Chapitre 36

Bella

Il n'y a pas de baskets élimées qui traînent au milieu du séjour, pas non plus d'iPod abandonné entre un paquet de chips et une canette de coca. Il n'y a qu'un épais dossier de contentieux qui, je le sais ne me distraira pas assez pour que j'arrive à occulter toutes ces pensées sombres. Mon fils est parti.

Mon petit garçon a mis les voiles…

La voix lente et basse de Leonard Cohen, une contrebasse, un violon, quelques notes aiguës de piano pour accompagner les larmes.

Solitude…

Mon portable, désespérément silencieux dans la main, je laisse sortir toute la tristesse, l'angoisse, la nostalgie qui m'étreignent depuis quelque jours. Cette sensation d'impuissance qui s'est enroulée tout autour de moi et qui s'est progressivement resserrée, jusqu'à m'étouffer. Chaque fois que je pense qu'elle ne pourra pas me broyer davantage, c'est pire. Bientôt je ne pourrai même plus bouger, alors je me roule un peu plus en boule dans l'angle du canapé, beaucoup trop vaste, beaucoup trop lisse, beaucoup trop froid.

Je hais cette maison, sans Jasper, elle n'a aucune âme. Elle n'est qu'une luxueuse coquille vide, sans charme, sans profondeur, sans vie. J'ai même donné congé à la femme de ménage pour deux mois. Je sais qu'elle viendrait pour rien.

Je boirais bien un verre pour me détendre et embrumer mon cerveau qui tourne et tourne en boucle. J'imagine toutes les cinq secondes ce qui pourrait arriver de pire à mon fils, agression, vol, kidnapping, drogues…

Et ce téléphone qui ne sonne toujours pas ! Il m'a pourtant promis qu'il appellerait dès qu'il serait dans la salle d'embarquement de son escale à Miami. Je tremble encore, il n'a jamais été si loin de moi et demain matin, il sera sur un autre continent à 10 000 km d'ici.

-Seigneur, faites qu'il ne lui arrive rien !

Je sais que j'en fais beaucoup trop, mais que puis-je dire d'autre honnêtement ? Je suis terrorisée et je n'arrive même pas à arrêter de pleurer. Je savais que je craquerais misérablement dès que je serais à nouveau seule. La tension n'a fait qu'augmenter tout au long de la journée, progressivement, comme monte la pression dans une cocotte minute parfaitement hermétique.

Je viens d'exploser !

La présence de Julian, ses avances déplacées, l'insouciance de Jasper, les larmes d'Alice, la distance obligatoire avec Edward, puis les deux valises dans l'entrée, trop c'est trop et me voilà rendue à vider toutes les larmes de mon corps parce que je ne sais pas quoi faire d'autre mise à part pleurer.

J'essaie de penser à Edward, à la perfection de son corps, je m'extasiais littéralement sur chacun de ses gestes quand il était armé de la batte de baseball. Chaque fois qu'il frappait la balle, qu'elle claquait contre le bois dans bruit sec et métallique. C'était agressif pour les tympans mais ô combien jouissif parce que ce son, si caractéristique de ce sport, signifiait qu'il avait touché la balle et qu'il allait s'élancer.

Et quand Edward s'élance, c'est magnifique. Il bondit comme un jaguar. Même depuis le banc sur lequel j'étais assise, à vingt mètres de la base, je voyais ses muscles se contracter et ça me donnait chaud, mais ça n'avait rien à voir avec le soleil de Juin. La chaleur qui enflamme mon corps a toujours quelque chose liée à lui.

Depuis plusieurs semaines de toute façon, Jasper mis à part, il n'y a pratiquement plus rien dans ma vie qui n'ait rien à voir avec Edward. Chaque geste, chaque pensée, chaque minute de ma vie lui sont consacrés. Même quand je dors il est là, qu'il soit physiquement à mes côtés ou pas, il est toujours là dans un coin de ma tête. Je suis complètement en train de tomber pour ce garçon et aussi fort que ma conscience me crie que c'est une folie, aussi fort je tombe.

Il n'y a que Jasper qui me fait garder les pieds sur terre mais malgré tout, ce soir, je préfère me concentrer sur Edward car si je pense trop à mon fils, je ne vais jamais me calmer. Si je reste cohérente et que j'écoute ma raison, je ne suis pas sûre d'avoir la force de vivre avec cette angoisse qui m'étreint.

