Chapitre 201 : Aide inattendue
Nous sortîmes du petit bâtiment et rejoignîmes le reste des policiers qui se tordaient toujours les mains dans tous les sens.
- A... Alors ? fit Smith, avec une toute petite voix.
Tiens donc, les autres ne leur avaient pas raconté ce qu'il s'était passé !
- Le Diable s'est fait rat, lui répondis-je négligemment.
- Et le Diable est au fond de ma poche, lui lança le professeur.
- Ce n'était qu'un bête rat ! s'esclaffa un des policiers qui était rentré dans le local, sous mon ordre. On ne leur avait rien dit – ordres de l'inspecteur Lestrade, qu'on leur a raconté – juste pour les laisser trembler encore un peu. On les a bien eu ! Ils tremblaient toujours !
- Vous avez TOUS failli faire dans vos culottes ! se moqua Guillaume en les toisant de toute sa hauteur. Il vous est facile, après, de faire le malin, mais tout à l'heure, vous n'en meniez pas large. Un certain « Smith » pleurait même après sa maman... Changez de sous-vêtements ce soir, il risque d'y avoir des traces de votre peur...
Les policiers se contentèrent de baisser la tête, honteux de leur comportement, surtout le dénommé Smith, qui avait appelé sa mère !
Guillaume s'accroupit et grattouilla sa louve derrière les oreilles. Elle arrivait vraiment à faire oublier sa présence, elle.
- Malcolm n'est toujours pas de retour ? demanda Lestrade, tout en ayant du mal à se retenir de sourire sur les allusions, à peine voilées, de Guillaume.
- Non, on a rien vu, chef ! répondit un de ses hommes en se mettant au garde à vous. Mais vu l'temps qui fait dehors... ça a pas arrêté d'neiger d'puis tout à l'heure !
- Que fait-on, alors ? fit Lestrade en se tournant vers moi. Un simple coup d'œil m'a suffit pour voir que la neige tombait plus dru, dehors...
Perdu dans mes pensées, j'avais le regard rivé sur le sol. Ce qui me sortit de ma concentration, ce ne fut pas la question de la fouine, mais le comportement de la louve, sous mes yeux.
Malgré les caresses prodiguées par son alpha, la louve venait d'incliner la tête et de redresser ses oreilles en signe d'attention accrue. (1)
Deux secondes plus tard, un hennissement retenti au loin. La réponse ne se fit pas attendre longtemps : les autres chevaux hennirent eux aussi.
Le professeur fronça les sourcils et se redressa soudainement. Lui aussi pencha la tête, en parfait mimétisme avec la louve.
Dehors, les hennissements continuaient de concert. Les chevaux qui avaient henni les premiers devaient se trouver sur la route, non loin de la grille principale.
- Je pense que c'est pour moi, nous dit-il en écoutant les cris impatients des animaux qui piaffaient depuis qu'ils avaient entendu la voix de leurs congénères. Ce sont mes étalons qui ont répondus les premiers. Ils connaissent donc les chevaux qui viennent d'arriver sur la route... Se pourrait-il qu'il soit déjà là ?
Jusqu'à présent, il tournait le dos à la grande porte que nous avions ouverte et n'avait donc pas pu voir le manège que ses chevaux livraient, dehors.
Quant à moi, j'avais fait comme les autres et je scrutais ce qui se passait sous l'auvent et c'étaient bien les quatre étalons du professeur qui piaffaient d'impatience.
- Ben, dites donc, fit Lestrade admiratif. Sans même tourner la tête, vous saviez que c'était vos chevaux qui avaient henni les premiers pour répondre aux autres.
- Un propriétaire de chevaux, qui aime ses bêtes, est capable de reconnaître leur hennissement, de savoir si c'est de joie, de peur, de plaisir, ou d'excitation qu'ils hennissent.
Tout à coup, un sifflement strident brisa le silence qui s'était réinstallé et, un autre lui répondit dehors.
Guillaume mit ses doigts dans sa bouche et siffla lui aussi. La réponse ne se fit pas attendre :
- PATRON ! hurla son cocher. Vous devriez venir, car les policiers le laisseront JAMAIS rentrer pour venir me rejoindre !
