hi everybody! ciamar a tha sibh? conas tà tù. comment allez-vous aujourd'hui? encore une fois, vous êtes tous sensasss de suivre mes bébés d'amour! (ahhhh je le dis tout doucement sinon je connais un loup et un dragon qui vont me faire la peau! :))
bon alors aujourd'hui est un jour un peu particulier et quelqu'unes d'entre vous savent pourquoi... Je ne suis pas quelqu'un de désagréable ni de méchant. je crois même pouvoir dire que qui que ce soit peut compter sur moi, également sur ce site où j'essaie d'épauler du mieux que je peux tous ceux qui en ont besoin. prendre des remarques ne me gêne absolument pas. après tout, je ne suis pas parfaite, à l'instar... et bien de tout le monde en fait. ceci dit attaquer gratuitement et je dirai même violemment les gens sur leur propre personne ne me plaît pas outre mesure, vous vous en doutez... tout comme je n'aime pas voir dénigrer les autres auteures du fandom. déverser autant de bile est à mon sens un réel manque de respect envers moi, envers nous, envers les lecteurs qui nous suivent car après tout si nous faisons de la merde, ils en sont les appréciateurs! voilà, je n'écris pas ces quelques mots par mesquinerie ou régler mes comptes, là n'est pas le but mais s'il vous plaî si vous n'aimez pas, et je le répète c'est votre droit bien évidemment, ne déversez pas non plus un flot de méchancetés gratuites. je vous en saurai gréé. hier, j'ai failli suivre le conseil de cette personne et tout clôturer et puis finalement des personnes hautes en couleurs ont été là pour moi et m'ont reboosté... merci les copines! ensuite, réflexion faite, ce serait faire trop d'honneur à ces personnes et, à l'inverse, ne pas faire honneur à ceux et celles qui prennent le plus petit plaisir à me lire depuis ces quelques mois! alors de ma "basse-fosse", je vous salue bien bas, homme de peu de respect car là est le maître mot ce soir...
du coup, comme j'ai été longue en avant-propos, je ne laisserai pas de longs messages à chacune, ne m'en veuillez pas! vous savez que je vous aime et que vos commentaires sont des baumes à mon cœur en ces temps troublés! :) je vous adooore! merci à Sandra, Toutouille, Mane-Jei, Juliefanfic, Tyra Misu, Virginie Maurel, LegolasKili, Heay, Krassanaia et Eryniel Greenleaf dont la belle review est tombée plus qu'à point nommée hier soir! ainsi qu'à tous ceux qui me suivent! vous êtes les bienvenus à lire et à laisser vos commentaires! comme je l'ai dit du moment qu'ils soient constructifs et polis, je suis plus que pour!
Moran Taing! merci beaucoup! et bonne lecture! je vous le dédicace à tous!
Chapitre 36.
Le Cœur, la Tête et le Bras Armé.
Le Cœur,
Un frisson parcourut l'épine dorsale de la jeune femme en face du requin. Cependant, le froid n'y était absolument pour rien. L'éclat malsain qui luisait dans les prunelles de Muireall ne lui disait rien qui vaille mais, qu'au contraire, elle allait passer un très mauvais quart d'heure. Tout en lui, que ce soit son corps tendu vers elle ou ses yeux qui ne quittaient pas les siens suintaient le mal... ce mal transpirant qui ne voulait dire qu'une seule chose, qu'elle serait à lui de gré ou bien alors de force. Tous ses sens lui criaient de s'enfuir loin de là.
Elle n'arriverait jamais à le convaincre de renoncer à ses funestes projets et savait ne pas faire le poids face à lui. Il était bien trop fort, bien trop rapide... Après tout, en dehors de Finnàm ou encore de Klaùs, le Wallen devant elle était un des meilleurs guerriers de la Cité sur la Mer. Il avait tout pour lui, la force, la dextérité sans parler de son caractère retors qui lui donnait de sérieux avantages.
Comment Ilyrià avait-elle pu éprouver des sentiments pour cet homme qui se dressait maintenant contre elle, entre elle et le palais où était l'elfe que le Destin, sur une mauvaise plaisanterie, lui avait réservé? Parce que Thranduil avait raison à son propos comme sur beaucoup d'autres sujets... Elle était jeune, inexpérimentée et bien trop naïve malgré ce qu'elle voulait faire croire. L'un des siens brûlait de la briser et, au-travers d'elle, se venger de Finnàm qui, à ses yeux, l'avait spolié mais aussi du roi sylvain, ce dernier l'ayant durement traité depuis son arrivée.
Une seule pensée cohérente parvenait à tracer son chemin jusque dans les tréfonds de son esprit malmené... la Pousse. La Wallen devait tenter tout et son contraire pour protéger ce dont elle doutait encore quelques heures auparavant. Elle ne pouvait laisser le champ libre au requin pour la maltraiter, la faire abdiquer et le laisser jouir d'elle comme bon lui semblait. Sa Sirène hurlait à l'intérieur de son éther à s'en déchirer les poumons. Son double sentait le squale en Muireall tourner autour d'elle, la jauger pour évaluer ces capacités et la moindre de ses failles qu'il pourrait alors exploiter.
Heureusement, il était encore loin d'elle. Quelques mètres les séparaient encore mais le poids de sa présence était tel qu'elle le sentait comme s'il était nez-à-nez avec elle. Ils se dévisagèrent encore un bon moment sans qu'un seul bruit ne déchire le silence qui les enveloppait de son cocon moribond. Un simple coup d'œil sur sa droite comme sur sa gauche lui fit comprendre qu'elle n'avait aucune chance d'aller où que ce soit. Ilyrià devait le distraire jusqu'à ce qu'il relâche sa garde et qu'elle puisse alors s'enfuir. Elle resserra la mante de fourrure autour de ses épaules et lui adressa un sourire sans joie.
Réfléchir... lui parler... lui faire comprendre qu'il devenait fou...
Voilà ce qu'elle aurait dû faire si elle avait montré deux sous de jugeote. Or, Ilyrià ne ressentait qu'une seule chose, une seule émotion...la peur, celle intense, qui ronge les entrailles et glace le sang. Elle ouvrit la bouche comme pour parler avant de se raviser et de se mettre à courir telle une dératée. Ses pieds la faisaient horriblement souffrir. Ses espèces de bottines légères en cuir souple n'étaient pas faites pour les courses ni pour ce sol boueux. Elle dérapa et se rattrapa au tronc d'un énorme chêne contre lequel elle s'égratigna les doigts. La jeune femme grimaça de douleur en sentant l'ongle de son annulaire se retourner au contact de l'écorce mais elle se reprit rapidement et repartit aussi sec. Il était dans son dos, elle pouvait le sentir.
Alors que la jeune femme courait à en perdre haleine, elle crut, l'espace d'un instant, qu'elle allait s'en sortir pour retrouver son amour mais un étau lui enserra la taille et une main puissante l'attrapa violemment par les cheveux. Il les lui tira si durement qu'un long cri s'échappa d'entre ses lèvres rondes et pulpeuses. Muireall la jeta au sol sans considération pour sa petite personne. Elle se recroquevilla sur elle-même pour protéger sa petite Pousse, totalement impuissante.
Ilyrià ne pouvait s'ôter de l'esprit la vision de la jeune rousse qui l'avait aidé avec tant de dévouement et de douceur. Elle ne se sentait pas encore mère, pas du tout même, mais elle se devait de la protéger. Un seul nom revenait à elle comme une douce litanie qui lui caressait l'âme alors que son corps, lui, était ainsi brutalisé.
Thranduil... où es-tu? Aides-moi, aides-nous... Thranduil...
Mais il n'était pas là et ne viendrait pas, bien trop occupé à ruminer contre elle entre les murs du palais où elle aurait dû se trouver. La Wallen ne pouvait compter que sur elle pour se dresser contre le requin.
Toutefois, elle se rendait bien compte à quel point elle avait perdu de sa combattivité ces derniers mois. Bien sûr, les premiers temps, Legolas l'avait entraînée, ce qui lui avait permis de garder un semblant de forme mais le temps passant, le roi l'avait finalement reléguée au rang... et bien au rang de femme, de sa femme. Pourtant, la jeune femme n'était pas une mauvaise recrue. Bien sûr, elle ne serait jamais la guerrière qu'était Anaïsa mais elle avait appris à se défendre. Sur cette terre, celle qui ne savait tenir une arme était une femme perdue là où les meurtres, la violence et le viol étaient malheureusement d'un commun navrant. Cet âge, comme tous ceux qui l'avaient précédés, était d'un obscurantisme flagrant quant à la condition féminine si ce n'était la société des elfes et encore. S'ils ne péchaient pas par la chair, ils pouvaient faire preuve d'une rare violence. Elle était bien placée pour le savoir...
Le Wallen la dominait de toute sa hauteur, la toisant avec autant de mépris que d'un désir qui lui donnait envie de vomir. Elle le voyait. Il aimait la voir à terre devant lui. Il adorait ça. Enfin, elle était là où elle aurait toujours dû se trouver selon lui. Ilyrià se releva avec difficulté. Ses jupes empêtrées par la boue qui en alourdissait le tissu collaient à ses jambes et sa cheville droite l'élançait affreusement. Elle avait dû se la tordre en fuyant son poursuivant. D'un geste brusque dicté par la colère qui s'épanouissait telle une corolle en son sein, la jeune femme rejeta ses cheveux en arrière, agacée.
-Que veux-tu précisément ? lança-t-elle, les poings sur ses hanches d'un air bravache. Es-tu certain de vouloir en arriver là, idiot de requin ? Tout ça pour ça ?!
Ilyrià ne pouvait s'empêcher de le contempler avec une incrédulité non feinte. Elle comprenait qu'il ait pu un jour se sentir frustré et froissé dans son espèce de fierté masculine mal placée mais tout de même ! La situation frisait le ridicule. Le Wallen, toujours face à elle, se passa la main dans le rideau noir qui lui servait de chevelure avant d'éclater de rire. Ilyrià frissonna. La malignité qui exsudait de ce rire, cet étrange grincement, comme de chaque pore de sa peau pâle lui renvoyait de flagrants avertissements, une mise en garde qu'elle se gardait bien de ne pas ignorer.
Il allait faire un pas dans sa direction avant de se raviser, préférant nettement jouer avec sa nourriture avant de se jeter dessus, affamé. Ses yeux d'un bleu céruléen sombre à un point tel qu'ils en paraissaient noirs lui faisaient penser à la mer lorsque celle-ci était démontée. On pouvait presque apercevoir les lames de fond disparaître successivement dans ses pupilles dilatées par la tension et le désir. Il commença à tourner lentement autour d'elle.
