Précédemment : Uriel se révèle être un traître et agresse Castiel pour qu'il rejoigne sa cause. Anna le sauve en tuant Uriel. Retrouvant son statut de Général de la Garnison, Castiel en veut énormément à ses soldats depuis qu'il sait qu'ils avaient tous suivi Uriel. Mais il refuse de les dénoncer, pour éviter des exécutions ou redressements. Balthazar lui conseille de se contenter de suivre les ordres sans prendre parti, mais Castiel ne l'écoute pas.

Ce chapitre se passe à la fin de l'épisode 18 de la saison 4. Avec des mentions de la saison 1.

Bonne lecture !

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L'Évangile Winchester

- Je dis juste que j'ai été totalement honnête avec toi à l'époque, et que tu m'as envoyé chier.

Dean regardait avec intensité la femme qu'il avait aimée et perdue, cachant sa douleur sous une couche de colère virile. Lui qui avait voulu rester distant et professionnel pour lui prouver qu'il s'en était remis, qu'il ne ressentait rien et ne souffrait pas, il sentait son masque de neutralité glisser et son contrôle lui échapper.

La beauté exotique à la peau sombre et veloutée levait des yeux brillants sur lui, entrouvrant ses lèvres pulpeuses qui appelaient les baisers :

- Le mec avec qui je sors, le mec avec qui j'espère passer ma vie me dit que son boulot est d'éclater des fantômes...

Dean tenta de l'interrompre.

- Je ne l'ai pas dit comme ça !

- … et qu'il doit aller travailler avec son père !

Avec amertume, Dean grinça des dents en se souvenant du coup de fil de son père qui avait interrompu net son idylle avec la jeune femme au regard de braise.

- C'était vrai !

Dean déglutit en sentant la tension sexuelle s'épaissir entre eux, et il lui fallut tout son sang-froid de chasseur pour se retenir de la plaquer contre un mur et de l'embrasser. Ce qui ne lui fut que plus difficile lorsqu'elle s'approcha en poursuivant avec fougue :

- Je me suis dit, tu veux rompre, ok, mais me sors pas ton baratin.

Dean sentit l'indignation prendre le pas sur son désir. Il avait ouvert son cœur pour la première fois à une femme, et tout ce qu'elle avait fait, c'était de le jeter à terre et de le piétiner. Et maintenant, après avoir détruit son amour et ses espérances, elle l'appelait pour l'utiliser pour ses compétences qu'elle avait elle-même niées.

- C'était la vérité, Cassie ! Et t'as vu que c'était pas du baratin dès que t'as compris que je pouvais t'aider !

- À l'époque je pensais que tu voulais juste me larguer !

Cassie se détourna dramatiquement, ses cheveux aux bouclettes soyeuses tressautant sur ses épaules. Elle passa une main sur son visage avec un air éperdu et fragile. Dean laissa échapper un rire sans joie afin de masquer sa vulnérabilité. Il la rattrapa en une enjambée, s'efforçant de paraître fort et sarcastique.

- Whoa ! T'oublies que c'est toi qui m'as largué !

Elle plongea ses yeux dans ceux de Dean en un contact visuel électrique. Ils étaient comme nus l'un en face de l'autre, et leurs émotions faisaient rage dans leur regard.

- Je pensais que c'était ce que tu voulais !

Sa voix était plus hésitante, et une nuance de désespoir y pointait. Dean sentit son cœur s'accélérer et les sentiments qu'il n'avait pu totalement étouffer renaître comme un phénix de ses cendres.

- Bah c'était pas le cas.

- Je ne voulais pas te blesser !

Des larmes brillaient dans les yeux de Cassie, et ils étaient si proches que leurs souffles se mêlaient intimement. Dean sentit son cœur se fissurer alors qu'il peinait à conserver un air dur et froid.

- Tu l'as fait.

- Je suis désolée !

- Ouais, moi aussi.

Cassie le dévisageait avec une passion douloureuse et ses yeux descendirent sur les lèvres de Dean. Le chasseur se tendit et dut serrer les poings afin de s'empêcher de laisser libre court à ses désirs. Elle était si belle et proche, et il se souvenait encore de sa peau nue sous ses mains, même après tout ce temps.

Dean fut pris au dépourvu lorsque la beauté noire se jeta sur lui et captura ses lèvres avec cette passion sauvage et directe qui l'avait attiré chez elle en premier lieu. Il n'eut guère le temps de savourer la douceur de ces lèvres et des mains qui lui caressaient le cou et les joues. Cassie se recula pour le fixer droit dans les yeux. Ils échangèrent un regard chargé de tension électrique, puis joignirent à nouveau leurs lèvres, comme des assoiffés dans un désert. Ils se déshabillèrent sans cesser de s'embrasser, se dirigeant vers la chambre avec hâte. Ils semèrent les vêtements sur leur trajet, et bientôt ils furent nus comme au jour de leur naissance. Svelte et dévoilant des courbes sensuelles, Cassie le poussa sur le lit et s'installa à califourchon sur lui, sa peau paraissant plus sombre encore en contraste avec celle de son amant.

