Dame Lylith : Merci pour ton suivi! C'est compliqué de mettre en place quelque chose d'à-peu-près cohérent!

La fin du surplace, de l'action! Rien de tel qu'une bonne balade en forêt pour retrouver le moral, les petites fleurs, les petits oiseaux... Enfin, quand on a la poisse collée sous ses semelles, cela reste une amie fidèle; Harry finira peut-être par s'y résigner un jour. Drago lui, se noit littéralement dedans. Heureusement que Luna est Luna.


Chapitre XXI A la recherche du sang perdu


Le couvert des arbres. Dire qu'il a pensé ce matin encore qu'au moins ils seraient à l'abri de cette pluie incessante. Quant à savoir si cela reste salutaire par rapport au mal du pays, Harry laisse cette épineuse question à d'autres. Pour l'instant, un juron lui échappe face au constat d'un naufrage terrible : le navire de ses baskets vient de sombrer corps et bien dans une flaque boueuse. Et un magnifique bruit de succion à rajouter à chacun de ses pas, un ! Certes, ses rêves héroïques se sont dissipés depuis un bon moment. Certes, il ne demande pas un soleil couchant à l'horizon, mais un juste milieu, ce n'est quand même pas la mer à boire. La gadoue pardon.

Adieu, ô petites étoiles étincelant au fond de leurs yeux à la seule mention de l'ancestrale Brocéliande ! Adieu, ô périple glorieux sur les traces de Merlin ! Harry s'est gorgé si longtemps des souches mousseuses, des clochettes au pied des arbres, des petits oiseaux, des écureuils tous chantant bien sûr ! Brocéliande. La féérique Brocéliande, ô cœur de leur monde ! Une nouvelle déconvenue, en vérité bien négligeable au regard du reste un vase trop plein sans doute. Le printemps est censé vaincre l'hiver, pas les arroser d'une pluie à peine moins glaciale. Un cri étouffé lui apprend que Ginny vient de partager son sort. « L'avantage au moins c'est que la pluie ne transpercera pas trop les feuilles » qu'elle disait! Un vain espoir douché à son tour. Trop beau pour être vrai. Pas assez sournois surtout. Les gouttes sont effectivement stockées dans le feuillage, le temps de s'accumuler pour se convertir en mode déluge à chaque fois qu'une branche plie sous le poids du liquide.

Du calme. Il doit conserver calme. Il est Harry Potter. La goutte suivante tombe sur ses lunettes. Dans un soupir, il entreprend de les essuyer, avant de regarder en direction des pisteurs improvisés.

Neville et Hermione consultent fiévreusement la carte et au grand étonnement de Blaise, le Gryffondor empoté a dépassé le rôle de pupitre et argumente également. Ginny essore sa chevelure sans utiliser sa baguette pour ne pas en rajouter au niveau des traces magiques. Drago… Drago s'est avachi le long d'un tronc, sans s'apercevoir de l'humidité de ce dernier, les yeux mi-clos. Le temps parait le faire davantage souffrir. Certainement du fait de l'état de ses articulations. Si seulement il pouvait s'arrêter de pleuvoir.

C'est forcément la Solution ! Un beau rayon de soleil pour dissiper la magie noire ! Misère. L'aide de Blaise s'est finalement avérée inutile, pas la peine d'être Mangemort pour comprendre que la forêt fourmille de traces de magie noire. À croire que Voldemort s'est amusé à retourner chaque champignon. Une bribe de chanson glisse jusqu'à son oreille, il pivote et contemple Luna, la seule, semble-t-il, à apprécier la sortie sylvestre. Tente-elle vraiment d'extraire ses chaussures de la gangue de boue en rythme ? Harry n'a jamais cru que les Portes d'Avalon s'ouvriraient devant l'Élu. Cela ne l'empêche pas d'être en mesure de reconnaître qu'ils sont une fois de plus au point mort. Partageant ses pensées, Hermione prend la parole.

« — On ne s'en sortira pas comme ça. S'il faut explorer la forêt mètre par mètre, on va y passer le reste de la guerre… ».

Amère constat si partagé que nul ne le conteste. Elle reprend et assène qu'à ses yeux un unique procédé reste utilisable.

« — Il faut se séparer. On couvrira davantage de terrain en deux groupes ».

