Que ce cliff était méchant... ;)
Enjoy & Review
Yes or no. In or out. Up or down… Live or die. Hero or coward. Fight or give in. I'll say it again to make sure you hear me. A human life is made up of choices. Live or die - that's the important choice, and it's not always in our hands.
Derek Shepherd – Grey's Anatomy : 'Sanctuary'
Oui ou non. Dedans ou dehors. En haut ou en bas… Vivre ou mourir. Héros ou pleutre. Se battre ou abandonner. Je vais le redire pour être sûr que vous m'entendiez. Une vie humaine est faite de choix. Vivre ou mourir : c'est ça le choix important, et il ne dépend pas toujours de nous.
Derek Shepherd – Grey's Anatomy : 'Sanctuary'
Chapitre 37 : Live or Die
Draco déambulait le long du petit chemin de terre.
Il ne savait pas précisément comment il s'était retrouvé dans la clairière. Il se souvenait du Ministère… Il se souvenait d'être mort. Il ne souvenait pas comment il s'était retrouvé dans la clairière.
Il n'était pas aussi terrifié qu'il aurait dû l'être mais l'angoisse était tout de même présente, sous-jacente. Il valait mieux ne pas l'explorer. Il accéléra l'allure et continua le long du petit chemin de terre, souhaitant atteindre le pré au plus vite. Il ne savait pas pourquoi il devait aller sur le pré, mais il savait que c'était là qu'était sa place.
Le bois n'avait jamais été aussi silencieux. Pas de pépiements d'oiseaux, pas de couinements d'écureuils… C'était le pire : le silence.
Il refusait de penser aux silhouettes translucides qui évoluaient autour de lui sans sembler remarquer sa présence. Elles n'étaient forcément que des hallucinations. Il y avait trop de Lucius et de Narcissa pour qu'elles soient des fantômes. Il y avait trop de doubles de lui-même. Ils flottaient tous, ça et là, avec un air perdu…
Le sentier déboucha sur le pré et Draco eut l'impression de pouvoir respirer à nouveau. Il adorait cet endroit, c'était probablement sa partie préférée du domaine. C'était dans ce pré qu'il avait appris à monter à cheval et à voler sur un balai. Il se souvenait de pique-niques interminables et de baignades dans le lac, à l'autre bout du pré…
Il se sentit un peu plus calme, l'angoisse diminua légèrement.
Il continua à avancer dans le pré envahi de ces hallucinations fantomatiques, décidant d'aller vers le lac. Il aperçut Pomme de loin, mais sa vue ne lui procura pas le plaisir escompté. L'Ethonan à la robe crème était très occupée à dévorer l'herbe environnante, ses grandes ailes fouettant régulièrement l'air pour chasser les mouches qui l'embêtaient. Pas très loin derrière elle, la surface du lac luisait doucement sous le soleil et, quelque part au-delà du lac, indiscernable d'ici, se trouvait le Manoir.
Il avait la sensation désagréable de passer à côté de quelque chose. Une sérénité bizarre cherchait à l'emporter totalement mais il la refusait avec véhémence, lui préférant encore la panique qu'il éprouvait à l'idée de se trouver Merlin savait où, après avoir été touché par un sort de mort. Mort. Il était mort. Il n'avait aucune intention de rester en paix, et bon courage à qui tenterait de le lui imposer.
Une des hallucinations à la droite de Pomme attira son attention parce qu'elle était moins translucide que les autres.
« Potter ? » hésita-t-il, un peu surpris.
Assis sur un tronc d'arbre renversé, Potter leva brusquement la tête vers lui. Draco en profita pour l'étudier attentivement, cherchant à déterminer s'il s'agissait véritablement d'une hallucination… Il était à moitié persuadé que Potter était capable de venir pourrir sa mort, rien que pour le plaisir de le contrarier éternellement…
« Malfoy ? » répondit finalement l'autre garçon, et il détecta la même incertitude dans sa voix qu'il éprouvait lui-même.
