Bonjour bonjour ! ^^

Voilà la suite, du côté d'Edward !

En espérant que ça vous plaise, bonne lecture ! :)

PS : aucun des personnages ne m'appartient…

CloudeGirofle

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CHAPITRE XXXVI : EDWARD

En arrivant à l'aéroport de Chicago, je me sentis brutalement ramené deux années en arrière, l'été de mes quinze ans où nous déménageâmes pour Forks. Le bâtiment était resté exactement le même, je ne pouvais pas en dire autant de moi…

En me dirigeant vers la sortie, la vision des boutiques et des buvettes de l'aéroport réveillait à chaque instant une multitude de petits souvenirs fugaces : le jus d'orange que nous avions pris mes parents et moi à ce café qui faisait l'angle entre les deux terminaux, les journaux que mon père avait feuilleté en passant devant le kiosque, pendant que ma mère guettait anxieusement les panneaux d'affichage et que je demeurais perdu dans la musique de mes écouteurs…

- Je peux vous aider ?

Je relevais le menton en direction du vigile qui me regardait d'un air un peu inquiet.

- Non, non, ça va… Merci ! Souris-je avant de tourner les talons.

Dehors, je reconnus aussitôt le parking, toutes ses sorties et ses arrêts de bus. Je savais déjà où je voulais me rendre dans Chicago et, ayant vécu mes quinze premières années dans cette ville, je trouvais sans aucune difficulté la ligne qu'il me fallait. Par chance, les taxis avaient plus de succès et les bus n'étaient pas trop bondés.

Je pus m'asseoir avec mon sac jusqu'à mon arrêt, au coin d'une rue dont je connaissais un des hôtels pour y avoir plusieurs fois retrouvé Bree. Je savais surtout que les draps étaient souvent sales, mais qu'ils ne demandaient pas de cartes d'identité à l'accueil, et que c'était là tout ce dont j'avais besoin.

- Bonsoir, dis-je à la réceptionniste qui mâchait son chewing-gum bouche ouverte, je voudrais une chambre pour une nuit ou deux…

- Ouais, on a de la place, répondit-elle en contemplant le panneau où étaient accrochées les clés des chambres – visiblement, cet hôtel n'était pas vraiment bondé. Mettez votre nom dans le registre, signez et payez d'avance la première nuit. Ça fera trente dollars.

J'inscrivis Anthony Breehale dans le registre, signais d'un A. et d'un B. avant de lui tendre deux billets de vingt.

- Vous avez la chambre 7, c'est au deuxième, mais l'ascenseur est en panne. Petit-déjeuner servi entre sept et neuf heures.

- Merci, répondis-je d'une voix que la lassitude avait rendu un peu traînante.

- Merci à vous d'avoir choisi Chez Johnnie !

C'était plutôt un non-choix, mais je gardais cette réflexion pour moi. Une fois mes affaires déposées dans ma nouvelle chambre – un lit, une table de nuit, une télé datant des années 90, et une minuscule salle de bain – je cachais mon sac sous le lit avant de ressortir dans la rue. Je n'eus pas à marcher longtemps pour retrouver le centre-ville et ses quartiers si mélancoliquement familiers. Je déambulais jusqu'au cybercafé dans lequel je me rendais parfois, quand je n'avais pas encore mon propre ordinateur et que je n'aimais pas travailler à la bibliothèque du collège. Je commandais un chocolat avant de m'asseoir devant le poste que je considérais comme mien, et une fois ma boisson en main, ce fut comme si j'avais à nouveau quatorze-quinze ans.

Sauf que cette fois, au lieu d'écrire dans la barre de recherche « plaque tectonique », « invention de l'imprimerie » ou encore « liste des présidents des Etats-Unis », je tapais « Royce King », puis « adresse Royce King Chicago ».

