Je suis surprise, le chapitre précédent a beaucoup plu, alors que je pensais qu'il était vraiment mauvais. Comme quoi, on ne peut pas tout prévoir. À croire que vous aimer voir Rasemine se faire remonter les bretelles. Bref, voici le chapitre d'aujourd'hui. Beaucoup de parlote, pas d'action.

Merci encore pour votre soutien et vos commentaires. Bonne lecture!


- Tu veux bien me rappeler pourquoi je ne peux pas faire le voyage dans un drakkar?

- Parce que ton arrivée sera plus spectaculaire comme ça! Et puis, si le chef de Berk arrive à dos de dragon, il n'y aura plus personne pour douter du fait que les dragons sont les bienvenus à Berk. Tu fais d'une pierre deux coups. Simple, non?

- Eh, une minute! Je comprends pourquoi lui doit arriver sur un lézard géant et cracheur de feu, mais pourquoi moi aussi?!

- Juste pour mon amusement personnel.

- HAROLD!

Le jeune viking rit joyeusement sans prêter attention aux injures prononcées par Gueulfor. Le forgeron est actuellement installé sur le dos d'un gronckle. Stoïck se trouve non loin, assis sur un vipère. Les deux dragons ne sont pas liés à des vikings mais ont acceptés de servir de montures pour le chef de Berk et son ami. Harold les regarde brièvement, pour s'assurer qu'ils restent bien en selle, avant de ramener son attention devant lui. Astrid amène Tempête près de lui, un grand sourire se dessinant sur le visage de la jeune viking.

- Avoue, c'est aussi pour rigoler que tu as forcé ton père à monter sur un dragon, n'est-ce pas?

- En partie oui, mais les raisons que je lui ai donné sont également valables. Même si je dois admettre que j'ai failli m'écrouler de rire quand le vipère a décollé ce matin. J'ai hâte de voir sa tête quand nous allons atterrir pour la nuit.

- Moi aussi. J'ai entendu les jumeaux lancer des paris sur combien de temps Gueulfor va tenir avant de se mettre à hurler pour descendre. Rustik les a rejoint aussi, bien que son pari porte sur Stoïck.

- Les pauvres, ils vont tous perdre.

- Comment tu le sais?

- Avant de partir, j'ai tout expliqué à mon père et Gueulfor, ils savent très bien que nous ne pouvons pas nous permettre de nous arrêter n'importe quand, sous peine de nous retrouver bloqués. Notre seul arrêt sera sur l'île de relais pour la nuit. Ils n'étaient pas vraiment ravis mais ils ont bien compris et ont juré qu'ils ne feraient pas les difficiles.

- Heureusement que je n'ai pas parié alors.

- Tu peux toujours le faire. Dis juste que tu veux parier sur leur résistance, qu'ils atteindront l'île relais sans problème.

- Comme ça, j'empoche toutes les mises! Tu es vraiment mauvais quand tu t'y mets, j'adore! À tout à l'heure!

Astrid et Tempête s'éloignent, se dirigeant vers l'arrière du groupe où se trouvent Rustik et les jumeaux. Dès que la jeune viking est partie, Varek vient prendre sa place près d'Harold et Krokmou. Le furie nocturne vole à une vitesse modérée pour permettre aux autres de le suivre. Bouledogre peut donc voler à ses côtés sans se laisser distancer.

- Astrid a raison, ce n'est pas très gentil de faire un pari alors que tu en connais l'issue, dit Varek.

- Tu peux toujours aller parier, rétorque Harold.

- Non, ça ne m'intéresse pas. Et puis ça apprendra à Rustik et aux jumeaux de ne pas se moquer des autres.

- Exactement. S'ils ne font pas attention, ils vont rester à la traîne et nous devrons les attendre. Avec Astrid qui se joint aux paris, ils vont se calmer et suivre.

- Tu pensais à ça quand tu as envoyé Astrid?

- Oui. Et aussi à leurs têtes quand Astrid réclamera ses mises ce soir.

