Disclaimer : Harry Potter est à Rowling, pas à moi. Vous reconnaîtrez facilement mes apports à l'univers pré-cité.
Spoilers : Tome V (ne tient pas compte du tome VI, donc pas d'Horcruxes, pas de Reliques de la Mort, etc.)
Rating : T

Et voilà ! Nouveau chapitre pour La Ligue, eh, eh, eh ! Plus de 19.000 mots, pour rester dans mes longueurs habituelles...
Désolée pour ce timing. Non seulement, j'ai été assez prise, mais en plus ma beta l'a été aussi. Les deux combinés ont retardé la sortie de ce chapitre qui clôture l'arc de Draco et le blocus des frontières anglaises.

Petit rappel (ou pour plus d'info, allez faire un tour sur la Liguopédia) :
Axelle Messidor : Sénéchale de France, chef des Aurors et mère de Junon
Claude Messidor : oncle d'Axelle Messidor et en charge de la répartition des missions au Sénéchalat
Christian Messidor : fils de Claude. Auror du Sénéchalat, affecté aux interventions rapides
Sandrine Messidor : la femme et alter de Christian. Auror du Sénéchalat, affectée elle aussi aux interventions rapides
Pythagora Maimonide : professeur d'arithmancie, en charge des psychométristes
Stanley Flint : Ambassadeur de Grande Bretagne en France.
Tony Murray-Head : son assistant.
Marin Constan : homme politique français. Ministre de l'Education et alter d'Olympe Maxime
Bruno Desruelles : homme politique français. Ministre des Affaires Intérieures.

Et toujours nos chers Beauxbâtonneurs...
Rufus et Sacha Piscies : cousins et alters. Amis de Junon. Se sont pris de sympathie pour Harry.
Marc-Horus Volauvent : la star de Beauxbâtons, alter de Ron
Miranda Ducratère et Simon Jarnac : alters, apportent leur aide aux Gryffindors
Sirène Piccolo : alter de Suzanne Martin, le genre pas commode
Wotan Crèvecoeur et Marie-Céleste Otéane : alters, membres de la Guilde de la Rose, excellents duellistes
Alexis Bombaste : alchimiste de génie, délégué de 1ère A
Et bien entendu, Junon Sorlimus : tutrice de Harry et fille de la Sénéchale de France


Les jeux sont faits, rien ne va plus.

Harry commençait à en avoir par-dessus la tête du Sénéchalat. Non pas qu'Axelle Messidor le traitât mal, mais elle avait cette mauvaise habitude de le convoquer à n'importe quel moment, qui s'avéraient souvent être un de ses rares instants de relâche. S'il commençait, petit à petit, à comprendre à quel point être en permanence sur le qui-vive était essentiel à l'efficacité des Aurors, il lui manquait encore des années d'habitude pour ne pas en souffrir. Au bout de plusieurs semaines de ce faux rythme exténuant, il avait certes commencé à prendre ses marques, mais avait également une conscience plus aiguë de ses limites - physiques et mentales. Après la parution du numéro spécial de l'Haxonaute, Harry avait passé la soirée, la nuit et la journée suivante au Sénéchalat. Il y avait subi quatre fois le même interrogatoire, de la Sénéchale à Claude Messidor en passant par l'un des conseillers du Premier Ministre et l'Ambassadeur Stanley Flint en personne. L'épreuve avait été pénible mais avait permis d'innocenter définitivement Sirius Black, à titre posthume. Harry avait cependant soigneusement laissé de côté la prophétie. Il savait que c'était important, mais il ne pouvait juste pas se résoudre à en parler, pas même à ses amis. Et pourtant, il allait bien falloir mettre Hermione et Ron au courant un jour ou l'autre...

Harry avait ensuite revu la Sénéchale trois jours plus tard, lors de sa venue avec une équipe d'Aurors à Beauxbâtons pour chercher Crabbe et Goyle. Harry et Junon avaient été embauchés d'office pour participer aux recherches.
« T'imagine pas que tu vas pouvoir réclamer un salaire pour ça, Potter ! » avait marmotté Junon au moment où sa mère parlait avec un chef d'équipe. « J'ai déjà essayé, ça marche pas, » avait-elle ajouté avec l'ombre d'un sourire.

La journée de fouilles s'était terminée sur un échec et les Aurors avaient fini par abandonner la partie en fin d'après-midi. La Sénéchale avait invité Harry et Junon à venir à la réunion de débriefing. Au Sénéchalat. Encore une fois.
« Vos hypothèses ? » avait demandé Axelle.
Claude Messidor étant absent, c'était une cheffe d'équipe qui avait pris la parole :
« Trois possibilités : ils se sont enfuis par leurs propres moyens, ils ont été enlevés, ou ils sont encore à Beauxbâtons mais camouflés, de leur plein gré ou non. »
« L'étude de leurs cartes de transport montre qu'ils ne s'en sont pas servies depuis la semaine dernière, » intervint un homme.
« Ils se seraient donc enfuis à pied ? »
« Il n'y a que douze kilomètres entre Beauxbâtons et Avallon. Ça se fait. »
« Pourquoi prendre tant de peine ? Avec leurs cartes de transport, ils pouvaient directement rejoindre Paris et y disparaître tranquillement. »
« Tout dépend de l'endroit où ils étaient attendus... » fit remarquer Axelle. « Ce type de disparition est également parfaite pour nous laisser dans la confusion. Hypothèse deux ? »
« Un enlèvement, » reprit la cheffe d'équipe, « reste peu probable. Nul autre que les élèves et les professeurs ont accès à Beauxbâtons. Si enlèvement il y a eu, c'est après les avoir leurrés à l'extérieur de l'académie. »
Axelle hocha la tête.
« Hypothèse trois : ils sont camouflés à Beauxbâtons. »
« Dans quel but ? » lança Christian Messidor d'une voix vive.
La Sénéchale interrogea sa fille du regard.
« En début de semaine, il y a eu des brimades contre les enfants de Mangemorts reconnus, » répondit Junon.
« Encore de hauts faits de tes amis Piscies, je présume ? »
« C'est probable, » fit la jeune fille, en demeurant totalement impassible.
Christian Messidor se mit à rire :
« Ce sont des petits-enfants de Résistants ! Ce serait bien plus suspect s'ils n'avaient rien fait face à des enfants de Mangemorts ! »
« Je le conçois, » répondit Axelle en levant les yeux au ciel, « mais nous ne sommes pas là pour encourager la violence adolescente. Junon, les penses-tu responsables de la disparition de Crabbe et Goyle ? »
La jeune fille réfléchit un instant.
« Ils ont paru indifférents à l'annonce de leur disparition. Sacha se serait probablement vanté s'il y avait eu une part. »
« On ne peut pas toujours tout imputer aux Piscies, » sourit Christian.
La Sénéchale s'autorisa un sourire avant de reprendre :
« Peut-on envisager qu'ils se soient cachés de leur propre initiative ? »
« Je n'en vois pas les avantages. A moins qu'ils n'obéissent à des ordres d'individus plus haut placés et qu'ils ne soient qu'une pièce d'un plan plus vaste, » proposa un homme.
« Comme attaquer Beauxbâtons ? » fit la cheffe d'équipe.
« Ou frapper Potter à un moment où il serait plus vulnérable, » supputa Axelle.
Tous les regards se tournèrent vers Harry.
« Hormis dans ma propre chambre, je ne suis jamais seul, » fit-il remarquer.
« Peut-être serait-il plus sage que tu partages ta chambre, Harry... » intervint Sandrine Messidor.
Harry jeta un œil à Junon, qui détourna le regard.
« Entendu, » dit-il, en masquant son allégresse.
Si Harry partageait sa chambre à nouveau, sa tutrice serait bien forcée de réduire les entraînements improvisés. Ce serait toujours ça de pris. Et puis ses amis de Gryffindor lui manquaient, particulièrement Ron et Neville.
« Rien n'est sûr, mais le risque existe, Potter, » fit la Sénéchale. « Je vous crois capable de vous défendre, mais l'élément de surprise n'est pas un facteur à négliger. »
« Je resterai sur mes gardes. »
« L'hypothèse la plus probable est qu'ils se sont enfuis pour rejoindre un contact à l'extérieur. S'ils étaient encore à Beauxbâtons, nul doute que les professeurs et les nains de jardin les auraient retrouvés. Il ne faut pas oublier non plus qu'il s'agit d'élèves anglais qui connaissent mal l'Académie et ses recoins, » conclut la Sénéchale.
« En ce cas, tentons de savoir si les milieux Mangemorts en France comptent deux nouvelles recrues, » fit Sandrine.
« Il y a des Mangemorts en France ? » s'exclama Harry.
Toute la salle le regarda. La Sénéchale se racla la gorge avant de répondre :
« Oui, Potter. Les idées professées par Voldemort trouvent des adeptes partout en Europe. La France ne fait malheureusement pas exception. »
« Ah oui. Bien entendu. Désolé, j'ai parlé sans réfléchir, » fit Harry d'un air contrit.
« Nous comprenons tous ta déception, Harry, » fit Sandrine. « Enfin, nous surveillons ces groupuscules. Tant qu'ils ne font rien d'illégal, nous n'avons pas part sur eux. »
« Ils finiront bien par faire une erreur, » grinça Axelle d'un ton mauvais.
« Le dossier Mangemorts est le dossier favori de notre Ministre des affaires intérieures, autant dire qu'il nous appuie complètement sur la question ! » renchérit Christian pour achever de tranquilliser Harry.


La réunion achevée, le Survivant était rentré seul à Beauxbâtons, Axelle Messidor ayant préféré garder sa fille auprès d'elle. Si cela ne présageait rien de bon pour sa tutrice, cela arrangeait bien Harry, qui en profita pour se réinstaller dans la chambre des Gryffindors. Si Neville et Dean accueillirent son retour avec joie, l'hostilité muette de Seamus l'attrista et le vexa tout autant. Peut-être que Finnigan ne vivait pas une partie de plaisir, mais ce n'était pas comme si Harry s'amusait au Sénéchalat.

Quoi qu'il en soit, ce n'était pas désagréable d'avoir enfin gagné un peu d'estime de la part de Sorlimus. La jeune fille n'était plus aussi cassante que le mois précédent et elle reconnaissait la valeur de ses efforts. Bien évidemment, Harry ne se ménageait pas. Mais les exercices quotidiens exigés par son tuteur devenaient de moins en moins difficiles à faire et son corps ne se plaignait plus autant de la fatigue ou de la dureté des entraînements.
Elle lui parlait davantage, aussi. Lui faisant part de ses remarques sur la politique française, lui parlant stratégie ou tactique militaire ou encore du fonctionnement du Sénéchalat. Axelle Messidor était la plupart du temps claire dans ses explications, mais parfois Harry avait besoin de Junon pour approfondir un point ou pour compléter l'exposé de la Sénéchale.

Malheureusement, l'affaire du Patronus avait assombri leurs rapports. Si seulement Axelle Messidor acceptait d'être plus patiente avec sa fille ! Sorlimus progressait, mais lentement. Trop lentement aux yeux de sa mère, qui lui demandait des comptes à intervalles réguliers. Junon redoutait l'arrivée de chaque week-end et n'était pas à prendre avec des pincettes les vendredis soirs. La frustration que la mère et la fille entretenaient l'une envers l'autre était décourageante, et c'était le plus souvent Harrry qui en faisait les frais. Junon l'avait même forcé, une fois, à combattre Sacha à mains nues en guise de représailles. Le Gryffindor avait tenu bon quelques minutes, puis s'était fait écharper. Le plus juvénile des Piscies n'avait en effet pas la réputation de retenir ses coups.

« Allez Spartharry ! Allez ! Montre-moi ce que tu vaux dans l'Arène. Ne fais pas honte à tes lares (1) ! »
Spartharry...Harry détestait ce surnom. Un truc en rapport avec Spartacus. Mais il était inutile d'en faire mention à Piscies. Sacha n'écoutait jamais ce qu'on lui disait. Harry se concentra sur les mouvements du garçon, sur la répartition de son poids du corps, tentant de deviner son prochain coup.
« Tu n'y peux rien, Potter... » avait remarqué Rufus en l'accompagnant jusqu'à l'officine du Marcou une dizaine de minutes plus tard. « Sacha et moi, on se castagne depuis notre enfance. Tu manques juste de pratique... »
Harry saignait abondamment de la lèvre et avait de méchantes ecchymoses sur le ventre et les côtes, là où Sacha l'avait frappé à coups répétés.
« Sacha a le chic pour frapper à plusieurs reprises exactement au même endroit, » continuait Rufus. « Et il est adroit, crois-moi... Protège toujours tes blessures face à lui, parce qu'il ne te fera pas de cadeau. Roule au sol. Reste hors de portée. Frappe avec les jambes. Et plus efficace encore : trouve une arme. »
« Facile à dire dans une Arène... J'ai bien essayé de lui balancer du sable dans les yeux, mais... » Harry s'interrompit avec un haussement d'épaules.
« Il s'y attendait... Il n'y a qu'un seul vrai moyen de battre Sacha : il faut l'étaler au premier coup ! » sourit Rufus.
« Et tu t'y prends comment, toi ? » marmonna Harry, en pressant un mouchoir au coin de sa bouche pour éponger le sang.
« On ne partage pas ses bottes secrètes, Potter, » répondit l'autre d'un ton sans appel.
"J'imagine qu'il faudra que je demande à Sorlimus..." pensa Harry.


Le mercredi qui suivit, Harry se rendit pour la première fois depuis un mois à la réunion de l'AD, avec une émotion particulière. Il avait dû se tenir à distance de ses amis pendant de longues semaines, par ordre de Sorlimus. Mais maintenant, il se sentait davantage prêt à reprendre le commandement. La fréquentation régulière des Aurors français et de la Sénéchale en particulier lui avait beaucoup appris sur la manière d'organiser un groupe de plusieurs personnes pour différents types de mission. Il se sentait capable d'enseigner cela à l'AD, d'en faire une petite équipe efficace et souple. Des sorciers qui auraient une vraie chance de survie face à des Mangemorts.
Harry se rendait bien compte maintenant que ça avait été un vrai miracle qu'ils aient tous réchappé de l'attaque du Ministère en juin dernier. Sans l'arrivée de Dumbledore et de l'Ordre du Phoenix, ils seraient probablement tous morts ou auraient été faits prisonnier. Harry comprenait le sacrifice de Sirius. Son parrain était un sorcier adulte, en pleine possession de ses moyens, alors que Harry et les autres n'étaient que des adolescents téméraires. Bien entendu qu'il était venu à leur rescousse ! Mais les conséquences...

Harry se souvenait d'une des premières choses que lui avait dite la Sénéchale :
« Malgré toutes nos actions de prévention, Potter, il y aura toujours des gens pour se mettre en danger. Ou pire, mettre en danger d'autres personnes. C'est la responsabilité des Aurors de leur porter secours. Je ne veux pas entendre de "il l'avait bien cherché" ou "il n'avait qu'à faire attention". Nous secourons les gens en danger, quelle qu'en soit la raison. C'est ensuite le rôle de la Justice de punir les responsables. »
Harry s'était senti horriblement mal. Au Ministère, c'était lui qui avait été imprudent. C'était lui qui l'avait bien cherché. Et Sirius avait payé pour ses fautes et son imprudence. Mais depuis, Harry avait appris de ses erreurs. Plus jamais il ne foncerait ainsi au devant du danger, sans planification, sans renseignement, sans matériel. Tout ça, c'était du passé. Plus personne n'aurait jamais à se sacrifier pour lui.

