Chapitre 36: La porte écarlate

Draco avait dormi toute la matinée et Harry n'avait pas osé le déranger, même si, à quelques occasions, il était monté au deuxième, vérifier qu'il n'entendait pas de son pouvant lui indiquer que le blond était de nouveau malade, mais ce ne fût pas le cas. Vers treize heures, il décida de monter voir une énième fois comme se portait Draco et d'essayer de le persuadé de manger un morceau ou du moins de boire un verre d'eau. Il cogna brièvement à la porte et, après avoir entendu un faible "Entrez", se faufila dans la chambre dont le rideau était tiré. Draco était toujours couché, mais il était bien réveillé. Harry se dirigea vers la fenêtre et ouvrit le rideau de fin coton rayé bleu et blanc. Draco grogna en se cachant les yeux de son avant-bras.

"Je ne me rappelle pas t'avoir dit de toucher à ça!" Grogna-t-il de son ton agacé.

Harry ne s'en formalisa pas, il connaissait suffisamment le jeune homme pour savoir qu'il dissimulait sa peine derrière cette façade colérique. Il lui dit qu'il était passé midi et que s'il continuait à dormir, il resterait éveillé toute la nuit et que, de toute manière, il semblait assez rétabli pour manger un peu et surtout pour s'hydrater. Draco leva les yeux au ciel.

"Tu n'es pas ma mère Potter." Répliqua Malfoy, puis réalisant les mots qui venaient de franchir ses lèvres, un malaise se fit, mais eu tôt fait d'être dissipé par les paroles de Harry.

"Arrête donc de rouspéter, j'ai fait du spaghetti, mais n'ait pas d'attentes trop élevées, c'est de la sauce achetée." Répondit Harry sans accorder la moindre attention à l'air buté du jeune homme devant lui qui se contenta de hocher la tête avec un air rébarbatif.

Harry avait remarqué que, depuis leur arrivée à Privet Drive, Draco mangeait à peine. Normalement, le serpentard avait un bon appétit et, sans être gourmand, il ne l'avait jamais vu dédaigner un plat cuisiné par Mme Weasley lorsqu'ils étaient à square Grimmaurd. Il s'était d'abord demandé si c'était sa cuisine que le blond n'appréciait pas, mais visiblement, ce n'était pas que cela, car il avait pris soin de cuisiner ce qu'il savait que Draco aimait et la situation n'avait pas changé. Il comprenait que Draco était déprimé, mais il devait tout de même continuer de s'alimenter, il devait conserver ses forces, car ils ne pourraient demeurer ici indéfiniment. Si personne n'avait découvert leur cachette pour le moment, ce n'était pas dit que cela durerait encore longtemps. Un jour ou l'autre, quelqu'un viendrait voir, que ce soit un membre de l'Ordre ou un mangemort.

C'est pourquoi il devait trouver un moyen de contacter Ron et Hermione au plus vite, pour qu'ils puissent quitter ce lieu qui, d'ailleurs, ne lui rappelait que de mauvais souvenirs.

Lors du repas, Harry ne put s'empêcher de remarquer qu'encore une fois, le blond triait dans son assiette plus qu'il ne mangeait. Harry fit la conversation pour deux alors que l'autre répondait par monosyllabes d'une voix morne. Soudain, surprenant le gryffondor, Draco lui dit qu'il avait pensé à un moyen de prévenir Weasley et Granger du lieu où ils étaient, sans pour autant que le reste des membres de l'Ordre ne soient mis au courant. Harry l'écouta attentivement.

"Je pourrais leur rendre visite." Proposa Draco à voix basse.

Harry leva les sourcils, ne comprenant pas ce que le blond proposait.

"C'est comme ça que ma mère m'a rendu ma baguette, je pourrais faire la même chose. Si elle l'a fait, je ne pense pas que ce soit risqué… Je veux dire, c'était avant qu'elle ne perdre le contrôle." Ajouta Draco alors que cette fois-ci les sourcils du brun se fronçaient avec désapprobation.

"Il n'en est pas question! Je n'arrive pas à croire que tu désires encore utilisée cette satanée magie, pas après tout ça!" S'exclama Harry, choqué.

Draco haussa les épaules, agacé. "J'essaie seulement de trouver une solution, je n'en vois pas d'autres, pas besoin de monter sur tes grands chevaux. Tu ne connais rien de cette magie, de ses effets…"

"Toi non plus!" Contra Harry.

"Je sais que c'est un don de ma mère, qu'elle fait partie de moi. Il doit y avoir un moyen de l'utiliser intelligemment." Argumenta Draco en reposant la fourchette qu'il tenait dans son assiette, faisant teinter les couverts.

