12 Novembre 1979

Tout s'était accéléré, implacable. Elle avait échoué, encore une fois, la seule personne qui avait besoin d'elle, la seule qu'elle voulait sauver des ténèbres, avait été engloutie, sans qu'elle ne puisse rien. Elle avait fauté et il avait payé. L'histoire se répétait dans un sadisme pervers. Elle était piégée dans ce monde qu'elle avait voulu sien.

Comme toutes les semaines, elle avait rejoint Regulus dans son manoir familial. Le calme régnait dans la demeure. Elle savait que les parents de Regulus étaient absents aujourd'hui, comme Claire et Jean, ils avaient été conviés à un repas chez les Malefoy. Mais elle était arrivée par poudre de cheminette, et son apparition n'avait même pas alerté l'Elfe de maison. Une angoisse silencieuse l'avait saisie. Depuis deux semaines, Regulus semblait différent, elle s'inquiétait pour lui, il était devenu plus distant, il ne le disait pas, mais quelque chose avait changé. Et sortie de la cheminée, elle sut que quelque chose s'était passé. Elle l'avait cru changé par son nouveau rôle de Mangemort, adolescent trop vite devenu adulte, écroué sous des charges qui n'aurait jamais dû lui échoir. Elle l'avait cru assez convaincu et fort. Mais là, à peine avancée dans le salon des Black, elle avait l'intime conviction de s'être fourvoyée. Là, elle se rappelait ses hésitations, ses regards fuyants, ses comportements qui auraient dû l'alerter et qu'elle avait ignoré.

« Regulus ?! »

Elle avança à travers les pièces mal éclairées, le parquet craquait sous ses pas. Elle arriva devant la porte de la cuisine d'où un rai de lumière tremblotant s'échappait en même temps que des gémissements rauques. Kreattur, recroquevillé sur le carrelage noir, poussait des cris d'agonie.

« Qu'est-ce qui se passe ? Kreattur ! Où est Regulus ? »

L'elfe continua à pleurer. Mara s'abaissa et le secoua. L'angoisse lui compressait le cœur. Que s'était-il passé ? Elle l'agrippa par les épaules. L'elfe continuait à crier. Elle le secoua de nouveau, plus violemment. Allait-il répondre ?! Kreattur ne cessait pas ses pleurs, il ne semblait même pas avoir conscience de la présence de Mara.

« Réponds ! »

Elle le gifla. La tête de l'elfe partit brutalement sur le côté. Il couina et se redressa maladroitement. Dans ses mains serrées, il tenait un médaillon d'or.

« Qu'est-ce qui se passe ? Où est Regulus ? »

« Le jeune maître… Le jeune maître… Il ne reviendra pas. Maître Regulus, il est… Il est… Mo-mort…

- Qu'est-ce…Qu'est que tu dis ?! Qu'est que tu dis ?! »

Sa voix n'était plus qu'un cri aigu. Ce satané elfe.

« Kreattur ne doit rien dire, il ne sait pas, il doit se taire…

- Où est-il ? Il a peut-être besoin d'aide ! Dis moi où il est !

- Il ne reviendra… Le jeune maître a ordonné à Kreattur… »

Il se mit à trembler.

« Amène moi là où il est !

- Non, Kreattur n'a pas le droit…

- Maintenant ! »

Elle empoigna l'Elfe par son haillon crasseux, et celui-ci obéit, paniqué par l'angoisse désespérée, il les fit disparaitre.

Ils atterrirent dans une grotte. Un immense cavité rocheuse, humide et obscure. Mara mit plusieurs minutes à s'habituer à l'obscurité. De la lumière bleutée de sa baguette, elle pouvait voir un lac, surface lisse et noire, qui emplissait toute la caverne. En son centre, une petite île avec une haute bassine de pierre. Des bruits de gouttes éclatées lui parvenait en échos. Comme un ironique compte à rebours. Une ambiance malsaine, régnait ici. Kreattur se tenait tout contre elle et à travers sa jambe, elle ressentait tous les tremblements de son frêle corps. Elle murmura, peut être plus pour elle que pour l'elfe :

« Qu'est-ce que c'est ici ? »

Elle s'approcha du lac, mais Kreattur saisit soudainement sa robe en hoquetant :

« N'approchez pas ! C'est de là qu'ils sortent, ils ont emporté le jeune maître, c'est eux qui l'ont tué !

- Quoi ?!

