J'envoie les RAR séparément, sans doute pas tout de suite d'ailleurs.
Bonne lecture … jusqu'à la note finale, et sanglante.
L'azur du ciel sera l'apaisement des loups.
La pleine lune est dans 7 jours, dans 7 jours, ma dernière transformation. Je serai à la fois avec Isolfe, et à la fois totalement seul. Je me mets à redouter ce moment autant que je l'espère. L'angoisse et la joie viennent me remplir le cœur à tour de rôle et cette alternance me rend nerveux
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Je m'en tiens à notre rythme habituel, je trouve toujours un sommeil apaisé dans les bras d'Isolfe, même si le désir me réveille chaque matin un peu plus tôt.
Mais chaque matin l'amenuisement de la pile de linge me renvoie à la prochaine pleine lune, à mon ultime pleinc lune.
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Trois autres jours se sont écoulés, l'angoisse ne me quitte plus, une basse obstinée, sur laquelle arrive à se surimposer de temps en temps un ineffable sentiment de joie, qui m'exalte et me fait souhaiter que le temps se hâte au devant de nous.
Une fois Isolfe baignée et enveloppée de linge blanc, si vite à nouveau rougi (comme ma malédiction était en moi profondément enracinée pour qu'il faille tout ce sang pour l'extirper enfin, en cette coulée sanglante et pourtant si douce et si paisible, à peine violente), je suis sorti et j'ai marché jusqu'au bord de la falaise. Des goélands passaient devant moi sans aucun battement d'aile, montant et descendant sur d'invisibles paraboles d'air.
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Je viens de vérifier dans ma vieille table d'astronomie l'heure exacte du lever de la lune. Dans deux jours, à 18 heures 48.
Je me sens devenir fébrile, est-ce mon loup qui s'agite, pressé lui aussi d'atteindre à sa délivrance ?
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Aujourd'hui est le 30 janvier ; après m'être occupé d'Isolfe, je suis allé prendre la lettre qui restait, seule avec la dernière chemise, dans le placard où je l'avais rangée hier soir. Mes yeux sont tout de suite allés se poser en bas de la feuille, mais n'y ont rien vu de plus que ce qu'ils avaient déjà lu. Une angoisse diffuse s'est insinuée en moi, j'ai dû m'assoeir. Ai-je failli à ma tâche, ou est-il tout simplement trop tôt ? Pour me rassurer, et retrouver le passage qui parlait bien pourtant du 30 janvier, je reprends ma lecture depuis le début.
Lorsque j'en arrive au dernier passage « les mots encore celés te seront alors visibles » , la suite de ce qu'Isolfe avait écrit apparaît.
Remus, nous sommes le 30 janvier, tu t'apprêtes à lire ce que je n'ai pas voulu te dévoiler il y a un mois, te laissant t'accoutumer à la présence du sang entre nous, avant qu'il ne te faille céder la place à ton loup, afin d'aller plus loin.
Tu auras remarqué que la dernière chemise est différente, de couleur bleu pâle et qu'il y a une dose de moins que de jours dans un cyle lunaire car la nuit du 31 janvier, celle de la pleine lune donc, restera exceptionnelle entre nous. Car nous allons être à nouveau l'un face à l'autre, moi la femme, toi le loup, comme chez Thoerdag, mais cette fois-ci seuls entre nous.
Juste avant la pleine lune, tu ôteras la dernière tunique rougie par le sang (nous la brûlerons ensemble) et tu me vêtiras de la chemise bleue.
Elle est plus courte, elle ne me couvrira pas les jambes, elle laissera couler le sang sur elles, et – as-tu déjà deviné ? - ce sera à toi, sous ta forme de loup, de t'en rassasier : c'est le tribut de sang que nous lui devons, celui qu'il attend pour pouvoir, lui aussi, se libérer de toi. Ne crains pas pour nous, ne crains pas l'odeur du sang pour lui, il la reconnaîtra pour ce qu'elle est pour lui : prédestinée et bénéfique.
