*retrouve le chapitre perdu sous un tas de devoirs* *le pose sur la table* *s'enfuit en courant tout en évitant les jets de pierre*

Bonjouuuuur, je suis en retaaaaard. Mais j'ai une très bonne excuse: j'ai repris les cours! D'où les devoirs. D'où la fatigue et le manque de temps pour écrire et traduire. Je ne sais pas quand je pourrai publier le prochain chapitre, mais je ferai de mon mieux, c'est promis! Enfin bref, merci à tous pour vos reviews de la dernière fois, qui m'ont fait très plaisir. :)

Bonne lecture!


18/10/12 : J'ai oublié des disclaimers! Le tee-shirt avec Hitchcock existe pour de vrai, il a été créé par Dan Elijah Fejardo et Peter Kramar (d'ailleurs il était disponible sur Internet à un moment donné, mais plus maintenant on dirait... 'fin voilà quoi. Il existe.).


House geignit en apercevant la voiture d'Arlene garée dans leur allée. Il allait devoir immobiliser la Lexus de Cuddy au bord du trottoir et attendre le départ de leur invitée pour rentrer le véhicule dans le garage.

Il coupa le moteur. Cuddy soupira et se passa une main sur le front.

« Prête ? » demanda-t-il.

« On peut dire ça. »

Il lui offrit un sourire d'encouragement lorsqu'elle se tourna vers lui. « T'en fais pas, c'est juste ta mère. »

« C'est pas très rassurant. »

Il se pencha vers elle et embrassa ses lèvres tendrement. En se reculant, il remarqua la fine ligne de points de suture s'étendant à la lisière de sa chevelure, qu'il dissimula en la recouvrant d'une de ses boucles brunes. La dernière chose dont ils avaient besoin était bien Arlene s'interrogeant sur cette plaie recousue récemment. Sa délicate attention fit sourire Cuddy timidement. Enfin, elle se décida à y aller. Ils détachèrent leurs ceintures de sécurité, sortirent du véhicule et claquèrent les portières. Tout en s'avançant vers l'entrée de la maison, le diagnosticien fouilla dans ses poches à la recherche de ses clés. Une fois qu'il eût mis la main dessus, ils entrèrent prudemment. A cette heure de la journée, Rachel devait dormir.

Leur supposition s'avéra correcte. A peine étaient-ils à l'intérieur qu'Arlene surgit du salon.

« Shh ! Rachel fait sa sieste ! » chuchota-t-elle.

« Je sais, Maman. » répondit Cuddy sur le même ton, refermant la porte sans un bruit. « Bonjour à toi aussi. »

House se débarrassa de son manteau et le suspendit dans le placard, révélant ainsi le tee-shirt à manches courtes qu'il portait malgré les températures fraiches de Février. Arlene fronça les sourcils et prêta plus d'attention aux vêtements de sa fille. Un sweat-shirt trop grand et un pantalon de jogging ?

« Qu'est-ce que vous avez été fabriquer ? » demanda-t-elle, perplexe.

Cuddy leva les yeux au ciel. Elle s'y était attendue. « Ça te regarde pas. »

Tandis qu'elle prenait le temps de dénouer ses lacets, House se déchaussa d'un simple coup de talon. « Je vais me changer. » annonça-t-il en se dirigeant vers le couloir. La plus jeune des Cuddy hocha la tête et entra dans la cuisine, sa mère sur les talons.

« Comment ça se fait qu'il se change en plein milieu de l'après-midi ? »

Cuddy l'ignora. « Comment ça a été, avec Rachel ? »

« Bien. »

« 'Bien' ? C'est tout ? » s'enquit-elle en posant deux verres vides sur la table de cuisine, à laquelle sa mère venait de prendre place.

