Chapitre trente-huit
À peine éveillé, l'esprit encore brumeux et entre deux mondes, Rick se retourna dans son lit. En souriant, il enfonça son nez dans l'oreiller près du sien, l'odeur de Kate y était encore imprégnée. Il n'en revenait pas de la place qu'elle avait prise dans son cœur en si peu de temps. Il se laissait doucement glisser de nouveau dans le sommeil, quand une mini tornade rousse surgit dans sa chambre et sauta sur son lit.
- C'est samedi Papa! S'écria Alexis euphorique. Elle va arriver!
- Mmffff! Il est... Grogna Rick en jetant un œil à son réveil. Six heures et demie?! Qu'est-ce que tu fais debout à cette heure?
- C'est le matin papa! S'écria de nouveau la fillette. Il faut se lever pour se préparer pour recevoir Kate!
- Chérie... Elle ne va pas arriver tout de suite... Il est encore très tôt... Marmonna-t-il en se disant que sa fille devait confondre Kate et le père Noël.
- Ohhhh, fit Alexis avec une moue déçue.
- Hey ! Ne fais pas cette tête-là, la consola-t-il, elle sera là dans quelques heures, c'est tout.
- Ah…
- Je vois, et si je te proposais de faire des pancakes en attendant ?
- Avec du sirop d'érable ?
- Avec des litres de sirop d'érable ! Approuva-t-il. On peut même se faire des beignets aux marshmallows et aux chips !
- Eurkkkkk ! Tu as de drôles d'idées papa !
- Bah quoi ? Les marshmallows, c'est bon, les chips, c'est bon et les beignets, c'est bon ! Alors le mélange des trois devrait être…
- Ecœurant, termina Alexis à sa place. Je t'en prie, papa, je n'ai pas envie de gâcher notre week-end avec une crise de foie !
- Mhm… Tu as raison… Allez ! A la douche ma citrouille, je prépare la pâte à pancakes !
- Ouais !
Moins d'une heure plus tard, ils dégustaient leurs pancakes en tête à tête. Alexis racontait à son père tout ce qu'elle avait fait durant leurs deux semaines de séparation. Bien sûr, il savait déjà tout, puisqu'elle l'appelait tous les soirs, mais il tenait à l'entendre une nouvelle fois, ainsi, il avait l'impression d'avoir été avec elle chaque jour.
Trois coups discrets furent frappés à la porte d'entrée.
- C'est elle ! S'écria Alexis.
- Déjà ?! J'en doute, elle est plutôt du genre marmotte d'habitude… S'étonna Castle. Ça doit plutôt être le facteur…
- Lui non plus, il ne passe pas très tôt d'habitude, répliqua Alexis en sautant en bas de son tabouret. Je vais ouvrir !
La fillette se précipita vers la porte d'entrée, qu'elle ouvrit avec un grand sourire en criant :
- Bonjour !
Kate, qui ne s'attendait pas à se retrouver face à face avec Alexis, étant donné qu'il n'était pas encore huit heures, fut surprise et répondit timidement :
- Euh… Bonjour… Tu dois être Alexis ?
- Oui ! Et toi, tu es Kate ?
- C'est ça, sourit Kate en se baissant pour se mettre à la hauteur de la fillette. Je suis enchantée de faire ta connaissance !
- Moi aussi ! Tu es aussi jolie que papa me l'avait dit ! La complimenta la petite fille, ce qui fit rougir instantanément Kate. Entre ! On a fait des pancakes !
Kate suivit la petite fille à l'intérieur, où elle fut accueillie par Rick.
- Hey ! Salut toi !
- Hey, répondit-elle en déposant son casque de moto sur le guéridon de l'entrée.
- Tu as une moto ! S'émerveilla Alexis.
- Oui, une softail, sourit Kate, tu aimes les motos ?
- Je ne sais pas, mais le cousin de mon copain Matt en a une et il l'emmène parfois faire un tour…
- Je ne m'attendais pas à ce que tu arrives aussi tôt ! Intervint Rick, qui n'aimait pas trop la tournure de cette conversation.
- Ah… Euh… hésita Kate surprise par l'intervention de son petit ami. On n'avait pas vraiment convenu d'une heure… Alors je suis venue dès que j'ai été prête…
- Tu as bien fait, sourit-il ce qui la rassura aussitôt. Mais dis-moi ? Tu es tombée du lit ?
