Disclaimer : Bien entendu, Joanne Kathleen Rowling est la maman de Harry Potter et de tout l'univers magique qui lui est associé. Merci à elle d'autoriser les fanfictions sur son œuvre.

Teaser Partie 2 : La paix pour laquelle ils s'étaient tant battus et avaient tant sacrifié ressemblait étrangement à la guerre, et au bout de onze longues années de conflit, même les plus braves étaient arrivés au bout de leur courage. Pour sa part, Remus n'était pas bien sûr de comprendre pour quelles raisons son cœur continuait de battre dans sa poitrine.

- Et maintenant ? demanda-t-il dans un soupir.

Dumbledore se laissa tomber sur sa chaise.

- Je ne sais pas, Remus. Je ne sais plus.

Attention : Rated T pour le langage et les scènes violentes.


RaR :

MH : Hello ! Merci beaucoup pour te review ! Non, malheureusement, j'ai choisi de suivre ce bout du canon. Je n'imagine pas Sirius réagir autrement à la trahison de Peter... Ce mec ne fait pas dans la demi-mesure, c'est abusé. Merci beaucoup pour tes compliments ! Et bonne lecture;)

Lola : Salut ! Merci beaucoup pour ta review ! Sirius est en mauvaise voie, je te l'accorde, et je ne veux pas te donner de faux espoirs quant à son destin, mais il a été arrêté et l'histoire dit qu'il n'a pas eu de procès, sauf miracle, il est bon pour Azkaban...

Peter est loin d'être complètement stupide, et je pense qu'il vendrait son âme et celle de sa mère pour ne pas mourir donc il se retrouve pleins de ressources quand il s'agit d'échapper à Sirius et Trixie... (j'aurais aimé qu'il soit condamné au baiser des Détraqueurs cela dit, il le mérite!).

Pour Trixie, c'est effectivement le jeu de donner un deuxième point de vue sur la chûte de Voldemort. C'est pas facile d'être dans le camp des perdants, finalement...

Je te dis à très vite et bonne lecture !


A/N : Bonjour à toutes et à tous ! Merci à lune patronus, Eve et Zod'a, MH, mimi70, Sundae Vaille et Lola pour leurs reviews ! J'ai été super gâtée, ça fait trop plaisir !

Helloooooo ! Alors, la forme ? Les vacances, la plage et les coquillages ?

De mon côté, c'est bien le cas (les vacances, la plage et les coquillages, pas encore ^^) puisque l'EN m'a libérée de mes fonctions (libérééeeeee, délivréeeeee) et que je vais pas voir d'élèves pendant deux mois, ô joie !

Je suis en Camp Nano (ter) et ça se passe bien. 25 000 mots déjà, soit la moitié de mon objectifs de 50 000 mots, ce qui correspond à un chapitre et deux scènes de mon UA. Bref, tout le monde grandit à vue d'oeil et c'est assez satisfaisant !

Sinon, nouveau chapitre, que j'aime beaucoup personnellement, mais qui va peut-être vous arracher des larmes (en tout cas, moi je me suis rendue triste, et ce n'est jamais bon signe).

Avant que je n'oublie :

- C'est la saison de la trêve estivale, parce que je serais là où il n'y a pas internet dans trois semaines. Donc dernier chapitre avant le premier weekend de septembre.

- J'ai un peu pitié de vous, donc je posterais tous les quinze jours à partir de la rentrée.

- Le concours pour la 150ème review est toujours en jeu. Le prix en jeu est le premier « chapitre » du UA (le truc est officiellement hors de contrôle).

Voilà voilà...

Bonne lecture !


Un grand merci à Sundae Vanille pour la relecture et les retours ! Et je ne le dis peut-être pas assez, mais sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !


Au fait, la surprise de Sundae Vanille est en ligne, c'est Falling Through the Rabbit Hole et c'est aussi sucré qu'un panier de chocolats !


Black Sunset

Partie II : Black Holes.

Chapitre 8

« Falling out of love is hard
Falling for betrayal is worse
Broken trust and broken hearts
[…]

Tell them I was happy
And my heart is broken
All my scars are open
Tell them what I hoped would be impossible »

(Impossible – James Arthur)


Dimanche 3 Novembre 1981, Manoir Malefoy, Angleterre.

Narcissa fut réveillée par les pleurs de sa filleule. Elle se redressa le plus doucement possible pour ne pas déranger le sommeil de Draco – elle avait eu assez de mal à l'endormir pour ne pas gâcher ses efforts – puis se dirigea dans la pièce adjacente à sa chambre. Dobby – le jeune Elfe qu'elle avait chargé de veiller sur Maellyn – était déjà en train de préparer le biberon à l'aide de cette poudre moldue, puisque les derniers événements ne lui avaient guère laissé le temps de chercher une nourrice, et qu'il fallait bien nourrir la petite.

- Bonjour ma douce, souffla-t-elle avec douceur.

Maellyn se calma légèrement au son de sa voix – ce qui lui tira un sourire – et elle se pencha pour la prendre dans ses bras, la berçant doucement tandis qu'elle s'installait dans un fauteuil. Dobby lui tendit aussitôt un bavoir, une couverture et le biberon.

Pendant le quart d'heure qui suivit, elle oublia ses soucis. La petite fille qu'elle tenait au creux de ses bras tétait avec application, ses yeux bleus nuit rivés dans les siens, une main serrée autour de son petit doigt.

Pendant ce petit quart d'heure, elle avait le droit de ne plus se torturer à l'idée de savoir son mari en prison. Elle pouvait oublier les quatre avocats de la famille Malefoy qui lui assuraient que Lucius serait vite relâché, sans même essayer de cacher leur dégoût face à cette éventualité, oubliant certainement qu'elle ne paierait pas leurs honoraires si son époux terminait à Azkaban.

Pour quinze petites minutes, elle ne pensait pas à l'inquiétude qui la dévorait concernant sa sœur aînée. Le dernier signe de vie de Bellatrix remontait à la veille, et son aînée n'avait rien trouvé de mieux que d'attaquer des Aurors en public. Narcissa la connaissait assez pour savoir qu'elle mettrait tout en œuvre pour retrouver son Maître, quand bien même tous le pensaient mort. Elle était trop têtue, et trop fière, pour s'avouer vaincue. Chaque jour, elle craignait de recevoir la visite des Aurors à son sujet.