- Tu es un manipulateur, rigole doucement Varek. Berk sera entre de bonnes mains quand tu deviendras chef.

- Ce n'est pas pour tout de suite.

- Je n'en serais pas si certain si j'étais toi. J'ai entendu Stoïck et Gueulfor parler l'autre jour. Ton père pensait à se retirer et te confier le village.

- Quoi?!

- Tu dois voir les choses des son point de vue : tu es son héritier et tu as prouvé que tu es parfaitement capable de mener un village. Il commence à prendre de l'âge et son rôle de chef lui a demandé beaucoup de temps. Il veut certainement pouvoir se poser et se relaxer.

- Et me mettre le village sur les épaules? Il avait huit ans de plus que moi quand il est devenu chef!

- Seulement parce que ton grand-père ne l'estimait pas prêt à devenir chef, rappelle Varek, tu connais l'histoire. Ton père t'estime prêt. C'est un honneur, Harold, tu devrais être fier.

- Je pense que je lui en parlerais plus tard, quand nous serons de retour sur Berk, dit Harold.

- Comme tu voudras. Sinon, je me demandais quelque chose. Pourquoi devons-nous aller sur l'île des Cueilleurs près de deux semaines avant le mariage? Nos drakkars n'arriveront pas avant plusieurs jours, nous aurions pu venir plus tard.

- Rasemine a insisté pour que je sois présent plus tôt. En tant que son témoin, je dois être présent pour les répétitions. Comme si un mariage avait besoin d'une répétition.

- D'accord, mais pourquoi nous sommes là? Tu aurais pu y aller seul.

- Astrid et mon père refusaient de me laisser partir seul. Ils ont cette stupide croyance que je vais encore être prit dans un orage et atterrir sur une plage quelconque.

- Ce n'est pas très logique. C'est arrivé une fois, ça ne va pas se reproduire à chaque fois que tu te retrouves seul avec Krokmou.

- Va leur expliquer ça, grogne Harold. Ils vont finir par me rendre fou.

- N'y pense pas, alors, c'est la meilleure solution. Parle-moi plutôt des traditions chez les Cueilleurs. La cérémonie du mariage est-elle la même que sur Berk?

- Essentiellement, oui. Il y a juste quelques différences.

- Lesquelles?

- Eh bien, les mariés doivent passer la semaine précédant le mariage complètement séparés. Ils ne doivent pas se voir, ni même s'entendre. Les témoins sont sensés rester avec le mari ou la mariée, suivant de qui ils sont le témoin. Nous ne passons pas la semaine coupé du monde, comme les mariés, mais nous devons rester avec eux le plus souvent possible. En dehors de leur famille, les mariés ne peuvent voir personne d'autre que les témoins.

- Astrid ne va pas aimer ça.

- Oui, c'est pour ça que je refuse de lui dire tant que nous sommes dans les airs.

- Tu aurais pu lui dire avant le départ.

- Non, elle aurait trouvé un moyen de m'empêcher de partir. Au moins, une fois que nous serons arrivés, elle ne pourra plus rien faire.

- C'est pas faux. Autre chose?

- Lorsque la cérémonie est terminée, les mariés se rendent dans la maison de l'Ancien ou de l'Ancienne pour savoir ce que leur réserve l'avenir en tant que couple. Et après le festin, ils sont accompagnés à leur maison par les témoins. Pour finir, les mariés ne doivent pas sortir de chez eux durant les trois jours suivant le mariage.

- Nous n'avons pas du tout ça sur Berk. C'est étrange comme les traditions vikings peuvent changer d'une tribu à l'autre.

- Non, c'est parfaitement normal. Les tribus sont éloignées les unes des autres, il faut au minimum une semaine de voyage pour atteindre une île habitée quand on part de n'importe quelle tribu. Avec le climat et les tensions dues aux dragons, il n'y a pas beaucoup d'échanges. Du coup, chaque tribu vit dans son coin et développe ses propres coutumes.

