Et nous voilà enfin au dernier chapitre de cette histoire ! Et pour marquer le coup, c'est un très gros chapitre que je vous offre. Les expériences sont finies. C'est le moment des révélations et du dénouement !

Souvenez-vous (chapitre 22), John apprend à jouer du violon et un pari est en cours entre Sherlock et Mycroft. Voici donc les titres choisis pour la représentation de John au violon : Lost Girls - Lindsey Stirling ; Brothers (Fullmetal Alchemist) - Taylor Davis ; Sherlock Medley on Violin - Taryn Harbridge. Vous pouvez les écouter en allant sur Youtube.

On se retrouve en bas pour la suite du blabla.

Bonne lecture !


Rating de ce chapitre : M

Chapitre 36 : Épilogue

Chambre de John – L'Amour avec un grand A

Ou comment écrire une nouvelle histoire à deux

(John [Chaton] & Sherlock [Amour])

.

Le soleil filtrait à travers les rideaux tirés, apportant assez de clarté pour distinguer chaque objet de ma chambre.

Je me réveille doucement d'une nuit réparatrice. L'appartement était très calme. Rien n'avait perturbé mon sommeil, un fait rare qu'il me fallait mentionner. En même temps, Sherlock est sorti peu après le dîner la veille et ne m'avait pas dit quand il rentrerait. Je suppose donc qu'il n'est, soit pas encore rentré, soit en train de dormir.

Trois semaines se sont écoulées depuis la dernière expérience avec Irène Adler. Sherlock et moi n'avons jamais abordé le sujet, mais je n'arrête pas de ruminer les mots qu'elle a tenu avec Sherlock. Rien a été très explicite à ce moment-là et j'étais passablement perdu dans mes sensations pour pouvoir faire attention au contenu de leur propos. Elle semblait fâchée contre lui, mais pourquoi ? Je ne saurais peut-être jamais le fin mot de l'histoire. En tout cas, je suis sûr d'une chose : je ne devrais plus la revoir avant très, très longtemps.

Je reste allongé sur le dos, les mains derrière la tête à réfléchir sur ce que j'allais faire aujourd'hui. Les enquêtes se faisaient rare. Greg ne nous a rien confiés depuis un moment et les clients qui nous fournissaient des affaires intéressantes ne se bousculaient pas à notre porte.

Dans un sens, ça me faisait des vacances. Mais je préfère tout de même avoir une activité pour m'occuper l'esprit, sinon, j'allais finir par m'ennuyer comme Sherlock qui ne fait rien en dehors des enquêtes, ce qui rendait déjà notre quotidien insupportable.

Dans ces moments-là, je m'occupe comme je pouvais : ménage, cuisine, courses, payer les factures, travailler mon violon, me balader au parc, passer du temps chez Greg pour regarder un match sur sa très grande télévision à écran plat – quand il n'est pas occupé avec Mycroft.

D'ailleurs, ces deux-là filaient le Grand Amour. Ce que je trouve fantastique, après ces longs mois, c'est qu'ils soient si fusionnels. Greg m'a avoué qu'ils se voyaient très souvent (bien plus que moi quand je sortais avec Mycroft) et qu'il allait bientôt habiter chez lui. Je suis heureux pour eux. Vraiment.

Pourtant, je ne peux m'empêcher d'avoir un pincement au cœur en comparant ma situation à la leur. Sherlock voyait bien que j'avais l'esprit ailleurs, que mes regards appuyés sur lui en disaient plus que des mots… Pourtant, il ne faisait rien pour arranger les choses. À croire qu'il n'y avait que moi que ça touchait. Je suis convaincu qu'il ressent quelque chose pour moi, mais jusqu'à présent, je ne suis pas parvenu à transpercer sa carapace. Est-il amoureux de moi ou son amitié s'est-il juste renforcé ?

Je n'arrive pas à reprendre cette vie qui me plaisait tant avant sa disparition. Trop de choses ont changé entre nous, et je ne parle pas que de mes sentiments pour lui.

J'ai réaménagé avec lui quelque temps après l'enterrement de Mary, et alors que j'étais en deuil, Sherlock m'a fait cette proposition d'expériences sur le sexe. J'ai accepté tout en mettant mon veto. Je ne savais pas trop dans quoi je m'embarquais et je préférais assurer mes arrières.

Sherlock m'avait toujours fasciné et cette proposition ressemblait peu à ce que je connaissais de lui. Le sexe n'avait jamais été dans ses centres d'intérêt. J'ai pensé un moment que ces deux années à l'étranger lui avait peut-être ouvert l'esprit sur certaines choses de la vie.

Seulement, je n'imaginais pas quels bouleversements cela allait entraîner : mes sentiments que je taisais depuis toujours ont refait surface, alors que mon rêve de coucher avec lui se réalisait enfin. Moi, me découvrant bisexuel, Mycroft me voulant dans son lit, Greg qui en pinçait pour moi, et Sherlock... Sans compter les différentes expériences qui ont changé ma conception du sexe.

Je rumine au fond de mon lit. Un coup d'œil à mon réveil m'annonce qu'il est 8h22. J'inspire et expire profondément. Je repousse les couvertures, m'assieds au bord du lit et m'étire en baillant largement.

Il ne servait à rien de tergiverser une fois de plus, comme tous les matins au réveil, depuis des mois. Le fait de profiter de Sherlock pendant les enquêtes, dans les expériences ou dans notre quotidien de tous les jours était une bénédiction en soi. Au moins, il était vivant et j'ai bien l'intention qu'il le reste. Peu importe si notre relation reste amicale tant qu'il est près de moi.

Je me lève, enfile mes chaussons et ma robe de chambre pour descendre à la cuisine.

Je prépare la théière que je remplis d'eau et la mets à chauffer. Pendant ce temps, je prépare les toasts.

J'ouvre la porte coulissante qui mène au salon et constate que les stores étaient toujours abaissés. Je traverse la pièce pour les ouvrir ainsi que les fenêtres pour aérer la pièce. Je passe la tête au-dehors pour observer la vie qui continuait inlassablement de circuler sur Baker Street. Un brin de nostalgie me prend en repensant à tous ces moments où Sherlock et moi observions les passants en bénéficiant de la science de déduction de mon ami.

J'entends la sonnerie qui indiquait que l'eau est prête. J'inspire un bon bol d'air frais avant de me détourner pour revenir à la cuisine.

En chemin, quelque chose attire mon attention au coin de l'œil. Je remarque sur la table basse une pile de carnets rouges. Plus je m'en approche, plus je comprends de quoi il s'agit. Ce sont les carnets sur lesquels Sherlock a inscrit toutes ses analyses sur ses expériences.

