Hello à tous !
Voici un chapitre avant que je parte en vacances - deux semaines, hourra !
Athéna force ses ouailles à répéter la scène de balcon.
Elle-même massacre le théâtre anglais avec allégresse, au grand dam de Camus.
Hyoga prend de l'insolence et apprend de nouveaux mots à son cher maître.
Aiolia se braque toujours sur la gay attitude.
Kanon persiste et signe dans ses intentions inavouables bis, et Camus a trop pitié de lui pour son propre bien.
Bonne lecture à tous !
A bientôt après les vacances, j'espère qu'elles m'inspireront ^^
Titre: C'est Shakespeare qu'on assassine
Couple: Milo x Camus
Disclaimer: Tout à M. Kurumada, Shueisha, Toei. Titre détourné de Gilbert Cesbron. La tarte aux cerises est au crédit d'Aldébaran du Taureau.
C'est Shakespeare qu'on assassine
Pendant que Kiki de l'Appendix souffrait des affres de la glaciation sibérienne, Saori Kido, réincarnation d'Athéna s'essayant à l'art contemporain revisité, poussa les premières victimes sur sa scène.
Enfin, disons que le monde tout entier était déjà pour l'adolescente gâtée une immense salle de théâtre, ou plutôt un théâtre de marionnettes – dociles, cela allait de soi.
- En place, mes Chevaliers ! pépia-t-elle, la scène du balcon !
Milo feuilleta rapidement son exemplaire avec son rôle surligné de rose fluo, et Camus s'accouda au faux balcon sous les moqueries bruyantes de ses aimables collègues, menés par le trio infernal des commères.
- Vise-moi ça, ricana le Cancer, tout gonflé de supériorité d'avoir un rôle d'homme.
- Ouh, ouh, la jolie petite bécasse ! ricana Aphrodite, qui trouvait moyen de se sentir supérieur lui aussi, malgré sa robe turquoise pâle et son rôle féminin.
- Dis, brailla Kanon, t'es encore vierge, Juliette ?
Hautain tel Marie-Antoinette silencieuse à son balcon devant une foule hostile, le Français se tût et ignora la masse.
Athéna claqua dans ses mains, irritée.
- Allons, un peu de silence ! Tout le monde en place ! Seika, la nourrice, derrière le balcon !
- Oui, Déesse Athéna.
- Mais appelle-moi Saori ! Je suis ta future belle-sœur !
- Oui, Saori, corrigea la douce sœur de Pégase, contenant un frémissement de terreur à cette idée hautement repoussante.
Le sourire séducteur d'Aiolos chassa vite cette appréhension.
Camus tricha d'une façon particulière qui n'était pas celle envisagée par les mauvais élèves : il se compliqua la tâche en déclamant obstinément le texte intégral et non censuré, suivi avec abnégation par son compagnon.
Saori et Seiya passèrent ensuite. Ils se montrèrent, et cela était le terme le plus courtois possible, affligeants.
La réincarnation divine se démena sur son balcon de pacotille, mêlant malheureusement au texte des relents de sa vie d'adolescente basique.
- Je désire un bonheur que j'ai déjà : ma libéralité est aussi illimitée que la mer, et mon amour aussi profond : plus je te donne, plus il me reste, car l'une et l'autre sont infinis, et que je suis la plus riche du Japon et de l'Olympe !
On entendit la voix japonaise de Seika la nourrice, et celle de Camus qui protesta, son Shakespeare à la main.
- Déesse Athéna, vous rajoutez du texte, et du faux !
- Silence, Camus ! J'entends du bruit dans les coulisses. Cher Pégasounet, adieu ! J'y vais, bonne nourrice !… Doux Montaigu, sois fidèle. Attends un moment, je vais revenir. Saori se retira de la fenêtre.
- Déesse Athéna ! s'étrangla doublement le puriste Français. Il n'y a aucun Pégasounet dans Shakespeare !
– ô céleste, céleste nuit. ! cria Pégase au balcon vide. J'ai peur, comme il fait nuit, que tout ceci ne soit qu'un rêve, trop délicieusement… euh… un rêve pour être réel.
- Trop délicieusement flatteur pour être réel, Seiya, grinça le souffleur improvisé.