« Eh bien, elle est sortie de l'école à l'heure prévue. » détailla-t-elle en faisant glisser l'un des récipients vers elle. « Elle a mangé presque tout ses brocolis, et elle a dormi toute la nuit, sans interruption. Ça ne pouvait pas mieux se passer. Et, oui, je veux bien de l'eau. Merci, chérie. »

Cuddy lui prit froidement le verre des mains et le reposa sur la table. « Ces verres sont pour House et moi. »

Après un bref silence, Arlene revint au précédent sujet de conversation. « Pourquoi vous n'étiez pas là à une heure ? »

Sa fille ouvrit un tiroir. « House te l'a dit. On s'est réveillés trop tard. »

« Tu es sûre ? Peut-être qu'en fait tu angoissais à l'idée de revoir la petite. » insista-t-elle. « C'est normal, Lisa. Après ce que tu as vécu, c'est compréhensible que tu perdes confiance. Tu peux me le dire. »

Cuddy laissa violemment tomber les couverts sur la table.

« Il faut que je te dise deux mots dehors. » lâcha-t-elle du ton autoritaire qu'elle n'avait pas eu l'occasion d'employer depuis longtemps. Elle se dirigea vers la porte d'entrée, sa mère la suivant docilement – à sa grande surprise.

« Est-ce qu'il prend bien soin de toi ? » demanda Arlene une fois dehors, avant que sa fille n'eût le temps d'articuler quoi que ce soit.

« Je – » bafouilla-t-elle, prise au dépourvu par sa question soudaine et sa bienveillance inattendue. « Quoi – qu'est ce que ça a à voir – »

« Ta sœur se fait du souci pour toi. » l'interrompit Arlene. « Tu ne l'as pas appelée depuis la semaine dernière. »

« Pas eu le temps. » Elle soupira, sachant que sa mère attendait une réponse à sa question. « Oui. Oui, Maman. Et même très bien. »

« Il te rend heureuse ? »

House ne mit pas longtemps à se dévêtir et enfiler des habits propres, superposant une chemise bleu ciel à un tee-shirt blanc représentant Alfred Hitchcock assis sur un banc, entouré d'oiseaux multicolores. Il boita vers l'entrée et, voyant la porte entrouverte, s'avança pour la fermer. C'est alors qu'il entendit des voix à l'extérieur.

« Il te rend heureuse ? » demandait Arlene à sa fille. Il savait pertinemment qu'elle parlait de lui. Il ne put s'empêcher d'écouter la conversation, espérant qu'il ne viendrait pas à le regretter.

« Là, maintenant ? » s'enquit Cuddy, avant de soupirer. Elle réfléchit affreusement longtemps à sa réponse. « Non. » avoua-t-elle dans un murmure. « Je ne suis pas heureuse. » Elle se racla la gorge et haussa la voix. « Mais c'est pas de sa faute. Je ne suis pas heureuse, mais je pense que ça aurait été bien pire sans lui. Sans son aide. » Arlene ne répondant pas, House imagina qu'elle avait simplement hoché la tête. « On se remet sur pied. Lentement, mais sûrement. On va s'en sortir. J'en suis persuadée. »

« Tant mieux. »

« On va voir son psy bientôt. Et on a prévu de déménager. »

« Pas trop loin d'ici ? »

« Non, on reste à Princeton. » Au bout de quelques secondes, Cuddy ajouta, « Je suis contente que House soit à mes côtés. Je ne sais pas ce que je ferais sans lui. » Puis, dans un chuchotement à peine audible, « Il m'a sauvée. »

Un grand sourire se dessina sur ses lèvres, puis disparut alors que Cuddy poussa la porte au moment où il s'y attendait le moins. Elle fut aussi surprise que lui en le voyant. Elle plongea son regard dans le sien. Avait-il tout entendu ? Comment allait-il réagir ? Il put distinguer un soupçon d'angoisse dans ses yeux, comme si elle craignait qu'il se mît à paniquer. Ce qui n'arriverait pas. Il n'avait plus peur des sentiments de Cuddy.