- Les hommes morts… »

Elle bouscula l'elfe et hurla un sort pour ramener le corps de son ami à la surface. Sa voix résonna, rien ne vint. Elle pesta contre l'incohérence qui l'avait saisie, elle ne pourrait pas le retrouver si elle se laissait gagner par la panique. Elle sentait la chair de poule qui parcourait sa peau, les frissons glacés dans sa nuque. Elle était terrifiée. Pas lui, non pas lui aussi. Soudainement, des ondes vinrent briser la surface immobile de l'eau. Un bouillonnement se fit entendre, plus qu'ils ne le virent et un corps sorti de l'eau pour s'écraser à terre. Mara s'élança vers la silhouette immobile, mais se stoppa brusquement. Ce qu'elle avait ramené du fond de l'eau ce n'était pas Regulus. Ce cadavre blanchâtre, à la peau gonflée ce ne pouvait pas être lui. La créature se mit à tressauter et se releva d'un coup. Mara retint un cri. La chose se jeta sur elle.

« Incendio ! »

Le feu l'atteignit en pleine poitrine, consumant son corps, le repoussant vers les rives du lac. L'inferius fut englouti dans les eaux ténébreuses qui, pendant de longues secondes, restèrent incandescentes. Mara déglutit. Elle se retourna vers Kreattur, l'image du cadavre aux cheveux d'ébène, aux yeux voilés, fichée dans son esprit. C'était peut-être lui. Elle attrapa l'elfe par le bras. Mais il faisait sombre, ça c'était passé si vite, ce n'était pas lui. Ce n'était plus lui.

« Partons Lady, Kreattur vous en supplie…

- Tu ne veux pas sauver ton maître ?! Ces choses ne me font pas peur ! Tu m'entends ?! Elles ne me font pas peur ! Par où est passé Regulus ? Montre moi ! »

L'elfe se mit à gémir et avança lentement vers les rives. Peut être sous la pression de Mara, peut être parce que lui aussi finalement avait l'espoir de sauver son jeune maître.

« Il faut prendre la barque…

- Quelle… »

Mara se tut, sous la surface, perdue dans la pénombre aquatique, une vieille barque gisait.

« Il faut tirer la chaîne… »

Kreattur indiquait un endroit vide du doigt. Mara fronça les sourcils. L'elfe ne semblait pas vouloir s'approcher plus en avant. Mara s'avança donc lentement, en tendant les bras. Trois pas. Cinq pas. L'eau qui approche. Sept pas. Ses mains rencontrèrent un métal froid. Elle ne les voyait pas, mais sentait des maillons froids, rouillés et tendus, elle les saisit et sans hésiter elle tira de toutes ses forces. La barque sortit lentement du lac, la coque emplie d'eau. Elle tira encore sur la chaîne invisible puis agrippa le bois mouillé. Elle se hissa à l'intérieur. Kreattur la suivi en silence.

La barque se dirigea vers l'île, elle ne dit rien. Au fur et à mesure, qu'ils glissaient sur l'eau, elle sentait une épouvante latente, monter en elle. Et si elle ne le retrouvait pas ? Était-il vraiment au fond du lac ? Perdu. Regulus. Où pouvait-il être ? Son cœur semblait battre plus fort, le sang pulsait avec panique dans son corps. Ses artères cognaient contre ses clavicules. Elle aspira l'air humide avec vigueur. Ils approchaient.

Mais dès le premier pied posé sur la petite île, elle sut, elle ne savait comment, qu'il n'y avait plus d'espoir. Des choses s'était passée ici, des choses mauvaises. Plus sombres qu'elle ne pouvait l'imaginer. Son instinct d'espionne, ou bien était-ce celui de survie, lui criait de s'enfuir. Oh oui, elle voulait partir. Mais elle devait le retrouver, elle ne pouvait le laisser ici. Elle devait tout tenter pour le sauver. Il ne pouvait pas être mort, pas lui, pas lui aussi. L'eau autour d'eux, n'était qu'une surface lisse et immobile, comme si rien, aucun inferius ne résidait dessous, les attendant, prédateur patient. L'Elfe de maison se mit à lui parler, d'une voix basse et rapide qui la fit sursauter.

