendirent enlacés vers la pièce d'eau les laissant un peu seuls!
- Harry et les bords d'étangs, une longue histoire d'amour! railla Draco.
- Tu as encore la force de plaisanter, tendre ami?
- Nous le savions au plus profond de nous que c'était loin d'être la fin! C'est pour ça que nous n'avons même pas cherché à réfuter ses arguments.
- De toute façon avec Pierre-François c'est difficile. intervint Severus qui n'avait rien dit jusque là. Il est le digne successeur d'Albus Dumbledore. Il est devenu ce qu'il promettait d'être, très puissant, très intelligent, très cultivé! les superlatifs ne manquent pas. C'est aussi une personnalité en dehors du commun, anti-conformiste mais des valeurs et du cœur, sans perdre de vue ce quart démon dont je vous ai parlé. Loyal et fidèle à ses principes même si ce ne sont pas ceux de tout le monde! Harry et lui se ressemblent beaucoup, Jim sera l'élément qui tempérera et unira. Je vous rassure il a aussi beaucoup de défauts, vous les découvrirez à l'usage. Essayez de vous mettre en symbiose et détendez-vous, cette après-midi de travail est loin d'être finie.
- Tu as d'autres nouvelles comme celle-là, pti loup?
- Encore un élément dérangeant au sujet de la prophétie mais rien de comparable à ce que je viens de dire.
- Tu as pourtant passé une partie sous silence n'est-ce pas?
- Les vers suivants veulent à mon avis dire que ces enfants seront à un moment donné bien près de la mort et qu'il ne leur restera, à eux, qu'eux et leur amour. C'est à ce moment que commencera ton rôle.
- Tu comptes le leur dire?
- Ce n'est pas utile mon agneau. Laisse les vivre. Si ils savent, il ne feront que survivre et seront incapables de bâtir un avenir.
Il s'assit à la même place que le jour précédent, Jim se laissa tomber à ses côtés, Harry s'assit entre les jambes de ce dernier la tête appuyée en arrière sur son épaule
- Tu sais, tu me fais peur parfois mon loup. Ta manière d'analyser les choses me glace.
- Charmant!
- ...
- Tu as pourtant la même, mon amour, quand tu veux bien t'exprimer. Tu gardes tout pour toi.
- Je n'ai même pas vu que Dumbledore me manipulait Jim! Je ne l'ai vraiment compris qu'après sa mort. Je n'arrêtais pas de reprocher à Draco de se laisser manipuler par Lucius, mais lui c'était son père comment aurait-il pu douter?
- Tu étais jeune, Harry. Je n'ai pas vu la vérité au sujet de Pettigrow non plus. C'est un de mes grands regrets, encore plus depuis que je te connais. Mon erreur a été bien plus lourde en conséquences que la tienne. J'ai ai fait plusieurs qui n'ont apporté que souffrance. Accepter de faire un enfant à ma femme alors que sa santé ne le permettait pas en était une, couvrir mon frère pour son parricide en était une autre, attribuer le meurtre à Voldemort, une de plus et chaque erreur je l'ai chèrement payée mais d'autres aussi en ont souffert. Plusieurs ont perdu la vie de ma faute. Demain dressés devant toi parmi tes ennemis, tu trouveras leurs parents. Vous aimer était une fois de plus une faute.
- Si tu nous permettais d'en juger pti loup.
- Comme si je vous avais laissé le choix!
- Bien sûr que nous l'avions et nous avons pesé le pour et le contre, comme je l'avais fait avant de sortir avec Jim.
- Tu avais pesé le pour et le contre? s'exclama Pierre-François stupéfait.
- Jim et moi sortions tous les deux avec des filles. Lui pas uniquement mais... Une union homosexuelle pouvait-elle répondre à ce que nous attendions de la vie? L'entraîner dans le monde sorcier ça voulait dire éventuellement le couper du sien. Sa famille accepterait-elle un sorcier? Je ne voulais surtout pas le rendre malheureux. Je le privais déjà d'une belle carrière diplomatique.
- Je n'avais jamais aimé avant toi, mon amour. Les sentiments ne se commandent pas. C'est vrai que tu pouvais choisir de t'éloigner de moi ou pas mais ce que nous éprouvions l'un pour l'autre était là comme ce que nous éprouvons pour Pierre-François.
