Chapitre 32 : Cauchemar et entrevue

Maintenant que les Maraudeurs n'avaient plus aucun secret entre eux et que les vacances d'été approchaient, une grande question taraudait Sirius – où irait-il pendant les deux mois qui le séparaient de sa septième année ?

Bien sûr, ses amis ne manquèrent pas de remarquer son trouble et Remus finit par le prendre à part, un soir durant lequel il avait passé plus de deux heures à tourner en rond dans le dortoir.

« Sirius, qu'est-ce qu'il y a ? » demanda-t-il, assis sur son lit de préfet.

L'autre soupira en se frottant le visage.

« C'est juste que… Techniquement, je suis à la rue. Je veux dire – ici, j'ai quelque part où dormir mais une fois hors de Poudlard, pendant les vacances ? Je n'ai plus de maison et rien pour me payer un appartement ou quoique ce soit. Mes parents ont bloqué mon compte chez Gringotts et je ne pourrai toucher l'argent qu'il y a dessus qu'à ma majorité, soit dans un peu plus de six mois. »

Il ne mentionna pas le fait qu'il était presque sûr que son père ait vidé son compte le jour où il l'avait déshérité mais il lut dans le regard de Remus que celui-ci le pensait aussi.

« Tu peux venir à la maison, si tu veux. Je suis sûr que maman serait ravie de te voir et – bon, ce n'est pas aussi grand que chez toi ou James mais en attendant d'aller au manoir Potter, tu peux venir à la maison. »

« C'est vrai ? » s'exclama Sirius, le regard brillant, et il sauta au cou de Remus quand il le vit hocher la tête. « Merci Moony ! »

Le loup-garou eut un rire amusé et glissa ses doigts dans ses cheveux, souriant avec tendresse en le voyant fermer les yeux.

« Tu sais, ma mère pense qu'on est fiancés. » dit-il doucement et il sentit l'autre se tendre légèrement.

« Mais… Elle sait que c'est impossible, pas vrai ? Qu'on ne pourra jamais se marier ou adopter d'enfants ? »

Remus secoua la tête.

« Non. Quand je lui ai dit pour nous, elle a tout de suite commencé à parler de mariage et de tous ces trucs ennuyeux que seule une mère peut adorer. Et – elle était si heureuse quand elle en parlait que je ne pouvais pas lui dire qu'on n'aurait jamais d'enfants… »

« Il y aura toujours ceux de James et Lily. » répondit Sirius dans une vaine tentative d'humour. Remus le serra contre lui et recommença à parler comme si Sirius n'avait rien dit.

« Quand j'ai été mordu, mon père m'a fait promettre de ne jamais avoir d'enfants. Au début, je n'ai pas compris pourquoi – je n'avais que cinq et je n'avais jamais subi de pleine lune. Et Moony est sorti et j'ai su – personne ne n'a le droit d'imposer délibérément à un enfant de subir ça. C'est comme si on t'arrachait la peau et qu'on te brisait chaque os du corps. Alors quand j'ai su que je t'aimais et que tu m'aimais, tu ne peux pas savoir à quel point j'ai été soulagé. J'avais quelqu'un avec qui je pouvais passer le reste de mes jours sans craindre de transmettre ma maladie. »

« Ce n'est pas – »

« Si Sirius. Et j'en mourrai sûrement et je ne dois pas la propager, sous aucun prétexte. C'est pour ça que ma mère est si heureuse que tu sois mon compagnon – même si elle ne sait pas que ni toi, ni moi ne pourrons adopter (1) ou nous marier. »

Il y eut un petit silence et Sirius frotta son nez contre le cou de Remus.

« Je suis désolé Moony. »

« Désolé de ? M'aimer et me rendre heureux ? » répondit le préfet d'une voix sarcastique. « Sirius, tu sais très bien que peu importe les circonstances, que si on n'avait pas été dans la même maison ou si je n'avais pas été un loup-garou ou n'importe quoi d'autre, je t'aurai aimé. Je crois même que je suis tombé amoureux de toi la première fois que je t'ai vu. »

« Mais on avait onze ans ! »

La voix de Sirius était surprise et Remus rit en lui caressant la nuque.

« Je sais. Il m'a quand même fallu quatre ans pour m'en rendre compte. »

Son amant fronça le nez et marmonna quelque chose d'inaudible.

« Pardon ? »

« J'ai dit que j'ai su que je voulais passer ma vie avec un loup-garou trop maigre mais foutrement sexy quand il est concentré la première fois que je t'ai embrassé – et que tu as failli me tuer, soit dit en passant. »

« Tu m'en veux ? »

Un rire échappa à Sirius et il tapa légèrement sur le front de Remus.