Aucune réponse en retour, non pas cependant du fait d'une conclusion commune mais parce que son application s'avère clivant. Chaque cerveau testant à toute vitesse les combinaisons possibles. Qui aurait donc le courage de se sacrifier ?

« — Je vais rester avec Drago et Blaise. »

Ginny essaye maladroitement de contester, soudain honteuse de n'avoir en vérité pensé qu'à sa petite personne. Toutefois, Hermione a raison. Impossible de se partager autrement sans fâcher les susceptibilités. Neville ne connaissant pas assez les Serpentard ou plutôt croit trop bien les connaître pour séjourner à leurs côtés sans médiateur.

La délicate décision prise, ils enchainent aussitôt sur l'attribution des zones, le partage du paquetage et la duplication des cartes.

« — Votre zone est plus grande que la nôtre » Heureux euphémisme. « Mais on ne va pouvoir se déplacer aussi vite alors…

—T'inquiète Hermione, on assurera et puis, y'a plus de chances que ce soit nous qui trouvions non ? On se tient au courant par galion de toute façon… »

La Gryffondor laisse échapper un léger rire de circonstance tout en échangeant un rapide regard avec Luna. La séparation est rapide, les consignes coutumières répétées : avant tout rester sur ses gardes, « vigilance constante » et placer tout son espoir sur l'ancienneté des traces de magie noire. Drago les regarde s'éloigner mâchoire serrée, tout entier au dialogue nauséabond qu'il entretient avec son cerveau en manque.

Blaise, mal à l'aise soudain, songe à la banalité la plus appropriée lorsqu'Hermione saisit sa baguette et exécute quelques mouvements compliqués avec sa baguette. L'habitude aide à les déchiffrer : sortilèges de protection, soit une réponse facile à interpréter. Ils formeraient le groupe flemmard, ce qui, vu l'inquiétante rechute de Drago, n'est sans doute pas plus mal en dépit du fait que la Gryffondor soit la première à enfreindre ses propres règles. Tant pis, il sera simplement émerveillé par la légèreté avec laquelle leurs traces de pas s'estompent peu à peu tandis que la moindre branche maltraitée par leur passage retrouve sa pleine santé, il se risque à complimenter la Gryffondor. Songeant, par la même occasion, qu'il applique malgré lui la stratégie serpentesque visant à toujours caresser dans le sens du poil la personne assurant votre protection. La jeune femme n'a cure de la flatterie, toute à sa préparation du tour suivant, sortant de son sac une valise noire en cuir qu'elle pose sur le sol.

Il n'a pas le temps de l'interroger sur la saugrenuité de la manœuvre que déjà les fermoirs de ladite valise commencent à s'agrandir exponentiellement à la croissance du chacune des faces du bagage. À ce rythme-là, le trou de la serrure ne tarde pas à former une porte et le reste devient une cabane. Assez petite certes, mais Blaise comprend parfaitement pourquoi Hermione a été l'élève préférée de la vieille Mc Gonagal. Rassuré, bien qu'il ait fait mine d'ignorer le prêt de la tente au groupe Potter, il se tourne vers Drago pour le prendre à témoin.

Toutefois, ses mots meurent dans sa gorge. Le corps entier de son camarade est sous l'emprise de tremblements et ses jambes flagellent tellement qu'elles ne le soutiennent plus. Blaise le rattrape juste à temps et s'effraye davantage en constatant que Drago parait toujours conscient mais est incapable de prononcer le moindre mot. Aidé d'Hermione, il s'empresse de l'amener jusque dans la valise-cabane, et là, l'allonge sur la couchette de sangles anciennement accroche chaussettes.

Alors qu'il s'apprête à questionner sa collègue infirmière en chef, un brassage d'air l'informe que celle-ci est ressortie. N'y comprenant plus rien, il finit par adresser à Drago un pathétique : « Tiens bon, je reviens » et se lance sur les traces de la Gryffondor l'attend simplement à quelques mètres, hors de portée des oreilles de Drago. En guise d'amorce de conversation, elle se contente de lui tendre sa main, les doigts resserrés sur l'emballage vide des doses de morphine.

«— Merde, y'en a plus c'est ça ? Ça va être galère pour en retrouver…

— Blaise. C'est de la morphine. » Devant l'absence de réponse de son camarade, elle l'achève.

