CHAPITRE XXXVIII
L'ambulance ne mit qu'une vingtaine de minutes à parvenir à l'hôpital. Charlie parcourut les longs couloirs blancs, inconscient du chemin emprunté et des gens qui l'entouraient, ne lâchant pas la main de son frère, concentré uniquement sur son visage blafard.
Soudain il sentit qu'on l'arrêtait et il se débattit.
- C'est mon frère, je dois l'accompagner !
- Ecoutez, on va s'occuper de votre frère. Laissez-nous faire notre travail.
Avant qu'il puisse continuer à protester, Colby se dressait à ses côtés.
- Ils ont raison Charlie. Laisse-les faire leur boulot. Don ne risque plus rien ici.
- D'accord.
Il déposa un dernier baiser sur le front de son frère et passa sa main dans ses cheveux en lui murmurant à l'oreille.
- Ne t'inquiète pas Donnie, je suis là, juste derrière la porte. Je ne te laisse pas…
Et effectivement, il refusa d'aller s'installer en salle d'attente et resta posté juste derrière la porte battante, regardant par le hublot qui s'ouvrait dans le haut de celle-ci, ne quittant pas des yeux son frère autour duquel plusieurs médecins et infirmières s'afféraient. Soudain il se rendit compte que son père était près de lui, qui fixait douloureusement la scène.
- Je ne t'avais pas vu arriver. Il y a longtemps que tu es là ?
- Trois minutes. Comment va-t-il ?
- Je ne sais pas. Je crois que ça va. En tout cas, il est vivant, c'est l'essentiel.
- Oui, c'est l'essentiel.
Et soudain, il se jeta dans les bras de son père et fondit en larmes.
- Charlie… Ca va aller, tu vas voir. Ton frère va s'en sortir… balbutia son père qui ne savait pas comment le calmer.
- Mais il s'en est fallu de si peu papa, de si peu !
- Mais tu es arrivé à temps, chéri.
- Si tu l'avais vu… Tout seul… Au bord de ce toit…
- N'y pense plus Charlie… Ton frère est sauvé, grâce à toi !
Et soudain, la question qui le torturait jaillit, malgré lui :
- Comment a-t-il pu envisager cela ?
- Imagine ce qu'il a pu vivre Charlie : cet homme l'a drogué, lui a fait croire qu'il était infirme et qu'à cause de lui plusieurs de ses agents étaient mort, ainsi que nous deux. Il n'avait plus rien au monde, imagine ce qu'il a pu ressentir.
- Mais c'est Don ! Il est si fort pourtant !
- Il est fort oui, mais comme tout le monde il a des limites au-delà desquelles il ne pourrait pas aller. Et il était arrivé à ses limites.
- Je l'ai toujours vu solide comme un roc. Et il m'apparaît soudain fragile, vulnérable. J'ai l'impression que c'est à moi de le protéger, que je dois veiller sur lui.
- C'est bien ce que tu dois faire Charlie, ce que nous devons faire. Il a désespérément besoin de nous, bien plus que nous ne le pensions.
- Bien plus oui.
Ils se tournèrent tous les deux vers la salle de soin, fixant à nouveau leurs yeux sur l'homme qu'ils aimaient et Charlie, en lui-même se promit : « Je serai toujours là pour toi Donnie, toujours ! Tu ne seras plus jamais seul grand frère, plus jamais, je te le promets ! »