Après avoir bu, il disparaîtra et, en même moment, un louveteau verra le jour. De ce loup sera issue une lignée dont le sort sera lié au nôtre…
(Nous garderons cette dernière chemise, je te dirai pourquoi plus tard, mais peut-être le pressens-tu déjà … )
Ensuite, tu redeviendras toi, l'homme que j'aime, l'homme définitivement débarrassé de sa malédiction, le sang aura cessé de couler et je me réveillerai.
Auras-tu remis tes bras autour de moi ?
O, Isolfe, j'avais deviné… ton sang et le loup, mais sans vouloir le reconnaître avant que tu ne me le confirmes. Ne fallait-il pas que, comme lors des deux premiers échanges, le sang passât de l'un à l'autre ? Afin que la malédiction en sa sanglante progression passe de Thoerdag à moi, puis à toi et revienne finalement à celui dans lequel sa force destructrice disparaîtrait – mon loup enfin rendu à son absolue nature animale, lui libéré de moi comme j'allais l'être de lui.
Je viens de m'apercevoir qu'il neige – sans doute depuis un bon moment. Tout est blanc à l'extérieur de la maison, les flocons se sont même accumulés dans le bas des fenêtres.
Je me dirige vers la porte pour l'ouvrir, je me rends compte que je tiens toujours la lettre précieusement serrée dans mes deux mains. Je la glisse dans la poche de ma chemise, je n'ai plus envie de m'en séparer : la garder sur moi, contre moi, est une nécessité, à la fois impérieuse et réconfortante.
Dehors, la couche de neige est épaisse de 2 pouces, aussi immaculée que la dernière chemise blanche , celle de ce matin, celle qui termine la série. Ne reste plus sur l'étagère que le vêtement bleu pâle, court, pour laisser couler le sang à boire.
Je fais quelques pas à l'extérieur, la neige molle n'offre pas la résistance crissante des neiges gelées, j'avance sans aucun bruit dans le silence du jardin ; même la mer est sans voix.
Je marche jusqu'à l'endroit où les petits chênes se forment plus qu'un léger bosselage sous les cristaux blancs … La neige s'est amassée sur mes épaules, présente sans rien peser. Deux corneilles passent au dessus de la maison en poussant leur cri, perturbant la chute des flocons autour d'elles.
Ce paysage de neige douce est un bienfait dont je ne veux pas priver Isolfe. Et la neige des Cornouailles me fait penser à celle du Wolfsberg, dans laquelle mon loup courait et portait Isolfe. Et comme je ne garde aucun souvenir, aucune sensation de cette course là, puisque la seule qui en ait la véritable connaissance est mon endormie, je vais m'approprier l'action du loup, en la reproduisant aujourd'hui – je vais entreindre Isolfe et la porter sous la neige.
Je rentre la chercher, l'enveloppe dans la couverture grise, après avoir glissé les chaussettes à ses pieds ; elle est dans mes bras, nous sortons tous les deux. L'air glacé arrive sur elle, son souffle se transforme en buée, le froid dessine sa respiration et la mienne. Nous marchons sans hâte et sans bruit dans le jardin moelleux et tendre.
Mon bonheur est si immense que je dois, pour l'appréhender, le mettre à la mesure des pas que je trace dans la neige, autour de ce jardin, autour de son domaine. J'avais aussi érigé, il y a quelques jours, sur la plage, un mur de galets autour de nous.
Quand nous sommes tous deux presque aussi blancs que le jardin, je reprends la direction de la maison, j' ai senti ma splendide frissonner, je l'ai vu tourner légèrement son visage vers moi pour l'abriter des flocons. Ces deux réactions, les premières auxquelles j'assiste, à peine perceptibles, marqueraient-elles le début de son réveil ? Avec un coup en plein milieu du cœur, je prends conscience que, dans à peine plus d'un jour, il faudra que je cède à nouveau la place au loup, que je le laisse seul avec elle encore endormie. Il faudra que je lui fasse totalement confiance, car j'aurai disparu et Isolfe dormira toujours. Lui seul assistera au dénouement. Il boira son sang, il lèchera ses jambes.