Plus d'une fois, j'ai été tenté de les lire en essayer de les subtiliser à son insu ou en voulant lire par-dessus son épaule. Il ne m'a jamais laissé faire et a gardé farouchement son travail hors d'atteinte. Je n'ai d'ailleurs jamais su où il les cachait depuis.

Et voilà qu'ils étaient là, devant moi.

Une lettre était posée dessus. Je la prends et la déplie pour lire son contenu :

Mon Très Cher John,

Je voulais t'en parler de vive voix, mais finalement, je préfère te laisser cette lettre.

J'ai décidé d'arrêter les expériences. J'ai récolté suffisamment de données pour comprendre tout ce qui a attrait au sexe. Tu as été le sujet le plus instructif que je pouvais espérer, et je t'en remercierai jamais assez.

Je pense qu'il est temps que tu prennes connaissances du contenu de ces livrets et que tu comprennes le but de toutes ces expériences.

Tu n'y trouveras pas que des données scientifiques. Toutes mes réflexions, toutes mes observations, toutes mes pensées, et bien plus encore, sont écrites noir sur blanc.

Je sais que tu attendais de moi une réponse à tes attentes. C'est maintenant chose faite.

Lis-les et fonde-toi ta propre opinion.

Sherlock.

Je me sens un peu déboussolé. Beaucoup de questions me viennent à l'esprit : pourquoi arrête-t-il les expériences ? Suis-je à l'origine de sa décision ou à cause de la dernière expérience avec Irène ? Qu'est-ce qui changera entre nous ? Va-t-il s'éloigner de moi ? Pense-t-il que je vais partir après avoir lu ces notes ? Que vais-je y découvrir ?

Il ne sert à rien de me faire du mouron maintenant. Si je veux avoir le fin mot de l'histoire, il me faut lire ces livrets.

Je passe par la cuisine récupérer ma tasse de thé et les toasts pour me donner un peu d'énergie et retourne m'asseoir sur le canapé. Je prends le premier livre de la pile et commence ma lecture.

« Mes connaissances dans les différents domaines de la vie des criminels, des gens normaux ou d'autres notions comme les cendres de tabac, la chimie organique… me sont nécessaire afin de démêler chaque mystère à résoudre dans toutes les affaires qui me sont confiées. Et j'en conviens que j'ai toujours besoin d'apprendre tout ce dont j'ignore sur des sujets très particuliers. Seulement, certains aspects plus intimes me font parfois défaut dans ma compréhension du comportement de la population.

Tout commence avec... »

.

L'horloge sonne onze heures. Je relève la tête du dernier carnet que je repose sur la table au milieu de tous les autres que j'ai jeté pêle-mêle au fur et à mesure dans mon avancée. J'avais lu bon nombre d'exposer sur les différentes expériences et en avait survolé quelques autres purement scientifiques.

J'avais déjà pris conscience depuis ma première rencontre avec Sherlock qu'il était capable de tout savoir sur moi rien qu'en m'observant. J'étais loin de me douter qu'il eût pu en découvrir encore plus sur moi juste à ma façon de bouger et à l'intonation de ma voix.

La justesse de ses mots sur ses analyses prouve qu'il a poussé ses recherches jusqu'au détail le plus insignifiant de ma personne, comme savoir combien j'avais de grain de beauté sur la peau – en m'apprenant que j'en possédais un sous mes parties intimes. Qui s'intéresserait à ce genre de détail ? Même Mary n'avait pas poussé son exploration de ma personne aussi loin.

Mais plus que ces détails analytiques, ce sont ses réflexions qui ont le plus retenu mon attention. Ses notes étaient tout simplement une déclaration d'amour.

J'enlève mes lunettes que je pose sur le dernier carnet et m'allonge sur le canapé, les bras jetés par-dessus ma tête.

Une légère brise s'engouffre par les fenêtres ouvertes, faisant voler quelques papiers qui traînaient sur le bureau.

Je me sens léger, le cœur gonflé d'un sentiment nouveau. Comme si le voile qui me cachait la vérité depuis si longtemps avait enfin disparu. Tout me paraît à présent très clair. Et la simple conclusion que j'en retiens, c'est qu'il m'aime ! C'était écrit noir sur blanc sur plusieurs carnets.

Bien entendu, il y avait aussi des révélations qui m'ont fait mal, notamment concernant Moriarty. Comment a-t-il pu me cacher la vérité aussi longtemps ? Pour me protéger, certes ! mais je pense être capable de supporter le pire.

Je me penche pour récupérer mon téléphone, laissé sur la table basse, et tape quelques mots :

''Rentre à la maison, il faut qu'on parle'' -JW

Après plusieurs minutes d'attente, sans avoir de réponse, je décide de l'appeler. Malheureusement, il ne décroche pas.

Ce n'est pas son genre d'ignorer mes appels. Je suis certain qu'il a son téléphone en main, mais qu'il a juste décidé de ne pas me répondre. J'ai beau insister, il ne décroche toujours pas. Je lui laisse des messages, des textos. Rien n'y fait, il ne répondra pas.

Un sentiment de tristesse m'empare. Et s'il croyait que je voulais me disputer avec lui ? S'il croyait que j'allais le rejeter ? M'en aller ? Impossible ! Il est parfaitement au courant de mes sentiments. Il l'a toujours su ! Alors pourquoi ce silence ?

Les heures passent et Sherlock ne rentre toujours pas. Je tourne en rond au milieu du salon tel un lion en cage. Je commence sérieusement à m'inquiéter. Et s'il lui était arrivé quelque chose ?

Le téléphone en main, je décide d'user ma dernière carte.

— Mycroft ! As-tu vu Sherlock ? dis-je d'un ton qui trahit mon inquiétude.

— John ? Que se passe-t-il ? Je n'ai pas vu mon frère depuis un certain temps. Qu'a-t-il fait ?

— Il est parti hier soir et n'est toujours pas rentré.

— Je ne vois rien d'anormal à ça, ce ne serait pas la prem-

— Il m'a laissé ses carnets d'expériences avec un mot qui disait qu'il arrêtait tout, le coupé-je. Je sais qu'il m'aime. Il connaît mes sentiments pour lui. Tout y est écrit ! Mais j'ai beau l'appeler, lui laisser des messages, il ne répond pas ! Je ne sais pas quoi faire d'autres.

— Garde ton calme, John ! Je pense savoir où il se trouve.

— Merci, Mycroft !

— Sois patient, Sherlock te reviendra. Je t'en fais la promesse.