Ses yeux gris tombèrent sur la cravate verte et argent, à moitié desserrée, autour du cou du Survivant.
« Pourquoi es-tu déguisé en Serpentard ? » demanda-t-il, avant d'en avoir pu s'en empêcher.
Il y avait des dizaines de questions qui lui venaient à l'esprit mais, curieusement, celle-ci semblait la plus importante. Pourquoi Potter, le Gryffondor par excellence, était-il déguisé en Serpentard…
Le lion parut excessivement amusé par sa question. Beaucoup trop, en fait. Draco était drôle, mais pas autant.
« Longue histoire » lâcha Potter, au final.
Et ça n'expliquait rien mais il avait appris, au cours de ces longs derniers mois, que parfois ça ne valait pas la peine de tenter d'arracher une explication à un Gryffondor. Quand celui-ci en particulier était concerné, ça n'en valait, de toute manière, pas l'effort.
Potter se remit à contempler l'espace devant lui trouvant visiblement quelque chose de passionnant à l'herbe jaunie par le soleil. Il avait l'air las, usé. Cela mit Draco mal à l'aise. Il était habitué au Potter, arrogant et insupportable, qui trottait partout comme tout Poudlard était à sa botte, pas à la loque qu'il avait sous les yeux.
« Si tu es là, je suppose que je suis vraiment mort. » déclara-t-il, en s'asseyant à côté de lui sur le tronc d'arbre. À une distance raisonnable. Être morts ne signifiait pas qu'ils allaient devenir amis. « Et si tu es la seule personne qui peut me voir pour le reste de l'éternité, je dois être en enfer. »
Il ne savait pas pourquoi mais il ne doutait pas qu'il s'agisse véritablement de Potter. L'adolescent qu'il avait à côté de lui ne ressemblait pas du tout au garçon qu'il avait connu, et pourtant… Il n'était pas sûr de ressembler à la personne qu'il était un an auparavant, lui non plus.
« King Cross remplie de fantômes complètement apathiques et, toi, pour seule compagnie… Oui, c'est l'enfer. » répliqua Potter, avec un agacement certain.
Sans doute vexé de se voir qualifié d'infernal…
« Inutile de le prendre sur ce ton là, Potter. » riposta-t-il, immédiatement, en lui jetant un regard mauvais. « Qu'est-ce que tu veux dire 'King Cross remplie de fantômes' ? »
Était-il devenu fou ? La tempête magique l'avait-elle rendu bon à enfermer à Sainte Mangouste ? S'il devait passer l'éternité avec un fantôme de Potter complètement cinglé, il ne répondait plus de rien.
Potter désigna les alentours d'un large geste du bras et Draco espéra qu'il n'avait pas vu son bref mouvement de recul. Il avait eu suffisamment de contacts avec des fous ces dernières vingt-quatre heures. Pettigrow ne lui avait pas particulièrement réussi…
« Si tu ne les vois pas, il te faut des lunettes. » râla le Survivant.
Malfoy le fusilla des yeux, mettant finalement le doigt sur ce qui le dérangeait depuis qu'il avait posé les yeux sur son rival.
« Parlant de lunettes, tu as retrouvé la vue miraculeusement ? » se moqua-t-il. « Ou est-ce que la mort fait des miracles ? » Il ne lui laissa pas le temps de répondre. Il se foutait bien de savoir si Potter avait finalement compris combien ses lunettes étaient affreuses. « Ce ne sont pas des fantômes, Potter. Mais je les vois, et nous ne sommes pas à King Cross. »
Il lui semblait important de préciser ces deux points.
D'abord, les étranges spectres qui leur flottaient autour ne pouvaient pas être des fantômes, c'était impossible. Ensuite, ils n'étaient pas à King Cross, et, si Potter penser s'y trouver, il lui fallait un Médicomage.
Quoi qu'il n'était pas sûr de pouvoir trouver un Médicomage dans cet endroit…
Il n'était déjà pas particulièrement certain de savoir où ils étaient.