- Cassie... murmura passionnément Dean.

Cassie rompit le baiser pour le paralyser d'un regard passionné entre ses longs cils. Elle baissa la tête afin de parsemer de baisers ardents le torse musclé, et glissa une main entre eux afin de saisir entre ses doigts la preuve évidente de l'excitation de son amant. Haletante d'impatience, elle le...


- … guida entre ses cuisses, tout contre la chaude moiteur de son intimité féminine. Mh, fascinant, cette étude sur la reproduction humaine. Tourne la page, je veux la suite.

Je détache mes yeux du livre à la voix légèrement éraillée qui vient de souffler ces mots enthousiastes droit dans mon oreille. Surpris, je tourne la tête pour me trouver nez à nez avec un Ange qui lit par-dessus mon épaule et me dévisage en haussant les sourcils. J'étais tellement absorbé dans la lecture que je n'ai pas senti sa présence.

- Oh, je t'ai déconcentré dans ta lecture ? Je suis désolée. Je lis avec toi depuis dix minutes et tu t'attardais si longtemps sur ce passage que je commençais à croire que tu avais oublié comment tourner une page.

Elle tire une chaise pour la coller à la mienne et s'y laisse tomber avec un sourire dévoilant toutes ses dents – il en manque une, d'ailleurs. De toute mon existence, il ne me semble pas avoir l'avoir déjà rencontrée, et je la fixe en plissant les yeux, suspicieux. Elle a les coudes posés sur la surface de bois lisse et ciré, et occupe un vaisseau d'une Humaine qui semble comptabiliser deux décennies, aux courts cheveux châtains, à la peau pâle et au corps maigre. Ses joues sont creusées et des ombres soulignent ses yeux bruns. Elle papillonne des paupières en me fixant d'un air moqueur.

- Je sais comment tourner une page. J'essayais seulement d'analyser et comprendre la logique des sentiments humains. C'est très complexe.

- Pas si complexe qu'on pourrait le croire ! Crois-moi, si tu veux comprendre les Humains, ne retiens que cela : ils ne sont jamais satisfaits de ce qu'ils ont.

Comprenant qu'elle n'a aucune intention de partir, je referme le livre sacré avec toute la révérence et le respect qu'il mérite. J'ai besoin de toute ma concentration afin de poursuivre ma lecture, et je ne peux travailler avec une intruse qui me dévisage avec tant d'insistance, son épaule collée à la mienne.

Elle jette un coup d'œil à la couverture de l'ouvrage avant de s'en emparer pour le feuilleter, et une lueur de compréhension traverse ses iris d'un marron chaud.

- Ah, je comprends mieux à présent ! Il s'agit des nouveaux Évangiles, n'est-ce pas ? L'Évangile Winchester ? Je n'ai pas deviné tout de suite, parce que la dernière fois que j'ai feuilleté les écrits d'un Prophète, le style était très différent.

Je jette un regard désarçonné à la ronde dans la salle de lecture de la bibliothèque, ne sachant comment réagir face à la familiarité dont fait preuve l'Ange. Hormis Balthazar, je n'ai guère l'habitude qu'on m'adresse la parole aussi spontanément et sans un objectif lié à la Mission. La Garnison a toujours été mise à l'écart du reste de notre Famille, et à présent, avec les bruits qui courent à mon sujet et la trahison de la totalité de mes soldats encore en vie, je suis plus isolé que jamais.

La salle est quasiment vide et résonne de froissements feutrés de pages tournées. La brume dorée forme de lents tourbillons, voilant au loin les interminables travées chargées de livres. Seuls trois Anges ici et là étudient des ouvrages en silence, le dos courbé avec leurs ailes sagement repliées. Perchée sur son pupitre, Atropos est concentrée sur son registre et ne semble pas faire attention à nous.

- C'est parce que les Humains et leur art ont évolué de manière spectaculaire depuis deux millénaires, j'explique finalement à voix basse. S'il y a bien une chose pour laquelle l'Humanité surpasse toutes les autres Créations de notre Père, c'est dans leur capacité à créer de l'existence à partir de rien, à donner vie aux merveilles d'abstraction que leurs âmes engendrent. Et le talent de Chuck pour tisser une histoire riche en images est tout à fait admirable.

- Mais l'Évangile n'est pas encore achevée. C'est pour admirer les progrès de tes protégés que tu lis cela ?

- Pas exactement. Mon supérieur hiérarchique, Zachariah, m'a ordonné d'étudier les saintes écritures pour mieux appréhender les Humains à ma charge.

- Je me disais aussi que c'est la première fois de ma vie que je te vois dans la bibliothèque, Castiel. Et j'y suis souvent, vu que je n'ai pas de bureau.

Je me fige lorsqu'elle utilise mon nom sans la moindre hésitation. Me connaît-elle donc ?

- Comment connais-tu mon nom ?

L'Ange laisse échapper un son qui s'apparente plus à un aboiement enroué qu'à un rire.

