Merci à Haki pour ta review super gentille, ça m'a fait très plaisir! Du coup, oui, j'ai d'autres chapitres en prévision pour ce recueil.
Je me suis penchée sur ta proposition de Yoh/Hao, tu pouvais tout à fait te permettre, j'aime bien qu'on me fasse des suggestions. Par contre, je n'aime pas du tout le twincest avec ces deux-là mais puisque c'est apparemment la relation entre les deux frères et pas la romance qui t'intéresse, je me suis dit, allons-y. L'ennui, c'est que c'était... vraiment mauvais XD Je réessayerai d'écrire sur eux deux, quand même.
Ce que je publie là n'a rien à voir, mais j'espère, si tu repasses par ici, que ça te plaira quand même. Merci à toi, encore une fois.
The Curse - Agnes Obel
Personnages : Horo Horo, Ren
Rating: K
Genre : Dépressif. Angst et slash léger.
OS en trois morceaux écrits sur un coup de tête, parce que je devrais être dans mon rapport de stage et mon mémoire et que je m'étais promise de plus retraîner sur ce site avant le mois de juin, mais... vous savez quoi? Zut.
Note: C'est presque une fin alternative, j'ai pris de grosses libertés par rapport à la trame du SF: il faut imaginer que les douze derniers participants aient décidé de poursuivre le tournoi et de combattre en individuel, bref que les matchs aient continué sur le continent Mû.
Note pour les puristes de la grammaire (s'il y en a): Un truc que j'ai remarqué après coup, c'est que je suis subitement passée au présent dans le II. J'ai essayé de changer ça pour que ça soit plus logique, mais au final, j'avais vraiment pensé ce texte au présent et je n'aimais pas du tout le raconter au passé. J'ai laissé tel quel, j'espère que ça ne choquera pas.
I
Riverside
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L'heure avait sonné. Il n'espérait aucun sentiment de sa part. Ce n'était pas son genre et il n'avait pas besoin de ça pour le savoir.
Son rêve avait été si souvent mis en danger au cours du Shaman Fight qu'il avait rapidement réalisé qu'au fond, eh bien... ce n'était qu'un rêve !
Oui, le jour où il avait quitté la maison de son père, avec la ferme intention de devenir Shaman King, il s'était fourvoyé. Tout comme chaque fois qu'il avait cru voir cette volonté s'affermir. A chaque épreuve, son insouciance avait grandi. Il ne s'était pas posé une seule fois la question de ce qui allait se passer, quand les dernières équipes restantes devraient s'éparpiller afin que leurs membres s'affrontent entre eux.
Quelle frivolité. Était-il vraiment fait pour être roi, après tout ? Pour quelqu'un qui voulait régner sur le monde des esprits il était décidément bien insouciant. Il manquait d'aplomb. Il manquait de force intérieure. Il manquait de fermeté.
Trois choses qui ne faisaient pas défaut à son adversaire du jour, hélas.
Mais tant pis. Puisqu'on en était là. Il jeta un coup d'œil à son ancien équipier, dont la concentration semblait parfaite. Alors, à la vue de cette moue arrogante, sûre, teintée d'un soupçon à peine décelable d'amertume, il sut exactement ce qu'il devait faire. La douche froide de ces derniers jours lui avait comprendre que oui, au plus profond de lui-même, ancré aux fibres de son être, palpitait non pas le caprice d'un adolescent, mais bien le désir le plus ardent et le plus acharné d'être le dernier. Le gagnant. Celui qui aurait le droit de changer le monde.
Serrant d'un poing ferme l'Ikupasui que Pirika lui avait offert, Horo Horo franchit l'espace qui les séparait de l'arène. Ren tenta de capter le regard de son ami mais n'obtint aucune réponse. Les traits d'Horokeu s'étaient durcis.
Il serait Shaman King.
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II
Pass them by
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Au début Ren s'est moqué, avec ce même ton froid et plein de morgue qu'il ne peut pas s'empêcher d'adopter en plein combat. Mais nulle parole n'a franchi les lèvres d'Horo Horo. Pas une fois il ne lui a fait la faveur de lui répondre. Le bandeau enfoncé cache ses yeux. Mais derrière l'ombre leur éclat est froid. Ren ne le reconnaît pas.
Il se méfie, car il se sait en position de faiblesse, pour la première fois. C'est ainsi, c'est injuste. Il est le plus faible des cinq soldats. Mais il a pour lui sa conviction et sa volonté. Elles ne l'ont jamais trahi. Pas une fois, depuis qu'il a dû affronter ses amis.
En face, L'Aïnou le toise : regard de glace. De son poing fermé naît l'Over Soul. Des mains de son ancien allié, jaillit la foudre. L'affrontement a le goût d'orage et de montagne.
Une odeur de métal et de neige se répand. Le sable est mouillé, de sueur, d'eau, de sang. Pour la troisième fois, sous l'assaut, Horokeu se relève. Son corps est secoué de frissons de fièvre : la glace qu'il manie a sa faiblesse, et cette faiblesse, c'est d'être d'eau. L'eau, son adversaire le sait, est conductrice : droit au but elle mène la fureur électrique.