« Bien sûr que non idiot. Pour être honnête, je n'avais jamais vu quelqu'un d'aussi beau. »

Le loup-garou rougit et cacha sa tête dans son cou, les faisant basculer sur le lit en souriant.
Sirius eut une exclamation de surprise et se mit à rire avant d'embrasser Remus doucement. Celui-ci sourit et ferma les yeux en se blottissant contre le brun, profitant de sa chaleur.
Il ne leur fallut pas longtemps pour de sombrer dans un profond sommeil.


Noir.
Il n'y avait que du noir, tout autour de lui.
Noir, noir, seulement du noir.
C'était ironique, pour lui – être terrifié par le noir et l'obscurité et les ombres.
Mais il pouvait les sentir – les démons dans l'obscurité. Et la lumière était partie, et tout espoir d'être à nouveau heureux.
Il n'y avait rien – excepté l'obscurité et le froid.
Et il pouvait sentir les ombres venir et il savait ce qui allait se passer mais il n'y avait rien à faire – pas d'échappatoire, seulement l'obscurité et la peur.

"Siriusssss… Viens avec nous Siriusssss…"

Il pouvait les entendre – les démons dans l'ombre.
Et il savait qu'elles lui feraient mal et qu'elles entreraient dans sa tête, déchirant tout espoir de lumière.

"Viens Siriusssss… Tu nous appartiens… Tu appartiens aux ombres Siriusssss…"

La voix de son père était là, tout autour de lui, et il pouvait sentir sa présence. Il pouvait sentir quelque chose couler le long de ses bras et de sa joue alors que les ombres approchaient. Et il sentait les ombres l'étrangler et il ne pouvait pas bouger – seulement regarder les ombres approcher encore et encore et encore.

« Siriusssss… »

« Sirius ! »

Il rouvrit brusquement les yeux, un cri de terreur lui échappant, et Remus lança un Lumos, le regard inquiet.

« Sirius, c'est moi, c'est Moony. Tout va bien mon cœur… »

Il écarta doucement les mèches noires du front de son amant, collées à sa peau par la sueur du rêve – cauchemar – qu'il venait de faire.

« D-désolé… » murmura Sirius en s'asseyant contre le dossier du lit, les mains tremblantes et le visage pâle.

« Hey chéri… » La voix de Remus était douce et il s'agenouilla face à lui. « Tu n'as pas à être désolé de faire des cauchemars. »

Il posa sa main sur la joue froide de Sirius, qui détourna le regard vers la fenêtre, contemplant l'orage.

« C'était mon père. » dit-il finalement. « Dans mon cauchemar. Et… Il y avait les ombres. Elles voulaient… Elles v-voulaient que je les rejoigne et je l'entendais me dire que j'étais à lui et il y avait du sang, Moony, tellement de sang et je pouvais pas l'arrêter et les ombres s'approchaient et j'avais tellement peur que je pouvais pas bouger e-et je savais qu'elles allaient me trouver m-mais je pouvais pas les arrêter… »

Il ramena ses genoux contre son torse, les larmes aux yeux.

« Sirius, il n'y a rien dans les ombres, tu le sais, n'est-ce pas ? » murmura doucement Remus et Sirius secoua violemment la tête

« Tu comprends pas ! Il y a quelque chose et je sais que personne ne peut le voir, j-juste moi… »

« Qu'est-ce que tu as vu ? » demanda le loup-garou, de l'inquiétude brillant dans ses yeux d'ambre.
Le brun secoua à nouveau la tête.

« J-je sais pas… C-C'est juste des choses, qui vivent dans les ombres e-et… »

Remus soupira faiblement et caressa la joue pâle de Sirius.

« Si je laisse de la lumière elles partiront ? »

« Je sais pas… Peut-être. »

Le préfet alluma la bougie sur sa table de chevet et rallongea l'autre garçon avec douceur.

« Rendors-toi Padfoot, d'accord ? »

Sirius hocha la tête et se blottit contre Remus, les yeux fermés, tandis que le loup-garou glissait ses doigts dans les cheveux raccourcis du brun.


Encore une fois, le dortoir des Maraudeurs était totalement silencieux.
Sirius regardait fixement le parquet en bois sans dire un mot, sentant les regards inquiets de James, Peter et Remus sur lui.

« Tu sais qu'on va devoir le dire à McGonagall ou à Dumbledore, pas vrai ? Je veux dire… Tu ne peux pas continuer d'aller là-bas et le laisser te faire du mal sans en parler à un professeur. Il pourrait te tuer, Padfoot. »

"Je sais mais… Je ne peux pas lui dire ! Et s'ils m'expulsent ou…"

La voix de Sirius se brisa et James et Remus échangèrent un regard inquiet.