- En quelque sorte, soupira-t-elle. Pièce à Conviction est venu ronronner près de mon oreiller, on aurait dit une tondeuse à gazon!
- Pièce à conviction ? Répéta Alexis d'un air interrogateur.
- Un chaton, que j'ai recueilli, expliqua Kate.
- Celui qui était dans l'arbre ?
- … Oui…euh… S'étonna Kate en jetant un regard à son petit ami.
- Je lui ai raconté notre rencontre, expliqua Rick.
- C'est rigolo comme nom ! J'adorerais avoir un chat ! Dit Alexis.
- Je te le présenterai si tu veux, proposa Kate.
- Oh oui ! J'aimerais beaucoup !
- Alors la prochaine fois, je l'emmènerai avec moi !
- Chouette ! Tu veux un pancake ? J'ai empêché papa d'y mettre son coulis marshmallow-caramel !
- Marshmallow-caramel ? Grimaça Kate.
- Il adore faire des expériences en cuisine, il se prend pour un chimiste, mais ce n'est pas toujours très bon, expliqua Alexis.
- Comment ça ? Ce n'est pas toujours très bon ? S'indigna Castle.
- Mais c'est vrai !
- Un pancake, c'est très bien ! Accepta Kate en s'installant sur la chaise proposée par ses hôtes.
- Excellent choix ! Se réjouit Castle. Je suis le maître des pancakes !
- Là, c'est vrai, il fait les meilleurs pancakes du monde, approuva Alexis en s'asseyant aux côtés de Kate.
- Tiens, dit cette dernière en sortant un paquet de son sac à dos.
- Qu'est-ce que c'est ? Interrogea Alexis.
- Un petit cadeau…
- Un cadeau ? S'étonna la fillette.
- Ce n'est pas grand-chose, ouvre-le !
Alexis ouvrit le paquet et découvrit un livre de contes magnifiquement illustré.
- Wah ! S'émerveilla la fillette.
- Il n'est pas neuf, ma mère me l'a offert quand j'avais à peu près ton âge… C'était mon livre préféré et comme ton papa m'a dit que tu adorais les livres, j'ai pensé que ça te ferait plaisir…
- C'est super ! Se réjouit Alexis en sautant au cou de la jeune femme. Merci Kate !
- Eh un pancake pour la dame ! Lança Castle en tendant une assiette à Kate.
- Merci, lui sourit Kate.
Rick lui rendit son sourire, heureux de voir que le contact se faisait bien entre Kate et sa fille.
- Alors ? Vous avez prévu quelque chose pour aujourd'hui? Demanda Kate.
- J'avais pensé à une balade, commença Rick.
- Oh oui ! On pourrait aller au zoo ! Se réjouit Alexis.
- Tu es partante ? demanda Castle en se tournant vers Kate.
- Pourquoi pas, sourit Kate heureuse à la simple idée de passer du temps avec eux.
- Alors va pour le zoo ! Mais dépêchons-nous, parce qu'à cette époque de l'année, il ferme ses portes tôt, lança l'écrivain.
Ils finirent donc leur petit déjeuner et se préparèrent pour leur sortie.
Le sac pour le pique-nique rempli de sandwichs, de boissons et de friandises en tous genres, ils partirent tous les trois pour le zoo. Alexis trépignait d'impatience au fur et à mesure qu'ils s'approchaient du zoo et que les images d'animaux fleurissaient sur les panneaux indicateurs. Ils arrivèrent enfin et se dépêchèrent d'aller acheter leurs tickets d'entrée, car comme la fillette ne cessait de le répéter : chaque seconde était précieuse !
La caissière reconnut l'écrivain dès qu'elle l'aperçut et lui adressa des flatteries toutes plus lourdes les unes que les autres. Rick lui répondit poliment et lui signa même un autographe. Kate roula des yeux agacée, comment pouvait-on se comporter avec un tel sans-gêne? Elle aurait bien attrapé Rick par le col, pour lui claquer un baiser si langoureux que ça en aurait été une atteinte à la pudeur, mais décida que ce n'était pas une attitude à adopter en présence d'enfants. Elle rongea donc son frein, non sans jeter quelques regards bien noirs à cette femme sans gêne.