Sitôt raccroché, je sens cette boule au ventre qui me faisait mal, disparaître un peu. J'ai confiance en Mycroft pour me retrouver son frère. Il connaît mes sentiment pour Sherlock et fera tout pour m'aider.

Avachi sur le fauteuil de Sherlock, je me suis assoupi. Je ne m'étais pas rendu compte combien cette tension était en moi depuis si longtemps. Maintenant que je connais la vérité, je me sens un peu plus serein même si tout n'a pas encore été dit.

Je me réveille en douceur. Un son de portière à peine perceptible. Je me lève et regarde par la fenêtre. Je vois une limousine, et à ses côtés, Mycroft et Sherlock en train de discuter en fumant. Quelle mauvaise habitude ! Mais en général, c'est quand il est en proie au stress ou à l'ennui qu'il se met à fumer.

Mon cœur se met à cogner fort dans ma poitrine. Je suis tellement soulagé.

Depuis que je connaissais les sentiments de Sherlock, son éloignement m'était insupportable. J'ai besoin de le voir, de le toucher, de l'embrasser. Cette attente est pire que tout.

Mon téléphone se met à vibrer. Le message est court et me rend heureux :

''J'arrive !'' -SH

.

La porte s'ouvre enfin et la silhouette longiligne de Sherlock apparaît dans le salon.

Mon cœur fait un bond dans ma poitrine.

Il porte son regard sur moi, toujours près de la fenêtre. Il semble inquiet.

— John… Je…

Je me précipite sur lui. Mes bras s'accrochent à ses épaules, je me hisse sur la pointe des pieds et plaque mes lèvres contre les siennes. Je mords brutalement sa lèvre inférieure pour quémander l'accès qu'il m'offre sans hésitation, malgré la surprise qu'il a eue au premier abord, ne s'attendant pas du tout à ma réaction si impulsive. Je donne à notre baiser sauvage toute l'attente, la frustration et la joie de le retrouver.

Après quelques secondes d'un échange fort, je me sépare de lui et me repose sur mes talons. Mine de rien, rester perché, la tête renversée pour atteindre sa bouche, n'était pas la position la plus facile à tenir sur le long terme.

— Ou étais-tu ? Je me suis inquiété.

— J'avais besoin de réfléchir. Je… John…

Je lui mets l'index contre sa bouche pour l'empêcher de parler. Avant d'aller plus loin, il fallait que je lui dise ce que j'ai sur le cœur. Je brise la promesse que je me suis faite de le laisser faire le premier pas. Mais il l'a déjà fait, en quelque sorte, en me laisser lire ses notes.

Maintenant, avant qu'il me confie ses doutes et incertitudes, je devais le rassurer sur ma réponse.

— Écoute-moi d'abord, Sherlock ! Il est important qu'avant que tu ne dises quoi que ce soit et que tu te fasses une quelconque déduction erronée, que tu aies toutes les données. Je connais ta logique et je veux être sûr que tu comprennes ce que je vais te dire. Et aussi frustrant que ça puisse paraître, surtout pour moi, je me dois de faire preuve de tempérance pour que nous soyons sûrs tous les deux dans quoi nous nous engageons.

Il me fait signe d'aller nous asseoir sur nos fauteuils avant de continuer.

Assis face à face, j'inspire un grand coup et me lance :

— J'ai lu tous tes livrets et je dois t'avouer que j'ai été flatté par tous les détails que tu as découvert sur moi, juste en m'observant. J'ai longtemps douté de ce que tu pouvais tirer de moi sur certaines expériences. À présent, tout est clair. Il faut que tu saches que j'ai toujours aimé ce que tu es, ton intelligence, ta spontanéité, tes déductions extraordinaires, la personne que tu es. Et ce, depuis que nous nous sommes rencontrés. Je n'avais pas idée de la place que tu avais prise dans ma vie, jusqu'à ce fameux jour…

— Reichenbach, comprend-il.

Je fais un signe de tête et poursuis:

— J'ai apprécié l'aide de ton frère, sans qui, je ne serais peut-être plus là aujourd'hui. Sans qui, je ne t'aurais pas retrouvé vivant. Et puis, il y a eu Mary.

Il y a un moment de silence avant que je reprenne :

— Je suis heureux que tu m'aies proposé ces expériences. Je crois que sans ça, j'aurais cherché une autre épouse pour refaire ma vie. J'aurais repris une vie normale, sans toi à mes côtés au quotidien.

— Mais ce n'était pas concevable, poursuit-il. Je m'étais fait à l'idée que Mary serait la seule et unique femme dans ta vie. Elle m'a demandé une chose, souviens-toi : elle m'a fait promettre de veiller sur toi. Sache que cette simple phrase avait un sens bien caché, connus que de nous deux. J'ai eu une conversation avec elle, un jour où tu étais à la clinique. Elle m'a avoué une chose sur toi : elle m'a dit que depuis mon retour, tu avais changé. Tu n'étais plus aussi omniprésent avec elle. Elle te sentait ailleurs. Tu ne t'éloignais jamais de ton téléphone au cas où je t'appellerais. Mary était très intelligente. Elle avais compris tout de suite les sentiments qui te rongeaient et que tu ne pouvais exprimer.

« Elle savait aussi combien tu comptais pour moi, bien que ton amitié soit la seule chose que j'attendais de toi. Elle m'a demandé que si jamais un jour, elle venait à disparaître, quelle que soit la raison, que je ne devrais jamais te quitter, ni te laisser t'éloigner de moi. En d'autres termes, elle souhaitait rester la seule femme dans ta vie.

« Mais tu es un homme attiré par les femmes. Que pouvais-je faire pour te garder près de moi ? C'est alors que peu de temps après, tu m'as révélé ce que tu as ressenti à mon absence. Tu sais combien je suis ignorant de ces choses sentimentales, pourtant, j'avais bien compris ce que tu essayais de m'avouer sans dire les mots.

« Mais Mary était toujours là, donc pas de quoi m'en inquiéter. Après son décès, tu étais dévasté. C'est Mycroft qui est venu me voir pour m'obliger à te sortir de là. J'ai donc imaginé un moyen de te garder avec moi, grâce aux expériences. Je t'avoue qu'avec du recul, je m'y serais sûrement pris autrement.

— Tu connaissais mes sentiments depuis tout ce temps et tu n'as rien fait ? m'offusqué-je.

— Tu étais mon meilleur ami, John, se défend-il. J'ignorais que j'avais développé des sentiments plus forts pour toi. Tout ce que je voulais, c'était te donner ce qu'il te manquait, le sexe, tout en étudiant sur toi tout ce qui avait trait à la sexualité pour mon instruction personnelle. Ce n'est que bien plus tard que je me suis rendu compte que j'avais de plus en plus de mal à te partager avec tes partenaires, tout en restant en retrait à observer.