- Il n'y a pas un Ange au Paradis qui ignore qui tu es ! Je crois que tu ne réalises pas à quel point votre procès à Camael et toi a eu un retentissement sans précédent. Il n'y avait jamais eu de procès avant ça, tu sais ? Les Archanges ont créé la Salle de la Justice tout exprès pour vous. Tu es une célébrité, Castiel, mais rares sont ceux qui osent te parler. Moi je n'ai pas peur, mais certains disent que vous autres dans la Garnison êtes... enfin, tu sais...

Elle esquisse un vague geste de la main en pointant un bout de langue dans le trou de sa dent manquante.

- … que nous sommes ? je demande en fronçant les sourcils. Achève ta phrase.

- Bof, je suis mal placée pour t'expliquer ça. Il s'agit d'une superstition stupide qu'ont les Anges les plus anciens, qui fait que vous êtes traités comme des pestiférés, presque autant que moi. Et c'est dire !

L'Ange incline la tête sur le côté, les yeux pétillants de malice. Elle repose le livre sacré et me scrute ainsi un moment avant de hocher la tête d'un air satisfait, comme si je venais de réussir une épreuve.

- Je suis Anpiel, au fait. Tu as forcément entendu parler de moi.

J'écarte ma chaise afin de placer de la distance entre nous, ce qui me permet de mieux observer son véritable visage qui se détache en brume diffuse de lumière sur celui de son réceptacle. Trois yeux d'un bleu de ciel printanier me fixent, avec au centre une petite sphère d'un blanc pur. Aurait-elle été créée en regardant l'astre solaire dans le ciel ?

- Non, dis-je en un murmure rauque.

Le sourire écorné d'Anpiel vacille et ses ailes s'affaissent de dépit. Elle se redresse en lissant les plis de ses vêtements conformes au règlement – un tailleur aux couleurs sobres et un chemisier blanc sous un veston.

- Je vois. J'aurais dû m'en douter. Eh bien figure-toi que je suis celle qui a tenu une âme de Winchester au creux de sa main avant que tu ne mettes ça à la mode. Plusieurs Winchesters, même, je te bats sur ce terrain là !

- Pardon ?

Elle redresse le menton avec un rictus satisfait, gonflant le plumage de ses ailes.

- Tu m'as bien entendue. On a fait tout un flan parce que tu as ramené Dean Winchester à la vie, comme si c'était un exploit, alors que j'ai moi-même ressuscité un paquet de Winchesters à moi seule, et ça comme par hasard, personne n'en parle jamais. Pas plus tard que l'an dernier, j'ai ramené Sam Winchester dans l'indifférence la plus totale, alors que toi, tu ramènes Dean et paf c'est l'événement du millénaire ! Je trouve cela un peu vexant tout de même. Surtout que Sam est le plus joli des deux. J'aime tout particulièrement ses cheveux.

- SILENCE DANS LA BIBLIOTHÈQUE ! claque la voix sèche d'Atropos.

Je jette un œil à la Sœur du Destin qui nous toise par-dessus ses lunettes perchées au bout de son nez, les lèvres pincées d'un air contrarié. Anpiel lève aussitôt les mains en une parodie de geste d'excuse, un rictus sardonique aux lèvres.

Ignorant le regard d'Atropos qui pèse sur moi, je me penche vers Anpiel pour chuchoter d'un ton catégorique :

- Ce sont les démons qui ont ramené Sam en échange de l'âme de Dean, et nous l'avons appris bien trop tard, quand les Chiens de l'Enfer l'avaient déjà traîné en Enfer.

Anpiel arque un sourcil avant de secouer la tête avec un bref ricanement.

- Ah, Castiel, tu es aussi droit, pur et naïf qu'on me l'avait dit. Que croyais-tu ? Que les démons s'infiltraient comme des ninjas au Paradis pour y dérober des âmes ? Ne t'es-tu jamais demandé comment les démons faisaient afin d'exaucer tous les vœux des Humains qui vendent leur âme ? Nul démon ne peut entrer au Paradis, et nulle âme ne disparaît sans que les troupes qui patrouillent ne s'en rendent compte. Il arrive parfois qu'un Humain vende son âme afin de ressusciter quelqu'un, comme ton Dean l'a fait pour son frère. Bien sûr, quand l'âme en question se trouve en Enfer, les démons des croisements s'en chargent eux-mêmes. Mais lorsque l'âme se trouve au Paradis ou que le pacte implique des pouvoirs que n'ont pas les démons, c'est là que j'interviens.

Je sens mes yeux s'écarquiller lorsque je mesure pleinement ce qu'est en train de me révéler l'Ange. D'un geste vif, j'agrippe le chemisier d'Anpiel et l'approche de moi sans douceur, la fixant d'un regard brûlant de rage, mon nez frôlant le sien.

- Tu veux dire que tu savais que Dean avait vendu son âme et qu'il irait en Enfer ? Pourquoi n'as-tu pas alerté la hiérarchie ? Nous aurions pu le sauver et lui éviter l'Enfer !

