Bonjour à toutes !

Bon j'avoue j'ai du retard, j'avais dis "publication fin Mars" et nous sommes début Avril... Donc désolée pour l'attente.

Je voulais remercier mes bêtas sans qui cette fiction ne serait pas ce qu'elle est. Merci Morgane, merci Maddy pour vos avis, conseils et corrections.

Merci à vous aussi lectrices pour vos reviews et pm qui me réchauffent le coeur à chaque fois. Par manque de temps, il n'y aura pas de "rar" cette fois-ci, veuillez m'en excuser mais sachez que j'ai lu chacun de vos commentaires avec plaisir !

Sur ce, place à la lecture.

Fictionnement vôtre,

Vivinchlotte.

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In the dead of the night,

Dans le silence de la nuit,

I started to lose control,

Je commence à perdre le contrôle,

But I still carry the weight like I've always done before.

Mais je continue à porter le poids comme je l'ai toujours fait.

It gets so heavy at times,

Ca devient si lourd parfois,

But what more can I do ?

Mais que puis-je faire de plus ?

I gotta stay on track, (...)

Je dois rester sur la voie, (...)

I really don't think you konw,

Je ne crois vraiment pas que tu sais,

That could be hell below, below.

Que ça peut être l'enfer en bas, en bas.

Turn blue, The Black Keys. (Traduction non-officielle)

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Chapitre 36 : Ten cent pistol.

(Le titre n'est une nouvelle fois pas de moi et fait référence à la chanson du même nom des Black Keys.)

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1er Juin 1998, Highlands, Territoire des hordes.

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Couché au bord d'une corniche surplombant la vallée au coeur de laquelle s'étalait le campement tant recherché, Sirius, un large sourire sur les lèvres regardait avec satisfaction les tentes par centaines se faire bringuebaler par les vents du nord. Au-dessus des trois Descendants tournoyait dans le ciel le précieux allié qui les avait conduits à bon port. Lucius, les yeux rivés au sombre volatile, annonça après un long moment de silence pour ses acolytes :

-Nous voilà au but Messieurs, louée soit Morgane.

-Ouais, louée soit-Elle, marmonna le Gryffondor dans sa barbe avant d'ajouter plus distinctement. Et maintenant, qu'est-ce qu'on fait ?

-Il faut prévenir les Gardiens de notre trouvaille et aviser, débuta Severus avant que Sirius ne ricane ouvertement et réplique.

-Les protections anciennes et infranchissables de Voldemort n'ont aucun effet sur nous Servilus. Dans le cas contraire, nous ne verrions pas leurs tentes ! Les Gardiens ont su se passer de nous sur la Traverse, nous saurons nous passer d'eux avec les Hordes.

-Sirius n'a peut-être pas tort, approuva doucement le patriarche, couché entre les deux autres.

Profitant de la porte entrouverte par Lucius, Sirius continua sur sa lancée.

-Moi j'dis qu'on a une occaz' en or d'aller jeter un coup d'oeil par nous-même à ce qui se passe en bas.

Mais en voyant qu'aucun des deux autres n'approuvait sa démarche et pire, que Severus affichait une mine renfrognée, le Gryffondor renifla dédaigneusement et ajouta, pincé :

-M'enfin, vous connaissez l'proverbe : " Serpentard un jour, Serpentard toujours ". Vous avez sans doute trop les foies d'y aller et vous allez encore vous cacher derrière un de mes vilains défauts pour refuser d'agir...

Attirant à lui, le regard outré des deux autres, le Gryffondor sourit mais ses yeux se firent acérés alors qu'il les provoquait ouvertement :

-Tu es une tête brûlée Black ! Les singea-t-il.

Une seconde de silence incrédule flotta sur la corniche, Lucius resta figé de stupeur alors qu'un nerf tressautait dangereusement sur la tempe de Severus. Sirius, satisfait d'être arrivé à ses fins, débuta mentalement le décompte marquant le dégoupillage imminent de son meilleur ennemi. Mais le vent, comme soucieux d'apaiser les tensions, entra à son tour dans la danse et siffla douloureusement la fin de partie aux oreilles des trois hommes. L'élément imposa un silence physiquement pesant sur le groupe et les Descendants en frissonnèrent dans leurs robes. Il fallut plusieurs minutes à Lucius, étonnement le plus réceptif de tous, pour oser briser la chape de plomb qui pesait sur eux en annonçant :

-Je crois que tu es dans le vrai Sirius. C'est une nouvelle épreuve que nous imposent les Dieux et nous devons la relever seuls.

Quand le patriarche se tut, le vent cessa immédiatement de tourbillonner autour de leurs têtes et Severus, taciturne au possible, leva les yeux au ciel, consterné que les Dieux approuvent pareil discours. L'Oeil de Morgane, sans doute dérangé par le coup de vent de Merlin, s'était quant à lui retranché à l'ouest de leur position au sommet d'un cèdre centenaire depuis lequel il dardait sur la brochette de Descendants couchés à même la terre, ses yeux noirs d'encre.

-Bien sûr que j'dis vrai ! Renchérit Sirius. Si la présence des Gardiens avait été nécessaire, nous n'aurions pas pu nous approcher si près de Lui et on sait pertinemment que la p'tite Morgane n'est pas étrangère au phénomène. La Fée s'est enfin décidée à nous épauler et à nous libérer la voie... Moi j'dis, on a qu'à se reposer jusqu'à la nuit, ensuite, on enfile nos peaux de bêtes et on se faufile dans le camp pour y fureter un peu. Tant que la chance nous colle aux baguettes, il faut en profiter. Et puis de toute façon notre mort n'est pas prévue pour aujourd'hui, alors qu'est-ce qu'on risque ?