Harry secoua la tête négativement, aucunement convaincu. Il avait vu les effets de cette maudite magie sur Narcissa, sur Étienne Frédyk et sur Lucius Malfoy, rien de bon n'émanait d'elle, bien au contraire. Comment le blond pouvait-il encore en douter?

"Je crois que nous devons continuer de chercher une solution autre que celle-là." Dit Harry.

Draco soupira en répondant à l'autre qu'il pouvait bien faire ce qu'il voulait et que ce n'était pas lui qui allait se plaindre de l'absence des deux gryffondors. Harry le dévisagea avec irritation, trouvant qu'il avait une réaction puérile.

"Bon, voilà le bon vieux Malfoy qui refait surface… Je ne pouvais pas dire qu'il me manquait." Railla Harry en levant les yeux au ciel.

L'interpellé leva un sourcil. "Je ne vois pas de quoi tu parles, Potter." Dit-il d'une voix traînante en mettant l'accent sur l'emploi du nom de famille de Harry.

Le gryffondor afficha un mince sourire, amusé.

"Quelque chose t'amuse?" Répondit Draco du tac au tac.

Harry ne répondit pas, mais il plongea son regard dans celui du blond, l'observant longuement en silence, un air taquin et provocateur sur le visage. Draco soutint son regard d'un air de défi. Sans savoir d'où il tirait ce courage, Harry se leva de son côté de la table et prit place à côté de Draco. Il pouvait sentir son cœur tambouriné fortement dans sa poitrine et il se demanda si l'autre pouvait l'entendre tellement le son lui paraissait fort. Une lueur de doute passa dans les yeux de Draco, comme s'il se demandait ce que Harry s'apprêtait à faire.

"Quelque chose te trouble, Malfoy?" Dit Harry en employant sciemment le nom de famille du blond, un sourire provocateur sur les lèvres.

Draco hésita un moment, ouvrant, puis refermant la bouche. Harry prit son courage à deux mains et posa ses lèvres sur celles du blond qui resta figé un instant avant de le repousser brusquement. Surpris, Harry recula d'un pas.

"Je suis désolé." Dit immédiatement Harry, mortifié.

"Non, ce n'est pas… c'est moi. Je… Je t'ai laissé croire que c'était… possible." Dit Draco en balbutiant d'une manière qui ne lui ressemblait pas, se levant et prenant son assiette encore pleine dans le but d'aller la porter dans la cuisine et laissant Harry seul dans la pièce.


"Mione, je ne veux pas que tu penses que je ne te fais pas confiance, mais es-tu certaine de ce que nous faisons?" Murmura Ron en jetant un regard en direction de Luna Lovegood qui chantonnait toute seule en les suivant à quelques pas.

Ils marchaient déjà depuis de nombreuses minutes dans la rue déserte et la serdaigle n'avait plus parlé depuis qu'elle leur avait donné l'adresse à laquelle ils devaient se rendre. Tout cela avait commencé le matin même, après qu'ils eurent pris leur petit déjeuner dans une ambiance lourde et inconfortable avec les autres habitants de square Grimmaurd. Hermione avait alors entraîné Ron jusque dans sa chambre où Luna les attendait déjà, un mince sourire aux lèvres. Hermione lui avait alors raconté comment la blonde était venue cogner à sa porte la veille, après le départ de Ron de sa chambre, pour lui dire qu'elle avait reçu une information comme quoi Harry et Draco étaient en danger. Elle avait ensuite dit qu'elle connaissait quelqu'un qui pourrait sans doute les aider à trouver où ils se cachaient, mais elle n'avait pas voulu dévoiler son nom, disant qu'elle les conduirait là-bas dès le lendemain.

Hermione avait tenté de lui poser de plus amples questions sur comment et de qui elle avait obtenu cette information, mais Luna avait refusé de répondre catégoriquement, prétextant qu'ils étaient sous écoute et qu'ils ne pourraient pas parler tant qu'ils n'auraient pas quitté square Grimmaurd. Lorsque Hermione lui avait raconté cela, la réaction de Ron avait été vive. Il n'arrivait pas à croire que Hermione croyait ce que lui avait dit Luna, tout ce qu'elle disait ne faisait aucun sens, elle croyait en toutes sortes de choses qui n'existaient même pas.

Hermione savait bien qu'il était peu probable que la jeune femme ait obtenu une information fiable sur Harry et Draco et le lieu où ils se trouvaient, si, eux-mêmes, ses meilleurs amis, l'ignoraient. Après tout, la serdaigle ne sortait jamais du QG et elle travaillait toute la journée avec Neville, alors, où et comment aurait-elle pu avoir une telle information? Cela était illogique. Pourquoi refusait-elle de leur dire où ils devaient se rendre? Qui était cette personne qu'ils devaient aller voir et, surtout, pourquoi cette personne serait-elle au courant du lieu où se trouvaient Harry et Draco?