Je ressortis une heure plus tard, mes renseignements soigneusement notés dans un petit carnet que je gardais dans la poche intérieure de ma veste. Je flânais ensuite dans mes rues préférées, pris un sandwich dans notre ancienne boulangerie, et le dégustais en m'arrêtant devant notre maison, qui n'avait pas tellement changé si ce n'est le lierre qui poussait sur les grilles devant la façade. C'était si étrange que ça en était irréel : je me souvenais avec tant de force de ma vie d'avant. A cette heure-ci, j'aurais probablement été en train de réviser mon piano pour mon cours au conservatoire du lendemain ou en train de finir un exposé de biologie ou je ne sais quoi avec Garrett, mon ancien meilleur ami. Repenser à lui me serra douloureusement la gorge, et c'est avec crainte que je me retournais sur la maison d'en face, là où il vivait encore deux ans plus tôt. Je ne savais pas ce qu'il était devenu depuis.

En soupirant, je donnais un coup de pied sur le banc sur lequel j'étais assis, avant de jeter ce qu'il restait de mon sandwich et de me mettre à courir. Depuis que je connaissais Hale, je m'étais mis à courir avec elle le week-end ou à m'entrainer de temps en temps à la salle de sport de Seattle en sortant de mes cours au conservatoire. Alors que j'avais toujours détesté le sport – j'étais d'ailleurs toujours le dernier de la classe au collège – j'y avais peu à peu pris goût, mon endurance s'était perfectionnée et c'était devenu à présent un de mes exutoires favoris. Aussi, il me fallut bien une heure de course pour commencer à ressentir les premiers signes de fatigue. Je ralentis le rythme, prenant davantage le temps d'observer le monde alentour avant de me figer brusquement devant les grandes enceintes de pierres. Le cœur lourd, je compris que mes pas m'avaient inconsciemment guidé au plus grand cimetière de Chicago.

Le ciel s'assombrissait, la nuit allait bientôt tomber. Le bruit des voitures était couvert par la clameur des passants, qui se faisaient plus nombreux à l'approche du soir et de ses festivités. Les platanes qui encadraient l'entrée donnaient encore plus de gravité à l'endroit, et souvent les gens baissaient la voix en approchant de ses hauts murs clairs. Et là encore, depuis deux ans, rien n'avait changé. L'enterrement aurait pu avoir eu lieu la veille.

Machinalement, je m'avançais sur le sentier de graviers. Les yeux rivés sur les petits cailloux blancs que mes pas faisaient rouler jusqu'à la bordure de l'herbe, je laissais mes souvenirs m'indiquer la voie, par de soudaines et fugitives réminiscences de cette matinée d'avril. Comment j'avais fermé les yeux pour retenir mes larmes au croisement de ces deux avenues, la robe noire de ma mère qui contrastait tellement avec le blanc du marbre de cette tombe à gauche… Et puis brusquement, je fus arrivé. Elle était là, en face de moi, grise et sobre, simplement illuminée par les hortensias roses que ses parents avaient dû déposer récemment.

Bree Tanner, décédée à l'âge de 21 ans.

Que tu reposes en paix.

Je m'agenouillais devant la tombe, une main posée sur le granit pour ne pas m'effondrer. J'avais le souffle coupé. Bree… Je n'étais pas retourné sur ces lieux depuis l'enterrement, depuis ce terrible jour où je m'étais promis de ne plus jamais laissé quelqu'un m'infliger cette douleur enragée qui me labourait le cœur. A partir de ce jour, j'avais rompu tous les liens avec mes anciens amis, même avec ma famille avec laquelle je refusais de communiquer plus que nécessaire. Bree… ma cousine, mon amie, ma sœur, ma jumelle ensevelie…

- Tu me manques tellement, murmurais-je. Je pense tous les jours à toi, dans les meilleurs comme dans les pires. Il y a tellement de choses que je voudrais te dire… J'ai rencontré quelqu'un Bree, je crois que tu l'aurais adoré. Elle s'appelle Hale. Jusqu'à ce que je la rencontre, je te haïssais. Je t'en voulais de m'avoir abandonné, sans toi, je me sentais si seul, si démuni, sans plus aucun espoir… Tu n'as pas tenu ta promesse Bree, tu n'as pas arrêté et tu n'es pas restée à mes côtés. Mais je ne t'en veux plus – ou presque. Je comprends maintenant que c'était plus compliqué que cela, et ce que je suis en train de faire maintenant, c'est aussi pour toi. Voilà, fallait que tu le saches. Au revoir ma Bree, on se reverra peut-être plus tôt que prévu…

Je déposais un baiser de mes doigts sur sa tombe avant de tourner les talons, les yeux brulants et le cœur au bord des lèvres.