-Il s'agit avant tout de vengeance… de vengeance et de pouvoir.
-Te venger de quoi ? de moi ? de Finn ? tu es fou, as a chiall*… constata la Wallen médusée.
-Le pouvoir. En te possédant, j'aurai toujours le dessus sur toi. Dans un coin de ta jolie tête, tapi dans le noir, incrusté de ta chair, je serai là… Lorsqu'il posera un doigt sur toi, mon image t'envahira comme seul maître à bord, mo chridhe.
La jeune femme était bien trop abasourdie pour relever quoi que ce soit.
Parce que je ne me suis pas donnée à toi il y a de cela des années ? Mesures-tu seulement le degré d'aberration de tes propos ?
Muireall pinça ses lèvres fines de colère mais ne bougea pas pour autant. L'occasion était bien trop belle pour ne pas s'amuser un peu au détriment d'Ilyrià, c'était évident. Et puis… plus il parlerait, plus grandes seraient les chances que quelqu'un arrive et vienne à son secours. Il lui fallait y croire et ne pas se laisser aller au désespoir de cette situation inextricable. Le brin de folie avide et destructrice qui brillait dans ses iris bleutés ne laissait guère de place au doute.
- J'étais heureux de te voir, ma Sirène. Enfin tu allais être à moi, Il me l'avait certifié. Ce Loup galeux n'était plus un obstacle… et ton futur époux, je m'en serai accommodé… J'avais tout prévu pour que tu puisses avoir la vie sauve, expliqua-t-il avec une exaltation croissante qui fit prendre encore plus peur à la Wallen. Et là, je t'ai vu… le soir de ton anniversaire, femme, sur la berge. Il me semblait bien l'avoir senti sur toi auparavant… une étrange odeur de sous-bois et d'herbes fraîches quand tu ne devrais qu'être mer et embruns. –son nez busqué se plissa de dégoût- Tu l'as laissé te trousser comme une vulgaire…
- Une quoi ? le provoqua Ilyrià au comble de la fureur. Une quoi Muireall ? Je ne suis pas à toi, je ne l'ai jamais été. Nous étions à peine plus que des enfants ! Tu veux te venger d'une chose dont il n'a jamais été réellement question ! Quant à mon Seigneur, les Valar et Erù eux-mêmes en ont décidé ainsi ! Tu n'es rien pour moi !
- Tu es la putain d'un elfe ! cracha le squale avec une rancœur peu commune.
- Aye* ! Mieux vaut l'être que la tienne ! s'exclama-t-elle en reculant d'un pas. Elle avait beau se tancer vertement pour ne plus le provoquer, c'était plus fort qu'elle. Je suis sa putain, bientôt sa femme et la mère de son enfant ! conclut-elle en portant la main instinctivement sur son ventre.
Au moment même où elle prononça ces mots, Ilyrià sut qu'elle avait eu tort et qu'il allait lui faire payer durement ce qu'il ne pouvait que considérer comme un affront personnel dans la démence qui était la sienne. Elle se mordit la lèvre si fort qu'une goutte de sang perla sur la rondeur de sa lèvre. Erreur fatale. Que faisait un requin lorsqu'il en sentait le parfum métallique? Il perdait l'esprit et se ruait, tête la première, sur la source de ses convoitises. En une seconde, Muireall avait muté. Sa peau si blanche avait bleui pour devenir une chair si rêche qu'elle écorcherait l'imprudent qui oserait s'aventurer à la toucher. Ses yeux noirs d'encre et ses dents aiguisées comme les meilleures lames des forgerons elfiques tendaient vers elle.
Ilyrià fit un bond en arrière, faisant abstraction de la douleur lancinante qui irradiait sa jambe blessée. Elle se retourna et se remit à courir. La jeune femme put à peine faire quelques pas que déjà il la rattrapait. Elle lui envoya son coude au creux de l'estomac avant de lancer son talon violemment dans le tibia de son adversaire. Elle profita qu'il fut légèrement déstabilisé par ses rebuffades pour se retourner face à lui. Courir ne servait à rien. Deux fois elle l'avait tenté et deux fois elle avait lamentablement échoué à le semer. Non, elle devait se montrer bien plus frontale. La Wallen frappa du plat de sa paume contre son nez qui émit un craquement des plus sinistres.
Profitant que le soldat porte instinctivement ses mains à son appendice très certainement fracturé, elle saisit le poignard qui pendait à sa ceinture comme s'il la narguait de venir le prendre là où il se trouvait. Ses doigts se crispaient à peine autour de la fusée que ceux de l'Aqua s'accrochèrent dans la masse de ses boucles noires. Il l'obligea à se retourner à nouveau de façon à ce que son dos soit accolé à son torse étroit mais tout aussi puissant, indifférent à ses cris. Il captura son menton entre ses doigts étonnamment fins pour un soldat alors qu'il lui tirait les cheveux pour faire basculer sa tête en arrière. Ivre de rage, il broya ses lèvres sous les siennes.
Muireall l'envoya d'une torsion du bras s'écraser contre une énorme souche qui se reposait non loin d'eux. Elle avait beau se débattre comme si sa vie en dépendait, et elle avait malheureusement raison, il était bien plus fort qu'elle ne le serait jamais. La jeune femme se retrouva rapidement immobilisée entre le tronc et l'homme dans son dos. Les doigts de Muireall agrippèrent le haut de son corsage et le déchirèrent tant et si bien que le fragile tissu lâcha prise jusqu'à sa taille. Il la pencha de force contre le bois mort, une main fermement ancrée dans le haut de ses reins alors que de l'autre, fébrile il troussait ses jupes. Elle se cabra, rua mais rien n'y faisait. Le genou du squale bloquant ses jambes, son excitation était à son apogée. Les effluves de peur et de colère qui émanaient d'elle lui faisaient l'effet d'un délicieux arôme qui le grisait. Pressée contre son corps, elle ne pouvait que sentir la tension qui s'emparait de lui. Euphorique, il planta ses dents acérées dans la chair tendre de son épaule. Il semblait littéralement boire le cri d'Ilyrià qu'il étouffa de sa main bâillonnant sa bouche. Le requin lapa avidement le sang dégoulinant de la plaie béante.
- Il a raison… gémit-elle alors que Muireall se plaquait de plus en plus fort contre elle.
- De qui parles-tu mo chridhe ? souffla-t-il, les lèvres soudées à la peau dorée de son cou.
- Thranduil… quand il dit que nous sommes des bêtes. Regarde- nous… Tu trembles d'impatience à l'idée de quoi ? me faire souffrir et moi de te voir mort…
Il écarta une de ses mèches et lécha sa nuque en tordant violemment un de ses seins.
-Je te regarde mon amour…
-Je t'interdis de m'appeler ainsi ! Tu ne sais pas aimer Muireall, tu ne l'as jamais su…
Le requin la tira vers lui et plaça son autre main sur la naissance de sa gorge. Il la serra juste assez pour qu'elle commence à manquer d'air.
-Débats-toi, Ilyrià. Fais-moi donc la grâce de te débattre. Ce n'est pas une Sirène que tu aurais dû être mon amour –il appuya sur ces deux derniers mots- mais un kelpie… une jument de l'eau… sauvage… –il mordilla le lobe de son oreille droite- …indisciplinée. Cet enfant que tu portes est une abomination… Ton bâtard ne verra jamais le jour, je te le promets. Je vais le dévorer de l'intérieur, garce de Sirène…
Sa voix vibrante de menaces finit de terrifier totalement la jeune femme. Elle savait qu'il tiendrait ses dires et qu'il se ferait un devoir d'éradiquer Arda de ce qu'il considérait comme l'engeance maudite du roi elfe. Elle se rebiffait du mieux qu'elle le pouvait mais la main de Muireall serpentait inexorablement le long de sa cuisse. Ses doigts fourrageaient impitoyablement sous son jupon alors qu'elle gémissait, sa joue droite s'écorchant contre le bois de la souche.
-Si tu ne la lâches pas immédiatement, c'est moi qui vais te tuer, requin. Ça aussi, c'est une promesse, fit une voix rauque.
Ilyrià ne pouvait voir de qui il s'agissait alors que la main du squale lui tenait la tête à même le bois mort mais elle connaissait la voix de son sauveur, celui-là même qui l'avait arraché la toute première fois des griffes de Muireall.
Finnàm.
Le Loup sortit des taillis, son beau visage couturé déformé par la fureur qui incendiait son âme.
O0o0o0o0o
La Tête et le Bras Armé.
Où était-elle donc encore passée ? Cette femme était pire que le sirocco qui dévastait tout sur son passage… comme ce vent qu'on aurait tenté de retenir entre ses doigts. Il venait à peine de découvrir la bonne nouvelle de cette journée froide et brumeuse que les rumeurs qui allaient bon train lui étaient revenues entre rires étouffés et quolibets… Personne n'avait pris la peine de l'en informer et, à cette idée, une fois de plus il jura entre ses dents. Comment le roi avait-il pu la laisser s'enfuir sans la retenir ?! Il comprenait bien que la jeune femme, déjà un peu peste sur les bords, pouvait insupporter dans son état qui la rendait encore plus vulnérable. Néanmoins, la raison devait impérativement prendre le dessus.
Cela faisait maintenant une bonne demi-heure qu'il la cherchait. Il avait bien tenté de voir le souverain sylvestre mais il avait été refoulé par Gallion, ce dernier arguant que l'ellon était occupé dans le traitement des affaires du royaume par ailleurs trop délaissées en ces temps troublés. Finnàm jeta un regard oblique sur la droite en s'enfonçant dans les bois jouxtant le palais, le seul endroit qu'il n'avait pas exploré. Plus il s'enfonçait entre les arbres noueux et nus, plus il sentait que quelque chose clochait. Pas un bruit, pas un oiseau ne perçait le silence assourdissant de cette nature morte.
Ilyrià était là, quelque part. Il le sentait dans chaque fibre de son être. Il connaissait sa scandaleuse amie et la savait ici. Le caractère libre de la jeune Wallen faisait que la seule chose à laquelle elle avait dû aspirer était le vent dans ses cheveux, se sentir libre. Il l'avait tout d'abord cherchée entre les murs de sa prison dorée se disant qu'elle avait réagi avec justesse et sagesse… avant de se gifler mentalement. Les murs de la Maison du Roi résonnaient encore de la dispute anthologique qu'elle avait eue avec Thranduil. Il était pourtant plus qu'évident qu'elle allait chercher à mettre le plus de distance possible entre eux deux.