Lucius laissa son regard englober la vallée tandis que le Maître des Potions restait farouchement silencieux. Le corbeau, lui, coassa dans le vent, amenant l'écho de son assentiment jusqu'aux Descendants.

-Vous voyez ?! Même le piaf est d'accord avec moi !

Considérant que le volatile approuvait son idée et que, par conséquent, le sujet était clos, Sirius se releva avec l'agilité qui lui était coutumière et ajouta :

-Allez les gars, il faut trouver un coin à l'abri du vent pour planter la tente.

Il se fondit en Patmol, puis, voyant que ses compères restaient couchés au bord de la corniche, il aboya brusquement pour les faire réagir. Lucius jeta un coup d'oeil en direction d'un Severus passablement crispé et répondit à l'attention de Sirius :

-Va. On te rejoint sous peu.

Patmol posa brièvement ses yeux jaunes sur le Maître des Potions et grogna une dernière fois avant de disparaître, la truffe collée au sol, dans les profondeurs des bois alentours.

Quelques secondes passèrent alors que le vent se remettait à tournoyer lugubrement autour des deux Descendants, arrachant enfin quelques mots au plus taciturne des Serpentards.

-On va quand même pas suivre ce chien fou jusque dans Son camp Lucius, murmura-t-il soucieux que les Dieux n'entendent rien de ses paroles.

-Tu as entendu comme moi le patronus de Potter, Severus. Voldemort a mis la Traverse à feu et à sang avec la complicité des hordes qui sont juste là, en bas, mais face aux ténèbres les Gardiens se sont dressés. C'était dans la nuit du 15 au 16. Le 28 au soir, le cervidé nous prévenait des évènements. Le 29 au matin, le corbeau se perchait sur notre tente et nous guidait jusqu'ici. Si tu n'y vois pas un parti-pris des Dieux, alors le Severus qui est revenu d'entre les morts n'est pas celui que j'ai connu.

Pour toute réponse, Lucius récolta une sombre et menaçante oeillade qu'il ignora ouvertement avant d'ajouter, le regret teintant sa voix :

-Tu étais un homme doté d'un esprit aiguisé autrefois. Un homme qui ne se laissait pas gouverner par ses états d'âmes. Un homme sachant faire ce qu'il fallait, quand il le fallait.

-La mort telle que Black et moi l'avons connue changerait n'importe qui, siffla Severus la gorge serrée.

-Ta prochaine mort sera la bonne Severus et elle te conduira dans un ailleurs qui sera meilleur.

Le coeur de Severus se serra à cette évocation et la douleur coutumière envahit sa poitrine alors que les souvenirs remontaient à la surface.

Quand il était mort sous la baguette de Voldemort quelques semaines avant la Bataille de Poudlard, il était parti vers l'autre monde serein, certain que son paradis lui tendait les bras et qu'il bénéficierait d'une éternité où Lily serait enfin sienne... Mais les Dieux ne lui avaient pas accordé le répit escompté. Ils l'avaient puni pour son aveuglement en l'obligeant à regarder la vérité en face. Le paradis tant attendu n'avait été qu'un enfer de plus à traverser. Durant ce qui lui avait paru durer une vie, il avait contemplé le bonheur de Lily comme il en avait toujours rêvé. Ses joies, ses sourires, sa bienveillance, sa tendresse et ses caresses aussi... Severus avait tout vu d'elle mais il n'avait pas été l'objet de ses attentions qui avaient parfois enflamé ses sens sans que jamais, il n'y trouve le moindre soulagement à ses maux.

Celui qui profitait de Lily pour l'éternité, c'était James Potter. A lui son corps, à lui son âme, à lui encore son amour... Et Severus savait qu'il ne pourrait jamais rien y changer parce que c'était écrit ainsi. Sans cet amour fusionnel, capable de survivre à travers le temps et l'espace, le Gardien de Merlin ne pouvait pas être engendré. Leur union resterait donc à jamais immuable. Il avait refusé cet état de fait de son vivant et, quand dans la mort, il avait fini par se résoudre à admettre qu'elle ne serait jamais à lui, la sérénité recherchée lui avait échappé parce qu'il était revenu d'entre les morts. Aujourd'hui, il était là, malheureusement bien vivant et travaillait encore à assimiler la douloureuse vérité.

Voyant l'air crispé affiché par son ami, Lucius lui tapota l'épaule et les yeux dans le vague, Severus souffla :

-Contrairement à toi et à Black, je n'ai aucune hâte de rejoindre mon paradis parce que cela implique que je l'abandonne derrière moi, dans un passé révolu et qui ne pourra jamais être...

Un long silence s'installa sur la corniche et Lucius, sachant parfaitement que l'acceptation était le moment le plus dur, tenta de l'apaiser de son mieux :

-Tout sera différent si tu acceptes ce qui est inacceptable pour toi. Même si je ne suis pas mort physiquement, les Dieux se sont chargés de me punir moi aussi. Ils m'ont montré une vérité que je me refusais à admettre. C'est douloureux, je te l'accorde bien volontiers, mais une fois qu'on a passé le cap, on en ressort grandi, murmura-t-il avant de se relever.

Toujours soucieux de sa mise, le patriarche inspecta sa tenue puis constatant la saleté accrochée à sa robe, il l'épousseta de son mieux et ajouta :

-Sirius est sans aucun doute un chien fou mais il est tout autant que toi et moi, un Descendant. Ses paroles méritent que l'on s'y attarde et je crois qu'il est aussi grand temps que nous formions une équipe soudée, à l'image de celle que forme nos Gardiens. Malgré ce que tu penses de lui, Sirius n'a pas le monopole des défauts et du mauvais caractère.

Sur ces derniers mots, Lucius prit la forme de son jaguar et détala à son tour pour remonter la piste du Gryffondor tandis que Severus restait seul au bord de la corniche avec ses pensées pour seule compagnie.