Ce dernier les vit échanger un regard avant de fixer l'horizon. Il n'osa pas demander quels étaient au juste ces sentiments tout comme eux ne semblaient pas prêts à le dire et il préféra changer de sujet.
- A part vous, qui s'est occupé de moi pendant les trois jours où j'ai été malade?
- Draco et Sylas sont venus prendre de tes nouvelles et te donner tes potions.
- Qui a changé le lit, m'a déshabillé, lavé et rhabillé?
- Nous! Tu en avais vraiment besoin! Et tu as oublié que nous t'avons coiffé aussi. Je crois qu'il serait temps d'y retourner, j'aimerais prendre une tasse de café avant de recommencer.
Harry se leva et leur tendit les mains pour les relever. Quand Pierre-François le regarda, il secoua la tête.
- Tu as encore réveillé tes démons. Chaque fois que tu évoques le passé tu es tellement triste! Je ne sais pas si nous arriverons jamais à chasser toute cette souffrance. lui fit-il doucement.
- Vous êtes là et c'est déjà extraordinaire. J'arrive maintenant à évoquer mon fils, ce que je ne savais pas faire, à m'occuper de ma fille sans avoir peur de faire son malheur, à avancer dans le monde sorcier la tête haute et à vous aimer sans trop culpabiliser.
- Nous ne sommes plus des enfants mon loup!
- Je vais devant pour voir si il y a moyen d'avoir du café, fit Jim en les quittant brusquement.
- Que fait-il?
- Il savait que je voulais te parler.
- ...
- C'est au sujet du bracelet.
- Tu veux l'enlever? questionna Pierre-François d'une voix blanche.
- Non, mon loup, sans lui je serais mort d'inquiétude. Je voulais tout simplement te dire que j'avais mis Jim au courant avant nos fiançailles. Je sais que grâce à lui nous avions un lien rien que nous deux et j'aimais ça, j'aime ta caresse sur mon poignet quand je m'énerve, je l'aime aussi quand tu es inquiet sur mes sentiments, alors ne change rien mais je ne pouvais pas m'engager en dissimulant. Il sait aussi pour la montre et le pendentif.
- Tu as bien fait, mon agneau, soupira-t-il.
- Ça ne diminue en rien la tendresse que j'éprouve pour toi, fit-il en attirant le visage du sorcier vers lui et en posant doucement ses lèvres sur les siennes avant de reprendre avec lui l'allée vers le castel.
Quand ils rejoignirent la terrasse Jim et Sylas n'étaient pas là et Harry s'inquiéta. Savoir qu'il devait parler avec Pierre-François et le rassurer était une chose, le voir faire une autre. Ils arrivèrent très peu de temps après, Jim apportant un plateau avec du café et des petits gâteaux, Sy une bouteille de Vieux Marc de Champagne. Hermione était blottie sur les genoux de Draco. Les enfants étaient réveillés et jouaient non loin d'eux avec des cubes en bois. Jim repris sa place aux côtés d'Harry qui posa sa main tendrement sur sa cuisse aussitôt serrée par celle de son amour.
- Pour terminer ce que je disais au sujet de la prophétie, débuta Pierre-François, il y a une seconde pierre sacrificielle. Elle est située à Rennes-le-Château et date de quatre à cinq mille ans. Il est dit de cet endroit qu'il est un lieu fort, un lieu "TERRIBILIS" chargé d'énergie, un lieu tellurique, réceptacle divin où s'unissent les forces du ciel et de la terre. Peut-être moins relié à la fête de Litha mais à vérifier éventuellement.
- Ce sera fait demain, fit Sylas qui prenait note.
- Il nous reste à parler de l'impact de la presse jusque maintenant, de ce qu'apparemment le crapaud et François-Marie savent de nous, de l'AD que nous avons délaissée... rappela Hermione.
- Le résultat de sa campagne de presse est très difficile à mesurer dès maintenant. On ne pourra connaître les dégâts que dans quelques temps. François-Marie est assez intelligent que pour n'utiliser que des informations véridiques. Attention! ne croyez pas que ça correspond à de quelconques principes de loyauté ou d'honnêteté! Il n'y a rien de tout cela chez mon frère. Il le fait pour ne pas donner prise aux controverses.
- Pourtant il n'admet pas de mineurs dans les rangs de la loge.