Harry serra les mâchoires sur cette résolution. Il tourna au coin du bâtiment, aperçut le groupe de l'AD à l'endroit habituel où ses membres s'entraînaient et ne put empêcher un grand sourire de fleurir sur son visage.
« Ah ben, c'est pas trop tôt ! » grommela Seamus d'un ton dur, en voyant arriver Harry. « Le Survivant daigne se joindre à nous ! »
« Eh, c'est Harry ! »
« Où t'étais passé, Potter ? »
« Tu nous snobes depuis des semaines ! »
« On sait que tu t'entraînes dans ton coin mais faudrait pas nous oublier ! »
Harry fronça les sourcils. S'il avait espéré un moment que ses amis l'accueilleraient avec joie, il en était pour ses frais.
« Je sais, » soupira-t-il. « Mais c'était vraiment contre mon gré. Enfin, grâce à ces entraînements spéciaux j'ai pu non seulement me perfectionner mais aussi être informé d'un certain nombre d'éléments importants. »
« Quels éléments ? Il y a du nouveau ? » demanda aussitôt Ron.
« La dernière réunion à laquelle j'ai assisté concernait Crabbe et Goyle. Sans rentrer dans les détails, le Sénéchalat semble penser qu'ils ont rejoint des contacts, probablement Mangemorts, à l'extérieur. »
McDougal eut un reniflement de mépris, comme si cette révélation ne l'étonnait pas :
« Ça m'étonnerait pas que Malfoy suive leur exemple si on lui en laisse l'opportunité... » remarqua-t-elle d'un ton sibyllin.
Ron fronça les sourcils :
« Luna s'occupe de surveiller Malfoy, McDougal. Inutile de t'inquiéter pour lui. »
Elle haussa les épaules.
« Je ne faisais qu'émettre une hypothèse... » dit-elle, avant de faire un sourire à son alter. « Tu n'es pas d'accord avec moi, Terry ? »
Le jeune Ravenclaw hésita :
« C'est vrai que c'est une possibilité, » admit-il. « Mais puisque Luna le surveille... »
« N'empêche, j'aimerais bien savoir comment Crabbe et Goyle se sont enfuis ! » intervint Finnigan.
« J'ai entendu les Aurors dire qu'ils n'avaient pas pris leurs cartes de transport. Ça veut dire qu'ils sont partis comment ? A pied ? » fit Abbott.
« Ou en balai ? » proposa Midgen.
« Ça se serait vu, non ? Et puis, aucun balai ne manque chez nous... » répondit Bulstrode, qui avait vérifié elle-même avec Zabini, la semaine précédente, que les balais de Crabbe et Goyle se trouvaient toujours à Beauxbâtons.
« Ils ont peut-être volé un des Palominos de Madame Maxime ?! » gloussa Turpin.
« On en aurait entendu parler, tu crois pas ? » rigola Padma.
« Bon, » intervint Harry pour reprendre le contrôle de la conversation, « et si nous reprenions notre entraînement. Où en étiez-vous ? Je ne suis pas sûr de pouvoir rester longtemps... »
« Mais oui, » fit Seamus, la voix dégoulinante de sarcasme, « Potter ne peut nous accorder qu'un peu de son précieux temps, il ne faut pas gâcher ! »
« Seamus... » s'interposa Dean, en posant une main sur l'épaule de son meilleur ami. « S'il te plaît... Tu veux qu'on fasse quoi, Harry ? »
« Le plus important est de consolider vos techniques de combat, » recommanda le Survivant. « J'ai eu la chance d'être entraîné par la Sénéchale elle-même ces dernières semaines et je vais pouvoir vous transmettre cet enseignement. Mettez-vous par alter, et répartissez-vous pour des duels à quatre. On fera aussi des mises en situation. Ron, Marc-Horus, restez avec moi. »
Au début, chaque duo d'alter se concentra sur ses adversaires, mais bien vite, tout le monde se mit à observer le duel de Harry contre Ron et Marcus. Il y avait quelque chose de fluide et évident dans les attaques et les sorts de défense de Harry. Ils s'enchaînaient avec une facilité étonnante, une précision extrême et faisaient tantôt preuve d'audace et d'inventivité et tantôt d'une prudence rigoureuse et sans failles. Seul un travail acharné pouvait permettre une telle prouesse. Hannah Abbott et Ernie McMillan se mirent peu à peu à lancer sans discontinuer des encouragements autant à Harry qu'à ses adversaires, tandis que Sally-Ann Perks et Lisa Turpin commentaient chaque sort réalisé et que les jumelles Patil tentaient de mémoriser un maximum de sorts d'attaque.
« Ça fait vraiment plaisir de retrouver Harry, » remarqua Neville avec un sourire, en direction de son alter.
Hermione acquiesça.


Le message de Neville sur la réouverture des frontières le dimanche suivant prit Harry totalement de court. Il se trouvait dans les Arènes avec Sorlimus quand il reçut le pneu. Il était laconique mais clair : "Les frontières ont réouvertes. McDougal renouvelle ses menaces. Maxime et McGonagall prévenues. Rejoins-nous à l'AD."
« Potter, charge-toi de ton groupe de défense, » ordonna Junon, alors qu'ils quittaient tous les deux les Arènes au pas de course. « Empêche tout mouvement de panique, toute velléité de quitter Beauxbâtons. Tous les élèves anglais doivent rest... »
« Tu as moyen de fermer l'âtre de Beauxbât ? » interrompit Harry, en se mettant à sa hauteur.
La jeune fille secoua la tête.
« Je n'ai pas cette autorité. Le moyen le plus radical serait de saisir toutes les cartes de transport des anglais. Madame Maxime va surement le faire au plus vite. Deux élèves disparus, ça fait déjà tâche sur son bilan du trimestre. Elle ne prendra pas de risques supplémentaires avec vous. »
« Crabbe et Goyle sont des fils de Mangemorts. Donc présumés coupables. Les journaux pensent qu'ils se sont enfuis par leurs propres moyens. Ta mère elle-même a l'air de le penser, si on se fie à notre réunion de la semaine dernière au Sénéchalat, » commenta Harry, en montant les marches du Grand Hall trois à trois. Il était très satisfait de pouvoir faire cela sans être essoufflé, maintenant.
Junon voulut répondre, mais préféra intercepter le pneu qui venait droit dans sa direction. Elle y jeta un œil tout en sprintant en direction de l'âtre principal.
« C'est qui ? » demanda Harry.
« Marcus, rien de nouveau, » répondit-elle en sortant sa carte de transport prioritaire : « Quoi qu'il en soit, la réouverture brutale des frontières doit causer un beau merdier au Sénéchalat. Je vais aux nouvelles. De ton côté, interroge tes petits copains pour savoir comment ils sont au courant... Sénéchalat, Champ de Mars ! »
Harry hocha la tête et tourna les talons après que Junon ait disparu dans la cheminée.

La voix de Neville résonna dans le Grand Hall au moment où il s'apprêtait à descendre. Le jeune Longbottom lui raconta rapidement tout ce qu'il n'avait pu écrire dans son message, sans oublier les menaces formulées par McDougal. Harry se félicita que Junon soit déjà partie au Sénéchalat, elle n'aurait pas apprécié ces développements.
Dans les escaliers, ils tombèrent ensuite sur Hermione. La jeune fille leur confirma que tout le monde était informé ou le serait bientôt, puis elle les quitta une minute plus tard pour envoyer un pigeon à Miranda et Simon. II y avait donc des chances que ces deux-là reviennent à Beauxbâtons avant le dîner. Ce serait une bonne chose de pouvoir échanger un peu avec eux, ne serait-ce que pour les remercier. Il savait par Hermione, Ron et Neville, que les deux français les avaient énormément aidés. Mais depuis plusieurs semaines déjà, Harry parlait très peu à la jeune Ducratère ou à Jarnac. Que ce soit la présence permanente de Junon ou l'ingérence des deux Piscies pendant les cours, Harry ne trouvait jamais une seconde pour leur dire un mot. Peut-être qu'il en aurait enfin l'opportunité aujourd'hui.

Les deux Gryffindors venaient à peine de sortir du bâtiment qu'ils entendirent une nouvelle voix retentir :
« Eh ! Harry ! C'est vrai que les frontières ont réouvertes ?! » fit Seamus qui arrivait en courant, Susan Bones sur les talons. « C'est pas une blague ? » insista-t-il, en agrippant le Survivant par le bras.
Le jeune Potter grimaça et se dégagea doucement de la poigne de son camarade de Gryffindor. Finnigan n'était pas à prendre avec des pincettes ces derniers temps.
« Oui, l'information nous est arrivé par McDougal. Et je la pense fiable... » répondit Harry.
« Merlin, enfin... On va enfin pouvoir rentrer et quitter cet enfer ! » s'écria Seamus.
« Ne nous emballons pas, » temporisa Harry. « Dans l'immédiat, nous avons pour consigne de rester sur place. J'attends le retour de Sorlimus du Sénéch.. »
« Tu te fous de moi ou quoi ?! » rugît Seamus. « On a aucune raison de rester plantés là, d'attendre les instructions du Sénéchalat ou de je-ne-sais-qui ! Si on peut se barrer d'ici et rentrer pour retrouver nos familles, qu'est-ce qu'on attend ? »
Harry croisa les bras sur sa poitrine et parla aussi fermement qu'il le put :
« Évitons toute précipitation. La situation n'est pas si simple. Certes, les frontières sont ouvertes, mais nous ne savons pas qui est au pouvoir. Tu imagines si c'est Voldemort ?! »
« Évidemment que j'imagine ! J'y pense tout le temps et ça me rend dingue ! » cria Finnigan, en levant les bras. « Que crois-tu que les Mangemorts feront à ma mère pour avoir épousé un moldu, hein ? »
« Je sais que c'est dur, Seamus, mais il faut garder confiance en nos proches et en leurs capacités à se protéger, » fit Harry en tentant d'apaiser son camarade.
« Tes parents habitent l'Irlande, Seamus, » intervint Bones, d'une voix douce. « Ils sont surement moins exposés au danger. »
« Ça ne change rien au fait que j'en ai par-dessus la tête de cette école ! Si l'Irlande n'est pas exposée, j'ai d'autant plus de raisons de rentrer ! »
« Ça me parait prématuré, » reprit Harry. « Nous devons aussi tenir compte du contexte politique. La France nous a accordé le statut de réfugié et le gouvernement magique s'est engagé à nous protéger. Si nous partons maintenant, ce sera contre le gré de nos alliés. Les conservateurs les plus frileux s'empresseront alors de dire que puisque nous ne voulons pas d'aide, inutile de nous la donner. Et nous nous retrouverons seul contre Voldemort. »
« Soyons sérieux, Harry ! » poursuivit Seamus d'un ton sarcastique qui sonna désagréablement aux oreilles du Survivant. « Toi et Hermione vous nous servez toujours les mêmes conneries. Mais ton petit discours s'applique surtout à ton propre cas. Voldemort, tout comme le gouvernement français, n'en a rien à battre de nous autres ! On pourrait partir, ça ferait zéro différence ! »
« Pour moi, ça en fait une ! » s'écria Harry avec feu. « Je ne veux plus voir mourir un ami, un proche que j'aurais pu protéger ! Je vous veux tous en vie ! Vous êtes tous important, même si vous n'en avez pas l'impression »
Neville approcha Seamus et lui posa une main sur l'épaule pour le calmer.
« Gardons la tête froide... » dit-il. « Au moins le temps de recevoir des nouvelles de nos familles par courrier, ok ? »
Seamus se dégagea d'un geste sec, mais il acquiesça néanmoins.
« Tu viens pas à l'AD ? » insista Neville. « Ce serait bien que tu viennes... »
« Nan merci. Pas aujourd'hui... » répondit Finnigan, le regard baissé.
Il tourna les talons et disparut dans les escaliers.
« Je suis désolée... » murmura Susan, en se tordant nerveusement les mains. « C'est ma faute s'il est comme ça... Si seulement... Si seulement, j'y arrivais mieux... Il ne veut même plus entendre mes excuses... »
Harry et Neville échangèrent un regard préoccupé. Ils n'avaient pas réalisé que la situation allait si mal entre la psychométriste et son alter. Neville surtout s'en voulait, lui qui n'avait pas l'emploi du temps chargé de Harry.
« Les choses difficiles ne s'apprennent pas vite et il faut beaucoup de patience et de travail, » dit-il gentiment à Bones. « Mais, il ne faut pas non plus que vous vous isoliez de tout le monde. Nous pouvons peut-être t'aider et décharger Seamus... Qu'en penses-tu ? »
Susan renifla et esquissa un sourire à l'intention des deux Gryffindors.
« Je crois surtout que Piccolo devrait laisser un peu Finnigan tranquille. Elle rend les choses encore pire. Tu t'entends bien avec elle, n'est-ce pas, Neville ? Tu ne voudrais pas essayer de lui dire un mot pour moi ? »
Neville soupira. Ce n'était certainement pas la mission la plus facile de l'année !
« Je peux essayer... » dit-il.
Et sur ces mots, ils partirent rejoindre les autres membres de l'AD.


Junon rentra du Sénéchalat avec une multitude de questions en tête. Il ne restait plus qu'à trouver Potter pour avoir les réponses. Elle avait conscience d'avoir été négligente sur un certain nombre de points. Potter, aussi irritant le trouvait-elle, savait des choses qu'il n'était pas censé savoir. Et sa petite bande tout autant.
Aussitôt arrivée, elle se saisit d'un parchemin et écrivit un pneu au Survivant pour le convoquer. À sa décharge, il ne se fit pas attendre.

