CHAPITRE 38 : Requiem pour une énigme

Mes mains tremblent tellement que je suis incapable de saisir la tasse de chocolat chaud que Tante Hermione vient de déposer devant moi. Elle n'a de cesse de me dire que ça va me faire du bien mais, sincèrement, j'en doute.

Nous sommes dans son bureau au ministère de la magie, troisième sous-sol. Bien que nous sommes profondément enfouis sous la terre, la fenêtre qui se trouve derrière ma tante offre une magnifique vue sur une prairie ensoleillée. Un vent qui n'existe pas agite les ramures d'un arbre et quelques oiseaux viennent se percher tour à tour dans les branches. Je suis sûr que si je patiente assez longtemps, je verrai un mulot ou un lapin galoper sur l'un des petits vallonnements.

Le bureau d'Hermione m'a l'air bien plus grand que celui d'Harry mais peut-être est-ce dû au fait qu'il soit impeccablement bien rangé. Il y a beaucoup de livres mais tous sont soigneusement alignés sur des étagères, triés en fonction du sujet, de la taille et du nom de l'auteur. Le rangement, ici, ferait pâlir de jalousie la vieille bibliothécaire de Poudlard. Quelque photos son disposées ici et là. Sur le bureau même, je vois un cadre dans lequel se pressent Ron et les enfants. Sur le mur là-bas, près d'un diplôme d'étude des runes, je vois trois enfants se bousculer en riant. Je reconnais mes oncles et ma tante. Cette photo semble avoir été prise au Terrier lorsqu'ils avaient douze ou treize ans.

Hermione vient s'asseoir face à moi. Seul le bureau nous sépare.

« Bois, Teddy. Je te promets que ça va te faire du bien. »

J'inspire profondément et saisit la tasse, faisant de gros efforts pour ne rien renverser. Le chocolat est brûlant mais sa saveur sucrée descend le long de mon œsophage, répandant une douce chaleur dans tout mon corps. Elle a raison, je me sens déjà beaucoup mieux.

« En cas d'attaque de Détraqueur, énonce Harry en sirotant sa propre boisson près de la porte, le chocolat est le meilleur des remèdes. C'est ton père qui me l'a appris. »

Lorsque nous avons quitté Azkaban et que nous nous sommes retrouvés sur la plate forme d'entrée fouettée par les vents, Harry n'a pas perdu une seconde et nous a fait transplaner jusqu'au ministère où nous nous sommes pressés dans le bureau d'Hermione. Je dois avouer que notre arrivée l'a plutôt surprise. Lorsque nous lui avons raconté ce qui venait de se passer, elle a fermé la porte derrière nous et y a lancé un Silencio pour être sûre que personne ne puisse surprendre notre conversation.

Elle me jette un coup d'œil dans lequel je lis une lueur d'amusement.

« Quoi ?

_ Une antilope.

_ Oui et alors ? »

Hermione rit.

« Je ne sais pas, je ne m'étais pas attendu à ça. »

Je repose ma tasse sur le bureau. Avant même qu'elle ne touche le bois, ma tante glisse un parchemin vierge en-dessous, probablement pour que je n'abîme pas le vernis. Le pragmatisme avant tout, j'admire beaucoup ma tante.

« Et alors ? Qu'est-ce que ça a de si spécial ?

_ Le Patronus est la forme physique de ton moi profond, Teddy. Et l'antilope est la preuve que tu as bien trop souvent tendance à te sous-estimer.

_ Ah ? »

Mon air incrédule la fait à nouveau rire. Je sais que ça peut paraître idiot mais après les terribles moments passés à Azkaban, un peu de bonne humeur me fait un bien fou.

« L'antilope représente la force intérieure et la confiance en soi. Je t'expliquerai tout ça en détail un autre jour. (elle se tourne vers mon oncle.) Harry, est-ce que tu peux me répéter les derniers mots de McNair ?

_ Tout reprend là où tout a commencé. Il a ajouté qu'il trouvait ça amusant. »

Une ride se creuse sur le front de ma tante, preuve qu'elle est en train de réfléchir intensément. Les yeux plissés, elle semble fixer un point derrière mon épaule.

« Hannah Londubat, Eloïse Midgen et Justin Finch-Fletchley, énonce-t-elle. Tout n'est qu'une question de sang. C'est ce que semble également prouver l'implication des Moldus de Vitruve. Une question de sang… »

Elle répète plusieurs fois d'affilée les derniers mots. Je termine ma tasse de chocolat et soupire.

« Ce McNair n'avait pas l'air disposé à parler. Harry, tu lui as promis une fenêtre mais il n'a rien dit de plus.

_ Evidemment, répond ce dernier. Il me tenait au chantage. S'il m'avait donné ses informations avant que je fasse le nécessaire pour qu'il obtienne sa cellule avec fenêtre, j'aurais très bien pu revenir sur ma décision et décider de le laisser là finalement. Qu'est-ce qu'il y aurait gagné ?

_ Rien, bien sûr. Mais est-ce que l'inverse ne peut pas fonctionner également ? Je veux dire, tu peux le faire changer de cellule et lui il peut décider de ne rien te dire non plus.

_ Dans ce cas je le ferais immédiatement transférer dans son ancienne cellule et il n'y aura rien gagné non plus. Non, Teddy. S'il tient réellement à sa fenêtre il va être obligé de me donner son information. »

Il pose sa tasse vide près de la mienne sur le parchemin.

« Hermione, Justin a dit que Goyle est coupable.

_ Oui et c'est bien ce qui m'embête. »

Je fronce les sourcils.

« Pourquoi ?

_ Parce que Goyle n'est pas assez intelligent pour fomenter ce genre de plan. Il y a forcément quelqu'un derrière tout ça.

_ Est-ce que tu penses à Drago ? »

Hermione hausse les épaules et une ombre passe sur son visage. J'avoue ne pas comprendre grand-chose à ce qu'ils racontent mais à mon avis c'est principalement parce qu'ils parlent de gens que je ne connais pas.

« Le fils de Drago est très ami avec Albus et Rose, reprend Harry. Et d'ailleurs, je ne pense pas que Rose nous pardonne un jour de mêler le père de son petit ami à une telle histoire.

_ Je sais Harry et c'est bien ce qui me pose problème. »

Je fais travailler ma mémoire. Le petit ami de Rose, Scorpius, est issu d'une vieille famille de sang-purs qui, sincèrement, donne froid dans le dos. Mais je serais bien incapable de dire s'ils ont ou non une réelle implication dans l'histoire du papillon. Les doigts d'Hermione tambourinant sur le bureau me ramènent à la réalité.

« Il y a… dit-elle tout bas, quelque chose qui m'interpelle. Harry, tu te souviens des leçons particulières que tu prenais avec Dumbledore ?

_ Celles qui avaient pour but de me faire comprendre les Horcruxes ? Oui je m'en souviens. Plus ou moins.

_ Dans l'une d'elle, Dumbledore se rendait dans un orphelinat, non ? Pour y rencontrer Tom Jedusor.

_ C'était la première si je me souviens bien.

_ Et si tout avait commencé là ? »

Harry se gratte pensivement le menton. Puis tout à coup, il se tourne vers moi.

« Teddy, comment est-ce que tu te sens ?

_ Bien. Enfin je crois.

_ Parfait. Alors on y va. »

Et avant même que je puisse réagir, il se dirige vers la porte. Hermione se lève et enfile son manteau.

« Je vous accompagne. »