« Et où crois-tu qu'on soit ? » rétorqua Potter. « La voie 9 ¾ est juste là. »
Il lui montra la lisière du bois.
Draco fronça les sourcils. Potter avait l'air convaincu et, bien qu'abattu, pas totalement dénué de raison.
« Je suis dans un pré sur le domaine des Malfoy. » répondit-il, lentement. « Le lac est là. Là, il y a l'Ethonan que ma mère m'a offert pour mes huit ans. Et, par là-bas, il y a la forêt. »
Il pointa du doigt chacun de ces repères mais ne vit qu'une profonde perplexité s'inscrire sur les traits de Potter.
Il lui sembla qu'il commençait à comprendre…
« Es-tu là depuis la tempête magique ? » tenta-t-il.
« La tempête magique. » répéta Potter, comme un perroquet. Fichus Gryffondors… « Non. J'ai pris un Avada Kedavra. »
« Parfait. » s'exclama-t-il, avec un soulagement ravi. Il avait raison. Il savait qu'il avait raison. « Bonne nouvelle, nous ne sommes pas morts. Mauvaise nouvelle, nous sommes dans les limbes. Deuxième mauvaise nouvelle, pour une raison indéterminée, nous sommes coincés ensemble. »
Il y eut un silence.
« Ce qui veut dire ? » demanda le Survivant.
« Ce qui veut dire que tu es la seule personne à pouvoir me voir. » grinça-t-il, irrité que son interlocuteur soit aussi idiot. Il avait perdu l'habitude de parler à des idiots. « Et que tu n'aurais pas été mon premier choix. »
« Les limbes, Malfoy. Comment sais-tu qu'on est coincés dans les limbes ? » s'énerva Potter, alors que, vraiment, c'était Draco qui était en droit de s'agacer. C'était lui qui était coincé avec un abruti.
Il leva les yeux au ciel.
« Nous ne sommes pas passés de l'autre côté. Pas totalement du moins. » expliqua-t-il, malgré tout. Il préférait encore parler à un idiot que de se retrouver seul au milieu des limbes. « Quelque chose nous retient. Si les légendes sont vraies, on a le choix entre reculer ou avancer. »
« Je suis dans une gare et tu es perdu dans un pré. » contra Potter, non sans raison. « Comment veux-tu qu'on avance ou qu'on recule. Il n'y a rien que des fantômes, ici. »
Draco pinça les lèvres avec contrariété. La question n'était pas aussi idiote qu'il aurait aimé pouvoir l'affirmer. Ses connaissances sur le domaine étaient théoriques, au mieux, ou relevait de ses souvenirs de quelques contes de fées, au pire. Et pourtant, lorsque ses yeux tombèrent sur Pomme, il trouva instinctivement la réponse.
« Les limbes… » hasarda-t-il. « C'est le symbolisme qui compte. Pomme est là pour m'emmener vers… Pour m'emmener de l'autre côté. Je n'ai pas encore trouvé le chemin pour rentrer. »
Il dissimula mal son angoisse.
Pomme était là pour le faire traverser mais qui le ramènerait à la vie ? Par où devait-il aller ?
Il planta plus fermement ses talons dans le sol, déterminé à ne pas s'approcher de l'animal s'il pouvait l'éviter.
« Pomme ? » répéta Potter.
Draco manqua presque lui demander s'il était devenu sourd pendant son séjour Merlin savait où, mais se contint à la toute dernière seconde. C'était lui qui avait laissé échapper le nom de l'Ethonan, après tout. Il se contenta de lever à nouveau les yeux au ciel.
« Oh, ça va, Potter. » marmonna-t-il, légèrement embarrassé. « J'avais huit ans et j'aimais les pommes. »
Il n'apprécia pas du tout le sourire moqueur du Survivant.
« C'est quoi comme animal ? » demanda Potter.
Était-ce vraiment le moment rêvé pour discuter de tout et de rien ? Il y avait peut-être plus urgent qu'un cours de rattrapage de Soins aux Créatures Magiques, non ?