De longues minutes plus tard, il finit par murmurer dans le vent.

-D'accord, je veux bien diluer un peu ma potion, céda-t-il. On va faire cette fichue descente chez les Hordes si c'est ce que Vous voulez, mais je ne suis pas du tout convaincu... Imaginez que nous tombions dans un piège ? Et si les Hordes refusaient tout simplement l'alliance et que nous soyons capturés ou pire que nous mourrions ? Qu'adviendrait-il des Gardiens et du reste du monde ? Et si en plus nous...

L'Oeil de Morgane mit brutalement fin aux élucubrations solitaires du Serpentard en se posant à quelques mètres de lui. Le regard sombre du Descendant coula vers l'oiseau alors qu'il s'ébrouait tranquillement au bord de la corniche. Severus l'observa de longues secondes avant que le corbeau ne finisse par lever ses yeux vitreux pour coasser à son attention.

-Très bien, abdiqua Severus en levant les yeux au ciel pour murmurer. Si même le corbeau pense que la tête brûlée sait ce qu'elle fait, qui suis-je pour remettre en question Votre jugement ?

Le corbeau coassa de nouveau, le vent siffla une dernière fois aux oreilles du Maître des Potions et se calma subitement alors qu'il se relevait. Il embrassa du regard les tentes miniatures qu'il voyait en contrebas et se transforma, abandonnant définitivement la corniche et l'Oeil de Morgane pour s'éloigner à tire d'ailes et retrouver ses compagnons.

Malgré sa décision de suivre la volonté de Black, Severus établirait un plan en bonne et due forme. Il faisait peut-être confiance aux Dieux mais il n'était pas homme à se jeter aveuglément dans la gueule du loup.

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2 Juin 1998, Londres, Geôles du Ministère de la Magie.

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Il était tard ce soir-là quand Gregg Harris conduisit les Gardiens jusque dans les tréfonds du Ministère. Le dernier sous-sol du bâtiment magique était le plus sombre mais aussi le plus froid de tous. C'était là que les geôles se trouvaient et que les six Mangemorts capturés sur le Chemin de Traverse, par Harry et Drago, subissaient depuis plus de quinze jours les questions des enquêteurs.

Bien sûr, ces salopards n'avaient pas desserré les dents lors des interrogatoires préliminaires et il avait fallu les travailler au corps pour essayer de les faire parler. Kingsley avait fermé les yeux sur la méthode employée et s'était contenté de demander des résultats. Malgré toute la volonté qu'ils y avaient mis, Gregg et ses hommes avaient échoué. Même les Langues-de-Plomb, appelés en renfort et pourtant formés à mener ces épineux interrogatoires, avaient eux aussi échoués à pénétrer les esprits protégés par une force inconnue et infranchissable. Après deux semaines d'incursions mentales douloureuses pour les hommes du Ministère et de tortures physiques qui n'avaient rien donné de probant, Powell, son bras droit, avait fini par dire cette après-midi-là :

-Rendons-nous à l'évidence Chef, ils ne parleront jamais, autant les déferrer directement à Azkaban. Leurs esprits sont magiquement verrouillés et nous, on n'a pas la putain de clef pour faire sauter la serrure... Y'a que Voldemort qui l'a.

Un long moment de silence avait suivi. Gregg, les sourcils froncés, avait longuement dévisagé son collègue et avait fini par sourire en disant :

-Tu fais du bon boulot Powell, fais-moi penser à t'augmenter.

-M... M... Mais ? Qu'est-ce que j'ai dit ? S'étonna son collègue en voyant son chef quitter son siège et attraper sa veste en annonçant à la ronde.

-Ce soir, c'est repos pour tout le monde. Fermez les dossiers, rentrez chez vous et profitez de votre soirée. On se retrouve demain, à la première heure pour un briefing.

Les Aurors, bien qu'étonnés de la consigne, abandonnèrent progressivement leurs bureaux encombrés alors que leur chef quittait rapidement la pièce circulaire leur servant de QG.

Gregg était revenu quelques heures plus tard dans un Ministère désert et silencieux, accompagné des Gardiens qui avaient été surpris de sa visite discrète et impromptue au Manoir Malfoy.

Maintenant, entourés par la pénombre des entrailles du Ministère, les Gardiens remontaient derrière Harris un couloir lugubre alors que Drago laissait une nouvelle fois transparaître sa méfiance à l'égard de l'Auror :

-Vous savez, la légilimencie est un art subtile et dangereux à manipuler, annonça-t-il subitement dans le lourd silence qui les entourait. Voldemort la pratique depuis des années, c'est un maître en la matière et les Dieux seuls savent ce qu'Il a bien pu mettre dans la tête de Ses hommes pour les empêcher ainsi de révéler ce qu'ils savent... Normalement, seul un Inviolable empêche un sorcier de révéler ce qu'il sait, mais là, d'après ce que vous nous avez dit, ça ne m'a pas l'air d'être une bonne vieille magie noire. On sait qu'Il tripatouille dans la magie ancienne, on sait que cette magie est différente de celle des baguettes et on sait aussi que l'ancienne peut-être tout aussi dangereuse que la noire !

L'Auror Harris qui les dirigeait à la lueur d'une torche éternelle ignora l'intervention du Serpentard et poursuivit son chemin alors que les garçons, fermant la marche, échangeaient un regard et que Drago critiquait vertement :

D'abord il débarque à l'improviste au Manoir pour nous parler d'une pseudo urgence avec les prisonniers, mais on avait beau être tous les trois dans le salon, il ne s'adressait qu'à Hermione, la seule qu'il pouvait rallier à sa cause en un tour de baguette sans trop d'explications. Résultat, nous sommes ici, au beau milieu de la nuit sans qu'on sache ce qu'il attend de nous. Je n'aime pas ces méthodes Harry.