« Et si on se préparait des spaghettis ? » lui proposa-t-il avec un léger sourire, qu'elle lui rendit largement.

« Ça me va. » Puis elle se tourna vers sa mère. « Tu restes avec nous ? »

« Merci, non. » refusa-t-elle. « J'ai déjà déjeuné. Je vais m'en aller. » Suivie de sa fille, elle entra à l'intérieur, s'empara de son sac ainsi que de son manteau, qu'elle enfila en s'adressant à House. « Vous ne pouviez pas vous empêcher de nous écouter, hein ? »

« Bien sûr que non. » admit-il. « Je voulais m'assurer que vous ne me cassiez pas de sucre sur le dos. »

Arlene eut un fin sourire. « Satisfait ? »

« Assez, oui. »

Elle hocha la tête. « Bref, il faut que j'y aille. » dit-elle, tapotant son épaule. « A bientôt, Greg. » Cuddy les observa avec une pointe d'amusement. Il semblait surpris par sa soudaine gentillesse. « Merci d'avoir sauvé ma fille. »

Elle s'avança naturellement vers sa fille, comme si elle ne venait pas de tout bonnement méduser le diagnosticien. Quand il se fut remis du choc, la vieille dame était partie, la porte était close, et Cuddy le regardait avec un grand sourire et des yeux emplis de fierté.

« Qu'est-ce que tu lui as fait ? » demanda-t-il. Elle rit doucement, haussa les épaules et laissa ses bras retomber le long de son corps en un geste qui lui indiqua clairement qu'elle ne le savait pas.

« On s'en fiche. » Elle prit sa main et l'emmena dans la cuisine. Il n'opposa aucune résistance. « Je meurs de faim. »

Tandis qu'elle posait deux assiettes sur la table, ainsi que le même nombre de serviettes, House remplit une casserole d'eau du robinet et plaça cette dernière sur une plaque électrique.

« Je devrais aller me changer. » annonça Cuddy après un moment passé près de House à regarder l'eau chauffer lentement.

« Sérieusement ? » Il tira sur le col de son haut, révélant aisément son épaule nue, qu'il embrassa furtivement. « J'aime bien mon sweat-shirt sur toi. » Elle sourit et s'éloigna. « Reste sexy. » cria-t-il alors qu'elle quittait la pièce. Elle revint dans la cuisine vêtue d'un jean et d'un pull en laine noir. House leva les yeux au ciel. « C'est ça, ta définition de 'sexy' ? »

Elle se faufila derrière lui et entoura sa taille de ses petits bras. « Quoi, tu aurais préféré que je ne porte qu'un string ? »

« Que tu ne portes rien du tout, en fait. »

Un petit sourire se dessina sur ses lèvres. « Dans tes rêves. L'eau ne bout toujours pas ? »

Il baissa les yeux vers la casserole. De minuscules bulles montaient à la surface depuis les abysses du récipient, uniquement pour disparaître à la fin de leur voyage. « A peine. Donne-moi le paquet de spaghettis, tu veux bien ? »

Elle le trouva dans un placard. Une minute plus tard, de plus grosses bulles sortaient de leurs cachettes et éclataient en rencontrant l'atmosphère. House alluma la hotte et s'empara d'une poignée de pâtes. Cuddy fit la moue.

« J'en mettrais plus. » commenta-t-elle en plongeant sa main dans la boite, afin d'en extirper sa propre poignée de spaghettis, moins conséquente que celle de House.

Il acquiesça. « Donc, vu qu'ils ne vont pas rentrer dans la casserole... » Il s'empara des deux extrémités des tiges jaunes et les brisa en deux.

« Fascinant. » se moqua-t-elle gentiment, avant de faire de même. Il baissa la flamme et jeta ses spaghettis dans l'eau bouillante. « Il est temps que bébé poignée de spaghettis prenne son bain. » dit-il, désignant d'un geste les pâtes de Cuddy. Une brève lueur de mélancolie traversa le regard de cette dernière, ce que House ne manqua pas de remarquer. Puis elle laissa ses spaghettis suivre leur destinée.