- Je vous laisse quelques minutes, parce que c'est moi qui suis appelé ! nous dit le professeur. Inspecteur, j'ai un ami qui se trouve sur la route et je vous demande l'autorisation de le laisser rentrer, pour rejoindre mon cocher !
- Accordé ! fit Lestrade. Un policier pour accompagner le professeur et ordre de laisser rentrer son ami sur le site !
- Bien, inspecteur ! répondit un policier en sortant du rang.
- Monsieur Holmes, je vous confie ma bête ! Vous êtes le dominant ! Gardez bien cela à l'esprit !
Se tournant vers l'animal qui s'était assis, il lui fit un signe du doigt pour lui indiquer de rester là. Ensuite, il quitta la pièce au pas de course, suivi du policier à la traîne et la louve le regarda partir en pleurant un peu.
- On parie que c'est un des « véritables habitant » des Amérique ? fis-je à Watson en me penchant vers lui.
- Qu'est-ce qui vous fait penser ça, Holmes ?
- Le fait que les policiers ne le laisseront jamais rentrer sur le site ! C'est à cause de la couleur de sa peau et de ses origines. Voilà pourquoi Guillaume est partit au pas de course.
- Pari tenu, Holmes ! Moi, je pencherais pour un ami à lui, tout simplement.
Je hochai la tête négativement, sûr de mon pari. C'était un des deux indiens qui se trouvait sur la route et il cherchait une personne qui l'accueillerait sans préjugé.
En attendant, il me fallait réfléchir à toute cette enquête et pour cela, un seul moyen : faire les cent pas et fumer.
Allumant une cigarette, je me dirigeai vers les anciennes écuries, mes yeux rivés sur mes pieds et les bras derrière le dos. Un bruit discret – que je reconnu sans mal – se fit entendre sur mes talons.
J'avais déjà fait au moins quatre mètres, lorsque la voix de Watson troubla ma concentration :
- Holmes ? La louve vous suit...
- Je le sais bien, Watson. J'avais déjà entendu le bruit de ses griffes sur le sol... Puisque son alpha est parti, c'est à moi qu'échoit le rôle du protecteur... Qu'elle me suive, si elle le veut !
- En fait, fit un policier sur un ton moqueur, le loup est un gros trouillard quand il est seul. On crierait « bhou » qu'elle s'enfuirait...
Je ne fis pas attention à sa remarque et poursuivis ma route vers les écuries, replongeant dans ma réflexion. La louve me suivait toujours, ses griffes cliquetaient sur le sol.
- Holmes ? fit Watson, me tirant une fois de plus de ma réflexion.
- Watson ! fit-je agacé d'être sans cesse dérangé. Laissez-moi réfléchir, bon sang !
- Désolé, mais il vient de se passer un fait curieux avec la louve... Elle ne marche pas tout à fait droit...
- Watson ! m'exclamai-je en me tournant vers lui, excédé de me faire sans cesse interrompre dans mes pensées. Vu son âge, son train arrière est moins musclé et il doit chalouper de temps en temps. C'est le même problème avec les grands chiens.
- Non, me dit-il en souriant. Je voulais dire, qu'elle a dévié de sa route, comme si devant elle, il y avait eu un obstacle... Vous marchez droit et elle, c'est comme si elle avait dû contourner un tonneau invisible posé devant elle. Bizarre, non ?
En effet... Pourquoi cet animal avait-il fait un écart de sa route ? Watson venait de piquer ma curiosité avec ce comportement surprenant et pour tout dire, très curieux.
Je me tournai vers elle et elle baissa le regard devant moi. M'accroupissant pour me mettre à sa hauteur – une erreur lorsqu'on se trouve face à un prédateur et que l'on occupe le poste de « dominant » – je la fixai dans les yeux. Son regard se baissa devant le mien et sa queue se positionna entre ses pattes arrière. Soumission absolue !
Malgré le fait que je m'étais mis à son niveau, je conservais ma position de dominant, même si je n'étais pas l'alpha de sa meute.