« Junon, alors, quelles nouvelles du Sénéchalat ? » demanda-t-il après avoir refermé la porte.
« La Sénéchale n'était pas là, mais j'ai pu parler à Claude. Tes informations étaient étonnamment exactes, Potter. Le Sénéchalat n'a été au courant de la réouverture des frontières qu'une quinzaine de minutes avant toi et tes amis... Tu n'aurais pas des choses à me dire ? »
Harry prit un air détaché.
« L'info ne venait pas de moi ou de mes amis, mais de Morag McDougal. »
« De Morag McDougal ? Comment Merlin était-elle au courant ? »
« Tout est lié à son affaire avec Malfoy. Tu sais qu'elle le surveillait, n'est-ce pas ? Elle avait aussi chargé deux français de surveiller Pansy Parkinson. »
« Ah, parce que vous nous mêlez à vos affaires maintenant !? ... Bon quels français et dans quel but ? »
« Ce type écossais et sa copine. » Junon hocha la tête tandis que Harry poursuivait : « Le plan de McDougal était assez embrouillé. Elle cherchait à coincer Malfoy sans avoir Parkinson dans les pattes. Comme tu le sais, son plan a échoué, hier, ou plutôt cette nuit. Mais la surveillance sur Parkinson n'était pas levée. Et c'est là que c'est complètement fou : McDougal a été contactée par ses alliés français, qui lui ont dit que Parkinson avait quitté la France, qu'elle était rentrée en Angleterre. La seule conclusion logique qu'on pouvait en tirer, c'est que le blocus des frontières était tombé. »
Junon ne dit rien pendant un moment, tentant de digérer l'information.
« Comment avez-vous su que McDougal agirait ce week-end ? » demanda-t-elle enfin.
« Ron et Hermione surveillaient plutôt Malfoy en fait... Luna - tu sais, l'alter de Malfoy ? – garde toujours un œil sur lui. »
« Quand je t'écoute Potter, j'ai la furieuse impression que tu as monté un système complet d'espionnage... »
« En toute honnêteté, je dirais que c'est plutôt Hermione. Je crois que les cours ici ne sont pas de son niveau et qu'elle s'ennuie, » ajouta-t-il en souriant.
« Tout le monde n'a pas la chance d'avoir ton emploi du temps... » répondit Junon du tac au tac en ouvrant grand les yeux.
Harry éclata de rire. C'était si rare que Sorlimus fasse de l'humour.
« Quoi qu'il en soit, c'est en surveillant Malfoy que Ron et les autres sont tombés sur l'embuscade de McDougal. »
« McDougal est la fille du bourgmestre de Hogsmead, tu le sais, n'est-ce pas ? » fit-elle remarquer.
« Ah ? Non, j'ignorais... Mais si c'est le cas, cela explique beaucoup. »
« Ah ? » répéta Junon sur le même ton que lui.
« Et bien, comme les Mangemorts ont attaqué Hogsmead, il est probable que ses parents aient été au premier rang des victimes. Le fait que sa mère ait été tortu... » Harry s'arrêta abruptement.
« Oui, Potter ? » questionna la jeune fille d'un air satisfait.
Il y eut un silence. Le garçon se mordit les lèvres de frustration devant l'énormité de ce qu'il venait de dire.
« Il me semblait bien que McDougal te courait après depuis plusieurs semaines pour avoir des informations à propos de sa mère... » reprit-elle avant d'ajouter d'un ton ironique : « Tu es toujours tellement bien informé... »
Harry jura dans sa barbe. Il ne pensait pas que Junon avait remarqué le manège de McDougal et son entêtement à vouloir lui parler.
« À quoi bon t'expliquer ? » maugréa-t-il finalement. « Tu ne me croiras jamais... »
« Essaye toujours... »
Il pesa le pour et le contre. Bien sûr, il pouvait l'envoyer compter les nains de jardins, ce ne serait pas la première fois qu'il s'engueulait avec elle, et ainsi il garderait caché cette connexion à Voldemort qui lui répugnait. D'un autre côté, si il ne donnait rien à la jeune fille, elle pouvait très bien le balancer à sa mère. Sa relation avec la Sénéchale était plutôt bonne et il tenait à ce qu'elle le reste. Junon était l'exemple même d'une relation problématique avec Axelle Messidor et cela tentait très peu Harry.
« Il existe beaucoup de phénomènes étranges et totalement inexpliqués dans le monde magique, » intervint la solo, en voyant son air pensif. « Que le Survivant y soit sujet ne serait pas une réelle surprise... »
« Je comprends ce que tu veux dire... Mais c'est... C'est compliqué... Et... ça m'a causé beaucoup de torts... J'ai une... sorte de ... connexion mentale avec Voldemort. »
Il attendit une remarque de Junon qui ne vint pas. Il fronça les sourcils et poursuivit :
« Une sorte de lien télépathique. Je peux parfois voir ce qu'il fait, surtout quand il est très en colère ou très satisfait. »
« Et ce lien t'a permis de voir que Hogsmead avait été attaqué et que Madame McDougal avait été tuée ? » demanda Junon.
Il y avait quelque chose dans son ton qui dérangeait Harry, comme si elle ne mesurait pas à quel point cette expérience pouvait être traumatique.
« Non. Je n'ai assisté qu'à son supplice, » fit-il remarquer d'une voix aigre.
« Je vois... Et à aucun moment, depuis l'attaque d'Hogsmead, il ne t'est venu à l'esprit de me faire part de cette information ? »
« Tu vois ça comme un avantage, j'en suis sûr ! Mais c'est pas du tout ce que tu pe...» commença Harry qui commençait à se mettre en colère. Des reproches, encore et toujours des reproches !
« Ne sois jamais sûr de ce que je pense ! » rétorqua Junon d'un ton sec. « Tu te tromperais la plupart du temps ! »
« Mon lien avec Voldemort n'est pas quelque chose que je crie à tous vents ! Tout le monde me croit fou, en Angleterre, uniquement parce que je clame le retour de Voldemort ! Que crois-tu qu'ils penseraient tous, s'ils savaient que j'ai un lien psychique avec lui !? Je tiens à ma liberté ! »
« Ok, ok ! » concéda Junon, d'un ton plus conciliant que d'habitude. « Je ne suis pas en train de te juger ou quoi que ce soit... Mais il faut bien que tu te rendes compte que ce lien peut avoir des conséquences concrètes. Des conséquences graves pour le Sénéchalat ! ... Bon... Est-ce que tu peux me donner des précisions à propos de ce lien ? Comment il fonctionne ? Est-ce que c'est lui qui l'active ? Ou toi ? »
Harry réalisa soudainement que tous ses échanges avec la Sénéchale avaient peut-être été espionnés par Voldemort. Certes, il n'avait pas senti de présence, mais cela ne voulait peut-être rien dire. Comment savoir ? Comment cerner précisément les pouvoirs de ce lien ? Comment le maîtriser ?
« Avant tout, il faut que tu comprennes qu'il n'est pas... très fiable, » expliqua-t-il à Junon. « Voldemort m'a déjà induit en erreur... »
Le Gryffindor n'avait pas envie de poursuivre mais l'histoire se trouvait déjà dans le numéro spécial de l'Haxonaute, alors à quoi bon le cacher ?
« C'est cette erreur qui m'a conduit au ministère en juin dernier, » avoua-t-il finalement.
Il y eut un silence. Très vraisemblablement, Sorlimus additionnait deux et deux.
« Donc c'est plutôt lui qui l'active ? » demanda-t-elle enfin.
« Oui. Mais ça ne veut pas dire que le lien est à sens unique. Après cet événement, Voldemort s'est pris en échange toute ma peine en pleine gueule, et depuis il n'a pas eu trop envie de récidiver. Je pense que maintenant il se contente d'ouvrir les vannes pour me montrer des scènes dérangeantes, mais ne s'attarde pas pour ne pas recevoir le retour de bâton. »
Junon soupira.
« Tout cela est trop important, Potter. Tu imagines si Voldemort peut t'espionner par ce biais ? Tu es très souvent au Sénéchalat et tu es témoin de beaucoup de choses qui sont du domaine de la Défense nationale. Normalement, je devrais en parler immédiatement à la Sénéchale... » Elle s'interrompit pour jeter un regard de biais à Harry. « ... Mais peut-être que ça peut attendre un peu... Et si... Et si tu prenais des cours d'occlumencie auprès de Pythagora Maimonide, tu gagnerais sans doute un meilleur contrôle sur cette connexion. Et elle n'aurait alors plus guère d'importance. »
La bouche du Gryffindor s'arrondit de surprise. Non seulement, Junon n'allait pas le balancer à sa mère, mais en plus, elle lui proposait une solution ! L'occlumencie avec Snape avait été une expérience dégradante, mais un autre professeur changerait surement la donne. Peut-être arriverait-il enfin à se libérer de cette connexion atroce !
« Je... Merci. Je veux essayer, oui, » dit-il enfin. « Tu as raison : je vais demander ces cours d'occlumencie. »
« Pas la peine de prendre cet air reconnaissant. Je fais juste ce qui est nécessaire. Ni plus, ni moins, » répondit Junon, surprise par l'expression du Survivant. « Ne perdons pas de temps, allons-y ! »
Harry la regarda sans comprendre.
« Madame Maimonide loge à Beauxbâtons. Nous pouvons la voir dès à présent. »
Harry acquiesça et une dizaine de minutes plus tard, ils se trouvèrent devant sa porte. De grands éclats de rire provenant de son appartement retentissaient dans le couloir.
Harry questionna Junon du regard mais elle l'ignora et frappa à la porte :
« Entrez ! » fit une voix un peu rauque.
Ils se retrouvèrent dans un joli salon où deux élèves se trouvaient déjà. Harry reconnut le garçon psychométriste qui avait fait un malaise lors de leur premier jour à Beauxbâtons. En revanche, l'autre ne lui disait rien. Madame Maimonide se leva pour les accueillir :
« Mademoiselle Sorlimus, il y a bien longtemps que je ne vous ai vu. Vous portez-vous bien ? » demanda-t-elle.
« Autant que possible, Madame, » répondit sobrement Junon.
Le sourire du professeur s'agrandit :
« Que voilà une réponse honnête ! » s'exclama-t-elle, en hochant la tête d'un air approbateur. Puis elle se tourna vers ses deux protégés : « Juan, Cyril, nous en terminons-là pour aujourd'hui. »
« Entendu, professeur ! » fit le plus âgé avec un accent espagnol marqué.
Il se leva le premier et s'avança vers la porte. Puis, étrangement, il s'arrêta et se racla la gorge en regardant Junon et Harry qui se trouvaient toujours près de la porte. La jeune fille parut comprendre son dilemme et elle entraîna Harry vers un autre coin de la pièce. Juan leur tourna le dos et fit signe à l'autre garçon qui se leva et se faufila vers la porte en tâchant de ne toucher ni objets, ni personnes présentes. Juan lui emboîta le pas sur un au revoir jovial.
« Puis-je vous offrir un thé ? » proposa le professeur malgré l'heure tardive.
Junon ne répondit pas et laissa Harry acquiescer. Ils s'installèrent dans les fauteuils précédemment occupés par les deux garçons, tandis que Pythagora Maimonide s'affairait à ébouillanter une théière et à sélectionner des feuilles de thé. A sa grande surprise, Harry la vit ajouter des feuilles de menthe dans de petits verres ornés de dorure. Sans faire usage de sa baguette, elle saisit la théière au bec allongé et versa le thé artistiquement en relevant très haut la théière et sans qu'une goutte ne tombe à côté du verre. Harry se sentit complètement incapable d'en faire autant.
« Attention, c'est très chaud ! » les mit en garde le professeur, avant de s'asseoir face à eux.
Harry ne connaissait le professeur que de réputation. Hermione l'avait en cours d'arithmancie et avait remarqué qu'elle ne disait jamais aucune phrase sortant du sujet du cours et qu'elle disparaissait aussitôt son cours terminé. Tout le monde disait que Mme Maimonide était distante, mais Harry n'avait pas cette impression, maintenant qu'il la rencontrait enfin. Sorlimus ne paraissait, elle, pas très à l'aise en sa présence. Mais peut-être craignait-elle juste les pouvoirs de légilimencie du professeur. Personne n'aimait qu'on lise dans ses pensées, après tout.
Harry finit par se lancer :
« La raison de ma venue aujourd'hui est que je souhaiterais, si cela est possible, prendre des cours d'occlumencie. »
« C'est également mon souhait, » renchérit la solo.
« Vraiment ? » s'étonna le garçon en se tournant vers elle.
Elle se contenta de hocher la tête.
« Avez-vous déjà suivi un enseignement l'un et l'autre ? » leur demanda le professeur.
« Oui, » acquiesça Harry. « Mais sans grand succès jusqu'à présent. »
Madame Maimonide lui sourit avant de se tourner vers la solo :
« Juste la base, avec les legilimens du Sénéchalat, » répondit Junon.
« Vous savez donc le degré de vulnérabilité qu'entraîne cet art ? »
« J'en ai déjà fais les frais, » marmonna Harry, en se souvenant de Snape farfouillant dans sa mémoire comme un voyeur malsain.
« Je préfère que vous sachiez à quoi vous attendre... » fit remarquer le professeur. « L'occlumencie n'est pas exactement une promenade de santé. J'espère que cela est clair également pour vous, mademoiselle Sorlimus... »
Junon hocha la tête avant de répondre d'une voix un peu inquiète :
« Mais... Je suis au courant d'un certain nombre de choses totalement confidentielles... Potter lui-même n'est pas en reste. »
« Et vous pourrez compter sur ma discrétion en toute chose. Je ne vous ferai pas non plus travailler l'un avec l'autre tant que vous n'aurez pas un certain niveau. »
Harry soupira de soulagement et Sorlimus se détendit, tandis que Pythagora Maimonide poursuivait :
« Vous verrez que le privilège de pouvoir cacher ses pensées les plus secrètes prévaut largement sur les difficultés et les désagréments de l'apprentissage. »
Junon ne répondit pas, mais parut satisfaite.
« Je peux vous accorder trois heures toutes les deux semaines le mercredi de 16h30 à 19h30. Quand souhaitez-vous commencer ? » demanda le professeur.
Harry et Junon s'entre-regardèrent. C'était davantage que ce à quoi ils s'attendaient. Ils s'empressèrent de proposer la date la plus proche. Junon choisit le premier créneau d'1h30; Harry le deuxième.
« En attendant, je vous demanderais de réfléchir à un souvenir précis. Nous le mettrons dans ma pensine et il nous servira de base de travail. »


POV Stanley Flint

Si je devais décrire ma journée du lundi 14 octobre 1996, le premier mot qui me viendrait à l'esprit serait "inattendu". Le second serait, sans aucun doute, "chaotique".
J'avais passé la majeure partie de la soirée précédente à gérer la réouverture des frontières franco-anglaises, tachant de freiner l'impatience de mes compatriotes, écrivant courrier sur courrier à mes contacts anglais, dont j'étais moi aussi sans nouvelle, et surtout tentant d'en savoir plus sur la situation politique de la Grande Bretagne.
Le Premier Ministre et la Sénéchale m'avaient reçu brièvement peu de temps après la réouverture des frontières. Même si je me dois en priorité à mon pays d'origine, travailler activement en collaboration avec le gouvernement sorcier français fait partie de mes devoirs d'ambassadeur. A cette rencontre s'était joint Angélique Messidor, mon interlocutrice principale au Ministère des affaires étrangères et, par ailleurs, la tante par alliance de la Sénéchale. Pas que je veuille faire du mauvais esprit, mais sur quatre personnes, deux étaient des Messidor. Cette famille a beau être apolitique par principe, vous les retrouvez littéralement partout dans la chaîne de pouvoir de l'exécutif ! Et cette charge de Sénéchal, si commodément héréditaire... Pour un pays qui se targue d'avoir éliminé son roi, il présente d'impressionnants relents monarchistes. Au moins, le Royaume-Uni a une reine, et l'assume pleinement.
Marcel Sapin est un homme que j'apprécie. Il fait toujours montre de cette extrême prudence qui a caractérisé toute sa vie politique. Un homme avisé et réfléchi. Angélique Messidor est d'un autre chaudron, même si elle n'est pas à prendre à la légère non plus. Vive, fine et mondaine. Une femme de contact et de réseau à l'international et dont l'appui est précieux en toute situation. Et enfin, Axelle Messidor, froide et professionnelle. La garante de la stabilité de la France sorcière. Même si aucun français ne l'admettra aussi franchement !

Aussitôt rentré à l'Ambassade, j'avais eu le temps de recevoir, autour d'une légère collation, le professeur McGonagall qui souhaitait mettre les choses au point avant son retour à Londres. Cette dame n'avait cependant pas eu l'heur d'apprécier les macarons faits maison par mon chef, ni le pain d'épices de la meilleure épicerie de Paris, elle s'était contentée de boire un thé d'un air pincé. Parfois, j'ai vraiment l'impression que mes compatriotes ignorent tout des bonnes choses de l'existence. Quoiqu'il en soit, j'avais pu bien vite la rassurer : le statut de réfugié politique était maintenu pour ses élèves, Madame Maxime allait être prochainement nommée comme responsable légale et, à moins que les parents des élèves ne fassent une demande officielle, les élèves ne pourraient quitter Beauxbâtons. Elle m'avait informé du décès de la famille de Harry Potter, ce qui nous épargnait le risque que cette dernière ne réclame son retour en Angleterre. Un décès fort opportun si je puis me permettre. Je n'avais en revanche pas informé le professeur de mes démarches auprès de l'Aréopage de la sorcellerie afin d'obtenir un statut international pour Susan Bones. En toute logique, j'aurais dû d'abord obtenir l'accord de sa tante Amelia Bones, mais les communications n'étant pas sûres de nos jours, j'avais préféré différer cette discussion à un moment plus propice. Cette jeune fille était trop importante pour tomber entre les mains d'un parti ou d'un autre. Il était de mon devoir de la tenir à l'écart du conflit en cours.