« J'ai peut-être appelé mon animal Pomme. » répliqua-t-il « Mais au moins je n'ai pas les capacités mentales d'un veracrasse. »
Potter se renfrogna. Il l'aurait volontiers laissé bouder dans son coin si deux Lucius n'avaient pas choisi ce moment là pour se télescoper sans même s'en rendre compte. Il n'aimait pas voir autant de versions spectrales de son père. Son père n'était pas mort.
« C'est un cheval ailé. » lâcha-t-il, au bout de plusieurs minutes, parce que les Gryffondors étaient trop têtus et que Potter était le pire d'entre eux.
Le Survivant éclata d'un rire moqueur qui lui fit immédiatement regretter sa bonne volonté. Et qui lui donna également très envie d'étrangler ce pauvre crétin…
« Tes parents t'ont offert un poney volant pour tes huit ans. » railla Potter. « Pas étonnant que tu sois pourri gâté. »
« Au moins j'avais des parents. » rétorqua-t-il, avec méchanceté.
Il s'en voulut un peu, mais un peu seulement. Si Granger avait été là, elle l'aurait frappé jusqu'à ce qu'il ait le bras bleui d'hématomes, puis, elle lui aurait fait la morale pendant des heures.
À la pensée de Granger, son cœur se serra légèrement. Combien de temps avait passé depuis sa… mort ? Était-elle en train de pleurer sur son cadavre ? Non… Non… Elle attendrait d'être rentrée à Poudlard. Là, seulement…
Oh, Merlin… Et son père ? Son père était-il penché sur son cadavre ? Ça allait le détruire…
C'était la catastrophe, la plus absolue. Tous les gens que sa mort détruirait… Quand ils le diraient à sa mère… Et Blaise ! Que ferait Blaise sans lui ? Qui remonterait le moral de son meilleur ami quand sa veuve noire de mère faisait des siennes ?
Il devait rentrer. Il devait les retrouver, les rassurer…
« Comment sais-tu que Pomme est là pour t'emmener de l'autre côté ? » s'enquit plus calmement Potter, sans paraître avoir remarqué que Draco était en train de se liquéfier d'angoisse.
Il lui fallut un moment avant de parvenir à répondre.
« Je le sens. » offrit-il finalement, oubliant de préciser que Pomme était morte, cinq ans plus tôt, lors d'une mise à bas qui avait mal tourné. Il scruta désespérément les alentours à la recherche d'il ne savait quoi. Un indice qui lui permettrait de se réveiller de ce cauchemar… « Si seulement je trouvais l'autre chemin… »
« Je crois que j'ai trouvé la sortie. » avoua Potter. « Je crois que c'est la voie 9 ¾. Je… Je le sens. »
Ses yeux revinrent se braquer sur le Survivant qui détourna la tête, incapable de soutenir son regard.
« Qu'est-ce que tu fais encore là, dans ce cas ? » s'enquit-il, sans comprendre. « Pourquoi n'es-tu pas encore ressuscité ? C'est ta spécialité, après tout. »
Il y avait de l'amertume dans sa voix. Beaucoup de rancœur aussi. Et pas mal de jalousie.
S'il avait eu ne serait-ce qu'une minuscule idée d'où était le chemin du retour, il s'y serait déjà lancé. Combien de temps s'était écoulé dans le monde des vivants ? Depuis combien de temps Lucius berçait-il un cadavre ? Depuis combien de temps Granger et les autres le croyaient-ils mort ? Luna se sentirait coupable… Weasley était suffisamment idiot pour se faire tuer et Ginny… Il n'était pas certain de comment Ginny prendrait un nouveau mort parmi ses proches. Parce que, oui, il était proche d'eux. Ils n'étaient peut-être pas amis depuis des années mais fomenter une rébellion créait des liens uniques.
Il avait risqué – et perdu – sa vie pour eux. Il tenait à eux.
Et un Malfoy prenait toujours soin de ceux à qui il tenait…
« Je ne suis pas sûr d'en avoir envie. » avoua Potter, du bout des lèvres.