Moi non plus je n'aime pas ça, répondit le Gryffondor en laissant son incertitude teinter le lien alors qu'Hermione, impassible, suivait résolument l'Auror.

Malgré les pensées négatives de ses âmes qu'elle percevait nettement, Hermione émettait une confiance absolue et même une presque curiosité qui accompagnait son farouche silence mental.

Face au manque de réaction obstiné de leur moitié, Harry fit signe à Drago de se calmer et l'enjoignit à poursuivre leur chemin. Le groupe passa successivement devant une vingtaine de portes closes avant de s'arrêter devant celle située tout au fond du couloir qu'ils remontaient. Là, Gregg se tourna enfin vers les Gardiens mais comme au Manoir, il ne s'adressa qu'à Hermione, dévoilant enfin un peu ce qu'il avait en tête :

-Il y a quelques temps, Kingsley m'a rapporté des propos d'Albus Dumbledore. Il pensait que vous étiez une sorte de clef magique. C'est vrai ?

Hermione dévisagea l'Auror, prenant ainsi le temps de la réflexion avant d'hocher doucement la tête alors qu'Harry demandait plus rude qu'à la normale, influencé par l'agacement croissant de Drago :

-Où voulez-vous en venir Harris ? Pourquoi nous avoir fait venir ?

Ses yeux ne lâchant pas la Gryffondor, Gregg répondit :

-J'espère que Lady Malfoy, ici présente, saura déverrouiller leurs esprits grâce à ses dons divins, annonça-t-il très simplement alors que Drago contrait immédiatement :

-Vous avez vous-même avoué au Manoir que ni vos hommes, ni les Langues-de-Plomb n'avaient tenu plus de dix secondes face à ce que les prisonniers avaient dans le crâne ! Les risques sont trop grands, imaginez qu'Hermione y perde la raison.

-Votre femme est forte et intelligente Monsieur Malfoy. Elle sait que lutter contre les forces des ténèbres est dangereux...

-Drago a raison, intervint Harry pour épauler son compagnon. D'après vos descriptions, le maléfice fait office d'épouvantard mental et paralyse les intrus. Envoyons un portoloin à Severus. C'est un expert qui n'a rien à envier à Voldemort dans ce domaine, il saura à quoi vous avez affaire, statua Harry.

Hermione, volontairement en retrait de la discussion qui pourtant la concernait en tout premier lieu, observait silencieusement l'affrontement masculin et attendait le bon moment pour intervenir.

-Certes, mais le Professeur Rogue est en mission secrète à l'autre bout du pays et malgré son statut de Descendant, il n'est ni une clef, ni la véritable fille des Dieux, répliqua froidement l'Auror avec un sourire presque mystique qui fit frissonner le sixième sens des Gardiens qui échangèrent regards et paroles mentales.

Le corps de Gregg frissonna sous la poussée magique qui flamba autour d'eux. Habitué à ressentir la décharge qui découlait de leurs échanges psychiques, il les laissa à leur communication, attendant patiemment et sans appréhension le verdict devant la porte close.

Un bon point pour l'Auror, marmonna Drago en dépit de sa mauvaise foi qui le titillait pourtant intensément.

L'Auror Harris est dotée d'une grande perspicacité, c'est ce qui fait de lui un bon enquêteur, commenta doucement Hermione. Je fais confiance à son talent, autant suivre son idée, quelle qu'elle soit, jusqu'au bout.

Je préfèrerais que Severus..., tenta vainement Harry.

Severus n'est pas disponible Harry et nous devons apprendre de nos erreurs. Je n'ai pas écouté Gregg Harris sur la Traverse et des gens sont morts par ma faute. Je ne referai pas deux fois la même erreur, contra-t-elle fermement alors que d'un bref signe de tête elle donnait son assentiment à l'ouverture de la porte bardée de fer.

Sans attendre plus d'explications, Gregg ignora le regard noir du Gryffondor pour lever les protections mais il n'échappa pas à la poussée colérique du Descendant. Sous ses pieds, le sol se mit à chauffer alors que Malfoy ricanait, puis les dalles tremblèrent, ondulèrent et grondèrent lugubrement, lui causant une brûlante frayeur avant que la Gardienne n'intervienne :

-Les garçons ! Nous ne risquons rien ici. L'Auror Harris n'est pas notre ennemi.

-Je sais, marmonna Harry en abandonnant la charge. Mais tout comme Drago, je n'aime pas les demies-vérités dont il nous abreuve depuis son arrivée au Manoir.

Gregg se tassa un peu sur lui-même en croisant le regard émeraude mais tint bon alors que la Gardienne levait sa baguette. Les verrous claquèrent les uns après les autres dans le silence du couloir et la porte s'ouvrit dans un lugubre couinement de métal mettant ainsi un point final au conciliabule.

L'Auror essuya rapidement la sueur qui avait perlé à son front avec sa manche et pénétra le premier dans la pièce aveugle et humide. Il envoya la torche s'accrocher au mur de pierres alors que les Gardiens entraient à leur tour dans la cellule rectangulaire, plongé dans la pénombre.

Immédiatement Drago leva sa main en direction de la torche qui flamba subitement et éclaira l'entièreté des lieux. Là, sur des paillasses à demi-moisies, jetées à même les dalles suintantes, gisaient six corps, sales et amochés, couverts de haillons, vestiges de leur riche tenue noire. Ils étaient répartis par trois, de part et d'autre de la pièce, inconscients et pourtant pieds et poings liés à des chaînes magiques reliées à des anneaux métalliques scellés dans les murs.

Hermione laissa ses yeux chocolat balayer l'espace. Elle assimila l'exiguïté de la cellule, avisa le pot de chambre qui débordait et nécessitait un sort de vidange urgent et inspira l'odeur nauséabonde qui imprégnait l'air avant de lever sa baguette :

-Evanesco ! ... Aeris !