- Trop délicieusement flatteur pour être réel, Seiya, dupliqua docilement le canasson.
- Qu'il est con ! insulta Milo, sa main collée dans le dos du costume à nouveau ouvert de son amant.
- Je demande ma mise à la retraite anticipée, bougonna le Verseau. C'est trop !
- Pas question, intervint pompeusement Shion. J'ai du rempiler après deux cent ans, pas question que des petits jeunots comme vous se débinent si vite…
Juliette revint, hélas pour l'art anglais.
– Trois mots encore, cher Roméo, et bonne nuit, cette fois ! Si ton amour est honorable, si ton but est le mariage, fais-moi savoir demain, par la personne que je ferai parvenir jusqu'à toi, en où et quand tu veux accomplir la cérémonie de mariage, et alors je déposerai à tes pieds toutes mes destinées, et ma vertu de Déesse, et la fortune des Kido, et je te suivrai, mon héros, jusqu'au bout des Enfers !
– Madame ! souffla Seika derrière la scène.
- N'importe quoi ! se désespéra Camus, prêt à se suicider devant un tel blasphème aux arts et aux lettres.
– J'y vais ! Mais si ta pensée n'est pas bonne, je te conjure…
– Madame !
– À l'instant ! J'y vais !…, de cesser tes instances et de me laisser à ma douleur…et à mes richesses… J'enverrai demain.
– Par le salut de mon âme de chevalier d'Athéna…
– Mille fois bonne nuit, mon héros !
Radieuse de sa performance, Athéna quitta à nouveau la fenêtre.
Des applaudissements courtisans retentirent dans le théâtre, à moins que cela soit la reconnaissance que la divine jeune fille et son co-directeur se taisent.
Camus, lui, n'en pouvait plus, et avait l'épaule tapotée avec commisération et encouragement par la pince aimante de son arachnide bien aimé.
- Courage chouchou… Au moins, nous sommes sûrs d'être les meilleurs !
- Shaka, Mü ! appela énergiquement la céleste créature, décidée à mener les répétitions à un train d'enfer.
Le couple mystique se profila sur la scène, la réincarnation de Bouddha ondoyante en sari féminin et bleu très clair, le Tibétain mal à l'aise dans son collant mauve pâle.
- Shaka de la Vierge ! tonna immédiatement Saori, contente d'avoir matière à critiquer. Qu'est-ce que ce costume non officiel, tu avais reçu une robe de velours !
- Le sari est la seule tenue conforme à mes convictions religieuses, Déesse Athéna, minauda le dissident. Cela ne remet pas en question ma fidélité à votre personne.
- Bien sûr que si, trépigna la céleste créature, comme si s'être fait enterrer sous les ruines de sa maison et de son jardin pendant la guerre n'était que vile pacotille.
- Personne n'a jamais vu une Juliette Capulet en sari ! confirma aigrement Camus, malade de tant d'anachronismes.
- Bollywood l'a sûrement accompli, susurra avec une délectation patriote et indienne le blond Chevalier.
- Je ne suis pas spécialiste dans ces comédies musicales interminables aux cris de chat-huant, persifla intentionnellement le Verseau, pour qui l'art français planait au sommet de tout.
Témoin le Festival de Cannes, où la France jugeait le monde entier, non mais !
La suite ne donna pas tout à fait tort au chauvin Français : Shaka de la Vierge était sans conteste inspiré par l'art de son continent de naissance, et en plus il cachait ses trous de mémoire de réincarnation de Bouddha par de petits chantonnements indiens radiodiffusés en mode crécelle. Mü du Bélier, qui avait répété sérieusement son rôle, se montra plus convaincant.
La Princesse d'Asgard et le blond Hyoga firent ce que l'on attendait d'eux, bien que le Cygne dût se surveiller plusieurs fois pour ne pas lâcher " Ô Shun " à la place de " Ô Juliette ".
Son visage tendu vers le Roméo sibérien, Andromède avait les prunelles luisantes comme des pierres précieuses et prenait visiblement chaque déclaration d'amour pour son profit personnel.