Je resserre mes bras autour de mon corps, les croisant sur ma poitrine pour essayer de canaliser mon angoisse. Je repense à Alice qui, assise à côté de moi hier, regardait mon fils avec des étoiles plein les yeux. Il m'a fallut plusieurs minutes pour comprendre que c'était des larmes qui embuaient ses yeux et les faisaient briller ainsi.

J'ai failli craquer avec elle, je ne sais pas où j'ai puisé la force de rester stoïque, de la prendre dans mes bras et de lui murmurer des paroles rassurantes quand elle a douloureusement sangloté contre mon épaule, me murmurant à quel point elle l'aimait et qu'elle ne voulait pas qu'il parte. Je pleure de plus belle en imaginant dans quel état elle doit être à présent.

Je regrette que la partie de baseball ait été interrompue. Je m'en veux. Jasper a dû quitter ses amis pour consoler Alice. Peut-être que si j'avais tenu une conversation un peu banale avec elle, elle ne se serait pas mise dans cet état. Mais je n'ai malheureusement rien trouvé à lui dire pour la distraire. D'une part parce que j'étais moi aussi à fleur de peau et d'autre part, je n'arrive pas vraiment à communiquer avec elle. Pourtant je l'apprécie, mais elle a cette retenue, cette timidité face à moi qui me met mal à l'aise. Je sais que je l'intimide beaucoup, je ne sais d'ailleurs absolument pas pourquoi. C'est frustrant car elle est parfaitement à l'aise avec Julian. Mais avec moi, non. A chaque fois que j'essaie de bavarder avec elle, aussi bateau que la conversation puisse être, j'ai toujours l'impression de surjouer, de me forcer et j'imagine qu'elle le ressent.

La sonnerie de mon téléphone portable me fait sursauter et je décroche en soupirant de soulagement.

-Oui Jasper ! Ma voix sort dans un pauvre filet étranglé.

-Ouais, M'man ? Ça va ?

-Bien et toi ? M'enquis-je tout de suite en me redressant et en toussotant pour éclaircir ma voix.

-Tranquille, je vais bientôt embarquer. L'avion est à l'heure, c'est cool.

-Tant mieux. As-tu mangé ?

-J'ai grignoté un truc ouais, mais ils vont servir à dîner dans l'avion, ne t'inquiète pas.

-Je ne m'inquiète pas, mais fais attention, si quelque chose ne te parait pas trop frais, n'insiste pas, ne le mange pas.

-M'man ? Ça va aller t'inquiète, ça se saurait si la Panam empoisonnait ses voyageurs.

-Je sais chéri, mais fais attention, tu imagines à quel point ça serait embêtant que tu sois malade ? Trouver un médecin et tu ne pourrais même pas te présenter à ton premier jour !

-Ouais, ça serait embêtant, c'est vrai, je vais faire attention maman, mais arrête de flipper je t'en prie !

-Je ne flippe pas ! Dis-je avec toute la mauvaise foi que je possède.

-Bon, tant mieux, élude-t-il. Je vais appeler Alice, elle est encore plus angoissée que toi figure toi. Je t'appelle demain matin dès que j'ai atterri et trouvé un taxi.

-D'accord ! Jasper tu fais attention, tu ne prends pas la première voiture qui se propose chéri, tu cherches un vrai taxi d'accord ?

-Ouais, t'inquiète pas m'man, je ne me ferai pas avoir, je ne suis pas un pigeon ! Allez je te laisse, les gens commencent à embarquer.

-D'accord, sois prudent chéri !

-Ouais, je le serai ! Salut M'man.

-Je t'aime Jasper !

-Je t'aime aussi ! Bisous !

La tonalité résonne dans mon oreille et je me rends compte que je suis debout au milieu de l'immense pièce. Je marche distraitement vers la baie vitrée et je contemple l'océan, le soleil vient de disparaître derrière la ligne d'horizon et le ciel a cette drôle de teinte verte bleutée du début de la nuit. Les premières étoiles apparaissent et je me souviens subitement qu'il avait voulu être astronaute quand il était enfant. Je ricane bêtement en cherchant la lune des yeux. S'il avait choisi cette voie, il irait peut-être beaucoup plus loin que le Brésil. Il aurait pu choisir des carrières beaucoup plus dangereuses, je dois relativiser. Il aurait pu s'engager dans l'armée, l'humanitaire ou devenir boxer professionnel.