Il trouva curieux de n'éprouver ni dégout, ni mépris.
Au contraire, il ressentit une profonde pitié. Si Potter n'avait personne pour qui retourner dans le monde réel… Alors… Alors, Draco était plus chanceux que lui.
« Oh. » lâcha-t-il, sans savoir que dire de plus. « Comment t'es-tu retrouvé dans les limbes, de toute manière ? Les gens normaux n'ont pas l'habitude de se réveiller après un Avada Kedavra… »
« Et toi ? » riposta sur le champ Potter.
« Subtil. » commenta-t-il. Comme un hippogriffe au pas de charge. « J'ai également été touché par un Avada. Seulement, j'ai de la ressource. Tout le monde n'est pas naturellement immunisé comme toi. »
Il ne masqua pas un dédain certain pour les « prouesses » du Survivant.
« Je ne suis pas naturellement immunisé contre l'Avada Kedavra. » s'agaça Potter.
« C'est tout de même la deuxième fois. » remarqua-t-il.
« Ce que tu peux être insupportable ! » s'écria le lion.
« C'est ce que disent tous les Gryffondors. » répondit-il fièrement, et non sans un certain amusement. Rendre chèvre les Gryffondors était, après tout, son passe-temps favori. « Tu n'as pas répondu à ma question. »
« Un, il n'y avait pas de question, juste une insinuation. » lâcha Potter. « Deux, tu n'as pas répondu à la mienne. »
Si Potter avait décidé d'être difficile, il ne voyait pas pourquoi il ne le serait pas, lui aussi. Ils s'affrontèrent longuement du regard, avec hostilité, mais Draco finit par détourner les yeux, en soupirant, préférant accepter une défaite plutôt que de rester dans cet endroit plus longtemps que nécessaire.
Il déboutonna le col de sa chemise davantage qu'il ne l'était déjà pour pouvoir attraper l'amulette des Peverell. La pierre noire barrée du P se balançait lentement au bout de la chaine.
« C'est… » commença-t-il à expliquer, fatigué à l'avance de toutes les questions auxquelles il allait devoir répondre.
« J'ai la même. » déclara Potter.
« Impossible, elle est unique. » riposta-t-il, avec agacement. Décidemment il ne savait pas comment cet abruti parvenait à passer les portes… Il fallait en permanence que le feu des projecteurs soit braqué sur lui…
Potter ôta sa cravate et arracha presque les premiers boutons de sa chemise sous l'œil horrifié de Draco. Les rumeurs que Blaise se plaisait à mentionner, lorsqu'il l'agaçait un peu trop, lui revinrent brutalement en mémoire, et il aurait probablement fait une remarque si le Gryffondor n'avait pas sorti une amulette identique à la sienne de sous sa chemise.
« C'est à cause de l'amulette ! » s'écria Potter, en la lui collant sous le nez.
Draco l'écarta d'un geste irrité, il l'avait assez vue.
« Tu ne devrais pas pouvoir la toucher. » rétorqua-t-il, parce que Lucius le lui avait seriné un million de fois. Seuls les Sangs-Purs pouvaient toucher la pierre. Ça aurait été dangereux pour quiconque d'autre s'y serait risqué et surtout pour un Sang-de-Bourbe. Bien entendu, son père n'avait jamais dû penser qu'il y avait de sérieuses raisons de s'inquiéter qu'une Sang-de-Bourbe touche son fils…
Comme la vie pouvait être ironique…
Quoi qu'il en fût, aux dernières nouvelles, Potter n'était pas un Sang-Pur.
Le Gryffondor réfuta son objection d'un geste.
« Tous les autres… » théorisa Potter, en désignant les formes spectrales autour d'eux. « Ils ont une amulette. »
« Elle est unique. » répéta-t-il, irrité. Comment faisait-on comprendre les choses à une tête de bois pareille ? « Et ce sont des hallucinations. Mon père n'est pas mort. Et même s'il était mort, il ne pourrait pas être à quatre endroits à la fois. »
Il comptait pas moins de quatre Lucius autour d'eux et il faisait de son mieux pour ne pas les voir.
