On approche à grands pas de la fin. Voici l'avant dernier chapitre, avant le prologue. Quelques chagements en vue au sein de l'Agence Tous Risques !

Bonne lecture !


CHAPITRE 23 : UN NOUVEAU MEMBRE

Le camion noir à bande rouge roulait tranquillement dans les rues de la Cité des Anges. A l'intérieur, Barracuda se retenait de rire. Pourtant, la situation ne semblait pas particulièrement comique. A ses côtés, Hannibal fumait avec un air détaché. Derrière celui-ci, Futé observait le paysage urbain défiler, sans un mot. Looping, lui, avait les yeux fixés au plafond, sûrement en train de regarder les évolutions imaginaires de Stan. Quant à Mistral, elle boudait sur la banquette arrière, ressassant sans cesse ce qui s'était passé à l'aéroport. C'était justement cela qui faisait rire Barracuda. Il repensait à la mémorable dispute qu'avait dû essuyer le colonel de la part du commandant. Il revoyait Mistral monter dans le van en s'écriant, à moitité hystérique :

« Bravo Hannibal ! Un plan sans accroc, hein ?

-Je ne pouvais pas savoir que cet avion allait...

-Ah oui ? Mais je croyais que tu avais pensé à tout ! Je te félicite pour le Grain de Sable ! Tu te rends compte la position dans laquelle tu m'a mise, moi ? Ils vont me rechercher ! ME RECHERCHER, HANNIBAL !

-Oh, mais calme-toi, je...

-Non, je me calmerais pas ! Une idée parfaite hein ? J'aurais mieux fait de ne pas avoir d'alibi, ça aurait été plus simple !

-Mistral, tenta le colonel, cet avion n'avait aucun raison de se crasher et...

-AUCUNE RAISON DE SE CRASHER ? MAIS IL S'EST CRASHE, JUSTEMENT ! »

Elle avait continué à pester contre les plans sans accrocs, contre l'inconscience d'Hannibal, contre ceux qui tentaient de la calmer. Le colonel avait essuyé l'orage sans broncher, mais tous avait senti son ébahissement. Personne, surtout de l'armée, ne lui avait jamais parlé sur ce ton. Lorsqu'elle s'était tue, il avait lancé :

« Si t'es pas contente, t'avais cas pas nous aider à nous enfuir. »

Elle n'avait pas su quoi répondre et s'était murée dans le silence.

Barracuda stoppa le camion au feu rouge. Il entendit Looping se lever et rejoindre Mistral. Il lui murmura quelque chose.

« Quoi ? Maintenant ? Mais...

-Ca change quoi ? sourit le capitaine.

-Mais j'ai rien à me mettre...

-Bah, Futé l'a déjà fait et ils étaient pas en grands habits. Ça comte pas, ça.

-Futé ? Tu veux dire qu'il...

-Que quoi ? interrogea l'intéressé.

-Que tu as été marié ! s'exclama Mistral.

-Ah, oui... se renfrogna le lieutenant. Un plan d'Hannibal encore. Mais on s'est aussitôt séparé la mission finie.

-Dites, se renseigna le commandant auprès des autres, vous avez d'autres dossiers sur Futé ?

-Looping, répliqua le blond, tu en as sur Mistral ?

-Match nul ! déclara Hannibal pour enrayé le début de dispute.

-Alors ma chérie... insista Looping. Tu es d'accord ?

-Pour se marier maintenant, sans habits ? sourit-elle tristement. Ça me va.

-Pourquoi cet air contrit ? s'étonna Barracuda. Tu veux plus te marier ?

-Oh rien... Ça n'a rien à voir avec le mariage. »

Elle n'en dit pas plus, mais tous sentirent que quelque chose n'allait pas.


La nuit ne tarderait plus à tomber sur Los Angeles. Le Soleil baissait à l'horizon et illuminait le Pacifique de ses rayons d'or et de grenat. Barracuda amenait Looping chercher les papiers pour le mariage avant d'aller l'officialiser le lendemain. Hannibal devait aller s'acheter des cigares. Futé se trouvait sûrement dans les bras d'une nouvelle femme.

Mistral observait dans un silence religieux, assise sur la plage, les vagues venir mourir sur le sable. Derrière elle, la ville respirait, vivait. Les buildings s'éclairaient petit à petit, les voitures passaient et repassaient dans un incessant ballet, les klaxons retentissait, les gens parlaient, s'interpellait. Et devant le commandant, l'océan, immense, puissant, terrible. Infranchissable, mystérieux. Etrange... Ce paysage éternel semblait d'ordinaire inébranlable aux yeux de Mistral. Mais ce soir-là, une tristesse s'en était emparée, la mélancolie le dominait.

Les vagues agonisaient sur la plage. Le Soleil mourait sur la ligne d'horizon. Les mouettes lançaient des chants funèbres.

Mistral ferma les yeux pour échapper à tout ça. Elle ne voulait plus entendre la ville, plus entendre l'océan, plus entendre les mouettes. Des larmes glissèrent sur ses joues.