Hermione faisait confiance à la jeune femme et elle savait que celle-ci ne les amènerait jamais volontairement dans un piège, mais, lorsque, une fois sorti en catimini de square Grimmaurd, elle leur avait dit qu'ils devaient se rendre dans l'allée des embrumes, elle ne put s'empêcher de penser que peut-être que c'était Luna elle-même qui s'était fait embobiner. L'allée des embrumes était, en temps normal, un lieu très peur recommandable, mais, depuis le retour de Voldemort, la situation s'était empirée et il s'agissait dorénavant d'un lieu dangereux.

Ils avançaient lentement dans l'allée presque déserte, sur leurs gardes, tirant sur le capuchon de leur cape dont ils s'étaient recouverts la tête, dans le but de passer le plus inaperçus possible. Seule Luna marchait à tête découverte et ne semblait pas se soucier du danger. Ils s'attendaient à rencontrer des mangemorts à chaque coin de rue, mais, pour l'instant, personne ne leur portait attention et tout se passait bien.

"As-tu une meilleure idée?" Demanda Hermione à voix basse, évitant de regarder le rouquin dans les yeux, espérant ainsi dissimuler ses propres doutes.

"Oui, tout serait mieux que d'être ici, en ce moment, à s'apprêter à rencontrer Merlin sait quel mage noir parce que Loufoca a imaginé que c'était une bonne idée." Ronchonna Ron en chuchotant.

Il sursauta en poussant un petit cri en sentant quelqu'un agripper son épaule, puis relaxa en constatant que c'était seulement Luna. "Je n'ai rien imaginé, je sais qu'il pourra nous aider, c'est juste ici." Dit-elle en pointant un escalier sur leur gauche.

L'escalier menait à une porte peinte en rouge écarlate, ce qui contrastait fortement avec le reste du paysage qui était de différentes teintes de gris ou de brun. Ron jeta un regard incertain à Hermione qui soupira, se disant que de toute manière, c'était leur seule piste et que si les choses viraient mal, ils étaient toujours trois. Luna, sans une once d'hésitation, monta les marches et les invita à la suivre. Les quelques passants présents dans la rue quelques instants plus tard semblaient s'être volatilisés et un silence oppressant régnait sur la rue. Après une fraction de seconde d'hésitation, Hermione suivit Luna et, finalement, Ron lui emboita le pas, maugréant à voix basse.

La gryffondor tendit la main vers le heurtoir doré de la porte, mais, avant qu'elle n'ait pu y toucher, la porte s'ouvrit d'elle-même en grinçant légèrement sur ses gonds. Cette fois-ci, elle n'hésita pas et pénétra dans l'immeuble, suivi de prêt par ses amis. La porte se referma alors doucement derrière eux. Hermione s'aperçut alors qu'ils étaient dans un magasin même si cela aurait pu ressembler davantage à une sorte de musée. Divers objets disparates étaient posés sur les étagères ou dans les présentoirs de verre autour d'eux. Des squelettes de créatures magiques côtoyaient des boules de cristal, des amulettes dans leur écrin de velours, des sabres, des tableaux, des bocaux renfermant toutes sortes de choses douteuses, un couple de pantins de bois et, dans un coin, un rouet de bois. Il n'y avait pas un espace qui était vide et pourtant tout était d'une propreté étincelante, comme si on venait de tout épousseter quelques instants auparavant.

Hermione remarqua un immense bateau dans une bouteille et, en s'approchant, elle constata que ce dernier flottait sur une eau qui était en mouvement au fond la bouteille et les voiles étaient soulevées par un vent imaginaire. En observant plus attentivement, elle vit alors un équipage miniature qui s'affairait sur le pont.

"Je constate que ma caravelle a attiré votre attention, ma chère." Dit alors une voix provenant du fond de la boutique, la faisant sursauter vivement, ainsi que Ron.

Ils se retournèrent vers celui qui avait parlé et qui venait de franchir un rideau de velours du même ton écarlate que la porte d'entrée de la boutique, celle-ci dissimulait sans doute le passage vers l'arrière-boutique. Hermione se demanda quels objets encore plus intéressants et mystérieux pouvaient se cacher derrière ce rideau, loin des regards indiscrets. L'homme était de petite taille, il semblait âgé environ d'une quarantaine d'années, ses cheveux châtains foncés tombaient de chaque côté de son visage moqueur et il portait une robe de sorcier grise taillée avec soin. Il avançait en boitant et s'appuyait sur une canne au pommeau d'argent à chaque pas.

"Les marins, ils…" Commença-t-elle en pointant le navire.