- Par la cruche divine, petit frère, ôte-moi cet air niaiseux de ta figure ! On dirait Seiya devant Athéna ! cracha l'oiseau de feu, hargneux et soupçonneux.
- J'admire le théâtre, l'art, la culture, le raffinement. Je ne suis pas une brute, moi, ô mon frère, rétorqua impatiemment le cadet, se retenant de justesse de se masser le postérieur en public.
- Pfft, parlons-en d'art, avec Monsieur Coin-coin en collant et la greluche qui roucoule en agitant ses boucles blondes… C'est si commun et fade, le blond…
- Je sais que tu préfères le vert, lança Shun en une estocade à double sens.
- Ouais, comprit de travers Ikki, d'ailleurs, j'espère que cette horrible teinture de mauvaise qualité va finir par s'enlever ! Cela fait des semaines que nous sommes revenus de Sainte-Maxime, et pas moyen de t'en débarrasser !
- Hé bien, rigola l'ex-réceptacle d'Hadès, pour le prix modique, elle était de qualité supérieure il faut croire, et d'une grande persistance. Camus a raison, ils ne sont pas mauvais, ces produits de fabrication française !
- Laisse ce coincé là où il est, tu veux, Shun !
- Je suis sûr qu'il y est fort bien, badina l'adolescent en zyeutant par en dessous Camus collé à son cher Scorpion de petit ami.
Andromède aurait juré ses chaînes qu'il voyait la main droite de Milo farfouiller les fesses du Verseau en passant par le dos de sa robe.
Quel plaisir d'être un adulte débarrassé de sa virginité, se satisfit le bronze/divin, laissant le bien-être de la félicité charnelle l'inonder.
Vers midi et cinquante-deux secondes, Athéna, patronne bienveillante du Sanctuaire, s'estima satisfaite et fila déjeuner, suivie avec amour et grondements d'estomac par son co-directeur, co-directeur toujours tourmenté par le cadeau qu'il devait dénicher.
Aiolia et Aiolos, eux, invitèrent Milo aux thermes.
- Entre hommes ! précisa aigrement le Lion, son œil posé sur Camus d'un tel air querelleur que cela indiquait que le Français jurait dans son esprit macho avec tous les critères de virilité communément admis.
Le sourire mesquin produit par Camus effraya le Scorpion, au supplice de retomber dans un débat domestique sur la virilité avec son cher et tendre conjoint.
" Sache que ton si viril copain Milo se laisse volontiers grimper, lui aussi " scanda dans l'esprit léonin la voix froide et désincarnée du onzième gold. " Et je suis sûr que cela te plairait bien si tu essayais. "
Aiolia, devenu blanc de magnolia sous son beau hâle grec, protégea instinctivement ses arrières avec un rugissement étranglé.
- Aio' ? demanda le huitième gardien, inquiet.
- Dis à ton gay de petit ami d'arrêter de me balancer des menaces mentales dégoûtantes !
- Je suis gay aussi, Aio', signala gentiment le Scorpion. Voyons. Camus, que lui as-tu dit de si affreux ?
- Que j'étais aussi viril que toi.
Ce résumé lapidaire et faussé arracha un rire à Aiolos et un autre rugissement furieux du cinquième protecteur d'Athéna.
- Bon, du calme, Aio' mon ami, Camus mon chouchou…
- Prrrr ! renifla avec hargne le futur papa, acceptant de laisser tomber l'affaire.
Milo sourit, rassuré.
- Je vais aux thermes avec Aiolia et Aiolos, hein, Camus. Tu viens quand même ?
- Je ne me baigne pas devant les autres, tu le sais.
- Oui je sais. Tu m'attends à la maison alors ?
- D'accord, Milo. Ne traîne pas trop…
- Non, non ! Je te ferai encore la cuisine !
Un baiser fougueux plus tard, Camus sortit de la salle et ouït alors les derniers potins des traînards, sur un sondage réalisé par Shaina et Ikki, pour savoir qui était la meilleure Juliette mâle de tout ce rififi théâtral.
La Vierge arrivait en tête de liste.
Il fallait reconnaître que malgré le sari inapproprié, Shaka était la Juliette masculine la plus crédible du lot, Camus et Aphrodite arrivant curieusement ex-æquo de la deuxième place – le sondage parlait très net à ce sujet.