- Et voilà ma belle, tu as fini...

Elle la redressa délicatement pour l'aider à faire son rôt, caressant son dos avec douceur, les yeux fermés pour profiter pleinement de ses dernières secondes de répit.

Malgré elle, le visage de Sirius lui revint en mémoire. Jamais elle ne l'avait vu aussi livide que lors de leur dernière entrevue. La mort de sa petite-amie avait brisé quelque chose en lui, sans qu'elle n'arrive à déterminer s'il s'agissait de son courage ou de sa rage de vivre, et c'était la première fois qu'elle consolait ses larmes depuis leur enfance. Elle n'osait pas imaginer ce à quoi il devait ressembler maintenant que les Potter étaient morts... Elle aurait aimé lui envoyer une lettre, mais son courrier était surveillé ou lui rendre visite, mais elle était assignée à résidence jusqu'à nouvel ordre.

La seule chose qu'elle pouvait faire pour son cousin était de veiller sur sa fille – elle lui avait promis de l'aider à la récupérer, et elle tiendrait sa promesse. Bellatrix n'était plus elle-même et elle craignait que quelque chose n'arrive à la petite si elle la laissait l'élever – et elle espérait que Sirius ait eu le bon sens de trouver refuge chez Androméda.

- Madame, un courrier est arrivé.

Elle rouvrit les yeux. La mère de Dobby – Taby – lui tendait une enveloppe déjà ouverte, recouverte de l'écriture de Maître Gamp.

Maintenant Maellyn contre elle d'une main, elle commença sa lecture avec un soupir résigné. L'heure était tardive, et son avocat serait venu la voir en personne s'il avait réussi à faire libérer Lucius. Il ne pouvait s'agir que d'une mauvaise nouvelle, même si elle n'arrivait pas à imaginer quoi.

Lady Malefoy,

J'espère que cette lettre vous parviendra avant l'exemplaire exceptionnel de La Gazette du Sorcier : votre cousin, Sirius Black, a été arrêté dans la soirée pour meurtre. D'après ce que j'ai réussi à apprendre, il aurait assassiné un de ses anciens amis, Monsieur Peter Pettigrow, ainsi que douze moldus.

Il est également accusé d'avoir fourni les informations ayant permis au Seigneur des Ténèbres de retrouver les Potter.

Mes associés et moi-même faisons notre maximum pour limiter les retombées de cette tragique affaire sur le dossier de Lord Malefoy, mais il est très probable que vous receviez la visite des Aurors dans la matinée.

Dans tous les cas, nous vous proposons de passer la journée à votre Manoir pour discuter de la ligne de défense de Lord Malefoy.

Maître Castus Gamp,

pour Gamp, Shafiq et associés. (1)

Narcissa lâcha la lettre et porta une main tremblante à ses lèvres pour étouffer un sanglot, à défaut de pouvoir le retenir.

Morgane, Sirius... Qu'as-tu fait ?

Lundi 4 Novembre 1981, Cottage McGonagall, Pré-au-Lard, Ecosse.

Des coups secs furent frappés à la porte de sa chambre, l'arrachant à ses pensées dans un sursaut.

- Remus, puis-je entrer ?

Il passa un mouchoir sur son visage, sa main malhabile à force de trembler, mais ne fit rien pour réajuster sa robe de chambre. Tous les McGonagall l'avaient déjà surpris en pyjama plusieurs fois ces deux derniers jours, quand l'un d'entre eux venait vérifier s'il était encore vivant.

Même s'il n'était pas toujours sûr de vouloir continuer à être vivant.

- Je suis décent...

Cette fois, ce ne fut pas Madelyn qui entra, mais sa tante. Elle avait le visage bien plus pâle que d'habitude, et des traits affreusement tirés. Si l'idée ne lui avait pas semblé aussi absurde, il aurait juré qu'elle avait également les yeux rouges.

- Bonjour Remus, la salua-t-il en prenant place sur le fauteuil près de son lit.

- Bonjour Professeur...

Sa voix sonnait atrocement rauque – conséquence des larmes des derniers jours – et aucun raclement de gorge n'y faisait rien. Le silence s'installa entre eux, plus pesant encore que la dernière fois où il s'était retrouvé seul avec elle – deux jours plus tôt, après que Madelyn l'ait installé dans la chambre d'ami sous ses ordres – et son instinct lui souffla aussitôt qu'une mauvaise nouvelle l'attendait au tournant.

Même s'il avait du mal à imaginer ce qui pourrait être pire que la mort de James, Lily et sans doute Sirius. Sauf si Peter...

Il secoua la tête, se pinça l'arête du nez pour décourager ses larmes, puis trouva le courage de faire face à son ancienne directrice de maison.

- Qui ?

McGonagall serra les lèvres une folle seconde avant de répondre.

- Peter... Je suis désolée, Remus.

Le loup en lui – et peut-être qu'il ne s'agissait pas seulement du monstre au fond de son âme – se déchaîna pour prendre le contrôle sur son esprit affaibli par le désespoir, et il serra les poings pour contenir la colère brûlante. Il avait envie de tout détruire autour de lui et d'y mettre le feu, avant de se lancer dans une stupide croisade qui aurait ravi Sirius s'il était encore là pour le voir. Retrouver l'assassin de Peter ne serait pas si dur que ça. Ou peut-être que si et qu'il finirait mort avant de pourvoir le venger, mais il n'en avait plus rien à faire.

Sauf que le loup ne pouvait pas prendre le contrôle. Jamais.

Alors il bascula la tête en arrière, ses poings serrés à s'en briser les phalanges, et ravala les sanglots qui ravageait son cœur et ses entrailles. Peter avait encore de la famille, et il n'avait jamais vraiment voulu se sacrifier dans cette foutue guerre. Des Maraudeurs, il aurait dû être celui à survivre...