Soudain, l'éclat de deux voix vrilla à ses oreilles. Il reconnut celle effrayée de sa jeune protégée. L'autre, sévère mais suave lui retourna l'estomac. Il se pressa de son pas de loup qui lui permettait de rester le plus discret possible. L'air embaumait du parfum subtil de la peur, de la rage et de tout un panel de sentiments explosifs qui le frappèrent de plein fouet. A l'abri d'un bosquet, il jeta un œil rapide à la situation. Il ne pouvait se jeter la tête la première et risquer de blesser Ilyrià ou bien encore l'enfant qui nichait confortablement dans son ventre. Elle ne lui pardonnerait pas et, pire encore à ses yeux, ne se le pardonnerait ni à elle ni au suzerain elfe. Il lui fallait éviter tout incident. Cependant, il lui fallait intervenir d'une façon ou d'une autre. Sa vue se brouilla légèrement à la vue de la jeune femme pressée contre une souche.
S'il attendait plus longtemps, qui pourrait dire ce qu'il risquait de se passer ? Quoi faire ? Comment agir ?
Il sauta par-dessus le bosquet avec la grâce que lui conférait son double lupin.
- Si tu ne la lâches pas immédiatement, c'est moi qui vais te tuer, requin. Ça aussi, c'est une promesse.
- Le Loup, grogna Muireall ses yeux bleutés étincelants d'une colère contrebalancée par le rictus railleur qui étirait ses lèvres. Qui d'autre pour arriver au plus mauvais moment ? Comme un air de déjà-vu non ?
- Mauvais… cela dépend du point de vue où l'on se place, requin. Je ne suis pas sûr qu'Ilyrià pense la même chose que toi.
-Toujours dans mon sillage, se moqua le squale. Toujours à m'empêcher de faire… comment dirai-je… ce dont j'ai envie. Ce n'est pas la première fois… Cela dit, je me sens l'âme magnanime et partageuse.
Il redressa la jeune femme contre lui et la bascula de façon à ce qu'elle se retrouve totalement collée à lui. Sa main suivit la ligne de son ventre dénudé pour s'emparer vicieusement de son sein. Il s'amusait grandement de provoquer ainsi le Ceanar. Il voulait le voir perdre de sa superbe. La raison avait disparu chez ce Wallen instable. Les Aqua partageaient cela avec les Dragons, une essence sur le fil du rasoir. Là, il était plus qu'évident que le requin était perdu. L'aura malsaine qui étendait ses ténèbres sur lui était quasiment palpable. Il doutait sincèrement qu'un quelconque argument puisse se frayer un chemin jusqu'à son esprit ou plus exactement les bribes qui en subsistaient encore.
Sans s'en rendre compte, Finnàm tâta instinctivement la hache qui pendait mollement à son ceinturon et resserra la prise qu'il avait sur son écu de bois. Pourquoi les avait-il pris avec lui alors qu'il ne portait jamais que son coutelas fétiche ? Pourquoi les avait-il ceints justement ce jour? Un sourire incurva les lignes déformées de ses lèvres pleines. Mystère… Le Commandant de la Cité les avait trouvé abandonnés dans la chambre qu'avait quittée sa sœur et s'en était emparé machinalement, voilà tout. Il était heureux de les avoir ici et maintenant. C'était comme si Erù lui-même avait dicté son geste en prévision de ce qui allait suivre… Un heureux présage envoyé par le Père de Toutes Choses.
-Oui je suis joueur aujourd'hui, reprit Muireall en fourrant son nez dans les cheveux de la jeune femme pour la respirer à pleins poumons. Elle sera tellement salie et déshonorée quand j'en aurai fini avec elle que jamais plus cet elfe de malheur ne pourra la toucher ou juste poser ses yeux sur elle… mais passons. –il resserra son emprise sur la taille d'Ilyrià qui se débattait avec fougue-Ceanar, tu as vu ? Un vrai petit chat sauvage ! Elle me rend fou, soupira le requin. Tu es bien placé pour le savoir, non ? Laisse-nous et tu pourras en profiter à ton tour.
Finnàm ne put retenir un rugissement, un feulement de fauve blessé. Il avait toujours cru son peuple à l'abri de ce genre de déviances mais les faits parlaient d'eux-mêmes. Comme tout à chacun, les Wallens ou du moins certains d'entre eux possédaient une part d'ombre dévorante.
-Je te tuerai avant que tu ne fasses quoi que ce soit. gronda le Ceanar.
-Que peux-tu faire seul alors que thu bana-phrionnsa es a mi* ? ricana Muireall en l'étreignant si fort qu'elle glapit de douleur. Tu ne peux rien faire seul! Tu ne peux pas te battre et la protéger elle et son bâtard à demi-elfe !
-Qui a dit que j'étais seul ? rétorqua Finnàm d'une voix doucereuse. Tu es parvenu à cette conclusion par toi-même Wallen mais elle ne pourrait être plus erronée. Que ce soit moi ou Ily, sourit-il avec un clin d'œil à la jeune femme, nous ne sommes jamais seuls. Jamais.
Muireall et Ilyrià suivirent la direction où avait dérivé le regard du Loup. Un tressaillement imperceptible fit tiquer le corps du squale mais, aussi infime qu'il fut, il n'échappa pourtant pas à Finnàm. Une immense silhouette avait jailli d'entre les taillis. Grand, les cheveux blonds cendrés en bataille, la gueule cassée d'un homme cynique qui avait passé plusieurs semaines en solitaire dans les ténèbres les plus noirs.
-Klaùs ! cria Ilyrià, transportée.
L'espoir renaissait dans le regard de la jeune femme. Une fois de plus, son agresseur raffermit son bras autour d'elle. Un sourire langoureux éclaira le visage jovial de son cousin. Le Ceanar se retint à grand-peine de montrer lui aussi à quel point il était heureux de retrouver son fidèle acolyte. Cela ne faisait que quelques heures que le Dragon était sorti de sa cellule et ils n'avaient clairement pas eu le temps de tenir un conciliabule digne de ce nom. La nouvelle de la prise de bec entre la Sirène et le roi Cerf ne leur avait pas permis le moindre répit.
Connaissant le caractère emporté de la jeune femme et sa propension à agir avec imprudence, ils s'étaient mis tout de suite à sa recherche. L'elfe devait être d'une rare colère pour ne pas l'avoir suivie d'ailleurs… Klaùs fit quelques pas avant de s'arrêter, ses yeux d'encre vissés à ceux bicolores de sa cousine.
-Ciamar a tha thu mo ruin ?
-Glè math mo co-ogha (très bien), ironisa-t-elle en mettant un coup de coude dans le ventre de Muireall, en vain.
-Y a pàisde ? Le bébé ?
Les lèvres exsangues de la jeune femme se crispèrent, griffant le cœur de granit du Dragon. Il échangea un regard avec son supérieur et sut qu'il n'y avait pas d'autre alternative.
Alors le Dragon… tu es enfin sorti de ta tour d'ivoire ?
-Aye. Désolé de te décevoir, fit Klaùs avec un sourire canaille au coin de sa bouche. Mais oui. Aucune prison qu'elle soit réelle ou ici – son index se ficha sur sa tempe- ne me retiendra jamais.
Finnàm gratta son ongle à l'aide de son couteau puis tapota négligemment le plat de la lame contre sa mâchoire d'un air pensif.
-Tu devrais la lâcher avant que moi je ne le laisse faire de toi son jouet. Regarde-le. Il y a longtemps, trop longtemps qu'il ne s'est amusé de tout son saoul.
Effectivement, les yeux d'obsidienne du Dragon brillaient de mille feux, un véritable brasier infernal. Son corps entier vibrait. Les trois Wallens présents pouvaient voir chaque écaille de son visage et de son torse onduler au gré de ses envies de sang, voire de meurtre.
Soudain, il se ramassa sur lui-même comme l'aurait fait une bête sauvage et se propulsa d'un bond sur le couple en face de lui. Il n'avait pas le choix. Jamais Muireall n'aurait lâché la jeune femme de toute manière. Ils roulèrent tous au sol dans un enchevêtrement de membres indissociables les uns les autres. Finnàm se précipita pour leur venir en aide et eut juste le temps d'attraper le bras rond que lui tendait Klaùs en tentant de tenir le requin à distance. Il réussit à sortir Ilyrià de la mêlée. Il l'enlaça en tournant le dos aux deux assaillants toujours à terre, ne prenant que le temps de recouvrir la poitrine de la jeune femme mise à nu impudiquement par son agresseur.
Il ne pouvait intervenir plus avant. Il fallait qu'il reste aux abois au cas où le squale prendrait le pas sur le Dragon. Quelqu'un se devait de rester d'attaque pour protéger leur Cœur leur protégée et l'enfant. Impuissants, ils regardèrent les deux Wallens se déchirer violemment. Tant bien que mal, les combattants se remirent debout en dérapant dans la boue et le sang que tous deux perdaient en de longues traînées sanglantes. Muireall pivota avant d'asséner de façon magistrale son talon dans l'estomac de Klaùs qui se plia en deux, le souffle coupé.
Ce qui jouait indubitablement en faveur du requin était le manque d'exercices du cousin d'Ilyrià. Ce qui, au contraire, tournait en sa défaveur était le besoin de se battre qui asphyxiait presque le Dragon. Sa vue s'était teintée de carmin. Il avait été trop longtemps privé de ce qu'il aimait pour contenir cette âme charbonneuse qui était sienne. Tout ce qu'il désirait là tout de suite était voir sa cousine, ce qui était chose faite… de l'alcool ainsi que du sexe, ce qui serait aussi fait dès qu'il retrouverait cette maudite elleth et la tremperait dans un tonneau d'hydromel avant de la dévorer toute entière… et se battre, se battre jusqu'à s'en faire mal et faire mal.
Ses prunelles étincelaient comme des diamants noirs, son visage resplendissait d'une plénitude inquiétante alors que ses lèvres charnues ne pouvaient se départir du sourire béat qu'il affichait. Il se jeta sur le requin et l'attrapa par les épaules pour lui mettre un violent coup de tête qui écrasa une fois pour toutes son nez. Lui plantant ses dents dans le cou, il profita de la douleur pour lui envoyer son poing dans le plexus. Le requin bascula à terre sans possibilité de faire un seul geste. Se retenant à grand peine de l'achever, lui qui ne rêvait que de ça, Klaùs lui coinça la gorge sous sa botte, l'empêchant ainsi de bouger.
Il se faisait violence pour ne pas terminer sa tâche en particulier lorsqu'il pensait à l'obsession du jeune homme pour sa cousine… comment il avait voulu, non désiré de toutes ses forces blesser Ilyrià et son enfant. Même si ce dernier était à demi-elfe, il n'en restait pas moins la progéniture de sa cousine bien-aimée, la seule qui le serait toujours aux yeux de Klaùs.