- Il faut chercher dans notre enfance et dans la tienne pour en comprendre la raison, mon agneau. Pour le reste mon frère n'a aucun principe! Il n'y a ni famille ni amis, si quelqu'un se met en travers de sa route il n'hésitera pas à l'écarter. Je ne l'ai jamais vu se salir les mains mais il n'éprouve aucune pitié au contraire il ressent un certain plaisir à voir torturer, il n'hésitera donc pas à l'occasion à en donner l'ordre.
- Plus tu en parles, pti loup, moins je le trouve sympa.
- Auprès de lui, toi et moi sommes les plus en danger, confirma Pierre-François, mais nous sommes aussi un éventuel moyen de pression. Nous nous écartons du sujet.
- L'opinion publique pour le moment est neutre je crois. Ils attendent! Ombrage n'était pas populaire par contre Shaklebolt si. Le nom des Malefoy fait peur, il est encore dans les mémoires trop proche de celui de Voldemort. fit Harry avec un regard d'excuse vers son ami. Le voir associé avec celui de Kingsley ou le mien fait que les sorciers modérés sont dans l'attente de ses réalisations. Les sang-pur jubilent bien entendu.
- Lucius en est conscient, il a préparé quelques réformes ou actions pour attirer à lui les indécis. Il compte annoncer lundi la création d'une permanence où les sorciers pourront déposer leurs dossiers de revendications. Il y aura notamment un préposé rien que pour les revendications des familles des mangemorts spoliés par Ombrage et sa clique.
- Aïe!
- Oui, je lui ai dit que c'était à double tranchant mais il y tient. fit Jim Je n'avais aucun argument à lui opposer que le simple bon sens, ça ne semble pas lui suffire.
- Je vais lui parler en fin de soirée, fit Harry en soupirant.
- Tu ne seras pas toujours là pour rattraper ses maladresses, mon agneau. Il faut qu'il réalise qu'il est le ministre de tous les sorciers et pas seulement des sang-pur.
- Pour Lucius, ce sera très difficile à admettre, intervint Severus. Accompagne le Pierre-François et ne vous servez pas uniquement des arguments portant sur la politique actuelle mais sur ses ambitions futures et le fait qu'il prépare l'ascension de son fils.
- Je crois que nous pouvons passer au sujet suivant. Ce que savent Ombrage et François-Marie.
- L'un comme l'autre, ils en savent beaucoup. Je dirais même trop! fit Harry. Surtout en comparaison de ce que nous savons nous à leur sujet.
- L'espion qui a pris la photo ne peut qu'avoir passé le week-end ici et fait un rapport précis à mon frère. L'existence de Lily n'est donc plus un mystère pour lui.
- Et il doit très bien avoir compris les sentiments de défiance que tu as pour lui.
- Il sait aussi que vous êtes les intervenants masqués qui n'ont fait aucun quartier à ses sbires et qui combattent pareillement ceux d'Ombrage et ça depuis notre intervention au journal. Il sait, Harry, que tu es à leur tête, que j'en fais partie et que jamais notre groupe n'a connu l'échec. Il peut en déduire l'identité d'une partie des autres combattants. Il va donc renforcer ses forces quitte à être beaucoup moins regardant sur leur provenance.
- Tu parles des anciens mangemorts?
- Tout à fait. Il en reste pas mal! Tous ne portaient pas la marque, loin de là. Jusque maintenant il les avait tenus à l'écart à cause de la mort de Henri-James, je crois qu'il n'aura plus ce genre de scrupule dorénavant.
- Donc il va recruter!
- Tu as quelqu'un qui ne fasse pas partie de notre entourage et en qui tu as assez confiance pour l'infiltrer? questionna Draco.
- Moi non mais peut-être Kingsley. Je vais donc le voir demain.
- Ce sera encore une journée de tout repos! fit Jim avec une grimace. Il faut absolument que tu ailles à Poudlard, tu as déjà manqué une semaine et ce sont bientôt les examens des ASPIC.
- Moi aussi j'ai une journée chargée en perspective, soupira Pierre-François.
- Tu me répètes ça? demanda Harry sèchement. Tu es en convalescence.
- Il n'est pas question que je reste à l'appartement sous prétexte que nous avons deux psychopathes en liberté qui ont leurs humeurs, pas plus que toi et Jim. Et je ne reviendrai pas dessus.