"Ils sont vivants." Finit l'homme en la dévisageant avec un sourire jovial, mais qui avait quelque chose d'inquiétant.

"Comment est-ce possible?" Demanda Hermione en jetant un nouveau regard à l'équipage qui vaquait à ses occupations.

Le sourire de l'homme s'élargit alors qu'il s'approcha d'elle, réduisant la distance entre eux à moins d'un mètre. "Bien de choses sont possibles, mais ce n'est pas pour cela que vous êtes ici, n'est-ce pas Miss Granger?"

Cette fois-ci, elle sentit son sang se glacer dans ses veines. Sans perdre une seconde, Ron avança à ses côtés en pointant sa baguette devant lui d'un air se voulant menaçant. L'homme continue de sourire à Hermione, sans porter aucune attention à Ron. Luna, quant à elle, gardait le silence et regardait les objets l'entourant, comme si ce qui se déroulait devant elle ne la concernait pas.

"Comment savez-vous mon nom?" Demanda Hermione.

"Je sais beaucoup de choses, comme où se trouvent vos amis, alors, si vous voulez obtenir mon aide, je vous suggère, Mr. Weasley, de ranger votre baguette." Répondit-il en se tournant vers Ron, toute trace de son sourire ayant quitté son visage.

Ron jeta un regard à Hermione, pointant toujours sa baguette vers l'homme inconnu, puis Hermione lui fit signe de ranger sa baguette. Il obtempéra finalement, la rangeant dans sa poche en disant qu'il savait que c'était une mauvaise idée de venir jusqu'ici.

"Où sont-ils?" Dit alors Hermione, ne souhaitant pas s'éterniser ici et, surtout, désirant s'éloigner de ce sorcier inquiétant le plus rapidement possible, car il ne lui inspirait aucunement confiance.

Le sorcier sourit alors de nouveau, sa bonne humeur ou plutôt son semblant de bonne humeur semblant être de retour. "Si impatiente… mais une telle information vaut son pesant d'or."

"Nous n'avons pas beaucoup d'argent, que désirez-vous en retour?" Demanda Hermione en ayant la ferme impression qu'elle s'apprêtait à faire un pacte avec le diable et cela, sans savoir si cet homme lui donnerait une information valide, après tout, il pouvait leur dire n'importe quoi.

"Comment être sûr que ce que vous nous direz est vrai et que vous n'essayerez pas de nous tromper? Et comment pouvez-vous savoir de telles choses?" Dit alors Ron d'un ton méfiant.

Dans un coin de la pièce, une immense horloge coucou sonna.

"Je respecte toujours les ententes que je conclus." Répondit l'homme.

Luna qui jusque-là s'était contenté de regarder les divers objets présents dans la boutique se rapprocha alors de ses deux amis, visiblement imperméable à l'étrangeté de la situation. "Il dit vrai, c'est mon père qui me l'a affirmé."

"Est-ce que c'est censé nous rassurer?" Chuchota Ron en direction d'Hermione.

"Quel est votre prix?" Demanda alors Hermione d'un ton décidé, elle ne pouvait pas laisser passer la chance de retrouver ses deux amis, elle devait tout tenter.

"Oh, presque rien, je veux que vous m'apportiez la main en argent de Peter Pettigrew, et ce, sans le tuer, mais soyez sans crainte, vous pourrez toujours me payer plus tard." Répondit l'homme.

"La main de Queudver? Que voulez-vous en faire?" Demanda Ron en plissant les yeux.

"Disons, l'ajouter à ma collection… Et monsieur Pettigrew a toujours une dette impayée envers moi." Expliqua l'homme.

"Et si nous… ne réussissons pas?" Demanda Hermione.

"Dans ce cas, je verrai à ajouter autre chose à ma collection…" Répondit-il d'un ton menaçant qui fit frissonner les deux gryffondors.

"Laissez-nous un moment pour nous consulter." Demanda Hermione en se tournant vers ses amis.

"Très bien, mais ne soyez pas trop long, l'heure tourne…" Répondit l'homme, les yeux pétillants de malice.

Hermione demanda à Luna d'où elle connaissait cet homme et si on pouvait lui faire confiance. La serdaigle répondit que c'était son père qui le connaissait depuis une vingtaine d'années et qui lui avait parlé de lui. Elle croyait sincèrement qu'il pourrait les aider, car il était un mage puissant qui possédait un savoir étendu dans des sphères de la magie qui étaient aujourd'hui oubliées ou inexplorées par la majorité des sorciers. Ron souligna que si ces aspects de la magie étaient mis de côté, c'était peut-être pour une raison et qu'ils devaient se méfier de lui, tout était bizarre et inspirait la méfiance.