A deux heures du matin, j'allais enfin goûter à un repos bien mérité. C'était sans compter la cheminée d'urgence de l'Ambassade. D'ordinaire, mon jeune assistant Murray-Head s'occupe de recevoir les appels d'urgence et me les communique quand une prise de décision est nécessaire. Mais ce soir-là, j'avais pris la décision d'y répondre moi-même au cas où des instructions de mon gouvernement arriveraient enfin. La cheminée d'urgence me tira de mon sommeil aux alentours de 5h00 du matin, en la personne de Narcissa Malfoy, pâle, hâve et comme hantée. Comprenez-moi, je n'ai rien contre les visites d'amis de longue date, mais j'apprécie quand elles sont programmées dans mon agenda. Mais ce matin-là était placé plutôt sous le signe de l'impromptu.
Ma première crainte fut l'annonce d'une attaque imminente de Mangemorts. Qu'aurait pu m'annoncer d'autre une Narcissa Malfoy aussi défaite ? Mais il n'en était rien. Reprenant un peu d'empire sur elle-même, mon interlocutrice m'explique qu'elle arrive de Londres et qu'elle souhaite voir son fils Draco avant de poursuivre son voyage. Le tout dans la plus grande discrétion.
La requête me paraît quelque peu étrange, mais je n'ai pas de raison de refuser l'entrée de l'Ambassade à une personne influente telle que Madame Malfoy. De plus, son état me semble préoccupant et je tiens à m'assurer qu'elle se porte bien. Enfin, et surtout, elle représente sans doute mon premier vrai contact avec l'Angleterre depuis plus d'un mois.
Je prends alors les choses en main et lui indique l'une des entrées dérobées de l'Ambassade. Je ne tiens pas à ce que mon personnel soit au courant de sa venue, tant que je n'aurais pas davantage d'informations. Bientôt Narcissa se trouve face à moi, ivre de fatigue et étrangement fébrile pour une personne aussi policée.

« Madame Malfoy, entrez, je vous en prie, » dis-je en la menant au salon privé, attenant à ma chambre.
« Merci, Excellence, » répond-t-elle avant de se laisser tomber dans l'un des fauteuils.
« Mais non, mais non. Pas de titre entre nous ! »
« Je vous suis très redevable pour votre hospitalité, Monsieur Flint... » fait Narcissa en esquissant un petit sourire las.
« Je ne vous cache pas ma surprise, cependant. De toutes les personnes qui franchiraient la frontière, vous êtes bien l'une des plus inattendues ! »
« Vous comprendrez mieux quand je vous aurai expliqué mes circonstances. »
Tout cela ne présage rien de bon... Ne sachant à quoi m'attendre, je lui sers un verre de Firewhisky et commande un encas au cuisinier de l'Ambassade. A cette heure-ci, je sais qu'il est souvent déjà debout. Madame Malfoy prend une petite gorgée d'alcool, puis porte la main à son front comme si elle ne savait comment aborder ses explications. Je m'apprête à parler pour tenter de lui faciliter la tâche quand elle me devance :
« Monsieur Flint, vous devez auparavant savoir que nous avons été victime d'un horrible crime... »
Allons bon !
« Un horrible crime ? Que voulez-vous dire, Madame Malfoy ? »
« Lucius... Mon mari... Lucius a été assassiné cette nuit. Je me trouvais avec lui, mais... mais vous n'allez sans doute pas me croire, c'est… C'est Pansy Parkinson qui l'a tué, » révèle-t-elle en tentant de mettre le maximum de conviction dans sa voix.
J'ouvre grand les yeux et commence à douter de l'équilibre mental de Narcissa Malfoy.
« Pansy, la fille de George Parkinson ? Mais n'est-elle pas en France pour cet échange scolaire ? » hasardé-je, tentant d'y voir clair.
« Je le sais bien, cela n'a aucun sens ! Mais c'était bien elle pourtant. Je suis prête à le jurer, sur la Magie ! »
Et bien... Si une sorcière du milieu de Madame Malfoy tient ce genre de propos, c'est qu'elle est sûre de son fait. Cependant imaginer la culpabilité d'une enfant de 16 ans à peine… Tout cela me paraît très nébuleux... Je dois en avoir le coeur net :
« N'est-il pas plus probable que quelqu'un ait pris son apparence avec du Polynectar ? »
« Ça, je ne saurais le dire... Mais dans le doute, je dois absolument parler à mon fils. Imaginez si Pansy Parkinson est bien coupable et qu'elle a tué Draco avant de venir s'en prendre à Lucius ! » dit-elle, la voix pleine d'effroi.
Je ne peux lui donner tort.
« Nous devons joindre Beauxbâtons au plus vite. Je vais contacter de suite Madame Maxime. Sans mentionner votre présence ici, bien entendu. Nous devons nous assurer que Mademoiselle Parkinson a bel et bien disparu. Et ce, depuis combien de temps. »
Narcissa acquiesce et se déplace hors de vue de la cheminée. Au même moment, mon cuisinier toque à la porte et je le déleste rapidement du plateau repas sans le laisser apercevoir si quelqu'un se trouve dans la pièce. Madame Malfoy scrute étrangement le plateau, puis se décide à grignoter quelques crudités sans me lâcher du regard, alors que je glisse ma tête dans les flammes vertes de la cheminée.

Par chance, le grand tableau de Flamel accroché au mur du bureau de Madame Maxime est présent et c'est lui qui répond à mon appel. Il fait prévenir la directrice pendant que je l'informe de manière laconique de la réouverture des frontières. Il vaut mieux éviter de trop bavarder en présence de Nicolas Flamel, fut-il en deux dimensions. Bientôt Madame Maxime prend la communication :
« Excellence, je suis navrée de vous avoir fait attendre, » dit-elle sans parvenir à cacher son inquiétude. « Souhaitez-vous que je fasse venir le professeur McGonagall ? »
« S'il vous plaît. Mais avant toute chose, je voudrais que vous me disiez si une élève anglaise du nom de Pansy Parkinson se trouve actuellement à Beauxbâtons. »
« Mademoiselle Bulstrode nous a informé hier soir que Mademoiselle Parkinson avait quitté Beauxbâtons samedi sans dire où elle allait et qu'elle n'avait pas donné de nouvelles depuis. Mademoiselle Bulstrode était d'ailleurs assez inquiète. »
« Cela confirme mes craintes, » dis-je à la directrice.
Cela confirme mes craintes, mais cela n'explique toujours pas comment une jouvencelle de 16 ans a pu assassiner Lucius Malfoy ! Ce n'est pas le premier sorcier venu, tout de même !
« Que voulez-vous dire ? » m'interroge-t-elle de plus en plus soucieuse.
« Je préférerais vous le dire en présence du professeur McGonagall. »
Cette dernière arrive sur ces entrefaites, essoufflée et préoccupée, je le devine, par son départ imminent. Malheureusement avec cette nouvelle tragédie, j'ai bien peur que son voyage de retour ne soit encore repoussé à plus tard !
« Monsieur l'Ambassadeur, comment allez-vous ? Je ne pensais pas avoir de vos nouvelles si vite... »
« Nous avons reçu des nouvelles préoccupantes de Grande Bretagne, » commençé-je. « Et une de vos élèves paraît concernée. »
Le professeur ouvre de grands yeux mais, Merlin merci, elle ne m'interrompt pas.
« Mademoiselle Pansy Parkinson a été impliquée dans une affaire grave qui nous occupe. Je ne peux vous en dire plus pour le moment, mais je vous serais gré de m'informer, au cas où cette jeune fille reviendrait à Beauxbâtons. »
« Vous m'inquiétez, Excellence ! » s'exclame aussitôt le professeur McGonagall. « Est-ce une disparition, un… un enlèvement, comme cela est probable pour Messieurs Crabbe et Goyle ? »
Si seulement ! L'hypothèse de la démence meurtrière parait davantage à l'ordre du jour !
« Nous l'ignorons encore. D'après mes sources, je ne crois pas que Mademoiselle Parkinson soit en danger immédiat. Juste… Prévenez-moi au plus vite si elle venait à réapparaître à Beauxbâtons. C'est d'une importance capitale. »
Madame Maxime hoche la tête :
« Entendu, Excellence. Nous allons prendre toutes les mesures nécessaires. Merci de nous donner plus d'informations dès que cela vous sera possible. »
Je hoche la tête, mais hésite à couper la communication. Si je n'arrive pas à obtenir un soupçon d'information sur son fils, Madame Malfoy ne va jamais quitter mon Ambassade !
« Je crois savoir que Mademoiselle Parkinson est proche de Monsieur Malfoy. Pensez-vous qu'il sache ce qu'elle a fait ce week-end ? » demandé-je enfin.
Le professeur McGonagall fronce les sourcils :
« Je l'ignore. Mais Monsieur Malfoy était dans mon bureau hier au soir et il n'en a pas fait mention... C'est Mademoiselle Bulstrode qui partage le dortoir de Mademoiselle Parkinson qui est venue nous dire qu'elle n'était pas encore rentrée. »
Parfait ! Il était donc en vie hier soir. Donc avec de fortes chances d'avoir survécu à la nuit. Encore que la sécurité à Beauxbâtons laisse à désirer ces derniers temps...
« Mademoiselle Parkinson quitte souvent Beauxbâtons les week-ends, si l'on en croit le nombre de déplacements qu'elle a effectué avec sa carte de transport depuis qu'elle est ici, » note Madame Maxime, en consultant son parchemin. « Son départ samedi n'a donc surpris aucun de ses camarades. Dans le meilleur des cas, elle rentrera ce matin et nous vous tiendrons aussitôt informé. »
Bien entendu, les Aurors lui feront un mot d'excuse pour son absence !
« Je vous remercie. »

Je salue mes interlocutrices avant de clôturer la communication et me tourne vers Narcissa :
« Les faits ont l'air de concorder. Il nous faut encore attendre confirmation de l'Angleterre, bien entendu. »
« Et pour Draco ? » me demande aussitôt Narcissa qui semble calme comme un chaudron bouillonnant.
Quoi encore ? Il est en vie, non ?
« Je suis navré, Madame Malfoy, mais je ne vois pas, au vu des circonstances, comment je pourrais exiger du professeur McGonagall qu'elle laisse venir votre fils à l'Ambassade. Je ne peux pas lui révéler que vous êtes là. A moins que... »
Des éclats de voix tonitruants dans une pièce adjacente m'empêche de terminer ma pensée. Je la prie de m'excuser avant de sortir de mon salon privé pour m'informer sur ce tohu-bohu. Les cris ne viennent pas du bureau de mon secrétaire, ni même du petit salon où patientent en général mes interlocuteurs et invités. Non, ils semblent venir du hall d'entrée même de l'Ambassade. Que se passe-t-il donc ?

A peine arrivé dans le hall d'entrée, j'entends mon secrétaire tenter de raisonner une femme que je ne reconnais pas immédiatement. Sa voix aiguë et perçante raisonne désagréablement dans la pièce.
« Je retournerais tous les cairns de ce pays maudit (2), s'il le faut ! Mais, je le jure sur Merlin, je ferais boucler cet infâme parricide ! Ce garçon abject qui a osé se servir de mon enfant ! »
« Madame, je vous en prie, reprenez vos esprits. Vous êtes dans une Ambassade, je ne veux vous laisser voir son Excellence dans votre état, » tente de l'apaiser ce pauvre Murray-Head. « Je vais le faire prévenir de votre arrivée, mais je vous conjure de reprendre votre calme. Puis-je vous servir un petit remont... »
« Cela ira, Tony. Je vais recevoir Madame, » interviens-je de mon ton le plus glacial, celui qui a calmé bien des excités.
La femme se retourne vivement et je la reconnais enfin, malgré les larmes qui ravagent son visage. Avec ce que vient de me révéler Narcissa Malfoy, l'arrivée de Laura Parkinson ne me surprend guère. Mais je dois bien admettre que je ne l'attendais pas si tôt. Je m'avance vers elle à grands pas, tentant de mettre le maximum de surprise et d'inquiétude dans ma voix.
« Madame Parkinson ? Que se pass… Non, pas ici, bien sûr. Nous allons parler en privé, » Je me tourne vers mon secrétaire : « Tony, veillez à ce que l'on ne me dérange pas pendant l'heure qui vient ! »
Laura Parkinson respire à grands coups comme si elle était à deux doigts de défaillir… ou d'exploser. Elle sèche ses larmes avec la manche de sa robe, un geste que je n'ai jamais vu chez une sorcière de son rang. Quel manque de tenue ! Enfin, si les Aurors anglais lui ont fidèlement raconté le meurtre que sa fille a commis, nul doute qu'elle doit être totalement bouleversée. Et refuser d'en croire un mot. Je n'ai plus qu'à me préparer à un entretien houleux avec une femme au bord de l'hystérie. Au moins, Madame Malfoy m'a épargné les pleurs et est restée digne malgré le meurtre de son mari.