Le temps qu'il lui fallut pour reprendre le contrôle s'éternisa, et il eut tout juste conscience de la main de McGonagall sur son poing fermé. Quand il rouvrit les yeux, il ne put se résoudre à croiser son regard, de peur d'y lire une pitié qu'il ne supportait déjà plus.

- Il y a pire, Remus...

Il releva la tête, incrédule.

Pire ?

Pire que d'apprendre la mort de son meilleur ami, quelques jours – une poignée d'heures tout au plus – après celle de James et Lily ? Pire que de se demander chaque seconde de chaque minute si Sirius était mort ou s'il avait trahi, sans savoir quelle issue serait la plus supportable ? Pire que savoir Harry orphelin et condamné à vivre chez une tante qui ne l'aimerait sans doute jamais autant qu'il le méritait ?

Pire ?

- Selon les informations de Dumbledore, Peter se serait lancé à la poursuite de Sirius parce qu'il savait qu'il était le Gardien et qu'il avait sans doute trahi... Il l'a retrouvé bien sûr, mais Peter n'a jamais été de taille à tenir tête à Black en duel...

Il perdit le contrôle de sa mâchoire. Une larme roula sur la joue trop pâle de McGonagall, ses lèvres plus serrées que jamais.

- Black a tué Peter, ainsi qu'une douzaine de moldus hier soir. Il a été envoyé à Azkaban dans la nuit.

Le loup lui commanda de hurler sa douleur, jusqu'à s'en déchirer les cordes vocales.

Il s'écroula en longs sanglots dans les bras de son ancien professeur.

Lundi 4 Novembre 1981, Manoir Malefoy, Angleterre.

- VOUS N'AVEZ PAS LE DROIT !

Amelia Bones ne daigna même pas ciller face à sa colère.

- Ce sont les ordres, Madame. Maintenant, il y a deux façons de procéder : soit vous coopérez, soit l'Auror Podmore vous escorte au Ministère où vous rejoindrez votre mari pour la journée.

- Ne menacez pas ma cliente, Madame Bones, intervint Castus Gamp. Vous n'avez pas le pouvoir de décider d'une arrestation.

- S'il s'agit d'une personne qui met la sécurité de ces deux enfants en question, bien sûr que si. Je vous laisse réfléchir à votre décision Madame Malefoy ? Ne traînez pas, j'ai d'autres visites programmées cet après-midi.

Bones l'abandonna dans le salon où elle l'avait accueillie, espérant établir dès le départ sa position de force, sans succès. Narcissa se détourna aussitôt de la porte, ses deux mains perdues dans ses cheveux, sans plus de considération pour sa coiffure soignée.

Elle avait beau serrer les dents, elle n'arrivait pas à retrouver son sang froid. Elle n'était pas en train de vivre ce cauchemar-ci ! Le Ministère lui avait déjà pris son mari, traquait sa sœur à travers le pays, et venait d'envoyer son cousin pour un aller sans retour à Azkaban. Il ne pouvait pas lui prendre son fils et sa filleule. Ils n'avaient rien fait ! Elle n'avait rien fait !

- Lady Malefoy ? s'inquiéta son avocat avec une sincérité presque parfaitement feinte.

Quelques larmes lui échappèrent malgré ses efforts et elle les essuya rapidement, prenant soin de s'assurer que Gamp ne pouvait voir que son dos.

- Pouvez-vous empêcher cela ?

Il se racla la gorge – un tic qu'elle avait déjà en horreur – et laissa s'éterniser le silence au moins plusieurs secondes de trop.

- Bones a une ordonnance du Ministre de la Justice en personne. Mes associés et moi pouvons faire appel, mais cela prendra au moins une semaine... Et nous n'obtiendrons probablement qu'un droit de visite.

Elle eut besoin de fermer les yeux pour décourager ses larmes. Les derniers jours avaient été une véritable catastrophe, et la seule chose qui lui permettait de tenir était le rire de son fils et le sourire de sa filleule. Si on les lui enlevait, elle n'était pas sûre de tenir le choc... Pas sans Lucius à ses côtés et avec sa sœur aînée en cavale.

- Il serait plus sage de coopérer, Lady... Pensez aux enfants.

Un rire nerveux lui échappa. Elle ne faisait que penser à eux ! C'était pour eux qu'elle se levait le matin, pour eux qu'elle forçait un masque impassible sur son visage – quand bien même elle menaçait parfois de s'effondrer –, pour eux qu'elle se battait pour sortir Lucius du guêpier dans lequel il se retrouvait piégé à cause de Voldemort, et encore pour eux qu'elle allait résister à l'envie de gifler Gamp et d'escorter Bones hors de son domaine à coup de maléfices.

- Allez dire à cette maudite bonne femme que Draco et Alya seront prêts à partir dans une demi-heure, mais arrangez-vous pour qu'elle accepte que deux de mes Elfes de Maison les accompagnent. Il est hors de question qu'ils manquent de quoique ce soit.

Narcissa quitta la pièce sans un regard pour Gamp, ses associés et son assistant, et rejoignit ses quartiers personnels par un chemin qui ne l'obligeait pas à traverser le hall principal. Elle ordonna à ses Elfes de préparer les affaires de Draco et Maellyn dans un murmure avant de céder à sa détresse.

Elle permit aux larmes de rouler sur ses joues durant le trajet, étouffant ses sanglots d'une main pour ne pas prendre le risque d'être entendue. Le Ministère allait regretter de lui avoir pris ses enfants. Elle irait passer ses journées au pied du bureau de Croupton s'il le fallait, mais elle les récupérait plus tôt que possible.

Elle s'arrêta sur le pas de la porte qui menait à la salle de jeu de son fils. Elle l'observa jouer avec son Vif d'Or pendant un long moment, puisant du courage dans les trilles de son rire innocent, dans les fossettes qui se creusaient sur ses joues quand il souriait, et dans ses mèches si blondes qui bouclaient à la base de sa nuque.

- Mama !

Son cri réjouit serra son cœur douloureusement et elle se baissa pour le prendre dans ses bras. Elle inspira son odeur à plein poumon, puis s'installa dans le fauteuil d'où elle observait ses jeux d'ordinaire.