— Donc, si je résume ce que tu viens de me dire, nous étions amoureux l'un de l'autre, depuis avant les expériences pour moi, et peu après pour toi, et que nous sommes restés aveugles des sentiments de l'autre. J'avais peur de te perdre si jamais je te l'avouais, Mycroft m'a convaincu de ne pas t'en parler pour que tu ne me rejettes pas.

— Pff ! C'est Mycroft tout craché ! Il a retardé ce moment juste pour être avec toi. Sache qu'au début, je ne pouvais pas, car Mycroft avait mis ses conditions, et puis je t'avais promis de te débarrasser de lui. Enfin, tu as lu le premier carnet, tu sais de quoi il retourne.

— C'est d'ailleurs la partie que j'ai le moins aimé, je t'avoue. Quand j'ai commencé à lire, je me suis dit que j'ai été manipulé tout du long, je me suis senti comme une sorte de défouloir pour vos appétits sexuels débridés. Je me suis retenu de jeter tes notes au feu avant de m'abstenir et de prendre le temps de lire le reste, et heureusement, sinon, c'est avec mon poing dans la gueule que je t'aurais accueilli.

Sherlock frémit en imaginant qu'il était passé à côté d'une tragédie.

— Que fait-on maintenant, John ? s'enquit-il.

— Tu dois bien en avoir une petite idée ? lui souris-je avec malice.

— Je pense savoir ce que tu as en tête. Où ?

Je me lève et m'approche de Sherlock. Les mains de Sherlock étaient posées sur les accoudoirs. Je prends l'une d'elles dans la mienne et tire un peu. Il comprend de suite qu'il devait me suivre en se levant.

Arrivés dans le couloir, nous montons l'escalier qui mène à ma chambre. Mon cœur bat à tout rompre, sur ce que je m'apprête à faire. D'ordinaire, c'est Sherlock qui orchestrait les expériences. Maintenant, c'est à moi de le mener là où je le voulais et je sais qu'il me suivra sans se poser de question.

Sa poigne s'est affermie autour de ma paume. Il est tout aussi tendu que moi, car il n'a rien prémédité. Il se lance, tout autant que moi, dans l'inconnu. Vers le lieu sacré qui allait nous unir pour la vie. Par ce geste, il me donne toute sa confiance.

Arrivé sur le palier, Sherlock semble vouloir me laisser encore la possibilité de me rétracter.

— John, es-tu bien sûr de toi ? Tu n'es pas gay. Tu peux encore choisir de tout arrêter là et de reprendre une vie normale. Je suis prêt à te rendre ta liberté...

— Sherlock ! Je suis sûr de moi. Je te veux, parce que je t'aime !

Ça y est ! Je l'ai dit !

Les yeux dans les yeux, je ne peux manquer cet éclat dans son regard et le sourire qui illumine son visage. Il se penche sur moi et dépose un baiser sur mes lèvres. Je ferme les yeux instinctivement pour en apprécier leurs douceurs. Mais ce fut de courte durée, car il s'écarte de moi aussi rapidement qu'il avait amorcé le contact.

N'en pouvant plus de ce petit jeu qui dure depuis trop longtemps entre nous, j'ouvre la porte de ma chambre et tire sa main pour le prendre dans mes bras et de l'autre main, je tire sur sa nuque pour l'amener à mon niveau. Je m'empare de ses lèvres avec beaucoup d'emphase, désireux de ne plus le laisser jouer avec moi plus longtemps. À partir de maintenant, c'est moi qui mène la danse et il va vite comprendre que je ne suis pas un petit joueur comme lui.

La porte claque dans mon dos alors que nous avancions inéluctablement vers mon lit. Une main sur sa nuque et l'autre toujours accrochés à la sienne, je n'arrivais pas à me détacher de lui tant l'attente de cet instant m'a si longtemps consumé.

Tout en l'embrassant, je commence à déboutonner sa chemise violette en prenant tout mon temps malgré l'impatience évidente de mes mains qui tremblaient. Je libère sa chemise de son pantalon et lui ôte l'étoffe de ses épaules en le faisant glisser le long de ses bras et tomber au sol. Mes mains cajolent son torse d'une douceur incomparable. Je me rends compte à présent qu'il y avait bien longtemps que je n'avais pas goûté sa peau.

De son côté, il me dépose une succession de baisers humides qui parcourt mon visage, pendant que ses mains remontaient progressivement mon pull jusqu'aux aisselles. Il rompt le contact le temps de faire passer le vêtement par-dessus ma tête et le laisser tomber.

Étant bien plus habillé que lui, il poursuit mon effeuillage en déboutonnant mon chemisier et l'envoyant rejoindre la poussière, tout comme mon t-shirt qui les suivit de près.

Ainsi torses nus, nous voilà déjà en train de nous embrasser à nouveau.

Cette fois, n'y tenant plus, je m'écarte de lui et le pousse sans ménagement sur le lit et me jette sur lui. Ma bouche est partout, sur ses lèvres, son nez, ses pommettes, son oreille, son cou… Je le dévore littéralement.

Des litanies de « Je t'aime ! » coulent de ma bouche à chaque baiser. Maintenant que plus rien ne nous séparerait, je ne pouvais davantage les retenir. Je devais exprimer haut et fort ces trois mots pour qu'elles se gravent à jamais dans le palais mental de mon, désormais, amant.

Mes mains descendent plus bas et commence à déboutonner son pantalon. Pas sitôt ouvert que je plonge ma main dans son boxer. Mais Sherlock ne l'entend pas de cette oreille et accroche mon poignet pour m'arrêter.

— Att… Attends, John ! tente-t-il entre deux baisers qui le faisaient frissonner de plaisir.

— Attendre ? Pourquoi attendre ? dis-je, tout en continuant mes baisers pour entendre à nouveau les soupirs de Sherlock. J'attends ce moment depuis si longtemps.

Sherlock pose sa main libre sur mon torse et m'écarte de lui afin d'avoir toute mon attention.

— Quoi, encore ? grogné-je.

— Tu ne crois pas que tu vas trop vite ?

— Trop vite ? Non, je ne crois pas. Laisse-moi faire et tu ne le regretteras pas. As-tu confiance en moi ?

— Aveuglement ! sourit-il

Je lui rends son sourire en retour. Je sais maintenant pourquoi j'ai toujours été le passif dans ses expériences. Tout s'est éclairé en lisant ses notes. Alors, j'ai bien l'intention de combler le moindre de ses désirs, parce que c'est ce qu'il attend de moi : que je prenne soin de lui.