Quand même, j'aurais préféré qu'il reste ici, ou bien, qu'il aille en Angleterre, en Australie ça m'aurait quand même beaucoup moins stressée. Seigneur, ramenez-moi mon petit ! Please !

Je sursaute une nouvelle fois quand la sonnette de la maison retentit. Je regarde le hall d'entrée avec curiosité avant de jeter un œil à ma montre. Il est vingt heures et je n'attends personne. L'évidence me fait sourire et même si on n'avait pas prévu de se voir, je croise les doigts que pour que ce soit lui, Edward et non Julian qui revient la charge.

Quand j'appuie sur la poignée de la porte, la déverrouillant dans le même temps, je lève les yeux au ciel, le suppliant encore une fois de m'épargner. Le grand patron doit vraiment en avoir assez de moi aujourd'hui. Mais il semble quand même avoir entendu ma prière car mon bel Edward est appuyé contre le montant de la porte d'entrée, son malicieux sourire en coin accroché sur son adorable bouche.

-Bonsoir Madame Swan, marmonne-t-il en plantant ses yeux dans les miens.

-Bonsoir Edward, qu'est-ce qui t'amène ? Je m'écarte en ouvrant la porte largement pour le laisser entrer. Il se décolle du mur tranquillement, avec sa décontraction habituelle.

-J'ai encore oublié mes clés, ricane-t-il en passant près de moi. Je ris un peu aussi en refermant derrière lui. Je remarque le sac en papier kraft qu'il tient dans sa main quand il se dirige vers la cuisine.

-Qu'est-ce que c'est ? Dis-je en désignant son paquet. Je suis tellement soulagée de le voir que je suis à la limite d'éclater de rire, de sauter partout comme une hystérique et sur lui surtout, juste pour me serrer extrêmement fort contre son corps. Je ne me sens jamais seule quand je suis avec lui. Je veux m'oublier entre ses larges bras.

-C'est de quoi vous nourrir Madame Swan ! Mais ça peut attendre quelques minutes, il dépose le sachet sur la table et se tourne vers moi.

-Si tu me disais pourquoi tu pleurais ! Il tend sa main pour que je m'approche et je ne me fais pas prier, je me jette littéralement contre lui, enfonçant immédiatement mon visage dans sa chemise.

-Je ne veux plus en parler.

-Il va falloir pourtant, souffle-t-il en embrassant le dessus de ma tête. Je soupire de bien-être en sentant ses bras m'envelopper. La sensation psychologique d'étouffer se fait moins forte quand je suis physiquement en train de m'asphyxier contre lui.

-Comment vas-tu ? Je lui demande en caressant ses larges omoplates avec le plat de mes paumes.

-Bien. Tu as des nouvelles de Jasper ?

-Je viens de l'avoir, il décolle de Miami dans quelques minutes, il allait embarquer.

-Bien, pas de retard alors, tout roule.

-Oui, tout roule et toi ? Tu as vu Julian ?

-Oui.

-Comment ça s'est passé ?

-Bof, c'est Julian, je ne sais pas quoi en penser. Pourquoi tu pleurais Bella ? Je baisse les yeux en mordant ma lèvre, il ne va pas laisser tomber ! Mon regard se focalise sur la fine cravate bleu marine qu'il porte sur sa chemise blanche.

-J'ai toujours envie de tirer sur ta cravate. Dis-je en caressant le tissu, glissant mes doigts de son sternum à son ventre. Je tente de le distraire pour ne pas m'épancher de nouveau sur lui. C'est toujours lui qui me remonte le moral et me rassure. A chaque fois qu'il le fait, je me sens un peu plus redevable envers lui et ça me fait culpabiliser car je sais que je ne lui rendrai jamais le quart de ce qu'il me donne.

-Tu crois que je suis si faible ? Ricane-t-il en desserrant le nœud de sa cravate, la laissant pendouiller autour de son cou.

-Je suis contente que tu sois là ! C'est gentil d'avoir amené à manger.

-Je sais que tu ne manges pas quand tu es seule, c'est juste des Sushis. J'étais dans le centre et je suis passé devant le japonais que tu aimes bien, sur Jefferson.

-Je n'ai pas faim, mais c'est gentil, vraiment Edward j'apprécie le geste. Est-ce que tu veux boire quelque chose ?