Finnàm se détacha de la jeune femme avec une douceur rare et l'embrassa tendrement sur le front en un geste fraternel, voire paternel. Il rajusta les pans du corselet déchiré sur sa poitrine vraiment trop généreuse et l'enjoignit en silence à rester à distance. Le Ceanar s'accroupit auprès du Wallen maintenu à terre. Il ressortit le coutelas caché dans les plis de son ceinturon et le planta dans le sol au plus près du visage blême de Muireall. Sa gorge était toujours maintenue comme dans un étau par le Dragon. Les yeux jaunes du Loup s'ancrèrent dans ceux de l'homme qui avait failli commettre l'irréparable sur leur jeune amie.
-Muireall, soupira-t-il en le regardant d'un œil navré. Tout cela en valait-il vraiment la peine ? la peine de mourir ? réellement ?
Le regard du requin dériva du visage du Ceanar à celui rageur d'Ilyrià.
-Si je pouvais… hésita-t-il avant d'asséner narquois, je referai exactement la même chose ! Quoique je ne perdrai pas autant mon temps en discussion stérile… histoire de ne pas être dérangé ! Et puis il faut bien mourir de quelque chose… alors autant y prendre du plaisir !
En soupirant une nouvelle fois, Finnàm se passa la main sur sa bouche. Il fit un léger signe à Klaùs de son couteau comme pour lui donner enfin la permission qu'il attendait fébrilement. La botte du soldat quitta le cou du Wallen à terre pour aller s'écraser violemment sur l'arête de sa mâchoire. Un cri étouffé comprima la poitrine du squale qui voulut rouler sur le côté pour cracher le sang qui emplissait sa bouche.
Peine perdue. Avec une joie mauvaise, Klaùs s'accroupit à son tour vers lui et le maintint d'une main ferme sur son buste alors que son autre paume se plaquait sur ses lèvres fines pour l'empêcher d'expulser le trop plein de liquide. Les yeux à demi-fous par la sensation d'entrave, Muireall commençait à s'étrangler. Fasciné, le Dragon pouvait voir l'épais liquide vermillon couler entre ses doigts en de fines rigoles comme les affluents d'un puissant fleuve infernal…
Il revint à la réalité en sentant un coup sur son épaule. Il le lâcha à contrecœur et se releva, étonnamment leste pour quelqu'un qui avait passé des semaines à genoux. Il porta sa main à hauteur de ses yeux et, le regard éblouissant de lubricité, il se lécha consciencieusement les doigts alors qu'une nausée intempestive jouait visiblement au yo-yo avec l'estomac de sa cousine. Il la voyait serrer convulsivement son poing contre le creux de son abdomen comme si son contenu cherchait désespérément à se frayer un chemin hors de son corps.
Klaùs pinça les lèvres et se mordit violemment l'intérieur de la joue pour ne pas massacrer ce foutu requin. Plus il examinait de son œil critique a co-ogha, plus l'envie de le frapper jusqu'à en faire de la charpie s'imposait à lui. Comment faisait donc leur Commandant pour rester stoïque ? Parce qu'il était le Ceanar bien évidemment. Ilyrià semblait si jeune, si frêle et si fragile dans sa robe sale...
Le corsage déchiré peinait à rester en place. Des entailles et quelques bleus l'auraient certainement apitoyé si ses yeux ne brillaient pas d'un tel éclat farouche. Comme eux tous, elle savait ce qu'elle aurait à faire d'ici peu et s'y préparait. Tout le monde semblait oublier, à commencer par le royal amant de la jeune femme, qu'elle était une femme issue de noble tradition guerrière et qu'elle connaissait le prix du sang. De toute évidence, l'arrivée de son futur enfant exacerbait son instinct de conservation.
Tout d'abord ennuyé par ce nouveau paramètre que lui avait révélé un peu plus tôt le Ceanar, il s'était fait une raison. En réalité, il était assez indifférent à ce que représentait ce moutard. En revanche, ce qui ne l'indifférait pas du tout étaient les états d'âme de la jeune demoiselle. Il prenait la pleine mesure de ce que représentait le haricot pour elle et savait qu'il ne laisserait rien ni personne s'en prendre à elle ou lui par extension. Personne ne lui ferait du mal, la ferait souffrir s'il ne voulait pas subir le courroux du Dragon Pourpre. Or, Muireall serait pour tous leurs opposants un parfait exemple de ce qu'il ne fallait pas faire. Son attention se reporta sur Finnàm en entendant le timbre de sa voix de basse.
-Nous ne sommes pas obligés d'en arriver à de telles extrémités, fit le Loup d'un ton plus conciliant en inadéquation totale avec ce que ressentait son second à cet instant précis.
Muireall cracha un caillot carmin avant de fixer le Wallen d'un œil, malgré sa situation, gouailleur.
-je crois bien que si a Ceanar… Je crois bien que si.
-Donnes-moi les réponses à mes questions et ce sera rapide. Tellement moins fastidieux pour tout le monde… Où est-il ? demanda-t-il la voix durcie. Où se terre Iffrin ? voilà des jours qu'il n'a pas montré le bout de son vilain museau.
Une lueur de défi éclaira les prunelles bleues du requin.
-Je ne sais pas. Je ne suis pas sa nourrice comme il n'est pas la mienne. Si j'en avais besoin d'une, je la préférerai avec des seins plus voluptueux, se moqua-t-il en détournant son regard vers Ilyrià.
Elle n'eut pas le temps de riposter quoi que ce soit. Klaùs avait attrapé son poignet gauche et l'avait cassé net d'une simple mais formidable torsion.
-Fais attention à ce que tu dis, gronda le Dragon.
-Pour quelqu'un qui n'a pas d'âme, tu es un sacré bâtard émotif ! grinça Muireall d'une voix blanche sans qu'un seul gémissement ne franchisse ses lèvres.
-Tu n'es donc pas au courant ? rétorqua Klaùs, un sourcil arqué par l'ironie qui suintait de chacune de ses paroles. Il paraît que mon corps en abrite une finalement –il se pencha vers lui pour murmurer- mais ne t'inquiète pas, cela ne m'empêche de rien. Mon éther est aussi noire que peut l'être la tienne… un vrai morceau de charbon… ce qui fait d'ailleurs de moi le plus grand salopard d'Arda, rit-il. Après tout moi j'ai une âme contrairement à mon cher frère, le Dragon Rouge !
Soudain, il eut l'air pensif.
-Mais une âme ne vaut pas grand chose si elle n'est pas complète...
Un sourire enfantin éclaira ses traits fatigués lui donnant une aura lumineuse lorsque son regard croisa celui d'Ilyrià.
-Elle a besoin du Cœur qui la fait vivre, expliqua-t-il plus pour lui-même que pour les autres comme s'il venait enfin d'appréhender une grande vérité sur l'univers. Lui seul peut lui faire entrevoir la lumière dans son obscurité.
Ses yeux charbonneux se posèrent ensuite sur Finnàm dont l'expression de ruse féline qui tendait ses traits fins était le reflet parfait de sa si particulière personnalité.
-L'âme a tout aussi besoin de la Connaissance… enchaîna-t-il à voix basse. .. la Tête.
Il baissa son visage vers Muireall qui ne bronchait plus. Son index sali par la terre comme par le sang caressa sa pommette saillante où était incrustée dans sa chair la cicatrice en forme de croissant de lune.
-Vois-tu … je ne suis que brutalité et force… mais un bras armé n'est rien seul. la trinité, ma Trinité, souffla Klaùs. Où est donc la tienne ? où est ta Tête, Wallen ? à défaut du Cœur que vous ne possédez pas ?
Ilyrià qui s'était rapprochée sensiblement de ses compagnons serra l'épaule de son cousin de sa petite main encore tremblante de colère comme d'effroi.
-Où est Iffrin ? tonna-t-il. C'est ta dernière chance de parler, Muireall!
-Parti, grimaça ce dernier. Parti loin d'ici avec votre Ours… celui-là même dont tu as assassiné le jumeau, Dragon, ironisa Muireall.
-Où ?
-Je ne sais pas. Sa mission touchait à sa fin, lâcha Muireall. Vous n'aviez plus confiance en nous.
-Nous n'avons jamais eu le moindre ersatz de confiance en vous, rectifia Finnàm.
Il vous tuera tous. Vous mourrez chacun votre tour comme ces elfes de malheur! cracha le requin, les yeux luisant d'une rage désespérée. Et le premier à perdre sa jolie tête blonde sera ton roi, sale putain ! Comment as-tu pu le laisser se couler entre tes cuisses alors que tu en refuses l'accès aux tiens !
Klaùs retint la jeune femme de se jeter sur l'homme à terre. Il la prit dans ses bras et murmura à son oreille en la berçant.
-Arrête, ne te laisse pas abuser, chridhe. Tu es trop bien pour cela, pour lui. Moi, en revanche…
Avec une rapidité qui les prit tous au dépourvu, il écrasa d'un violent coup de talon la rotule de Muireall avant de cracher à côté du visage déformé par la douleur de l'homme gémissant à terre. Le requin tourna la tête pour crachoter. Finnàm attrapa son menton entre ses doigts râpeux et fit glisser son couteau le long de sa joue, creusant une traînée carmine dans son sillage.
-Ne soyons pas aveugles, nous savons très bien tous de quelle manière tout cela va finir, de quelle façon l'honneur de la Sirène sera lavé… La seule différence est la rapidité d'exécution. Tu sais pertinemment de quoi je parler. Faut-il que je prenne tout mon temps pour te dépiauter lamelle par lamelle ?
Il introduisit la pointe de sa lame dans la blessure qu'il venait de lui infliger et souleva légèrement la peau, arrachant un cri de souffrance au squale.
-Tu sais, reprit-il avec un haussement d'épaules, que je le ferai sans la moindre hésitation. Je ne suis qu'un barbare après tout… Je me dois de faire honneur à cette réputation qui est la nôtre en ces murs. Tu parlais donc de mission...
-Et bien quoi ? gémit Muireall en fixant le Ceanar du seul œil non tuméfié qu'il avait encore.
-Et bien quoi ? le singea le Loup. Ne me prends pas pour un homme stupide, Wallen ! qui dit mission, dit Commanditaire ! tonna-t-il. Et visiblement, le Dragon Rouge n'est qu'un des nombreux rouages de ce conglomérat de traîtres ! – Soudain, il fit glisser son arme contre la carotide de son ancien soldat- Qui est-il ? Qui est votre chef, requin sans honneur !
