LIVRE III

The Order of the Phoenix


Chapitre III – Toujours pur

« Où est Voldemort ? » demanda immédiatement Harry. « Que fait-il ? J'ai essayé de regarder les informations des Moldus mais on n'a encore rien annoncé qui porte sa marque, pas de morts étranges, rien.

- C'est parce qu'il n'y a pas eu de mort étrange pour l'instant. Autant que nous puissions le savoir, en tout cas… Et nous en savons beaucoup.

- Plus qu'il ne le pense, » compléta Remus en hochant la tête. « Et c'est normal. Il ne veut pas attirer l'attention, après ce qui s'est passé pendant son retour… Et qui n'était pas exactement prévu.

- Comment ça ?

- Non seulement tu n'étais pas sensé en réchapper, » continua Vega en jouant avec le pied de son verre. « Mais personne n'était sensé être mis au courant, à part ses Mangemorts. Or, tu as prévenu la personne qu'il voulait à tout prix tenir dans l'ignorance presque immédiatement.

- Dumbledore. »

Il hocha la tête, comme s'il venait de comprendre tout ce qui lui avait été caché jusqu'à présent. Elle échangea un regard avec Sirius et Remus et attendit la suite. Tacitement, tous s'étaient mis d'accord pour ne rien lui dire de plus que ce qu'il désirait entendre. Ça ne voulait pas forcément dire grand chose – il était bien capable de leur demander de tout lui dire, mais au moins cela rassurerait-il Molly qui semblait sur le point de fondre en larmes. Sa colère à son égard s'évanouissait progressivement, et Vega eut subitement pitié d'elle. Elle essayait juste de protéger ses enfants et ceux qu'elle considérait comme tel. Bientôt ce sera à mon tour de jouer les lionnes, songea-t-elle. L'idée n'était pas plaisante à la partie de son esprit qui s'imaginait encore avoir dix-huit ans et pouvoir tenir tête à tout et n'importe quoi pour la seule envie de le faire.

« Et en quoi cela a-t-il aidé ?

- Dumbledore a pu réunir les restes de l'Ordre du Phénix à peine une heure après son retour, » expliqua Sirius. « Et nous avons pu commencer à tenter de contrer les projets de Voldemort.

- Projets dont le principal est de constituer une nouvelle armée, afin de prendre le contrôle du Ministère de la magie. Nous tentons de notre côté de convaincre le plus de monde possible de nous suivre nous, et pas lui. Du moins de se tenir sur leurs gardes et… Ce n'est pas évident.

- Pourquoi ? Ils ont bien vu ce qui s'est passé, non ?

- Le Ministère, » soupira Arthur Weasley sorti de son mutisme. « Fudge refuse de croire que ça puisse être vrai. »

A partir de cette petite phrase, ce fut la cascade d'informations – et il y en avait certaines qu'elle-même ne connaissait pas. La rivalité entre Dumbledore et Fudge, la Gazette du Sorcier et ses articles mensongers, l'impossibilité de vraiment agir, l'immobilisme général et les prises de risque de Dumbledore, tout fut expliqué. Du début jusqu'à la fin, sans discontinuer. Elle n'ajouta rien, se contentant d'observer Harry. Il écoutait avec attention, tentait de tout comprendre et de saisir ces masses de faits et de problèmes qui s'imposaient désormais à l'Ordre.

Mais insensiblement et avant qu'ils ne se rendent compte qu'ils allaient trop loin dans leur exposé, la conversation glissa sur la fameuse arme que tous s'évertuaient à protéger. Elle sortit alors de sa rêverie, brusquement beaucoup plus intéressée. Près d'elle, les membres de l'Ordre gesticulaient nerveusement sur leur siège, mal à l'aise. Elle fronça les sourcils. Il n'était pas question qu'ils s'arrêtent là – elle avait autant envie et besoin de savoir que le jeune homme. Mais à l'instant même où réponse auraient pu être donnée, Molly sauta sur ses pieds et se remit à crier.

« Bon ça suffit ! Vous allez me faire le plaisir d'aller vous coucher. Tous, » précisa-t-elle en fixant les jumeaux qui protestaient déjà. « Vous compris ! Vous avez déjà donné trop d'informations à Harry. Si vous continuez, autant le faire entrer dans l'Ordre.

- Et pourquoi pas ?