-Ouais, tu as du soda ou un jus de fruit ? Je crève de soif.

-Oui bien sûr.

Je n'ai même pas le temps d'esquisser un geste vers le réfrigérateur qu'il est déjà de l'autre côté de la cuisine et a attrapé un grand verre.

-Tu bois quelque chose ? Demande-t-il en agitant un second verre vide.

-Oui, s'il te plaît. Il les pose sur la table et se laisse tomber sur la chaise la plus proche, il enlève pour de bon sa cravate et défait les deux boutons de son col.

-La journée a été longue ? Dis-je en pleine extase alors qu'il fourrage ses cheveux, mettant une belle pagaille là-haut. J'adore son bordel capillaire.

-Non, ça a été.

-Est-ce que Julian va te prendre alors ? Je remplis les deux verres de jus de pomme. La première bouteille qui m'est tombée sous ma main.

-Oui, il m'a fait une proposition. Il est d'accord pour que j'intègre le cabinet ici à San Francisco. J'ai accepté, je commence en Novembre.

-C'est génial Edward ! Il hausse les épaules, comme si ça lui était égal.

-Ce n'est pas ce que tu voulais ?

-Si, sourit-il. Mais pas d'un vrai et franc sourire.

-Alors quoi ? Tu n'es pas content ?

-Si je le suis. Dit-il en prenant une gorgée de jus. Il me regarde quelques secondes et il me fait un nouveau petit sourire avant de tendre sa main vers moi.

-Viens près de moi, chuchote-t-il quand je glisse mes doigts entre les siens. Il tire sur ma main délicatement et avant même que j'aie réalisé, je suis assise sur ses genoux et ses bras m'enveloppent de nouveau tandis que ses lèvres courent sur mon épaule dénudée.

-Et toi ? Ce n'était pas trop dur à l'aéroport ?

-On parlera de moi après Edward, qu'est-ce qui s'est passé chez Whitlock et Associés ? Julian a été désagréable ? Il a joué au con prétentieux pour te rabaisser ?

-Non, pas du tout.

-Alors quoi ? Finis-je par m'agacer de le voir si détaché de ça et d'être obligée de lui tirer les vers du nez car je vois bien qu'il ne me dit pas tout.

-Eh bien, Julian est spécial et je ne sais pas comment je vais faire pour travailler pour lui. Je suis content d'avoir ce stage, c'est la meilleure opportunité de ma vie. Après avoir passé un an chez Whitlock, les cabinets du monde entier vont s'arracher mes services c'est évident. Et si Julian trouve que je suis à la hauteur de ses attentes, il m'a dit qu'il me prendrait à New York, dans son équipe et Bella, tu sais qu'il a les meilleurs architectes du monde avec lui, ma carrière est assurée.

-Et alors, c'est quoi le problème ?

-Le problème c'est que j'ai fumé un pétard avec lui ! Je l'ai vu dragué une fille de dix neuf ans, j'ai une relation avec son ex-femme, son fils est mon ami et ce gars là est schizophrène !

-Schizophrène ?

-Oui ! Bella, je sais que dans le fond tu l'aimes beaucoup mais ton ex-mari a un sérieux problème.

-C'est-à-dire ? Edward a l'air tout à fait sérieux et moi je m'inquiète pour Julian, enfin pas vraiment pour Julian parce que Julian peut bien aller au diable mais pour le père de mon fils.

-Il n'est pas du tout le même à son cabinet et en dehors ! Enfin, ce week-end il était exubérant, égocentrique, puéril, à la limite de la stupidité. Aujourd'hui il n'était pas du tout comme ça ! Il était froid, glacial même et très exigeant, intransigeant ! C'était super déstabilisant, ce n'était pas du tout la même personne.

-Je te l'ai dit Edward, Julian est très efficace dans son travail, il est très sérieux quand il s'agit affaire.

-J'ai vu oui, c'est un requin !

-Comment penses-tu qu'il réussit à placer autant de projets dans le monde ? Les promoteurs et les entrepreneurs sont tous des requins ! Il faut avoir un sacré talent mais surtout les dents longues pour réussir dans ce métier, tu le sais très bien.

-Je pensais peut-être un peu naïvement que le talent pouvait suffire !

-Je pense que ça fait 95% de la réussite oui, mais les cinq pour cent restants, ce sont les crocs Edward, c'est ce qui fait la différence. Je suis certaine que tu les as. Tu as une place chez lui, ce n'est pas rien, même si c'est grâce à Jasper, on s'en moque, la fin justifie les moyens.