« J'avais presque oublié. » murmura-t-elle, fixant la casserole d'un air absent. Elle se sentait presque coupable de passer du bon temps. Oublier Mary signifiait qu'elle faisait des progrès, elle en était consciente. Elle savait également que surmonter cette épreuve était synonyme de faire ses adieux. Elle ignorait si elle était prête pour tourner la page et abandonner sa fille perdue à jamais. Elle soupira. Elle était censée vouloir s'en sortir. Pourquoi ne pouvait-elle pas se résigner à cesser de s'éterniser dans tant de malheur ?

House écarta ses tristes pensées en sortant une fourchette d'un tiroir.

« Il faut remuer les pâtes. » dit-il en brandissant le couvert comme s'il s'agissait d'une arme absolue. « Pour qu'elles ne collent pas au fond de la casserole. »

Cuddy arqua un sourcil. « Tu comptes sérieusement me donner une leçon de cuisine ? »

« T'as pas dû goûter à tes pâtes, pour me dire ça. »

« Alors ça, c'est pas gentil. » Elle frappa gentiment son épaule. Il fit semblant d'avoir mal.

« Je dirais plutôt 'réaliste'. »

Il se plaça derrière elle, prit sa main, qu'il recouvrit de la sienne, et la posa sur le manche de la fourchette avant de plonger l'ustensile dans la casserole.

« Tu vois, tu remues doucement, comme ça... » reprit-il, mouvant la fourchette dans le sens des aiguilles d'une montre.

« C'est ridicule. » Ils pouffèrent, néanmoins ne cessèrent pas d'agiter tranquillement la préparation ensemble.

« J'appellerai Nolan après le déjeuner. »

« D'accord. » acquiesça-t-elle.

« J'ai cru comprendre que tu avais aussi des coups de fil à passer. »

« Ouaip. »

Et ils continuèrent de remuer les pâtes paisiblement.

« Wilson m'a proposé de me rendre mon job. » lâcha-t-elle.

« Okay. » dit-il simplement.

« Je ne sais pas quoi faire. » reprit-elle. « Il a dit qu'on commencerait par travailler ensemble, puis il me laisserait toute seule une moitié de journée, et je finirais par travailler seule à plein temps. Peut-être que je devrais en parler avec ton psy. » Cette fois, il ne répondit pas, se concentrant sur la préparation des pâtes. Elle sentit sa gorge se serrer. Elle ferait confiance à un homme qu'elle ne connaissait même pas pour qu'il règle un problème aussi simple, pour qu'il réponde à la bête question qu'était 'Suis-je prête pour retourner travailler ?' C'était injuste pour House. Il lui donnait d'excellents conseils. Il l'aidait à voir la vérité partout. Il était honnête avec elle. De plus, cesser de discuter de soucis aussi ordinaires mènerait à leur fin, d'une façon ou d'une autre. Elle ne lui cachait rien, et elle espérait qu'il faisait de même de son côté. « Qu'est-ce que tu en penses ? » lui demanda-t-elle enfin.

Il haussa les épaules. « Ça dépend. Est-ce que tu es prête pour supporter la pression ? Pour aller à l'hôpital très tôt et rentrer tard ? »

« Je sais pas. » admit-elle. « Je sais pas ce que je veux faire. Mais si je reste inerte comme ça, je ne vais jamais aller mieux. »

Il garda le silence, délibérant mentalement. Le rythme avec lequel il manœuvrait la fourchette ralentit légèrement. « Tu devrais attendre. Retournes-y seulement quand tu le voudras vraiment. »

Elle hocha la tête, convaincue. « Merci. »


Rachel est assise pensivement à la table de salle à manger. Sa maman est à la maison depuis maintenant trois jours, et elle sort à peine de sa chambre. Elle dort toute la journée, y compris quand sa fille rentre de l'école avec House. Même si elle les rejoint pour dîner et reste avec eux jusqu'à ce que la petite fille aille au lit, elle manque beaucoup à Rachel.