Je la mène vers mon bureau de réception, en espérant qu'elle ne reprendra pas ses vociférations. Il ne manquerait plus que Narcissa Malfoy entende les accusations de Laura Parkinson. Les différentes pièces de l'Ambassade sont très bien isolées, par chance. Une fois installée dans un fauteuil, les larmes de Madame Parkinson reprennent de plus belle.
Merlin tout-puissant... Je n'ai pas assez dormi pour cela.
« Madame Parkinson, je vous en conjure, expliquez-moi ce qui vous bouleverse à ce point ? Puis-je vous être d'une aide quelconque ? » lui demandé-je en lui tendant un mouchoir.
« Excellence, c'est abominable… Ma petite fille… Ma Pansy… Ma fille a été victime d'une atroce machination. Une machination que je sais être de la main de Draco Malfoy ! »
C'est nouveau, cette théorie... Heureusement que Madame Malfoy n'entend rien. Ce serait le vivet doré (3) !
« De Draco Malfoy ? » je repète en prenant un ton abasourdi. « Je ne comprends pas… Votre fille et Monsieur Malfoy ne sont-ils pas tous deux à Beauxbâtons ? Je n'ai pourtant reçu aucune nouvelle de Madame Maxime les concernant. Auriez-vous... »
« Pansy n'est pas à Beauxbâtons, » se met à larmoyer Madame Parkinson. « Elle est entre les mains des Aurors du Ministère de la Magie et ils l'accusent d'un crime dont elle n'est pas coupable. Ils l'accusent d'avoir tué Lucius Malfoy ! »
« Lucius Malfoy a été assassiné ? Et l'on accuse votre fille ? Mais comment serait-ce possible ? » je feins de m'étonner afin qu'elle me livre sa version des faits. Celle de Narcissa Malfoy est bien trop lacunaire pour me satisfaire.
« Les Aurors ont trouvé Pansy sur le lieu du crime, la nuit dernière. Au Manoir Malfoy. »
Et ça, c'est très incriminant...
« Mais comment votre fille peut-elle être en Angleterre ? Aucun élève anglais n'a été autorisé à quitter Beauxbâtons depuis l'annonce de la réouverture des frontières dimanche soir. Et votre fille est une élève modèle, me suis-je laissé dire. »
Un peu de flatterie ne fait jamais de mal...
« C'est bien pour cela que je suis sûre que ma fille a été manipulée, sans aucun doute mise sous Imperium. Ou envoûtée. Tous les faits concordent, Excellence ! Tous les faits ! »
Vraiment ?
« Reprenons depuis le début, s'il vous plaît. Comment les Aurors ont-ils été prévenu ? » demandé-je.
« Par un Patronus de Narcissa Malfoy qui a, depuis, fort opportunément disparue. »
« Disparue ? Voilà qui est étrange. Si elle a été témoin du crime, les Aurors doivent être activement à sa recherche... Quand avez-vous été prévenus avec votre mari et que vous ont dit les Aurors ? »
Voilà que j'héberge une fugitive recherchée maintenant ! Ça ne fait pas du tout mon affaire... Si tout ce petit monde voulait bien quitter mon Ambassade, ça me rendrait bien service.
« Les Aurors nous ont contacté vers 5h00 ce matin. Nous avons transplané au Ministère presque aussitôt. Ils ont étudié les derniers sorts de la baguette de Pansy, des sorts de feu magique et un Avada Kedavra, » poursuivit Madame Parkinson.
Ça aussi, c'est très incriminant...
J'ouvre la bouche, mais Madame Parkinson m'empêche de parler d'un geste de la main.
« Tout ce que cela prouve est que la baguette de ma fille est l'arme du crime. Rien de plus. »
« Oui, bien entendu. Poursuivez, je vous prie. »
« Le plus préoccupant est l'état de ma pauvre fille. Elle est… Elle est complètement incohérente, comme folle... Elle ne m'a pas reconnue, » avoue Madame Parkinson d'un ton pitoyable. « Les Legilimens du département des Aurors ont très bien fait leur travail. Ils ont fouillé son esprit et le dernier élément cohérent qu'ils ont pu trouver est Draco Malfoy que ma fille observe au fond d'une ruelle sombre, probablement à Paris. »
Tiens donc ! Voilà qui jette de sérieux doutes sur la version des faits exposés par Narcissa Malfoy !
« Voilà qui est extrêmement suspect ! » m'exclamé-je.
« N'est-ce pas ? Vous conviendrez donc que je dois de ce pas me rendre à Beauxbâtons et confondre cet abominable individu ! Il doit être remis aux Aurors et à la justice anglaise. S'il croit s'en sortir si facilement en se cachant derrière des français, il se trompe lourdement ! »
Certes, la version de Madame Malfoy est très lacunaire, mais l'accusation de Madame Parkinson me parait tout de même un peu rapide. Écarter si rapidement tout autre suspect et toute autre piste est contraire aux méthodes des Aurors et je doute que leurs soupçons ne se portent que sur Draco Malfoy. Mais je me rends bien compte que Laura Parkinson n'est pas prête à démordre de ses accusations. J'essaye tout de même de la modérer :
« Mais une chose m'échappe... Pourquoi Draco Malfoy chercherait-il à éliminer son propre père ? D'après ce que je connais de lui, c'est un fils respectueux. »
« Et à qui profite le crime ? N'est-ce pas lui maintenant l'héritier de la fortune des Malfoy ? Il pensait sans doute que la distance géographique lui fournirait l'alibi idéal et que ma pauvre fille serait bien utile pour récupérer l'héritage de son père. »
Il y a de l'idée... Comme quoi les parvenus ne font pas fortune en courant les licornes !
« Je comprends vos soupçons, mais nous ne devons pas écarter d'autres pistes. Nous ne savons pas à quand remonte le souvenir de votre fille concernant Draco Malfoy. Et nous ne savons pas non plus s'il l'a remarqué à ce moment-là. Nous ne pouvons pas exclure qu'elle ait été enlevé par quelqu'un souhaitant exercer une vengeance sur la famille Malfoy, tout en faisant retomber le tort sur Draco. »
« Le coupable aurait mis le fils Malfoy sous Imperium en ce cas ! Pourquoi utiliser ma petite fille ? »
Parce qu'elle était trop occupée à suivre Draco Malfoy pour se rendre compte qu'elle était elle-même suivie ?
« Peut-être était-elle plus vulnérable ? Si elle se trouvait réellement dans une ruelle sombre de Paris, nous ne pouvons pas nier qu'elle faisait une victime plus facile que Draco Malfoy. Était-elle seule ? Était-il seul ? Toutes ces choses ont de l'importance. »
Je vois Madame Parkinson se tendre et la colère commencer à reprendre son emprise sur elle :
« Vous ne parviendrez pas à me convaincre que Draco Malfoy n'est pas coupable. La disparition de sa mère me parait déjà suffisamment incriminante ! Je vous prie de m'accompagner à Beauxbâtons sur le champ ! »
Je crains bien de ne pas avoir le choix... Et cela me donnera peut-être l'occasion de parler seul à seul avec le fils Malfoy. Allons-y !
« Entendu, Madame. Cela faisait partie de mes intentions. Laissez-moi juste contacter le Ministre de l'Education, car je n'ai pas l'autorisation de me rendre à Beauxbâtons à ma convenance. »

Je lance un peu de poudre de cheminette dans le feu et appelle Marin Constan. Par chance, sa directrice de cabinet me répond aussitôt :
« Bonjour, Votre Excellence. Je crois savoir ce qui vous amène. Monsieur le Ministre a été contacté il y a peu par son homologue des Affaires Intérieures. »
« Merci, Madame Chapeler. Pourriez-vous me mettre en communication privée avec le Ministre, je vous prie ? »
« Tout de suite. »
Des flammes vertes passent devant mes yeux et je me trouve dans un autre bureau où j'aperçois Marin Constan. Lui aussi m'a reconnu :
« Votre Excellence ! Vous m'appelez pour l'affaire Malfoy ? Je viens d'avoir un appel de Desruelles qui, je le cite, m'a chargé de cette "ridicule vendetta entre Mangemorts", vu que Beauxbâtons est sous ma juridiction. »
Marin Constan sourit en me voyant hausser les sourcils. Il sait que la communication est privée et que personne ne peut nous entendre.
« Ne répétez pas ça à la personne qui se trouve actuellement dans mon bureau à à peine quelques pas... » lui recommandé-je.
« Qui vous a fait l'honneur d'une visite si matinale ? »
« Laura Parkinson, la mère de la petite. Elle est convaincue de la culpabilité du fils Malfoy. »
« Vraiment ? Ce cher Desruelles a l'air de penser que c'est une simple machination pour faire tomber l'ensemble de la famille Malfoy. Et que "Vous savez-qui" va en profiter pour mettre ses doigts avides dans leur coffre. Si ce n'est pas lui qui a orchestré l'ensemble de l'affaire... »
« Il faut bien reconnaître que Bruno Desruelles a une certaine expertise des pratiques des Mangemorts, il doit être difficile à abuser. Et vous, qu'en pensez-vous ? »
« Moi ? Je ne suis que Ministre de l'Education, vous savez. Mon avis importe peu. »
Toujours prudent, Marin Constan. A la différence de Bruno Desruelles, il n'est pas du genre à clamer ses opinions sur la place publique, ni même dans une cheminée privée.
« Et vous, que pensez-vous de cette affaire, Excellence ? » me demande-t-il presque aussitôt avec son petit sourire engageant.
« Je la trouve troublante sur bien des points. Et je préfère m'en remettre aux Aurors de mon pays. »
« Vraiment ? » m'interroge-t-il sans se départir de son sourire.
« Bien entendu, le statut de réfugié politique dépasse mon autorité et… la leur. »
Marin Constan hoche la tête d'un air entendu.
« Bien, j'imagine que cette dame est résolue à aller à Beauxbâtons pour exposer ses opinions, n'est-ce pas ? »
« J'en ai bien peur... » dis-je avec un soupir.
« Olympe va adorer. Je lui ai déjà communiqué l'essentiel de l'affaire par nos tatouages d'alter. Je pense que Madame McGonagall est en train d'annoncer la nouvelle du décès de son père à Draco Malfoy. Pauvre garçon… Mais venez donc avec cette dame. Ce sera plus pratique de nous rendre à Beauxbâtons par ma cheminée. Je vous prépare un accès dans deux minutes. »
« Entendu. »
Je sors la tête de ma cheminée et rencontre le regard déterminé de Madame Parkinson.
« Le Ministre de l'Education a été très coopératif. Il nous attend au Ministère pour nous accompagner à Beauxbâtons, » annoncé-je de mon ton le plus concerné.

Quelques minutes plus tard, nous nous retrouvons au Ministère. Marin Constan se fend d'un baisemain à Madame Parkinson, qui semble apprécier l'attention avant que son impatience ne reprenne bientôt le dessus.
« Monsieur le Ministre, merci de nous apporter votre aide, » dit-elle aussitôt, frémissante d'une colère rentrée qui ne me dit rien qui vaille. « Pouvons-nous partir dès à présent pour Beauxbâtons ? »
« Bien entendu, Madame Parkinson, » sourit Marin Constan. « Madame McGonagall, ainsi que la directrice, nous attendent. »
La mention de Minerva McGonagall apaise quelque peu Laura Parkinson. Sans doute l'a-t-elle eu comme professeur en son temps… Mais je doute que cela suffise à épargner le jeune Malfoy.

Nous arrivons à Beauxbâtons par l'âtre professoral. Quelques minutes plus tard, Olympe Maxime nous rejoint et nous invite à la suivre dans les couloirs de Beauxbâtons. Madame Parkinson est étrangement silencieuse. Elle ne cherche pas à parler à la directrice, au Ministre ou à moi-même. Je devine qu'elle attend juste de voir Draco Malfoy pour exploser. Nous traversons plusieurs couloirs mais ne croisons aucun élève. Devant ma surprise, Madame Maxime m'explique que nous sommes dans le quartier des professeurs et que les élèves n'ont guère de raison de s'y trouver, surtout si tôt le matin. Elle s'interrompt dans son explication pour intercepter un pneu. Après l'avoir parcouru, elle le renvoie vers l'armurier de Beauxbâtons, sans y changer la moindre ligne.
« La baguette de Draco Malfoy, » nous dit-elle. « Je viens de l'envoyer à notre armurier qui va vérifier les sorts de ces dernières quarante-huit heures. »
« C'est une pièce à conviction ! Nous devons la remettre aux Aurors anglais ! » glapit Madame Parkinson.
Merlin ! Je préfère encore qu'elle se taise !
Olympe Maxime se tourne vers elle, avant de poursuivre : « Vulcain Faerie est un expert en baguettes internationalement reconnu. Soyez assurée qu'il va mener une enquête approfondie sur celle de Monsieur Malfoy et que ses conclusions seront transmises au Ministère de la Magie anglais. »
Quelques minutes plus tard, nous arrivons au bureau directorial.


Après que Marin Constan ait reconduit Madame Parkinson au Ministère, j'accompagne un Draco Malfoy hagard jusqu'à sa chambre. Nous entrons et, par chance, aucun de ses camarades de chambrée n'est présent. Je jette un oeil à ma montre, 7h34. Ils doivent être en train de prendre leur petit-déjeuner. Parfait. Je saisis un bout de parchemin, tout en tenant un discours sans intérêt.
"Draco, je sais que vous êtes bouleversé", écris-je rapidement. "Mais votre mère, Narcissa, est à l'Ambassade. Elle va bien. Elle et moi savons que vous êtes innocent. Je vais vous exfiltrer discrètement à l'aide d'un portoloin d'Ambassade pour que vous puissiez la voir."
Le jeune Malfoy lit ma missive en ouvrant grand les yeux et il me dévisage soudain comme si j'étais le patronus de sa mère (4). Je brûle le bout de parchemin et lance en informulé le sort de Portus sur un vieil encrier posé sur la table. Draco s'en saisit en même temps que moi et, une dizaine de secondes plus tard, nous disparaissons tout deux dans un léger pop.