Elle sursauta. Quelqu'un lui avait posé la main sur l'épaule. Elle leva le regard pour en croiser un bleu ciel. Elle éclata en sanglot et Futé la prit dans sa bras pour la calmer.

« Za va aller... Shtttt... Allez, calme-toi. »

Ils restèrent un moment ainsi. Mistral finit par se détendre et par arrêter de pleurer.

« Tu zais, commença le lieutenant d'une voix douce, quand on a édé accusé du braquage de la banque d'Hanoï, ça a édé très dur au début. On avait l'imprezzion d'êdre dout le demps épié, que le monde allait s'arrêdait de dourner rond. La peur du lendemain... Z'était le pire. De ze dire qu'il y avait plus d'avenir, qu'on ne verrait plus zeux qui comptaient pour nous. Plus de zécurité, plus rien. Fonder une famille, z'était même pas la peine d'y penzer. On a dû renonzer à beaucoup de choses. Et puis... »

Il marqua une courte pause avant de reprendre :

« Et puis tu apprends à vivre avec za. Tu te rends compte que ze n'est pas zi derrible. Pour un homme zeul, z'est invivable. Mais nous édions quatre. Nous nous zommes zérés les coudes, entraidés... Nous zommes devenus une famille. Un jour tu comprends alors que t'as gagné deux choses plus importantes que tout.

-Quoi ?

-L'amitié et la liberté. »

Futé sourit tristement. Il reprit :

« Tu ne zeras pas zeule, Miztral. Nous zerons là, tu auras Looping. La chazze te manquera sûrement mais tu verras... Le travail que nous faisons est tout aussi excitant. »

Mistral jeta un coup d'œil ébahi à Futé :

« T'es... T'es pas en train de me proposer d'entrer dans l'équipe quand même ?

-Et t'en dirais quoi, si c'était le cas ? »

Futé et Mistral se retournèrent. Hannibal leur souriait, un cigare en bouche. Il était heureux de voir qu'ils s'étaient réconcilié réellement. Il ne put s'empêcher de penser que malgré des débuts difficiles, une amitié était en peut-être en train de naître entre ces deux-là. Une amitié peut-être contrainte et forcée par le Destin, mais une amitié tout de même.

Le colonel s'assit à côté de Mistral et la regarda d'un air sérieux qui était rare de lui voir :

« Personnellement, je ne suis pas contre. Mais il faudra voir avec les autres. Si l'Agence Tous Risques doit gagner un nouveau membre, ce sera avec l'approbation de tous les autres.

-Bien sûr...

-On leur demandera quand ils nous rejoindront. Ils ne devraient plus tarder, je leur ai dit de nous rejoindre ici. »

Il y eut un long silence où tous les trois regardèrent la mer sans un mot. Hannibal tourna son regard clair vers le commandant et s'enquit de sa santé :

« Et ton bras ? Il ne te fais pas trop souffrir ?

-Un peu, répondit Mistral. Mais ça va, je m'en remettrais. Et ton épaule ?

-C'est du passé, ça ! s'écria le colonel.

-Za m'étonnerai... soupira Futé. N'en fais pas trop quand même. »

Hannibal leva les yeux aux cieux en haussant les épaules, avec l'air de dire que ce qu'on pouvait lui conseiller lui passer par dessus la tête.


Barracuda se gara sur une place de parking à côté de la place. Il se retenait à grand peine de ne pas étrangler Looping qui fanfaronnait avec ses papiers officiels. Le capitaine annonçait qu'il souhaitait que Stan soit son témoin mais que celui-ci préférait porter simplement les alliances.

« Mais tais-toi donc un peu ! ordonna le sergent. Tu vois pas que tu me casses les oreilles ?

-Jaloux...

-Jaloux de quoi ? De toi ? Mais tu délires !

-Non, répondit simplement Looping. Tu es jaloux parce que Stan ne sera pas témoin à ton...

-Si je me marie un jour, je risque pas de prendre pour témoin ton macaque imaginaire !

-Capucin !

-Mais c'est pareil !

-Bien sûr que non ! Les capucins sont...

-Je ne veux pas savoir.

-Mais...

-Si tu ne te tais pas de suite, menaça Barracuda, je te jure que Mistral sera veuve avant même votre mariage !

-Alors que tu t'inquiétais pour moi en Corée ? » rit Looping.

Barracuda préféra faire celui qui n'avait rien entendu et descendit de son camion. Il repéra rapidement le reste de l'équipe et se dirigea vers elle, sans attendre ni écouter le capitaine qui s'était lancé dans des explications zoologiques sur les singes.

« Hannibal ! s'exclama le Noir en se laissant tomber sur le sable. Fais le taire ! Je me fiche éperdument des gorilles et de leur régime alimentaire ! »

Bien sûr, seul un grand éclat de rire lui répondit. Looping obligea Futé à se pousser et prit Mistral dans ses bras. Elle se cala contre lui, de manière à ne pas avoir mal à sa blessure.

« J'ai les papiers... souffla-t-il.

-On le fait demain ? sourit-elle.