- Je t'aime mon fils, souffla-t-elle en croisant son regard gris. Plus que tout. Et je vais me battre pour venir te voir le plus vite possible... Tu seras sage mon cœur ?

Draco la fixa avec un air étrange avant de hocher la tête. Narcissa lui sourit avec le plus de confiance qu'elle pouvait, et caressa sa joue.

- Tu vas partir en vacances avec Dobby pendant quelques temps, d'accord ? On va choisir les jouets que tu vas emporter...

Son fils réclama un deuxième câlin avant qu'elle n'arrive à le convaincre de rassembler les jouets, choisissant pour lui ses favoris, puis l'habilla plus élégamment pour sa sortie.

Elle le porta dans sa chambre, où Maellyn dormait sous le regard attentif de la mère de Dobby, dans le berceau des Black.

- Les malles sont prêtes, Lady, lui indiqua Taby d'une voix tremblante.

- Très bien. Tu accompagnes Miss Alya là où elle sera envoyée. Veille seulement à ses besoins.

Narcissa caressa le front de sa filleule avec douceur, peinant à croire que la petite fille allait être arrachée à ses habitudes pour la troisième fois depuis sa naissance. Ses yeux s'attardèrent un long moment sur la tâche de naissance qui marquait sa paume gauche, sans qu'elle ne sache encore ce qu'elle allait faire pour s'assurer que Bellatrix ne puisse plus l'atteindre... Sa sœur deviendrait définitivement folle sans sa fille, mais Maellyn n'était qu'un bébé, parfaitement innocente, et elle était la seule en mesure de la protéger.

- Si jamais Lady Lestrange, ou quiconque d'autre que moi, essaie d'enlever cette enfant à ceux chargés de s'occuper d'elle par le Ministère, je veux que tu reviennes ici avec elle. Il en va de même pour Draco, Dobby.

Elle se pencha pour l'embrasser délicatement.

- Ce n'est qu'un au revoir, Maellyn, souffla-t-elle. Je ne t'abandonne pas, ma douce.

Elle inspira profondément en se redressant, ajusta les mèches folles qui s'étaient échappés de son chignon, puis rejoignit le rez-de-chaussée, le berceau flottant à ses côtés et son fils toujours calé sur sa hanche.

Amelia Bones la fixa avec un agacement affiché quand elle la vit apparaître en haut du massif escalier, son Elfe sur les talons.

- Comment puis-je être assurée que vous n'avez pas ordonné à ces Elfes de disparaître avec les enfants à la première occasion ?

- Je ne suis pas stupide, Bones. Si ces enfants disparaissent de l'endroit où Croupton va juger bon de les envoyer, je serais en tête de liste des suspects. Je n'ai aucune envie de terminer en prison.

Bones lui asséna un dernier regard noir avant de se pencher au-dessus du berceau des Black, puis tendit les bras pour récupérer Draco.

Narcissa raffermit la prise autour de son fils. Le laisser partir était plus douloureux que ce à quoi elle s'était préparée, comme si Bones allait lui arracher une part d'elle-même.

Non, pas comme si.

Son expression devait être équivoque car Bones eut un sourire froid.

- Il fallait réfléchir aux conséquences avant de pactiser avec Voldemort, Madame.

Le regard noir qu'elle lui lança en réponse ne réussit qu'à lui faire hausser un sourcil. Draco s'agrippa à elle au moment où elle consentit enfin à se séparer de lui.

- Mama !

- Sois gentil mon ange. Va avec la dame. On se revoit très vite, promis.

Son fils se mit à pleurer, réveillant Maellyn dans son berceau...

Le silence qui succéda à la scène lui donna l'impression que la vie du Manoir était partie avec les deux enfants.

Mardi 5 Novembre 1981, Cimetière de Godric's Hollow, Angleterre.

Il faisait un froid glacial, résultat du vent désagréable qui s'était levé dans la nuit. Il emportait dans sa course les dernières feuilles qui étaient restées agrippées aux arbres, et s'engouffrait dans les capes noires de l'assistance.

Remus resserra ses bras autour de son corps, cherchant plus à se donner du courage qu'à conserver le peu de chaleur qui lui restait.

Devant lui, deux trous béants attendaient leurs occupants, et devant ces deux trous...

Remus inspira difficilement, pour expirer aussitôt à travers ses lèvres tremblantes, luttant pour rester droit face aux cercueils qui contenaient les corps de ses deux meilleurs amis, ses yeux fixés sur la photo du couple Potter.

Ils souriaient à l'objectif – celui de Peter si sa mémoire était exacte – et tournaient sur eux-mêmes, magnifiques dans leur tenue de mariés. Il avait choisi cette photo parce qu'il voulait se souvenir d'eux heureux. Et peut-être qu'il voulait se souvenir que, lui aussi, avait été heureux à leurs côtés.

- Remus ?

Il sursauta. Minerva McGonagall lui désigna la place vide devant les cercueils, là où s'était tenu Dumbledore quelques secondes plus tôt pour déclamer son hommage à James et Lily. Il n'en avait pas écouté un traître mot, mais il devina qu'il avait dû être poignant pour réussir à arracher quelques larmes à son ancien professeur.

Il déclina l'invitation d'un geste de la tête.

Il n'avait pas la force de faire face à tous ces gens et de leur expliquer à quel point James et Lily étaient exceptionnels. Ou à quel point ils avaient été les meilleurs amis qu'il avait un jour rêvé d'avoir. Ou à quel point ils aimaient la vie, la liberté et leur fils. Ou qu'il n'était pas surpris qu'ils aient sacrifié leur vie pour eux tous, parce que James avait toujours eu cet atroce sens du spectacle, et parce que Lily était prête à tout pour mettre un terme à cette guerre.

Ou peut-être qu'il n'avait pas la force de reconnaître qu'il était en partie responsable de leur mort... Il avait soupçonné Black depuis tellement de temps. Pourquoi n'avait-il rien dit ? Rien fait ?

Un sanglot silencieux secoua sa poitrine, et il ferma les yeux pour cacher ses larmes.