Cela vexa atrocement le Verseau, qui se targuait d'être cent fois plus masculin que le Chevalier des Poissons.
- Tu ne l'as jamais vu combattre avec son air cruel, lui glissa Shun, le sourire innocent mais le ton sournois.
- C'est vrai que vous avez l'air plus froid mais moins méchant, Maître, s'immisça à mauvais escient le Cygne moins immaculé.
- Mêle-toi de tes affaires et de tes petites histoires de fesses, Hyoga, le cingla discourtoisement Camus.
- Moi j'ai été le seme dès la première nuit, rétorqua du tac au tac le caneton devenu adulte. Tout le monde ne peut pas en dire autant !
La surprise du Français montra que malgré son immense culture, le terme seme ne lui était point familier.
- Le quoi ? s'aventura-t-il à demander, en marchant sur sa fierté.
Ses plumes gonflées de supériorité, le disciple Russe eût un bref sourire en coin.
- C'est un terme japonais, Maître. Cherchez sur internet, vous trouverez !
Statufié en glace par l'insolence toute neuve de son disciple si adulateur d'habitude, Camus garda la bouche entrouverte un bon moment, si bien que Kanon finit par claquer des doigts devant son nez.
- Hey, tu joues à gober les mouches, Camus ?
L'autre se secoua, et haussa les épaules. Un appel mental le réveilla tout à fait.
" Camus, viens au Temple du Taureau, le voleur a été attrapé en plein flagrant délit ! J'ai besoin de toi pour le sortir de ta glace ! " tonna la voix massive et radieuse d'Aldébaran.
- C'est quoi ? demanda l'ex-Marina, curieux comme une belette machiavélique.
Un sourire atrocement cruel défigura les lèvres fines du Français.
- Kiki est coincé dans mon iceberg piège, nous tenons la preuve !
- Génial, je viens avec toi, super, on va pouvoir rabattre le caquet de Mister Bouddha et de la bête à cornes. Youpi !
En dépit de sa méfiance, Camus se résolût à tolérer la présence de l'ex-Dragon des Mers dans son environnement immédiat.
Au bout de deux temples et trois volées de marches, il avait déjà la tête bourdonnante de migraine, tant Kanon s'était mis à jaspiner et confabuler de bon cœur, ravi d'avoir un auditeur neuf et trophée potentiel.
- Tais-toi un peu, Kanon, grogna le Français exaspéré.
Kanon, un brin vexé, endossa magiquement son allure de chien battu.
- Pardon. J'oublie parfois que je ne suis pas intéressant et que les autres n'en ont rien à faire de mon avis… Que je suis un paria méprisé !
Encore deux temples plus tard, Camus trouva le silence finalement inconfortable et lourd. Il guigna discrètement la mine tristounette de son pair, ébranlé.
Arrivé au Temple du Cancer, il se sentait carrément coupable et relança la conversation.
Ravi du résultat de ses minauderies aussi fausses que les illusions du Phénix, le second jumeau retrouva un grand sourire vainqueur.
- Kanon, sais-tu ce que veut dire le terme japonais seme ?
- C'est le contraire d'uke, répondit Kanon, qui n'était polyglotte que pour les termes triviaux, les insultes et le sexe.
- Oui, mais encore ? s'irrita derechef Camus, qui avait l'impression d'ignorer stupidement un fait connu de tous les autres.
- Ben, s'amusa fort le second jumeau devant la mine perplexe de sa proie, ça désigne celui qui est au dessus, le dominant, celui qui met sa…
- Silence ! le coupa le onzième gold, douloureusement édifié. Je vois.
- Pourquoi tu me demandes ça, tu as des vues sur un Japonais ?
- Non ! C'est Hyoga qui… bref, il parlait de ça.
- Oh ! L'élève a facilement dépassé le maître. Déjà lors des batailles, maintenant avec le sexe… Penses-tu, il a baisé avant toi, et il n'a pas mis des plombes à être le dominant… lui. Tu dois être fier de ton disciple !
Camus émit une sorte de grincement de dents, coulant un regard acidulé sur le faciès hilare de son dragueur bis.