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Le lendemain matin, je m'éveillais aux aurores, le corps encore moite de mes cauchemars de la nuit. Les sirènes des ambulances et la Marche funèbre de l'église m'avaient poursuivi sans aucun répit et il me fallut la chaleur de l'eau sous la douche pour reprendre peu à peu pieds avec la réalité. Je m'habillais ensuite comme je l'avais prévu dans mon plan – réglé au détail près – avant de patienter jusqu'à sept heures pour prendre mon petit-déjeuner.

Comme je m'y étais attendu, c'était tout bonnement infect. Le café était du jus de chaussette et le pain ressemblait à du carton. J'avalais néanmoins le tout en dissimulant une grimace : ce n'était pas le temps de faire la fine bouche. Dehors, il faisait assez frais. Je remontais la fermeture de ma veste en scrutant la rue : personne. Guère étonnant pour un samedi matin. C'était le week-end, les gens en profitaient pour dormir. D'ailleurs, je me demandais si cela pouvait décrédibiliser mon entrée en scène, puis repensant au père de Bella qui travaillait parfois les samedis matins, je me sentis rassuré. Dans trois heures, il serait temps d'agir.

En attendant, je n'avais qu'à profiter de mon temps libre pour me dégourdir les jambes et me changer les idées. Il fallait que j'arrive en pleine forme. Je pris donc la direction d'un petit square, par lequel je débouchais dans l'une des artères principales du centre-ville. Je m'assis sur un banc et écoutais de la musique un long moment, le visage levé vers le ciel dont les premiers rayons de soleil caressaient doucement mes paupières closes. Puis, bientôt – trop tôt – il fallut repartir.

Je repris donc ma route, marchant lentement, les mains dans les poches, et au fur et à mesure que je vagabondais, les rues s'emplissaient, lentement mais sûrement, tandis que le soleil montait plus haut dans le ciel. Contrairement à ce que j'avais craint, les gens ne me prêtaient aucune attention : j'aurais pu être invisible.

Il était près de dix heures quand, en descendant du bus, j'arrivais à ma destination : une grande villa blanche, située dans le quartier le plus chic de Rochester. Derrière les grilles du jardin se laissait deviner une végétation luxuriante aux spécimens les plus rares, avec en contrebas, l'étendue anthracite de l'une gigantesque piscine. Je restais bien cinq minutes devant le portail à reprendre mon souffle, et ne me résignais à sonner que lorsque je pris conscience que je risquais ainsi d'être repéré.

- Oui ? Piailla une voix haut-perché.

- Bonjour, je suis Charlie Swan, de la police. Pourrais-je parler à Mr King s'il vous plaît ?

- Un instant, je vous ouvre.

J'attendis pas moins de dix minutes et commençais à perdre espoir quand la lourde porte s'ouvrit avec un déclic. Je longeais sans attendre la longue allée de graviers blancs qui menait jusqu'au perron de la maison qui avait davantage l'air d'un palace de luxe que d'un foyer. Une grande femme blonde fit aussitôt irruption sur le seuil, moulée dans une robe bustier rouge qui ne laisser que peu de place à l'imagination. Perchée sur des talons vertigineux, elle me dépassait presque d'une tête et j'avais le regard involontairement perdu dans l'immensité de son décolleté.

- Bonjour monsieur l'officier, me salua-t-elle en me tendant une main parfaitement manucurée. Excusez-moi pour l'attente au portail. C'est ma bonne qui s'en charge habituellement mais elle est exceptionnellement en congé.

Elle m'étudia un long moment avant de sourire de plus belle.

- Vous m'avez l'air bien jeune, si je puis me permettre.

- Il parait oui, répliquais-je d'un air impassible. C'est de famille, mademoiselle.

- Madame, gloussa-t-elle en agitant devant moi son annuaire brillant de mille feux, je suis mariée depuis peu, mais mariée tout de même !

Je pris un air surpris tandis qu'un sourire flatté étira ses lèvres rouges.

- Oh, désolé madame.

- Ce n'est rien voyons, pépia-t-elle d'un air ravi. Que puis-je pour vous sinon ?

Il s'agissait de manœuvrer habilement. Mon plan pouvait capoter à tout moment. Pour l'instant, tout se passait bien : j'avais réussi à lui faire plus que bonne impression.