Puis, elle commenta, froide et implacable :

-Le Ministère ne respecte pas les lois internationales concernant la détention des prisonniers de guerre. Je parlerai à Kingsley pour faire cesser ces pratiques...

-Allez donc vous plaindre auprès du Premier Ministre si l'envie vous en prend Lady Malfoy. Il vous recevra, vous offrira un thé, vous écoutera et vous expliquera qu'il est déjà au courant et qu'il a approuvé tout ceci... Je croyais que les évènements de la Traverse vous avez ouvert les yeux... Pourtant, je suis encore obligé de vous rappeler qu'une guerre propre, ça n'existe pas.

Hermione ne répliqua pas mais n'en laissa pas moins une franche désapprobation alourdir l'air. Gregg encaissa la désagréable pression magique sans baisser les yeux, il n'avait pas honte de ses méthodes même si elles étaient illégales. Dans bien des cas elles s'avéraient plus qu'utiles et Gardienne ou non, il n'était pas le genre d'homme à se renier.

La jeune femme s'avança doucement vers les prisonniers rendus inertes par les sortilèges de pétrifiction et de mutisme. Elle se plaça au centre de la pièce et leva ses bras en direction des détenus puis exposa ses paumes, se servant d'elles comme d'un récepteur. Les énergies des protections entourant le Ministère, des sortilèges d'entrave mais aussi du maléfice inconnu saturaient la pièce et ricochaient les unes contre les autres, créant un chaos magique qui obligea la jeune femme à fermer les yeux pour mieux les distinguer les unes des autres. Quand enfin, elle perçut toute la noirceur qui suintait des esprits des hommes, elle frissonna durement face à la froideur glaciale et annonça dans le silence tendu :

-Je n'aime pas vos méthodes Auror Harris et en plus d'être inhumaines, elles sont inefficaces.

Sa sentence resta sans suite de longues secondes durant lesquelles seule sa respiration calme et concentrée se fit entendre. Enfin, elle ajouta :

-Je sens une profonde résistance en eux. Ce qui les protège de vos incursions est sombre, fort et glacial. Vos tentatives n'ont servi qu'à alimenter cette force qui ronge leurs esprits et qui finira par venir à bout de leurs corps, trop faibles pour contenir une telle puissance maintenant que vous l'avez nourrie. Si on ne détruit pas cette entrave, d'ici peu vous n'aurez plus que des corps sans vie et cette magie sera alors libre de quitter les corps qui l'emprisonnent et se baladera ici, au coeur du Ministère.

Gregg déglutit difficilement. En les amenant ici, il savait qu'il s'exposait aux critiques et au jugement de la très intègre Hermione Malfoy. Il appréciait la Gardienne parce qu'elle était justement l'intégrité même, comme lui elle avait des avis tranchés et inébranlables, c'est pourquoi il ne releva pas l'attaque et préféra faire un simple constat :

-Je savais qu'il y avait quelque chose qui clochait avec ces prisonniers et vos paroles me prouvent que j'ai bien fait de venir vous chercher. Nous, les sorciers lambda, nous n'avons ni vos connaissances, ni vos capacités divines pour lutter contre cette magie dont nous ignorons tout.

-Vous vous méprenez Harris, nous ne sommes pas des Dieux ayant la magie infuse, intervint Drago. Des demi-dieux tout au plus, des hybrides au pire, seulement chargés par Eux de tuer Voldemort. En aucun cas nous devons farfouiller dans les esprits contaminés de Ses hommes.

-Pensez ce que vous voulez Monsieur Malfoy mais je vous ai beaucoup observé tous les trois. A Londres d'abord, avec ce feu démoniaque, puis lors des réunions de l'Ordre, au Pré et enfin sur la Traverse... Tout ce que j'ai vu de vos pouvoirs me fait dire que vos capacités sont bien plus grandes que ce que vous supposez.

Les bras toujours levés en direction des prisonniers, Hermione ignora tout de l'échange, presque paralysée par les images de désolation, de terreur et de peur se répandant sur une Terre à l'agonie qui empêchaient son esprit de pénétrer plus avant dans le mental des prisonniers. Derrière les images déstabilisantes se dressait la barrière, opaque et infranchissable, tellement glacée qu'elle en devenait presque brûlante d'une froideur corrosive. Elle puait l'ancienne magie, celle des rituels et des sacrifices.

Ce qu'elle affrontait n'était pas de leur monde et Hermione pouvait presque imaginer Voldemort passer un pacte avec une entité appelée lors d'une cérémonie faite de sang et de douleur. Un pacte où l'entité serait liée à un esprit jusqu'à sa mort et serait ensuite libre de parcourir la terre des Hommes.

Les garçons, venez m'aider.

Harry qui avait jusque-là maintenu un calme relatif fut le premier à répondre à son appel et se plaça dans le dos d'Hermione rapidement suivi par Drago qui mit instinctivement sa main sur l'épaule de la jeune femme. Harry l'imita et, immédiatement, ils fusionnèrent en un seul et même esprit capable de travailler à créer une brèche dans le sombre rempart tout en luttant contre les visions cauchemardesques criantes de réalisme.

Ces images n'ont rien de réelles, souffla Drago aux prises avec des visions de sa mère mourant sur un champ de bataille sans qu'il ne puisse lui porter secours.

Harry, lui, bataillait contre les morts successives de ses proches. Ses parents d'abord, puis Sirius, Fol'Oeil, Remus, Fred, Georges, Ginny, Ron, Albus et Arthur... Tous foudroyés trop tôt par un Destin contre lequel personne ne pouvait rien. Les images le firent frissonner et Harry fit instinctivement appel à la Terre qu'il sentait bouillir sous ses pieds, y puisant un calme salutaire qui renversa la donne.