- Tu as toujours l'art de réconforter tes semblables, Kanon des Gémeaux.
- Je sais.
- Et toi tu ne sais rien. Tu n'y étais pas. Tu ne sais rien de mes raisons tout à fait valables d'avoir laisser Milo dominer au commencement…
- Non, petit frigide, mais tu viens d'avoir la langue un peu longue dans ta hâte à te disculper… Mouahahahaha ! Maintenant je suis sûr que tu t'es pris le rôle du dessous au début ! Milo t'a bien eu ! Niark !
Camus serra les poings discrètement, ses ongles longilignes rentrant dans la chair.
- Je te déteste, Kanon des Gémeaux.
- A ton service mon joli canari. Moi je t'adore !
Le Verseau, rouge comme les cerises de la tarte piège du Taureau, ne répliqua rien à cette aberrante déclaration de l'ex-Marina.
On ne discutait pas avec les fous.
Arrivés au deuxième temple, ils auditionnèrent des hurlements aigus depuis le hall.
- Non, non, j'ai froid, mon maître te punira, Aldébaran du Taureau ! A l'aide, à l'aide !
Les deux conjurés dans l'opération " capturer le malfaisant Kiki " échangèrent un regard féroce et satisfait.
- Ah les amis, les accueillit Aldébaran. Ce gosse crie affreusement.
- Allons voir, intima Kanon.
Le spectacle du jeune délinquant coincé devant le frigo plût aux Chevaliers volés, et Kiki, pleurnichard et furieux, vit ses trois aînés prendre le temps de boire un jus de pommes bien frais avant que Camus ne daigne faire liquéfier sa glace piège.
- Mon maître te le fera payer, Camus du Verseau !
- La ferme, ou je t'arrache cette tête à cheveux carotte, voleur, feula Kanon.
- J'ai rien volé ! J'ai rien en main !
- Tu comptais piller le frigo d'Aldébaran, accusa Camus, achevant de dégager l'apprenti du Bélier du carcan glaciaire par un bon coup de pied aux fesses.
- Aie, aie, aie ! glapit le disciple. Vous abusez de vos pouvoirs !
Voir le Brésilien ouvrir le frigo du délit pour en sortir la tarte du crime ne fit qu'ajouter à la douleur du garnement de s'être laissé prendre au piège.
- Servez-vous, sourit Aldébaran, je ramène ce petit asticot au Temple de la Vierge.
- Merci Aldébaran,
Charmé de rester en seule compagnie de sa proie, Kanon s'assit impoliment sur la table en bois, la pâtisserie à côté de lui, et s'agita de gourmandise.
- Amène un couteau pour couper cette tarte, Camus !
Le Verseau obtempéra, et en prit même un deuxième – à steak celui-là - en cas d'éventuel attentat à la pudeur perpétré par l'ex-Dragon des Mers.
- Descends, Kanon, on ne mange pas assis sur une table !
Kanon étira ses crocs, et plongea un doigt dans la crème fouettée.
- Petit coincé, ne me dis pas que tu n'as jamais rien fait sur une table !
Vexé, Camus piqua un léger fard et haussa les épaules. Kanon suçait maintenant son doigt crémeux avec vice et concupiscence, et le onzième gold déglutit péniblement en détournant son attention vers la tarte à couper. Deux, quatre, huit…
- Dis, très cher, tu ne comptes pas y passer la nuit à couper cette tarte ? Tu veux un mètre-ruban et une loupe pour calculer au millimètre près ?
En lui-même le Verseau s'insulta en français d'être bassement et physiquement troublé par le charme du second jumeau. On avait bien raison de dire que la chair était faible, et par son Scorpion chéri, il allait y remettre une bonne couche de glace.
- Camus !
Sursautant, Camus s'affaira et bientôt Kanon pût tenir entre ses griffes égoïstes le plus gros morceau de la pâtisserie.
- Aie !
- Crétin, tu t'es coupé ? se marra l'aimable Grec.
Camus haussa les épaules, examinant la pulpe sanglante de son index gauche.