- Hé, calmos ! Je crois que tu n'as pas bien compris ce que j'essaye de te dire. Lâche-moi, et je vais t'expliquer. Dans un endroit plus discret.

Sans s'embarrasser de discrétion ni de subtilité, elle fait de gros yeux et indique du pouce Atropos et deux Anges qui nous foudroient du regard. Je la libère de mauvaise grâce, les lèvres pincées, et la regarde se lever et me faire signe de la suivre. Après une seconde d'hésitation, je me lève à mon tour et nous nous engageons ensemble dans les allées désertes entres les travées qui s'élèvent et s'étirent à perte de vue.

- Tu dois comprendre une chose, Castiel, marmonne-t-elle d'un ton amer en plongeant ses mains dans les poches de sa jupe. La réalité est plus complexe que tu ne le penses. Et pour que tu comprennes, je dois commencer par le début. Comme tu le sais peut-être déjà, je suis le seul Ange à avoir été créé lors de la Sixième Grande Guerre. D'ailleurs, j'ai vu le jour à l'instant même où elle s'achevait, et j'ai été balancée en orbite avec la moitié de l'océan – mais bref, là n'est pas la question. Ce que je veux dire, c'est que j'ai été créée pour rien. J'ai été inutile dès ma création.

- C'est très regrettable, mais je ne vois pas quel est le rapport avec les démons.

- J'y viens, j'y viens. Où en étais-je ? Tu m'as coupée dans mon élan. Et quand je perds le fil de mon discours je ne m'y retrouve plus.

- Tu as été créée pour rien, dis-tu.

- Au moins tu sais écouter. C'est une qualité que j'apprécie. Tiens, là, on sera bien. Jamais personne ne vient dans le rayon sur l'histoire trépidante du plancton à travers les âges en neuf cent volumes.

Elle étire une aile vaporeuse afin de me guider vers un espace sombre entre deux interminables travées croulant sous les livres. Dans la pénombre dorée, son véritable visage luit doucement par-dessus celui de chair et de sang qu'elle porte. Se plaçant face à moi, elle me fixe d'un air grave, toute trace de sourire disparu.

- Je disais donc que je suis la seule à avoir été créée durant la Sixième Grande Guerre, et comme tout le monde, tu sais ce que cela signifie.

Je n'ai pas le temps de la détromper – je ne suis guère au fait des événements qui ont précédé la création de la Garnison. À peine ai-je entrouvert les lèvres avec confusion pour demander des explications, qu'elle enchaîne en parlant très vite en un murmure précipité, tout en faisant de larges mouvements surexcités de bras :

- Je n'avais nulle part où aller, aucun poste. J'ai reçu un titre creux de protectrice des oiseaux et une place officielle dans la division des piafs – tu parles d'un honneur, hein – mais jamais je n'ai travaillé avec eux, ils ne me laissaient pas approcher. J'étais rejetée par tous nos frères, et le doute qui pesait sur ma création m'a isolée de notre Famille bien plus que la Garnison ne l'a jamais été. C'est pour cela qu'à la création du Paradis, quand j'ai reçu ma convocation pour la formation spéciale à l'Axis Mundi, j'ai cru à une erreur. Mais tu sais quoi ? Michael en personne est venu me parler. À moi. Ouaip.

Elle hoche frénétiquement la tête en se pointant elle-même du doigt. Son menton est à présent relevé avec une fierté évidente.

- Après des millions d'années à errer sans utilité, sans mission, sans raison d'exister, Michael m'a donné une mission dont personne d'autre ne voudrait, mais que je remplis avec fierté. Je suis chargée de relations diplomatiques entre Anges et démons. Parce que figure-toi que ouaip, il existe un accord entre Enfer et Paradis au sujet des âmes. Nous devons permettre aux Humains d'exercer leur libre-arbitre, et cela implique de les laisser faire le choix de vendre leur âme si bon leur semble. C'est beau la liberté, hein ?

- Et lorsque Dean Winchester a vendu son âme...

- … j'ai rencontré la démone avec qui il avait conclu le pacte, et je lui ai remis l'âme de Sam Winchester. Mais avant que tu ne montes sur tes grands chevaux, écoute bien ceci : j'ai mis au courant la hiérarchie à travers mon rapport comme d'habitude, et on m'a bien spécifié que je ne devais en parler à personne, et surtout pas à toi ni à aucun soldat de la Garnison.

Mes ailes se crispent dans mon dos.

- La hiérarchie était au courant ? dis-je d'une voix blanche.

Lorsque Zachariah m'a donné l'ordre de descendre en Enfer sauver Dean Winchester, il m'a affirmé que la hiérarchie venait tout juste d'apprendre que les démons le détenaient en Enfer. Et que nous l'aurions empêché de vendre son âme ou l'aurions protégé des Chiens de l'Enfer si nous l'avions su plus tôt.

- Bien sûr qu'elle était au courant, Castiel, affirme-t-elle en me fixant droit dans les yeux. Tout cela fait partie de leur plan. L'Apocalypse est programmée depuis longtemps, si tu veux mon avis.