Harry voulut répondre mais la main sur sa cuisse le rappela à plus de modération. Il lança un coup d'œil à Jim avant de retenir la phrase qui lui démangeait la langue. Il n'ouvrit plus la bouche pendant la dernière demi-heure qui fut consacrée à l'AD. Il fut convenu que Charlie et Pierre-François viendraient les renforcer comme instructeurs, le prochain entraînement étant prévu pour le lendemain soir. En entendant cette conclusion il lança à ce dernier un regard noir qui fit rire le sorcier blond, ce qui eut le don de le mettre encore plus en colère. Il se leva et descendit dans les jardins, le second sur les talons. Jim avait essayé de le retenir mais il avait secoué la tête.
- Pas cette fois Jim, il faut qu'il comprenne qu'il est trop protecteur et que ce n'est jamais lui qui dirigera ma vie!
- Vous allez vous disputer!
- Ce ne sera pas la première fois et pas la dernière non plus.
- Et un jour ça ira trop loin!
- Tonton Harry et papa vont encore crier? fit une petite voix à ses côtés.
- J'ai bien peur que oui, ma puce! mais ça ne dure jamais tu le sais. Ça ne les empêche pas de s'aimer beaucoup!
- Ça leur arrive souvent? questionna Mione curieuse.
- Harry est très autoritaire. Pierre-François a trente cinq ans et est un homme très actif, très indépendant et peu enclin aux compromis au sujet de sa liberté. Il se montre lui aussi assez dominateur.
- Alors que toi?
- Quand Harry du haut de ses dix-huit ans se montre trop directif, ça me fait sourire... Je le trouve adorable avec ses yeux impérieux! Il comprend de suite, réfléchit et souvent s'excuse. Si ce n'est pas le cas, nous en parlons, nous ne nous disputons jamais. Je préfère le prendre par la douceur plutôt que de le contrer directement. Il faut dire que par envie, nous sommes toujours ensemble et faisons tout à deux. Pierre-François est un solitaire, il aime être avec nous le week-end ou le soir mais ne supporterait jamais notre présence pendant ses activités... Il a besoin d'être toujours par monts et par vaux pour être heureux, je crois que Harry ne l'a pas encore pleinement réalisé. Ça ne l'empêcherait pas de nous aimer et de nous être fidèles si on le lui demandait. Poudlard aura un directeur omniprésent. Pour rassurer Harry, il va nommer un sous-directeur pour soi-disant alléger son emploi du temps. Je me demande ce qu'il va trouver à lui faire faire... fit Jim avec un sourire en coin.
Draco éclata de rire en lui adressant un clin d'œil. Sans comprendre ce qu'ils disaient, ils entendaient les éclats de voix des deux sorciers qui se disputaient.
- Harry!
- ...
- Tu peux m'expliquer à quoi rime cette scène? fit-il en le rattrapant. Et devant tes amis en plus!
- Nous venons de passer plusieurs jours à nous morfondre en te regardant combattre la mort, tu étais plus faible qu'un nouveau né!
- Et moi j'ai passé le même laps de temps à lutter pour vivre en pensant à ma fille et à vous! Tu y as pensé?
- ...
- Et je suis là! Mais jamais, Harry, je n'accepterais de vivre à moitié! Même pour toi!
- Vivre à moitié?
- Ce qui m'a permis de tenir le coup à chaque fois, c'est le travail! C'est créer... C'est réaliser un projet... Que ce soit trouver des objets extraordinaires pour achever une décoration ou faire tourner le plus beau club de Paris! Peut-être des activités que méprise un sorcier mais de vrais défis quand la vie n'est plus rien! Dans l'avenir ce sera trouver des améliorations pour Poudlard, des occupations valorisantes pour les étudiants, des possibilités d'étendre la renommée de l'école... . Ce sera tout faire pour que toi et Jim soyez bien et que vous soyez heureux.
- Moi ce qui fait mon bonheur c'est de savoir que tu es en sûreté.
- J'ai accepté le tracker, les gardes du corps pour te rassurer... Je ne veux pas renoncer à mes activités, pas plus que tu ne renonces aux tiennes.
- Parlons en de cette montre!
- Tu sais pourquoi je ne l'ai pas mise jeudi...
- Tu avais dit pas de mensonge! Tu appelles ça comment?