L'enfant pousse un soupir et niche sa mâchoire dans ses paumes.

« Qu'est-ce qu'il t'arrive, moussaillon ? » lui demande House en s'asseyant à ses côtés.

« J'm'ennuie. » geint-elle. Elle vient de rentrer à la maison et, pourtant, elle a l'impression d'être assise là depuis une éternité.

« Et si on lisait une histoire ? » suggère-t-il. Rachel y réfléchit brièvement puis secoue la tête. « On pourrait faire un puzzle ? » Elle refuse. « Des coloriages ? Jouer à Feed-The-Monkey ? Aux cubes ? » Elle décline chacune de ses propositions. « Je pourrais jouer du piano. » insiste-t-il. « Ou de la guitare. »

« Je veux Maman. »

« Ta Maman fait la sieste. On ne peut pas la réveiller. »

Les yeux de Rachel s'emplissent de larmes. « Mais je veux ma maman. » soutient-elle avec un sanglot. Immédiatement, les traits de House se fondent en une moue inquiète et compatissante. Il se lève, prend la petite fille dans ses bras et s'assoit sur la chaise qu'elle occupait précédemment, posant l'enfant sur sa cuisse gauche.

« Ecoute. » dit-il d'une voix douce tandis qu'elle frotte ses yeux humides de ses petits poings. « Ta maman porte ta petite sœur dans son ventre. »

« Je sais. »

« Et c'est très fatiguant pour elle. » reprend-il. « Tu vois, tout ce qu'elle fait, elle doit le faire pour deux; pour elle et pour le bébé. Manger, boire, dormir, respirer. Et parce qu'elle avait beaucoup de travail à l'hôpital, elle est deux fois plus fatiguée. Alors elle doit rattraper le sommeil qu'elle a perdu. Tu comprends ? »

« Oui. » acquiesce Rachel.

Il sourit. « T'en fais pas, elle sera bientôt sur pied, et elle pourra jouer avec toi comme avant. »

« T'es sûr ? »

« Ouaip. »

Puis il lui vient une idée. « Je pourrais faire un dessin pour Maman ! » s'exclame-t-elle.

« Ça m'a l'air d'une bonne idée. » approuve-t-il avec un sourire.

Rachel se laisse promptement glisser au sol, et court dans sa chambre. Un moment plus tard, elle revient tout aussi vite avec ses crayons de couleur et ses pastels, ainsi que quelques feuilles de papier, qu'elle tend au diagnosticien. Il pose ses affaires sur la table, tandis qu'elle grimpe sur ses genoux, faisait bien attention à sa mauvaise jambe. Il soutient délicatement sa petite taille, s'assurant qu'elle ne bascule pas.

« Qu'est-ce que je fais maintenant ? » demande-t-elle devant sa feuille vierge.

« Je sais pas. C'est ton dessin. »

« T'm'aides pas beaucoup. »

Il y réfléchit une seconde, lui aussi à court d'inspiration. « Pourquoi tu ne dessines pas quelque chose qu'elle aime ? »

« Elle ira mieux si elle voit des trucs qu'elle aime ! » s'écrie Rachel, frappée par une illumination.

« Qu'est-ce qu'elle aime ? » demande-t-il. L'enfant empoigne son crayon jaune et appuie la mine sur le papier, en haut à gauche.

« Le soleil. »

« C'est vrai. Tout le monde aime le soleil. » Une tâche à la forme vaguement ronde apparaît sur le papier. « Ça rend les gens heureux. »

Elle se tourne vers lui. « Parce que les gens aiment le soleil ? »

« C'est à cause de sa lumière, en fait. » explique-t-il. « Quand il y a des nuages pendant quelques jours, tu te sens un petit peu triste, pas vrai ? »

« Un tout petit peu. » Elle agrandit son soleil, jusqu'à atteindre les dimensions d'une médaille d'or.