Ma main de nouveau libre, je reprends ma progression jusqu'au fruit défendu. À peine mes doigts entourent sa verge, qu'il se cabre. Sa sensibilité est exacerbée à chaque fois que mon pouce glisse sur sa pointe. Je savais l'effet que ça faisait sur moi, et je ne doutais pas qu'il apprécierait tout autant. Je sens le liquide pré-séminal mouillé mon pouce et je décide d'arrêter la torture là, sinon, il arriverait trop vite et ce que je voulais plus que tout, c'était de prendre notre temps.

Je retire ma main et termine de le déshabiller. Il soulève ses hanches pour me faciliter la tâche.

Je lui adresse un sourire complice avant de détailler son corps. Je ne cesse de me dire qu'il était tellement beau et que mon désir pour lui ne pourrait jamais s'éteindre.

Tout ce qui m'importe à présent, c'est de combler ce corps, et je ne manquais pas d'idées. Plus de deux ans avec Sherlock et mes partenaires, et j'étais devenu expert en matière de sexe. Si améliorer mes performances au lit était son objectif, il allait pouvoir en expérimenter les effets.

Je me lève et entreprends de retirer mes derniers vêtements. Son regard balayant mon corps ne m'échappe pas. Après tout ce temps, il ne se lasse toujours pas de me mater, j'en suis flatté. Pourtant, il ne se doute pas un instant que le sien pouvait prétendre à la même attention.

Je monte sur le lit et m'allonge complètement sur lui. Une main dans ses boucles tentatrices et l'autre partit à la découverte de l'irrésistible tentation de sa peau laiteuse. Il n'est pas en reste et me parcourt le dos jusqu'aux fesses avec ses longs doigts de violoniste, me tirant des gémissements de plaisir.

Je l'embrasse avec plus de passion, nos bouches s'entrouvrent pour laisser nos langues se rencontrer. C'est doux, sensuel, chaud. Je pourrais l'embrasser sans cesse, tant j'étais heureux d'être dans ses bras.

Nos corps glissent l'un sur l'autre. Nous étions pris dans une sorte d'euphorie tentatrice, incapable de nous en défaire. Je ressentais dans cette étreinte tout l'amour que nous partagions. La fusion de nos bouches se voulait plus ardente, plus passionnelle. Nos corps tremblaient, frissonnaient. Il nous fallait plus. Beaucoup plus pour assouvir le désir qui naissait au creux de nos reins.

À regret, je brise notre baiser qui fait grogner de frustration Sherlock, qui était sûrement prêt à rester ainsi infiniment, mais j'ai besoin de sceller notre amour dans un acte beaucoup plus charnel.

Nous aurions pu vivre notre amour plus simplement, surtout à nos âges avancés, mais à l'évidence, ça n'avait jamais été dans les intentions de Sherlock.

Ses expériences m'ont prouvé qu'elles étaient à l'image du subconscient de Sherlock. Même s'il ne l'avouera pas avant très longtemps, je suis certain de ce que j'avance. Il veut de l'amour, des câlins et du sexe. Beaucoup de sexe. Et pas du tout sage. Sherlock est passé d'avant les expériences de vierge à expert en sexe. J'allais devoir tempérer tout ça par la suite.

En attendant, je vais lui donner ce qu'il a toujours voulu. La consécration de tous ces longs mois de travail sur mon corps. Il ne sera pas déçu du résultat !

Je me recule au bout du lit, sous les yeux médusés de Sherlock qui comprend immédiatement ce que j'allais faire, en écartant les jambes pour me laisser la place de m'installer.

Je lèche la face interne de sa cuisse, le forçant à écarter davantage ses jambes en pressant ma bouche sur sa peau. Le premier contact de ma langue entre ses jambes lui arrache un hoquet.

Le nez dans ses parties, ma langue remonte de ses bourses jusqu'à la pointe déjà bien humide. Après un regard bien vicieux de ma part dans les prunelles de ces yeux qui lui fait accélérer sa respiration, je le prends en bouche.

Je me contente de le sucer longuement pour m'imprégner de la texture de sa chair et tester le goût sur ma langue. Je l'avais déjà fait et j'avais adoré. Maintenant, c'est tout bonnement délicieux ! Les sentiments donnent toute leur saveur au sperme. Rien qu'à ce constat, je me mets à pomper activement sur le membre dur et gonflé. Il me faut beaucoup de patience avant que Sherlock ne se libère dans ma bouche. Je suis impressionné par son contrôle, ce qui présage une longue nuit d'amour.

Je remonte au-dessus de lui et me penche pour l'embrasser à nouveau et lui faire goûter sa semence.

Que j'aime embrasser cet homme ! Ce sentiment ne m'a pas quitté depuis l'expérience sur le baiser.

J'ai un mouvement de recul quand je sens sa main se refermer sur ma queue.

— À ton tour, John !

Je me redresse sur les genoux et lui me suit en s'asseyant devant moi, sa tête au niveau de ma verge. Je passe mes mains dans sa chevelure bouclée si douce, si indisciplinée. Son visage relevé vers moi me dévoile un regard plein de tendresse et un brin de lubricité. Je lui souris et il part découvrir mon univers.

Ses coups de langue sont d'une indicible précision. On croirait qu'il a fait ça toute sa vie. Enfermée dans sa bouche chaude, ma queue se faisait câliner par sa langue qui trace des sillons de plaisir sur toute la longueur et maltraite le gland d'un désir inimaginable. Et pour combler ce tableau des plus pervers, ses mains pelotent mes fesses avec un doigt enfoncé profondément en moi en train de malmener la prostate.

Tout mon corps tremble sporadiquement dès qu'il touchait le point sensible. Mes doigts fourragent son crâne tout en basculant mon bassin d'avant en arrière pour imprimer le mouvement de va-et-vient. Enfin, après presque cinq minutes d'acoquinage tentatrice, je me vide dans sa bouche, entendant Sherlock déglutir plusieurs fois en avalant tout mon fluide.

Je m'assois à genoux devant lui tout en reprenant mon souffle.

La perte de contact me fait lancer un petit gémissement et je me jette à nouveau dans ses bras pour l'embrasser, encore et encore. Nous basculons sur le flanc, les jambes entremêlées pour avoir un maximum de peau en contact. La sueur fait glisser nos corps l'un contre l'autre électrisant nos sens. Bientôt, le simple fait d'avoir nos érections à nouveaux durs nous fait basculer dans une sorte de transe.

Ce n'était plus assez. Nous voulions nous unir, fusionner nos deux corps pour ne faire qu'un.