-Ce n'est pas vraiment grâce à Jasper en fait. Enfin, si un peu, mais Jasper n'a pas demandé à Julian de me rencontrer et de me prendre en stage, c'est l'inverse.

-Ah bon ?

-Oui, Edward ricane en secouant la tête. Jasper a envoyé à son père des modélisations 3D d'une structure que j'ai réalisée pour l'aider à travailler certains sujets. Jasper trouvait ça très ingénieux et il voulait l'avis de son père pour savoir si c'était intéressant et exploitable sur n'importe quelle structure. Julian a trouvé ça brillant et a demandé à Jasper de le mettre en contact avec moi. Jasper ne m'a rien dit parce qu'il ne savait pas si c'était sérieux ou pas.

Je souris en pensant à mon fils, il est tellement prévenant envers ses amis. J'aime beaucoup l'homme qu'il est en train de devenir. Edward a raison, Jasper n'est pas du tout comme Julian, beaucoup moins insouciant et beaucoup plus mature et équilibré, c'est évident.

-Tu penses à quoi ? Demande Edward en caressant ma joue.

-A jasper, c'est gentil de sa part de ne t'avoir rien dit, il ne voulait pas que tu sois déçu si son père se désistait au dernier moment.

-Ouais, mais il aurait dû, j'ai été pris au dépourvu.

-Ce n'est pas bien grave, tu as ton stage de fin d'études, c'est le plus important non ?

-Oui, c'est là le dilemme, Julian est d'accord pour me prendre en stage, dans son cabinet ici, à San Francisco en plus, me laisser carte blanche pour développer mes projets à une seule condition.

-Laquelle ? Je fronce les sourcils, m'attendant au pire venant de Julian et vu la tête déconfite d'Edward.

-Mes travaux appartiennent à sa société et ils en ont le libre usage tout le temps que je travaille pour eux.

Je regarde Edward sans trop comprendre.

-C'est comme ça que ça se passe quand tu es architecte non ? Tu fais des études, des projets, des réalisations pour le compte de l'entreprise pour laquelle tu travailles, je ne comprends pas là Edward, c'est quoi le problème ?

-Il veut mon étude sur les structures et ma maison.

-Ta maison ?

-Oui, je lui ai bêtement présenté ce projet, parce que c'est une de mes plus belles réalisations et il veut la vendre.

-Et ce n'est pas une bonne chose ?

-Je ne sais pas, si d'un côté oui, parce que j'aurai un pourcentage sur chaque vente ce qui me permettrait de me lancer. Mais c'est la maison dont je rêve, la mienne, à moi et je ne veux pas que d'autres personnes l'aient. Tu comprends ? C'est un peu comme la Bipo !

-Il y a une vingtaine de Bipo à travers le monde Edward.

-Ouais, mais c'est la première celle-là, c'est l'originale. Quand on parle de La Bipo en architecture, en décoration d'intérieur, chez les piscinistes et même chez les paysagistes c'est de celle-ci qu'il est question, celle qui fait face au Pacifique, à Daly City ! C'est ici que Julian l'a rêvée, l'a inventée.

-Et bien fais construire la première comme tu l'as rêvée.

-Je n'ai pas les moyens Bella et Julian n'attendra pas que j'ai fait mes preuves sur d'autres projets, il veut l'exploiter tout de suite. Il est probablement déjà en train de montrer les plans à des promoteurs ou des agents immobiliers.

-Oui, ça serait bien son genre. Mais Edward chéri, est-ce qu'il n'y a que ça ? Est-ce qu'il n'y a que de cette maison dont tu rêves ?

-Non, non, bien sûr que non. J'ai plein d'autres rêves mais ils sont encore plus dingues.

-Mais est-ce que tirer un trait sur ce projet, gagner de l'argent avec, ne te permettrait pas d'accéder aux autres, aux plus fous ? Reculer pour sauter encore plus haut ? Edward tourne la tête et regarde dans le vide un petit moment. Réfléchissant à toute allure, ça se voit, ses muscles se contractent de chaque côté de ses joues et je pose un délicat baiser sur l'arrête de sa mâchoire pour qu'il se détende.

Après quelques secondes de silence, j'enroule mon bras autour de son épaule et l'attire contre moi.