Il n'arrivait toujours pas à réaliser que Black avait assassiné Peter, après avoir trahi James et Lily. Il avait tenté d'imaginer une autre explication, dans laquelle Peter était le traître et Black le tuait parce qu'il avait trahi son frère, mais Dumbledore lui avait assuré que Sirius avait été le Gardien des Potter. Il lui avait même montré le souvenir qu'il gardait de cette conversation avec le jeune homme deux semaines plus tôt.

Il n'y avait donc pas d'autre explication. Sirius était l'espion depuis tout ce temps. Pour tout ce qu'il en savait, il avait sûrement arrangé la mort de Judy et fait disparaître sa fille pour une raison qu'il découvrirait tôt ou tard.

Et de toute façon, le résultat était presque le même : Peter était mort. James et Lily étaient morts. Black était mort, d'une façon ou d'une autre.

Et il était terriblement seul.

La cérémonie ne s'éternisa pas longtemps pour des raisons évidentes de sécurité. Les cercueils glissèrent dans le sol et ils formèrent une ligne pour jeter une poignée de terre. Il s'acquitta de son devoir, puis se réfugia à l'écart pour contempler la foule de loin, plus que jamais mal à l'aise au milieu de tous ces gens.
La majorité d'entre eux étaient des membres de l'Ordre – les rares à avoir survécu –, le Premier Ministre était là, et des amis des parents de James. Pétunia Evans n'avait pas fait le déplacement pour dire adieu à sa sœur, et il avait personnellement refusé que Rogue soit là. Madelyn et Minerva s'éternisèrent auprès des Londubat et il était sur le point d'exiger de partir, quand une femme vint le rejoindre.

Elle ressemblait énormément à Bellatrix – dont le portrait était affiché un peu partout depuis deux jours – mais elle avait une autre douceur dans son regard souligné de rouge. Il n'avait pas souvent eu l'occasion de croiser Androméda Tonks – la dernière fois remontait au précédent Grand Gala des Vingt-Huit Consacrés, pour lequel il avait joué le rôle du cavalier de Black – pourtant il eut le sentiment de la connaître plus que tous les autres réunis.
De tous ceux qui avaient connu James, Lily, Peter et Black, elle était la seule à avoir été véritablement proche de Sirius, à avoir pensé qu'elle le connaissait, à être tombée de très haut en apprenant la nouvelle au matin du 3 novembre.
Elle attrapa sa main sans un mot et la serra avec force. Il s'abîma dans son regard gris – celui des Black, qu'elle était désormais la seule à porter dignement – et il lui sembla qu'un peu de courage venait habiter son cœur.

Juste assez pour qu'il redresse les épaules une folle seconde.

Mercredi 6 Novembre 1981, Département de la Justice, Ministère de la Magie, Londres, Angleterre.

Narcissa contempla le reflet que lui renvoyait le miroir sans tain face à elle, et réajusta la mèche folle qui s'était échappée de son chignon, prenant note de trouver deux heures pour faire venir sa coiffeuse au Manoir, puisqu'il était hors de question qu'elle donne le moindre signe de faiblesse.
Et encore moins à ces rustres d'Aurors.

S'ils pensaient qu'elle serait mal à l'aise face à son reflet, ils oubliaient la signification de son prénom. S'ils pensaient qu'elle allait leur confier chacune de ses pensées à propos de Lucius, Bellatrix, ou encore Sirius, ils oubliaient qu'elle était née Black, et que chaque vacance scolaire avait été rythmée par des cours d'Occlumencie dispensés par Walburga ou Cygnus. Et s'ils pensaient qu'elle allait les supplier de lui rendre ses enfants, ils allaient être affreusement déçus : une Malefoy ne supplie pas, elle commande et les autres obéissent. Tôt ou tard.

Elle glissa un coup d'oeil à la montre délicate qui ornait son poignet – cadeau de sa mère pour ses dix-sept ans – et découvrit sans surprise qu'on la faisait attendre depuis plus d'une heure, sans avoir eu la décence de lui laisser quelque chose à boire.

Elle eut un sourire en coin – en l'honneur de celui de Sirius – et fixa à nouveau son regard sur son reflet, sans montrer aucun autre signe d'impatience. Elle n'était pas Bellatrix – qui courait à travers le pays derrière une chimère –, et elle n'était pas Sirius – qui s'était comporté comme le stupide Gryffondor qu'il était en se lançant à la poursuite de Pettigrow, dans le but de venger les Potter et terminer à Azkaban. C'était la seule explication logique. Sirius était beaucoup de choses, mais pas un traître – et elle n'avait plus aucune obligation qui la retenait au Manoir depuis que Draco et Maellyn n'étaient plus sous sa responsabilité.

Ils se lasseraient avant elle.

Sa patience fut récompensée moins d'une demi-heure plus tard. Alastor Maugrey, Rufus Scrimgeour et Castus Gamp entrèrent. Les deux Aurors s'installèrent en face d'elle. L'oeil magique de Maugrey était fixé sur elle et un rictus déformait ses lèvres asymétriques. Scrimgeour affichait un air plus civilisé malgré la paillasse mal coiffée qui lui servait de cheveux.

- Je veux être interrogée sous Veritaserum en présence de Monsieur Croupton, annonça-t-elle aussitôt, coupant la politesse à Scrimgeour. Je ne dirais pas un mot autrement.

Les deux Aurors eurent une expression crispée presque identique, comme s'ils avaient avalé une boisson particulièrement amère.

- Et je souhaite également avoir des nouvelles de mes enfants.

Elle glissa un coup d'oeil vers son avocat. Castus Gamp inclina discrètement la tête pour approuver ses deux conditions. Ils avaient discuté des moyens à leur disposition pour faire libérer Lucius et récupérer au moins Draco. Sa seule véritable option était de montrer patte blanche.

Oh, bien sûr, l'utilisation du Veritasserum ne faisait plus foi depuis des siècles – et Narcissa regrettait l'époque où avaler la potion permettait d'être lavé de tous ses crimes, pour peut que l'on soit bon Occlumens – mais son témoignage aurait terriblement plus de poids avec que sans. Le dossier du Ministère contre Lucius n'était pas aussi conséquent qu'aimer le prétendre Maugrey et Scrimgeour. Jamais son mari n'avait été aperçu lors d'une attaque, et tous ceux auxquels Lucius avait parlé du Seigneur des Ténèbres avaient plus qu'intérêt à se montrer indiscret, sous peine de terminer à Azkaban avant d'avoir eu le temps de le dire.