Je détourne les yeux en m'humectant les lèvres, ma Grâce tourmentée s'enroulant autour de l'âme de Jimmy Novak.

Pourquoi la hiérarchie laisserait l'homme vertueux être précipité en Enfer si c'était pour m'envoyer le sauver ensuite ? Pourquoi m'ont-ils envoyé dans le passé pour forcer Dean à lier le destin funeste de ses parents, et le pacte entre... ?

- Étais-tu également présente lorsque Mary a vendu son âme pour ramener John Winchester à la vie ?

- Ouaip ! J'avais dissimulé ma présence, mais je vous observais, Levanael et toi. Et j'étais aussi là lorsque John s'est damné pour empêcher Dean de mourir, et j'ai moi-même remis de force son âme dans son corps mourant et l'ai guéri au passage. Tu vois, j'ai eu toute la famille Winchester au creux de ma main. Et tu sais quoi ? Personne ne vous a demandé d'aller sauver John, on l'a laissé moisir joyeusement et se faire torturer dans tous les sens, parce que la hiérarchie savait que son destin n'était pas de briser le premier sceau. Cela devait être Dean Winchester. Cela a toujours été Dean et Sam, tout est prévu depuis très, très longtemps.

- Pourquoi me dis-tu tout cela, Anpiel ? Pourquoi maintenant ?

L'Ange ouvre la bouche, avant de la refermer en un claquement de dents, passant une main dans ses courts cheveux châtains d'un air embarrassé. Elle se mâchouille la lèvre inférieure un moment avant de répondre :

- Je voulais te dire que je suis de ton côté. Que j'espère que tu arrêteras l'Apocalypse, et que les Humains resterons en vie. Car s'ils disparaissent, toi comme moi nous n'aurons plus de mission. Et crois-moi, c'est la pire chose qui puisse nous arriver. Mais il y a autre chose, à vrai dire. Je voulais te parler de Zedekiel.

- Tu connais Zedekiel ?

Anpiel hausse des épaules avec nonchalance.

- Si je connais Zed' ? Un peu, que je le connais ! C'est le seul Ange qui ne me regarde pas de haut parce que je traite avec des démons et que je suis plus ou moins une abomination moi-même. Enfin, il y a aussi Samandriel, et puis Balthazar, mais lui il ne me prend pas au sérieux parce que je suis jeune. Alors que vous au moins, dans la Garnison, vous êtes les bébés du Paradis donc je n'ai pas ce problème.

- Que me veut-il ? j'articule en la coupant froidement. S'il a quelque chose à me dire, qu'il vienne et parle pour lui-même.

La blessure à vif de la trahison de mon armée ne fait que s'intensifier, et je serre les poings dans les poches de mon manteau en m'efforçant de me maîtriser.

- Il ne m'a pas envoyée, je suis venue de ma propre initiative. Pour interférer en sa faveur. Et parce que j'en ai marre de l'écouter geindre sans arrêt comme quoi tu ne le pardonneras jamais de t'avoir trahi, que tu le détestes et gnagnagna. Tu dois comprendre, Castiel, que ton armée n'a pas suivi Uriel dans le but de braver ton autorité. Je connais Zed', et je t'assure qu'il te tient en grande estime et t'a toujours admiré. Écoute-moi. Quand Uriel est venu le voir, j'étais là, et...

Mais la voix d'Anpiel est soudain recouverte par celle sèche et contrariée de Zachariah qui résonne dans mon crâne :

Castiel, premier et dernier avertissement ! Tu as exactement SIX SECONDES pour calmer ton déclencheur d'Apocalypse qui malmène le Prophète, avant que Raphaël ou Michael descendent s'en occuper eux-mêmes, et ça ne sera pas joli à voir, crois-moi ! Ils ne feront pas de détail et anéantiront Dean sans même y jeter un œil ! Ils vont nous faire de la bouillie de Winches... !

Avant même que Anpiel et Zachariah n'aient achevé leur phrase, je me suis déjà envolé à tire-d'aile.

oOo

La pénombre d'or et le silence feutré de la bibliothèque céleste s'effacent pour laisser place à l'espace confiné où sont rassemblés Dean et le Prophète du Seigneur en personne – Sam n'est nulle part en vue. Dans la lumière blafarde du jour, je me matérialise juste à temps pour voir mon protégé empoigner Chuck par le col et le plaquer contre le mur en criant :

« Comment tu fais ça, bordel ?!

- Dean, lâche-le ! j'ordonne du même ton que j'emploie d'ordinaire sur mes soldats.

Il était temps que j'intervienne en effet. Il s'en est fallu de peu pour qu'un Archange descende et ravage tout sur son passage.

Mes ailes largement déployées emplissent tout l'espace, et je les replie avec soin lorsque l'homme vertueux se retourne d'un bloc pour me faire face. Dean me dévisage avec des yeux ronds, tandis que le Prophète se tient au mur comme s'il semblait sur le point de défaillir.

- Cet homme doit être protégé, dis-je plus calmement.

- Pourquoi ? articule-t-il d'un air suspicieux.

- C'est un Prophète du Seigneur.