- Euh…monsieur King est-il là ? C'est pour une affaire urgente.

Je savais qu'il était chez lui mais je n'avais aucun moyen de savoir s'il accepterait de me recevoir.

- C'est grave ? S'inquiéta-t-elle en fronçant ses sourcils quasiment inexistants.

- Un simple contrôle de routine, la rassurais-je.

- Bon et bien… Je vais l'appeler alors.

Elle pila sur ses talons et avança dans le grand hall lumineux en criant :

- Chéri ? Chéri ! Un homme de la police veut te parler, c'est important !

Nous entendîmes un bruit de pas dans l'escalier et un grand homme blond fit à son tour irruption sur le seuil de la maison. Ses yeux étincelèrent en croisant mon regard, mais un large sourire ne tarda pas à étirer ses lèvres.

- Bonjour monsieur… ?

- Charlie Swan, répondis-je en tendant mon badge de policier en priant pour qu'il n'y regarde pas de trop près.

Mais, comme je l'avais escompté, il n'y jeta pas même un coup d'œil et m'invita poliment à entrer en lissant machinalement les revers de sa veste de smoking blanc. A l'intérieur, les meubles étaient à la fois très épurés et très ostentatoires, l'on se sentait étrangement seuls dans cette grande pièce presque vide, ce qui donnait à la scène une certaine tension dramatique. Je retins un frisson.

- Et bien dîtes-moi monsieur Swan, de quoi s'agit-il ?

- Oh, rien de grave, fis-je sur le même ton. Mais je préférerais en discuter en privé si cela était possible.

- Bien sûr, nous irons dans mon bureau. Chérie ? Appela-t-il en se tournant vers sa femme. Je te rejoindrais à la piscine plus tard mon cœur, mais va peaufiner ton bronzage, profites-en il fait beau.

Je me mordis les lèvres pour ne pas rire : au vu de son teint caramel, ce n'était pas vraiment au soleil qu'elle devait se faire bronzer. Mr King nous emmena ensuite à l'autre bout du hall, en direction d'un long couloir plein de peintures contemporaines, qui s'avéra déboucher sur une vaste pièce éclairée d'une grande verrière sur la flore du jardin : son bureau.

- Et bien asseyez-vous monsieur Swan, dit-il en prenant lui-même place dans son grand fauteuil en cuir. Que puis-je vous offrir ? Un verre de whisky ?

Je dissimulais une grimace de dégoût : il était tout juste dix heures. A la place, je déclinais poliment son offre.

- Vous avez tort, il est délicieux, répliqua-t-il en se servant. Bon, et maintenant dîtes-moi ce qui vous amène.

Je pris un instant pour réfléchir avant de me lancer. Manipuler Royce King serait une autre paire de manche que manœuvrer sa gentille idiote de femme. Je m'enfonçais dans le fauteuil d'un air assuré et tripotais quelque chose dans ma poche.

- Pour tout vous dire monsieur King, commençais-je prudemment, c'est à propos de l'affaire Rosalie Hale.

L'homme en face de moi ne manifesta pas la moindre surprise. Rien ne vint trahir sur son visage une quelconque émotion, si ce n'est le flamboiement de ses yeux. Mais une seconde plus tard, il arborait à nouveau un sourire courtois.

- Rosalie Hale vous dîtes ?

- Oui. Dans nos dossiers, il est dit que vous entreteniez une liaison avec la jeune fille, poursuivis-je en m'efforçant de conserver un air détaché.

- Ah oui, je m'en souviens à présent. Mais c'était avant qu'elle ne fugue et depuis elle a été retrouvée si je ne m'abuse. Quel est le but de votre visite monsieur l'officier ? Elle a à nouveau fugué ? Je suis désolé mais je n'ai aucune idée d'où elle a pu aller.

Je serrais les doigts si fortement autour de mes accoudoirs que la douleur me vrillait le crâne.

- Non, ce n'est pas à propos de fugue. C'est à propos de viol.

Ma phrase tomba dans un silence de glace. Je vis les traits de son visage se tendre imperceptiblement.

- Plaît-il ?

- Rosalie Hale a déposé plainte contre vous pour viol. Au commissariat de Forks.