De plus, sa réputation à elle était pour le moment immaculée, puisqu'à la différence de Bellatrix, elle avait jugé beaucoup plus sensé de rester éloignée de toutes ces intrigues. Du moment qu'elle pouvait vivre une vie heureuse, le sort des moldus du Royaume-Uni et du reste du monde lui était bien égal.

Enfin, les membres du Magenmagot qui ne seraient pas convaincus par sa parole pourraient toujours être achetés. Chaque sens moral a un prix, et elle avait toujours été douée pour le deviner.

Une autre heure s'écoula alors, durant laquelle son avocat lui apporta du thé – servi dans un affreux gobelet en carton – et un croissant – ou plutôt une vague imitation dégoulinante d'huile et auquel elle toucha à peine –.

Croupton arriva enfin, son éternel air sévère sur le visage, et un véritable dégoût au fond des yeux.

Narcissa n'en fut pas le moins du monde surprise. Elle savait très bien ce qu'il pensait d'elle et de son mari, et elle ne devait pas se tromper beaucoup si elle estimait que de son point de vue, être Mangemort était la pire abomination possible pour un être humain.

Il ne prit pas place en face d'elle. Il resta debout et déposa une fiole contenant un liquide incolore sur la table qui les séparait.

- Buvez, qu'on en finisse. Mais je vous préviens qu'il ne faudra pas hurler au complot si votre témoignage envoie votre mari à Azkaban.

Narcissa déboucha la petite bouteille, un sourire arrogant sur les lèvres. Son témoignage allait lui permettre de ramener Lucius à la maison.

Le Veritaserum avait un goût à peine âcre et, quand il toucha sa langue, Narcissa eut l'impression d'avoir seize ans à nouveau. Cette année-là, Lucius avait eu dix-sept ans, et son père avait mis à sa disposition une jolie somme d'argent. A la différence de beaucoup de jeunes hommes de son âge, Lucius ne l'avait pas dépensée en balais de course ou en gadgets inutiles, mais avait donné une nouvelle jeunesse au jeu Action ou Vérité. Narcissa n'avait compris que bien plus tard qu'il n'avait fait cela que pour arracher des secrets aux héritiers des plus grandes familles... Il avait cependant cruellement échoué avec Regulus et elle.

Pendant les premières secondes, son esprit se vida et elle eut l'impression que sa conscience flottait dans une eau profonde. La sensation était très agréable, mais surtout déstabilisante. Privé de ses repères, un esprit mal préparé avait des difficultés à conjurer les barrières mentales qui ralentissait les effets de la potion. Il lui fallut plus de temps que dans ses souvenirs – quelques secondes tout au plus – pour retrouver la lucidité qui lui permettrait de contourner la potion.

- Votre nom ?

Elle cligna des yeux pour réajuster sa vision et se concentra sur Croupton et sur lui seul. Le Veritaserum qu'il avait déniché était un peu plus puissant que celui auquel son corps avait été habitué.

- Narcissa Charis Black.

- Date et lieu de naissance ?

- 30 Juin 1955, au Manoir Black, à Londres.

- Nom et date de naissance de votre enfant.

- Draco Lucius Malefoy, 5 Juin 1980.

Croupton sembla satisfait avec ces questions de routine.

- Ne perdons pas plus de temps... Lucius Malefoy est-il un Mangemort ?

Oui. Beaucoup le savaient mais très peu oserait le dire à voix haute pour ne pas perdre la protection de la famille Malefoy. La potion brûlait sa bouche, l'incitant à formuler la seule vérité. Elle choisit une parade.

- Mon mari ne porte pas la Marque des Ténèbres.

Ce qui était la vérité à l'instant précis, puisque l'hideux tatouage avait disparu la nuit du 31 Octobre, et elle ne le regretterait certainement pas.

- Oui, comme tous les Mangemorts, puisque leur petit Maître est mort, répliqua Maugrey. Lucius Malefoy est-il un Mangemort ?

Chacun avait sa technique pour mentir sous Veritaserum. Certain se répétait une vérité en silence pour étourdir la potion, d'autres se raccrochaient à leurs barrières mentales pour ne plus être sous influence. Narcissa avait décidé depuis que Lucius avait été arrêté qu'il n'était pas un Mangemort, mais une victime de Voldemort. Elle se l'était répété, des milliers de fois, comme une litanie incessante qui l'aidait à traverser la tempête qui s'abattait sur sa famille.

La vérité n'était qu'une histoire de point de vue... Elle l'avait compris sur les genoux de sa mère.

- Non, mon mari n'est pas un Mangemort.

Croupton lui adressa un regard sombre, Maugrey eut un rictus, et Scrimgeour secoua la tête.

- De nombreux témoignages contredisent le vôtre. Lucius Malefoy est-il un Mangemort ?

- Je suis sa femme. Je partage sa vie. N'insultez pas mon intelligence ! S'il avait été un Mangemort, je l'aurais sans aucun doute découvert après toutes ces années. Mon mari n'est pas un Mangemort.

- Ce sont des conneries ! rugit Maugrey en frappant un grand coup sur la table. Malefoy est un foutu Mangemort ! Tout le monde le sait ! La prochaine invention, c'est que Bellatrix Lestrange est un enfant de cœur, c'est ça ?

Narcissa dévisagea l'Auror. Son visage défiguré par trop de cicatrices était contorsionné dans un masque de colère noire, mais il venait toutefois de lui ouvrir la porte de sortie à laquelle elle avait méticuleusement réfléchi, pesant le pour et le contre dans le silence étouffant de son Manoir.

- Ma sœur est une Mangemort, tout comme son mari et le frère de celui-ci. Elle est même le Premier Lieutenant du Seigneur des Ténèbres. Elle ne s'en est jamais cachée et je suis surprise qu'elle ne soit pas sous les verrous après toutes ces années. Les Aurors serraient-ils aveugles et sourds ?