- Mais nous restons pourtant en contact, argumente Varek.

- Oui. Cependant, ce n'est pas très régulier. Les chefs se réunissent tous les cinq ou six ans, ce n'est pas très précis. De plus, certains n'assistent pas aux rassemblements. Entre-temps, ils n'échangent que très peu. Des navires marchands passent des messages, mais c'est tout. La communication est plutôt restreinte.

- J'ignorais que ça se passait ainsi.

- Nous allons devoir changer ça. Prend l'exemple de notre tribu et de celle des Cueilleurs. Depuis que vous êtes venus pour refaire le plein des réserves et que vous m'avez trouvés, plusieurs messages ont été échangés, durant de très courtes périodes. Cela a été rendu possible grâce aux terreurs-messagers. Rasemine et les autres membres de la Garde sont venus à notre aide en peu de temps. Et regarde, nous sommes en route pour leur île et le voyage ne prendra pas plus de deux jours. Les échanges entre nos deux tribus sont plus soutenus depuis quelques mois qu'ils ne l'ont jamais été dans toutes les années précédentes. Et c'est grâce aux dragons. Ils rendent les durées de voyage plus courtes, de ce fait, nous pouvons nous absenter de notre île sans avoir à préparer tout un drakkar ou à gérer la gestion du village pendant notre absence. Les chefs vont pouvoir se rendre visite plus souvent, améliorer les relations et développer de nouveaux commerces. Notre monde est plus grand désormais, nous pouvons explorer au-delà des limites connues. Mais il est aussi plus petit car nous pouvons nous rendre chez une tribu alliée en juste quelques jours à la place de semaines de trajet par drakkar. C'est une nouvelle ère. Maintenant, le seul problème reste de présenter les dragons comme des amis aux autres tribus.

- Eh bien, vous pourriez peut-être demander un rassemblement des chefs sur Berk ou l'île des Cueilleurs, propose Varek d'un air songeur. Là, vous pourriez leur expliquer ce qui s'est passé avec la reine et leur montrer que les dragons ne sont pas une menace.

- Et en leur présentant des membres de deux tribus différentes qui sont capables d'entraîner des dragons, il sera plus facile de gagner leur confiance et de plaider notre cause, termine Harold. Varek, tu es brillant!

- Pas vraiment, j'ai juste suivi ton train de penser. Tu serais arrivé à la même conclusion tout seul.

- Pas forcément. Ah, ça fait du bien d'avoir quelqu'un qui pense correctement. Tu ne peux pas savoir à quel point c'est usant de devoir réfléchir pour les autres.

- Oh si, je connais le sentiment. Quand tu n'étais pas là, c'est moi qui devait servir de cerveau dans le groupe. Rustik et les jumeaux sont incapables de penser à plus d'une chose à la fois, et ils sont très lents. Astrid est d'une intelligence correcte, mais elle est plus obsédée par tout ce qui touche au combat que par la réflexion pure. Tu es l'esprit le plus brillant du village, personne ne peut dire le contraire. Et tu nous as cruellement manqué quand tu as disparu. C'est à ce moment que tout le monde s'est rendu compte que tu aidais beaucoup le village.

- Je ne suis pas sûr de faire une si grande différence, dit Harold en haussant les épaules. Tu es tout aussi intelligent que moi, les villageois le savent et te respectent pour ça.

- Je ne possède pas la même forme d'intelligence que toi, contre Varek. Je suis plutôt doué quand il s'agit de lire et de retenir des informations, mais j'ai du mal à les mettre en pratique, ou alors je le fais de façon maladroite. Toi, tu as un esprit créatif. Tu absorbes le savoir comme une éponge, tu questionnes ce que tu sais et tu cherches des réponses plus loin. Tu peux aussi inventer des tas de choses et concocter des plans auxquels jamais personne n'aurait pensé. Tu possèdes une vraie forme d'intelligence. Tu as toujours été comme ça. Si le village ne te respectait pas auparavant, c'était à cause des préjugés et parce que tu ne savais pas t'affirmer. Je pense que vivre au loin pendant cinq ans, en compagnie d'étrangers et de dragons t'a rendu un peu plus, plus sûr de toi. Tu es confiant dans ce que tu fais et dis.