Cela suffit à la mettre mal à l'aise, puisqu'elle coupa court à ses flatteries et reprit une attitude plus professionnelle.
- Eh bien ! J'ai cru que tu allais lui faire avaler son bulletin de naissance, rigola Rick alors qu'ils s'éloignaient des caisses. Je suis sûr qu'elle en tremble encore !
- C'est de ta faute aussi ! Tu n'avais pas besoin de lui faire du charme ! L'apostropha-t-elle.
- Je ne lui faisais pas du charme ! Se défendit-il.
- Oh ! Oh ! Je crois que cela fait de vous ma plus grande fan! Rétorqua-t-elle en forçant sa voix et ses mimiques dans une imitation si convaincante qu'Alexis éclata de rire.
- Elle t'imite drôlement bien papa !
- Tu trouves que c'est moi ça ?! Je ne prends jamais une telle posture ! Et puis ma voix n'est pas comme ça !
- Tu devrais regarder les films de tes séances de dédicaces, Castle, ricana Kate.
- En tout cas, je ne lui faisais pas du charme ! Ça fait partie de mon job ! Il faut que je bichonne mes fans !
- Et puis quoi encore ?! S'écria Beckett ! Tu leur écris des bons bouquins et tu leur signes des autographes ! C'est à ça que se limite ton job ! Tu n'es absolument pas obligé de faire plus !
- Jalouse va ! Rigola Castle les yeux pétillants de malice. Tu sais que tu es drôlement mignonne quand tu te mets en pétard ?
- Andouille ! Marmonna-t-elle en s'éloignant pour rejoindre Alexis, qui s'était assise sur un banc pour étudier le plan du zoo.
La fillette insista pour organiser leur visite, au grand dam de Castle, qui lui voulait démarrer la visite sans attendre.
- Il y a des panneaux ! On n'a qu'à les suivre au gré de nos envies ! Pas la peine de tout organiser ! Marmonna-t-il.
- Non ! Il faut établir un itinéraire, insista Alexis en cherchant un repaire sur la carte.
- Dis plutôt que ça t'amuse de jouer aux explorateurs avec la carte, bougonna l'écrivain.
- Mais non ! Rétorqua Alexis. C'est parce qu'il faut bien s'organiser !
- Elle n'a pas tort, souligna Kate, partir à l'aveuglette, c'est être sûr de louper quelque chose.
- Pourquoi tu es de son côté ? S'offusqua l'écrivain. C'est à cause de cette histoire à la caisse ?
- Je ne savais pas qu'il y avait des camps, répondit Kate du tac au tac.
- Mhmmm…Touché… Bon ! Faites votre plan de bataille, soupira Rick, pendant ce temps, je vais acheter un stock de friandises pour les singes.
- Merci Kate, dit Alexis quand Castle se fut éloigné.
- De quoi ?
- Papa ne me laisse jamais choisir le chemin et on loupe toujours quelque chose d'habitude.
- De rien, sourit Kate. Alors, par où commence-t-on ?
- Il y a dans l'ordre : la zone des animaux d'Afrique, celle de la montagne asiatique, de l'Inde et de l'Asie du Sud, de l'Australie, et enfin de l'Amérique du Sud … On devrait passer par là, en commençant pas les suricates, les gazelles, les phacochères… Les girafes, les buffles, les rhinocéros et on finirait par les éléphants !
- Oh ! J'adore les éléphants ! Se réjouit Kate.
- Ah oui ?
- Oui ! J'ai un grand poster d'éléphant dans ma chambre. Quand je le regarde, j'ai l'impression qu'il me donne sa force et sa sagesse.
- Papa, lui, il a un lion ! Il dit que ça lui permet de rester toujours en alerte, expliqua Alexis.
Alors qu'elle écoutait Alexis, Beckett chercha Castle du regard. Il revenait vers elles les bras chargés de friandises pour les animaux, sous les regards insistants de plusieurs femmes de tous âges en visite au zoo elles aussi, mais visiblement intéressées par une toute autre sorte de spécimen rare… Et Castle, qui leur souriait, fier comme un paon d'avoir un tel succès ! Kate lâcha un gros soupir. Garder son calme ne serait visiblement pas une mince affaire.