Royce King se resservit un doigt de whisky qu'il avala d'une traite. Il sortit ensuite une petite boite de son bureau et je sentis battre mon cœur à toute allure. Je tachais de garder un air impassible. Le verrou de la petite boite s'ouvrit avec un déclic. J'enfonçais ma main dans l'autre poche de ma veste, là où le contact froid de la crosse eut quelque chose d'étrangement rassurant.

- Vous en voulez un ? Demanda-t-il en sortant finalement un gros cigare brun de la boite.

- Je ne fume pas, dis-je un peu trop sèchement.

Il l'alluma avec lenteur et tira la première bouffée en fermant les yeux. Quand il les rouvrit, ils étaient aussi brillants et narquois que ceux d'un serpent. Je me sentis frémir de répulsion.

- Bien, reprit-il avec un sourire mielleux, revenons-en à nos affaires. Je suis donc accusé de viol. C'est le moment où je peux faire appel à mon avocat, non ?

J'affrontais son regard sans ciller. C'était là la partie la plus délicate de mon plan. Un seul faux pas pouvait tout faire foirer. Et ça, je ne le permettrais pas, me jurais-je. Hale avait raison : la colère était brulante, mais la haine glaciale. J'avais de moi un contrôle total et absolu. Il me semblait que j'aurais même pu commander aux battements de mon cœur.

- C'est exact, monsieur King, répondis-je avec la même nonchalance. Enfin, si je puis me permettre, appeler si tôt votre avocat aurait un effet déplorable au tribunal. Mis à part son témoignage, cette fille n'a aucune preuve tangible.

- Vous croyez qu'elle ment monsieur Swan ?

- Non, je n'ai pas dit ça. Simplement, vous êtes un homme mondialement connu. Il pourrait être tentant de vous porter préjudice. Ce sont des choses que j'ai déjà vu dans le métier…

- Vraiment ? Alors, que me conseilleriez-vous ?

- Simplement de répondre à quelques questions de routine, répondis-je en sortant un calepin et un stylo. Pour commencer par exemple, où étiez-vous le soir du viol et ce genre de choses…

Royce King tira une nouvelle bouffée de son cigare et son visage fut provisoirement happé dans les volutes de fumée. Quand il réapparut, il avait perdu toute trace de courtoisie. Son sourire s'était fait carnassier.

- Cessons cette mauvaise comédie Edward, reprit-il d'un air tranquille. Nous savons toi comme moi que Rose n'a pas déposé plainte au commissariat et que tu n'es pas policier. Je sais que tu as un ami psychiatre, mais enfin, si tu essayais de me faire avouer de façon détournée… C'est touchant de naïveté et très culotté à la fois.

Je me liquéfiais. Puis souris à mon tour.

- Qui vous dit que je venais vous faire avouer ? Je suis peut-être là pour vous tuer.

Et ce disant, je sortis le révolver de ma poche que je posais sur mes genoux. Son regard s'agrandit une brève seconde avant que ses lèvres ne retrouvent leur sourire.

- Vraiment ? Comme c'est intéressant. Tu serais donc prêt à passer le restant de tes jours en prison juste pour venger cette pauvre fille ? J'ai toujours pensé que le courage flirtait avec la folie, mais j'en n'avais jamais d'exemple aussi concret jusqu'à aujourd'hui…

- Justement, répondis-je sur le même ton, vous savez que la folie est dangereuse. Je pourrais vous descendre d'une minute à l'autre.

Il se renfonça dans son fauteuil en tirant une novelle latte de son cigare, ses yeux ne quittant pas les miens. Nous restâmes un long moment dans ce silence qui semblait figer le temps de cette scène surréaliste.

- Je dois dire mon cher Edward que je t'ai sous-estimé. Je n'aurais jamais pensé que tu avais ce cran. Je suis sincèrement impressionné, et pour ta peine, je vais donc te raconter la vraie histoire puisque c'est ce que tu voulais entendre. Par où commencer ? S'enquit-il après une pause pendant laquelle il se resservit un verre de whisky.