« Donc, elle aime le soleil. Mais encore ? » l'encourage-t-il.

« Toi ! »

Il esquisse un sourire. « Toi aussi, elle t'aime. »

Rachel laisse son crayon jaune de côté et choisit le noir, avant de finalement opter pour un pastel vert foncé. Elle recouvre le bas de la page d'une fine couche d'émeraude.

« De l'herbe ? »

« Oui. » confirme-t-elle.

Puis, House l'observant avec grand intérêt, elle s'empare à nouveau du crayon noir, et trace une ligne verticale un tantinet tordue. A son sommet, elle y ajoute un cercle qui touche presque le soleil. La ligne verticale, coupée par un trait horizontal en son milieu approximatif, atteint l'herbe grâce à deux diagonales attachées à sa seconde extrémité.

« C'est moi ? » demande-t-il, les sourcils froncés.

« Oui. »

« Je suis pas aussi grand ! »

« T'es un géant, Hows. Tu peux toucher le plafond ! » soutient-elle. « Moi je peux pas toucher le plafond même sur la pointe des pieds. »

Il sourit. « T'inquiète. T'as pas encore fini de grandir. Peut-être que tu seras trop grande pour passer la porte ! »

Elle rigole. A l'aide d'un crayon marron, elle trace au bout du bras de House une courbe qui ressemble à un rhô minuscule écrit nonchalamment.

« J'ai oublié ta jambe en bois. » dit-elle. Puis elle dessine un personnage bien plus petit que House, à peine plus grand que ses jambes. Le diagnosticien reconnaît Rachel en ce nouveau protagoniste. Se laissant emporter par son inspiration, elle ajoute une troisième personne, plus grande qu'elle mais plus petite que House. Un demi-cercle s'étirant de la ligne horizontale de ses bras au point de rencontre des diagonales de ses jambes représente un ventre arrondi.

« Cuddy. » se dit House avec un sourire attendri.

« J'ai oublié quelque chose ? » demande la petite fille, s'inquiétant que son œuvre d'art ne soit pas parfaite. Il regarde son dessin de plus près.

« On n'a pas de cheveux. » remarque-t-il, entre autres. Ses personnages ne possèdent par ailleurs ni visage, ni vêtements.

Deux zigzags noirs plantés sur le haut du crâne de Cuddy feront l'affaire. Rachel dessine simplement un U brun à l'envers sur le cercle posé sur son propre corps. House est doté de quelques traits de la même couleur, séparés en deux parties par un vide sur le sommet de sa tête.

« C'est bien, mais pourquoi j'ai l'air d'avoir si peu de cheveux ? » s'enquiert-il.

« Parce que c'est vrai ! »

« C'est vrai ? »

« T'as un trou sur ta tête. »

Il passe sa main sur la zone dégarnie à l'arrière de son crâne. Il surveille sa chute de cheveux, soupire parfois en s'examinant dans le miroir, mais d'une manière ou d'une autre, le fait que Rachel le remarque rend sa calvitie plus réelle, plus flagrante. « Tu verras quand t'auras des cheveux blancs. » la taquine-t-il en l'ébouriffant. Elle rit.

« T'as des cheveux gris aussi ! » s'exclame-t-elle, se retournant pour mieux voir.

« Non non non non non non. » geint-il tandis qu'elle s'empare de son crayon gris et ajoute de courts traits à ceux déjà présents sur son crâne. Elle glousse victorieusement.