- Non, » intervint-elle, à la surprise générale. « L'Ordre ne comprend que des sorciers majeurs qui ont fini leurs études.

- Il existe des dangers dont vous n'avez pas idée. Molly a raison, Sirius. Nous en avons assez dit. »

Remus clôt alors la conversation et tous quittèrent progressivement la pièce. Elle resta assise, perplexe, à l'observer. Il avait l'air d'en savoir plus qu'elle sur cette mystérieuse arme… Alors qu'il était supposé être tenu dans la même ignorance qu'elle et Sirius. Est-ce qu'il… Elle s'assombrit. Peut-être qu'il savait depuis le début, peut-être qu'il lui cachait juste pour ne pas qu'elle intervienne. Ça ressemblait parfaitement à une idée de Dumbledore et au genre de choses que Lupin serait capable de faire sous prétexte de la protéger. Ou de la garder éloignée, ce qui revenait au même pour lui. Elle observa les plats quitter la table et adressa un regard entendu à son fiancé. Il l'évita. N'y pense même pas.

« Je n'arrive pas à croire que tu puisses me cacher ça, » dit-elle lentement en le fixant. « Tu m'as fait croire que tu ne savais rien de cette arme.

- Et c'est la vérité.

- Oh pitié, Remus, je te connais assez pour que tu m'évites ce genre de discours !

- Vega… » Il soupira et abdiqua. « Ce n'est pas contre toi mais Dumbledore pense que tu…

- N'es pas digne de confiance ? »

Il secoua la tête lentement. Hm, évidemment. Même à l'époque du premier Ordre il n'avait jamais apprécié les électrons libres. Ce n'était pas pour rien que les missions confiées à Sirius à l'époque étaient toutes plus ou moins en rapport avec les Potter – c'était le seul moyen de s'assurer qu'il resterait un minimum calme et sensé. Mais que pensait-il qu'elle ferait d'une telle information ? Qu'elle irait la crier sur les toits ? Qu'elle irait la voler ? Parfois elle se demandait vraiment si on la prenait pour une imbécile, dans cette fichue demeure.

Elle éclata d'un rire froid qui ne parut même pas surprendre Remus. Elle se tut, cependant, et rejoignit leur chambre. Elle n'en avait pas fini avec lui, loin s'en faut. Mais elle avait envie d'un peu de discrétion. Une fois arrivés, elle ferma derrière eux et se débarrassa de sa veste.

« Je veux savoir quelle est cette arme, Remus.

- Je ne te répondrai pas. J'ai promis à Dumbledore.

- Rappelle-moi à qui tu es fiancé ? » Elle fronça les sourcils. « Je suis la…

- Marraine d'Harry, je sais. Mais tu es aussi la future mère de notre enfant et je refuse que tu te mettes volontairement en danger. Tu es trop impulsive, presque autant qu'à l'époque de la première guerre, et tu as autant besoin d'être protégée que lui.

- Je ne suis plus une enfant !

- Non, tu n'es plus une enfant. Mais tu n'as pas changé. »

Elle se rembrunit. Il n'avait pas exactement tort, mais l'entendre le lui dire ressemblait furieusement à la réprimande d'un adulte à une gamine capricieuse. Sans un mot, elle se changea et alla se coucher. Elle s'était faite à l'idée d'avoir un enfant, et elle l'aimait déjà, mais parfois elle se maudissait d'être tombée enceinte. Elle était aussi impotente que son frère, et ce n'était pas peu dire. Elle soupira et se mit en tête de dormir… Alors même que toutes les lumières étaient allumées et que Remus l'observait toujours. Quand il la rejoint, il passa une main douce sur le drap qui couvait son ventre et parut chercher ses mots.

« Il n'y a pas que ça, Vega. Le problème, c'est surtout que Peter sait qui tu es autant qu'il sait que Sirius peut se transformer en chien, » expliqua-t-il patiemment. « Ce n'est qu'une question de temps avant qu'il ne dévoile ta véritable identité à Voldemort… Et que ses Mangemorts répandent la nouvelle.

- Tu as raison. » Elle soupira, désabusée. « Comme souvent. Mais ce n'est pas une excuse. D'ailleurs, pourquoi Peter n'aurait-il pas déjà révéler cette information à son précieux maître ?