- Ne pas te blesser?
- Nous savions quand tu nous as quittés ce soir là où tu allais! Tout comme Jim je percevais ton désir. Il sortait par tous les pores de ta peau! Il ne m'a pas fallu une demi heure pour savoir que tu ne la portais pas!
- ...
- Tu crois que je me sentais comment pendant les jours où tu avais disparu? Pendant ceux où tu étais entre la vie et la mort? Et voir Jim pleurer tellement il était inquiet sans pouvoir rien faire! ça me rendait fou!
- C'est vrai j'aurais dû la mettre! C'est vrai! mais on s'éloigne du sujet!
- Et quel est-il ce sujet exactement?
- Arrête de vouloir diriger ma vie! j'ai trente cinq ans et je suis un homme, Harry, pas un pantin! Je veux vivre! avec ou sans toi!
Au moment où il prononça la phrase, il sut qu'il avait été trop loin.
- Je crois que tu as tout dit! fit Harry d'une voix lasse, méconnaissable.
- ...
- Apparemment ce n'était qu'une belle illusion...
- Non! Harry, je suis désolé! fit le sorcier conscient qu'il allait devoir aller au-delà de ce qu'il aurait voulu, je t'aime, je t'aime comme un fou. Je sais que tu tiens à moi, je sais que je t'ai fait mal. L'amour que j'ai pour toi et Jim, ne doit pas m'empêcher de vivre. Je suis quelqu'un d'indépendant et de très actif, je ne saurais pas me satisfaire d'une vie oisive. Si je t'écoutais c'est ce à quoi on arriverait! Essaye de comprendre comme je le fais pour toi! Très vite je t'en voudrais et on en arriverait à ne plus se supporter! Que dirais-tu si je te demandais de renoncer à sauver le monde sorcier, à en revoir le code judiciaire sous prétexte que tu vas te faire des ennemis et que je vous emmène vivre définitivement dans cette maison tranquille au bord de la mer? Au bout de quelques semaines, nous nous lancerions la vaisselle à la tête!
- ...
- Regarde-moi, mon aimé! Regarde-moi! Parle-moi! Je veux garder cette lumière que j'ai enfin retrouvée!
- ...
- ...
Doucement de son index il leva le visage que Harry tenait baissé. Des perles d'eau sillonnaient ses joues qu'il aurait voulu boire à même sa peau pour lui faire oublier son involontaire cruauté... Ses paroles avaient dépassé sa pensée et il ne savait même plus pourquoi il s'était tant énervé. Avait-il inconsciemment cherché l'affrontement? Le manque de contacts physiques qu'il avait avec eux le minait.
- Je vais te faire un second portoloin de secours mais tu devrais continuer à porter l'autre pour servir de leurre. Tu auras tes deux ombres dès demain matin. J'aimerais que cette semaine tu ne sois pas seul dans ton appartement.
- Je vais venir habiter avec vous à Astor's Lodge pour quelques jours, tu seras rassuré à tous points de vue.
- Bien.
- Harry... fit-il en frôlant son bras pour descendre jusqu'au poignet qu'il caressa, effleurant le bracelet, puis doucement il entremêla ses doigts aux siens et serra sa main désireux de lui faire passer un message.
Ils échangèrent un regard trop plein de non-dits avant de baisser leur regard vers le bracelet.
- Je t'aime mon agneau!
- Je sais.
Jim les regardait remonter vers le castel main dans la main. Il savait que Harry l'aimait alors pourquoi avait-il peur de le perdre, peur qu'il aime ce beau sorcier puissant et charismatique qui était loin de le laisser indifférent lui-même? Peur qu'il l'aime plus que lui, le jeune moldu qui avait atterri dans sa vie par hasard N'était-ce pas cette union là qui était l'évidence? et la leur une erreur?
Harry leva les yeux vers le château et vit son amant sur la terrasse, accrocha son regard et lui sourit tendrement. Jim, son amour, son compagnon, sa vie! Quand il fut à côté de lui, il le prit d'un mouvement possessif contre sa hanche et Jim s'alanguit contre lui rassuré.
- Sylas, si tu veux bien je viendrai cette semaine habiter à Astor's Lodge.
- Tu y es chez toi, Pierre-François! lui répondit-il étonné que Harry ait fait plier l'orgueilleux sorcier.
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