« Sirius, dit le loup-garou tendrement, tu sais que Dumbledore ne t'expulsera jamais, pas vrai ? Surtout maintenant, avec la guerre et tous les Mangemorts dehors. Et je te l'ai dit, Padfoot, Moony ne laissera jamais quelqu'un te faire du mal sans conséquence – et moi non plus. »

"Alors… Tu me promets que je pourrai rester…?" demanda Sirius, ses yeux cherchent ceux de Remus comme un chiot effrayé et son amant s'assit à ses côtés.

« Oui Padfoot, je te le promets. Mais il faut qu'on aille le voir, maintenant. »

Le jeune homme poussa un soupir en se frottant le visage et hocha la tête.

« Je vous suis, dans ce cas… »

Les autres Maraudeurs se levèrent et Sirius fronça les sourcils.

« Vous venez ? »

« Evidemment, on va pas laisser un maraudeur seul alors qu'il est dans le besoin, pas vrai les gars ? » répondit James avec un sourire, ses yeux noisettes brillant doucement.
Les deux autres acquiescèrent et Sirius sentit une vague d'affection le traverser de part en part.
Même si ses parents avaient été les sorciers les plus affectueux du monde, il n'aurait pu trouver de meilleure famille que celle qu'il avait auprès des Maraudeurs.

James ralentit le pas pour se retrouver à son niveau, s'attirant un coup d'œil surpris de Remus – le poursuiveur se fit rapidement la réflexion qu'il ne voyait jamais l'un de ses deux amis sans savoir que l'autre veillait – et donna un léger coup d'épaule à Sirius.

« Comment tu te sens ? » demanda-t-il et son meilleur ami haussa les épaules.

« Je sais rien. Pour le moment, je suis juste… Inquiet. »

James passa son bras autour de ses épaules et le serra contre lui.

« Tout ira bien Pads, t'en fais pas. »

« Mhm. J'en suis pas si sûr, Prongs. Il est vraiment puissant et les autres sont vraiment convaincus qu'il a raison et il a de quoi te convaincre de lui obéir » répondit Sirius en se frottant le torse, là où il avait une cicatrice résultant de la « punition » qu'il avait reçue pour ne pas avoir rejoint les Mangemorts assez vite lors de la dernière attaque. « Il a même parlé des géants, des vampires et… des loups-garous. »

L'autre jeta un coup d'œil inquiet à Remus, qui plaisantait avec Peter, et reporta son regard sur Sirius.

« Tu sais ce qu'il leur veut ? »

« Leur soumission, je suppose ? Je sais qu'il a parlé d'une potion, ou un truc comme ça, qui pourrait leur rendre les transformations plus faciles. Mais il ment, comme toujours. J'en ai parlé à Remus, de cette potion, et il m'a dit que c'est impossible. Mais j'ai vu les meutes, tu sais ? Et… Je pense qu'ils vont vraiment le rejoindre. »

James eut une grimace et soupira.

« Ça craint. »

Sirius eut un léger rire et hocha la tête.

« C'est le cas de le dire, répondit-il avant de regarder devant lui. James, t'es pas en colère, hein ? »

« En colère à cause de quoi ? »

Le garçon aux lunettes regardait son ami avec curiosité et il vit l'autre hausser les épaules.

« Parce que je suis l'un d'eux ? »

« Dis pas de conneries Padfoot. Même si tu devenais un assassin ou que tu étais d'accord avec les idées de ta famille, tu resterais mon frère. »
La voix de James était prudente et Sirius sentit ses lèvres s'étirer dans un sourire ironique.

« T'es au courant que je vais devenir un assassin ? Que je vais devoir tuer des gens ? »

« Tu n'es pas obligé ! » s'exclama l'autre, s'attirant des regards surpris d'un groupe de Serdaigles qui passait dans le couloir.

« Tu n'as pas à l'être, reprit-il en baissant la voix. Tu pourrais juste… Demander à Dumbledore s'il n'y a pas un autre moyen, non ? Je veux dire – Tu ne seras pas l'un des leurs pour toujours, si ?"

« Je ne sais pas, James, répondit son meilleur ami – c'était l'une des rares fois où il utilisait son prénom en entier et son ton était réellement sérieux. Je ne sais même pas si je serai arrêté dès que j'entrerai dans le Ministère. Mais ce n'est pas le plus important. » Ses yeux gris orage regardèrent ceux, inquiets, face à lui. « Je veux que tu me promettes quelque chose, Prongs. »

« Quoi ? »

Sirius s'arrêta de marcher et regarda Remus et Peter avec un petit sourire triste.