« Ils appartiennent à des réalités différentes. » affirma Potter, avec suffisamment de conviction pour que Draco le croit. « Ils ne se voient pas entre eux, c'est pour ça qu'ils ne réagissent pas quand on leur parle. Nous, nous sommes une anomalie. J'arrive à te voir parce que tu es mon Malfoy. »
Il observa fixement Potter plusieurs secondes, retournant son hypothèse sous tous les angles.
« Admettons, c'est sensé. » acquiesça-t-il, au bout d'un moment. « Nous pouvons communiquer parce que nous venons de la même réalité. Ne dis plus jamais que je suis ton Malfoy, Potter, il y a suffisamment de rumeurs comme ça. »
« Quelles rumeurs ? » s'horrifia Potter.
Enfin une réaction normale.
Le Survivant paraissait davantage terrifié à l'idée que quelqu'un puisse penser qu'ils avaient un lien quelconque, qu'à l'idée d'être perdu quelque part au milieu des limbes.
Il n'avait pas de preuves, mais il était certain que Blaise était l'auteur de la plupart des ragots, de toute manière.
« Aucune importance. » soupira-t-il. « Comment t'es-tu débrouillé pour te retrouver face à un Avada Kedavra ? »
« Est-ce que ce ne serait pas plutôt à moi de poser cette question ? » répliqua distraitement Potter, en se penchant légèrement en avant. Le Gryffondor fixait l'horizon avec une telle fascination que Draco eut peur.
« Qu'est-ce qui se passe ? » demanda-t-il.
Il n'aimait pas l'expression de Potter. Il ne l'aimait pas du tout.
« Un train vient d'entrer en gare. » murmura le Survivant. « Je crois… Je crois que si je monte dedans… »
Le lion avait les yeux rivés vers la lisière des bois.
« Pourquoi voudrais-tu mourir ? » se dépêcha-t-il de demander, avant que le garçon ne saute dans un train qu'il ne pouvait pas voir. « Potter, tu as tout ce dont on peut rêver. »
Potter tourna brusquement la tête vers lui, avec un air hostile. Il semblait prêt à l'étrangler de ses propres mains.
Draco fut presque soulagé. Il préférait cent fois un Potter paré au combat qu'un Potter qui avait baissé les bras. Le découragement qui émanait de son rival, cette lassitude… Il ne voulait plus jamais la revoir.
« Tout ce dont on peut rêver ? » répéta Potter, d'un ton amer « Je me bats à chaque minute de chaque jour, Malfoy. Et je suis fatigué. Tellement, tellement fatigué… »
Tellement fatigué qu'il était prêt à abandonner.
Il n'aimait pas Potter mais il n'avait jamais souhaité le voir mort. C'était quelque chose qu'il était venu à accepter après la tempête magique : il y avait une différence entre ne pas apprécier quelqu'un et désirer sa disparition.
Soudain, il se vit en train d'annoncer à Granger et Weasley que Potter n'avait pas été mort jusque là, mais que, au final, il avait décidé d'abandonner…
Ce n'était pas dur d'imaginer le visage de la jeune fille se tordre de chagrin. Il avait, après tout, une bonne mémoire.
« Granger et Weasley sont inconsolables. » lâcha-t-il, un peu désespéré. Qu'il doive, lui, redonner le goût de vivre à Potter ? L'ironie de la situation ne lui échappait pas. « Toute l'école passe la moitié de son temps à gémir que tout serait différent si tu n'avais pas disparu, c'est insupportable. Je ne sais vraiment pas pourquoi tout le monde te suit comme si tu étais Merlin réincarné, Potter, parce que tu es un crétin fini, mais tous ces gens… Ils croient en toi. Et… la situation a empiré depuis ta disparition. La communauté magique a besoin de quelqu'un derrière qui se rallier. »
Son discours le laissa à bout de souffle.
Il n'avait pas beaucoup plus d'arguments.