Je suis un esthète monsieur Cullen. J'aime la beauté. Plus que tout. Je vis à travers elle, je la vénère, elle m'est plus indispensable pour vivre que ne l'est l'eau ou l'oxygène.. Ma richesse m'a toujours permis d'acheter ce que je voulais, toutes les plus belles choses, les plus grandes œuvres… Si tu veux d'ailleurs, je pourrais te faire visiter mes collections qui sont parmi les plus réputées au monde…

Enfin bref, le jour où j'ai rencontré Rose, j'ai su qu'elle était ce qu'il y avait de plus beau au monde. Là où je vis, je rencontre souvent des mannequins, des femmes magnifiques aux traits parfaits… Mais Rosalie, c'était différent. Ce n'était pas seulement son visage et son corps, mais sa grâce, l'aura qu'elle dégageait, quelque chose de majestueux et de fragile à la fois, un côté un peu sauvage qui me fascina à l'instant même où je posais les yeux sur elle.

Je la voulais, de tout mon cœur, de toute mon âme, de tout mon corps. Et comme tout le reste, je l'obtins. Comme on achète toute une œuvre aux enchères : en surenchérissant jusqu'à faire céder ses adversaires. C'est délicieusement excitant mon cher, il faut le vivre pour la comprendre, cette soudaine et violente montée d'adrénaline qui accélère les battements de ton cœur… En seulement quelques semaines, j'avais mis ses parents dans la poche. Ils étaient tellement flattés les Hale, que le fils du célèbre et richissime King puisse être sensible au charme de leur jeune et jolie fille… Ils me mangeaient dans la main et ne rêvaient plus que de ce providentiel mariage.

Quant à moi, j'étais fou d'elle, accro même, je ne pouvais plus me passer d'elle, de son odeur, de son rire, de la douceur de sa peau, ou du velouté de son regard… Je voulais l'épouser, en faire ma femme – ce qu'elle accepta d'ailleurs avec son ignorance d'adolescente. Elle pensait m'aimer, mais elle ne m'appartenait pas, tu comprends ? J'avais beau la gâter, la chérir… Elle répondait à mes baisers et mes promesses d'amour mais je savais que je ne la possédais pas. Cette nuit-là, je n'ai que prendre ce qui me revenait de droit !

Il avait presque crié la fin de sa phrase en frappant son bureau du poing. Ses yeux étaient devenus hagards, perdus dans un passé qu'il ne pouvait plus contrôler. Moi, face à lui, j'étais d'une parfaite impassibilité. La haine m'écrasait sur mon fauteuil, m'empêchant de respirer.

- Son père nous a surpris mais je n'ai pas eu besoin de lui parler. Il a compris tout seul. Soit il parlait et sa banque plongeait avec moi, soit il se taisait. Comme tu le sais, il fait son choix. Le lendemain, Rose qui elle aussi avait compris, a fugué. Mes hommes n'ont pas mis longtemps à la retrouver. Elle trainait dans les quartiers mal famés d'Atlanta, complètement défoncée. Une pute l'avait prise sous son aile. Mais je ne pouvais pas prendre le risque qu'elle raconte notre petit secret à n'importe quel clodo dans la rue. On a prévenu la police et elle a été envoyée en désintox.

- La suite, je la connais. Je connais toute l'histoire, l'interrompis-je juste pour mettre court à ces atrocités qui me labouraient le corps et l'esprit. Hale m'a tout dit, je sais tout.

- Je ne crois pas, non, me détrompa-t-il d'un ton méprisant. Tu ignorais par exemple que même une fois à Forks je continuais de la faire suivre par mes hommes, n'est-ce pas ? Que croyais-tu, ajouta-t-il en surprenant mon air horrifié, que j'allais laisser cette loque sans surveillance dans la nature ? Et si elle avait décidé de tout balancer à la police ? Non, non, non. Trop risqué. J'avais mes indicateurs qui m'envoyaient toutes les semaines leurs rapports. C'est comme ça que je te connais, toi ainsi que tes autres amis : Alice, Bella, Emmett, Jessica, Jasper et toute la bande… D'ailleurs, comment va la petite Mary ?

J'avais la tête qui bourdonnait. Incapable de répondre, je le laissais poursuivre, plongé dans des abymes insondables d'horreur. J'étais en plein cauchemar.

- C'est aussi comme ça que je me suis rendu compte que tu étais un danger Edward. Je te remercie de me faciliter la tâche.

