Chapitre 38

Isabelle avait tenu à prendre son service comme d'habitude, malgré la permission que lui avait donnée Jorkins de rester chez elle pour récupérer de sa rude journée de la veille. Mieux valait agir, plutôt que tourner en rond, à se poser sans cesse les mêmes questions.

Car des questions, elle en avait. De nombreuses. Et toutes tournaient autour de Finnigan Fox.

Pourquoi était-il dans le bâtiment des gardiens ? Etait-il vraiment dans l'infirmerie pour lui venir en aide ? Comment avait-il fait pour quitter le quartier des détenus ? Avait-il suivi Cole et ses acolytes ? Où avait-il trouvé l'uniforme qu'il portait ?

Et la question entre toutes : avait-il quoi que ce soit à voir avec ce qu'était devenu Floyd ?

Le simple fait de se poser cette question la troublait déjà. Elle n'était même pas sûre de vouloir connaître la réponse. Pourtant, elle ne devrait pas être si choquée par la perspective que Finnigan soit capable d'un tel acte. N'était-elle pas au courant de son passé de Mangemort ?

« Vous n'auriez pas dû venir, lui dit Jorkins en l'accueillant à la descente du bac.
- Je me suis dit que je serais plus utile ici que chez moi… J'aimerais examiner les détenus. Surtout ceux qui ont croisé les Détraqueurs.
- Après ce qui s'est passé hier, je ne suis pas sûr que vous mettre en contact avec les prisonniers soit une bonne idée.
- Savent-ils que Cole m'a… prise en otage ?
- Non. Bien sûr que non.
- Alors il n'y a aucune raison pour que leur comportement soit radicalement différent de ce qu'il était les jours précédents ! »

Jorkins ne releva pas. Ils prirent le chemin qui menait à la prison.

« Nous avons brûlé le corps de Floyd. Inutile de prendre le moindre risque. Et l'infirmerie a été entièrement… nettoyée… Mais je comprendrais parfaitement que vous ne teniez pas à y mettre les pieds.
- Je pense que ça ira, monsieur le Directeur. Il faut d'ailleurs que je fasse l'inventaire de ce qui reste pour renouveler le stock de ce qui a été perdu. Comment a été la nuit ?
- Très calme. Les Aurors m'ont assuré que les prisonniers se sont tenus à carreaux. Mais ils n'iront pas déjeuner au réfectoire aujourd'hui. Nous leur porterons leur repas dans leurs cellules. »

Isabelle constata qu'effectivement, tout était calme, dans la prison. Les gardiens avaient repris leurs postes, et les Aurors étaient repartis. L'infirmerie ne gardait aucune trace des événements de la veille. Il manquait juste un bon nombre de fioles et de bouteilles sur les étagères et dans l'armoire vitrée.

Andrew l'accueillit avec son empressement et sa gentillesse habituelle. Lui-même ne semblait pas particulièrement bouleversé par l'émeute.

« Je compte examiner les prisonniers, ce matin, annonça-t-elle.
- En Haute Sécurité ?
- Tous les prisonniers. Je vais demander à ce qu'on m'escorte dans le quartier de détention. Je veux m'assurer que les détenus ne gardent pas de séquelles de leurs rencontres avec les Détraqueurs.
- Jorkins est au courant ?
- Il est d'accord. »

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Mondingus était inquiet. Finnigan n'avait pratiquement pas ouvert la bouche depuis leur retour dans leur cellule. Tout ce qu'il lui avait dit, c'était qu'Isabelle allait bien et que Cole était mort.

A le voir si défait, il ne pouvait s'empêcher de se demander si son ami n'était pas la cause directe de la mort du prisonnier. Il lui avait assuré qu'il n'avait jamais tué personne. Mais il avait aussi précisé qu'il en était capable. Pour protéger les personnes qui lui étaient chères. Et il ne fallait pas être très clairvoyant pour comprendre qu'il avait des sentiments pour la médicomage.

« Tu n'as pas l'air bien Finn… dit-il, ennuyé par son mutisme pesant.
- Ce n'est rien, ça va passer.
- Est-ce que les événements d'hier remettent tes projets en question ? C'est ça qui t'inquiète ?
- Je ne suis pas inquiet, Ding. Je suis juste très fatigué. Et non, ça ne remet rien en question. Au contraire. Darius n'est plus une menace, maintenant, je n'ai plus à craindre une fuite de sa part. Et je sais que personne n'utilisera plus ma potion. Je peux partir d'ici l'esprit tranquille. »

Mondingus s'assit à côté de lui sur le lit.