-Je ne sais pas ! je ne l'ai jamais su ! Seul Iffrin le connaît et lui, tu ne le trouveras pas aisément à moins qu'il ne le décide !
Il attrapa le poignet de Finnàm de sa seule main valide et le serra étonnamment fort pour un homme abattu. Ses yeux n'étaient plus que deux fentes ouvrant sur un abîme sans fond.
-Ce Wallen que tu cherches tant, a Ceanar, c'est le Grand Dévoreur, railla-t-il un rictus déformant son visage. Il vous avalera tous et n'en recrachera que le Chaos… le Chaos Primordial, celui dont personne ne peut réchapper, pas même ton Dieu…
Il le relâcha et fixa le ciel au-dessus de lui avant de conclure d'un ton détaché :
-je ne dirai plus rien. Fais ce que tu as à faire. Maintenant. Je suis fatigué de cette vie.
Finnàm se releva prestement. Avec une lenteur calculée car des plus officielles, il sortit la hache de sa ceinture et la tendit en la tenant par sa lame effilée à Ilyrià. Ainsi en allait l'usage de la Cité sur la Mer. Si un Wallen commettait un viol sur une de ses congénères ou sa juste sa tentative, cette dernière avait la justice avec elle. L'offensée se devait d'abattre elle-même son agresseur. La Sirène rejeta alors son étole à terre d'un mouvement d'épaules gracieux sans se préoccuper outre mesure de sa quasi-nudité. Elle porta la lame à ses lèvres et la baisa avec déférence et délicatesse tandis que le Loup se mettait à hurler à la mort suivi du Dragon mugissant. Ils lui donnaient leur approbation par cette symbolique rugissante.
Le Ceanar prit son couteau et commença à frapper en cadence contre le bois de son bouclier. Klaùs suivait le rythme en tapant contre le tronc de la souche de sa botte coquée. Ils battaient la mesure de l'exécution programmée de Muireall, requin wallen… la mesure du sang coulant dans leurs veines si sauvages.
Ilyrià rejeta la tête en arrière et poussa un long hurlement qu'un nombre très restreint de personnes pouvait se targuer d'avoir déjà entendu. Son cri aurait glacé les sangs de n'importe qui et éveillé les morts. A mi-chemin entre un millier de bris de glace et les feulements de chats en train de se battre à mort, il était difficilement supportable. Un mince filet de sang se mit couler des oreilles des trois Wallens présents.
Finnàm et Klaùs froncèrent légèrement des sourcils sans aucune protestation par ailleurs. Une sirène hurlante ne devait pas être interrompue, elle signifiait par son cri le désespoir qui la saisissait au plus profond de son essence maltraitée. Et là, Erù savait à quel point la jeune femme se sentait malheureuse et effrayée.
Les deux hommes, tout comme très certainement Muireall, étaient pleinement conscients de l'état de nerfs intense dans lequel elle se trouvait actuellement. Avec grâce et une dextérité dont certains l'auraient pensé dépourvue, elle fit tournoyer la hache entre ses doigts fins et l'asséna avec maestria en un formidable coup dans le thorax du squale, l'y enfonçant profondément. De violents soubresauts secouèrent le corps musculeux du Wallen dont le sang imbiba par flots la terre de la Forêt Noire. Il tourna difficilement son regard vers elle et sourit.
La jeune femme s'agenouilla près de lui et posa sa petite main sur le manche de la hache pour l'en retirer d'un geste sec. Elle la jeta au loin avant de reposer sa paume contre son torse.
-Personne ne me touche ni ne menace mon enfant, murmura-t-elle.
-Je suis heureux que ce soit toi qui l'ai fait Sirène. Je te reverrai à Tir Na N'Og.
-Nous n'évoluerons clairement pas dans les mêmes sphères sur les Terres Éternelles… répondit-elle avec hargne tandis qu'il rendait son dernier soupir.
Elle leva les yeux vers ses deux protecteurs et les enjoignit à poser un genou à terre devant elle. La jeune femme passa ses doigts poissés de sang sur leur visage serein, laissant de longues traînées rougeâtres de leurs fronts à la pointe de leurs mentons avant de se passer sa paume ensanglantée sur sa propre joue.
Un hoquet de surprise les fit se retourner tous d'un seul homme. Thranduil était là, pétrifié. Ses yeux polaires s'entrechoquèrent à ceux de la Sirène. Son bras se leva dans la direction de la jeune femme mais retomba lentement le long de son corps. Klaùs voyait toutes les émotions défiler dans les iris pâles du souverain... la peur et la colère mais oui surtout la peur de la perdre, à n'en point douter. Il ne posa aucune question qui, de toute évidence, n'avait pas lieu d'être.
Il ne fallait pas être devin pour comprendre ce qu'il venait de se passer. Le regard de l'ellon passa rapidement sur le corps inerte de Muireall mais s'attarda encore et encore sur celui tremblant de sa jeune fiancée. Le Dragon, tout comme le Loup, pouvait voir ses poings se serrer convulsivement devant le spectacle funeste de la robe en pièce d'Ilyrià ou des bleus qui commençaient à zébrer sa peau. Klaùs retint difficilement la remarque acerbe qui brûlait ses lèvres. Le souverain elfe n'en menait pas large et il n'était pas nécessaire de rajouter au mal-être ambiant. Même si la jeune femme en voulait encore à son royal amant, et rien n'était moins sûr, cela ne durerait pas longtemps... rien ne durait jamais longtemps bien trop occupés qu'ils étaient à se butiner l'un l'autre.
La Sirène marcha jusqu'à Thranduil, le dos raide et la démarche mal assurée. Elle s'arrêta à ses côtés, dans le sens contraire où l'elfe se tenait. Elle tentait désespérément de retenir les pans de son corsage en miettes et souffla dans un filet de voix éraillée:
-Tu vois, une fois de plus tu avais raison, aran nîn, mon seigneur et maître... tous des dégénérés.
Avant même qu'il ait pu dire quoi que ce soit, Ilyrià tangua en essayant de mettre un pied devant l'autre et perdit connaissance. Elle se serait affaissée si l'ellon ne l'avait pas aussitôt rattrapée. Il la cala délicatement dans le creux de ses bras, faisant en sorte que sa tête puisse reposer contre sa poitrine. Il l'enveloppa dans son manteau, un sourire figé au coin de ses lèvres. Klaùs ne trouva rien à redire. Elle était à sa place, là où elle devait être désormais. Thranduil les salua d'un hochement de tête et tourna les talons pour ramener sa future reine à son logis où elle pourrait reprendre des forces. Il ne doutait pas que le Sinda prendrait soin de sa cousine et ne la laisserait pas quoique le protocole puisse trouver à y redire.
Une fois le couple éloigné, le Dragon tapa un grand coup dans le dos de son Commandant songeur.
-Ciod brathair ? Souris, le requin n'est plus! Une bonne chose de faite ! s'exclama-t-il en se frottant activement les mains. Pourquoi cet air sombre ?
Les yeux de Finnàm se plissèrent de mécontentement.
-Ton frère est toujours là... à traîner quelque part caraid... et pire encore pour le compte de quelqu'un dont nous ne connaissons rien. Quant à cette façon de l'appeler le Dévoreur, voilà qui ne me donne pas envie de rire...
Klaùs s'étira langoureusement faisant craquer tous les os de son corps fourbu après tant de frustrations et de privations.
-Nous n'en saurons pas plus ce soir, répondit-il en se passant la langue sensuellement sur ses lèvres pleines. Alors moi je compte en profiter mon frère...
-Que vas-tu faire ? Quelle folie as-tu encore en tête ?
Klaùs se frotta le ventre giflé par le froid en l'absence d'une quelconque tunique. Sa langue, fendue cette fois, darda entre ses dents et il sourit en disant :
-Valar ! Je compte dévoyer plus d'une femelle !
-Tu es fou… constata Finnàm avec un sourire indulgent.
Le neveu de Sturten posa ses mains sur les épaules de son ami et colla son front au sien en signe du profond respect qu'il lui témoignait.
-La folie est somme toute très relative brathair... Voilà ce que j'ai appris durant ma détention… et là tout de suite, je compte me mettre en chasse…
-En chasse ?
-Aye. En chasse d'une certaine elleth et dès que je la trouverai, je compte lui faire subir mille sévices. Ne l'aurais-tu as vu ? Aussi belle qu'un hanap du plus pur des hydromels aux yeux verts aussi pervertis que mon cœur…
-La pauvre femme ! se mit à rire Finnàm réellement compatissant pour cette elfine qui avait déclenché la passion du Dragon.
-Ahhhhhh… soupira exagérément Klaùs. Qu'elle fasse attention à ses jupons cette bougresse !
O0o0o0o0o0o0o0o0oo0o
Thranduil,
Le roi ne quittait pas son précieux chargement des yeux. Il ne le pouvait tout bonnement pas. Il craignait qu'elle ne disparaisse à nouveau pour de bon s'il avait le malheur de détourner son regard d'elle. L'ellon avait beau sentir le poids de son corps contre le sien, l'effroi qui l'avait étreint le perçait de part en part.
Tout à son ire, il l'avait laissée s'éloigner de lui se persuadant que rien ne pourrait lui arriver de fâcheux entre les quatre murs du Palais. Pourtant, il savait pertinemment que son éphémère ne serait jamais en sécurité nulle part. Son fëa se tordit de douleur à la simple pensée qu'il avait failli les perdre elle et l'enfant. L'intense souffrance qu'il ressentit le fit trembler mais il se ressaisit rapidement. Tout à sa douleur, il ne pouvait cependant nier qu'il était aussi en proie à une colère noire contre lui-même certes mais pas que.
Voir le visage tuméfié de sa Wallen bleuir à vue d'œil, son corselet déchiré qui permettait d'entrevoir ses opulences qui n'appartenaient qu'à lui le rendaient malade et furieux contre elle. Ceci dit, cette rage froide s'enraya d'elle-même lorsqu'il reposa une fois encore ses yeux sur sa peau. Elle reposait contre lui, bercée par les battements du cœur de l'elfe. Ses lèvres rondes s'étaient entrouvertes, signe que l'évanouissement avait laissé place à un sommeil léger. La jeune femme semblait plus sereine en contradiction complète avec le sang qui avait séché sur sa joue.
-Melleth nîn, qu'as-tu fait ? murmura-t-il en montant sans difficulté les marches qui menaient aux appartements d'Ilyrià.