Pourquoi cet homme voulait-il la main de Queudver? Quelle sorte de dette pouvait bien avoir le serviteur de Voldemort envers lui? Tout cela appelait à une grande méfiance, d'autant plus que ce qu'il demandait en échange serait très difficile à obtenir sans tuer Pettigrow et s'il ne parvenait pas à l'obtenir… Non, Ron dit qu'on ne pouvait pas lui faire confiance. Hermione hésitait, ne voulant pas passer à côté de la chance de retrouver ses amis qui étaient peut-être en danger. Elle faisait confiance à Luna, même si elle était lunatique et un peu bizarre, elle savait qu'elle pouvait se fier à elle. Hermione ajouta que la main de Pettigrow serait certainement difficile à obtenir, mais certainement pas impossible. Ils devaient tenter le coût, même si cet homme et ses motivations étaient assurément louches.

"Marché conclu." Dit Hermione, lorsqu'elle eut fini de consulter ses amis.

Ron était toujours incertain et soupirait bruyamment, mais personne ne lui portait attention. L'homme, quant à lui, sourit largement à la gryffondor et il les invita à le suivre dans l'arrière-boutique. Contrairement à ce que Hermione aurait pu penser, dès qu'ils eurent franchi le rideau, ils ne furent pas en présence d'objets encore plus mystérieux, bien au contraire. L'arrière-boutique était encombrée et poussiéreuse, contrairement au reste de la boutique. Une table de travail taché de peinture et de bran de scie prenait presque toute la place, laissant deviner que c'était à cet endroit que les objets étaient réparés avant d'être exposés dans la boutique.

L'homme les invita à s'installer autour de ladite table de bois non verni et sortit un grand bol en cuivre qu'il posa devant lui, puis, il ouvrit une petite malle dans laquelle se trouvaient de nombreuses fioles qui devaient contenir des ingrédients de potion. Il vida le contenu de certaine dans le bol, ce qui était surprenant se dit Hermione, car elle n'avait jamais vu de potion pouvant être faite sans être chauffée par un brûleur auparavant. Après avoir jeté une dernière pincée d'une poudre rose dans le contenant, l'homme murmura une incantation en passant sa main par-dessus le bol et un bruit de pétard se fit entendre, faisant sursauter les trois étudiants qui ne s'y attendaient pas.

Un nuage de fumée rose foncé se forma au-dessus du bol de cuivre et tous les regards se tournèrent alors vers ce dernier lorsqu'une image y apparut, comme si on utilisait un projecteur.

Ron fronça les sourcils en regardant attentivement l'image méconnaissable projetée sur la fumée. "Qu'est-ce que c'est?" Demanda-t-il, mais Hermione se contenta de hocher les épaules, cherchant elle aussi ce que représentait l'image qui était apparue devant eux.

L'image était floue et instable, puis elle se clarifia un bref instant, mais ce fut suffisant pour Luna qui reconnut immédiatement de quoi il s'agissait. "Ce sont les cuisines de Poudlard!" S'exclama Luna Lovegood.

Hermione reconnut aussi le lieu où elle s'était souvent aventurée pour rendre visite aux elfes de maison de Poudlard dans le cadre de ses activités touchant la SALE.

"C'est impossible, ils ne peuvent pas être à Poudlard. L'école est fermée, c'est le ministère qui la contrôle pour y faire Merlin sait quoi." Dit Ron d'un ton sceptique.

"Pourquoi iraient-ils là-bas?" Ajouta Hermione qui elle aussi doutait que les deux jeunes hommes soient rendus là-bas.

Le nuage rose se dissipa en même temps que l'image qui y était projetée. L'homme mystérieux hocha les épaules.

"J'ignore pourquoi ils sont à Poudlard, mais il n'y a pas d'erreur, ils sont bien à cet endroit. Vous feriez mieux de partir si vous voulez leur venir en aide et me payer mon dû." Dit l'homme d'un ton sans appel.

Hermione n'aimait pas le ton avec lequel cet homme s'adressait à eux et elle se méfiait encore plus de lui à présent. Regrettant d'avoir dû conclure un accord avec lui. Les trois amis sortirent de l'arrière-boutique et se dirigèrent vers la sortie, ayant hâte de quitter cet homme et cet endroit.

"Salue Xenophillus de ma part Luna et rappelle-lui qu'il me doit toujours ce petit…service." Dit l'homme alors qu'ils quittaient la boutique.

Luna acquiesça sans rien dire et franchit la porte écarlate menant à l'extérieur.