- Alors ? Vous avez décidé de notre itinéraire ? Demanda Rick en arrivant près d'elles.
- Oui ! C'est par là ! Annonça Alexis en sautant du banc pour entraîner son père dans la direction qu'elle indiquait.
Kate ne put s'empêcher de sourire devant la complicité du père et de la fille. Décidant de mettre de côté sa colère vis-à-vis de toutes ces dindes, qui regardaient son petit ami avec convoitise, elle leur emboîta le pas. Sans en avoir l'air, Rick avait ralenti la cadence et lorsqu'elle fut à sa hauteur, posa une main sur sa hanche pour la rapprocher de lui.
Tendrement, il déposa un tendre baiser sur ses lèvres en lui murmurant :
- Tu es la seule à mes yeux.
Elle rougit aussitôt, gênée qu'il lise en elle aussi facilement.
- Papa ! Kate ! Regardez les suricates, comme ils sont mignons ! s'écria Alexis.
Ils rejoignirent la fillette et s'admirèrent avec elle les adorables petits mammifères avant de continuer leur visite.
- Wahhh! Vous avez vu la longueur de sa langue! S'extasia Castle devant l'enclos des girafes.
- Les girafes mangent des bonbons ? Demanda Alexis.
- Euh… Non, pourquoi demandes-tu ça, s'étonna son père.
- Ben regarde ! Sa langue est bleue ! Comme quand je mange des sucettes bleues !
- C'est vrai ça… C'est bizarre…
- Pourquoi ça serait bizarre ? Demanda Kate.
- Quelle question ?! Elle a la langue bleue ! Insista Castle.
- Je ne vois pas pourquoi ça serait bizarre, répéta Kate, ça n'est pas parce que la langue de la plupart des mammifère est rose que les girafes doivent forcément en avoir une rose !
- … Mhm… C'est vrai… reconnut l'écrivain. Ça aurait été marrant d'avoir une langue violette, verte ou jaune…
Ils passèrent une excellente journée, ensemble. Kate et Alexis s'entendaient à merveille, ce qui réjouissait Castle au plus haut point.
- Dis-moi, qu'est-ce qui te ferait plaisir pour Noël ? Demanda Rick pendant qu'ils pique-niquaient.
Cette simple question suffit à faire blêmir Kate.
- Relax ! C'est une simple question ! S'empressa de la rassurer Rick.
- Non… Euh… Ecoute Rick… On ne pourrait pas ne pas s'offrir de cadeau cette année ? … Je trouve que ça fait trop de pression pour notre première année… Répondit Kate en bafouillant de peur de le froisser.
- Notre première année, sourit-il heureux de ce que cela sous-entendait.
- Tu n'es pas déçu ?
- Déçu ?! Pourquoi serais-je déçu ? Kate ! Tu illumines ma vie depuis que je t'ai rencontrée ! Et tu viens encore de me procurer une immense joie en laissant entendre que nous passerons d'autres Noëls ensemble !
Il la serra dans ses bras et l'embrassa tendrement.
- Pas de cadeau ? Redemanda-t-il en relâchant légèrement son étreinte.
- C'est toi mon cadeau, répondit-elle en l'embrassant de nouveau.
Leur pique-nique terminé, ils reprirent leur visite jusqu'à l'heure de la fermeture, puis regagnèrent l'appartement de l'écrivain.
Alexis, épuisée par sa journée, tomba rapidement dans les bras de Morphée, des rêves plein la tête.
- Tu restes ? Demanda Rick en revenant de la chambre d'Alexis.
- Euh… Je ne sais pas…
- Ce sera plus pratique ! Alexis tient à ce que tu passes tout le week-end avec nous !
- Ah oui ?
- Elle est sous ton charme, expliqua-t-il. Normal, après tout, on dit bien tel père, tel fille !
- C'est que… Je n'ai pas d'affaires de rechange…
- Je te prêterai un tee-shirt pour la nuit, mais si tu y tiens, tu peux dormir en tenue d'Eve, ça ne me dérange pas, dit-il en jouant des sourcils.
- C'est si gentiment proposé, que je ne peux qu'accepter, sourit-elle.