Il avait du mal à se l'admettre mais la voir ainsi, debout fière et sanglante lui avait fait penser à ces guerrières sauvages. Un nouveau sentiment avait fait son chemin jusqu'à son cœur… la fierté mêlée d'une pointe d'admiration. Bien sûr, il savait que venant d'un peuple aussi porté sur la guerre que le sien, Ilyrià avait été entraînée dès son plus jeune âge aux maniements des armes. Elle ne serait jamais un grand soldat mais savait au moins tenir une lame. Il soupira en ouvrant la porte.
Qu'en serait-il de leur vie s'ils continuaient ainsi à s'écharper à la moindre peccadille ? Finiraient-ils par s'entretuer ? Une telle passion aux limites du cataclysme était difficilement supportable mais il ne se voyait décidément pas passer une vie seul ou avec des maîtresses de passage. Non… elle était à lui, voilà tout. L'elfe aurait voulu se reposer en paix mais Erù en avait décidé autrement, lui trouvant la femme qu'il lui fallait à ses yeux… s'il pouvait le dire ansi. C'était aussi simple que ça.
Un raclement de gorge discret lui fit lever les yeux. Il était si absorbé par sa femme qu'il n'avait strictement rien entendu. Lui! Astareth se tenait là devant lui. Ses grands yeux bleus l'observaient tranquillement sans qu'une seule émotion ne transparaisse et il lui en savait gré. Le roi avait bien trop de choses à gérer pour en plus avoir une elleth réprobatrice sur les bras. Elle écarta le voile séparant le salon de la chambre, lui permettant de passer à son aise sans être empêtré dans les rideaux. Sa patience à bout de souffle filtrait à-travers tous les pores de sa peau pâle. Il la déposa délicatement sur le lit et s'assit sur le bord de la couche. Ses longs doigts coururent sur le fil de sa tempe puis de sa pommette.
-Aran nîn, dit doucement l'elleth dans son dos. Vous devriez sortir que je puisse m'occuper de ma maîtresse comme il se doit. Et puis… hésita-t-elle un instant, il ne faudrait pas que de mauvaises langues jasent. Vous savez à quel point la célérité des rumeurs court rapidement entre ces murs. Votre Dame serait d'accord avec cela j'en suis certaine.
Thranduil ne pouvait détacher son regard de la Wallen.
-Je refuse de sortir de ces appartements. Si je la quitte encore des yeux, j'ai la sensation qu'un malheur s'abattra encore sur elle. Elle les attire comme du miel, un ours brun.
-Monseigneur ! fit Astareth légèrement plus péremptoire. Il vous faut garder la tête froide. Vous devez partir que je puisse prendre soin d'elle. Je saurai la protéger, vous le savez bien.
-Non, claqua la voix hivernale du souverain, ses yeux rivés sur Ilyrià. Je vais le faire.
-Aran nîn, s'écria l'elleth offusquée. Vous êtes le roi ! vous ne pouvez vous occuper de ça, la déshabiller, la laver…
-Laissez-nous.
-Je…
-Je n'apprécie pas de me répéter, fit l'ellon, souverain jusque dans le moindre de ses mots.
L'elfine salua le roi, la main sur le cœur et prit congé de mauvaise grâce mais il n'en avait cure. Il désirait seulement se concentrer sur la jeune femme allongée devant lui. Elle paraissait si fragile… Thranduil finit de déchirer sa robe de soie pour la lui ôter. Il soulevait chacun de ses membres d'un toucher gracile. Ses longues mèches frôlaient la peau dorée de son amante, hérissant le grain de sa chair. Il jeta au loin le tissu roulé en boule avant d'entreprendre de lui enlever ses dessous. Pestant comme un beau diable, il repoussa son manteau qui alla rejoindre les vêtements d'Ilyrià. L'elfe ne savait plus quoi faire pour soulager ses blessures. Elle n'avait que des bleus et quelques bosses ou encore cette estafilade ici et là mais il lui semblait qu'un geste trop brusque la ferait s'effriter sous ses yeux.
Pourquoi ne se réveillait-elle donc pas ? Pourquoi ? Elle était si froide, si… si… calme et désespérément inerte ! Cela ne lui ressemblait pas... La jeune femme était impulsive et débordante de vie que ce soit dans sa vie de tous les jours ou les moments qu'ils avaient partagé tous les deux. Les quelques nuits qu'ils avaient réussi à passer ensemble lui avaient montré à quel point elle respirait la vie. Ilyrià bougeait tout le temps jusque dans son sommeil, son petit corps toujours tendu vers le sien à quémander une caresse, une attention qu'il était heureux de pouvoir assouvir.
Thranduil était un elfe froid pour beaucoup, au cœur endurci par les épreuves successives qu'il avait vécu durant sa très, peut-être trop, longue vie. Depuis longtemps, il ne s'était plus occupé que des terres héritées de son père, s'enracinant à elles avec beaucoup d'acharnement. Mais les choses avaient évoluées ces derniers mois qu'il le veuille ou non.
Elle, elle les avait changés malgré la mauvaise volonté qu'il lui avait tout d'abord opposée. L'ellon se leva et déposa un chaste baiser sur son front puis, enhardi, sur le bout de son nez retroussé, son petit menton un peu pointu et pour finir ses lèvres pleines. Une tension qu'il ne connaissait maintenant que trop bien lui mordit le bas-ventre mais ce n'était décidément pas le moment, loin de là.
Soudain, il sut quoi faire ou tout du moins ce dont il pensait qu'elle eut besoin pour revenir vers lui. Très lentement, il défit les attaches ferrées de son pourpoint de cuir qu'il laissa tomber au sol, s'en souciant comme d'une guigne. Il se débarrassa du reste de ses vêtements et, nu, alla s'allonger à ses côtés pour tenter de lui insuffler un peu de sa chaleur. La calant contre son torse glabre, il rabattit le gros édredon de plumes sur eux. Il somnolait quand une petite voix vibra doucement comme un léger carillon de printemps et qu'une petite main frôlait la pointe d'une de ses oreilles.
-Est-ce la vérité ? souffla mollement Ilyrià, ses lèvres contre la peau de son poitrail. Vous les elfes… cette partie de votre corps est-elle réellement plus sensible ?
Sa voix rocailleuse, même si elle vacillait dangereusement, était le plus doux des chants pour l'ellon. Il embrassa le sommet de son crâne en effleurant son bras du dos de sa main qui remonta jusqu'au lobe de sa propre oreille qu'il pinça tendrement.
-Autant qu'à toi, mon amour… Rien de plus, rien de moins. Quoique venant de toi… je trouve cela assez… comment dire… affriolant.
-Oh vraiment ? gémit-elle en voulant changer de position pour s'éloigner de lui comme si elle se rappelait soudain de leur brouille. Tu es impossible !
-Ne bouge pas… Tu es encore beaucoup trop affaiblie, chuchota l'elfe en l'attirant à nouveau vers lui.
Ilyrià tira son bras pour se dégager de son étreinte et lui tourna ostensiblement le dos. Il réprima un soupir et alla à la reconquête de ce corps, un de ses doigts fuselés suivant la ligne de sa colonne vertébrale. D'un mouvement d'épaules agacé, elle voulut mettre à mal la mission qu'il s'était fixé mais il ne la laisserait pas faire. La noirceur de ce moment vécu avec un homme qu'elle pensait connaître risquait d'abîmer son âme et cela, Thranduil ne pouvait pas le permettre… ni pour elle ni, égoïstement, pour lui. Elle lui faisait trop de bien, apaisait son fëa douloureux. Il ne pouvait supporter qu'elle lui tourne ainsi le dos ou dresse d'invisibles barrières entre eux.
Bien évidemment, le Sinda était loin d'être stupide. Le caractère excessif de sa petite Wallen faisait qu'une fois de plus, elle avait perdu toute contenance mais lui aussi était loin d'être irréprochable. Au lieu de calmer ses doutes engendrés par sa jeunesse comme par les notions trop vagues de ce que représentait l'amour chez les elfes, il l'avait repoussé dans ses retranchements. Le sujet de leurs origines respectives était sensible. Ils en avaient conscience tous les deux mais de là à l'attaquer frontalement en les mettant en avant…
Voilà qui n'avait été guère judicieux. Ses mots avaient dépassé sa pensée… Non. En y réfléchissant, il croyait sincèrement que la gent elfique plus évoluée, plus mesurée que le peuple de sa future femme. Le lui dire aussi crûment, là était indubitablement la première de ses erreurs.
Ses doigts se perdirent dans la masse brune de ses cheveux aussi récalcitrants que leur propriétaire. L'ellon tira sur une de ses boucles et sourit en la voyant tire-bouchonner sur elle-même pour reprendre sa place initiale.
- Laisse-moi, grogna Ilyrià toujours de mauvaise grâce. Je vais mieux comme tu peux le constater, aran nîn. Alors va-t-en avant que quelqu'un de ton peuple ne te croit réellement amoureux de la sorcière wallen que les Valar t'obligent à épouser, finit-elle avec aigreur.
Les narines pincées par la frustration qu'il sentait poindre, le souverain força sur l'épaule ronde de la jeune femme. Ses doigts s'imprimèrent juste assez dans sa peau pour qu'elle se retrouve une fois de plus couchée sur le dos. Elle refusait obstinément de poser ses yeux bistre sur lui et fixait les moulures, entêtée. Il devait prendre sur lui s'il voulait rétablir un semblant de discussion entre eux. Sur son flanc, la tête reposant contre son poing fermé, l'ellon ne la quittait du regard sans pour autant prononcer un traître mot. Il était patient, pas elle.
L'édredon remonté jusqu'au menton malgré le feu ronflant dans la cheminée qui les noyait de chaleur, elle commençait à montrer des signes d'impatience flagrante. Avec une certaine satisfaction, il sentit ses petits pieds s'agiter sous les lourdes couvertures. Tout à coup, sa voix fusa, accusatrice, dans la douce moiteur de la chambre.
-Tu n'étais pas là –elle se tût un court instant avant de reprendre, toujours sans lui accorder le moindre regard- Je t'ai appelé en vain mais tu n'étais pas là.
L'elfe prit quelques secondes pour réfléchir à la manière dont il devait agir. Sa voix de basse se fit velours pour lui répondre en prenant garde à ne pas la toucher ou ne serait-ce que l'effleurer.
-Non effectivement, je n'étais pas là. Erù sait à quel point mon fëa saigne à l'idée de ce qui aurait pu se produire. J'ai cru bien faire en te laissant seule et personne n'a jugé utile de m'avertir de ta fuite mais ceci est une autre histoire que je règlerai avec les intéressés.
-Et sais-tu pourquoi tu n'étais point avec moi ? –sa voix rocailleuse était montée d'un cran- … parce que tu passes ton temps à guerroyer mo righ… contre moi, contre les miens…
Ilyrià se tourna brusquement vers lui. Leurs regards s'ancrèrent l'un à l'autre violemment et la souffrance qu'il y lut le mina comme peu auparavant…. La souffrance, la colère et la déception.