Rogue sursauta presque en entendant cogner à la porte. Il se leva rapidement pour aller ouvrir et constata sans surprise que c'était Remus Lupin qui se tenait de l'autre côté. Il l'avait contacté immédiatement après sa rencontre avec Dumbledore et lui avait dit de venir le rejoindre le plus rapidement possible à l'Impasse du tisseur, car ils devaient discuter de choses importantes qui regardaient, entre autres Harry Potter. Vu l'heure tardive, cependant, vu l'heure tardive, il n'attendait plus la visite du membre de l'Ordre du phénix depuis quelques heures.

Severus lui fit signe d'entrer, ce que fit le loup-garou, mais il n'enleva pas son manteau élimé et trop grand et resta planté devant lui, au milieu du portique, les bras croisés, comme si à tout instant, il s'apprêtait à tourner les talons et à partir.

"Je ne savais pas si tu viendrais." Dit Rogue en soutenant le regard froid de Remus.

"La seule raison pour laquelle je suis ici, c'est parce que tu m'as dit que c'était important et que ça concernait Harry et Draco." Répondit Remus, les bras toujours croisés sur sa poitrine.

Rogue hocha lentement la tête, réfléchissant longuement aux prochains mots qu'il dirait, comme si Remus était un animal dangereux qui pouvait lui sauter dessus au moindre faux pas. Remus n'avait toujours pas décoléré de ce qui s'était passé au manoir Malfoy et surtout, de la manière dont il avait laissé Harry et Hermione l'accompagner pour chercher son filleul. Après l'énorme dispute qu'ils avaient eue ce soir-là, ils ne s'étaient pas reparlé et avaient plutôt pris grand soin de s'éviter.

"J'ai discuté avec Dumbledore et il voulait utiliser la magie du sang de Draco à son avantage. Je lui ai dit que je ferais tout pour l'en empêcher et c'est effectivement ce que je compte faire." Expliqua Rogue brièvement allant droit au but, sans prendre de détour, comme cela était son habitude.

Il guetta la réaction de l'autre, car ce n'était pas la première fois que le maître des potions émettait des doutes sur Dumbledore auprès de Remus et, à chaque fois, ce dernier lui disait qu'il se faisait des idées que l'ancien directeur de Poudlard était un homme bienfaisant et qu'ils devaient absolument lui faire confiance. Severus savait que si Remus lui tenait encore ce discours, la dispute qu'ils avaient eu suite à la bataille ne serait qu'une peccadille en comparaison avec celle qu'ils auraient dans les minutes à suivre et il ne se sentait absolument pas l'énergie pour cela.

Cette fois-ci, à l'opposé, Remus fronça les sourcils sans rien dire, attentif et sérieux. Encouragé, Rogue continua à lui rapporter l'échange qu'il avait eu avec Dumbledore et, plus son histoire avançait, plus la mine de l'homme devant devenait grave. Il lui raconta aussi ce qui concernait Harry, comment le vieux sorcier semblait vouloir l'utiliser et comment il ne reculerait devant aucun sacrifice pour gagner cette guerre. Lorsqu'il eut terminé, Remus le regardait dans les yeux avec une telle intensité, que c'en était presque insoutenable. Ses yeux bruns affichaient maintenant une lueur dorée et il savait que c'était parce qu'il ressentait une forte émotion et que c'était son loup qui ressurgissait en lui, dans ces moments-là.

"On ne peut pas le laisser faire. Il doit y avoir une solution, il le faut." Conclut Remus d'une voix déterminée.

"Pour l'instant, tout le monde ignore où ils sont, c'est peut-être mieux ainsi. Quoi que cela me coûte de dire ça, Potter est intelligent et s'il ne veut pas qu'on le trouve, cela risque de rendre la tâche assez difficile. Étant donné que le Seigneur des ténèbres est à ses trousses, c'est, en soi, une bonne chose, mais pas pour nous. Quoi qu'il en soit, il faut les retrouver avant Dumbledore ou le reste de l'Ordre." Dit Rogue pensivement.

"Je pense qu'Hermione sait quelque chose, mais elle n'a rien voulu me dire." Dit Remus en racontant la manière dont ils avaient interrogé Ron et Hermione la veille.

Severus acquiesça, Weasley et Granger seraient certainement les plus utiles pour aider à retrouver Potter, étant donné les liens qui les unissaient. Bien entendu, utiliser du véritasérum sur la jeune femme leur donnerait toutes les réponses qu'ils désiraient, mais Severus savait très bien que Remus ne le laisserait jamais faire, ni aucun autre membre de l'Ordre, sauf peut-être Fol'œil s'il avait encore été vivant. Severus n'avait pas pensé, lorsqu'il avait dit à Draco de partir avec Harry, lors de la bataille au manoir Malfoy, que ce dernier irait ailleurs qu'à square Grimmaurd. Il connaissait assez bien son filleul pour savoir que ce n'était certainement pas lui qui devait avoir suggéré à Harry de partir, mais bien le contraire.