- C'est la question que se pose Dumbledore. »

Elle n'avait pas pensé à ce menu détail. Non, en fait elle avait refusé d'y penser depuis la fuite de Peter, elle savait qu'il allait finir par trouver un moyen de revenir les hanter et que le retour de Voldemort, un mois et demi plus tôt, n'allait rien arranger. Elle savait aussi que la forme d'Animagus de Sirius serait une des premières choses qu'il révèlerait à son maître. L'idée qu'il puisse la révéler elle, cependant, l'effrayait au point qu'elle l'avait complètement discréditée.

Pourtant elle expliquait tout. Le refus constant de Dumbledore de la voir sortir ou quitter la demeure, la persévérance qu'employait Remus à la convaincre de rester enfermée avec Sirius, le silence qui régnait autour d'elle. Sa grossesse n'avait été qu'un prétexte pour leur permettre de la garder sous clé. Elle se mordit la lèvre inférieure. Une fois la rentrée arrivée, une fois que tout le monde aurait à reprendre le chemin du travail ou de l'école, elle devrait donc rester là. Avec son frère. On va finir par s'entretuer, songea-t-elle amèrement.

Elle abdiqua alors, obligée de reconnaître qu'il valait mieux dans ces conditions qu'elle ne soit pas tentée de sortir. Le Ministère se ferait bientôt un plaisir d'afficher son visage en première page de la Gazette du Sorcier aux côtés de celui de son cher frère. Elle se demandait presque quelle serait sa récompense. Dire que je pourrais la payer. Ce serait plus simple si ça marchait comme ça. Elle s'approcha de Remus et s'appuya sur son épaule en silence. Il n'y avait plus rien à dire, plus rien à faire. Si ce n'est dormir et espérer que demain ne serait pas pire qu'aujourd'hui.

Le lendemain, Mrs Weasley s'était décidé à occuper toute sa tribu au nettoyage d'une des dernières chambres encore laissées à l'abandon. Elle avait eu beau insister en lui disant qu'il n'était pas nécessaire qu'ils s'y attèlent, elle avait insisté en rappelant qu'elle était quand même la mère de la majorité des adolescents présents dans cette maison et qu'elle ne voyait pas de raison satisfaisante de ne pas les faire participer à la vie de la maison. Vega aurait alors pu se rebiffer, lui rappeler leur accrochage de la veille, mais elle abandonna et la laissa leur imposer une superbe séance de nettoyage. Remus était de garde làoùellenedevaitpassavoircequ'ilpouvaitbienyavoir, de sorte qu'elle était seule dans la maison à ne pas savoir quoi faire. Sirius était au grenier avec Buck, l'être dont il était le plus proche ces derniers temps. Même si l'hippogriffe s'était habitué à sa présence, elle n'avait pas avec lui la même relation que celle qu'il entretenait avec son frère.

En désespoir de cause, elle finit par se résoudre à aller faire la cuisine. Descendant de sa chambre, elle rejoignit l'entrée où Mondigus et Molly étaient en pleine dispute – ça devenait une habitude ici, et rejoignit le couloir desservant le salon et la salle à manger. Harry, Hermione, Ron et les jumeaux étaient en pleine conversation avec… Kreatur. Kreatur ? Elle s'approcha et l'entendit sortir ses habituelles insanités. Du tumulte dans les escaliers lui laissa imaginer que Sirius avait compris ce qui se tramait.

« Qu'est ce que tu fais ici, Kreatur ? » tonna-t-elle avant qu'il ne le fasse. L'elfe s'écrasa alors sur le sol. « Tiens toi droit, assez de simagrées. Et réponds moi.

- Kreatur fait le ménage, il ne vit que pour servir la noble maison des Black…

- Epargne nous tes mensonges. » Sirius était arrivé et le fixait avec un dégoût perceptible. « Ce n'est pas grâce à toi que la maison est habitable.