« Kreattur est venu ici avec Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom… C'est ce que le jeune maître Regulus a voulu, alors Kreattur est venu. Kreattur a dû donner son sang pour ouvrir la caverne, Kreattur a dû traverser le lac malgré sa peur, il a dû boire le mal, parce que le jeune maître lui avait dit… et quand Il l'a abandonné ici, quand Kreattur avait si soif, si mal et a tant voulu boire et qu'il a touché le lac… Mais Kreattur savait qu'il devait revenir chez ses maîtres et ne pas être emporté par eux… »

C'est-ce que Regulus lui avait dit, il avait proposé son elfe pour une mission… Elle regarda dans la bassine, au fond un médaillon d'or, l'exacte réplique de celui que tenait toujours Kreattur.

« Et tu as ramené Regulus ici…

- C'est le jeune maître qui a voulu, en voyant rentrer Kreattur, en voyant que Kreattur souffrait, le jeune maître est si bon avec le pauvre incapable Kreattur… Lady partons, c'est trop dangereux, le jeune maître est parti avec eux, il a ordonné à Kreattur… Kreattur ne devrait pas être ici…

- Tu ne vas nulle part ! Dis moi ce que vous avez fait une fois revenu ici !

- Lady… Non, lady, non…Le jeune maître a voulu boire le mal, il a tout bu, il a dit a Kreattur de lui faire boire… Il a tout bu… Oooooh mon pauvre jeune maître… Il a échangé les médaillons, il a confié a Kreattur celui-ci, Kreattur le gardera précieusement, le jeune maître a ordonné à Kreattur…

La voix de l'elfe n'était plus qu'un couinement suraigu et Mara ne l'écoutait déjà plus. Car elle comprenait ce qu'il s'était passé. Voldemort avait caché quelque chose ici, le médaillon. Kreattur lui avait servi à ça. L'eau de la bassine, ce « mal » comme disait l'elfe de maison. Un poison. Il n'était pas difficile de comprendre qu'il poussait à la soif qu'il vous poussait à aller chercher le seul breuvage à disposition, qu'il poussait à toucher l'eau du lac. Et que les inferi n'attendaient que ça. Et que c'était ce que Kreattur avait fait, c'était ce que Regulus avait fait. Il s'était sacrifié, il avait trahi le Lord, il lui avait pris le vrai médaillon. Mara eut un cri de panique. Comme Trajan, Regulus avait changé de camp, comme Trajan, il n'avait pas hésité à donner sa vie. Mais pourquoi, pourquoi ? Pour quoi ?!

Dans un mouvement désordonné, elle se jeta sur la rive. Paniquée, elle hurla le prénom de son ami. Sans réfléchir aux conséquences, elle plongea ses bras dans l'eau. Perdue, elle cherchait à le retrouver, lui, Regulus, lui, Trajan, deux fantômes. Elle hurla, tandis que ça robe s'imbibait d'eau. Elle hurla, fouillant le sol aquatique, soulevant cailloux, se retournant les ongles, meurtrissant ses mains affolées. Elle hurla, pendant que les Inferi remontaient. Elle hurla encore et toujours leurs prénoms, quand elle sentit leurs mains sur ses bras. Elle hurlait toujours quand Kreattur la saisit par les épaules et les fit disparaître.

Ils réapparurent dans la cuisine des Black. Elle resta figée et aphone, retenant ses larmes, essoufflée. Elle resta affalée sur le carrelage froid, Kreattur devant elle, la regardant, inquiet. Elle avait perdue toute contenance, elle était comme devenue folle, toute logique l'avait quittée, le barrage de ses émotions s'était brisé d'un coup face à ce qu'elle ne pouvait accepter. Elle cacha ses yeux avec ses paumes, ses doigts se retenant aux racines de ses cheveux. Ses mains appuyant sur ses paupières, jusqu'à la douleur, jusqu'à ne plus pouvoir voir ce qu'elle ne pouvait ignorer. Elle avait perdu Regulus. Elle avait échoué. Encore.

Elle resta peut être une demi heure, assise là, à reprendre contenance, à tenter d'assimiler ce qu'il s'était passé. Kreattur l'appelait, elle ne répondait pas, et il attendait le médaillon enserré dans ses mains.

Le médaillon.

« Kreattur…

- Lady !

- Regulus t'as dit de garder ça…

- Oui, le jeune maître a ordonné à Kreattur de le garder précieusement. »

L'elfe semblait étrangement calme, comme si face au manque de retenue de Mara, il avait compris que la sorcière avait besoin d'un elfe de maison capable de la soutenir. Elle n'était pas sa maîtresse, mais le jeune maître l'aimait bien, elle avait voulu le sauver, elle avait pleuré pour lui. Il devait l'aider, car c'était son rôle d'aider les sorciers. C'était son rôle d'être plaisant pour ses maîtres. Et le jeune maître aurait aimé son comportement.