- Ce n'est rien. Je remonte chez moi…
- Hey, tu vas pas te débiner ! protesta Kanon entre deux bouchées généreuses. Tu n'as pas mangé ta part, et ton doigt saigne beaucoup…
- Justement, j'ai du désinfectant chez moi…
- Donne ton doigt, je connais un remède rapide…
Camus recula derechef, dardant un regard sombre sur l'ennemi.
- Je connais ton remède, Milo m'a déjà fait le coup. " La salive désinfecte, hein mon Camus ? ". Il m'a eu plein de fois lorsque nous étions apprentis.
- Et bé, c'était chaud entre vous, les gosses… Bon, je n'insiste pas. Bouffe plutôt cette belle part de tarte, ou la rumeur est vraie ?
- J'ai perdu le compte de vos ignobles rumeurs ! grinça le blessé en suçotant lui-même son index malmené par les ondes séductrices et perturbatrices du Gémeaux en second.
- Que t'es anorexique… Athéna en est persuadée, hein, elle qui veut te gaver…
- Oh, ironisa cruellement le Verseau, et nous savons tous qu'Athéna est une source hautement fiable et crédible…
- Un point pour toi, concéda Kanon.
- Je reste mince, c'est tout, au lieu d'avaler toutes des cochonneries grasses et sucrées comme d'autres…
- Tu as bien raison, tu es si bandant avec ta finesse de mannequin…
- Kanon !
- Bah quoi, je peux pas mentir et dire que tu es moche, hein mon cher… Allez, cesse de bouder et viens, c'est pas pour une part de tarte au cerises que tu vas prendre trois kilos… C'est pas drôle, on finit toujours par me laisser seul, moi…
Pan, en plein dans la partie sensible cachée du onzième gardien. Camus soupira, sonda le cosmos de Milo – toujours aux thermes -, et consentit à se laisser tenter par la crème fraîche de la pâtisserie.
- Parlons cœur à cœur, Kanon – enfin, pour le peu qu'on a -, attaqua le Français entre deux cerises, pourquoi imites-tu brusquement ton frère pour me harceler ?
- Disons, renifla le cadet des jumeaux, s'octroyant une seconde part, disons que je te connaissais mal, je pensais que Milo avait choisi un glaçon frigide aussi joyeux qu'un croque-mort, et ennuyeux au lit…
- Je ne crois pas être si ennuyeux au lit ! s'insurgea Camus, mortifié. C'est connu que les Français sont excellents ! Et Milo est content il me semble…
- Certes, et à force de voir Saga te courir après, je me suis interrogé, j'ai remarqué que tu avais un certain humour méchant quand on savait le déceler…
- La plupart du temps, ils sont trop bêtes pour le remarquer, ricana aigrement le QI le plus imposant du Sanctuaire.
- Moui. Bref, tu es un défi, mon joli petit frigide.
- Je ne suis pas frigide ! Et puis, ton problème, Kanon, c'est qu'une fois que tu as ce que tu veux, ce n'est plus un défi, et tu laisses tomber ta victime.
- Je ne suis pas sûr que je laisserais tomber quelqu'un comme toi après une seule nuit, informa presque sincèrement le jumeau en second.
- Oh, rit le Verseau, d'accord, tu tiendrais peut-être deux nuits avant de me balancer comme un vulgaire objet usagé ! Je suis flatté.
- Tssst, Saga a raison, minauda le rusé compère. On t'ouvre son cœur et tu te moques méchamment.
- Je ne me moque pas, nia l'autre, qui finalement avait entamé une seconde part de tarte lui aussi. Connaissant ton passé plus que boueux, j'ai du mal à croire à une sincérité subite de tes sentiments. C'est logique.
- L'amour n'est pas logique ! psalmodia Kanon, ses prunelles jade s'ornant d'autant de crème que la pâtisserie qu'il dévorait.
- Et bien moi, j'aime Milo, et lui seul, clôtura le Français en allant se laver les mains.
- Milo a bien de la chance, jeta Kanon en une dernière estocade perfide.
- Sois un peu plus sérieux au lieu de jouer les mauvais garçons, et toi aussi tu te trouveras quelqu'un de bien, conseilla en toute sympathie le Verseau. Tu sais, je comprends que tu veuilles rattraper le temps perdu à Cap Sounion, mais…
- Rien à voir, corna l'autre, qui se braquait aux seuls mots de Cap Sounion.
