-'Mione, j'ai besoin de te parler…

-…

-Je t'ai apporté une tasse de thé.

Ron tendit la tasse à Hermione, assise sur son lit, qui la prit et la posa sur sa table de nuit.

-Tu sais c'est pas parce que tu m'ignores que les choses vont s'arranger, reprit Ron.

-…

-Hermione dit quelque chose, j'aime pas quand tu ne parles pas…

-Excuse moi Ron, mais j'ai envie d'être seule.

-Tu m'en veux ?

-De quoi ?

-D'être… de ressentir… ça… Balbutia le roux

-Non, je t'en veux pas, j'aimerais juste… que tout soit comme avant.

-Qu'on fasse comme si on n'était qu'amis ?

-C'est ce qu'on est, Ron.

-Tu oublies ce que tu as dit tout à l'heure ? J'espère que tu ne tombes pas amoureuse de tous tes amis !

-Ron, tu dis n'importe quoi… Harry est mon ami et pourtant…

-Pourtant tu es amoureuse de moi mais tu préfères qu'on reste amis… Tu espères quoi au juste, que ça va passer comme une migraine après la lecture d'un livre de métamorphose lors d'un voyage en magicobus ou une indigestion de dragées à la crotte de nez ?

-Ce n'est pas…

-Tu vas chercher des formules dans tes foutus bouquins pour trouver une formule magique qui t'arracherais tes sentiments ?

-Ron…

-Tu as honte de moi ? Tu as honte d'être amoureuse de moi ? Amis, oui, c'est bien, on s'amuse bien, c'est cool, mais être amoureuse de moi ça non, je ne suis pas à la hauteur, c'est ça ?

-Ce n'est pas ça Ron… Le problème c'est que…

-Que je ne suis pas assez intelligent ? Musclé ? Cultivé ? Oui c'est ça en fait… Non mais vas y dis le, après avoir entendu « je suis amoureuse de toi mais je ne veux qu'être ton ami » je suis capable d'entendre toutes les conneries à la Hermione Granger ! Et puis tu sais ta fichue amitié, je te la laisse, garde-la et apprécie-la pour deux ! Moi je vais aller m'enfermer dans ma chambre et attendre qu'une fille gentille, tendre, affectueuse et surtout qui n'a pas honte d'être amoureuse d'un idiot vienne frapper à ma porte !

Sur ces dernières paroles, Ron claqua la porte, faisant sursauter Hermione, et s'exécuta. La jeune femme, suite à cela, resta assise sur son lit, sans bouger, le regard fixé sur la porte. Puis, comme si elle réalisait, elle attrapa son oreiller et s'enfouit le visage dedans, s'insultant de tous les noms.

L'horloge de la cuisine indiquait neuf heures quinze quand Ron se leva pour se faire un café. Les yeux gonflés par le manque de sommeil, il parcourut les quelques mètres qui séparaient sa chambre de la cuisine en fixant le sol. Lorsqu'il releva la tête, il eut la surprise de se retrouver face à Hermione, une tasse à la main et la Gazette dans l'autre. Plongée dans sa lecture, elle ne remarqua la présence de Ron que lorsqu'il fit demi-tour. Elle se leva alors d'un bond, renversant la moitié de son café sur son chemisier et l'autre sur le journal, jura plus que de nécessaire et se précipita à la poursuite de son ami.

-Ron ! Attends ! Je suis…

Hermione grogna en voyant la porte de la chambre de Ron lui atterrir sur le nez et sauta de douleur.

-Ron ! Aïeuh… Allez Ron !

Puis, elle leva les mains en signe d'abandon et s'assit contre la porte de son colocataire. Lors de son « sitting », elle put voir passer une dizaine de fois Ginny devant elle, lui demander brièvement si elle allait bien, puis lors d'un deuxième passage, si elle avait besoin d'en parler, puis si elle comptait rester là toute la journée, et enfin, après n'avoir obtenu aucune réponse, la jeune femme rousse cessa de lui prêter attention.

Harry fit également quelques passages, plus discrets. Elle put ainsi le voir passer en pyjama pour se rendre dans la salle de bain, puis en caleçon lors du chemin contraire, puis avec une serviette autour de la taille, puis torse nu, puis totalement habillé lors d'un énième retour. Ensuite, elle eut un soupir en le voyant agripper Ginny pour s'enfermer avec elle dans la salle de bain, et se tapa la tête contre la porte de la chambre de Ron sur laquelle elle était appuyée en le voyant ressortir à nouveau en caleçon. Lorsque les deux amoureux l'enjambèrent en se lançant des regards complices, Hermione aurait voulu lever sa jambe droite pour leur faire un croche-patte mais à l'idée d'avoir un filleul malformé, elle se résigna, non sans imaginer la scène maintes et maintes fois dans sa tête.