-Avoues-le a righ Thranduil, siffla-t-elle entre ses dents. Avoues-le et défaits-toi de ce fardeau que tu portes… Dis-le que tu n'aimes rien chez moi sinon ce corps et les maigres plaisirs que tu en tires ! cria-t-elle avec hargne.
La jeune femme s'assit et voulut quitter le lit mais il refusait d'abdiquer. Il ne le pouvait pas. La couche devenait un réel champ de bataille rangée. Les deux amants devaient impérativement crever l'abcès qui menaçait de gangréner leurs cœurs. Thranduil la saisit par les épaules et la repoussa brutalement sur le matelas avant de s'assoir à califourchon sur ses hanches. Il avait rejeté la courtepointe au pied du lit et la proximité de sa peau sur la sienne embrasa ses sens. Toutefois, l'heure n'était pas à la bagatelle mais aux règlements de comptes. Il devait assumer ses choix quels qu'ils puissent être. L'ellon cloua ses poignets au-dessus de sa tête d'une seule main.
-Tu te fourvoies melda heri. Je ne suis plus un jeune ellon victime de ses premiers émois amoureux et ce depuis fort longtemps. Les Valar t'ont peut-être mise sur mon chemin mais je t'ai choisie. Je suis Thranduil Oropherion, harangua-t-il avec suffisance. Je ne subis point, je fais mes propres choix, prends mes propres décisions. Je te connais… souffla-t-il en effleurant son visage de sa main restée libre, mieux que tu ne te connais toi-même. Je ne t'idolâtre pas, je t'aime. Je sais tes défauts tout autant que tes qualités. Melleth… tu es déjà à moi, ton essence unie à mon fëa. Je n'ai pas besoin d'une quelconque cérémonie pour le savoir. Ma douce sauvageonne…
Ses doigts coururent le long de sa gorge avant de se poser sur son sein gauche, là-même où se dissimulait son cœur palpitant à tout rompre. Il prit grand soin de ne pas laisser transparaître l'agonie que lui provoquait la vue de sa chair martyrisée par Muireall un peu plus tôt. Savoir qu'il avait mis ses mains là où il devait être le seul à le pouvoir était un réel supplice.
-Nous aurons toujours des points de désaccord mon amour mais jamais plus, tu ne dois me fuir. Je suis on-ne-peut-plus sérieux, Ilyrià Princesse sous la Mer. Fais m'en le serment ici et maintenant –il libéra sa petite main avant de la lui faire poser sur son propre cœur- Jure-moi que, quoi qu'il puisse advenir, tu sais mon amour acquis et que tu ne le fuiras plus. Jamais.
Un petit rire nerveux s'échappa d'entre les lèvres rosées de la jeune femme. Elle ne chercha pas à se dégager mais le regardait, indécise.
-D'aucun pourrait croire à un serment d'épousailles. Nous n'y sommes pas encore…
-Ça l'est, l'interrompit Thranduil aussi sérieux qu'il pouvait l'être. Ce vœu là, Ilyrià, restera entre ces quatre murs mais il sera aussi inviolable que ceux prononcés lors de la cérémonie d'union.
-As a chiall…*
-Nous en avons besoin… tous les deux.
-Alors, fit gravement la Wallen, je te le promets mo ruin. Moi, Ilyrià fille de Sturten le Roi Phénix, je te fais le serment que, quoi qu'il se passe, je ne te fuirai plus jamais et que… je t'affronterai, sourit-elle mutine.
Son sourire mourut lorsque l'elfe posa sa bouche sur la sienne pour sceller leur pacte amoureux. Ses pupilles bicolores se voilèrent de frayeur ainsi que d'un désir mal assumé après ce qu'elle venait de vivre. Il se détacha d'elle à regrets alors que ses bras doux l'appelaient, avides de ses caresses malgré ses airs de biche aux abois. L'ellon passa dans la salle d'eau et, avisant un linge, le trempa dans le baquet. L'eau était certes froide mais… tonifiante. Dès qu'il le passa sur son visage encore imprégné de traces sanguinolentes, elle glapit outrée mais il continua, impitoyable. Ilyrià posa ses mains sur les siennes et grimaça.
-Je suis gelée, grommela-t-elle.
-Veux-tu être réchauffée, ma Dame ? une couverture ? un thé ? un bain ? je vais faire appeler tes suivantes…
-Cha. Je ne veux pas de cela… C'est toi que je veux, lâcha la Wallen en plantant ses ongles dans les bras de l'ellon. Thu.
Ses yeux se firent implorants, sa voix coulait comme du miel aux oreilles de l'ellon. Il était si tenté de la prendre là tout de suite… N'était-ce pas ce qu'elle demandait ? La Wallen sentant son indécision entoura sa taille de ses jambes en soudant son bassin au sien, les bras autour de son cou. A présent assise sur lui, moulée au corps puissant de l'elfe, elle paraissait minuscule. Ilyrià nicha son visage dans le creux de sa clavicule et murmura d'une voix frêle qui chavira le cœur de Thranduil.
-Ne me laisse pas maintenant. Je te le répète, il n'y a que toi que je désire… ta peau contre la mienne… Je te veux en moi, sans faux-semblants ni artifice d'aucune sorte. Juste nous. Fais-moi oublier, fais-moi l'amour mo ruin.
Il ne sut jamais avec certitude ce qui lui fit oublier ses bonnes résolutions… sa voix chevrotante, sa supplique atrocement délicieuse ou elle tout simplement pressée contre lui… Il rendit les armes face à ce petit bout de femme et la bascula en arrière, tout sourire en entendant son cri de ravissement mêlé à ses pleurs.
O0o0o0o0
Un long moment plus tard, il reposait exténué sur le sein de la jeune femme repue sous lui. Tout d'abord légèrement hésitante, Ilyrià avait ensuite retrouvé cette fougue viscérale qui la caractérisait tant. Elle s'était alors abandonnée à lui avec passion et dévouement. Sa main naviguait paresseusement sur le ventre encore plat de sa compagne, traçant de son index des arabesques qu'il pouvait suivre des yeux à sa peau hérissée.
Ils en étaient là, à ce moment qui suivait l'acte d'amour, cet instant comme suspendu dans le marasme de leur vie de fous… celui où deux amants communiaient à l'unisson de leurs corps et de leurs âmes.
Thranduil se releva légèrement pour aller poser sa tête sur cet abdomen soyeux qui l'attirait tant. Ses longues mèches se répandirent sur le corps voluptueux qui était désormais totalement sien, le parant de la plus belle et la plus riche des soieries. Un sourire langoureux étira ses lèvres. Sa Wallen était si impudique ! Elle était là nue sur sa couche sans ressentir le besoin de se couvrir si ce n'était de lui. Il devait se faire à toutes ces petites choses si loin de la bienséance elfique. Avec elle, il baignait dans la luxure mais de celle que l'on offre à l'être aimé… pas de la simple débauche.
-Es-tu certaine que cet enfant sera une fille ? s'enquit-il, les yeux fermés au comble de la félicité tandis qu'elle lissait ses cheveux.
-Aye mo ruin*. Certaine.
-J'en suis heureux quoiqu'un peu inquiet. Saurai-je m'y prendre avec une jeune elleth ?
-Tu seras insupportable à n'en point douter ! Comme n'importe quel père qui se respecte ! rit Ilyrià.
L'oreille collée au bas-ventre de sa jeune promise, il écoutait religieusement les sons qu'il percevait, sa main suivant le bébé de la taille d'une graine. Les doigts de la Wallen s'entremêlèrent aux siens pour appuyer sur sa peau.
-Solal Earwen… lâcha-t-elle dans un souffle.
-Manan ?
-Je veux… je souhaiterai que nous la nommions ainsi mo ruin, mon amour. Solal… le soleil, celui qui m'illumine lorsque je suis dans tes bras…
Earwen, la jeune fille de la Mer…
-Une part de nous deux en un seul être… Je ne réalise pas vraiment, murmura Ilyrià.
-Tu le réaliseras dès que ton ventre s'arrondira melleth… Il te faudra mettre à profit les mois à venir pour trouver une nourrice ou bien encore aménager un espace dédié à cet enfant près de mes appartements, nos appartements car je t'y veux, décréta-t-il avec autorité.
-Je vois… mais il est hors de question que je m'y installe…
-Je ne veux pas que…
-Chhhh laisse-moi terminer despote ! rit-elle en tapotant doucement son front. Je ne dis pas que je souhaite vivre dans un espace séparé du tien mon seigneur. Non, ce que je veux dire est que je ne souhaite pas vivre avec notre enfant dans ces pièces où tu as vécu avec elle. Je ne veux pas dormir dans le lit que tu as partagé avec… en face du tableau de…
-Artanis.
-C'est cela, dit-elle prudemment. Aran nîn, mon roi…
-Nous en reparlerons plus tard melleth. Pense pour le moment au plus pressant. A notre union, dans deux semaines.
-Deux semaines ! s'exclama Ilyrià en se redressant sur son séant. Mais… mais autant dire demain !
Thranduil s'assit à son tour et la regarda, amusé devant son air abasourdi. Il lui caressa la joue en plongeant ses yeux de glace dans ceux en fusion de la Wallen.
-Ilyrià, nous ne pouvons attendre plus longtemps. Il ne siérait pas que ton état soit visible. Cela ne serait pas convenable. Nos opposants seraient bien trop ravis de trouver à redire. Certains des miens ont les dents longues et s'engouffreraient dans une telle brèche pour en profiter et affaiblir mon pouvoir. On a déjà vu des coups d'état pour moins que cela ma chère.
-S'il le faut…
-Fais attention ma Dame. Un tel entrain pourrait être communicatif !
Ilyrià se réfugia dans les bras de son amant et le renversa sur la couche, rieuse.
-Ne déforme pas mes paroles Thranduil Oropherion ! Je suis plus qu'heureuse de devenir ta femme en bonne et due forme, cela va sans dire. Mais deux semaine est un délai bien trop court !
-Tout est déjà enclenché. Kentigern a fait envoyer sa décision à ton roi.
-Oh Valar ! glapit la jeune femme comprenant que le souverain avait déjà tout préparé sans attendre son aval.