Elle dut inspirer profondément pour contrôler les battements de son cœur et étouffer la culpabilité qui l'empêchait désormais de trouver le sommeil. Après la déclaration de guerre de sa sœur – jamais elle n'aurait pensé qu'elle oserait s'en prendre publiquement à des Aurors, à l'endroit même où son cher Maître était mort –, Narcissa avait compris qu'elle ne pourrait pas lui éviter Azkaban. Le geste de Bellatrix était un aveu que personne ne pouvait ignorer. Des affiches promettant une récompense impressionnante pour sa capture – plus morte que vive – fleurissaient partout, sur toutes les places publiques, dans les journaux, et même dans le monde moldu.

Elle ne lui éviterait pas la prison. Peut-être arriverait-elle à la convaincre de disparaître dans un autre pays, mais Bellatrix était beaucoup trop fière – et bien trop dévorée par la folie des Black – pour se ranger à cette solution.
Alors si elle ne pouvait pas lui éviter la prison, elle sauverait Lucius, retrouverait Draco et protégerait Maellyn. Ils étaient tout ce qui lui restait de sa famille et elle ne laisserait plus personne s'en prendre à ce qu'elle avait de plus cher au monde.

Sa déclaration eut l'effet escompté. Les trois hommes, qui la regardaient de haut une poignée de minutes plus tôt, avaient oublié leur hostilité affichée pour une véritable curiosité.

- Mon mari n'est pas un Mangemort. S'il a été mêlé aux affaires du Seigneur des Ténèbres, je suis sûre que cela était contre son grè, comme il vous l'a expliqué à de nombreuses reprises si je ne m'abuse.

Croupton prit place sur une chaise, face à elle.

- Selon les dire de votre mari, il a été contrait de fraterniser avec Voldemort sous les effets de l'Imperium. Que pensez-vous de cela ?

- Je n'ai jamais rien remarqué d'étrange. Il a toujours été sujet aux migraines, et comme tous les hommes, il donne souvent l'impression d'être perdu dans ses pensées. Je n'ai aucun goût pour la politique et il le sait... Il me raconte rarement ses journées de travail dans le détail.

L'interrogatoire ne s'éternisa pas après cela. Croupton ne semblait pas satisfait par ses déclarations – sans doute avait-il pensé que cette entrevue tournerait à son avantage – mais il serait obligé de les présenter lors du procès de Lucius, puisqu'il s'agissait d'un témoignage à décharge selon la loi sorcière.

Croupton s'en alla, suivi de Maugrey – qui ne cachait pas son mépris – et seul resta Scrimgeour.

- Votre fils est en parfaite santé. Il est placé chez Andromeda Tonks. Quant à votre filleule, elle se porte également très bien, mais étant donné l'identité de ses parents, nous jugeons plus prudent de ne pas révéler où elle se trouve en ce moment.

Narcissa laissa échapper un soupir de soulagement. Malgré les différents qui l'opposaient à sa grande sœur, elle savait qu'Andy les mettrait de côté pour s'occuper de son neveu comme s'il s'agissait de son propre fils. Elles avaient toujours eu le sens de la famille en commun.

Elle ne pouvait pas être aussi confiante pour sa nièce. Pour tout ce que ses avocats avaient réussi à apprendre, il était fort probable qu'elle soit chez des Aurors pour décourager une attaque de la part de Bellatrix et Rodolphus – ce qu'elle craignait également –. Plus vite Bellatrix serait arrêtée, plus vite Maellyn retrouverait – enfin – une vie normale.

...

Mardi 10 Novembre 1981, Quartier Général de l'Ordre du Phénix, localisation inconnue.

Ils étaient douze. Treize s'il comptait encore. Et ils avaient tous ce même regard hagard, comme si aucun d'entre eux ne réalisait qu'ils étaient là, vivants, après toutes ces années de lutte.

La victoire n'aurait pas dû ressembler à ça.

Remus avait rêvé la plus belle fête de sa vie. Plus émouvante que le dernier anniversaire qu'il avait fêté avec son père et sa mère malade, plus bruyante que celle qui avait salué le départ des Maraudeurs de Poudlard, et plus belle que le mariage de James et Lily.

Au lieu de cela, ils n'étaient que treize âmes en peine qui se demandaient en silence s'il n'aurait pas été plus juste de mourir avec les autres au combat. Survivre à tant de personnes, devoir se souvenir de tous ces visages qui n'avaient pas eu leur chance, savoir que les rôles auraient pu être échangés, donnait un goût amer à la victoire et rouvrait soudainement toutes les blessures qui avaient été ignorées jusque-là.

L'Ordre n'avait pas fait de fête. Personne ne semblait en avoir ni la force, ni l'envie. Et puis fêter quoi ? La mort des Potter, de Peter ? La trahison de Black ? Le répit qui leur était accordé ?

Parce qu'ils n'avaient pas gagné, pas vraiment.

- J'aurais aimé pouvoir dire que cette réunion était la dernière de l'Ordre du Phénix, mais je crains que ce soit loin d'être le cas, expliqua Dumbledore, après la minute de silence qu'ils avaient respecté en l'honneur de ceux qui étaient tombés, aussi bien ces dernières semaines, que depuis le début de leur lutte.

Remus était d'accord avec ça. Il n'arrivait pas à croire que Harry, un petit garçon de quinze mois, ait tué le plus grand Mage Noir depuis Grindelwald lui-même. Millicent Bagnold ne semblait pas partager les doutes de Dumbledore – Voldemort était mort et le monde sorcier devait passer à autre chose. Le plus tôt serait le mieux – et elle avait ordonné aux Aurors de concentrer leurs efforts sur la capture des derniers Mangemorts, dont la bande Lestrange, menée par Bellatrix.

Heureusement pour l'Ordre, Frank et Alice Londubat ne pouvaient pas retourner sur le terrain après leurs trop nombreux mois passés loin du Département des Aurors. Ils avaient quitté leur cachette à la demande de Dumbledore, et s'employaient à faire toute la lumière sur la nuit du 31 octobre, s'appuyant sur toutes les informations qu'ils avaient amassés sur Voldemort depuis qu'ils avaient été diplômés de l'Académie des Aurors. Sans oublier que plus d'un an passé enfermé hors du monde leur avait laissé le temps de devenir des experts en Magie Noire.