Réduit au silence, Dean me fixe sans ciller, visiblement frappé de stupeur.

- Vous... s'élève une voix fragile dans le silence.

J'incline la tête afin d'observer le Prophète caché derrière la silhouette de mon protégé. Comme beaucoup de Prophètes en ont eu après le sacrifice de Camael, Chuck porte une barbe.

- … vous êtes Castiel, achève-t-il en un filet de voix étranglé. N'est-ce pas ?

Je ne peux retenir une flambée d'orgueil de gonfler mes plumes à l'idée qu'un Prophète du Seigneur connaisse mon nom et l'ait inscrit dans ses Évangiles. Rares furent les Anges et même Archanges qui eurent cet honneur inestimable dans la Bible. Et qu'un Prophète à l'écriture si belle et riche me dépeigne moi et non des Anges plus haut gradés... m'emplit de fierté.

- C'est un honneur de te rencontrer, Chuck.

Je baisse les yeux sur un des livres sacrés qui repose sur une chaise haute, et reconnais l'un des tomes que j'ai déjà lus dans la bibliothèque. Sur la couverture illustrée figure un dieu païen sanguinaire que les frères Winchester ont réussi à abattre – l'histoire avait été si prenante que j'en avais craint pour la vie de mes protégés alors que je savais pertinemment qu'ils y avaient survécu.

- J'admire ton travail, dis-je en recueillant le livre avec un profond respect.

Je tourne les pages, attrapant un morceau de phrase ici et là qui suffisent à implanter en moi une vision claire et nette de l'action, de l'éventail d'émotion qu'éprouvent les Winchester, de la peur qui les tenaille. C'est absolument merveilleux, époustouflant, à quel point la combinaison déclinée à l'infini des mêmes lettres suffit dans des mains humaines à créer des mondes et provoquer des réactions chez celui qui les parcourt du regard.

Avec l'amour familial, l'art est définitivement ce que l'Humanité a créé de plus beau et précieux, et si je m'en suis rendu compte assez tôt, il m'a fallu des centaines de milliers d'années pour apprendre à l'apprécier à sa juste mesure.

- Whoa whoa, quoi ? s'emporte Dean. Ce type, un prophète ?! Oh allez, c'est... c'est presque un écrivain de bouquins Harlequin* !

Je pince les lèvres en signe de contrariété et continue de tourner les pages, décidant de ne pas réagir face à son mépris flagrant et irrespectueux envers le travail du Prophète du Seigneur.

S'adressant à Chuck d'un ton agressif, Dean reprend en un éclat de voix furieux :

- Tu étais au courant pour ça ?!

- Je, euh... il se peut que j'en aie rêvé, bafouille Chuck qui s'est effondré sur son fauteuil avec une bière.

Pendant que l'homme vertueux et le Prophète du Seigneur discutent, je tourne les pages songeusement. Anpiel a interrompu ma lecture dans une scène intéressante, et j'aimerais pouvoir lire la suite. Lire la vie de chasseur de mon protégé a quelque chose de fascinant, mais les passages où il se livre à des ébats sexuels avec des femmes sont ceux qui m'intriguent le plus. L'écriture de Chuck semble sous-entendre que l'échange de fluides corporels peut frôler le divin, et j'ai du mal à concevoir comment cela peut être possible. Il me faudra finir de lire tous les tomes au plus vite, tout en surveillant les frères Winchester et en dirigeant mon armée de traîtres pour protéger les derniers sceaux. Je n'ai guère eu un instant de repos depuis que j'ai remplacé Anna à la tête de la Garnison.

- C'est ce type qui décide de notre sort ? articule Dean en s'adressant de nouveau à moi.

- Il ne décide rien du tout, dis-je calmement. Il est un émissaire. Un conduit pour la sainte parole.

Mes yeux glissent sur les mots qui décrivent l'homme vertueux, désespéré et attaché à un arbre en pensant sa mort proche.

- La parole ? La parole de dieu ? Quoi, comme le nouveau Nouveau Testament ?

Malgré le terrible manque de Foi dans sa voix, je décide de lui expliquer – et ainsi comprendra-t-il peut-être à quel point son rôle est essentiel. À quel point ce qu'il se passe en ce moment même est important. Que cela le dépasse autant que cela me dépasse.

Je referme délicatement le livre en le tenant entre mes mains avec tout le respect et la révérence que méritent les saintes écritures.

- Un jour, ces livres seront connus comme l'Évangile Winchester.

- Tu te fous de ma gueule, lâchent Dean et Chuck à l'unisson.

Je relève les yeux du livre sacré en retenant un soupir d'exaspération, et plonge un regard grave sur Dean qui semble consterné. Comment l'homme vertueux et le Prophète lui-même peuvent-ils manquer autant de Foi et de respect envers l'œuvre sacrée à laquelle ils participent tous les deux ?

- Je ne me fous pas de votre... gueule.

Avec un halètement étranglé, Chuck se relève, les épaules voûtées en serrant sa bouteille contre lui.

- Si vous voulez bien m'excuser une minute... souffle-t-il d'une voix trop aiguë.