- Tu crois ? Pourquoi nous comportons nous en adolescents attardés depuis la fin des guerres, à boire, faire la fête et jouer les héros de sitcoms à la guimauve ? Pour vivre ce que nous avons raté à cause de notre entraînement inhumain de soldats !
- Ouah, s'esbaudit sincèrement le traître, je n'y avais pas pensé, tu es vachement psychologue, toi !
- C'est à la portée de n'importe quel abruti. Bien, passe un bon après-midi, Kanon.
Resté seul, Kanon bouda et termina la tarte, ses longues jambes battant dans le vide, ses cheveux hérissés par la défaite provisoire.
- Non, ricana-t-il, pas sûr que je le teste une seule nuit, celui-là. Je commence à comprendre Milo, vivre avec ce glaçon, ça doit être un défi à renouveler chaque jour qu'Athéna gâche de sa présence !
Le Scorpion fût contrarié de voir revenir son amant bourré de tarte aux cerises, ce qui l'empêcha de faire honneur aux bonnes frites cuisinées par le galant arachnide.
- Désolé, Milo, s'excusa son compagnon. Je ne pouvais pas deviner que tu ferais des frites, je croyais qu'on mangerait un sandwiche… Aldébaran était si content d'avoir piégé Kiki qu'il nous a offert la tarte qui a servi d'appât…
- Ouais, c'est cool, approuva le Grec, qui croquait goulûment dans ses frites. Mais c'est dommage ! C'est la première fois que je les réussis tellement bien, mes frites !
- Je vais en manger un peu ! Je ne voudrais pas décourager tes efforts culinaires !
Le propriétaire du huitième temple s'empiffra un moment en silence avant de s'étrangler avec une frite et de hurler. Il avait percuté le détail de la mort qui tue.
- Nous ? Qui ça, nous ?
- Bien, déglutit le Verseau en reprenant des frites – Milo faisait d'indéniables progrès – Kanon et moi. C'était un piège monté ensemble avec Aldébaran et…
Le malheureux arachnide jaloux s'empourpra et tapa du poing sur la toile cirée de la table de sa cuisine.
- Je comprends ! T'as plus faim ni envie de déjeuner avec ton petit ami parce que tu manges des pâtisseries avec un homme, qui je te le rappelle, Camus, veut te mettre à poil dans son lit pour te baiser avec ou sans consentement !
- Ne sois pas vulgaire, se froissa le magicien de l'eau et de la glace. J'ai fait preuve de politesse, Kanon se vexait que je ne veuille pas rester avec lui, tu sais, il est encore un peu mis à l'écart à cause de ses crimes passées…
- Putain, jura de plus belle Milo, mais t'es con parfois, chouchou ! Kanon est encore plus comédien que moi, il te prend par la pitié pour t'avoir au tournant !
- Tu crois qu'il ne souffre pas et que tout ça était une manière de m'enjôler ? s'enquit Camus, agacé de s'être fait avoir bêtement.
- Et comment ! confirma le Grec, de mauvaise humeur. Tu es un glaçon, mais super naïf pour tout ce qui est des histoires de fesses et menteries pour draguer.
- Je ferai plus attention, promit le naïf, froissé.
Voir la main de son amant changea heureusement les idées du conjoint possessif.
- Camus, ton doigt, tu saignes, il y en a partout !
- Oh, zut… Je me suis coupé en tranchant la tarte… Continue de manger, Milo, je vais vite mettre un pansement…
- Okay.
Resté seul, Milo du Scorpion recommença à se régaler tout en maudissant sur tous les tons le Sanctuaire d'Athéna et les jumeaux.
Son lieu de vie devenait un refuge pour les pervers de tout poil et toute couleur de cheveux, acharnés à le séparer de son cher et merveilleux Camus, tout ça sous le nez pointu et indifférent de la réincarnation de la Déesse de la Sagesse.
- Shion peut toujours causer, le vieux bouc, je m'arrangerai pour que Camus et moi on prenne une retraite ultra anticipée ! promit le Scorpion.
Il fallait bien rêver pour survivre, au Sanctuaire.