Severus ne comprenait pas pourquoi le survivant n'avait pas voulu retourner au QG de l'Ordre, là où se trouvaient ses amis et où il savait qu'il serait en sécurité. Était-il possible que Potter ait pressenti les véritables intentions de Dumbledore? Cela lui semblait peu probable, le jeune homme semblait vouer une obéissance sans borne à l'ancien directeur de Poudlard, mais d'un autre côté, il devait admettre qu'il avait aussi la manie de découvrir bien des choses qui devaient, de prime abord, demeurer secrètes. C'est d'ailleurs ce qu'il avait fait durant toutes les années de sa scolarité à Poudlard, déjouant à chaque fois les plans de Voldemort, mais aussi ceux mis en place par les professeurs et le directeur pour protéger les élèves. Ce jeune homme avait une propension plus qu'agaçante à enfreindre les règles et à se jouer de l'autorité.

"Miss Granger et M. Weasley ne trahiront jamais leur ami, tu le sais tout aussi bien que moi et s'ils ont refusé de te parler, il n'y a aucune chance qu'ils se confient à moi. Il faudra les tenir à l'œil, car Potter tentera sûrement de les contacter. Peu importe son plan ou l'idée qu'il a derrière la tête, il voudra avoir ses deux meilleurs amis avec lui pour le mettre à exécution, c'est de cette façon qu'ils ont toujours procédé." Répondit le maître des potions d'une voix posée et réfléchie.

Remus hocha la tête en décroisant ses bras. "Tu as raison."

Un silence pesant se fit alors entre eux. Dans la demeure silencieuse de l'ancien directeur de la maison Serpentard, on pouvait entendre le son de la pendule de l'horloge grand-père qui était dans le salon. Le souvenir de la terrible dispute qu'ils avaient eu la veille planait encore au-dessus d'eux et, si la tension avait diminué lorsqu'il avait discuté d'autres choses, elle se remettait lentement en place plus le silence perdurait. Les paroles qu'ils avaient échangées étaient encore trop fraîches dans leur esprit pour qu'ils puissent en faire fi. Remus toussa pour meubler le silence, ajusta son écharpe autour de son cou et recula d'un pas vers la porte d'entrée, s'apprêtant à partir.

"Il est tard… tu peux rester." Suggéra Severus Rogue en voyant que l'autre homme allait s'en aller.

À peine ces paroles eurent-elles franchi ses lèvres, que Severus les regretta. Il était en colère contre l'homme devant lui, ils s'étaient disputés si violemment la veille. Comment pouvait-il proposer une telle chose? Normalement, il ne se serait jamais incliné devant qui que ce soit de la sorte, car il avait l'impression qu'en cessant d'être fâché en premier, il s'avouait vaincu. Habituellement, il se serait entêté à rester froid et distant, jusqu'à ce que l'autre personne vienne faire la paix avec lui ou lui présenter des excuses qu'il aurait acceptées du bout des lèvres, comme si cela lui répugnait au plus haut point. Avec Remus, il devait bien l'avouer même s'il répugnait à le faire, c'était différent.

Remus continua son mouvement, jusqu'à ce que sa main touche à la poignée, puis il plongea son regard dans celui de Rogue et soupira. "Severus…"

Severus soupira à son tour, mais d'agacement. "Oublie ça." Dit-il d'un ton redevenu froid, en serrant les dents.

Remus lâcha la poignée, mais ne bougea pas et lança un regard triste à l'autre sorcier. Severus se tendit encore plus en voyant cela et fit un claquement de langue agacé en levant un sourcil. Cet air faisait habituellement se recroqueviller ses élèves, mais pas Remus.

"Cesse de faire ton air de chien battu, ce serait plutôt moi qui devrais afficher cette mine misérable, si je m'abaissais à de telles choses." Grogna Severus.

"Tu sais tout aussi bien que moi pourquoi je dois partir." Répondit le loup-garou avec un air fatigué, comme s'il répliquait pour la millième fois une consigne particulièrement simple à un enfant.

"Non, je ne comprends absolument pas pourquoi." Dit Severus d'un ton sec où pouvait se sentir la frustration accumulée d'une conversation qu'ils avaient trop souvent eue et qui se soldait toujours de la même manière.

"Nous avions convenu qu'il fallait mettre un terme à…ça." Dit Remus sans regarder l'homme devant lui.

Jamais Severus ne l'aurait avoué, même sous la torture, mais il sentit son cœur s'enserrer douloureusement en entendant les paroles de Remus. Cela faisait tellement longtemps qu'il ne s'était pas permis de ressentir une telle chose que la douleur le surprit, mais il ferma son visage et son esprit pour que rien ne transparaisse.