Remus était intimement persuadé qu'Alice et Frank Londubat en savaient plus long sur Voldemort que Dumbledore lui-même. Comment expliqué autrement que leur psychopathe national ait tant insisté auprès de ses troupes pour que l'un d'entre eux lui ramène leur tête ?

- Aucun corps n'a été trouvé, pas même des fragments, et sa baguette est introuvable. Je n'appelle pas ça un meurtre, mais plutôt une disparition soudaine et inexpliquée, reprit Alice. Bien sûr, le corps de Voldemort a très bien pu se désintégrer avec le souffle magique, mais les rares sortilèges qui permettent cela n'aurait pas épargné Harry à ce point.

- Le rôle de l'Ordre est de garder l'oeil ouvert, dit Dumbledore. Les Aurors sont débordés, et tous les efforts se concentrent pour faire tomber les Mangemorts. Une fois de plus, il ne reste que nous.

Remus passa une main lasse sur son visage. Son regard croisa celui abattu d'Emmeline Vance à l'autre bout de la table. Il n'était pas sûr d'avoir la force de continuer à lutter contre les forces des ténèbres, mais il savait qu'il n'avait pas le choix. Si James, Lily et Peter étaient là, ils se seraient engagés à nouveau. James aurait sans doute trouvé un nom de code particulièrement ridicule pour cette mission, comme il le faisait du temps de leurs blagues à Poudlard.

Son cœur se serra douloureusement, et il retint sa respiration pour emprisonner la douleur au fond de lui. Si la moindre larme lui échappait, il allait sans doute s'écrouler une fois de plus, et récolter toute une collection de condoléances et de pitié qu'il ne supportait déjà plus.

Alice et Frank leur expliquèrent à quoi ils devaient rester attentifs : disparitions, rumeurs, trafic d'ingrédients rares comme le sang de licorne...

Toutefois, la réunion ne prit fin qu'une longue heure plus tard, puisque Fol-Oeil voulut leur expliquer à quel point les Mangemorts avaient réussi à retourner leur veste. Il pesta un long moment contre Lucius Malefoy qui, selon toute vraisemblance, n'écoperait que d'une assignation à résidence de quelques mois, au lieu de la peine à perpétuité à Azkaban qu'il avait amplement mérité.

Remus se leva en même temps que les autres, et voulut partir le plus vite possible, de peur qu'une des McGonagall ne le piège dans un interrogatoire dont elles avaient le secret.

Dumbledore l'intercepta bien avant qu'il n'eut rejoint la porte.

- Ça ne sera pas long, Remus.

Il le suivit dans un coin de la pièce avec un soupir qu'il ne chercha pas à dissimuler.

- Minerva m'a transmis ta requête concernant Harry...

A sa pause et à son regard désolé, il devina la réponse avant qu'elle ne passe les lèvres de son ancien directeur.

- Ce n'est pas possible, Remus. Du reste, pas pour le moment. Tant que le problème des derniers Mangemorts ne sera pas réglé, il vaut mieux que personne ne lui rende visite. Bellatrix n'est pas sans savoir que tu étais ami avec les Potter et pourrait essayer de remonter à lui à travers toi. Sa sécurité doit être notre priorité.

Remus serra les dents. L'expression compatissante de Dumbledore lui donnait envie de lui fracturer le nez d'un méchant coup de tête. Ou du reste, c'était ce que le loup lui murmurait à l'oreille. D'ordinaire, il l'ignorait plus facilement... Sauf que la pleine lune était pour demain ce qui, ajouté aux derniers événements, compliquait chaque aspect de sa lycanthropie.

La vérité était qu'il savait depuis le début qu'il ne reverrait sans doute jamais le petit garçon, ou du reste, pas avant qu'il ne soit d'âge d'entrer à Poudlard. S'il n'avait pas été un loup-garou, il aurait peut-être eu une chance d'obtenir sa garde, dans un an ou deux, mais une loi interdisait aux loup-garous d'adopter un enfant. Il n'avait pas la moindre chance, et encore moins si Dumbledore avait décidé que la place de Harry se trouvait avec Pétunia Evans.

- J'imagine que ce n'est sans doute pas le bon moment, mais tes contacts chez les loup-garous pourraient être utiles... Voldemort risque de se tourner vers ses anciens alliés pour obtenir de l'aide.

Le loup voulut l'envoyer au diable. La guerre était terminée et il en avait plus qu'assez de se confronter à ses semblables. Leur misère le rendait profondément malade.

Mais lui, Remus, devait bien trop à Albus Dumbledore pour lui refuser quoi que ce soit.

- Je vais demander, Monsieur...


(1) Gamp, Shafiq et associés: Merci à Sundae Vanille de m'avoir prêté le cabinet d'avocats de La Course au Chien Sauvage.

Vous ne pensiez quand même pas échapper aux réactions de Cissy et Remus, quand même ? (les pauvres choupis).

J'avoue que je suis curieuse d'avoir votre avis sur :

- L'avenir compliqué de Maellyn

- Narcissa qui a plus d'épaules que son mari.

- Mon pauvre, pauvre Moony d'amour qui est au bout de sa vie.

Bon, si vous voulez envoyer des messages de soutien aux survivants de l'Ordre ou rejoindre le fan club officiel de Minerva, je suis aussi partante !

Juste pour vous prévenir : le prochain chapitre est le fameux sur les Lestrange, et j'ai envie de dire, ça va mettre de la joie et de la bonne humeur dans votre mois de septembre !

Pour rappel :

- C'est la saison de la trêve estivale, parce que je serais là où il n'y a pas internet dans trois semaines. Donc dernier chapitre avant le premier weekend de septembre.

- J'ai un peu pitié de vous, donc je posterais tous les quinze jours à partir de la rentrée.

- Le concours pour la 150ème review est toujours en jeu. Le prix en jeu est le premier « chapitre » du UA (le truc est officiellement hors de contrôle). A vos claviers;)

Profitez bien des vacances et du soleil !

A bientôt !

Orlane.

Mis en ligne le 15/07/2017