- Et alors, ma vieille ? lui dis-je. On fait des détours ? Tu dois avoir une bonne raison pour faire une chose pareille, non ? Bien, voyons si tu continues...
Me redressant, je refis le chemin inverse, tout en tournant la tête pour observer le comportement de la louve. Celle-ci se mit en route dans mon sillage, distante d'un petit mètre, et, à un endroit bien déterminé, elle fit comme Watson l'avait dit : elle contourna un obstacle invisible, alors que moi, j'avais été tout droit.
Je refis à nouveau demi-tour et repartis vers les écuries, en marchant à reculons. Même chose : elle fit un écart, contournant le plus naturellement du monde son obstacle imaginaire.
Cette fois-ci, j'avais bien repéré l'endroit qu'elle évitait et je m'en approchai pour tenter de comprendre ce qu'il pouvait bien se passer.
M'accroupissant, je sortis ma loupe et scrutai le sol avec attention. Il était composé de briques rouges et le propriétaire avait tout bien nettoyé.
Les joints avaient été refaits même... sauf à cet endroit, où ils étaient un peu disjoint. - Étrange, murmurai-je pour moi même.
Me tournant vers la louve, je fis claquer ma langue pour tenter de l'appeler, avant de me souvenir qu'on n'appelait pas un loup comme si c'était un chien.
Bien, mettons-nous dans la peau d'un loup, alors. Comment faisaient-ils pour appeler leurs congénères ? Plissant le front et les sourcils, je me mis à réfléchir quand tout à coup, la louve couina et se coucha sur le sol, comme en proie avec une grande terreur, se mit sur le côté et m'exposa une partie de son ventre, tout en agitant le bout de sa queue tout doucement, de peur.
Mince alors ! J'avais froncé les sourcils et pour elle, cela voulait dire que j'étais fâché. Mon visage se détendit et je me mis à lui sourire, sans montrer les dents. Ses oreilles pointèrent en avant et elle se redressa. Inclinant ma tête, je l'invitai à venir me rejoindre, et elle m'obéit !
Reculant un petit peu, je la laissai venir lentement vers moi et une fois encore, elle refusa de passer à cet endroit.
Posant mon nez contre l'interstice qui se trouvait dans les joints, j'inspirai bien fort, sous le regard scrutateur de la louve. Une odeur bien connue me flatta les narines. Voilà ce que la louve avait senti grâce à son odorat bien plus développé que le nôtre. (1)
« Oui ! » me dis-je en moi même, tout en frappant le sol du plat de mes mains. Ma main à couper que c'était l'endroit que je cherchais.
Toujours à quatre pattes, le fait de taper mes mains au sol dut faire croire à la louve que je voulais jouer, car elle s'abaissa sur ses pattes antérieures pour m'indiquer qu'elle était prête au jeu.
Sa gueule s'entrouvrit et je la bousculai gentiment. Ses dents m'attrapèrent et je sentis sa mâchoire qui m'enserrait l'avant-bras ! Oulà, je ne jouais pas avec un chien, mais avec un grand prédateur, qui possédait une puissance, dans sa mâchoire, bien plus grande que celle de son cousin. (1)
J'imitai le grondement de mon ancien chien et elle stoppa le jeu, me regardant avec incompréhension.
- Je ne sais pas comment ton alpha joue avec toi... Arrêtons-nous là. Mais tu es une brave bête.
D'un signe de la main, j'invitai les autres à venir me rejoindre, tandis que je me remettais debout. Watson, Lestrade et les policiers vinrent me retrouver. La louve n'aimait toujours pas les autres policiers, car elle se colla contre ma jambe et je la sentis trembler légèrement.
- Lestrade ! Que trouve-t-on toujours, en Angleterre, dans les monastères et dans les maisons habitées par des chrétiens ?
- Un crucifix ?
- Oui, mais je ne vous parle pas de ça moi !
- Heu... Je ne vois pas, Holmes.
- Une cachette secrète, pour se dissimuler, si jamais les protestants avaient envie de les transformer en viande froide, fit Watson l'air de rien.