Resté à l'entrée de la cellule, Gregg, regarda avec la plus grande des confiances le trio opérer alors que l'air s'alourdissait sensiblement et devenait presque crépitant. Après une poignée de secondes, la pression se fit dérangeante pour son corps d'homme qui se trouva comprimé par les forces invisibles que les enfants des Dieux manoeuvraient avec brio. Une brusque décharge magique s'échappa des Gardiens alors qu'un sinistre craquement ébranlait les murs de la cellule. De la poussière tomba du plafond de pierre tandis que sous ses pieds, le sol chauffait et pulsait d'une puissance oubliée mais pourtant bien présente. Les mains de la Gardienne se mirent à luire alors que le vent, pourtant inexistant à cette profondeur, tourbillonnait autour des trois élus.

Hermione annonça alors d'une voix forte et sans peur.

-Ici, face aux Ténèbres se dressent les Gardiens ! Que cette force qui emprisonne les esprits de ces hommes soit renvoyée d'où elle vient ! Moi, la fille des Dieux, je l'exige !

Une nouvelle décharge magique quitta les mains du corps frêle et féminin accompagnée d'un flash aveuglant qui illumina brusquement la cellule et propulsa les corps des prisonniers contre la roche des murs. Leurs yeux s'écarquillèrent et se révulsèrent ne laissant qu'un blanc limpide apparaître alors que leurs bouches s'ouvraient difficilement comme si leurs mâchoires résistaient à la force déployée par les Gardiens. Puis les corps suspendus tressautèrent et hoquetèrent à plusieurs reprises avant de vomir une épaisse mais voluptueuse fumée noire rappelant celle qui leur permettait de se déplacer. Immédiatement les mains d'Hermione se rapprochèrent l'une de l'autre, ses paumes irradièrent et entre elles se forma une intense boule de lumière crépitante. Libérée des corps mais restreinte par la puissance des Gardiens, la voluptueuse fumée noire crissa violement dans les airs face au danger qu'Ils représentaient et vrilla douloureusement les oreilles de l'Auror qui se protégea en plaquant ses mains de part et d'autre de sa tête.

-Pars d'ici ! Ce monde n'est pas le tien ! Ordonna Hermione d'une voix déformée par la puissance magique qu'elle exhalait.

La fumée rua contre les Gardiens mais Hermione tint bon :

-Va t'en ! Tonna-t-elle.

La boule lumineuse s'électrisa et crépita entre ses mains avant qu'Hermione ne la libère brusquement. Son lâché prise soudain propulsa la sphère au coeur de la fumée qui, absorbée par la lumière disparut alors qu'un "bang" assourdissant résonnait et qu'une onde de choc se libérait, plaquant violemment Gregg contre le mur.

Amputés de l'emprise malfaisante, les corps des prisonniers glissèrent au sol, telles des marionnettes dont les fils auraient été coupés, alors que la pression ambiante refluait jusqu'à se dissiper totalement. Hermione ouvrit les yeux et vacilla sur ses jambes tandis que les garçons la retenaient contre eux et la conduisaient vers la sortie de la cellule.

-Qu'est-ce que c'était ? Demanda faiblement l'Auror dont le corps, peu habitué à encaisser de telles forces magiques, se remettait doucement.

-Une preuve de plus de Sa puissance malfaisante, répliqua Harry acerbe alors qu'Hermione, toujours bienveillante envers Gregg soufflait, à peine audible :

-Une entité maléfique inconnue, parce que bannie depuis des millénaires de notre monde mais pourtant invoquée par-delà les mondes par Voldemort.

-Ses connaissances dépassent largement les nôtres, s'inquiéta l'Auror.

-Les Chroniques nous révèleront ce dont il s'agissait et nous savons désormais comment lutter contre ça, répondit-elle doucement sans vouloir lui montrer l'inquiétude qu'elle partageait avec les garçons.

Ces types-là ne savent rien Hermione. C'est des trouffions. Tu t'es mise en danger et affaiblie pour rien ! Ragea Drago.

Si Voldemort a protégé les esprits de simples hommes de terrain alors Ses Mangemorts sont tous protégés par cette même magie, répliqua-t-elle. Ni la torture physique ni les sorts psychiques n'enrayent cette protection et pire, cela la renforce ! C'est le genre d'information qui nous fera gagner du temps lors des investigations à venir mais aussi des vies sur le champ de bataille. Ce qui vient de se produire n'était pas vain Drago.

Le Serpentard encaissa la semonce de son âme sans moufter mais en passant à proximité de l'Auror qui se tenait toujours d'une main au mur, Drago ne retint pas son commentaire caustique :

-Les voilà libérés de leurs entraves mentales, Harris. Maintenant il ne reste plus qu'à prier les Dieux pour qu'Il ait confié Ses plans les plus secrets à Ses hommes de mains.

L'Auror se garda bien de répondre à la pique amère du Serpentard mais annonça mentalement pour la Gardienne qui reçut parfaitement le message.

Accordez-moi une dernière faveur Hermione, ne doutez plus jamais de vos talents. Ils sont immenses et vous en faîtes un excellent usage.

Un faible sourire étira les lèvres de la jeune femme avant que ses âmes ne la conduisent vers la sortie. Gregg les regarda partir sans chercher à les retenir, plus que jamais convaincu que l'avenir du monde sorcier reposait désormais sur les épaules de ces trois-là. Sans eux, il était évident que ses semblables n'avaient aucune chance contre la magie de Voldemort.

Ils étaient l'ultime rempart du monde sorcier.

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3 Juin 1998, Highlands, Territoire des hordes.

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-J'en ai marre d'être de patrouille ! Ragea Shelby alors qu'elle essayait de s'extirper de la tourbière gluante qui engloutissait son pied.