Il aurait donné n'importe quoi pour pouvoir sortir un peu en plein air. Rester ainsi confiné dans sa cellule, avec un co-détenu mutique, était particulièrement éprouvant pour ses nerfs. Et même s'il s'était plutôt bien remis de sa rencontre avec le Détraqueur, il ne se sentait quand même pas au mieux de sa forme.

« Tu crois qu'ils vont nous laisser enfermés longtemps ?
- Ils vont sans doute vouloir s'assurer qu'on n'aura plus de velléité de rébellion…
- Mais puisque Cole est mort… Ils doivent bien savoir que ça venait de Cole, non ?
- Je crois qu'ils en sont encore au stade de l'enquête…
- Alors ils risquent de nous interroger… Et le placard ?! s'exclama soudain Mondingus.
- Ne t'inquiète pas, j'ai rebouché la brèche. Mais je n'ai pas eu le temps de la passer au plâtre… Je crois qu'ils ont assez de pain sur la planche pour ne pas s'enquiquiner avec ce genre de détails… »

Des bruits de pas les firent se taire soudainement. Mondingus se leva et se colla à la grille pour tenter d'apercevoir qui approchait.

« On dirait que ta copine vient nous rendre visite ! remarqua-t-il.
- Ma copine ?
- La guérisseuse ! Elle vient d'entrer dans une cellule. Elle est courageuse, en tous cas… »

Finnigan ne répondit pas. Mais il était loin d'avoir l'air aussi réjoui que Mondingus aurait pu s'y attendre.

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Le cœur d'Isabelle se mit à battre un peu plus vite, lorsqu'elle reconnut l'un des prisonniers de la cellule suivante. Finnigan Fox était là, allongé sur son lit. Elle allait devoir l'examiner, comme tous les autres. Et cela la troublait.

Son co-détenu lui adressa un sourire aimable. Il ne semblait ni agressif, ni particulièrement dangereux. Elle choisit de tourner d'abord son attention sur lui.

Le gardien lui ouvrit la porte de la cellule, et elle entra.

« Bonjour, dit-elle. Je suis Isabelle Fudge, la médicomage. Je suis là pour juger de votre santé, après les événements d'hier…
- Enchanté. Je m'appelle Mondingus Fletcher.
- Avez-vous eu affaire à un Détraqueur ?
- Oui. Il allait même… m'embrasser… J'ai été sauvé par le gardien Pills.
- Asseyez-vous que je nous examine. »

Fletcher poussa les jambes de Fox sans ménagement et s'assit sur sa couchette. Elle commença son examen, essayant d'ignorer la présence de Finnigan si près d'elle. Et si désagréablement froid et indifférent.

Il n'avait montré aucune émotion, lorsqu'elle était entrée dans leur cellule. Il n'avait même pas levé les yeux vers elle.

Ne l'avait-il vraiment sauvé que par hasard ?

« Un peu de chocolat et vous vous sentirez mieux, conclut-elle, en direction de Fletcher.
- Merci Miss. Du chocolat, ce n'est vraiment pas de refus. »

Isabelle hésita un instant. Mais elle n'avait pas d'excuse pour différer l'examen de Fox plus longtemps.

« Et vous, Mr Fox ? Comment vous sentez-vous ?
- Bien. Je vais bien, répondit le jeune homme, un peu trop sèchement.
- C'est faux, Finn, coupa Fletcher. Il n'est pas vraiment en forme, Miss…
- Asseyez-vous, voulez-vous ? »

Fox se redressa sur sa couchette et la regarda alors pour la première fois, depuis qu'elle était entrée dans sa cellule. Fletcher avait raison, il n'avait pas vraiment bonne mine.

« Cela ne prendra que quelques minutes », assura-t-elle.

Sans attendre de réponse de sa part, elle leva sa baguette médicinale sur lui et commença l'examen.

Non, il n'allait pas bien. Ce n'était pas possible. Pas avec des résultats pareils.

« Votre température corporelle est trop basse ! murmura-t-elle, soucieuse. Et votre cœur bat anormalement lentement…

- Ce n'est rien, ça va passer, répondit Finnigan.
- Je ne comprends pas pourquoi…
- J'ai croisé des Détraqueurs, c'est tout. »

Ce n'était pas ça, elle en était sûre. Le métabolisme de Fox semblait fonctionner au ralenti. Ce n'était pas un symptôme typique.