Sur ces mots, il s'empresse de gravir les escaliers avec un air proprement terrorisé. Je détourne les yeux en ravalant un soupir. De toute évidence, l'écriture est ce que Chuck a de plus beau et puissant en lui – je ne m'étais pas attendu à une attitude aussi timorée.

Les Prophètes du Seigneur qui se sont succédés après la mort de Jésus avaient principalement fait partie de ses disciples les plus proches. Je n'ai guère eu l'occasion de les voir, étant donné que je n'étais pas Général à l'époque et qu'Anna était alors chargée de tous les rapports directs avec les Humains. Mais ce que j'en avais vu avait été consternant, et les écrits eux-mêmes avaient été truffés d'erreurs et de variations parfois absurdes de la réalité. Chuck lui aussi prend des libertés sur la Parole de Dieu en y apportant des modifications, mais dans l'ensemble il y reste fidèle et l'embellit même de son talent hors du commun.

- Lui ? demande Dean. Vraiment ?

- Tu aurais dû voir Luc...

Je me souviens être descendu sur Terre à l'époque pour m'entretenir d'un sujet ordinaire avec Anna, et l'avoir trouvée au-dessus Jérusalem. C'était avec un air consterné qu'elle m'avait demandé de ne surtout pas raconter à nos frères le spectacle qui se déroulait sous nos yeux. En effet, au lieu de répandre la Parole Divine comme Anna les pressait régulièrement, Paul et Luc débattaient avec fougue au Concile de Jérusalem au sujet de la nécessité ou non de trancher le bout de peau au bout du pénis afin de recevoir la bénédiction de Dieu. Le débat s'était bien vite envenimé et ils avaient fini emprisonnés à Rome.

Oui, tout bien considéré, Chuck pourrait être bien, bien pire.

Je décide de ne pas m'étendre sur le sujet, et lève les yeux vers Dean. Il pousse un soupir exaspéré et effectue quelques pas pour me dépasser, traversant sans le savoir mon aile droite. Je me retourne pour le garder dans mon champ de vision. Il me tourne le dos, et ses épaules tendues irradient de frustration et de colère réprimée.

- Pourquoi il a été choisi ?

- Je ne sais pas comment les Prophètes sont choisis.

Dean se retourne pour me regarder, comme s'il s'attendait à ce que j'élabore. Mais ce sont des informations auxquelles un Ange de mon grade et ancienneté n'a aucunement accès, et il semble une fois de plus ne pas réaliser que je ne suis qu'un élément au bas de la pyramide hiérarchique. Je ne suis ni omniscient, ni tout-puissant.

Les Prophètes ne sont pas l'affaire de simples soldats. Ils sont liés aux Archanges et aux subtilités du Destin. J'ignore si le Conseil réduit, les Archanges, ou Dieu Lui-même les choisissent.

- L'ordre vient d'en haut de la chaîne de commandement céleste.

- Haut comment ?

- Très haut.

Dean cligne des yeux et les baisse d'un air troublé.

- Bon, peu importe. Comment on fait pour éviter ça ?

Je fronce les sourcils, confus. De quoi parle-t-il ?

- Éviter quoi ?

- La liaison amoureuse Sam/Lilith. Comment on empêche que ça arrive ?

Oh. C'était donc cela.

Je comprends mieux son attitude envers le Prophète et la colère qui forme comme une aura électrique autour de lui. Chuck a sans doute commis l'erreur de révéler à Dean un futur qui concerne son frère et le premier démon créé par Lucifer.

Je ne peux m'empêcher de lever les yeux au ciel. Dean a du mal à saisir le concept de destinée, et de toute évidence notre périple dans le passé n'a pas suffi à lui faire comprendre que quoi que l'on fasse, quoi que l'on essaye, on finit toujours par provoquer les événements que l'on cherchait à prévenir.

- Ce que le Prophète a écrit ne peut être effacé. Tel qu'il l'a vu, ainsi cela devra-t-il se passer.

Dean pince les lèvres en déglutissant, et je soutiens son regard en levant le menton. Plusieurs secondes s'écoulent ainsi alors que je tente de lire dans son âme à travers ses iris au vert assombri par l'angoisse. J'ignore ce que Zachariah lui a fait subir – mon supérieur hiérarchique a refusé de m'en faire part, m'ordonnant seulement de lire l'Évangile Winchester et de protéger les sceaux comme si ma Mission en dépendait, parce que c'est le cas.

- Oh, ne vous dérangez pas pour moi, je suis juste revenu chercher de l'aspirine...

La voix nerveuse du Prophète a précédé le bruit précipité de ses pas, et il passe auprès de nous le dos courbé, avant de fouiller la table en marmonnant tout bas et en nous jetant des regards furtifs et emplis de crainte :

- Tout cela m'a donné une atroce migraine, et je voudrais me reposer maintenant, si vous voulez bien aller vous dévisager ailleurs. Je vais vous demander de sortir de chez moi et de me laisser tranquille. S.. s'il vous plaît ?