- Je…je ne comprends pas, soufflais-je, le cœur au bord des lèvres.

- Voyons Ed, toi qui étais si intelligent jusqu'à maintenant, tu me déçois, se plaignit-il d'un air faussement peiné. Mais parce qu'à tout moment elle pouvait te révéler notre petit secret – ce qu'elle a fait d'ailleurs. C'est pour ça que je suis aussi surpris de ta visite, je n'aurais jamais pensé qu'elle t'aurait confié tout ça. Malheureusement pour toi, sa confiance va t'être fatale. Il aurait mieux valu qu'elle ne t'aime pas autant, tu aurais survécu. Tu vois, c'est un peu de sa faute si on en est là : si elle m'avait aimé comme elle t'aime toi, rien de tout cela ne serait arrivé…

Sans me plus me regarder davantage, il pivota vers la baie vitrée pour contempler la verte luxuirance de son jardin. C'était comme s'il se parlait à lui-même, m'oubliant pour mieux se souvenir et, paradoxalement, oublier.

Enfin, on ne va pas réécrire l'histoire, pas vrai ? Reprit-il en tirant à nouveau une longue bouffée de son cigare. C'est un peu injuste, mais tu vas devoir mourir. Evidemment, j'aurais pu la faire tuer dès le début, mais je dois t'avouer que j'en suis incapable. Elle est mon talon d'Achille comme on dit, ma faiblesse. Qu'importe, une fois que tu auras disparu, ce sera comme avant…

- Vous oubliez quelque chose, murmurais-je avec une drôle de grimace. Je suis armé et vous ne l'êtes pas. Et dans ce genre de situation, j'ai bien peur que le premier arrivé soit le premier servi…

- Edward, Edward… Soupira-t-il d'un air désolé, comme un prof gourmandant son élève. Tu as toi aussi commis une erreur dans cette histoire. Si Rose t'a vraiment tout raconté comme tu le prétends, tu saurais que le soir où elle s'est introduite dans mon bureau pour me tuer…

- Elle ne l'a pas fait, le coupais-je, ne supportant pas qu'il puisse mettre en doute notre amitié ou faire de Rose une ordure à son image. Elle a refusé de s'abaisser à…

- Calme-toi mon grand, me coupa-t-il d'une voix mielleuse. Bref, je disais donc, poursuivit-il tandis que je luttais contre la colère qui me brulait les entrailles en fermant les yeux, si Rose t'avais tout raconté ou si tu avais bien écouté, tu aurais su qu'elle a jeté ici même le révolver qu'elle avait apporté pour me tuer…

En moi, un déclic se produisit et j'eus soudainement très froid. J'ouvris lentement les yeux. Royce King écrasait son cigare d'une main dans un cendrier et braquait de l'autre son arme sur moi. La peur me paralysait. Je sentais la sueur froide descendre le long de mon dos tandis que mon cœur n'osait même plus battre de peur d'attirer l'attention sur lui.

- Pas un geste mon garçon, sourit-il. Je suis désolé pour toi, mais c'est là la fin de tes aventures. Tu as échoué, mais je dois reconnaitre que c'était bien essayé. Pose ton arme sur le bureau maintenant.

- Qui vous dit que j'ai échoué ? Rétorquais-je faiblement en m'exécutant. Si vous tirez, vous finirez en prison. Tout mon plan n'aura donc pas échoué…

Il s'esclaffa.

- Mon pauvre Edward… J'ai des contacts dans la région. Faire passer ta mort comme légitime défense dans le cadre d'un cambriolage – d'autant plus que tu as usurpé un uniforme et une arme qui ne t'appartiennent pas – ne sera pas chose bien difficile… Mais comme je te l'ai dit auparavant, ce que tu as fait demande un cran dont peu d'hommes seraient capables. Je suis fier de t'avoir serré la main mon garçon, mais tu vas devoir payer le prix de ta folie. Adieu brave Edward, je serai le seul à savoir à quel point tu étais héroïque, mais j'honorerais ta mémoire avec respect.

- Non, attendez, je…

- Adieu.

Il y eut un bruit de détonation, puis…le trou noir.

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J'espère que vous avez aimé, tenez-moi au courant ! ^^

Bonne journée et à bientôt ! :)