- Euh, merci, dit Harold, un peu surpris.

- Dis-donc Varek, ce n'est pas parce que je m'absente que tu peux t'accaparer mon fiancé.

- Astrid! Je n'ai rien fais, je...

- Calme-toi Varek, dit Harold, elle te taquine, c'est tout.

- Vraiment?

- Oui, confirme Astrid en souriant. Vous parliez de quoi?

- Je ne sais plus exactement, répond Harold. Nous avons passé pas mal de sujets.

- Hum. Quand arrive-t-on? Les jumeaux se sont mis en tête de d'essayer d'attraper la queue de Crochefer en plein vol, ça va mal finir.

- Génial, nous avions vraiment besoin de ça, maugrée Harold. La prochaine fois, les jumeaux voyagent sur le drakkar.

- Bonne idée. Sinon, on arrive quand?

- Dans de nombreuses heures. Trop nombreuses, je crois. Nous allons forcément tuer les jumeaux avant d'atterrir.

- Ce ne sera pas une grande perte, dit Astrid. Comment est l'île? Et pourquoi l'appelle-tu l'île relais?

- Parce que c'est la seule île entre Berk et les Cueilleurs. Elle est à égale distance des deux îles, donc c'est un excellent point de repos, ou de relais. Elle est assez petite et personne n'y vit, pas même les dragons. Il n'y a aucun relief, tout est plat. Juste une forêt qui occupe le centre de l'île. En gros, elle ne présent aucun intérêt, ce qui explique qu'elle n'ait attirée l'attention de personne. Et ça en fait l'endroit idéal pour se reposer durant la nuit. De plus, les eaux alentours regorgent de poissons, donc nos dragons n'auront aucun mal à se nourrir.

- Comment tu la connais si bien? demande Varek. Je veux dire, tu n'as jamais fait le trajet entre l'île des Cueilleurs et Berk autrement qu'en drakkar, alors tu ne dois pas t'y être rendu très souvent?

- Faux. Rasemine et moi avons trouvé l'île il y a trois ans. Depuis, nous l'utilisions comme lieu d'entraînement quand nous prenions de nouvelles recrues pour un petit séjour loin de l'île. Nous n'y restions que quelques jours à chaque fois, mais nous avons fait le voyage assez souvent.

- Il y a combien de membres de la Garde? questionne Varek. Si vous vous y êtes rendu souvent, ça veut dire qu'il y a de nombreux membres.

- Pas forcément, ils ne réussissent pas tous à passer les épreuves ou à suivre l'entraînement. Aujourd'hui, il y a dix-sept membres de la Garde, sans me compter. Quand je suis parti, il n'y avait aucun candidat, donc je pense que le nombre n'a pas changé.

- Nous allons devoir nous bouger, dit Astrid, nous ne sommes que six sur Berk. Même si nous avons le meilleur.

- Nous ne pouvons pas précipiter les choses, réprouve Harold. Les jeunes de la génération suivante ne sont pas encore assez âgés, et ils ne sont pas nombreux non plus.

- Alors nous devrons nous assurer d'avoir plein de futurs berkiens, dit Astrid d'un air résolu. Nous ne pouvons garder un si bas nombre de dresseurs.

- Nous n'avons aucun contrôle sur ces choses-là, Astrid.

- Bien sûr que si. Et nous nous y mettrons tout de suite après notre mariage. C'est à nous d'assurer la prochaine génération, et j'ai bien l'intention d'y mettre tout mon cœur.

- J'ai peur de demander mais que veux-tu dire par là? interroge Harold.

- Rien d'inquiétant, tu n'as pas à t'en faire. Juste une question cependant : tu aimes les familles nombreuses?