Fin POV Flint


Draco tomba à quatre pattes sous l'effet du déplacement par portoloin. Il s'évertua à respirer très lentement, comme à chaque fois qu'il avait dû emprunter ce mode de transport. L'Ambassadeur de son côté semblait à peine incommodé. Au bout d'une demi-minute, Draco put se relever et chercha aussitôt sa mère du regard. Ils se trouvaient selon toute vraisemblance dans le bureau d'apparat de l'Ambassade, mais Narcissa n'était en vue nulle part.
« Votre mère est cachée dans mon bureau privé. Je ne pouvais pas la garder aux yeux de tout mon personnel, » remarqua Stanley Flint, qui se dirigeait déjà vers une petite porte dérobée au fond de la pièce.
Elle les mena dans une pièce meublée de trois fauteuils et d'un petit bureau. Narcissa Malfoy était assise, le dos très droit, comme figé dans la pierre. Dès qu'elle eut posé son regard sur son fils, toute la tension qui l'habitait la fit littéralement jaillir de son siège :
« Oh, Draco ! Tu vas bien ? C'est abominable, si tu savais... »
« Je sais, Maman, je sais. Calmez-vous, je vous en supplie ! »
Narcissa Malfoy étouffa un sanglot contre sa main, tout en serrant son fils dans ses bras.
« Cette... Femme... Cette personne... Elle avait le visage de Pansy Parkinson... Mais je réalise maintenant que ça ne pouvait pas être elle... Non, ce n'était pas elle. »
Elle se sépara de son fils pour l'observer un instant avant de poursuivre :
« Ce n'était pas Miss Parkinson, » répéta-t-elle avec plus de force. « Ce qu'elle a dit, l'expression de son visage, son langage. Elle en avait l'apparence, mais ce n'était pas elle. Vous aviez raison tantôt, Monsieur l'Ambassadeur, c'était probablement quelqu'un déguisé par du Polynectar. »
« C'est à dire... » répondit Stanley Flint d'un ton gêné, « C'est ce que je pensais de prime abord. Mais Laura Parkinson a hélas bien confirmé que c'était Pansy qui se trouvait au Manoir Malfoy. Cette dernière y a été appréhendé par les Aurors et de nombreuses heures se sont écoulées depuis. »
« Vous avez vu Mrs Parkinson ? » demanda Draco, paniqué à l'idée que sa mère ait eu à affronter cette furie.
« Non. J'étais cachée ici. Monsieur l'Ambassadeur a eu la bonté de dissimuler ma présence. Nous lui devons beaucoup, Draco. »
« Je vous en prie, » intervint à nouveau l'Ambassadeur. « C'était la moindre des choses que je pouvais faire en mémoire de mon ami Lucius. »
Narcissa eut un haut le cœur en entendant le nom de son mari.
« Chère Narcissa, je sais que tout ceci vous est fort pénible, mais vous devez nous expliquer précisément ce qui s'est passé la nuit dernière... » demanda Stanley Flint en lui tendant un verre de firewhisky.
Madame Malfoy le prit sans se faire prier et en avala une gorgée avant de commencer son histoire.
« Hier soir, Lucius est rentré tard d'une... réunion politique. J'étais restée l'attendre dans le petit salon. Nous allions nous retirer pour la nuit aux alentours de 2h45, quand Pansy... Cette femme est entrée dans le petit salon en faisant exploser les portes d'un sort. Je ne sais pas comment elle a franchi les sécurités de la porte du manoir. Elle n'aurait normalement jamais pu arriver jusqu'à nous, » expliqua Madame Malfoy en se mordant nerveusement une phalange.
Elle engloutit une nouvelle gorgée d'alcool.
« Et elle s'est adressé à Lucius, lui a dit que les Malfoy étaient maudits, qu'ils allaient enfin payer leurs crimes, qu'elle venait accomplir sa vengeance... Elle a marmonné quelque chose que je n'ai pas saisi. Et puis elle a lancé le sort fatal sur... sur... »
Draco saisit la main de sa mère, qui parvint enfin à achever :
« Sur Lucius. Elle avait l'air d'une folle. Elle riait, puis elle s'est tournée vers moi et m'a ordonné de fuir. J'avais pourtant ma baguette, mais je n'ai pas pensé à m'en servir. J'étais comme envoûtée. J'ai couru hors du manoir pendant de longues minutes avant de reprendre le contrôle de mes nerfs. J'ai enfin trouvé la présence d'esprit d'envoyer un Patronus aux Aurors pour les prévenir. Je ne pouvais penser qu'à une seule chose : est-ce que mon fils est sauf ? Je suis allée prendre un balai au Square Grimmaurd et j'ai volé jusqu'ici. »
« Vous avez volé si longtemps ?! » s'exclama Draco. « Maman, vous devez être épuisée ! »
« Je le suis. Mais c'est sans importance. Ma disparition a dû paraître très suspecte aux Aurors et j'ai peur que les conséquences n'en retombent sur toi, Draco. »
Le garçon écarquilla les yeux, mais ne dit rien à sa mère des accusations de Laura Parkinson à son égard. Il raconterait cela plus tard, quand ils seraient tous les deux loin d'ici et hors de danger.
« Les Aurors français vous ont-ils repéré ? » interrogea l'Ambassadeur.
« Je le crains. J'ai estourbi un Auror qui contrôlait le bateau sur lequel j'étais cachée pour passer la frontière. C'était le plan d'urgence que Lucius avait mis au point. Quoi qu'il en soit, personne ne m'a vue entrer dans l'Ambassade. J'y ai particulièrement veillé. »
« Dans l'anarchie générale qui règne depuis la réouverture des frontières, votre passage ne sera probablement vu que comme un incident isolé. A moins que de nombreuses autres personnes aient également tenté de passer la frontière ? »
« C'est vous qui pourriez me l'apprendre. Je n'ai aucun contact avec les Aurors français, comme vous vous en doutez bien. »
« J'imagine que je devrais attendre une réunion au Ministère des affaires étrangères pour en apprendre davantage... Qu'avez-vous prévu pour le transfert de votre coffre ? » demanda l'Ambassadeur en orientant la conversation vers un sujet moins sensible.
« Mon coffre personnel me paraît hors de danger. Mais le coffre Malfoy est plus sensible, par son contenu. Les valeurs sont transférables, bien entendu. Quant aux objets, je compte sur la mauvaise grâce des gobelins pour qu'ils retardent au maximum l'inspection du coffre par les Aurors. »
« Le sens de la responsabilité des gobelins est effectivement admirable, » reconnut Stanley Flint avec un petit sourire. « Quoi qu'il en soit, Narcissa, avec la présence de Laura Parkinson en France, vous ne pouvez vous attarder ici. Je ne serais satisfait que lorsque je vous saurais en parfaite sécurité. »
« J'ai prévu de rallier l'Italie ou peut être même la Grèce. Draco me rejoindra dès que je serai sûre de pouvoir assurer sa protection. Je dois partir au plus vite. »
« Laissez-moi vous accompagner, Maman ! » lança Draco, paniqué à l'idée que sa mère l'abandonne.
« C'est impossible, Draco. Je ne peux pas te mettre en danger. Beauxbâtons t'offre la meilleure protection, sur tous les plans. »
« Je n'en crois rien ! » s'écria-t-il aussitôt avant d'expliquer très vite : « Monsieur l'Ambassadeur n'a pas dû vous le dire, mais je suis accusé du meurtre de Père. Que ferais-je si Madame Parkinson me fait un procès ou si les Aurors viennent me chercher pour me ramener en Angleterre ? Je dois vous accompagner, Maman ! » insista-t-il, d'un ton de plus en plus effrayé.
« Draco, » intervint l'Ambassadeur d'une voix apaisante. « Aucune des accusations de Madame Parkinson n'a été prise au sérieux. Ni par moi-même, ni par Madame Maxime, ni par le Ministre. Personne ne vous croit coupable. De plus, vous êtes réfugié politique. Même si les frontières ont réouvertes, la France ne va pas vous ôter sa protection. Surtout si des doutes existent quant à la légitimité démocratique du gouvernement magique anglais... » ajouta-t-il en questionnant Narcissa du regard.
« C'est ce que je me suis laissée dire... » répondit-elle d'un ton sibyllin.
« Oh ? Je vois, je vois... » murmura Stanley Flint, avant de se tourner vers son jeune protégé. « Vous devez rester, Draco, pour votre sécurité, mais aussi pour les apparences. Comprenez bien que fuir Beauxbâtons vous incriminerait immédiatement et validerait les théories de Mrs Parkinson... Nous allons faire en sorte que vous n'ayez pas à rentrer en Angleterre. Et dès que votre mère aura préparé votre retraite, vous pourrez la rejoindre discrètement. Cela vous convient-il ? »
Draco regarda sa mère qui hocha fermement la tête, lui enjoignant d'obéir, et il finit par acquiescer.

L'Ambassadeur poussa un petit soupir et allait reprendre quand Draco sursauta.
« Que se passe-t-il, Draco ? » demanda Narcissa, inquiète.
« Rien ! » répondit-il précipitamment. « ... C'est juste mon alter qui... »
« Miss Lovegood ? » questionna Stanley Flint. « Il vaut sans doute mieux répondre, sinon elle risque de signaler votre disparition. Temporisez, dites que vous revenez très vite. »
Draco acquiesça et à la grande surprise de Narcissa toucha un tatouage sur son poignet.
« Luna ? ...Oui, je vais bien... Non, je suis à l'Ambassade... Je n'en ai pas pour très longtemps... Non, rien de grave ! Enfin... Oui... Voilà... Je rentre dès que possible... Oui, ok... A tout de suite. »

Draco coupa la communication et son tatouage reprit une couleur normale.
« Quel est ce tatouage, Draco ? » demanda Narcissa, mal à l'aise et presque effrayée.
« Rien d'inhabituel pour un élève de Beauxbâtons ! » intervint vivement Stanley Flint. « Vous avez entendu parler de la tradition des alters de duel de Beauxbâtons, n'est-ce pas ? Deux alters peuvent communiquer par le biais de ces tatouages. »
« Comment as-tu pu accepter une telle chose, Draco ? Aucun tatouage magique n'est anodin, tu le sais bien ! »
« Maman, comprenez-moi. J'avais besoin d'une alliée sur place. Et Luna Lovegood est... une proche de Harry Potter. »
« Oh ! Je vois... Je... Je vois... C'est... » Narcissa se reprit : « Je comprends. Cela n'a guère d'importance, Draco. Dans quelques semaines, tout cela n'aura d'ailleurs plus aucune importance pour toi. »
« Allons ! » intervint à nouveau l'Ambassadeur. « Prenez un verre, mon garçon, et si Miss Lovegood, ou n'importe qui d'autre, vous questionne sur votre présence ici, vous pourrez leur montrer ceci, » ajouta-t-il en désignant un album de cuir qui se trouvait sur son bureau. « Il s'agit de quelques photos de jeunesse de votre père. Je l'ai fait préparer par mon assistant pendant mon absence. »
Narcissa regarda son fils, mais n'ajouta rien. Le jeune Slytherin saisit l'album d'une main aussi ferme qu'il le put.
« Il va falloir être courageux, tenace et patient, Draco, » poursuivit Flint.
Draco vida le verre de firewhisky d'une seule traite. C'était fort. Et réconfortant. Narcissa le serra à nouveau dans ses bras.
« Comment vais-je rentrer à Beauxbâtons ? » demanda le garçon, tout à coup. « Je n'ai plus de carte de transport. Madame Maxime me l'a prise hier au soir, pour des raisons de sécurité. »
« C'est bien compréhensible, elle ne souhaite pas que des élèves errent hors de sa juridiction. Mais vous pouvez demander à Miss Lovegood de vous ramener par le biais de votre tatouage d'alter, n'est-ce pas ? » fit l'Ambassadeur en souriant.
Il n'y avait même pas pensé. Il contacta Luna et disparut dans un pop, l'album de photos, glissé sous le bras.


« Draco ! Enfin ! » s'écria Luna, qui semblait l'attendre depuis un petit moment.
Et elle n'était pas seule. A côté d'elle, se trouvaient Granger, Longbottom et Weasley. Bien entendu, personne n'avait eu la bonne idée d'aller en cours !
« Ouais, explique-nous ce que tu mijotais à l'Ambassade, ça nous intéresse ! » grogna Wesley.
« Pas la peine de le prendre sur ce ton, » répondit aussitôt Draco. « L'Ambassadeur souhaitait juste me parler dans un endroit plus confidentiel que Beauxbâtons. »
« Je ne suis pas persuadée qu'il avait le droit de te faire quitter l'Académie, » remarqua Granger de son sempiternel ton raisonnable. « Ça aurait pu être un piège pour te renvoyer en Angleterre, où tu es accusé de meurtre, je te rappelle. »
« Les nouvelles vont vite ! » grinça Draco, en jetant un regard accusateur en direction de Neville.
Le garçon leva les mains en un vague signe d'excuses. Pas que Draco s'en soucia réellement.
« Comment t'es allé là-bas ? Tu as encore ta carte ? » demanda Ron, prêt à faire un scandale si le Slytherin bénéficiait d'un privilège quelconque.
« Tout le monde a rendu sa carte... » grommela le Slytherin.
« Mais tu empestes le firewhisky à plein nez ! » s'exclama brusquement Luna, qui s'était approchée pour inspecter son alter sous toutes les coutures. Elle se rejeta en arrière avec une moue dégoûtée.
« Oui. Et alors ? » riposta Draco, dont l'humeur ne s'améliorait pas.
« Il n'est même pas 8h ! » s'exclama Granger, très choquée.
« Je répète : Et alors ? Ce n'est pas interdit que je sache ! L'Ambassadeur m'a offert un verre, je n'allais pas refuser. »
La Gryffindor plissa le nez, mais lui épargna un discours sur l'alcoolisme juvénile. Qu'elle réserve ça à Castel-Dajax, plutôt ! Quant à Luna, elle sembla vouloir dire quelque chose, puis se ravisa.
Draco reprit de sa voix traînante habituelle :
« Je ne risquais strictement rien. Stanley Flint est un vieil ami de mon père. Il n'a pas l'intention de m'envoyer face aux tribunaux anglais. »
« Si tu es sûr de toi... » marmonna Ron. « C'est quoi ça ? » ajouta-t-il en désignant l'album de cuir.
« C'est personnel. »
Ron haussa les sourcils mais n'insista pas. Pour une fois que ce lourdaud manifestait une once de tact, ça tombait vraiment mal ! Bah, il montrerait l'album plus tard à Luna. Ça ferait plus naturel.
« Il y a des nouvelles de Nott ? » demanda Draco en s'adressant directement à Neville.
« Non, Malfoy. Toujours rien. »
« En revanche, on a des nouvelles de McDougal ! » fit Ron. « Ou plutôt, on a une nouvelle disparue sur les bras ! »
Draco eut de brusques sueurs froides et il déglutit difficilement :
« C'est à dire ? »
« Pendant que tu étais dans le bureau de McGo ce matin, Hermione est allée frapper à la porte de McDougal et Bulstrode, » expliqua Neville. « McDougal nous paraissait la plus crédible pour expliquer la disparition de Nott... »
Draco hocha la tête. Cela faisait déjà plusieurs semaines qu'il imputait tous les torts à Morag. Que les Gryffindors le rejoignent enfin sur la question était plutôt bienvenue.
« Et... ? » demanda-t-il.
« Personne ne répondait... » répondit Hermione. « Alors, je suis allée voir Midgen. Tu sais que c'est l'alter de Bulstrode ? ... Elle l'a appelée et c'est là qu'on s'est rendu compte que Bulstrode s'était faite saucissonnée par McDougal pendant la nuit. Ça a été toute une affaire de discuter avec le parchemin pour lui faire ouvrir la porte de leur chambre, mais Midgen a réussi et on a pu la libérer. Apparemment, McDougal l'a ensorcelée pendant son sommeil et s'est enfuie. »
« Enfuie ? Où ça ? »
« En Angleterre, selon Bulstrode... » répondit Luna. « Et Terry n'était d'aucune aide, vu que lui et McDougal ne sont pas tatoués. »
« Je vois... Il fallait s'y attendre... Où se trouve Millicent ? » questionna Draco, endossant son rôle de préfet.
« On l'a amené voir McGonagall... »
« Elle y est encore ? ... Je vais tâcher de la trouver. Tu viens Luna ? » proposa Draco à son alter.
« Oui, je t'accompagne. »
Neville, Ron et Hermione échangèrent un regard surpris. Depuis quand Malfoy recherchait-il activement la compagnie de Luna ?!

Le professeur McGonagall répondit rapidement au pneu de Draco, le convoquant immédiatement dans le bureau de Madame Maxime. Arrivé devant la porte, il croisa Bulstrode qui en sortait.
« Millicent ? J'ai croisé les Gryffindors... Comment te sens-tu ? »
« Courbaturée... Ça me met en rage que Morag se soit retournée contre moi ! » s'énerva Millicent.
Draco lui saisit le bras :
« A mon avis, il n'y avait rien de personnel. Elle ne voulait juste pas que tu donnes l'alerte. Tu la surveillais peut-être de manière un peu trop ouverte... »
« Morag est mon amie, Draco ! Je ne vais pas me cacher quand je me fais du souci pour elle et qu'elle va mal. »
« Quoi qu'il en soit, ce qu'elle a fait hier soir ne trahissait pas une confiance immodérée. »
Millicent dégagea brusquement son bras avant de lui jeter froidement :
« Parfois, t'es un vrai connard, Malfoy ! »
Luna s'avança vivement pour s'interposer, mais Malfoy l'en empêcha d'un geste et regarda Bulstrode disparaître au fond du couloir.
« Laisse tomber, ce n'est juste pas mon jour... » maugréa-t-il.

Il leva la main pour frapper à la porte du bureau de Madame Maxime, puis la laissa retomber.
« Ça va Draco ? Tu es tout pâle... » constata Luna d'un ton inquiet.
Il observa sa propre main qui tremblait légèrement. La perspective de revoir la personne qui lui avait annoncé le meurtre de son père dans ce même bureau lui laissait comme un goût de bile amère dans la bouche. Mais sa mère était sauve et c'était tout ce qui comptait, dans l'immédiat. Il n'avait plus qu'à attendre de ses nouvelles et il serait libre de quitter pour de bon ce maudit Beauxbâtons et d'oublier tout ce qui lui tombait dessus. Luna posa une main sur son épaule en signe de soutien.
« Il s'est passé tellement de choses ce matin que je... » répondit-il enfin. « J'ai un peu de mal à... Mais ça va aller, je crois. Ce n'est pas le moment de craquer. »
Il frappa.
« Entrez ! »
Draco poussa résolument la porte, sur la promesse silencieuse de Luna de l'attendre.