« C'est bien. Tu es un bon elfe Kreattur et tu dois bien obéir à ce qu'il t'a dit… Je ne dirais rien de ce qu'il s'est passé. Je ne parlerai pas du médaillon…C'est ton rôle de le garder. De garder le silence. Fais attention. Très attention.

- Oui Lady. Kreattur le gardera précieusement, Kreattur ne dira rien, c'est ce que le jeune maître Regulus lui a dit de faire et Kreattur le fera. »

Mara se releva, tremblante, avec l'aide de l'elfe. Devrait-elle lui prendre le bijoux ? Le garder pour tenter de percer son mystère ? Découvrir ce qu'il cachait. Un secret, un pouvoir de Voldemort, une de ses faiblesses. Que devait-elle faire ? Il pouvait représenter un avantage pour le Pa… Ca l'avait tué. Ca l'avait fait disparaître, il ne restait plus rien de lui. Elle regarda le médaillon, les mains osseuses de Kreattur qui l'emprisonnaient. Voldemort ne l'avait pas protégé et dissimulé au fond de cette grotte pour rien…Tous ses efforts pour faire taire à jamais ceux qui tenteraient de s'en emparer. Peut-être qu'elle devait le prendre. Pour Regulus.

« Je… »

Elle n'en voulait pas. Elle ne pouvait pas prendre cette responsabilité, elle n'en avait pas la force. Elle ne voulait pas.

« Je vais partir maintenant… Kreattur… »

Elle se retourna vers l'elfe de maison et fixa, la petite et frêle créature. Elle hésita. Était-ce nécessaire de parler ? Elle voulait partir, juste partir. Mais elle ne pouvait pas, pas comme ça.

« Je…suis désolée… Je n'ai rien pu faire. »

Elle retint les sanglots de sa voix. Elle n'avait plus qu'une seule envie, c'était partir, ne plus revenir, ne pas penser, ne pas voir ses pièces où elle aurait dû le retrouver et d'où il n'aurait pas dû s'en aller. Elle sortit, mais en passant la porte de la cuisine, elle entendit distinctement Kreattur qui lui dit :

« Parfois, on ne peut rien faire Lady. »

13 Novembre 1979

Manoir des Rosier, Hayshire, Ecosse.

Il faisait encore nuit. Elle n'arrivait pas à fermer les yeux, elle revivait les événements de la veille. Il y avait quelques heures à peine, elle avait perdu son meilleur ami, elle avait pénétrer dans l'un des mystères de Voldemort, mais elle n'avait rien fait. Juste une peur immense, une angoisse infinie face à la perte de Regulus Black.

Et là dans le noir, sous les lourdes couvertures qui l'étouffaient, elle comprenait que quelque chose s'était brisé en elle. Elle ne pleurait plus. Elle ne souffrait pas. Elle ne ressentait pas, elle était juste muette, les yeux écarquillés. Etat de choc. Etat de révélations, de compréhensions. Ils étaient morts. Ils s'étaient perdus. Ils l'avaient laissée. Son mari, ne pourrait rien pour elle. Elle ne voulait pas d'aide. Elle était seule. A jamais, seule. Mais elle n'était pas triste. Elle était juste vide. En quelques heures, elle avait laissé derrière elle l'ancienne Mara. Elle avait laissé la moribonde éplorée. Et maintenant, elle était vide de douleur. Elle s'était perdue.

Elle resta toute la nuit, allongée sur le dos, à ne penser à rien, à n'être rien. Vide.

Elle vit l'aube se lever, transpercer les lourds rideaux et venir colorer les tentures. Elle entendit l'extérieur s'éveiller, des oiseaux chanter, froissement d'ailes, des animaux de nuit repartir se terrer, obscurité. Et là, elle comprit. Comme si elle s'éveillait d'un long cauchemar, comme si elle pouvait assimiler, enfin. Elle acceptait, finalement. Elle avait lutté pour rien. Contre le courant. Elle savait maintenant, qu'elle devait se laisser emporter par le flot des événements. Son frère avait fui, il était mort. Regulus avait hésité, il était mort. Elle, était en vie. En vie. Pas eux. Et tous ses sentiments qu'elle avait ressentis, ils n'avaient pas disparus, ils ne disparaîtraient jamais. Ils étaient là, plus forts que jamais. La peine, la douleur, la haine. Elle était en colère. Une colère sourde, noire, qui ne faisait que monter en elle. Une colère pire que la douleur. Un hurlement. Une colère qui n'était en fait que douleurs. Une colère, une brûlure, une vengeance. Une haine implacable face à tout ce qui l'entourait. Une haine qui dans le torrent de cadavres où elle s'était trouvée engloutie, lui ferait sortir la tête du sang. Elle ne se laisserait plus faire. Oh non. Elle montrerait à ce destin qui l'avait brisée ce dont elle était capable, elle ne serait plus cette Mara, faible, qui ne faisait que faillir. Elle haïssait. Tout. Elle les maudissait. Tous. Ceux qui avaient échoué, ceux qui n'avaient pas été là. Ceux qui auraient pu et n'avaient pas fait. Elle se répugnait, elle et son manque de force.