Ainsi était Thranduil. Il ne devait même pas avoir pensé à la simple possibilité de lui en parler…
-Ma Dame, ne sois pas effrayée ainsi. –sa main allait de long en large sur le dos velouté de la jeune femme- Ton père devrait être présent si l'on en croit le corbeau qui vient de me revenir ainsi qu'une délégation des tiens, soupira-t-il. Astareth s'occupe de tous les menus détails, il ne te reste que certaines choses à régler…
-Les rites wallens…
-Oui ça aussi ma Dame, grinça l'elfe sans laisser fuser tout commentaire désobligeant. Ne t'inquiète pas pour le roi Phénix. Il s'est apparemment rangé à l'avis de son conseiller. Je le soupçonne de ne pas avoir eu le choix… à moins qu'il n'ait prévu de m'assassiner lors de sa venue, conclut-il mi-figue mi-raisin.
-Cela n'a rien d'amusant, il en serait tout à fait capable… Cela dit, Athair sait que les nôtres n'iront pas contre mon cousin… Il est le Cerbère celui qui décide, bailla Ilyrià en fermant les yeux, sa tête calée douillettement sur le torse de l'ellon.
-Repose-toi melleth nîn… murmura Thranduil d'une voix apaisante. Dors, je veille sur toi.
O0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o
Gallion,
L'intendant de la Maison du Roi ouvrit la porte des appartements du souverain avant de la refermer à la volée. Il savait que personne ne s'y trouvait, son seigneur demeurant dans la chambre de la Wallen. Une grimace déforma le beau visage de l'elfe aux cheveux roux. Il se servit un verre du vin abandonné sur la console près de la porte-fenêtre avant de s'affaler sur un des sofas. Lui si poli, si empli de toute l'éducation elfique perdait petit à petit pied dans le bazar ambiant que provoquait cette femme. La discréditer aux yeux du suzerain n'était pas probant. Lui et ses amis s'en étaient rendus compte. Ils avaient tenté le coup à plusieurs reprises mais le Sinda ne pouvait se détourner d'elle. Les tempêtes et les déboires ne les séparaient pas. Au contraire ! A chaque fois, il revenait vers ce démon femelle. Un simple regard ou battement de cils de cette Wallen suffisait à rendre fou et dépendant Thranduil. Un si grand roi…. Par Erù, quel drame ! Elle devait avoir été façonnée dans la cuisse même de Morgoth…
Il se leva non sans difficulté due à la fatigue qu'il accumulait depuis tous ces mois. L'ellon fit le tour des différentes pièces et profita de son passage dans la chambre pour se recueillir devant le tableau de la défunte reine. Si elle avait su ce que son époux s'apprêtait à faire, la reine Artanis se serait pâmée d'effroi. Elle, elle était une souveraine digne de ce nom.
Elle était si belle… si délicate… sachant toujours ce qu'il fallait dire ou faire au bon moment. Que dirait-elle devant le spectacle navrant de son âme sœur à genoux devant cette sauvage sans foi ni loi ? Le roi Thranduil lui-même avait commencé à changer de comportement. De placide et froid, il devenait peu à peu… Comment exprimer ce que cet ellon était aux yeux de l'elfe ? Il connaissait le Sinda depuis des centaines d'années. Comme tous ceux de son peuple, il le savait plus sauvage, plus enclin à suivre ses pulsions que les Noldor ou encore les Sylvestres mais le mariage du prince avec l'elleth sylvaine avait permis au futur régnant de prendre ses responsabilités. Il avait réussi à de mettre de côté les aspects les moins reluisants de son caractère emporté. Or, la Sirène révélait de plus en plus ce que des centaines d'années avaient forgé.
Thranduil Oropherion ne devait pas être à cette femme. Il ne lui appartenait pas. Il ne s'appartenait même pas lui-même. Il devait rester entièrement dévoué au bien-être des siens et surtout de son royaume. S'il se laissait aller à l'amour qu'il semblait porter à cette femme, les terres sylvestres seraient déchirées dans les luttes intestines que se porteraient les différents nobles avides de pouvoir.
Et cela, Gallion ne pouvait tout simplement pas le permettre. Il fallait bien que quelqu'un parle au nom de ce royaume et fasse passer ses intérêts avant les siens. Il était cette personne et, bien heureusement, il n'était pas le seul à voir les choses ainsi. Des elfes bien attentionnés l'entouraient y compris dans les autres principautés. Tous avaient compris les conséquences que le déclin de Vert Bois ferait forcément subir aux autres domaines elfiques. Il ne fallait se leurrer mais, au contraire, se montrer raisonnables et lucides.
Gallion laissa traîner ses doigts sur la commode d'ébène avant de retourner dans le salon. Il attendait son seigneur qui ne tarderait plus à rentrer, du moins l'avait-il pensé jusqu'il y a peu encore. Il l'attendait pour se mettre certes à son service mais aussi pour subir son courroux. L'elfe n'était pas né de la dernière pluie comme disaient les humains. Le roi avait retrouvé la sorcière quelques heures plus tôt ensanglantée en compagnie de ses deux protecteurs. Or, il les avait empêchés d'aller à la rencontre du souverain dans l'espoir que quoiqu'il se passe, le Sinda arrive trop tard. Cela aurait valu d'affronter le chagrin de son suzerain. Toutefois, les choses ne s'étant pas déroulées comme il ne souhaitait, Thranduil avait certainement compris que la situation lui avait été dissimulée. L'intendant allait passer un mauvais moment car, tout le monde le savait, lorsque le roi Thranduil vous avait dans sa visée, il était dur de résister à l'orage grondant mais lui saurait. Ce n'était pas la première fois que le roi aurait à redire sur son travail en ces nombreuses décennies. Après tout le seigneur était un ellon plutôt difficile à vivre…
Gallion était repassé dans le grand salon. Que faisait donc le roi ? Le nez de l'elfe se plissa de dégoût. Après mûre réflexion, il ne valait mieux pas pour sa tranquillité d'esprit qu'il s'attarde sur cette question… La femelle wallen avait certainement dû lui tourner la tête une fois de plus. Il était rageant de voir un si noble guerrier perdre l'esprit devant une paire de cuisses accueillantes !
Toutefois il devait reconnaître que les femmes wallens savaient jouer de leurs appâts physiques mieux que beaucoup d'autres. Avec amertume, il ne se rappelait que trop bien la soirée d'anniversaire de cette garce et l'attirance physique qu'il avait lui-même ressenti face à la Lionne. Il lui avait fallu toute sa force, sa dévotion pour ne pas perdre pied. Il se mordit violemment l'intérieur de sa joue en se rappelant comment il avait mis fin à la désespérance que son corps lui avait crié cette nuit là, comment il s'était trouvé une charmante servante elfe et l'avait prise contre un mur des arrière-cuisines sans aucune des manières qui lui étaient si chères… comme un animal.
De ça aussi, il voulait se venger. Elle tout comme ses congénères les pervertissaient tous et à terme pulvériseraient ce qu'ils avaient mis des millénaires à instaurer.
Ses yeux verts scrutaient distraitement les papiers disséminés sur le bureau en acajou. Le roi, si rangé à l'ordinaire, avait tout laissé en plan pour sortir chercher sa future femme (Valar, qu'il lui était difficile de prononcer ces mots ou même de les penser…) une fois prévenu par la suivante de la Wallen cette maudite Astareth de sa disparition. Il avait pensé un temps recruter l'elfine au vu de son tempérament si chauvin envers leur race et du dégoût que semblait lui inspirer la Sirène mais il s'était ravisé depuis.
Ce dernier rebondissement avait fini de le convaincre. Quoique que puissent être les sentiments de l'elleth, il était clair qu'elle ne ferait que ce que voulait le roi. Il l'avait mise à ce poste autant pour servir de camériste à la Wallen que pour la protéger et lui rapporter tous ses faits et gestes. Effectivement, elle était toujours là, en fidèle garde-chiourme de la femelle et même si cette peste ne s'en rendait pas compte, l'elfine austère rôdait dans son ombre quasiment tout le temps. Alors non, il ne pouvait risquer de lui parler, de tenter de lui faire grossir les rangs de la conjuration. Mieux valait se montrer prudent.
Soudain, son attention fut attirée par un courrier à moitié enseveli sous une tonne d'autres lettres. Seul le cachet dépassait et heurtait les yeux de l'ellon. L'elfe la tira doucement à lui pour ne pas bouger l'ordre dans ce désordre. Le regard de lynx du roi ne manquerait de voir tout bouleversement. L'en-tête du roi Phénix. Il parcourut rapidement le pli avant de porter son poing à ses lèvres pour le mordre de toutes ses forces et ne pas hurler. Il devait évacuer toute sa frustration…
Sturten répondait ici au courrier de son envoyé, Kentigern, lui signifiant qu'il se rangeait à son jugement de mauvaise grâce certes mais qu'il s'y pliait tout de même. Sa fille resterait sur les terres du roitelet elfique maintenant qu'elle était sur le point d'enfanter des œuvres du seigneur.
L'intendant lâcha la lettre en même temps qu'un chapelet d'injures. Enceinte ! La sorcière était grosse du roi ! Voilà donc le fin mot de la raison de la date spectaculairement précoce du mariage royal… Bien évidemment, ile ne pouvaient s'unir ainsi… avec une future reine énorme et un souverain faible d'avoir cédé à ses pulsions coupables. Par Erù ! Non seulement, ce damné mariage était avancé mais les cavernes accueilleraient bientôt foule de ces Wallens et même leur roi… Il avait l'intention de se déplacer en personne pour vérifier par lui-même la santé de sa fille adorée et être totalement sûr qu'elle n'était pas maltraitée. Comme s'il en doutait réellement… non ce n'était qu'une simple diversion pour jauger de la valeur de leur royaume à n'en point douter !
Gallion se passa la langue sur ses lèvres fines. Il ne pourrait agir avant la cérémonie. Il était certain que le roi ferait surveiller sa jeune promise comme le lait sur le feu. Si ce ne serait par lui comme apparemment il l'avait décidé, ce serait par Astareth ou ses deux diables wallens qui suivaient la sorcière… d'autant plus maintenant que l'espèce de fou qui servait de cousin à la Sirène était sorti de son cachot où il aurait dû rester pourrir. Non, il attendrait. Un lent sourire incurva les plis de sa bouche.
Il savait quand et comment agir.
Après tout, une reine se devait de connaître les moindres recoins de son royaume. Il était si facile de se perdre au sein d'une si grande forêt… ou même d'y mourir.
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*Aye: oui
*Aye mo ruin: oui mon amour (qu'ils sont meugnonss)
*As a chiall: tu es fou
*Ciamar a tha thu? comment vas-tu?
*A pàisde: le bébé
*Athair: père.
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Alors cette lecture vous a-t-elle plu ou est-elle bonne à jeter à la basse-fosse comme diraient certains?
bisous tout doux et à la prochaine fois où un grand évènement devrait être célébré! XD