- Le maître a toujours aimé plaisanter… Ce pourceau qui a brisé le cœur de la noble maîtresse, avec sa sœur… Oh pauvre Kreatur, devoir subir la vision de la compromission du noble sang…

- Vega t'a demandé ce que tu faisais ici. Chaque fois que tu te montres en prétendant faire le ménage, tu dérobes quelque chose pour le dissimuler dans ta chambre. »

L'elfe s'inclina de nouveau, luttant visiblement contre la loyauté indéfectible qu'il éprouvait à l'égard de la maisonnée Black. Quelque part, il lui faisait pitié. Il ne rêvait que de les voir morts, Sirius et elle, et pourtant il ne cessait de s'épancher en courbettes et en pieux mensonges. Elle soupira et posa une main sur l'épaule de son frère qui la repoussa sans y prendre attention. Toute la frustration qu'il avait accumulée depuis le début de son enfermement, toute sa colère réprimée, toutes ces émotions qu'il ne pouvait pas exprimer face à son filleul, son meilleur ami ou sa sœur, il les faisait subir à leur elfe de maison. Elle serra les dents.

« Kreatur n'enlèverait rien de la place qui est la sienne, » assura-t-il cependant. « La maîtresse ne pardonnerait jamais à Kreatur que quelqu'un touche à la tapisserie, sept siècles qu'elle est là, oh maîtresse que diriez-vous si les traîtres à leur sang la touchaient…

- C'est donc bien ça. Un maléfice de Glu Perpétuelle. Allez, va-t-en, Kreatur.

- Chassé par le maître qui revient d'Azkaban, cet assassin, et par sa sœur compromise avec un loup-garou, oh quel malheur, quel malheur…

- Si tu n'arrêtes pas de marmonner, je ne vais pas tarder à devenir un vrai assasin ! » s'écria Sirius au comble de l'exaspération.

La créature quitta la pièce, tandis qu'il claquait la porte derrière lui. Il poussa un soupir de rage mal contenu et rejeta les pauvres tentatives d'Hermione de le voir épargner l'elfe à coups de remarques acerbes. Finalement, elle et les autres quittèrent la pièce. Ne restèrent plus que le frère, la sœur et Harry qui observait ladite tapisserie avec attention. Elle suivit son regard et soupira. Elle n'y était plus. Enfin, si, tout comme son frère et Andromeda ainsi que quelques autres, ils n'y étaient plus formalisés que sous la forme de trou noirs semblable à des brulures de cigarettes. On voyait encore une partie de ses cheveux, et il était encore possible de distinguer quelques lettres du nom de son frère. Leur filleul cilla et parcourut rapidement toute l'étendue de la tapisserie du regard avant de s'exclamer.

« Vous n'y êtes pas !

- Nous y étions, » répondit-elle en indiquant les deux brûlures. « Notre chère mère nous a effacé quand nous sommes partis de la maison.

- Vous vous êtes enfuis de la maison ? Mais où êtes-vous allés ?

- J'avais seize ans, Vega treize. Nous en avions assez, » sourit-il. « Nous sommes allés chez ton père. Tes grands-parents étaient… Très gentils avec nous. Ils nous ont considérés comme leurs enfants. Nous campions chez eux pendant les vacances scolaires, et quand j'ai eu dix-sept ans j'ai pris un appartement.

- J'ai continué à venir chez eux un peu plus longtemps, mais Remus avait lui aussi son appartement alors j'ai déménagé. Nous étions invités tous les dimanches, cela dit. »

Elle ne put s'empêcher de sourire, elle aussi. C'était les plus belles années de sa vie, assurément. L'époque où tout était simple. Harry leur lança un regard interloqué, comme s'il ne pouvait pas imaginer ces deux adultes – ou ce qui y ressemblait, s'enfuir de chez eux et se réfugier chez son propre père. A vrai dire, elle non plus n'arrivait plus à se rappeler exactement de ce qui l'avait décidée à suivre son frère. Elle n'était pas si mal chez elle. Sa mère lui laissait passer énormément de choses parce qu'elle était une fille. Elle aurait fini par lui pardonner sa répartition à Gryffondor, sans nul doute. Mais elle tenait bien plus à Sirius qu'à ses parents. Et qu'à Regulus.

« Pourquoi êtes vous partis ?

- Pour suivre Sirius, » lâcha-t-elle avant d'éclater de rire. « Non, nous sommes partis parce que nous les haïssions. Tous. Nos parents, et leur manie du sang pur, leur impression de royauté, le reste de notre famille qui ne valait pas beaucoup plus…

- Notre frère, suffisamment bête pour croire en toutes ces bêtises. Tiens, c'est lui, là. Il était plus jeune que moi, mais plus vieux que Vega d'un an. Il est mort, tué par Voldemort alors qu'il était devenu l'un de ses petits Mangemorts.

- Tu plaisantes ?