"…Ça?" Répéta Severus à voix basse.

Remus hocha les épaules et passa une main nerveuse dans ses cheveux désordonnés. "Ne rends pas ça plus difficile… Nous avions convenu…"

Rogue s'avança jusqu'à Remus, jusqu'à ce qu'une distance d'un pas les sépare. Le masque de froideur qu'il portait en tout temps se brisa soudainement, comme soumis à une trop forte affluence d'émotions.

"Je n'ai rien convenu du tout, c'est toi qui as pris cette décision et toi seul!" Grogna Severus Rogue, en colère.

Il comprenait que Remus soit en colère contre lui suite aux évènements qui les avaient conduits au Manoir Malfoy. Il n'aurait pas dû permettre à Hermione Granger et à Potter de l'accompagner à l'Impasse du tisseur. Il n'avait pas bronché lorsque la colère de Lupin s'était abattue sur lui la veille, se contentant d'afficher une mine indifférente en laissant pleuvoir les reproches en serrant les dents. Il ne s'était pas attendu, par contre, à ce que Remus mette un terme à ce qu'il y avait entre eux, à défaut de pouvoir appeler ça une réelle relation. Personne n'était au courant du rôle que chacun jouait dans la vie de l'autre depuis quelques mois, en fait, cela avait commencé un peu après la mort de Sirius. Les deux hommes ne désiraient pas afficher leur lien devant les autres membres de l'Ordre, sachant les regards en coin et les murmures que cela occasionnerait. Si, au départ, ils s

"C'est la guerre! Les gens meurent! Tu le sais mieux que quiconque... Nous ne pouvons pas…" Commença Remus, mais il fut interrompu par l'autre.

"Justement! Mon meilleur ami est mort avant même de pouvoir revoir son fils, je mourrai peut-être demain ou peut-être que ce sera toi. On ne sait pas qui va gagner cette guerre, alors c'est complètement ridicule d'arrêter de vivre. Moi en tout cas, je ne le ferai pas… non, pas de nouveau! Ça fait trop longtemps que je n'ai pas ressenti ça, comme tu dis…" Coupa Severus, puis, il ferma l'espace se trouvant entre eux et embrassa Remus avec avidité.

Remus répondit aussitôt au baiser, calant son corps contre celui de l'autre sorcier. Severus referma ses bras autour de la taille du loup-garou qui fit glisser ses mains autour de son torse en retour. Le baiser dura un long moment, puis Severus y mit fin, reculant d'un pas, le visage rougi. Remus sembla alors se rendre compte de ce qui était en train de se passer et recula à son tour, comme pris de panique.

"Je… je dois partir." Dit Remus en tournant la poignée et en entrouvrant la porte.

"Te torturer, t'empêcher de vivre et te murer dans la culpabilité ne ramènera pas Sirius. Crois-moi, j'en sais quelque chose." Répliqua Rogue d'une voix triste.

"Ce n'est pas de cela qu'il est question…" Murmura le sorcier.

"En es-tu vraiment sûr?" Demanda Severus en le dévisageant, cherchant à connaître la vérité sur les sentiments de l'homme devant lui.

"Je… Ne me contacte que si tu as du nouveau concernant Draco ou Harry, je dois y aller, il se fait tard." Répondit simplement Remus avant de franchir la porte d'un pas rapide, la claquant derrière lui.

Severus ne tenta pas de le retenir, mais lorsque la porte se referma, il serra sa mâchoire si fort qu'il sentit ses dents crisser les unes contre les autres.


Note de l'auteur :

Chers lecteurs,

Suprise! (Je parle ici de la relation Remus\Severus) Je sais que ça sort de nulle part, mais ça me tentait trop et je voulais donner plus de place à Severus dans ma fic, je m'ennuyais de lui, haha! Surtout depuis que j'ai tué Narcissa, Lucius, Étienne et le botaniste américain qui vous tenait TELLEMENT à cœur, je sais que plusieurs ont dû vraiment être attristés par la mort de ce personnage qui n'a certes pas occupé un rôle de premier ordre, mais qui était un figurant particulièrement touchant… Non? :P (Sans parler de la mangemort sans nom qui est morte brûlée!) Donc, si je continue à ajouter à cette hécatombe sans introduire du sang neuf, il ne restera plus grand monde…

Dans un autre ordre d'idées, je vous propose un petit jeu pour ce chapitre. Tous ceux qui devineront le nom du personnage duquel est fortement inspiré le sorcier mystérieux de l'allée des embrumes recevront un extrait du prochain chapitre en grande primeur. Bonne chance à tous!

Merci de me lire, de commenter et de m'encourager,

Harley Q.