Le professeur McGonagall n'était pas seule. A ses côtés, Olympe Maxime trônait dans son gigantesque fauteuil. L'homme dans son tableau était toujours là également.
« Ah, Monsieur Malfoy ! Désolée de vous avoir abandonné tout à l'heure. Mais il était impératif d'agir vite afin de calmer Madame Parkinson. »
Draco déglutit.
« Est-elle retournée en Angleterre ou bien... ? » laissa-t-il en suspens.
« Oui. Il me semble qu'elle a tenté de rencontrer notre ministre des affaires intérieures, mais il n'a pas accepté de la recevoir, » expliqua Olympe Maxime avec un petit sourire malicieux. « Quoi que s'imagine cette dame, il est particulièrement improductif d'agiter son argent ou son influence devant le visage de Bruno Desruelles... »
Draco prit bonne note de l'information.
« Elle n'a pas caché qu'elle ferait tout pour vous ramener en Angleterre, Monsieur Malfoy, » enchaîna le professeur McGonagall. « Mais nous avons des alliés et votre statut de réfugié politique vous protégera en dernier recours. En revanche, je vous déconseille de quitter Beauxbâtons à l'avenir, même si c'est pour vous rendre à des réceptions mondaines, » ajouta-t-elle, comme si Draco passait sa vie à faire des mondanités !
« Je n'en avais pas l'intention, » répondit-il sans hésitation. « J'ai bien compris que je devais faire preuve de discrétion. »
Le professeur le regarda d'un air suspicieux mais ne fit pas de commentaires.
« Parlons maintenant de cette accusation de meurtre, » intervint Olympe. « D'après les dires de Madame Parkinson, vous auriez mis Pansy sous Impérium pour la pousser à commettre ce crime. Quand avez-vous vu Mlle Parkinson pour la dernière fois ? »
« Certainement ici, à Beauxbâtons dans la matinée de samedi. Madame Parkinson prétend que Pansy m'a suivi à Paris et c'est peut être vrai, mais je ne m'en suis pas rendu compte. J'étais avec Alexis Bombaste, il vous le confirmera. »
« Et que faisiez-vous dans, je cite, "un quartier mal famé de Paris" ? » demanda McGonagall d'une voix pincée.
« Nous étions au Bas Saint Martin... » éluda Draco.
Madame Maxime ne put s'empêcher d'éclater de rire.
« Qu'y a-t-il de si drôle ? » s'exclama McGonagall.
« Le Bas Saint Mart est le quartier des bars et des boîtes de nuit. Nul doute que Madame Parkinson n'a pas dû apprécier que vous y entraîniez sa chère fille ! »
« Je n'ai entraîné personne ! » éructa Draco, indigné. « Si Pansy nous a suivi, c'était complètement à notre insu ! »
« Il est très possible que quelqu'un ait mis Pansy sous Impérium, puis se soit arrangé pour vous faire porter le chapeau. En lui ordonnant de vous suivre jusqu'à un certain point, par exemple, » raisonna Madame Maxime.
« Vous pensez à Morag McDougal ? » demanda immédiatement Draco.
« Pas nécessairement, même s'il est vrai que la fuite de Mlle McDougal est très suspecte, » poursuivit la semi-géante.
« Je ne la crois pas d'un niveau suffisant pour mettre quelqu'un sous Impérium, » remarqua McGonagall.
« Sans doute, mais il semble néanmoins qu'elle sache faire preuve de beaucoup de ressources, » reconnut Madame Maxime. « Ce qui m'étonne davantage, c'est que Pansy soit parvenue à entrer en Angleterre. Le hasard paraît un peu trop beau qu'elle se soit trouvée aux frontières pile au moment de leurs réouvertures ! »
« La personne l'ayant mis sous Impérium était peut-être particulièrement bien informée. Ce qui nous orienterait davantage vers une personne de nationalité britannique ou tout du moins ayant des connections avec des personnalités politiques britanniques, » poursuivit McGonagall.
« Accuser Monsieur Malfoy ou Mademoiselle McDougal dans ce contexte ferait sens s'ils avaient été informé l'un ou l'autre de la réouverture des frontières... » insinua la directrice.
« Je... Je n'étais au courant de rien ! » bafouilla Draco.
« En effet. Comment auriez-vous pu l'être ? » poursuivit Madame Maxime, une certaine insinuation dans son ton.
« Enfin, Olympe ! Cela suffit ! Il est évident que Monsieur Malfoy ne savait rien. Maintenant, écoutez-moi bien, Draco : je vais rentrer en Angleterre. Même si Hogwarts est toujours inaccessible, je veux faire mon possible pour libérer notre école du joug mangemort. J'ai quelques contacts ici et là. Nous nous attellerons à retrouver Miss McDougal. Voulez-vous que nous recherchions également votre mère ? » proposa McGonagall.
« Pourquoi feriez-vous ça ? » demanda Draco, moitié surpris, moitié méfiant.
« Votre père faisait partie du conseil d'administration de Hogwarts. Il avait un certain poids dans les décisions concernant l'école. C'est maintenant votre mère qui hérite de sa charge par intérim. »
« Je vois... Mais si Mère n'est ni au Manoir Malfoy, ni au Square Grimmaurd, elle peut être n'importe où. Elle possède un très vaste réseau de connaissances. »
« Ne serait-elle pas plutôt aller chercher refuge chez les Mangemorts ? » intervint l'homme dans le tableau.
Draco foudroya le portrait peint du regard :
« Les Malfoy ne mélangent pas la famille et la politique ! »
« Nous avons de sérieuses raisons de penser que votre Père n'appliquait guère cette maxime familiale... » poursuivit le tableau, sans se départir de son petit sourire.
« Nicolas, voyons... » fit Olympe.
Le vieil homme peint cacha son sourire derrière un verre de vin, mais il ne s'arrêta pas en si bon chemin :
« Les sympathies de votre père ne vous rendront guère service en France. Quant à savoir si elles seront d'une quelconque utilité à votre mère... »
« Maître, nous vous avons suffisamment entendu ! » s'écria McGonagall.
« Mère ne commettrait pas l'erreur de se compromettre avec les Mangemorts, » assura Draco. « Surtout au vu des circonstances... N'importe qui peut être derrière le meurtre de mon père, après tout. Et les Mangemorts ne font pas exception. »
« C'est vrai. Votre père devait être très jalousé, j'imagine... Nous ignorons trop du contexte pour évaluer correctement la situation, » remarqua McGonagall. « Quoi qu'il en soit, Monsieur Malfoy, je vous recommande la plus grande prudence. Méfiez-vous des messagers qui viendraient au nom de votre mère et n'acceptez de les recevoir qu'à Beauxbâtons et en présence de Madame Maxime ou de son sous-directeur. »
« Entendu, professeur. C'est ce que j'aurais fait de toutes façons. »
« Je ne vous retiens pas davantage, Monsieur Malfoy. Je tenais également à vous féliciter pour le sang-froid avec lequel vous affrontez cette terrible situation. »
« Je... J'essaye juste de faire de mon mieux, » répondit Draco, un peu désemparé par la gentillesse du professeur.
« Je n'ai pas pour habitude de condamner un élève pour les agissements de sa famille. Sachez-le. »
« Merci professeur, »
Madame Maxime se racla la gorge et fit un petit signe en direction de la porte.
« Vous pouvez y aller, Monsieur Malfoy... Oh, et si vous voyez Monsieur Potter, pourriez-vous lui dire de venir ? »
« Il vaudrait mieux lui envoyer un pneu, Minerva, » intervint la directrice. « Ce sera le moyen le plus rapide de savoir s'il est bien à Beauxbâtons ou s'il a encore été convoqué au Sénéchalat ! »
« J'apprécierais qu'Axelle Messidor me prévienne avant de convoquer Harry selon son bon vouloir ! » grinça McGonagall.
« Mais nous devons aussi ménager la Sénéchale, » remarqua Madame Maxime, en saisissant un parchemin.
Draco franchit la porte à ce moment-là et n'entendit pas la suite de la conversation.

Luna l'attendait à l'extérieur.
« Tout s'est bien passé ? » demanda-t-elle.
Draco hocha la tête en réponse.
« Tu devrais aller te reposer Draco, » continua-t-elle. « Je te préviendrais si on apprend des nouvelles de Nott ou de Crabbe et Goyle. »
Il hocha à nouveau la tête et laissa Luna le raccompagner à sa chambre.


POV Flint

Après cette matinée chaotique qui s'était terminée avec le départ de Madame Malfoy en direction de mon homologue à Rome, je croyais que le reste de la journée s'écoulerait paisiblement. Que nenni ! Elle se poursuivit sur le même refrain, dans la confusion la plus totale.
J'étais en train de régler quelques points avec des ressortissants anglais nés-moldus qui souhaitaient avoir des informations sur la situation politique, quand je reçois enfin une première missive de mon gouvernement. Pour tout dire, elle ne m'est pas destinée directement, c'est plutôt une injonction faite au Premier Ministre français. Sans faire aucune fioriture diplomatique, le nouveau Ministre de la Magie anglais, Gerardus Selwyn, réclame Draco Malfoy en qualité de "témoin" pour l'affaire du meurtre de Lucius Malfoy. Témoin ? La formulation me fait sourire. Près de dix personnes seraient probablement prêtes à jurer sous serment que Draco ne se trouvait pas sur les lieux du crime à l'heure de la mort de Lucius. Mais qu'importe. La théorie de Mme Parkinson a dû avoir suffisamment d'impact sur le service des Aurors. Sans compter que Celui-dont-on-ne prononce-pas-le-nom ne doit pas avoir envie de perdre la fortune des Parkinson, en sus de celle des Malfoy. Je me demande un instant si Marcel Sapin va me convoquer. Je représente en principe mon gouvernement, mais le ton de la missive est loin d'être diplomatique et les Affaires Etrangères régleront probablement ça sans mes bons offices.
Deux heures s'écoulent sans aucune réaction du Premier Ministre. Je me demande ce qu'il en est et j'hésite à appeler Angélique Messidor aux Affaires Etrangères, quand un nouvelle sommation anglaise me parvient. Voilà que Selwyn réclame maintenant Harry Potter. Si cela n'est pas la marque du camp Mangemort, je suis prêt à manger mon chapeau ! Et toujours aucune nouvelle du Premier Ministre... Fait-il la sourde oreille sur conseil de la Sénéchale ? Tente-t-il de contenir l'impétuosité de Bruno Desruelles qui aurait sans doute déjà déclaré la guerre si on le laissait faire ? Je n'ai guère le temps de m'interroger, car un nouvel ordre tombe vingt minutes après réclamant l'ensemble des élèves anglais se trouvant à Beauxbâtons. La confusion qui semble régner Outre-Manche frise franchement le ridicule ! Espèrent-ils vraiment être pris au sérieux avec toutes ces demandes successives ?
La réponse du Premier Ministre français tombe enfin. Avec la plus magnifique langue de bois possible, Marcel Sapin déclare que "L'échange scolaire entre Hogwarts et Beauxbâtons a été signé pour une durée de trois mois. Cet échange est basé sur un programme structuré, dont le but est de fortifier l'amitié entre nos deux pays. Ainsi, dans cette période de troubles, la France reste forte et droite aux côtés de sa sœur l'Angleterre, à l'image de nos jeunes respectifs. Nous comptons honorer nos promesses à leurs égards, comme l'Angleterre a toujours honoré les siennes envers la France."

Mon gouvernement ne semble pas répondre immédiatement. Sans doute ne s'attendaient-ils pas à cette déclaration qui voulait dire non, tout en disant oui. Mon avis personnel est que le clan Mangemort espérait faire céder le gouvernement français à propos de Draco en réclamant Potter dans un deuxième temps. Une sorte de compromis : "nous renonçons à Potter pour le moment si vous nous donnez Malfoy". Celui-qui-ne-doit-pas-être-nommé doit vraiment avoir envie de faire la lumière sur cette affaire de meurtre. Et récupérer l'argent des Malfoy en embrigadant le fils.
Je n'ai pas vraiment envie de me compromettre pour un camp ou l'autre. Aussi vais-je faire une proposition qui devrait être consensuelle. De ma plus belle plume, je suggère au Premier Ministre d'inviter en France pour les vacances de Samain, les parents d'élèves anglais afin qu'ils puissent voir leur progéniture. Les parents le souhaitant pourront alors repartir avec leurs enfants. Cela permettra aux enfants de Mangemorts de quitter le sol français et assurera la protection de Malfoy et Potter, tout deux orphelins.
« Tout cela est fort bon et fort bien, » me dis-je à moi-même en grignotant un macaron.

Fin POV Flint


Peu avant son départ, le professeur McGonagall fit venir Harry dans son bureau. Il eut la surprise de découvrir qu'il n'était pas seul convoqué et que Susan Bones se trouvait déjà dans le bureau du professeur, en compagnie de Pythagora Maimonide. Cette dernière avait-elle mis au courant McGonagall pour les cours d'occlumencie ? Elle avait pourtant promis la plus grande discrétion ! Harry fronça les sourcils.
« Vous devez vous demander ce que Madame Maimonide et Miss Bones font ici, Potter... » fit le professeur anglais en préambule.
Harry hocha la tête et prit le fauteuil qui lui indiquait son interlocutrice à droite de la jeune fille.
« Avec mon départ, Madame Maxime va se retrouver responsable de vous et de vos camarades. L'échange scolaire est prévu jusqu'à Noël comme l'a confirmé le gouvernement français. Je ne vous cache pas que cela me soulage, Potter, de vous savoir de ce côté de la Manche. Mais si le pire devait advenir... » Le professeur s'interrompit et prit une grande inspiration avant de reprendre : « Si le pire devait advenir. Si Hogwarts venait à tomber aux mains des Mangemorts, si Dumbledore trouvait la mort ou si l'Angleterre déclarait la guerre à la France, je vous donne pour instruction, Potter et vous aussi Miss Bones, de suivre le professeur Maimonide. Nous avons arrêté ensemble le choix de Santos Candomblé au Brésil, si vous deviez fuir l'Europe. Il s'agit d'un établissement extrêmement bien dissimulé, avec un très grand nombre d'élèves. Là-bas, vous passerez inaperçu et serez hors de portée. »
« Vous voulez que je m'enfuie, professeur !? Mais je ne pourr... »
« Je l'exige, Potter ! » coupa McGonagall. « J'ignore quels sont les plans exacts d'Albus vous concernant, mais je ne sacrifierai pas votre vie. Vous êtes un symbole pour Voldemort. Un symbole qu'il veut abattre et, croyez-moi, il y parviendra sans mal s'il est au pouvoir. Et nous savons qu'il l'est déjà. Vous ne devez en aucun cas rentrer en Angleterre. Je vous veux en sécurité, Harry. Quant à vous, Miss Bones, vous allez bientôt obtenir le statut international qui vous permettra de ne dépendre d'aucun état. L'Aréopage vous voudra au Brésil si une guerre éclate en Europe. »
« Mais que vont devenir Ron et Hermione ? Et tous les autres ? Ils seront des cibles pour m'atteindre ! » s'écria Harry qui refusait le plan qu'on lui imposait. Comment pourrait-il fuir alors qu'il y avait la prophétie et qu'il était le seul à pouvoir... Harry réalisa que personne, hormis Dumbledore et lui, ne connaissait le contenu de la prophétie. Devait-il expliquer...
« Si le pire advenait, ils resteraient tous à Beauxbâtons. Moins en sécurité que vous ne le serez, mais néanmoins protégé. Rappelez-vous que l'Académie est incartable et n'a jamais été trouvé par Grindelwald, » continua le professeur qui ne se doutait pas des tourments du Survivant.
Harry échangea un regard avec Pythagora Maimonide. Croyait-elle vraiment elle aussi que c'était la seule solution ? Le professeur hocha la tête avant de répondre :
« Si le besoin s'en fait sentir, nous ferons les démarches pour vous obtenir également le statut international, Monsieur Potter. Il est normalement réservé aux psychométristes, mais dans certains cas particuliers ou dans des circonstances exceptionnelles, il peut être accordé à titre provisoire ou permanent à d'autres sorciers. »
« Que permet ce statut ? » demanda Harry.
« Il vous accorde l'immunité diplomatique, même si vous n'êtes pas au-dessus de l'autorité de l'Aréopage. Et en cas de danger, les portauloins individuels de grande distance vous sont autorisés sans accord préalable. Vous êtes même autorisé à en avoir un sur vous. L'astreinte d'un sorcier international est de ne pas travailler pour le même état pendant plus de trois ans de suite. Vous n'êtes également pas forcément libre de choisir les pays où l'on décide de vous envoyer. »
« Mais vous enseignez à Beauxbâtons depuis plus longtemps, n'est-ce pas ? »
« Depuis cinq ans. J'ai obtenu une dérogation à cause du petit Cyril, mais c'est tout à fait exceptionnel. »