- Bravo, Watson ! Vous avez retenu la leçon que je vous ai apprise en Normandie ! Une cachette secrète, pour si jamais les massacres des chrétiens reprenaient ! Grâce à l'écart de route de la louve, je viens de découvrir une cachette dans ces vieilles écuries. Elle est sous nos pieds !
- Comment l'ouvre-t-on ? me demanda Lestrade.
- Il me faut encore le découvrir, mon cher...
Mon regard analysa toutes les anciennes écuries et je me mis à réfléchir à l'endroit où les moines auraient pu cacher la commande pour l'ouverture de cette planque.
- Pourquoi ne veut-elle pas passer à cet endroit ? me demanda Watson. Vous avez senti une odeur particulière, Holmes ?
- Oui, celle que l'on trouve dans les écuries, plus précisément lorsque les stalles des chevaux n'ont pas été nettoyées depuis un certain temps... Un mélange d'urine et de paille souillée. C'est très ténu mais j'en suis persuadé ! Par contre, je vous parie que la louve a dû sentir d'autres odeurs qui ne lui ont pas plu, comme du sang... Mon odorat n'est pas assez puissant que pour le sentir à partir de cet endroit. (1)
Tout en parlant, je m'étais approché des anciennes stalles. Elles étaient toutes pourvues de magnifiques cloisons en bois et surmontées d'une boule en cuivre pour le décorum.
Même si celui qui les avaient occupées au début du siècle, avec son élevage de chevaux de courses, avait fait exécuter des travaux de rénovation, il avait dû garder le mécanisme d'ouverture en parfait état de marche, puisque notre meurtrier l'avait découvert, lui aussi, et utilisé !
Les panneaux en bois avaient été rénovés, aucun doute ! Donc, le mécanisme ne se trouvait pas dans les boules en cuivre.
Non, ce genre de mécanisme devait être dissimulé dans une chose qui ne bougerait pas de sitôt. Un objet intemporel que personne n'aurait envie d'enlever... Un objet qui traverserait les siècles...
Des croix grecques – dont les montants étaient d'égale mesure – se trouvaient enchâssées dans les briques du mur. Il devait y en avoir une bonne centaine, réparties à intervalles réguliers, le long des trois murs qui étaient restés.
- Les croix ! Voilà un objet que l'on ne risquait pas d'ôter dans le bâtiment !
- Pourquoi ? fit Lestrade. Il suffisait de tomber sur un athée...
- Même, Lestrade ! m'exclamai-je, tout en commençant à essayer de faire tourner les croix. Il y en a beaucoup trop et elles sont enchâssées dans les briques ! Les enlever aurait enlaidi le mur ! Lestrade, Watson ! Faites les tourner, essayer de tirer dessus... Elles sont réparties sur trois murs, chacun le sien.
L'enquête venait d'avancer encore un peu et je sentais l'exaltation de la chasse qui montait en moi.
Tous les trois, nous commençâmes à nous attaquer aux croix, qui étaient solidement enchâssées dans le mur. Les policiers avaient été priés de rester en retrait de notre opération.
Commençant par le mur à gauche, Lestrade avait, lui, choisi le mur du milieu. Nous nous avions commencé notre chasse dans le même coin.
- Qu'est ce qui vous passionne dans la chasse aux criminels, Holmes ? me demanda soudain Lestrade, en chuchotant. Hormis le fait de les mettre hors d'état de nuire encore une fois...
Sans doute Lestrade avait-il perçu mon agitation à trouver le mécanisme secret et à résoudre cette affaire au plus vite. Ou alors, c'était une question qu'il se posait depuis longtemps...
- Tout le monde dit que je suis un esprit de logique pure, mais froide, lui répondis-je en essayant tant bien que mal de faire bouger une de ces satanées croix. Une sorte de machine à penser, un être insensible, un être inhumain.
- Je suis désolé, Holmes, mais vous ne faites rien pour nous détromper ! Mais je ne vois pas le rapport avec ma question.
- C'est vrai, je suis un esprit froid. C'est mon travail qui veut cela. Mais lorsque je traque les criminels, les monstres dans le genre de celui que nous allons poursuivre, j'ai moins l'impression d'être un « monstre d'insensibilité ». Je redeviens humain, à mes yeux... Voilà pourquoi j'aime cela, en plus du fait que cela fait marcher mon esprit et que ce dernier refuse la stagnation. J'ai inventé la profession de détective consultant, et je compte bien faire ce travail le reste de mon existence.