- Oh non, il ne plaisante pas. » Elle perdit son sourire. « Ça t'étonne vraiment ? Notre famille est pourrie jusqu'à la moelle. Il n'y a tout juste qu'Andromeda pour relever le niveau. »

Il y eut un long silence, uniquement ponctué de l'appel à la cantonade de Molly qui prévenait que le déjeuner était prêt. Visiblement elle a été plus efficace que moi. Mais personne ne bougea, trop absorbé par la contemplation de la toile. Elle la connaissait par cœur, en vérité, mais ça faisait des années qu'elle ne l'avait pas regardé. Elle avait envisagé de changer de nom, suite à sa fugue. Se savoir liée par le sang ou le mariage à tout ce qu'il y avait de plus méprisant et de plus vil n'était pas une idée agréable. Elle avait abandonné ce projet quand Remus l'avait demandée en mariage. S'appeler Lupin était parfait, et elle espérait qu'on finisse par oublier son ascendance. Les choses ne s'étaient pas passées comme prévu, mais au final on avait effectivement oublié qui elle était vraiment. Dommage qu'elle-même n'ait pas eu cette chance. Elle aperçut Harry en train de chercher quelque chose. Quelqu'un, en l'occurrence. Andromeda, sans doute.

« Tu ne la trouveras pas. Elle aussi a été supprimée de la tapisserie, pour avoir épousé un né-moldu. C'est la mère de Tonks, d'ailleurs.

- Vous êtes parents avec elle ?

- Andromeda était notre cousine préférée, » soupira Sirius. « Tiens, regarde, ses sœurs sont toujours là parce qu'elles ont fait de respectables mariages. Tu devrais pouvoir reconnaître celle-ci.

- Attendez, vous êtes aussi liés aux Malfoy ?

- Toutes les familles de sang-pur sont reliées. Logique, si tu n'autorises tes enfants qu'à se marier entre eux. Molly est une cousine par alliance et Arthur… Au second degré, il me semble. »

Tu m'étonnes qu'ils soient tous tarés. Elle avait l'impression de redécouvrir beaucoup de choses auxquelles elle avait fini par s'habituer. Il y avait tant de Mangemorts dans sa famille. Ils étaient si peu, au final, à ne pas être des monstres. Elle déglutit et croisa les bras sur sa poitrine. Sirius lui jeta un coup d'œil et passa une main douce dans son dos. Quelle fierté. Dire qu'elle avait regretté de changer d'apparence. Finalement, moins elle ressemblait au reste de sa généalogie, mieux elle se portait. Intérieurement, elle espérait que son fils ou sa fille ressemble plus à Remus qu'à elle. Elle n'aurait pas l'impression d'avoir mis au monde un énième Black.

De même que ses propres pensées divaguaient, elle était presque capable de voir celles d'Harry faire de même. Il avait reconnu les noms de Bellatrix et de Rodolphus Lestrange sur la tapisserie et elle se doutait qu'il avait fait le lien avec Voldemort… Le tout l'ayant amené à se rappeler qu'il était dans la ligne de mire du Ministère qui l'avait fait renvoyé de Poudlard. Elle s'approcha de lui et le prit doucement dans ses bras. Il se laissa faire, mollement. Quelque part, ils avaient plus en commun qu'il ne pouvait l'imaginer. Lui se retrouvait enfermé tous les étés au 4, Privet Drive tandis qu'eux deux étaient enfermés dans la maison de leur enfance qu'ils avaient imaginé quitter à jamais.

« Nous viendrons avec toi, à l'audience. Du moins, on t'accompagnera jusqu'à ce qu'on ne puisse plus. Ne t'inquiète pas, Harry. Il y a vraiment un article dans le Code international du secret magique qui autorise l'usage de la magie si ta vie est menacée.

- Mais s'ils me renvoient quand même, » murmura-t-il, accablé. « Est-ce que je pourrai revenir ici et vivre avec vous deux ?