« Donnez-moi un peu de chocolat, je pense que cela suffira, poursuivit Fox.
- C'est moi, la guérisseuse, pas vous », coupa-t-elle, un peu exaspérée par le ton qu'il prenait autant que par le déni de sa faiblesse physique.

Une ombre de sourire passa sur les lèvres du jeune homme.

« Arrête tes bêtises, Finn, intervint Fletcher. Laisse la demoiselle s'occuper de toi ! »

Fox soupira, mais finit par acquiescer d'un hochement de tête. Elle s'approcha un peu plus de lui et reprit son examen, de manière plus approfondie. Fletcher se leva pour leur laisser de la place, et rejoignit le gardien qui escortait le jeune femme, à la grille. Elle l'entendit poser quelques questions sur les conséquences de l'émeute.

« Votre état n'est pas dû aux Détraqueurs, vous le savez très bien, dit-elle à Fox à voix basse.
- Je sais à quoi est dû mon état, et je vous assure que ça passera tout seul, répondit le jeune homme sur le même ton.
- Pourquoi ne voulez-vous pas de mon aide ? Vous m'avez sauvée…
- Vous l'aviez fait avant moi…
- Pourquoi étiez-vous dans l'infirmerie ?
- Pour vous. Je ne voulais pas que Cole vous fasse du mal… »

Isabelle se sentit rougir. Enfin, Finnigan perdait de sa froideur. Et il y avait une indéniable douceur dans le regard qu'il posait maintenant sur elle.

« Ne me posez pas de questions auxquelles je ne pourrais pas répondre, Isabelle, demanda-t-il, pressant. S'il vous plait… »

Isabelle ouvrit la bouche pour protester qu'elle avait besoin de quelques réponses, mais la referma aussitôt. Les circonstances n'étaient pas propices aux confidences, elle en était consciente.

« Est-ce que je peux vous aider d'une quelconque manière ? demanda-t-elle plutôt.
- J'ai juste besoin de repos… Merci… »

Il lui sourit. Un vrai sourire, cette fois-ci.

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Isabelle ressentait maintenant les premiers signes de fatigue. Elle avait passé la matinée à examiner les prisonniers dans le quartier de détention. Après une brève pause pour le déjeuner, elle se proposait maintenant de se rendre en Haute Sécurité, malgré les avis contraires d'Andrew. Celui-ci ne voyait vraiment pas la nécessité qu'elle aille là-bas. L'émeute n'avait pas touché les prisonniers à perpétuité. En se rendant en Haute Sécurité, elle ne ferait que se donner un surcroît de travail inutile, sans parler du stress…

Dans le fond, Isabelle était tout à fait d'accord avec lui. Elle se serait bien passée de la souffrance et de la folie de ces hommes et femmes. Si elle souhaitait tant aller en Haute Sécurité, c'était pour parler à Sirius Black. Si Finnigan ne voulait pas répondre à ses questions, peut-être son frère pourrait-il lui apporter quelques éléments de réponse.

« Nous allons nous partager le travail, pour aller plus vite, proposa-t-elle à Andrew. Vous vous occupez d'un étage, et moi de l'autre. »

Andrew la connaissait assez pour savoir qu'il était inutile d'essayer de la faire revenir sur ses décisions. De toute façon, elle était son supérieur direct. Il ne pouvait que se plier à ses ordres.

Le quartier de Haute Sécurité était bien moins agité qu'à l'ordinaire. En effet, Jorkins avait exigé que les Détraqueurs restent cantonnés dans leur sous-sol, après leur descente dans le quartier de détention, la veille. Le répit ainsi accordé aux prisonniers avait un effet positif indéniable.

Une fois arrivée au deuxième étage, elle s'empressa d'aller à la cellule de Black. Elle devait profiter de l'absence d'Andrew pour poser ses questions.

Black était endormi sur le sol. Il paraissait relativement calme, dans son sommeil, son visage était détendu, sa respiration, régulière. Comment cet homme arrivait-il à se préserver aussi bien dans ces conditions effroyables ?

« Mr Black ? appela-t-elle. Sirius ? »

Il se réveilla en sursaut, s'assit sur le sol de sa cellule et la dévisagea avec surprise.

« Miss Fudge… murmura-t-il. Que faites-vous ici ? C'est mon frère ?! »

Son visage, auparavant calme, était maintenant tendu par l'inquiétude.