Il a ajouté la formule de politesse lorsque Dean a rompu notre lien visuel pour le foudroyer du regard. Je détache lentement mes yeux de mon protégé pour les poser sur le Prophète. Il nous observe tout à tour en se mordillant la lèvre, avant de gober un cachet blanc d'une main tremblante.

Sans un mot, l'homme vertueux tourne les talons et se dirige à grands pas vers la porte et je le suis des yeux jusqu'à ce qu'il l'ait claquée avec violence – le bruit fait grimacer Chuck qui prend une rasade d'alcool à même le goulot pour faire passer son médicament.

Je tourne la tête vers lui et lui adresse un hochement de tête révérencieux en guise d'adieu, en réponse de quoi il m'adresse un petit signe effarouché de la main, la tête rentrée dans ses épaules.

Je déploie mon plumage qui émet un bruissement soyeux, et en un bref battement d'ailes, je me transpose à l'extérieur, juste sur le passage de Dean qui se dirigeait droit vers son moyen de locomotion.

C'est de plein fouet qu'il me heurte et manque de tomber en arrière.

- Putain, Cas' ! Apparais pas comme ça devant moi sans prévenir !

Cette fois, je ne prends pas la peine de replier mes ailes – je serai bref.

- Dean, je dois te parler. C'est important.

Il tente de me contourner mais je ne lui en laisse pas l'occasion : je me déplace d'un pas sur le côté pour lui barrer le passage, son nez frôlant le mien l'espace d'une seconde avant qu'il ne se recule avec exaspération.

- Je suis un peu pressé, là ! Je dois aller trouver Sam et...

- Il s'agit de Sam, justement.

Cela semble attirer son attention – il s'est pétrifié sur place et soutient mon regard en pinçant fortement les lèvres.

- Ok, je t'écoute.

- Te souviens-tu de ce qu'il s'est passé quand Alastair s'est libéré du piège et t'a attaqué ?

- Je me souviens avoir pris la raclée du siècle et m'être réveillé à l'hôpital avec toi à côté. Pourquoi ?

- J'en déduis que Sam ne t'a rien dit.

Dean fronce les sourcils, son visage s'assombrissant.

- Qu'est-ce que mon frère vient faire là-dedans ? Arrête d'esquiver et de parler par énigmes, bordel !

- Alastair est mort... sais-tu seulement comment ?

- J'en sais rien, moi ! s'impatiente Dean. Je suppose que tu lui as foutu une branlée divine, non ?

Je serre les dents et plisse les yeux en inclinant la tête sur le côté.

- Non, Dean. C'est Alastair qui m'a... foutu une branlée, comme tu dis. Et pourtant, je suis un soldat d'un niveau honorable. Ce n'était pas un démon ordinaire et il aurait fallu une centaine d'Anges au moins ou la puissance d'un Archange pour en venir à bout.

Ses yeux s'écarquillent et lorsqu'il cille en me scrutant, je vois un début de réalisation affaisser son visage d'horreur.

- Attends une minute. Est-ce que tu es en train de me dire que... que Sam a...

J'acquiesce sans ciller, m'approchant d'un pas pour le fixer droit dans les yeux, observant le moindre détail de ses iris verts.

- C'est ton frère qui a tué Alastair sans le moindre effort. Il continue à boire du sang de démon, Dean. Il devient de plus en plus fort et de moins en moins humain. Je dois t'avertir pendant qu'il est encore temps : remets-le sur le droit chemin avant que mes supérieurs ne donnent l'ordre de l'éliminer.

- Je sais, je sais, me coupe Dean en se passant une main sur le visage. Uriel m'avait déjà averti, et je croyais qu'il avait arrêté... Putain de merde. Le fils de pute.

L'homme vertueux laisse échapper un soupir de colère réprimée et détourne un moment les yeux avant de me regarder à nouveau. Son souffle s'élève en vapeur diffuse dans l'air, se mêlant au mien. Son visage s'est à nouveau verrouillé en un masque dur et assuré, mais je peux voir la peur assombrir son regard.

- Combien il nous reste de temps, Cas' ? Combien de sceaux ont été brisés ?

Toujours déployées dans toute leur envergure – si bien qu'elles traversent le véhicule à nos côtés – mes ailes se crispent alors que je relève le menton en serrant les poings.

- Plus beaucoup. Les démons n'ont plus que quelques sceaux à briser pour libérer Lucifer de sa Cage. Ce sera alors l'Enfer sur Terre et nous aurons besoin de toi pour arrêter l'Apocalypse.

- Merci de me mettre la pression, grommelle Dean en se pinçant l'arête du nez, les paupières fermement closes.

- De rien. »

Avant qu'il ne rouvre les yeux, je me suis déjà envolé.

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(*) Pour ceux qui ne connaissent pas la collection Harlequin, allez jeter un œil à leur site, vous comprendrez tout de suite. Il s'agit de livres à l'eau de rose avec de l'érotisme.

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« Ça, Castiel, c'est ce qu'on appelle du prestige ! Du prestige ! C'est excellent pour ta carrière, petit ! »