« Si jamais je blesse quelqu'un qu'on aime – si je le blesse gravement, je veux dire – je veux que tu me tues. »

« Quoi ?! Non ! Sirius, je ne peux pas ! Je ne peux pas tuer mon meilleur ami !" La voix de James était presque brisée et il sentit son cœur se serrer.

« Promets-le-moi ! »Le ton de Sirius était implorant et son meilleur ami lut dans ses yeux toute sa peur – peur de faire du mal à ceux qu'il aimait, peur d'être comme sa famille, peur d'être un meurtrier. Sirius attrapa son bras et le serra.

« S'il te plait James… Promets-moi que tu le feras… Je ne peux pas blesser Moony une nouvelle fois. Pas après ce qu'il s'est passé avec Snivellus… » supplia Sirius et James hocha la tête.

« Je n'ai pas le choix, n'est-ce pas ? »

Son ami ne répondit pas et l'autre soupira.

"Très bien, alors. Je le ferai."

Le maraudeurs aux cheveux noirs sourit et accéléra, ne s'arrêtant que quand il fut à côté Peter et Remus, qui lui lança un regard un peu inquiet.

« Tout va bien Pads ? »

Sirius hocha la tête en souriant doucement et il tourna la tête vers James, qui les rattrapait.

« Vous parliez de quoi ? » demanda Peter, curieux, et le brun eut un sourire en coin.

« De la prochaine blague qu'on va faire, Pete. On a trouvé un sort fantastique, dans la réserve, y a deux nuits. »

« Sirius ! Tu m'avais promis que tu n'irais plus ! »

Le maraudeur grimaça en regardant Remus et lui offrit un sourire innocent.

« Alors je n'y suis pas allé ? Oublie ça Moony, tu n'as jamais entendu cette phrase. »

« Oui, et tu n'as jamais trouvé ce sort. »

La voix du préfet était sceptique et moqueuse et Sirius renifla, déçu.

« Les gars, on y est. » dit James au bout d'un petit moment. Son meilleur ami poussa un soupir et toqua à la porte en bois.

« Je pense que c'est mieux si tu y vas seul, Pads. » chuchota Remus. Sirius hocha la tête et entra dans le bureau de leur directrice de maison après avoir entendu un « Entrez ».

« Que puis-je faire pour vous, Mr Black ? » demanda McGonagall en regardant son élève d'un regard presque aussi perçant que celui de Dumbledore.
Sirius soupira et la sorcière fit un geste de la main.

"Asseyez-vous, Sirius." dit-elle. Elle sentait que le jeune homme face à elle avait une chose importante à lui dire et son visage pâle lui confirma qu'elle avait raison.

« C'est… C'est quelque chose d'important, professeur, et… J'ai besoin de savoir que vous m'écouterez. »

« Vous savez que je suis votre directrice de Maison et de ce fait, tout ce que vous me direz sera attentivement écouté. »

« Je sais, Professeur, répondit le jeune homme. Mais j'avais besoin d'en être sûr. » Il soupira et, regardant la femme face à lui dans les yeux, souleva sa manche, révélant sa Marque.

McGonagall eut un sursaut surprise et fixa le serpent qui ondulait doucement sur la peau, son teint devenant peu à peu blanc.

« Que vous est-il arrivé ? » murmura-t-elle d'une voix étouffée et Sirius se rendit compte qu'il ne l'avait jamais vue aussi choquée – même quand elle avait trouvé les Maraudeurs sur un de leurs lits alors que le reste de leur dortoir était inondé.
Sirius baissa un instant les yeux et soupira avant de lui expliquer rapidement ce qui lui était arrivé – le marché entre ses parents et Voldemort, la marque, sa fuite et les réunions de Mangemorts.
Lorsqu'il se tut, McGonagall hocha la tête, un air inquiet au visage.

« Je vais demander au professeur Dumbledore de vous recevoir le plus tôt possible. En attendant, je veux que vous alliez voir madame Pomfresh et que vous vous reposiez. »

Elle remit ses lunettes sur son nez dans un geste qui rappela à Sirius son meilleur ami et reprit :

« Vous pouvez y aller, je vous ferai parvenir l'heure de votre entrevue. »

« Merci Professeur. »

Sirius se releva et sortit du bureau de McGonagall, le cœur un peu plus léger. Il était sûr et certain que Dumbledore trouverait un moyen de l'aider.


(1) Dites-vous qu'ils sont en 1977 dans les îles Britanniques. Autant vous dire que si un homme était gay et que la police le savait, il était condamné à mort. Par contre, dans le monde sorcier on ne sait pas vraiment – merci la non-représentation de JKR, hein )
Bref, toujours est-il que je pars du principe que les gens savent que les gays existent mais personne n'en parle et ils n'ont pas le droit de se marier ni d'adopter – tout comme les loups-garous.