Sköll prit sur lui, ignora l'énième intervention colérique de la louve et profita de sa distraction pour lever les yeux au ciel. Shelby, bien trop occupée à grogner n'avait rien remarqué mais lui, Sköll, l'avait avisé dès le début de la matinée. Ils étaient suivis par un corbeau qui parfois se contentait de voleter d'arbres en arbres à mesure qu'ils avançaient ou bien qui tournoyait inlassablement au-dessus de leurs têtes. Même maintenant alors que la nuit était tombée depuis plusieurs heures, le corbac s'entêtait à rester au-dessus d'eux ce qui intriguait Sköll au plus haut point. Jamais il n'avait observé pareil comportement chez un autre oiseau et ne sachant pas vraiment à quoi ou à qui il avait affaire, son irritabilité gagnait en puissance. Les yeux rivés au volatile, un brusque frisson secoua sa peau de loup lui mettant les sens en éveil.

Alerte mais de plus en plus indécis quant à ce qu'était vraiment cette bestiole, Sköll repoussa ses perceptions lupines qui ne le quittaient jamais vraiment et se força à lâcher le corbac des yeux. Il chercha l'étoile du berger en reniflant l'air ambiant pour affiner la piste ténue qu'il remontait et qu'il découvrait maintenant polluée par une discrète odeur canine. Empêtrée dans la boue, la louve lâcha une salve de jurons avant que la terre ne relâche enfin son pied et qu'il annonce laconique, accompagné d'un geste de la main :

-C'est par là.

La louve souffla bruyamment mais lui emboita malgré tout le pas en maugréant :

-On a parcouru cette montagne sur tous ses flancs Sköll et on n'a rien trouvé. La piste ne mène nulle part, la nuit est tombée on trouvera rien de plus.

-La piste est sinueuse, preuve que ceux qui sont venus jusqu'au campement ont pris des sentiers détournés pour...

-Arrête Sköll, tu parles comme les porteurs de baguette qui nous ont briefés ce matin ! S'insurgea-t-elle à bout de patience. Cette foutue odeur féline ça pourrait très bien être un chat sauvage et tu le sais ! Mais voilà, il a fallu que ce soit le "général" Greyback qui relève la piste en bordure du camp, condamnant ainsi les loups à aller renifler les montagnes alentour... C'est ridicule !

-Ce sont les ordres, contra platement Sköll.

-Jamais des loups n'ont ainsi été à la botte des sorciers ! Ils nous prennent pour leurs chiens, cracha-t-elle. Et le pire, c'est que nos propres Alphas leur mangent dans la main !

Sköll réprima un sourire. Le soulèvement serait imminent, les rumeurs de la purge qui avait sévi chez les sorciers et les atrocités commises par les leurs sur la Traverse avaient secoué les loups. Les meutes ne croyaient plus à l'utopie de la Terre Promise, elles étaient prêtes à se libérer de leurs chaînes. Il ne leur manquait que l'étincelle qui mettrait le feu aux poudres.

-Surveille ce que tu dis Shelby, marmonna Sköll en regardant le corbeau avec méfiancealors qu'elle répliquait.

-On est perdu au milieu de nulle part et personne n'est là pour nous surveiller, on l'aurait senti sinon, contra-t-elle.

-T'as envie de goûter à la vie en cage ? La coupa-t-il en se tournant brusquement vers elle. C'est ce qui t'attend si tu continues à brailler un peu partout que la politique des Alphas te déplaît. Tous les loups ne sont pas dignes de confiance, y'a des collabos partout ! Moi j'préfère largement être de patrouille plutôt qu'au campement où on est cerné par les porteurs de baguettes ! Ici au moins on est dans notre élément mais si t'es pas contente Shelby alors rentre au camp. J'te couvrirai et j'irai plus vite tout seul.

La louve se figea et pesa visiblement le pour et le contre avant de répondre :

-D'accord Sköll, parcours la montagne pour le compte des sorciers qui ont torturé ta soeur et son compagnon. Moi je ne m'abaisserais plus à leur servir de limier, je rentre. Et t'as intérêt à tenir ta parole, sinon aux yeux de tous tu seras un vendu.

Face à la menace à peine voilée ses poils se hérissèrent et sa voix se fit gutturale quand il grogna :

-Ne doute pas de ma volonté à obtenir vengeance pour ma soeur !

Shelby sourit farouchement et lâcha :

-C'est ce que nous attendons tous ! Qu'enfin l'un de nous se rebelle et montre qu'il est un loup digne de ce nom... Les sorciers ont décapité Freki et réduit Tysha en esclavage... Beaucoup pensent qu'ils méritent qu'on les venge.

Elle tourna les talons sur ces mots et rebroussa rapidement chemin vers l'est, empruntant le plus court chemin pour rentrer au camp.

Sköll la regarda partir les poings serrés et le coeur battant. Quand l'obscurité des sous-bois l'avala complètement, le corbeau choisit ce moment précis pour se poser au sol, dix mètres devant lui. Le loup resta interdit, les sens aux aguets alors que le regard des deux bêtes se croisaient. Puis, après quelques secondes où le temps sembla se suspendre, l'oiseau battit ostensiblement des ailes et coassa bruyamment dans le silence avant de redécoller tout aussi vite qu'il était arrivé.

Sköll le regarda s'envoler et mettre le cap à l'ouest.

Instinctivement, le loup lui emboîta le pas.

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4 Juin 1998, Comté d'Armargh, Irlande.

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Ses yeux s'ouvrirent avec effroi sur une scène qu'elle avait déjà trop vue et trop vécue pour qu'elle puisse rester de marbre. Affolée de se retrouver là, devant Lui, son regard balaya frénétiquement la tente luxueuse qui faisait office de décor à la recherche d'une échappatoire alors qu'à deux pas d'elle gisait au sol un Greyback amoché, roulé en boule et gémissant sa douleur. Quand ses yeux verts accrochèrent enfin aux côtés du loup agonisant, Blaise, à genoux, tête baissée et mains dans le dos, son coeur loupa un battement.