Je suis pris de vertige, l'air est brûlant dans mes poumons. Sous la neige, Isolfe tourne davantage son visage, vers moi, à la recherche d'un abri, à la recherche de chaleur et je sens le doux fléchissement de son poids contre moi. Nous sommes maintenant rentrés, je la débarrasse de la couverture enneigée, le rouge sur elle est un choc pour mes yeux et mon esprit après tout ce blanc, je m'allonge par terre et la prend sur moi afin de la réchauffer. Je lui murmure que j'ai envie d'elle mais que je l'attends.
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Mon loup se souviendra-t-il des mots d'Isolfe ? Ne crains pas pour nous, ne crains pas l'odeur du sang pour le loup en toi, il la reconnaîtra pour ce qu'elle est pour lui : prédestinée et bénéfique.
Mais elle et lui ne se connaissent-ils pas déjà ? Ne se sont-ils pas enfui ensemble ? Ne l'a-il pas défendue contre le loup noir ? Isolfe ne m'a-t-elle pas dit qu'il avait été avec elle comme un frère ? Et puis encore ce qu'elle a écrit sur lui : Après avoir bu, il disparaîtra et en même moment un louveteau verra le jour. Je ne serai donc pas le seul à être sauvé, à lui aussi Isolfe apporte une rédemption …
J'ai pris sa lettre sur moi ce matin, je la garde sur moi dans la journée et la reposerai sur la pile de linge ce soir, comme si je la couchais pour la nuit.
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Je m'interroge sur un aspect tout bêtement pratique : je ne devrai revêtir Isolfe de la dernière chemise que juste avant la pleine lune, soit à six heures et demi.
Or, j'ai toujours changé son vêtement le matin, alors que toutes ses fibres en étaient rougies et saturées. Que se passera-t-il quand, demain, je lui laisserai encore une chemise qui n'aura plus de zone blanche à offrir à la progression du rouge ? Mais pourquoi vouloir à tout prix penser que la prédiction pourrait ne pas s'accomplir jusqu'au bout ? Je m'interdis cette peur là. Rouge, blanc, quelle importance ! je repose mes yeux sur ma dormante bénévolente.
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Je songe à ce moment où Isolfe se réveillera enfin à côté de moi.
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Nous sommes le 31 janvier, le jour se lève, je suis réveillé depuis bien longtemps, je regarde le profil d'Isolfe, j'attends la pleine lune, je suis d'une sérénité absolue, comme si, enfin, je n'avais plus besoin de mes angoisses.
Et c'est parce que je suis habité de cet ineffable apaisement qu'un geste se forme tout seul, sans question et en toute innocence, au creux de mes mains. Un geste qui est au-delà du désir physique, un geste réverentiel. Je pose une main au milieu du filet rouge vif – j'ai l'impression que le sang coule plus vite et fort aujourd'hui. Je la fais remonter presque jusqu'à la source rouge, je la laisse là, posée sur la douceur de la peau, dans la tièdeur soyeuse de ce sang agile. Mais je n'y goûte pas, ce geste là appartient au loup, ce qu'il va faire, l'action finale qui nous détachera l'un de l'autre. Je redeviendrai totalement homme, il redeviendra totalement loup, nous apparaîtrons entièrement , et l'un, et l'autre.
Au cours de la journée, j'ai pensé à Thoerdag Søllenborg, persuadé qu'il devait suivre, de loin, mon cheminement. J'ai soudain été frappé par l'idée qu'il me serait dorénavant impossible de faire comme s'il n'avait jamais existé, au moment même où je vais être délivré de ce qu'il m'a légué – ce destin de loup-garou.
La sérénité de ce matin s'échappe de moi, elle coule entre mes doigts – le moment de grâce est passé.