Mais tel un animal pris au piège, la violence de Ren accroît la rage de Horo. Plus l'autre attaque, plus il rugit. La haine grandit en lui. Au fond de ses veines dort le sang du loup, son ancêtre. Mais au contact de sa colère, comme à celui d'une étincelle, ce limon ancien s'enflamme et bondit. Par-delà l'enveloppe charnelle endommagée du Shaman il jaillit. C'est de pure haine que le loup, parant un dernier coup rugit.
Et soudain la glace envahit tout, repousse l'éclair, foudroie son porteur. Il frappe l'adversaire jusqu'en son âme et le fige. Le carcan bleuté du Kamui Ranke Opukeni remonte le long des jambes du jeune homme aux yeux d'or dont les veines palpitent, une dernière fois, et progresse encore jusqu'au ventre et jusqu'aux bras. Elle court sur ce corps juvénile, la brûlante glace, emprisonnant ses membres de son étreinte retorse, jusqu'au cœur qui tressaille de surprise. Mais trop tard, sa chaleur se fige, la traîtresse mortelle envahit la poitrine et les épaules, dessine un gorgerin autour du cou. Une seconde lui a suffi pour bleuir et sceller les lèvres arrogantes. Ne reste que ses yeux, ors jaunis que la mort a déjà fait pâlir, et que le bleu recouvre, inexorablement.
De l'adversaire il ne reste qu'une statue de givre, que le sort de l'Aïnou parachève.
Soudain, dans un éclat cristallin, de mille morceaux qui la composent, elle se défait et s'éparpille sur le sable. On croit un instant que la puissance de Ren a fait voler en éclats le sort de neige. Mais nul vivant ne sort du nuage de vapeur jaillissant de la glace. Rien ne se relève, rien ne subsiste que les morceaux épars, vestiges d'un corps qui lentement fond sur le sable de l'arène.
Brisé, sanglant, les tempes bourdonnantes, le loup reprend son souffle. Il inspire. Il entend.
Un cri de femme déchire le silence de mort pesant sur les gradins.
Jun, songe le loup.
Et c'est alors qu'Horokeu revient à lui.
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III
The Curse
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La mort de Ren n'avait servi à rien, c'était là l'ironie terrible du destin.
Il l'avait voulu, il avait gagné. Mais il restait Hao. Rien sur cette terre n'aurait pu aider Horo Horo à remporter le tournoi. Il ne lui restait que le regret.
On avait bien essayé de le ressusciter. Tous autour de lui étaient choqués par la violence du match. Personne pour le féliciter, pas même Chocolove qui, un peu plus tôt, lui avait avoué qu'il serait pas contre voir Ren mordre la poussière, un peu, pour changer.
Plus personne n'avait le cœur à rire, bien qu'aucun d'entre eux n'ait cru sa mort irréversible.
Faust était resté sur le ring douze heures entières. Pour revenir les mains vides. Jun y avait passé trois jours avant d'admettre son impuissance. Jeanne et Sati à leur tour avaient daigné intervenir, l'une et l'autre contre les avis de leurs compagnons. Force leur avait été de reconnaître que l'âme du perdant avait disparu. Peut-être, sachant qu'il n'obtiendrait jamais le Great Spirit, l'entêté avait-il décidé de le rejoindre ?
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Horo Horo en perdit la parole. L'appétit. La notion du temps.
Une fois de plus, il était frivole : désormais, le Shaman Fight était sorti de son esprit. Il avait perdu tout souvenir de ses désirs d'antan, de son rêve de royauté et de fuki. Seul comptait désormais l'âme qui refusait de répondre à leurs appels et le sang glacé de son ami sur ses mains.
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Même après que les matchs avaient pris fin, il n'avait cessé d'espérer. Pourtant, même Jun avait accepté l'inévitable. Il chercha, questionna, harcela Faust. Il rompit avec ses amis, se perdit dans les ténèbres enneigées d'Hokkaïdo, il voyagea, il revint, il attendit. Il cria, pria, hurla, quêta, alla jusqu'à supplier le Shaman King en personne de venir à son secours.
- Je ne peux rien pour toi, répondit un Hao fatigué de sa persistance.
Il finit par demander à Anna de l'aider, et c'est avec réticence qu'elle accepta de tenter de le rappeler. L'enchantement terminé, la jeune itako lui dit :
- Je l'ai trouvé, oui.
- Que t'a-t-il dit ? gémit Horo Horo suppliant, le cœur exultant.
Anna, l'air attristé, réduisit alors son dernier espoir à néant :
- Il ne veut pas te parler. Je peux le forcer à venir mais il ne te répondra pas, j'en ai peur. Je suis désolée.
Et, chose étrange, elle paraissait sincère.
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Ren aurait sans doute fait un Shaman King encore pire que lui. Il avait ce trait caractéristique de l'enfant surdoué, dont les capacités intellectuelles admirables côtoient une immaturité affective navrante.
Mais Horo Horo ne put prendre ce refus à la plaisanterie. Il ne parvint pas à se dire, comme il aurait peut-être dû, « ce crétin, toujours à faire des caprices » ou bien « il fait la gueule : ça lui passera ». Non.
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Horo Horo quitta Anna le désespoir au cœur et l'âme en miettes.
Il avait aimé deux fois, et pour la deuxième fois, la mort de l'être cher devait peser à jamais sur sa conscience. Sans que jamais le pardon ne vienne soulager son cœur.
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