« Rassurez-vous, Sirius, il va bien… Il dit qu'il va bien…
- Il dit qu'il va bien ?! Que s'est-il passé ? Est-ce en rapport avec les événements d'hier ?!
- Vous êtes au courant pour hier ?!
- Il y avait des gardiens, ici, et des Aurors aussi… Comment va mon frère ?
- Il y a eu une émeute chez les détenus, hier. Elle a été matée par les Détraqueurs. Mais il ne s'en sont pas pris à votre frère, non. Il a pu retourner dans sa cellule en toute sécurité. »

Sirius s'approcha de la grille et s'assit juste en face de la jeune femme, les sourcils froncés, pensif. Avec sa barbe qui avait repoussé, et son air soucieux, il paraissait bien plus âgé qu'il ne l'était en réalité, et beaucoup moins juvénile que Regulus. Mais la ressemblance avec son frère était indéniable. Elle se demanda si le regard de Sirius était capable de la même douceur… Ce n'était certainement pas ici, en prison, qu'elle le découvrirait.

« Dites-moi pourquoi vous êtes là, lui dit-il. Vous vous inquiétez pour lui, c'est cela ?
- Oui…
- Pourquoi ? S'il va bien, qu'est-ce qui vous effraie ?
- Votre frère était un Mangemort…
- Il l'était, oui.
- Savez-vous s'il a eu recours à la magie noire… ? »

Sirius prit tout son temps pour répondre. Mais Isabelle se doutait un peu de ce qu'il allait dire.

« Je suppose. J'ai quitté la maison avant qu'il entre dans le cercle de Voldemort. Mais ma famille a toujours été férue d'arts obscurs… Qu'est-ce qu'il a fait ?
- Je ne suis pas sûre…
- Mais vous étiez là ?
- Il dit qu'il voulait me protéger… Il m'a sauvée… »

Sirius hocha la tête, compréhensif.

« La question que vous devriez vous poser, Miss, ce n'est pas si Regulus est capable d'actes de magie noire. La vraie question est : est-ce que vous êtes prête ou non à accepter que certaines fins puissent justifier l'emploi de certains moyens. »

Sirius n'aurait pu formuler plus clairement les choses.

Mais il ne faisait que la renvoyer à ses réflexions, au lieu de lui fournir un début de réponse.

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Rogue avait décidé de questionner un peu plus avant Malefoy sur ses plans. Il était devenu presque vital, pour Lupin, qu'il puisse lui apporter quelques éléments sur la menace qui planait sur le petit Potter.

Lupin ne pourrait pas conserver ce rythme-là bien longtemps, il en était bien conscient. Et comme il ne pouvait pas s'occuper lui-même de Harry…

L'elfe de Malefoy le fit monter à l'étage, jusqu'à une pièce jouxtant le bureau de son maître, qui servait d'antichambre. « Mon maître a de la visite, expliqua-t-il, et il a demandé à ne pas être dérangé. Si vous voulez bien l'attendre…
- Merci. »

L'elfe s'éclipsa, et Severus resta seul dans la pièce.

Ainsi, Lucius Malefoy avait de la visite. Voilà qui l'intéressait fort.

Qui cela pouvait-il être ? Un autre Mangemort ? Chargé de capturer le petit Potter, peut-être ?

Severus fit quelques pas vers la porte du bureau, qui disparaissait à demi derrière une tapisserie, et colla l'oreille au chambranle.

« … urgent de s'en charger, disait la voix de Malefoy. J'ai donné des ordres dans ce sens.
- Quand ? demanda l'interlocuteur inconnu.
- Dès ce soir. »

La probabilité que Malefoy évoque l'enlèvement de Harry était tellement forte que Severus en frémit presque.

« Et ensuite ? demanda le visiteur.
- Je ne pourrais pas le garder ici, c'est trop dangereux. J'ai pris des dispositions pour qu'il soit détenu ailleurs.
- Donc, ce soir, le petit Potter sera sous notre coupe… »

Voilà qui était on ne peut plus clair. Rogue recula, hésitant quant à la marche à suivre. Il avait encore largement le temps d'alerter Lupin. D'un autre côté, s'il repartait aussitôt sans avoir salué Malefoy, celui-ci s'interrogerait immanquablement sur les raisons de ce brusque départ, et risquait de comprendre qu'il avait surpris sa conversation. Malefoy était du genre assez soupçonneux pour penser à une trahison de sa part.