« Pourquoi est-ce que ce serait à moi de sauver le monde, Malfoy ? » s'énerva Potter, mais Draco décida que l'irritation était bon signe. Tant qu'il pouvait s'agacer, il n'était pas mort à l'intérieur. « Pourquoi est-ce que ce serait toujours à moi de sauver ce putain de monde ? »
Le Gryffondor donna un coup de pied au tronc d'arbre. C'était stupide. Il se contenta de hausser les épaules.
« Je n'en sais rien. » offrit-il. « Les choses sont ce qu'elles sont. »
Et il se souvenait d'une période où il aurait tout donné pour avoir la renommée dont Potter jouissait… Désormais, il n'en voulait plus. Sa propre côte de popularité lui suffisait amplement. Et s'il parvenait à ne plus jamais croiser la route du Seigneur des Ténèbres, ce serait encore mieux.
Il ne parvenait pas à croire que Potter ait été suffisamment stupide pour Le défier autant de fois.
Cela dit, il ne parvenait pas à croire qu'il ait été suffisamment stupide pour suivre ses idiots d'amis et se retrouver face à Lui, donc…
« J'emmerde le destin. » grinça Potter. « Si je prends ce train, je m'évite des mois de souffrances pour revenir au même point. Quoi qu'il arrive, je reviendrais toujours là. C'est écrit. »
Il n'aurait jamais cru entendre ça de la bouche de Potter. Où était passé le martyr qui se sacrifiait toujours pour les autres, en défendant la veuve et l'orphelin ? C'était tellement égoïste… Tellement égocentrique…
Tellement humain.
C'était une vision de la vie qu'il tentait d'inculquer à Granger depuis des mois. L'auto-préservation avant tout. Ne pas se mettre en danger, ne pas risquer de souffrir… Penser à soi avant de penser aux autres…
Mais dans la bouche de Potter…
Ce genre de paroles n'avaient pas leur place dans la bouche de Potter.
Il n'avait jamais cru, comme le reste de Poudlard, que Potter était un dieu incarné. Il le trouvait stupide, moche et absolument insipide de bonté.
Mais Granger croyait en Potter comme lui n'avait jamais cru en personne.
Il ne pouvait pas imaginer la déception de son amie si elle l'avait entendu parler de la sorte.
Non…
Non, Granger n'aurait jamais été déçue, elle était trop noble pour ça. Elle aurait compati et l'aurait pris dans ses bras et aurait tenté de le consoler.
Ce n'était pas le sujet.
Il n'avait jamais, jamais, admiré Potter. Jamais. Mais, malgré tout, il y avait une chose qu'il ne lui avait jamais renié : personne n'aurait pu affirmer qu'Harry Potter n'était pas totalement, stupidement et dangereusement courageux.
« Je savais que tu étais un connard, Potter. » lâcha-t-il, avec mépris. « Mais, avant aujourd'hui, je n'avais jamais pensé que tu étais lâche. »
Les yeux verts croisèrent les siens. Potter avait l'air vieux. C'était dur de croire qu'il n'avait que quinze ans. Il avait des cernes sous les yeux, des plis au niveau de la bouche… Le pire était son regard. Il avait le regard d'un homme adulte.
Draco se demanda ce que Potter voyait lorsqu'il le regardait. Il avait la sensation d'avoir changé, grandit. Mûrit, peut-être.
À cet instant, il aurait préféré retourner à leurs onze ans, lorsque leurs affrontements n'étaient encore que des jeux d'enfants.
Ils vieillissaient tous trop vite.
« Venant d'un Serpentard… » se moqua Potter, sans véritable venin.
« Venant d'un Serpentard. » confirma-t-il, sans chercher à défendre sa Maison. Ce n'était pas le propos. Potter n'avait jamais eu aucun respect pour Serpentard, de toute manière.
Le Gryffondor fut le premier à détourner le regard. Avec un soupir à fendre les pierres, Potter se leva.