Comme je le pensais, Sherlock se met sur le dos et me laisse l'entier contrôle de son corps. Tout ce que voulait Sherlock, c'était que je prenne la main, que je lui fasse l'amour, comme je le faisais avec les femmes.

Avant, je n'en aurais pas été capable, tout simplement parce que Sherlock était un homme. Il savait que je n'aurais jamais accepté de faire ses expériences si l'enjeu voulait que je le fasse de mon propre chef. Goûter le plaisir du sexe avec un homme était déjà difficile à la base, mais jamais je n'aurais initié l'acte de moi-même. J'en prends à présent conscience.

Je passe une main entre ses jambes. Un de mes doigts s'introduit en lui. Il frissonne, ferme les yeux et renverse la tête en arrière. Je coulisse en lui en ajoutant deux autres doigts. Il est déjà très ouvert et la préparation est vite terminée.

Je me positionne sur lui, mon sexe encore lubrifié par la salive de Sherlock, me place entre ses fesses et après un dernier regard, je m'enfonce en lui. Ses sourcils se froncent à mon intrusion et il se resserre autour de moi. Je lui laisse quelques instants pour se détendre avant de commencer mon ascension jusqu'à la garde.

Une fois bien en place, je m'allonge sur son long corps et pose ma tête au creux de son cou pour profiter de sa chaleur moite contre ma joue. Je pourrais rester ainsi toute ma vie tant je me sens chez moi en lui. Une main vient me caresser les cheveux avec tendresse. Je ferme les yeux et inspire l'odeur musquée de sa peau.

Sherlock remonte un peu plus ses jambes et ses doigts descendent le long de mon dos pour s'insinuer entre mes fesses. Il touche la prostate par petits coups ce qui me fait réagir à l'avant.

— Ne t'endors pas, John ! Je sais qu'on est bien et que je pourrais rester comme ça toute la nuit… Mais après, si tu veux bien. Tout de suite, j'ai envie de te sentir bouger en moi.

J'ai redressé la tête pour le regarder dans les yeux. J'acquiesce et lui dépose un baiser léger sur ses lèvres avant de me redresser sur mes mains, basculant tout mon poids sur mes hanches.

— Je t'aime, Amour !

— Je t'aime aussi, Chaton ! Maintenant, fais-moi l'honneur de ressentir toute la force de tes sentiments.

Je pourrais m'offusquer de ce surnom qu'il m'avait trouvé suite à une expérience, pourtant, je trouve que ce n'était pas si mal, en fin de compte.

Je me mets à bouger en rythme lent au début, le temps de prendre mes marques. De profonds aller-retours, tout le long des parois internes. Ses mains sur mes fesses suivent chacun de mes mouvements. Progressivement, j'accélère la cadence avec de plus en plus d'amplitude. Mes coups de reins avaient trouvé le point érogène qui faisait glapir Sherlock à chaque coup.

Vingt minutes, c'est long, pourtant, c'est le temps qui s'étaient écoulé à la lecture du réveil-matin sur la table de chevet. Vingt longues minutes à entrer et à sortir de lui avec parfois des moments d'arrêt quand la jouissance arrivait trop vite. Je fais durer le plaisir au grand damne de Sherlock qui voulaient que ça aille plus vite et plus fort. Il a déjà été foudroyé par trois orgasmes et moi tout autant, mais je nous refusais la libération trop rapidement. C'était notre première fois en tant que couple, je voulais que ce soit parfait.

Étonnamment, Sherlock, tout comme moi, ne semblait pas sensible à la fatigue.

Je refais une pause. La question me brûlait les lèvres et je devais connaître de quoi il en retourne :

— Pourquoi tu t'arrêtes encore ! siffle-t-il entre ses dents. Tu veux ma mort ou quoi ?

— Ne te plains pas, tu adores ça, Amour ! Dis-moi une chose : comment tu expliques que tu aies autant de résistance que moi ?

— J'ai avalé un aphrodisiaque avant de rentrer. Et puis, tu n'es pas le seul à avoir été entraîné au sexe. J'en ai fait l'expérience après toi. En France, le jour où je t'ai laissé quelques heures, seuls à notre hôtel sous prétexte que j'avais une piste à vérifier. J'ai… Je me suis rendu dans un sexe club privé et… Voilà, je l'ai fait aussi !

— Ils étaient combien ? Juste par curiosité.

En fait, j'étais complètement abasourdi d'entendre cet aveu. Je ne m'y attendais pas du tout.

— Ils n'étaient que deux, mais très entraînés. Ça a été un véritable enfer !

— Je te crois ! Ça l'a été pour moi aussi, je te rassure !

Puis, nous pouffons comme deux idiots qui auraient révélé avoir fait quelque chose d'illégal.

— Chaton, et si on passait aux choses sérieuses ? Nous avons assez de résistance pour avoir plusieurs coïts à la suite, autant commencer maintenant, tu ne crois pas ?

— J'en salive d'avance !

À partir de là, je me lance à corps perdu dans nos ébats. Je le fourrage avec plus de fougue. C'est si divin que je ne compte plus le nombre d'extase que j'atteignais. Enfin, la délivrance ultime nous enveloppe de son cocon de soie. Épuisés, nous nous écroulons chacun de notre côté pour récupérer de notre adrénaline.

— Amour ? T'ai-je déjà dit combien je t'aimais ?

— Un certain nombre de fois, Chaton. J'aimerais t'entendre ronronner encore une fois.

Pour lui faire plaisir, j'initie mon bruit de gorge dans cette sorte de roulement agréable. Bizarrement, je ne sors ce son instinctivement que lorsque je suis passif, sinon, je devais me forcer un peu.

— Je t'aime, Chaton !

— Je t'aime aussi, Amour !

Encore essoufflés par nos ébats, nous sommes allongés l'un contre l'autre. Je caresse tendrement sa chevelure bouclée. Je dépose un baiser sur ses lèvres, puis deux et il vient chercher le troisième. Incapable de nous détacher l'un de l'autre, nous reprenons nos étreintes avec tendresse.

Un lit, des draps blancs, une odeur de sexe si récente qu'elle était encore tiède et musquée. Mes mains posées sur sa poitrine imberbe. Une poitrine d'homme. Le contact charnel procure un réconfort qui va bien au-delà du sexe.

La nuit était bien avancée et aussi résistant que je le suis, je sens le voile de brume s'insinuer en moi et engourdissant mes sens, bercés par les caresses de mon amant qui me cajolait dans ses bras.

.

Les rideaux n'étaient pas complètement fermés. La lumière du soleil matinal traversait le voile blanc et se déversait sur le lit.