Il sait qu'il ne verra jamais des cheveux blancs s'insinuer dans la chevelure de Rachel. Ayant consommé abusivement de l'alcool et de la drogue pendant de nombreuses années, il ne vivra pas plus longtemps que soixante-dix ans, peut-être quatre-vingts avec un peu de chance. Ce qui signifie qu'il lui reste environ vingt ou trente ans à vivre. Plus ou moins. Même sa douleur chronique fait partie de l'équation. Combien de temps encore parviendra-t-il à l'endurer ? Il souffre depuis une décennie. Il ne se voit pas continuer ainsi pour encore dix ans.

Il ne regardera pas ses filles grandir. Même Cuddy devra vieillir sans lui à ses côtés. Cuddy est plus jeune que lui et mène une vie saine. Elle entendra sûrement ses filles se plaindre de l'apparition de leurs cheveux blancs. Elle vivra bien plus longtemps que House, et fêtera probablement ses cent ans, pourquoi pas ? Le seul réconfort qu'il peut en tirer est qu'en disparaissant de la surface de la Terre avant elle, il n'aura pas à souffrir de sa mort et éternelle absence. Il sait que c'est égoïste de sa part, mais il ne pourrait tout simplement pas supporter le décès de Cuddy. Il ne peut même pas concevoir cette idée. Une vie sans Cuddy n'existe pas. Pas même dans le plus éloigné des univers parallèles.

Il se demande s'il est trop vieux pour être père. Ses cheveux sont déjà parsemés de gris, certains sont tombés à jamais. Il a cinquante ans de plus que ses enfants, ce qui équivaut à plus de deux générations. Rachel et Progéniture seront à peine adultes quand il disparaitra. Vivra-t-il assez longtemps pour les voir obtenir leurs diplômes ? Tomber amoureuses pour la première fois ? Déménager de la maison ? Quel père sera-t-il pour elles quand elles seront enfants ? Adolescentes ? Etre un père estropié n'est pas un avantage. Etre un père estropié et vieillissant fera de lui plus un fardeau qu'un papa. Il ne pourra pas jouer au football, au baseball, au basketball ou à quoi que ce soit avec elles, ne pourra pas rester debout trop longtemps; or, la plupart des activités se déroulant en extérieur requièrent de faire la queue tôt ou tard. Et si leurs amis le prenaient pour leur grand-père quand il les emmènera ou les déposera à l'école ?

« Hows ? » appelle Rachel, le tirant de ses pensées.

« Hm. »

« Tu aimes ? »

Il baisse les yeux vers la feuille de papier. Tandis qu'il était perdu dans ses pensées, elle a dessiné de larges V noirs dans le ciel.

« Oui, c'est très beau. » Il est sincère. Son œuvre est le dessin simple et typique d'une petite fille de trois ans, mais elle comporte une belle signification; House, Cuddy, Rachel et Progéniture formant une famille unie et heureuse. « C'est quoi ces trucs dans le ciel ? »

« Des oiseaux. »

« Evidemment. » sourit-il.

Rachel prend la parole après un bref silence. « Hows ? » Il acquiesce. « Je veux écrire à Maman de se remettre sur pied très vite. Sais pas faire. »

Il prend une feuille blanche de la pile de papier qu'elle a apporté. « Mais si, tu peux. Essaie sur un brouillon d'abord. »

Elle hoche la tête, choisit un pastel rouge et traces des vagues au hasard sur le brouillon. Se tournant vers House, elle glousse.

« C'est pas vraiment ça. » sourit-il. Puis, désignant le bâtonnet rouge d'un geste, il lui demande, « Je peux ? » Elle le lui donne. « Remets-toi... Très... Vite... Sur pied... » épelle-t-il tout en écrivant ces mots en lettres capitales. « Fais comme moi. » dit-il à Rachel en lui rendant son pastel.

Elle soupire. « Trop dur ! »

« Allez, essaie ! » l'encourage-t-il. « Tu vas voir, c'est facile ! »

Elle fait glisser son dessin vers lui. « C'est toi qui fais. »

« Mais c'est ton dessin. » proteste-t-il.