- Vous auriez fait un grand criminel, Holmes, mais vous auriez eu un point faible : vous êtes incapable de tuer de cette manière barbare ! Dans le feu de l'action, pour sauver votre vie ou celle d'un autre, oui. Mais pas de cette manière barbare. Sous votre carapace, vous êtes humain, Holmes! J'en suis intimement persuadé, pas besoin de traquer les criminels pour le comprendre. Et je parie qu'en Normandie, vous n'avez pas dormi sur le canapé... Sacré Holmes, va !
Je me contentai de hausser les épaules, sans daigner répondre à Lestrade. En effet, je n'avais pas dormi sur le canapé...
Même si, parfois, je me considérais comme un être « inhumain dénué de sensibilité », même si beaucoup de personnes le pensaient sérieusement, une poignée de gens qui me connaissaient depuis longtemps, savaient que je ne l'avais pas toujours été. Hélène l'avait compris de suite...
La louve s'était mise en retrait, je bougeais dans tous les sens et elle ne devait pas apprécier.
Un policier voulu se diriger vers l'endroit où j'essayais, tant bien que mal, de faire bouger la croix, lorsque, je l'entendis prononcer :
- Dégage, stupide animal ! lui dit-il en la poussant avec son pied. Tu ne me fais pas peur !
La louve couina et gronda aussi, par la même occasion.
- Oh ! s'exclama Lestrade fâché. Si le professeur Stanford vous accroche au mur, ne comptez pas sur moi pour l'en empêcher ! Que vous ai-je dit au sujet du loup ?
- Je n'en ai pas peur ! fit le policier d'une voix assurée.
Il était assez corpulent et portait de grosses moustaches noires qui lui pendaient sur la commissure des lèvres.
- Il est facile de ne pas éprouver de la crainte face à une louve d'une dizaine d'années... Mais je ne pense pas que vous diriez la même chose si vous vous trouviez perdu dans une forêt sombre et que au loin, vous entendiez les hurlements des loups !
- Pfff ! fit-il dédaigneusement.
- Imaginez, lui dis-je, tout en continuant à secouer les croix au mur, les cris des loups qui se répercutent dans le lointain... Vous, vous êtes perdu dans cette immense forêt et vous courez, haletant, ne sachant pas où vous réfugier ! Votre masse vous empêchant de monter dans un arbre. Et les cris des loups continuent ! Chaque hurlement signifie un message que la meute fait passer à ses membres... « Un policier de Scotland Yard est perdu ! » hurle un loup. « Est-il bien dodu ? » lui demande un autre. « Festin assuré ! » lui confirme un autre.
Comme pour appuyer mes dires, la louve se passa la langue sur ses babines et découvrit ses dents pour lui signifier la menace. Sa queue se releva un peu. Elle ne le craignait pas !
- Vous essayez de me faire peur ! me dit-il tout en se dandinant sur ses pieds.
- Non, c'est vous qui aimez avoir le dessus sur les plus faibles ! D'ailleurs, vous vous attaquez à l'animal, une fois que son maître n'est plus dans les parages. C'est votre technique, vous ne vous en prenez qu'aux plus faibles... Comme en témoigne vos phalanges.
- Quoi, mes phalanges ?
- Vous frappez votre femme, c'est certain !
- N'importe quoi ! me répliqua-t-il d'un ton moins assuré. Vous inventez ! Je ne suis pas marié. Mon alliance ne veut rien dire.
- Non, je n'invente pas, je déduis ! Vous portez une alliance. Vous aussi, vous jouez fréquemment avec et j'ai remarqué que vous l'ôtiez souvent. Sans doute lorsque vous allez voir une autre dame qui n'apprécierait pas de vous savoir marié !
- Mensonges ! hurla-t-il en crachant des postillons devant lui.