« — C'est un opiacé. »

Pas besoin de rajouter un seul mot. Blaise a blêmi et se sent brusquement nauséeux. Putain. Quel abruti.

Un oiseau vole. Il se résout à articuler un faible « comment » auquel la Gryffondor répond en énonçant les perspectives du futur sevrage.

« — Pas d'autres solutions j'imagine.

— Si on pouvait l'emmener à Sainte-Mangouste encore… Quoique je ne pense pas que son corps supporterait les traitements magiques à cause des résidus de magie noire qui se baladent encore dans son sang.

— Il va…

— Oui. »

Un nouveau silence permet à Blaise d'envisager un peu plus l'état de sa bêtise. Les prochains jours promettent.

« — Et Harry et les autres dans tout ça ? Tu les as envoyés au loin juste pour qu'ils ne voient pas Drago dans cet état ?

— En partie. Pour le reste, la balade est nécessaire.

— Nécessaire ?

— Oui. Et quand tout sera bon, Luna le saura et ils reviendront.

— Luna ? S'exclame-t-il en retour, plutôt surpris.

— Tu n'as pas encore compris n'est-ce pas ? Enfin, j'dois avouer que ça ne fait pas longtemps que j'ai pigé aussi… » Soupire Hermione déçue de n'avoir pas été capable d'entrevoir l'évidence plus tôt. « Luna est sensible à la Vieille Magie. »

— Pardon ?

— La magie pratiquée au temps de Merlin et même avant. Celle qui tenait son essence dans chaque arbre, chaque brin d'herbe, chaque goutte d'eau. » Détaille avec mélancolie la jeune femme.

— Ce qui explique les ronflaks et le reste, conclut de lui-même Blaise.»

Un cri étouffé en provenance de la cabane met fin à la jolie parenthèse. Peu importe que Luna soit capable de retrouver les portes d'Avalon. Il faudrait déjà que Drago soit en état de les franchir. Blaise se mord la lèvre en écoutant Hermione expliquer doucement à Drago ce qui l'attend. En rougissant, elle termine en lui déclarant qu'il ne devrait en aucun cas jouer le courageux lion. Cela ne servirait à rien sinon à augmenter ses souffrances. Mais le Serpentard ne relève même pas la plaisanterie, il n'en est tout simplement plus capable.

Si légère demeure sa silhouette qu'Harry peine à la suivre tout en étouffant un grognement à chaque fois que Neville oublie de retenir une branche dans sa précipitation. À la décharge de ce dernier, Harry peut bien reconnaître qu'il ne s'est jamais distingué par son agilité. Dès lors, redoubler d'efforts pour ne pas être semé par la fée blonde devant laquelle paraissent s'écarter les fourrés reste à peine suffisant. Simple illusion d'optique ou alors Luna est juste née pour ondoyer juste au-dessus du sol. Un mirage doublé par la végétation. La main dans la sienne, Ginny se laisse entrainer, le visage un peu plus pâle au fur et à mesure qu'ils progressent au plus profond des bois. Une lionne chasse en savane, goûtant l'horizon dégagé des herbes. À ne pas distinguer ce qu'elle entend, la jeune femme s'agace. N'auraient-ils pas pu attendre que le jour soit haut aussi avant de repartir ? Avant l'aube avait annoncé Luna sur un ton tellement léger et à la fois si évident que nul n'a osé la contredire.

Où vont-ils en plus ? Neville s'acharne par force de l'habitude à consulter la carte mais Harry soupçonne une maigre tentative de justification des errements de sa chère Luna. De toute façon, Harry a renoncé à s'informer sur leur objectif, se contentant par moment de regretter l'absence d'une carte des Maraudeurs à l'échelle internationale. Il marche, mange sa part des réserves extrêmement rationnées par Ginny, marche, dort, se relève, marche, perdant les nuits et les jours sans s'en rendre compte. Ses pas dans ceux de Luna, guidé par le pressentiment étrange qu'il accomplit sa part. Ce sentiment grisant comble son ventre vide.

D'ailleurs, la pluie n'a-t-elle pas cessé depuis que la Serdaigle a pris la tête de leur petit groupe ? Ou bien ne la sent-il plus ? Ils sont trois à marcher péniblement et une à virevolter. Prisonnier consentant d'un enchantement, il devrait s'en inquiéter. Demain peut-être. Demain.