-Non seulement vous avez laissé nos ennemis parvenir jusqu'à la lisière de notre camp mais alors que je tenais l'intégralité des Hordes en laisse, voilà que vous m'apprenez qu'une centaine de loups a fait sécession ?!

De l'attitude soumise de son ancien compagnon, aux paroles qu'Il venait de prononcer en passant par les funestes robes noires qu'Il portait et qui semblaient onduler sous l'effet d'un vent qui n'existait pas, tout, dans cette scène à laquelle elle assistait dégageait une profonde malfaisance qui la fit frissonner.

Elle mit de longues secondes à enrayer la panique qui la paralysait et alors qu'elle comprenait enfin qu'elle était là sans vraiment l'être, son coeur s'emballa de nouveau. Les yeux du Lord rougeoyèrent sournoisement dans l'ombre de sa capuche. L'atmosphère déjà glaçante devint physiquement glaciale, le froid se fit prégnant et alors même qu'elle n'était pas sur le même plan astral qu'eux, Pansy frissonna sous la fraîcheur qui la gagnait, elle aussi. C'est alors qu'Il avança d'un pas et siffla à l'attention de Ses deux derniers Généraux :

-A cause de leur incapacité à exécuter Mes ordres, vos prédécesseurs et ce qui composait Ma Table de commandement, forment désormais ma troupe d'Inféris... Vous ne valez pas mieux qu'eux ! Persifla-t-il.

Greyback, sentant toute la dangerosité du ton, essaya tant bien que mal de formuler une réponse mais ses mâchoires se dérobaient à tout mouvement et se déchaussaient, brisées par un sort de Son cru. Les yeux rouges brillèrent d'un sombre éclat satisfait avant qu'Il ne se tourne vers Blaise, à qui incombait dorénavant leur défense.

-Le Général Greyback a relevé une odeur suspecte il y a deux jours. Les meilleurs patrouilleurs ont été envoyés dans les montagnes. Tous sont revenus bredouilles mais un dénommé Sköll, frère de Vôtre Porteuse, a disparu... Seuls certains bêtas ont...

Pansy assista tétanisée aux pitoyables excuses alors que Sa main cadavérique se crispait sur Sa baguette, un artefact devenu aussi noire qu'une nuit sans lune. Instinctivement, elle détourna la tête. Elle n'avait pas besoin de voir ce qui suivrait, l'entendre serait déjà bien sufisant.

-Endoloris !

Mais elle eut beau plaquer ses mains, de toutes ses forces, contre ses oreilles, les hurlements déchirants de Blaise lui vrillèrent les oreilles et le coeur. Les questions par dizaines brouillaient son esprit et elle perdait en compréhension... Où était-elle exactement ? Pourquoi n'était-ce pas son père qui répondait aux questions du Lord ? Où était Ellroy Zabini ? Comment pouvait-elle être auprès d'eux alors qu'elle s'était endormie en Irlande ? Etait-ce un rêve ? Une vision ? Une prémonition ? Assistait-elle au présent ? Au passé ? Au futur ?...

-Et ça mon cher Blaise, sais-tu ce que c'est ? L'entendit-elle siffler avant qu'un bruit de papier froissé ne la fasse se retourner pour découvrir ce qui se passait.

Blaise gisait face contre terre aux côtés du loup, désormais inerte et silencieux, inconscient ou mort. Un sec mouvement de Sa baguette noire releva la tête du jeune homme et un autre, la positionna d'une manière qui ne pouvait qu'être douloureuse. Un dernier tressautement du morceau de bois lui releva les paupières alors qu'une édition du Chicaneur flottait ostensiblement devant ses yeux.

La salive coulant sur son menton, Blaise avisa d'abord incrédule le journal daté du jour, puis quand il comprit ce que cela signifiait, il haleta :

-Nous avons suivi le plan à la lettre ! Les presses étaient là... Nous les avons tous vus ! On a placé et activé les charges avant de quitter les lieux pour affronter l'Ordre... Qui nous attendait à l'extérieur et menaçait notre retraite... Interrogez les hommes, ils Vous le diront Maître.

Un éclair violet jailli de Son obscur baguette et la scène se flouta.

Pansy se réveilla en sursaut, le coeur battant, sa chemise de nuit trempée de sueur et ses cheveux collés à son cou. Ses mains prirent en coupe la rondeur de son ventre et elle éclata en sangot alors que sa porte de chambre s'ouvrait sur l'Auror chargé de garder sa porte cette nuit-là.

Baguette pointée sur le vide, l'Auror demanda, professionel et impersonnel :

-Tout va bien ?

Pansy renifla et hocha doucement la tête, contenant toutes les émotions qui agitaient douloureusement son corps avant de répondre alors que l'Auror tournait déjà les talons :

-Je sais qu'il est tard mais l'Auror Harris doit venir au plus vite. J'ai des informations à lui transmettre.

L'agent de faction regarda la frêle silhouette et hocha la tête. D'un petit geste de sa baguette, il alluma une bougie posée sur une commode et quitta les lieux pour envoyer un patronnus.

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A suivre...

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Voilà, j'espère que vous avez aimé ce chapitre qui nous rapproche encore un peu plus de la fin.

J'ai hâte de découvrir ce que vous en pensez !

Ah oui ! Une dernière chose avant de partir, je suis à la recherche d'une relectrice pour la prochaine fiction que je posterai et qui sera, comme celle-ci, un republication remaniée, Collision.

Voilà, prochaine publication prévue mi-mai ( promis je vais faire mon possible pour tenir les délais.)

D'ici là, prenez soin de vous et bon vent !

Vivin.