- J'ai observé et j'ai déduit, fis-je calmement, en tentant de tirer vers moi une croix qui était plus branlante que les autres. En témoigne votre annulaire : on ne discerne pas la trace plus blanche que la bague devrait laisser. Donc, vous la retirez souvent, même les jours ensoleillés ! Quant aux phalanges de vos mains, elles portent les traces caractéristiques des coups de poings donnés. Je portais les même sur les miennes, au tout début, lorsque j'apprenais la boxe. La seule différence, c'est que moi, je sais comment porter les coups pour éviter les traces. Quand vous frappez, vous portez votre alliance, on discerne les petites coupures qu'elle a laissées sur votre annulaire. C'est donc madame que vous frappez !
- Qui vous dit que je ne pratique pas la boxe ? me dit-il en riant de manière nerveuse.
- Vous n'avez pas le physique, lui expliquai-je. Votre nez n'a jamais été cassé, vos oreilles n'ont pas cet aplatissement et cet épaississement qui caractérisent le boxeur, votre jeu de jambe doit être inexistant, vu votre masse, vous ne savez pas vous mettre en garde et il est clair que vous êtes habitué à donner les coups, pas à les recevoir. Il y a plusieurs traces sur les doigts de votre main : des nouvelles et des anciennes. Donc, cela fait un certain temps que vous boxer madame. Et vu la manière dont vous avez donné le coup de pied à la louve, vous devez faire pareil avec vos enfants. Vous êtes un lâche qui ne s'attaque qu'aux plus faibles que lui ! Je haï les gens dans votre genre !
Le policier, au faîte de sa colère, oublia toute prudence et s'avança vers moi, menaçant. Je me mis en garde sur le champ et la louve, qui s'était positionnée à ma gauche, fit gonfler son poil, aplatit ses oreilles sur la tête, releva la queue en position d'attaque et se mit à gronder, tous les crocs dehors !
Le policier recula, tout en blanchissant à vue d'œil. Ses collègues tiraient à peu près sur la même couleur de visage que lui.
- Doughty ! intervint Lestrade sur un ton monocorde, comme s'il parlait de la pluie et du bon temps. Veuillez cesser d'embêter monsieur Holmes. C'est un combattant de première force. Et si j'apprends que vous frappez encore une fois votre épouse et vos deux enfants, je me chargerai de vous personnellement ! Quand je pense que vous m'avez dit qu'ils s'étaient bagarrés à la cour de récréation... Le pire, c'est que je vous ai cru.
- Monsieur Holmes, rappelez le loup ! fit le policier Doughty, de moins en moins sûr.
- Désolé, fis-je en le regardant avec un sourire mauvais, je ne suis pas son alpha, elle ne m'obéira pas ! Priez pour que son maître revienne vite... Et qu'il ne vous fasse pas passer le goût du pain !
- Monsieur Holmes... Je vous en prie ! me supplia-t-il tandis que la louve s'avançait toujours vers lui, sans se presser, mais en grondant toujours de manière inamicale.
- Lorsque votre femme ou vos enfants vous supplient d'arrêter, cela ne vous empêche sûrement pas de continuer ! Au contraire, cela doit flatter votre ego, vous donner une certaine l'importance... Moi, je continue mon travail !
- Le premier qui dégaine son arme, je le vire ! fit Lestrade, toujours sur un ton égal, tout en essayant de déloger une croix. (Il pesta) Ce n'est pas encore la commande du fichu souterrain ! Non, je ne le virai pas, je le donnerai en pâture au professeur. Compris, messieurs ? C'est une affaire entre l'animal et l'homme qui l'a insulté !
L'animal avait acculé le policier craintif contre le mur et la peur lui fit vider sa vessie.
- Doughty ! fis-je l'air de rien, tout en manipulant une croix qui, malgré le fait qu'elle tournait sur elle-même, ne commandait rien. Contrôlez-vous que diable ! Vous êtes plus fort lorsque vous vous en prenez aux plus faibles... C'est comme vos collègues, ils sont meilleurs dans la calomnie que dans la déduction. Ils crient fort, jouent aux gros bras, mais ils pleurent dès qu'un cadavre bouge !