« Ça ira, Malfoy ? » s'enquit le garçon, avec une certaine hésitation qui vexa immédiatement Draco.
« Je t'en prie ! » s'exclama-t-il, non sans dédain. « J'ai dit que tu étais le héros de la communauté magique, pas le mien. Je ne fais pas encore partie de la plèbe. »
Potter leva les yeux au ciel.
« Merlin nous en préserve. » rétorqua le lion. « Le jour où un Malfoy changera ses convictions, ce sera le début de la fin. »
Tu serais surpris, songea Draco sans trouver la force de l'exprimer à voix haute. Trop d'explications.
« Potter ! » appela-t-il, lorsque le Gryffondor se fut éloigné d'un pas décidé. Son rival ne se retourna qu'à moitié, comme s'il n'était pas digne de sa pleine attention. « Où vas-tu finalement ? »
Potter ne se dirigeait pas vers la clairière mais ça ne voulait rien dire. Et puis… Il n'aimait pas l'idée de rester seul dans cet endroit. Il n'aimait pas cette idée du tout.
« Faire ce qu'il faut. » répondit Potter, avec un sourire énigmatique.
Draco faillit lui demander s'il prenait des cours de réponses évasives avec Dumbledore mais il n'en eut pas le temps.
Potter avait disparu.
Et il se retrouvait seul à frissonner dans la brise qui venait de se lever, avec la certitude absolue qu'il ne lui restait pas beaucoup de temps avant de se retrouver piégé ici pour l'éternité. Qu'arrivait-il aux personnes qui demeuraient coincées dans les limbes ?
Il quitta le tronc d'arbre, mû par le besoin impulsif de bouger, de faire quelque chose. Pomme renâclait et commençait à s'agiter. Le vent gagnait en force et sifflait entre les branches des arbres.
Draco se réfugia sur les berges du lac. Loin de Pomme, loin des arbres. Il croisa les bras et coinça ses mains sous ses aisselles pour essayer de se réchauffer mais le froid soudain venait de l'intérieur. Terrifié, il se tordit le cou pour essayer d'apercevoir le Manoir, tout en sachant qu'il n'y arriverait pas. Le vallon boisé de l'autre côté du lac lui bouchait la vue.
Il aurait donné n'importe quoi pour être au Manoir. Le feu dans la cheminée du salon, le vieux tapis, le fauteuil vert qui était trop vieux et jurait avec le reste de la décoration mais que sa mère n'osait pas jeter parce que c'était son préféré… Il lui semblait que ça faisait une éternité qu'il n'avait pas mis les pieds au Manoir.
Et, soudain, il trouva la réponse.
Les limbes fonctionnaient par symboles et il n'y avait rien qu'il chérissait plus que le Manoir, parce que le Manoir représentait sa famille. Il devait aller au Manoir.
À pieds et par les bois, il lui faudrait des heures. Il supposait que ce n'était, de toute manière, pas la bonne approche.
Mais il faisait si froid…
Pomme hennit et il lui jeta un bref coup d'œil. Quand est-ce que le ciel était devenu aussi sombre ? Dans l'obscurité croissante, Pomme avait l'air d'un sombral…
Sans plus hésiter, Draco fit un pas vers le lac, puis un autre et encore un autre…
C'était plus facile à chaque enjambée.
Bientôt, il eut de l'eau jusqu'au cou et il se mit à nager, battant des pieds et des mains pour aller plus vite. Pour se réchauffer. L'eau était glaciale. Ses dents claquaient. Il avait perdu toute notion du temps. La rive opposée ne se rapprochait pas.
Ses mains furent les premières à s'engourdir, puis ce furent ses jambes… Il ne fallut pas beaucoup plus longtemps avant que son corps refuse de continuer à nager. Il paniqua lorsqu'il se sentit couler. Il voulut remonter à la surface, certain que s'il pouvait seulement atteindre le Manoir…
L'eau boueuse lui remplit la bouche. Il était mort, ça n'aurait pas dû faire aussi mal.
Il ne s'était pas attendu à ce que ça fasse si mal…