-A la première heure ! »

Il perdit son visage dans les boucles brunes de sa fiancée. Elle releva la tête et trouva ses lèvres pour l'embrasser amoureusement.

« J'ai quelque chose à vous demander. » déclara le colonel à Barracuda et Looping.

Ce dernier releva les yeux vers Hannibal, tout autant intrigué que le sergent.

« On doit prendre cette décision à quatre. Voulez-vous que Mistral fasse partie intégrante de l'Agence Tous Risques ? »

Le regard brun de Looping s'illumina de bonheur.

« Oui ! s'exclama-t-il avec empressement. Oui bien sûr !

-Barracuda ? fit le colonel en se tournant vers lui.

-Mais oui bien sûr ! répondit à sa place Looping. Tout le monde est d'accord, non ?

-C'est incroyable ça ! s'énerva Barracuda. Pourquoi tu réponds quand on me demande à moi ? Tu peux pas te taire un peu ?

-Je...

-Laisse-moi donc répondre ! Hannibal, en ce qui me concerne, fit le Noir en surveillant l'aviateur, je ne sais pas trop quoi répondre. En fait, ça ne me gène absolument pas que Mistral entre dans l'équipe, bien au contraire ! Le seul truc, c'est qu'un pilote en plus, c'est deux fois plus de risque de prendre l'avion. Mais d'un autre côté, quand elle est là, Looping me bassine beaucoup moins avec ces histoires de capucin.

-C'est pas parce qu'elle sera là qu'on prendra plus la voie des airs ! s'exclama Looping qui tenait visiblement à ce que Mistral entre dans l'équipe. De toute façon, tu dors comme un bébé en avion... »

Le regard meurtrier que Barracuda lança au capitaine renseigna tout le monde sur ce qu'il pensait de cela.

« Bon... fit le sergent. Ca ne me pose pas de problème. Je suis d'accord tant que je ne prends pas l'avion.

-Bien... fit Hannibal. Futé ? »

Mistral jeta un regard un peu inquiet au lieutenant. Après tout, ils ne s'entendaient pas très bien. Futé leva les yeux et les posa sur le commandant. D'un air grave il avoua :

« Moi, ça me pose un problème, au contraire de Barracuda. Ca me gène vraiment qu'elle entre dans l'équipe.

-Futé ! s'écria Looping désespéré. Tu ne peux pas...

-C'est sa décision, coupa Hannibal. Il a tout à fait le droit de penser ça.

-Cependant ! reprit le blond non sans une lueur malicieuse. Je pose mes conditions. Mistral, si tu veux entrer dans l'Agence Tous Risques, il faut que je sache si je peux te faire confiance. Si tu es fiable, tu comprends ?

-Ne me dis pas que tu crois encore que je puisses être Petroshva ! s'abasourdit le pilote de chasse.

-Non, bien sûr que non ! Mais... Sois franche et je serais d'accord.

-Pas de problème, soupira Mistral, je ne chercherais plus à t'arnaquer.

-Je ne parlais pas des 20 $ que tu m'as pris... rit Futé. Tu te souviens la fille du village nord-coréen ? La fille du chef ?

-Euh... Oui...

-Tu lui as dit quelque chose et elle n'a plus voulu me parler.

-Ah oui ! Je me souviens...

-Si tu veux faire partie de l'Agence Tous Risques... Dis-moi ce que tu lui as dit.

-T'es vraiment sûr de vouloir le savoir ? tenta Mistral.

-Oui, répondit-il d'un air malicieux.

-Je lui ai dit, risqua-t-elle, de faire attention à toi, parce qu'on te soupçonnais d'être un proxénète. De draguer les filles pour les mettre ensuite sur le trottoir, une fois aux États-Unis. »

Futé sentit la fureur monter en lui. Il n'avait décidément qu'une envie, étrangler l'aviatrice, dire qu'il était contre son entrée dans l'équipe. Pourtant, il se raisonna et tint sa parole :

« Ca me va. Je veux bien qu'elle entre dans l'équipe. Mais attention Mistral ! Tu ne perds rien pour attendre. Je me vengerais !

-Je n'en doute pas ! rit-elle.

-Et toi Hannibal ? s'inquiéta Looping.

-Si j'étais contre, je ne vous aurais jamais demandé votre avis. »

Le capitaine poussa un cri de joie et embrassa passionnément le commandant. Le colonel tendit la main à Mistral qui la prit :

« Bienvenue dans l'équipe, commandant Villandret !

-Merci mon colonel. Merci à vous quatre.

-On va fêter za ? proposa Futé. Je connais un night-club très zympa. En pluz, les filles y zont magnifiques et...

-Non mais ça t'as pas servi de leçon avec Petroshva ? s'exclama Mistral.

-Ah ! Les hommes sont faibles devant une belle femme ! se moqua Hannibal. Mais certains plus que d'autres. »

Piqué au vif, Futé se contenta de hausser les épaules. Un grand éclat de rire suivit.

« Allez, montre-nous ce club, Futé. » pria Hannibal.