Il ne lui restait plus qu'à rester, et à faire en sorte de quitter le manoir le plus rapidement possible sans que cela ressemble à une fuite.

Il espérait que Lupin était bien sur ses gardes.

La porte du bureau s'ouvrit au moment où il venait de prendre la décision de rester.

« Et nous pourrons commencer le rituel… Rogue ! Vous êtes venu me rendre visite ! »

Rogue le salua d'un signe de tête. Il allait enfin savoir avec qui Malefoy était en train d'évoquer l'enlèvement de Harry.

Il lui fallut un temps pour reconnaître l'homme qui avançait derrière son hôte. Simplement parce que son esprit refusait de croire que ce fût possible. Parce que cet homme-là était mort à Azkaban, la gazette l'avait confirmé.

« Barty Croupton junior… murmura-t-il. Comment est-ce possible ? »

Le jeune homme lui sourit. Un sourire féroce, et un bref instant, Rogue fut persuadé qu'il allait se jeter sur lui, sans qu'il puisse s'expliquer pourquoi. L'impression fut confirmée lorsqu'il vit Malefoy poser la main sur le bras de son invité, comme pour le retenir. Une sirène d'alarme retentit tout au fond de la tête de Severus. Il était en danger, il en était sûr, quoiqu'il ne sache pas exactement pourquoi.

« Barty est là, c'est tout ce qui importe, répondit Malefoy, en avançant vers lui de quelques pas. Il venait aux nouvelles… »

Severus se força à ne pas bouger. Il n'allait pas se laisser intimider de la sorte par Malefoy.

« Et il m'a fait part de certaines choses très intéressantes… »

Des choses intéressantes ? Que pouvait bien avoir appris le fils Croupton de si intéressant, lui qui était resté enfermé si longtemps à Azkaban avec sa clique de Mangemorts ?

Avec Regulus, réalisa-t-il soudainement. Regulus qui passait pour mort. Regulus que lui-même était censé avoir tué.

D'un seul coup, il comprit le danger.

Il allait devoir s'expliquer.

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Remus avait passé la journée à s'occuper de la haie du voisin des Dursley. La nuit était à peine tombée, et il se sentait déjà épuisé. Nuit après nuit, ne pas s'endormir relevait de plus en plus de l'exploit. Les potions que lui fournissait Rogue pour tenir le coup ne feraient pas de miracle, il allait finir par succomber à la fatigue.

« Pas ce soir, pensa-t-il. Je ne m'endormirai pas ce soir… »

Il avait un mauvais pressentiment. L'air était lourd. La journée avait été trop chaude, mais il y avait du vent, ce soir. Et il y avait comme un parfum très désagréable, dans l'air. Remus n'aurait pas juré que ce n'était pas une impression due à son esprit épuisé. Mais il avait décidé de redoubler de vigilance.

Assis sous une haie, dissimulé derrière une rangée de poubelles, il tendit toute sa concentration vers le pavillon des Dursley.

Il y avait de la lumière dans le salon, et au premier étage. Il était encore trop tôt pour que les occupants soient allés se coucher.

Remus étira ses jambes. Il avait des crampes partout. Passer sa journée à travailler n'arrangeait pas son état. Il se redressa légèrement pour soulager un mal de dos persistant.

Et l'odeur le frappa de plein fouet.

Une odeur animale, très désagréable, qui lui donna curieusement la nausée. Il savait qu'il connaissait cette odeur, sans pouvoir la situer. Mais il comprit aussitôt que le danger était là.

Prestement, il sortit de sa cachette pour se rapprocher du pavillon.

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Pétunia était épuisée. Elle avait beau faire, elle ne parvenait pas à coucher Dudley. Il lui avait réclamé une histoire, puis une autre, puis une autre, puis un verre de lait, puis un câlin, puis encore une histoire, et un câlin de son père.

Tous les soirs, c'était la même bataille. Dudley, ce pauvre chéri, ne supportait pas d'être ainsi séparé de sa maman adorée pour la nuit. Pétunia avait beau être sur les genoux, elle trouvait cette attitude tellement attendrissante…

« Vernon, Dudley veut encore un bisou ! » appela-t-elle.

Elle entendit un bruit de pas dans l'escalier. « Papa arrive, mon trésor, dit-elle à son fils, debout dans son lit à barreaux débordant de peluches. Il va te faire un gros câlin et après, tu dormiras. Pas vrai, Vernon ? »

Elle se tourna vers la porte et sursauta.

Ce n'était pas Vernon.

Elle hurla.