Suite à cette discussion, le professeur McGonagall convoqua tous les élèves anglais dans le réfectoire où elle annonça son départ. Le premier à bondir de son siège fut Seamus :
« Professeur ! Nous devons rentrer aussi, vous comprenez ! Nos parents nous attendent et nous dev... »
« Calmez-vous, Finnigan ! L'échange scolaire n'est pas terminé, vous ne pouvez donc pas rentrer tout de suite. MAIS notre Ambassadeur a eu la bonté de proposer que vos parents viennent ici en France vous rendre visite à la fin du mois. Le gouvernement français a accepté et même appuyé cette demande auprès du gouvernement anglais. Dans quinze jours, vous pourrez voir vos parents et ce seront eux qui prendront la décision de votre retour ou non en Angleterre. D'ici là, vous pouvez leur écrire. Avec la réouverture des frontières, vos chouettes et hiboux peuvent sans problème apporter votre courrier. Je ne serai d'ailleurs pas surprise si de nombreuses lettres n'étaient pas déjà arrivées dans le pigeonnier de Beauxbâtons... Une seconde ! Je n'ai pas terminé ! » tempêta le professeur, en voyant quelques élèves se lever en sursaut. « J'ai conscience que la situation est très injuste pour vous, mais avec la disparition de quatre de vos camarades, je ne veux prendre aucun risque. Aussi, je vous demande jusqu'à l'arrivée de vos parents de ne pas quitter Beauxbâtons, même pour aller chez des élèves français. »
Il y eut des protestations dans la salle, notamment des Hufflepuffs qui avaient bien sympathisé avec leurs condisciples français.
« Là encore, ce seront vos parents qui décideront si les cartes de transport doivent vous être rendus ou non. Madame Maxime va parler à ses élèves et tâcher de les convaincre de demeurer un maximum possible à Beauxbâtons afin que vous ne restiez pas isolés ici. Je suis sûre que nombre d'entre eux seront heureux de rester certains week-ends avec vous... Enfin, je compte sur vous pour avoir une attitude exemplaire, que ce soit pendant les heures de cours, ou en dehors. Gardez la tête froide quelle que soit la nouvelle qui vous parviendrait. Et n'hésitez pas à consulter Madame Maxime, ou son directeur adjoint, si quelque chose advenait. J'informerai de mon côté la directrice des événements importants se produisant en Angleterre, afin qu'elle vous tienne au courant de manière régulière. Je vous souhaite à tous une bonne fin de trimestre. Travaillez bien et soyez diligents. Je reviendrai en décembre. »


Axelle Messidor ne convoqua pas Harry aussi vite qu'il l'avait craint. La journée du mardi s'écoula sans nouvelle du Sénéchalat, ni de Junon, qui avait quitté Beauxbâtons avant même l'annonce du départ du professeur McGonagall. On vit réapparaître au petit-déjeuner Theodore Nott, qui prétendit n'avoir jamais disparu et avoir juste été absorbé pendant ces deux derniers jours par un problème ardu d'arithmancie. Nul ne fut dupe, mais Madame Maxime, soulagée d'avoir remis la main sur un des élèves évaporés, fit semblant de le croire. Le retour de Nott apporta une vague de soulagement chez les Slytherins qui, combinée aux nombreuses lettres reçues par les élèves anglais, acheva de rendre l'ambiance générale bien meilleure.
Les missives se ressemblaient peu ou prou, donnant des nouvelles des proches, mais sans aucune mention de politique intérieure ou d'avis de décès. A quelques exceptions près, aucun parent ne laissait entendre qu'il était nécessaire de rentrer. La plupart confirmait également leur venue pour la fin octobre.

Hermione fut la première à émettre l'hypothèse que le courrier avait été censuré :
« Les hiboux doivent tous passer par Douvres pour aller en France. C'est là que la mer est la moins large, » expliqua-t-elle. « Ça ne devait pas être bien difficile d'intercepter les oiseaux et de modifier légèrement les courriers pour rendre leurs contenus anodins. »
« C'est possible de faire ça sans que ça se voit ?! » fit Parvati, en inspectant sa lettre sous toutes les coutures.
« Peut-être qu'avec un sort de Révélation, on peut trouver des traces de la modification... » hasarda-t-elle, en lançant le sort sur la lettre de Parvati, qui resta parfaitement identique, n'eut été un léger frémissement de l'encre.
« Ou peut-être une potion ? » proposa Padma.
« On pourrait demander à Bombaste, non ? » renchérit Neville. « Je pense qu'il ne peut rien nous refuser avec tout le raffut de samedi dernier. »
« C'est vrai... » acquiesça Hermione. « Mais je préfère laisser Luna lui demander malgré tout... »
Il approuva en gloussant.
"Il doit encore penser aux bruits qui courent sur Malfoy et Bombaste," pensa Hermione, sans parvenir à s'empêcher de sourire elle aussi. "Il faut vraiment qu'on tire cette histoire au clair !"
« Je pense que si nous voulons correspondre sans crainte, nous allons devoir passer par la poste moldue, » reprit-elle en orientant la conversation vers quelque chose de plus sérieux.
« Tu penses encore à Mrs Figg ? » demanda Neville.
« Oui, mais vu que de nombreux parents vont venir dans deux semaines, je me demande si c'est bien nécessaire... Qu'en penses-tu Ron ? »
Ron était celui qui avait reçu le plus de lettres, chacun de ses frères ayant tenu à lui en écrire une, en plus de celle de ses parents. Seule Ginny manquait à l'appel, toujours coincée à Hogwarts. Il était présentement dans la lecture d'une lettre de Charlie, beaucoup plus prolixe, quant à elle, que celles provenant d'Angleterre, vu que le cadet des Weasley était toujours en Roumanie.
« Hmm ? » fit-il, distrait.
« Est-ce que c'est nécessaire selon toi de trouver un canal de communication alternatif, comme la poste moldue ? » reformula Hermione.
« Le courrier moldu met trop de temps ! » répondit Ron d'un ton péremptoire. « Ta dernière lettre à Mrs Figg a mis une bonne semaine à lui arriver et tu as dû entendre une à deux semaines de plus pour avoir une réponse. Les parents seront là avant même que tu ne reçoives une réponse ! ... Ecoutez plutôt ce que dit Charlie, » continua-t-il, en agitant sa lettre : « J'ai quelques contacts à Durmstrang et l'école est très divisée quant aux événements survenus chez nous. Mais depuis le départ de Karkaroff, les Pro-Mangmorts ont moins le droit de cité et de nombreux élèves exclus sont revenus, notamment les nés-moldus. Personne ne sait rien de la situation anglaise, mais beaucoup semble soutenir notre cause. Cela pourrait avoir de l'importance dans l'avenir. N'hésite pas à passer l'information à McGonagall, qui vous a accompagnés si j'ai bien compris. Je compte rentrer prochainement en Angleterre et si cela est possible, je ferai étape à Beauxbâtons pour te voir. Tu sais que j'ai appris ta présence en France par une lettre des Delacour ? Tu aurais pu me prévenir tout de même ! Je te croyais à Hogwarts avec Ginny jusqu'au moment où j'ai reçu leur lettre. Les pauvres sont aux abois concernant leur fille et espéraient que j'aurai eu des nouvelles par Bill. J'espère qu'ils pourront avoir des nouvelles maintenant que les frontières ont réouvertes. J'ai aussi reçu une lettre de Hagrid il y a deux semaines, qui est en mission pour l'Ordre quelque part entre la Hongrie et la Biélorussie. Il me demandait si je pouvais lui "prêter " un dragon ! Tu imagines ? »
« Il a des nouvelles de Hagrid ? » s'écria Harry. « Il donne des précisions sur sa mission ? »
« Non, mon vieux. Pas un mot, » répondit Ron. « Mais ça fait quand même un paquet de nouvelles ! Je vais lui répondre de venir au moment des vacances de Samain, comme ça, il pourra voir nos parents et décider s'il veut rentrer ou pas. »
La joie de Ron faisait vraiment plaisir à voir.

De leurs côtés, Hermione et Harry furent les seuls à ne pas recevoir de courrier. La Gryffindor lui expliqua l'arrangement qu'elle avait mis en place pour ses parents et, après avoir longuement hésité, lui apprit la disparition des Dursleys. Harry n'eut presque aucune réaction, ce qui le surprit lui-même. Mais sans doute avait-il trop pleuré la mort de Sirius pour ressentir encore de la peine. Cela viendrait peut-être plus tard...
« Quel gâchis... » laissa-t-il échapper avec un petit tremblement dans la voix. « Heureusement que ta famille est hors de portée, Hermione. »
Il termina la journée aux Arènes où, sur les conseils de Ron, il affronta Wotan Crèvecoeur et Marie-Céleste Otéane. L'effort physique lui fit du bien et ses adversaires avaient l'air satisfait de s'opposer à un solo. D'après leurs dires, Sorlimus ne les combattait que rarement, et uniquement quand le Comte l'exigeait dans le cadre de ses cours.


La convocation au Sénéchalat tomba finalement le lendemain matin, après le petit-déjeuner.
« Asseyez-vous, Potter, » ordonna Axelle d'un ton las.
Harry se laissa tomber sur une chaise, qui s'adapta immédiatement à sa morphologie, tout en appuyant sur ses points de tension dorsale. Merlin, il adorait ses chaises !
« Je ne suis pas mécontente que les choses commencent enfin à bouger, » fit la Sénéchale avec un semblant de sourire. « Vous connaissez les détails, Potter, le gouvernement anglais vous réclame à grand bruit. Et vous n'êtes pas le seul... La confusion qui semble régner Outre Manche nous apporte toutes les réponses manquantes. »
Elle regarda Harry d'un air interrogatif.
« Et bien, la confusion est généralement la conséquence d'un trop grand nombre de sorts à portée mentale tels que l'Oubliette ou l'Imperium. Le gouvernement est selon toute vraisemblance noyauté par les Mangemorts. »
« Il s'agit effectivement du scénario le plus probable. Que pensez-vous de la situation de Draco Malfoy ? »
Harry avait de plus en plus l'impression d'être face à un jury d'examen.
« Le fait que le gouvernement le réclame avec autant de force prouve que sa présence en Angleterre est jugé indispensable par Voldemort. Mais cela veut-il dire pour autant qu'il est capable de remplacer son père au pied levé ? La théorie de mon amie Hermione est que Voldemort ne veut pas perdre le soutien financier des Malfoy et que seul Draco peut lui ouvrir le coffre familial, puisque Madame Malfoy a disparu. »
La Sénéchale fronça légèrement les sourcils à la mention d'Hermione, mais ne fit en définitive pas de commentaire.
« Vos amis ont-ils d'autres hypothèses sur l'assassinat de Lucius Malfoy ? » demanda-t-elle finalement.
« C'est la méthode qui surprend le plus. Pourquoi aller chercher une fille se trouvant en France alors que n'importe qui aurait fait l'affaire en Angleterre ? »
« Cette fille est un excellent levier sur Draco Malfoy. Supposons que Malfoy père se soit rebellé ou ait déplu d'une manière ou d'une autre, Voldemort aurait alors à cœur de l'éliminer et de garder une main sur sa fortune grâce au fils. Et quel meilleur moyen de faire rentrer le fils que de l'accuser d'avoir manipulé sa camarade de classe ? »
« Mais en ce cas, qu'est-il advenu de Madame Malfoy ? » s'écria le jeune homme. « Le plus simple aurait été de l'éliminer également, car elle a elle aussi accès au coffre familial. »
« Il est possible qu'elle ait été éliminée. Si elle est en vie, nul besoin de réclamer la présence du fils Malfoy. Ou alors c'est qu'elle a échappé aux mains des Mangemorts... » résuma Axelle.
« Mon amie Hermione se pose la question des conséquences par rapport à l'implication des Parkinson ? »
« L'implication des Parkinson peut avoir plusieurs conséquences : si Voldemort pense que Pansy Parkinson est coupable de la mort d'un de ses lieutenants, il pourrait réclamer vengeance. Je ne donne en ce cas que peu de chance de survie aux Parkinson... »
« Ce qui expliquerait leur véhémence à accuser Draco Malfoy... » remarqua Harry.
« Effectivement. Il existe une autre possibilité : que ce soit une manœuvre du camp adverse. »
« Que voulez-vous dire ? Et qu'entendez-vous par camp adverse ? » s'écria le Gryffindor.
« Disons le camp anti-Mangemorts pour simplifier. Si les Malfoys et les Parkinsons sont les uns et les autres des soutiens de Voldemort, les diviser ainsi en les montant les uns contre les autres est une excellente stratégie de déstabilisation ! »
« Dumbledore n'utiliserait jamais une élève dans un but aussi sordide ! » contra Harry qui appréciait de moins en moins les hypothèses de la Sénéchale.
« Il n'y a pas que Dumbledore dans le camp adverse, Potter... Sans compter qu'aux dernières nouvelles Hogwarts est toujours en état de siège et donc sans moyen de communication avec l'extérieur. »
La Sénéchale regarda longuement Harry :
« J'espère que vous ne préparez pas de plan aussi stupide qu'audacieux comme de rentrer en Grande Bretagne pour libérer Hogwarts... Je suis sérieuse, Potter. Vous devez rester en France. Mon gouvernement s'est engagé à vous protéger et je ne prends pas cet engagement à la légère. »
« Je n'ai pas l'intention de commettre d'imprudence, » répondit Harry avec force. « J'ai conscience que dans l'état actuel des choses, ma présence ne créerait que des complications. »
La Sénéchale hocha la tête :
« L'échange entre Hogwarts et Beauxbâtons est censé durer jusqu'en décembre. Cela vous offre un répit. D'ici là, nos spécialistes étudieront la situation anglaise et nous vous ferons part de nos hypothèses. Vous êtes un symbole de la lutte contre Voldemort, vous devez à tout prix éviter de tomber entre ses mains. »
Harry hocha la tête.
« Je vous recommande également de ne quitter Beauxbâtons que pour venir ici au Sénéchalat. Évitez Paris, Avallon et les fêtes mondaines. »
Harry sourit cette fois-ci :
« Ce n'est pas une punition de m'épargner les événements mondains ! »


1 : les lares auxquels fait référence Sacha sont les ancêtres divinisés. Dans la Rome antique, chaque famille romaine avait et révérait son ou ses propres Dieux lares qui protégeaient le foyer. En gros, Sacha dit "ne fais pas honte à tes ancêtres".
2 : "retourner tous les cairns du pays", expression sorcière pour Remuer ciel et terre
3 : "ce serait le vivet doré", expression sorcière pour Ce serait le pompon
4 : "être le patronus de sa/leur mère", expression sorcière pour être sa/leur dernière planche de salut


Et voilà mon nouveau chapitre ! J'espère qu'il vous a plu.

Pour plus d'infos, La Liguopédia est à votre disposition...