Cela faisait maintenant une bonne heure que la jeune femme était devant la porte de Ron, successivement assise en tailleur, puis les jambes étalées, puis allongée, et enfin la tête contre la moquette et les pieds en l'air contre la porte. Ginny et Harry avaient quitté la maison pour aller travailler et le silence qui régnait incita Ron à quitter sa chambre. En découvrant les fesses d'Hermione avant son visage, le jeune homme eut un sursaut et la jeune femme se releva sans attendre, mais la porte lui retomba à nouveau sur le nez.

Lorsque midi arriva, Hermione s'était endormie et ne vit pas Ron sortir de sa chambre, aller se chercher un casse-croûte et un café et revenir s'enfermer, jetant au passage une bouteille d'eau sur le ventre de la jeune femme et n'omettant pas de claquer la porte. Réveillée en sursaut, Hermione paniqua puis se reprit, remettant ses cheveux en place et buvant une gorgée d'eau. La porte s'ouvrit alors à nouveau, laissant passer un oreiller qui lui atterri dans la figure, et se referma aussitôt aussi délicatement que la fois précédente.

Durant les heures suivantes, assise contre la porte de Ron, Hermione repensa à la conversation qu'ils avaient eue la veille. Elle serra alors l'oreiller du cadet des Weasley contre elle, puis y enfouit son nez, sentant son odeur d'after-shave. Des larmes menacèrent de passer outre ses paupières mais la jeune femme se forçait à ne pas leur en laisser la possibilité. Les mots de Ron revenaient tourner dans son esprit et elle se rappela alors la dernière phrase qu'il avait prononcé à son encontre : « je vais aller m'enfermer dans ma chambre et attendre qu'une fille gentille, tendre, affectueuse et surtout qui n'a pas honte d'être amoureuse d'un idiot vienne frapper à ma porte ! ».

Elle se leva alors et donna deux coups à la porte. Comme elle l'avait prévu, aucune réponse ne lui parvint, mais elle commença tout de même à parler.

- Ron, je sais que je n'aurais pas dû … Enfin je … Tu as tord. J'ai pas vraiment raison non plus, loin de là mais… Enfin tu comprends… Non tu ne comprends sûrement pas parce que je ne suis pas sûre de savoir ce que je dis moi-même. Tu ne veux vraiment pas m'ouvrir ?

- …

- Bon, je vois… Tant pis je vais continuer. Tu as tord parce que je n'ai jamais pensé que tu n'était pas assez bien pour moi. C'est juste qu'on est… si différents. Et si je devais choisir entre m'avoir moi ou t'avoir toi comme ami, je n'aurais pas d'hésitation, parce que je suis insupportable, coincée, énervante –quoique tu n'es pas mal dans ton genre à ce niveau là-, et je pourrais écrire une liste de trois parchemins sur mes défauts. Tu sais aujourd'hui, je vais remettre mon titre de Miss Je-sais-tout en jeu, parce que je ne sais plus rien du tout. J'ai cru que je savais mieux que toi ce qui était mieux pour moi mais, j'ai eu tord. Tu m'as fait comprendre hier que c'était pas le cas. Enfin tout ça pour dire que si tu voulais bien ouvrir la porte à une fille cruelle, idiote et nulle, pleine de café en plus de ça, mais qui n'a pas honte d'être… d'être amoureuse d'un homme merveilleux… Enfin, je sais même pas si tu m'entends et de toute façon…

Hermione laissa alors les larmes briser les barrières qu'elle s'était fixées et attendit quelques secondes devant la porte qui restait malgré tout close. Elle se retourna alors et commença à faire demi-tour lorsqu'elle sentit les larmes redoubler. Elle laissa tomber l'oreiller de Ron au sol, et marcha en direction de sa chambre. Mais un bruit la poussa à stopper sa marche. Malgré cela, elle n'osa pas se retourner, de peur de faire face à quelqu'un qui ne voulait pas d'elle.

-D'accord…

Ron se tenait devant sa chambre, et regarda la jeune femme se tourner vers lui, le laissant découvrir un visage souillé par les larmes. Il s'approcha d'elle et essuya ses joues. Elle ferma alors les yeux et se laissa emprisonner par les bras protecteurs de son ami, se reposant sur lui, à bout de force. Au bout de quelques secondes, il se recula pour mieux lui faire face et prit sa tête entre ses mains. Il colla alors son front contre celui de la jeune femme et murmura :

-Tu es sûre de toi ?

La réponse se fit d'un signe positif de la tête d'Hermione qui releva la tête pour le regarder dans les yeux. Elle posa alors une main sur la nuque du jeune homme et approcha ses lèvres des siennes. Ainsi, les deux amis se laissèrent aller dans un baiser si tendre que personne n'aurait plus pu les qualifier comme tels.