- Evide…

- On verra. »

Elle lança un regard interloqué à Sirius qui avait ainsi clôt la conversation. Elle envoya Harry rejoindre la salle à manger et resta avec lui devant la sinistre tapisserie. Mais il ne la regardait pas. Il avait les yeux fixés sur les portraits immobiles, figés depuis sept siècles en fils d'or et d'argent. Son visage s'était assombri, à mesure que la conversation s'était prolongée. Elle se plaça entre lui et le mur et le força à la regarder. Lorsqu'il se résolut à le faire, ce fut avec lassitude et un certain agacement. Il était encore un adolescent, aussi prompt à la rassurer et à la consoler qu'à l'ignorer un instant plus tard. Sauf qu'elle n'avait plus la patience de s'occuper d'un homme-enfant, surtout quand celui-ci était sensé être plus vieux qu'elle.

« Pourquoi tu ne lui as pas dit qu'il était le bienvenu ici ?

- Parce qu'il n'a pas envie de vivre enfermé ici avec nous, » répliqua-t-il avec froideur. « Il croit peut-être le vouloir et toi aussi, mais crois-moi, vous n'en avez pas envie.

- Tu crois qu'il ne sait pas ce que c'est que d'être enfermé ? Que moi non plus ?

- Tu n'es pas enfermée, Vega.

- Je le suis. Tu ne vois pas ? J'ai peut-être le droit de sortir mais Dumbledore fait tout pour que je me sente obligée de rester. »

Elle lui adressa un sourire triste. Il fronça les sourcils, comme s'il venait de comprendre quelque chose, et soupira. Il se détendit alors et secoua la tête, abattu. Il l'observa des pieds à la tête, avant de revenir à son ventre et de se fendre d'un semblant de sourire. Il était bien plus impatient qu'elle à l'idée que son neveu ou sa nièce vienne rompre la monotonie de son quotidien. Il ferait un bon oncle. Pas un bon père ni un bon tuteur, mais un bon oncle. Tout comme il avait été un parrain incroyable pour Harry. Avant que tout ne s'effondre. Bien meilleur qu'elle, en réalité, obligée qu'elle était d'aller en cours. L'aurait-il pu qu'il aurait récupéré l'enfant et qu'il l'aurait élevé aussi bien qu'il l'aurait pu, au mépris de sa propre vie. Le fils de James. Déjà un neveu, pour lui.

« Peter, n'est-ce pas ?

- Peter. Je ne sais pas pourquoi le Ministère ne me recherche pas déjà.

- Il est lâche. Il ne s'est pas encore résolu à te trahir toi. » Devant son silence, il continua. « Tu n'as jamais rien vu, n'est-ce pas ? Avant même que tu ne commences à t'intéresser à Remus, Peter avait un faible pour toi. Il n'a jamais été capable de te le dire, tandis que Lunard…

- Oh, » fut tout ce qu'elle parvint à dire. « Tu veux dire que tout ce temps…

- C'est sans doute pour cette raison qu'il n'a pas non plus essayé de te tuer quand il en avait l'occasion. Enfin, profite, ça ne durera pas. Il n'a de loyauté qu'envers ceux qui peuvent le protéger et le plus à même de le faire pour l'instant, c'est l'ami Voldemort. »

Il haussa les épaules et se dirigea à son tour vers la salle à manger. Elle resta un instant seule, à fixer la tapisserie sans vraiment la voir. Est-ce que tout était vraiment de sa faute ? Est-ce qu'elle aurait pu éviter tout ça, en comprenant l'inclinaison de Peter pour elle, et en le convaincant de garder la foi en ses amis ? Elle sentit sa gorge se serrer. Pourquoi avait-il fallu que tout ça tombe sur elle ? Quelqu'un d'autre serait parvenu à gérer tout ça, Remus, James, Sirius, l'Ordre, Peter. Pas elle. Elle n'était pas même capable de gérer ses souvenirs alors qu'elle avait dépassé la trentaine. Dumbledore a raison. Je suis mieux enfermée ici. Au moins elle ne faisait rien de mal.

Elle ferma les yeux, serra ses paupières. Son esprit avait beau savoir qu'elle n'aurait rien pu y faire et que convaincre Peter n'aurait fait que retarder l'inévitable, elle ne parvenait à accepter son impuissance de l'époque. La même que celle qu'on lui imposait désormais. Elle serra les poings. Non, cette fois elle ne se laisserait pas dicter sa conduite. Ni par Dumbledore et ses conseils vertueux, ni par Remus et ses inquiétudes, ni par son bébé qui n'était même pas encore né et encore moins par Peter ou Voldemort. Elle s'était défilée la première fois. Cette fois-ci elle était prête. Je dois parler à Andromeda.