« Je veux le faire avec toi. »

« Bon. » abandonne-t-il volontiers. Il réécrit la phrase, la gratifiant d'un point d'exclamation.

« Merci Hows. » Elle l'embrasse sur la joue. C'est alors que les pas indolents de Cuddy se font entendre dans le couloir.

« La Belle au Bois Dormant arrive enfin ! » l'accueille House.

« Sérieusement ? Je crois que je préférais quand tu m'appelais Crocodile. Bonjour vous deux. » les salue-t-elle en entrant dans la pièce, vêtue d'un sweat-shirt et d'un pantalon de pyjama. La voyant enfin, Rachel lui offre un grand sourire. Sa mère embrasse d'abord les lèvres de House, puis entoure sa fille de ses bras et la serre contre elle. « Bonjour, ma puce. » marmonne-t-elle contre ses cheveux bruns, qu'elle embrasse ensuite. « Tu m'as manqué, aujourd'hui. »

« Toi aussi, Maman. » Profitant de l'étreinte de sa mère, Rachel oublie le dessin qu'elle vient de réaliser. Fort heureusement, House lui ravive la mémoire en agitant discrètement la feuille de papier, qu'elle aperçoit du coin de l'œil. « Maman, on a fait un dessin pour toi ! » s'exclame-t-elle.

« C'est vrai ? » Elle la libère de son accolade. La petite fille lui tend son dessin avec un sourire fier. « C'est magnifique, ma puce ! Tu es une vraie artiste ! » la complimente sa mère. « Tu sais quoi ? Je vais l'accrocher dans ma chambre, comme ça je l'aurai toujours avec moi ! »

« D'accord. » Rachel tente de garder une apparence calme, mais elle ne peut s'empêcher de glousser de joie.

« Merci. Tu es adorable. » Elle embrasse sa fille sur la joue.

« Et moi, j'ai pas de bisou ? » geint House, la faisant sourire.

« Ne fais pas ton bébé. » dit-elle avant de presser ses lèvres contre les siennes. « Tu veux bien aller me chercher un sous-verre demain ? » Il acquiesce.

« C'est quoi un sous-verre ? » demande Rachel.

Cuddy s'assied, se sentant déjà fatiguée. « C'est un verre qui protège une image. » explique-t-elle. « Tu glisses l'image entre le verre et un cadre, tu accroches le verre au cadre, et tu peux accrocher le tout à un mur. »

« Cool. »

« N'est-ce pas ? »

« Maman, viens jouer avec moi. » réclame timidement Rachel après un bref silence, craignant qu'elle ne refuse. Contre toute attente, elle accepte.

« Bien sûr, mais laisse-moi manger un morceau avant, j'ai faim. »

« Moi aussi. J'ai envie de gâteau. »

Cuddy rit, puis désigne la cuisine d'un geste. Rachel se laisse glisser au sol avec joie. Tandis que sa mère se lève, House ouvre la bouche mais elle le coupe. « Oui, tu peux venir avec nous, gros bébé. » Elle sourit et il fait de même. S'appuyant sur sa canne, il se lève et les suit. Cuddy s'arrête à mi-chemin et se tourne vers lui. « Tout va – Aow. » essaie-t-elle de lui demander, avant d'être interrompue par Progéniture. Il rigole. « Tout va bien ? Tu sembles un peu ailleurs. »

Il se penche et pose une main sur son ventre. « Tu devrais pas donner des coups de pied à ta maman comme ça. C'est pas très gentil. »

« House. » insiste-t-elle. « Dis-moi si quoi que ce soit – »

« Vous venez ? » les appelle Rachel depuis la cuisine.

House baisse les yeux vers le ventre rond de Cuddy, puis la regarde dans les yeux. « Oui. Tout va bien. » lui assure-t-il avec un sourire. Elle prend sa main et l'emmène dans la cuisine.


TBC...