Je n'ai encore jamais vu le corps d'un homme dans ce genre de lumière. Je ne me suis encore jamais réveillé auprès d'un homme, tout court. Même pendant la guerre.

Après ce que nous avions fait la nuit dernière, on aurait pu croire que je serais plus audacieux, mais non. J'ai presque peur de le toucher. Dieu sait si j'avais fantasmé sur Sherlock toutes ces années, mais ça... C'était beaucoup plus important.

Ses yeux grands ouverts m'observent avec tendresse. Combien de temps est-il réveillé ? S'est-il seulement endormi ou m'a-t-il câliné toute la nuit ? Peu importe. Ce qui compte, c'est de me réveiller à ses côtés.

Je lui caresse le visage. Mes doigts se logent dans son cou pour aller sur son épaule et descendre le long de son bras. J'adore la forme de ses muscles, la chaleur de sa peau et la douceur infinie de ses gestes.

Je lui saisis délicatement le menton et l'embrasse. Ce baiser le chavire et je me sens parfaitement capable de le combler une deuxième fois.

Très vite, nos échanges charnels reprennent, tandis qu'un téléphone vibrait, totalement ignoré, dans une poche quelconque.

.

Presque deux semaines s'étaient écoulées depuis que nous avions scellé notre amour.

Presque toutes les nuits, nous faisons l'amour.

Tendrement. Passionnément. À la folie.

Et nous ne manquions pas d'imagination.

Tandis que je prenais le petit-déjeuner, j'entends les pas caractéristiques de mon colocataire émerger de son ancienne chambre. Il passe à côté de moi, tout habiller de pied en cape.

Nous n'avions pas encore transféré ses vêtements dans la mienne. Il descendait au salon, la plupart du temps, avec juste un drap pour le couvrir, quand il était sûr qu'il risquait de croiser Mme Hudson. Sinon, il n'avait pas peur de dévaler l'escalier complètement nu.

— Tu sors ? demandé-je.

— J'ai une course à faire avant ta représentation de ce soir.

— Je vois. Bien... Je me disais que je pourrais faire quelques achats aujourd'hui. Je me suis dit qu'on pourrait peut-être changer le papier peint ou renouveler quelques meubles.

Sherlock me regarde avec circonspection.

— John... Je voulais t'en parler depuis un moment… Aimerais-tu reprendre ton travail de médecin ?

— Pourquoi me demandes-tu ça ? C'est vrai que ça me manque un peu, mais je suis déjà à plein temps avec toi sur les enquêtes.

— Sauf qu'on n'a pas d'enquêtes tout le temps et je vois bien que tu t'ennuies. Être deux à s'ennuyer, c'est devenu insupportable. L'appartement n'a jamais été aussi propre et rangé que depuis que tu es revenu vivre avec moi. Alors si tu souhaites reprendre un travail, ça ne me pose aucun problème du moment que tu te libères pour les enquêtes.

— Comme avant ?

— C'est ça ! J'aimerais que tu retrouves un peu d'attache avec une vie normale. Rester ici toute la journée ne t'apporte rien de bon… Changer de papier peint… Quelle idée !

— C'est bizarre de t'entendre dire ça, toi qui m'as fait perdre plus d'une fois mon travail par mes absences. C'est pourtant toi qui m'as demandé de quitter mon travail.

— C'est juste ! Mais tu n'étais pas bien à l'époque et je préférais t'avoir à mes côtés. Tu es un bon médecin et je trouverais dommage que tu perdes tes facultés par l'inactivité.

— Très bien. Je chercherais un emploi dès demain.

— Et oublie ton idée stupide de changer le papier peint, il est très bien comme ça !

Je ne peux m'empêcher de pouffer à son emportement. Il a raison, j'ai vraiment des idées stupides. Parfois, seulement.

Un peu plus tard dans la journée, Sherlock revient avec un cadeau volumineux : je découvre rapidement qu'il s'agit d'un violon tout neuf, pour que nous puissions jouer ensemble.

Je suis si heureux que pour le récompenser, je lui offre le plus langoureux des baisers.

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Le soir tant attendu de ma représentation au violon arrive enfin. Avec un peu de retard à cause d'une série d'enquêtes que Sherlock et moi avons mené en France et qui nous a retenus plusieurs mois. Je l'ai aidé de mon côté pour couvrir plus de terrain, grâce à mon parlé français plus qu'acceptable.

Toujours est-il que je me trouve maintenant, au milieu du salon, mon nouveau violon et l'archet à la main, à attendre que Mycroft et Greg s'installent sur le canapé.

Sherlock et Mycroft ont pris un pari sur ma capacité à apprendre le violon et jouer aussi bien qu'un professionnel en un an. Bon, nous avons dû repousser le délai sans que les deux parties s'en offusquent. Même avec un délai supplémentaire, aucun débutant ne pourrait atteindre un tel niveau. J'ai donc, non pas un, mais trois morceaux à jouer pour compenser le délai. C'est maintenant que je vais devoir prouver que je peux le faire.

Sherlock met le CD d'accompagnement dans la mini-chaîne et me fait un signe de tête pour me donner le feu vert. Les premières notes s'échappent des enceintes. Je pose le violon sur mon épaule, amène l'archet au-dessus des cordes et quand le moment de jouer arrive, je me lance.

Mes gestes sont parfaitement maîtrisés à un rythme mélancolique au début avant d'accélérer, puis de ralentir en passant en pizzicato et enfin relancer le couplet. J'enchaîne les trois titres que j'avais choisis. Franchement, je ne voulais pas faire du Mozzart, du Wagner ou du Strauss. Je ne m'en sentais pas encore capable, bien que je ne m'en sortisse pas trop mal sur certaines de leurs petites œuvres.

En fait, quitte à jouer du violon, je voulais faire quelque chose qui me plaisait. Sherlock avait ses goûts, moi les miens. Alors j'ai recherché sur Youtube des chansons populaires que j'aimais, et j'ai trouvé trois violonistes talentueuses qui les jouaient merveilleusement bien. J'ai tout de suite su ce que je voulais jouer.

Sherlock a usé de ses influences – c'est-à-dire Mycroft – pour me dénicher les partitions et les musiques d'accompagnement. Quand je les ai eues entre les mains, j'ai tout de suite commencé l'entraînement. J'ai eu beaucoup de mal au début, mais avec persévérance, jouant à n'importe quel heure du jour et de la nuit – empêchant même Sherlock de dormir, ce qui n'est pas peu dire, qui a dû rester sur le canapé, un oreiller sur la tête, à supporter mes mauvais accords.

Je n'en ai pas démordu et le résultat était là, aujourd'hui.