-Tu as raison Bella, Julian m'offre une chance en or, tant pis pour la maison de mes rêves, elle ne sera pas unique mais dans le fond, elle restera la mienne. Si elle me permet de gagner assez d'argent pour en créer d'autres, des encore plus uniques alors ça vaut le coup.

-J'en suis sure, Edward.

-Et toi alors ? Si tu me disais ce que je dois faire pour que tu sois moins triste.

-Je ne suis pas triste Edward. J'essaie de mentir avec conviction pour ne pas craquer à nouveau mais c'est mal connaître Edward qui arque un sourcil comme si je le prenais pour le premier des demeurés.

-Alors pourquoi as-tu pleuré ?

-Je n'ai pas…

-Chut… Susurre-t-il en posant ses doigts sur ma bouche, Bella, ne me prends pas pour un idiot.

-Jasper est parti, tu ne peux rien faire pour ça, finis-je par capituler, honteuse d'admettre que je suis très déprimée parce que mon fils vient de partir pour quelques semaines. Car je sais que ce n'est pas rationnel, que deux mois ça passe vite et que la probabilité qu'il se fasse trancher la gorge dans une ruelle est faible mais c'est complètement irrationnel et personne, pas même Edward ne pourra me raisonner, je n'y arrive déjà pas moi-même.

-Non, c'est sûr, il est parti et je ne peux rien y faire. Mais toi, tu es là et je peux faire plein de choses pour toi, même si ça ne te fera pas aller bien, ça peut te faire aller un peu mieux. Dis-moi ce que tu veux ma chérie.

Mon cœur bat la chamade comme celui d'une gamine de treize ans ! Combien de films pour filles a-t-il regardé pour sortir ce genre de choses qui me font me liquéfier d'adoration pour lui ?

Edward n'est définitivement pas comme Julian, il est attentif et prévenant, comme aucun homme ne l'a jamais été pour moi et surtout pas mon ex-mari qui est d'une insensibilité impensable. Je repense à la façon dont Julian est venu vers moi quand la partie de baseball a été involontairement interrompue par Alice.

-Qu'est-ce qu'elle a ? A-t-il demandé en se laissant tomber sur le banc à mes côtés. Jasper avait pris Alice dans ses bras et l'emmenait un peu plus loin pour la réconforter.

-Elle est triste parce qu'il part demain, ai-je expliqué parce que ça ne lui semblait pas évident.

-Ah ! Les gonzesses ! A-t-il soupiré en levant les yeux au ciel.

-Tu ne peux pas comprendre ça Conan, tu as un cœur de glace. Ai-je dis un peu acerbe, pensant subitement à toutes les fois où il est parti en voyage, me laissant seule sans aucun scrupule.

-C'est seulement quelques semaines, elle va survivre non ?

-Elle survivra. Ai-je marmonné pour clore la conversation.

Certains sujets n'ont jamais été abordables avec lui. Il est toujours aussi insensible. Edward est à des années lumières de Julian, tellement plus mature, plus responsable et plus sensible.

Ses mains caressent l'arrière de ma tête, je suis étonnée qu'il ne m'ait pas encore sauté dessus. C'est vrai que depuis le week-end à Tahoe on n'a pas eu un moment d'intimité et j'admets que je me sens un peu trop chamboulée pour me laisser aller mais d'un autre côté, me perdre dans la sensualité me ferait certainement beaucoup de bien.

-Bella ? Tu t'endors ? Marmonne-t-il après plusieurs longues minutes de caresses.

Je relève la tête et mes yeux courent sur les traits parfaits de son visage. Il me décroche un immense sourire, celui que j'adore et qui dévoile ses dents blanches. Ses yeux pétillent d'une lueur étrange et sans me demander mon avis, il me décolle de ses genoux pour me poser sur la table.

-Tu va être sage Isabella ? Demande-t-il en caressant ma joue du bout des doigts, son nez effleurant le mien alors que son corps se glisse entre mes jambes.

-Oui Monsieur Cullen, dis-je en baissant les yeux. Sa main qui se resserre sur ma gorge à ce moment précis me fait un effet stupéfiant.


Coucou les girls... je vous laisse la dessus! un petit lemon ouvert ... l'idée c'est que vous prenez vos claviers et vous écrivez la suite ! Je serai ravie de lire si la table de la cuisine vous inspire! ;-)

A dimanche prochain?

Des bises!

SBR