Elle ne supporterait plus cela. Elle ne serait plus celle qui s'était laissée faire. Toute son âme se tourna vers ce voeu. Devenir forte, bien plus forte qu'hier, assez forte pour qu'on ne l'atteigne plus, assez forte pour que la prochaine fois, ce soit elle qui mène la danse macabre.

19 Novembre 1979

Cimetière de Highgate, Londres.

Elle ne pensait pas revenir ici. Mais finalement, elle y était. Aujourd'hui, il pleuvait. Une pluie glacée. Les Black avaient souhaité un enterrement digne et en petit comité, mais les personnes présentes étaient tous des sang-purs d'importance. Même maintenant, tandis qu'il voyait le cercueil de leur fils disparaitre, les apparences comptaient plus que tout. Ils ne pleuraient pas et personne ne pleurait. L'enterrement sembla dura des heures à Mara. Dans sa tête redéfilait sans cesse son parcours dans la caverne, sa recherche désespérée, ses cris. Elle s'était acharnée pour le retrouver, mais ça n'avait pas suffit. Encore une fois, elle avait échoué à protéger une personne qui comptait pour elle. Comme si l'amour était un poison. Et aujourd'hui, les Black enterrait un cercueil vide, l'image d'un enfant dont le corps pourrissait ils ne savaient où. Ils ne le sauraient jamais et c'était d'ailleurs mieux ainsi.

Evan l'avait accompagné. C'était le seul qui lui restait à présent. Il était resté stoïque durant toute la cérémonie, mais elle savait que sous cet air impassible, lui aussi cachait ses peurs. Elle le connaissait assez maintenant pour comprendre ça. Il l'avait beaucoup soutenu ses derniers temps, mais elle-même l'avait sauvé. Si elle n'avait pas été là, il n'aurait pas eu cette force qui le poussait à combattre chaque jour. La peur face au Lord, la pression, l'angoisse. Pas de deuxième chance, ne pas décevoir, surtout ne pas échouer. Il aurait été faible. Mais elle était là, ils étaient mariés, ils se supportaient l'un l'autre. Et si, il s'enfermait derrière une illusion d'homme fort, virile et maître, elle savait qu'il avait peur. Aucune hésitation, aucun remord, ça non. Mais il avait peur de l'échec, c'était sa faiblesse et Mara lui donnait la force d'être ce qu'il voulait. Regulus était celui qui avait échoué et Evan ne voulait pas être comme lui. Son regard fixait la pierre maintenant posée. Il ne voulait pas de ça.

Evan Rosier était le seul qui était encore à ses côtés. Mais, maintenant, elle ne serait plus la femme qui avait pleuré la mort de son frère pourtant haï. Elle ne serait plus cet être qui avait montré tant de faiblesses. C'était maintenant son tour, de protéger et de combattre. C'était à elle de ne plus faillir. C'était à elle de briser les autres. Et à ce jeu, elle n'aurait aucun remord. Cela, elle s'en était fait le serment, plus jamais on ne la détruirait.

Ils sortirent du tombeau des Black. Ils formèrent une procession silencieuse, sous le bruit persistant de la pluie. L'herbe mouillée assourdissait leurs pas. Elle ne jeta pas un regard vers l'allée au bout de laquelle son frère reposait. En quelque mois, tout son monde s'était échappé de ses mains, évaporé sans qu'elle n'y puisse rien. Alors, ce qui lui restait elle devait en prendre soin. Et tout ce qu'elle avait perdu, elle le ferait payer au centuple à tous ceux qui seraient contre elle.


Préparez-vous Mara est revenue !
Alors ça vous plait toujours malgré les derniers événements funestes ? (et c'est pas fini ah ah)