À la fin de ma prestation, tout le monde m'applaudit. Greg se montre très enthousiaste et Mycroft, en honnête joueur, reconnaît sa défaite. Je pense quand même qu'il n'a pas été trop sévère avec les quelques dérapages dans certains couplets. Il n'avait plus aucun intérêt à gagner maintenant qu'il sortait avec Greg.

Sherlock a donc gagné son pari de m'apprendre à jouer du violon. Il demande en faveur les clés de la maison en bord de mer pour que lui et moi puissions prendre des vacances bien méritées, seuls tous les deux.

Je saute dans les bras de Sherlock et l'embrasse dans mon emportement. J'avais plus ou moins lu ce détail dans l'un de ses livrets, mais je n'y avais pas forcément apporté beaucoup d'attention. Je me rends compte à présent combien Sherlock avait déjà tout planifié pour nous, il y a longtemps. Je ne lui en veux pas, car la surprise en valait bien la peine.

Dans les bras l'un de l'autre, j'entends un raclement de gorge et je me détache vite fait de Sherlock, honteux de mon laisser-aller.

Mycroft et Greg me sourient en se prenant la main. Ils se lèvent pour partir, remettent leur manteau sur les épaules.

J'ouvre la bouche pour leur dire quelque chose, mais je m'arrête avant qu'un mot malheureux n'en sorte. J'allais proposer qu'éventuellement, nous pourrions faire une partie à quatre. Je me mords la joue en songeant que finalement, l'idée allait germer de mon esprit mal tourné, plutôt qu'un autre. Pourtant, je suis persuadé que je ne suis pas le seul à le penser. Mais je crois que c'est mieux de ne plus franchir les interdits. Les expériences étaient terminées et tout le monde avait trouvé chaussure à son pied. Il est donc préférable d'en rester là.

On se souhaite une bonne soirée et nous nous retrouvons seuls, rien que tous les deux.

Les yeux dans les yeux, nous quittons le salon en atteignant la lumière et nous dirigeons main dans la main à l'étage où nous avons décidé que ma chambre serait notre chambre, le plus inviolé des sanctuaires.

.

Quelque temps plus tard, Sherlock et moi, nous trouvions devant la tombe de Mary. Presque trois ans s'étaient écoulés depuis ce jour où je l'avais mise en terre.

Accroupi devant la stèle, les bras chargés de fleurs, je les dépose sur le marbre. Sherlock, debout un peu en retrait, avait posé sa main sur mon épaule.

— Mary… Il est temps pour moi de te dire adieu. Je…

Mes yeux s'adoucissent à l'apparition. Je me relève et pose une main sur celle de Sherlock.

— Je voulais que tu saches que Sherlock et moi sommes en couple.

Mary, ma belle Mary me sourit avec tendresse.

— John ? Tu… Tu la vois ? s'enquit Sherlock avec une pointe d'hésitation.

— Oui, elle est debout à droite de la stèle.

— Oh… Mmh… Et… Tu la vois depuis quand ?

— Pour te dire franchement, peu après qu'elle nous ait quitté. Je la revois toujours ici, mais j'ai perçu sa présence plus d'une fois, surtout pendant les expériences. C'est sa voix que j'entendais parfois. Elle me disait des choses... sur toi. Je ne sais pas si j'en comprenais vraiment le sens sur le moment, mais avec du recul, tout ce qu'elle m'a dit s'est vraiment réalisé.

— Sur moi ? Par exemple ?

— Quand je suis venu ici pour le premier anniversaire de sa mort. Elle m'a dit que tu serais vulnérable le soir même et que je devais en profiter.

Les sourcils de Sherlock grimpent se cacher sous ses boucles face à ma révélation et arbore une moue dubitative.

— Elle a eu raison, non ? C'est le soir où j'étais saoul et où nous avons fini dans un hôtel bizarre. Et oui, je m'en souviens, pas de tout ce qu'on a fait, mais les grandes lignes. C'est d'ailleurs la première fois où c'est moi qui t'ai fait l'amour.

— Je vois… Mmh… Et... était-elle là pendant que nous… Ou les autres ?

— Des fois, oui. Je n'ai pas voulu t'alarmer bien que je pense t'avoir prouvé que je voyais des esprits. Mais oui, elle était soit au fond de la pièce, soit à côté de moi. Et je te rassure, elle a approuvé tous les choix que j'ai faits.

— Comment peux-tu le savoir ?

— Tout simplement parce qu'elle nous sourit en ce moment même et qu'elle nous souhaite d'être heureux.

Sherlock pose son regard à l'endroit où se trouve Mary. Il hésite un peu avant de prendre la parole :

— Mary… Tu peux compter sur moi pour rendre John heureux et je te jure que je prendrais soin de lui… jusqu'à la fin de ma vie.

Après son petit discours, il reporte son regard sur moi, un peu inquiet de parler dans le vide.

— Elle dit que tu as intérêt, sinon, elle viendra te hanter jusqu'à ta mort, lâché-je avec un petit rire.

Sherlock sourit à son tour en reconnaissant bien le trait d'humour de Mary.

— Bien. Nous allons partir, Mary. Ne te fais plus de soucis pour moi, je suis entre de bonnes mains. Et sache que tu resteras pour toujours dans mon cœur.

Je prends la main de Sherlock et nous quittons le cimetière où plus rien ne nous retenait. Je jette un œil par-dessus mon épaule. Elle n'était plus là, et je savais que je ne la reverrais plus.

Nous reprenons le chemin de Baker Street, vers le foyer que Sherlock et moi allons, désormais, bâtir ensemble.

FIN


Et voilà, c'est terminé ! J'espère que cette histoire vous aura plu. Dites-moi ce que vous en avez pensé !

Il ne vous reste plus que le chapitre BONUS à découvrir. Je pense que vous avez tous compris ce dont il sera fait. J'ai ai suffisamment parlé dans ce chapitre. Non ?

Il s'agit de l'annexe de tous les chapitres, où toutes les questions que John s'est posées, les non-dits, et ce qui se passait dans le dos de John, trouveront leurs réponses dans les carnets rouges de Sherlock. Vous saurez tout sur les tenants et les aboutissants des expériences et ce que pensait vraiment Sherlock.

C'est un peu le journal intime de Sherlock. Il a non seulement noté les faits et les analyses de ses expériences. Mais il a également ajouté des annotations plus personnelles. Ce qui explique pourquoi il n'a jamais voulu que John les lise. C'est carrément un livre ouvert à son cœur et il n'était pas prêt à laisser John y avoir accès, sinon les expériences n'auraient plus eu de raison d'être.

Donc, je vous dis à la semaine prochaine pour l'ultime chapitre et les blablas de fin. :)