- Que se passe-t-il ici ? fit soudain la voix de Guillaume, qui venait de nous rejoindre.
La louve ne tourna même pas le regard vers lui, elle continua à fixer le policier, sous lequel s'étendait une flaque d'urine. Puis, elle s'arrêta et se dirigea vers son maître.
- Bon sang ! fit-il en regardant le policier, à genoux, qui pleurait comme un enfant. Qu'avez-vous donc bien pu faire à ma louve pour la mettre dans un état pareil ?
- Il lui a donné un coup de pied, lança innocemment Watson qui s'énervait sur une des croix. De plus, monsieur bat femme et enfants. Holmes vient de le déduire, en observant ses mains.
- Rien à dire, fit Lestrade en s'arc-boutant contre le mur, notre détective est très fort ! Ah ! Saloperie de croix ! La plupart bougent, mais elles n'ouvrent rien !
- D'accord, fit le professeur avec de la colère maîtrisée dans la voix. Monsieur le policier s'attaque aux personnes et aux animaux sans défense... Ma louve était l'oméga dans son ancienne meute de loup... Autrement dit, la souffre douleur des autres. Le parc dans lequel l'homme les gardait était trop petit. Mais depuis qu'elle est avec moi, elle a pris de l'assurance ! C'est bien ma grande !
Au moment où il prononçait ces paroles, je tombais sur la bonne croix !
Le sol trembla un peu et une trappe s'ouvrit vers le haut, faisant basculer un carré de dallage en brique d'une longueur de un peu moins d'un mètre. L'épaisseur de la trappe était assez conséquente, sans doute pour ne pas que le bruit de ce qui passait en dessous soit entendu par les personnes se trouvant au-dessus, et pour empêcher que l'on entende un son creux si l'on tapait sur la trappe.
- Mince, fit le professeur, j'ai raté un épisode important moi... Vous m'expliquez ?
Notes de l'auteur :
(1) La morsure du loup atteint une pression de 150 Kg/cm², soit le double d'un gros chien.
Le loup est un bon nageur et un meilleur coureur encore : sa vitesse de pointe est de 45 à 50 km/h, et il peut parcourir jusqu'à 60 km en une nuit.
Son odorat lui permet de détecter un animal à 270m, contre le vent, et sa morphologie lui offre un angle de vision à 250 ° (180 ° chez l'homme). La nuit, les yeux du loup paraissent phosphorescents car ils sont tapissés d'une couche de cellules, le tapetum lucidum (2), qui lui permettent de voir aussi bien que le jour.
http: / / fr. wikipedia. org / wiki / Aide:R%C3%A9f%C3%A9rence_n%C3%A9cessaire
L'audition du loup lui permet d'entendre des sons jusqu'à 40 kHz (20 kHz chez l'homme), il perçoit notamment d'autres loups hurler jusqu'à une distance de 6,4 à 9,6 km.
Les battements cardiaques ont une fréquence de 90 pulsations par minute, jusqu'à 200 lors d'efforts importants.
La fréquence respiratoire est de 15-20/minute, jusqu'à 100 lorsque le loup halète
http: / fr. wikipedia. org / wiki / Loup#Particularit.C3.A9s_anatomiques
(2) Le tapetum lucidum (locution latine signifiant « tapis brillant ») est une couche réfléchissante située immédiatement à l'arrière ou parfois à l'intérieur de la rétine de l'œil de nombreux vertébrés, qui leur permet d'augmenter, par réflexion, la quantité de lumière captée par la rétine. La vision est améliorée sous faible luminosité, mais l'image perçue peut s'en trouver troublée par un effet d'interférences entre la lumière incidente et la lumière réfléchie. Les animaux dotés d'un tapetum lucidum se trouvent logiquement et essentiellement parmi ceux qui possèdent une bonne vision nocturne, comme les chats, les grands dauphins, les chiens, les cerfs...
Comme chez le chat, hein, Elyon ? *éclats de rire*
Le phénomène de réflexion sur le tapetum lucidum est couramment (mais improprement sur le plan scientifique) appelé « yeux phosphorescents».
http: / /fr. wikipedia. org / wiki / Tapetum_lucidum