Je voudrais rester calme, avoir le courage d'attendre placidement le soir, mais je suis gagné par une agitation croissante. Le rythme de la journée est cassé, de toute façon, pas de bain à donner, Isolfe va rester dans sa chemise rougie jusqu'à ce soir. Par moment, cette vision m'épouvante ! Et si la chemise n'en pouvait plus et que le sang se mette à déborder sur les draps et si Isolfe allait mourir, exsangue, sous mes yeux inutiles ?
Je reprends alors la lettre et la relis.
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La pleine lune se lève dans dix minutes, le ciel est totalement dégagé, la campagne est toute blanche, l'un et l'autre prêts à mettre en valeur celle que j'ai vue avec mes yeux d'enfant, mais dont je n'ai plus jamais goûté le spectacle qu'au travers de mes yeux de loup.
Encore cinq minutes.
J'ôte la dernière chemise longue, et j'habille Isolfe de la tunique bleue et courte – elle lui arrive à mi-cuisse. J'éloigne la chemise rougie, je vais la déposer dans la salle de bains. Je suis à nouveau prêt d'Isolfe, deux filets rouges sont apparus sur ses jambes, le sang vient les grossir tranquillement, sans couler sur le drap, comme s'il fallait que rien ne se perdît de ce fluide rouge réservé à mon loup.
Je me dévêts et m'allonge à côté d'Isolfe, sans que le désir ne vienne se glisser entre elle et moi – son heure n'est pas encore revenue. C'est étrange, cette transformation à laquelle je me prépare sans être dans la plus rigoureuse des solitudes, comme il y avait deux mois déjà, lorsque j'étais allé rejoindre Isolfe chez Thoerdag Søllenborg. Le loup alors avait été son allié, l'aidant à s'enfuir, et dans quelques minutes ils vont se retrouver à nouveau. Et ce qui va se passer entre eux me va me sauver définitivement et lui avec, en nous séparant l'un de l'autre. Je cesserai de partager mon existence avec lui, dorénavant je vais vivre avec Isolfe, mon enfin donnée.
Dernières secondes - je ne peux aller plus loin dans mon ultime transformation, dans cette ultime dépossession de moi, un dernier souffle de conscience, encore à peine humain, déjà si fortement animal une odeur vitale qui m'attire odeur de sang parfum rouge goût rouge dont je peux enfin me rassasier
attendue depuis si longtemps
enfin
rouge
chaud
déchiré
fertile
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Bien sûr, j'ai replacé mes bras autour d'elle, comme lors de chacune de ces 28 nuits que j'ai passées à côté d'elle, comment aurais-je pu faire autrement ? Elle s'est réveillée, et moi qui m'étais dit qu'il me faudrait lui laisser le temps de se remettre de cette si longue et si sanglante épreuve, je la désirais ardemment, je nous voulais à nouveau profondément intimes.
Elle devait avoir autant envie de moi que moi d'elle…nous avons fait l'amour après qu'elle m'eût demandé d'être doux avec elle. Il y eut encore un peu de sang entre nous, qui, cette fois-ci, laissa ses traces, sur les draps et sur nous.
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Fin du Loup et l'Azur ; j'avais prévu à l'origine une sorte d'épilogue, un moment d'intimité, léger et apaisé entre Remus et Isolfe, mais j'ai décidé que le jeu n'en valait vraiment pas la peine, et je cesse ici mes efforts fan-fictionnels.
Azkaban Azkaban restera en plan (et pourtant le texte outrepasse largement les quelques chapitres que j'ai mis en ligne) et je ne publierai pas ce que j'ai écrit de « La vie après le loup », un ensemble de textes beaucoup trop éloignés de l'univers Potter pour rencontrer une quelconque audience sur ce site.
L'écriture est toujours une préoccupation, impérieuse, douce et difficile, mais les résultats, inégaux, de mes efforts, restent pour le moment au chaud, dans le secret de mes fichiers Word.
Merci à ceux qui ont lu mon histoire et encore plus à ceux qui ont pris la peine de m'écrire.
