Hello amis lecteurs ! Eh bien, le dernier chapitre a eu du succès, c'est le moins qu'on puisse dire ! Merci à Omya-chan, MiaoiFuki, RoronoaAgathou, Arya Cahill, zelda72 et Elowlie pour votre enthousiasme :-)
Sans plus tarder, gros bisous à tous et bonne lecture ! ;-)
Une fois de plus, Sanji se retrouvait attaché à une chaise, de grand matin, et sans rien avoir dans l'estomac. Il s'était étonné, la veille au soir, de ne pas recevoir de repas, mais Duval lui avait expliqué qu'ils ne recevaient à manger qu'une fois par jour, à midi, et s'ils n'étaient pas dans leur cellule à ce moment-là, eh bien tant pis. Le cuisinier avait compris que Doflamingo, bien qu'il tienne à garder ses prisonniers en vie pour pouvoir mener ses petites expériences, veillait à les affaiblir afin qu'ils ne puissent pas trop se défendre. C'était intelligent.
Ce matin-là, Monet était donc venue le tirer du sommeil en le secouant, et lui avait repassé les menottes au poignet malgré les protestations de Sanji, qui lui avait assuré que jamais il ne s'en prendrait à une femme. Elle l'avait ensuite emmené dans une pièce où il avait été obligé de s'asseoir, tandis que César, de dos, trafiquait quelque chose sur la grande table blanche qui lui servait de plan de travail. Quand il se retourna enfin, il brandissait en main une sorte de collier métallique très épais, qu'il vint accrocher autour du cou du blond.
- Hey ! Je ne suis pas un animal, espèce de… ! grogna-t-il tout en essayant de se débattre.
- C'est là où tu te trompes, ricana César. Depuis que tu as mis les pieds ici, tu ne peux plus te considérer comme un être humain. Tu dis que tu n'es pas un animal ? Tu es moins que ça. Tu es notre chose, et tu vas obéir bien sagement à ce qu'on te dira de faire !
- Vous pouvez toujours rêver !
Sanji se débattit de plus belle, jusqu'à ce que deux mains gigantesques ne viennent, par l'arrière, lui attraper la tête et la maintenir immobile, permettant à César de fermer enfin le collier métallique avec un petit « CLIC ». Les mains lâchèrent aussitôt le chef-coq, et leur propriétaire fit le tour de la chaise pour se révéler aux yeux de Sanji. Oz. Evidemment. Il était talonné par Moria, qui s'approcha immédiatement de sa victime avec un sourire jusqu'aux oreilles.
- Alors, on essaye déjà de faire des siennes, hein ? Kishishishishi ! Laisse-moi te parler de ce collier, qu'on vient de te mettre. C'est une invention de mon collègue César, ici présent. Il contient deux types de gaz différents : le premier est un gaz paralysant, le deuxième est un poison fulgurant. Tous les pensionnaires de cet endroit ont un collier similaire, et tous les employés comme nous ont une petite manette, qui permet à distance de libérer l'un ou l'autre gaz, selon les besoins. Si, par exemple, tu parvenais à te détacher, et que tu te mettais à courir en espérant t'échapper… Une petite pression sur le bouton rose et hop ! Tu te retrouverais paralysé par terre. Idem si tu essayes de t'en prendre à l'un de nous, évidemment. Et si, malgré tout, tu continuais à te montrer désobéissant, et que tu finissais par nous lasser… Une petite pression sur le bouton mauve, et tu mourrais sur-le-champ. Alors, calmé ?
- Vous n'appuieriez jamais sur le bouton mauve, affirma Sanji avec sécurité. Doflamingo me veut vivant, et je le sais.
Moria fit une moue de contrariété, sachant pertinemment que le réformé avait raison, mais se refusant à lui laisser le dernier mot. Puis, une idée lui traversa l'esprit, et un sourire se dessina à nouveau lentement sur ses lèvres.
- Certes. Mais j'ai oublié de te dire un détail… Si tu essayes d'enlever ce collier par la force, le gaz empoisonné sera automatiquement relâché, et ça, même toi tu ne pourras pas t'y soustraire.
Peste. Sanji allait donc devoir trouver un autre moyen de se débarrasser du bijou incongru. Il était occupé à se creuser les méninges quand soudain se produisit une commotion derrière la porte, qui s'ouvrit pour laisser passer une jeune femme à la beauté époustouflante.
Elle avait de longs cheveux noirs qui descendaient en ondulant jusqu'à la moitié de son dos, maintenus d'un côté de son visage par une fausse rose rouge. Elle portait un chemisier blanc à pois mauves, dont les premiers boutons étaient ouverts sur sa forte poitrine, et une jupe droite de couleur aubergine, qui se terminait un peu au-dessus du genou par deux rangées de volants. Mais surtout, elle avait de grands yeux noisette, qui rappelaient étrangement à Sanji ceux de la jeune Rebecca.
- Je vous ai dit que j'avais mieux à faire que de venir ici hypnotiser des gens à chaque fois que ça vous chante ! dit-elle d'une voix forte, s'avançant vers César. J'ai une fabrique à faire tourner, moi, Môssieur !
- Oui, et nous avons bien compris que vous refuseriez de vous prêter à l'expérience à moins d'un ordre direct du Joker. C'est pourquoi nous lui avons demandé de venir aussi. Il devrait être là d'une seconde à l'autre, répondit le scientifique d'une voix mielleuse.
- Oh. Il va… venir ici ? répéta la jeune femme, pâlissant d'un seul coup.
Son regard se posa alors sur Sanji, qui lui adressa immédiatement un sourire enjôleur, ce qui eut l'air de l'exaspérer.
- C'est ce nigaud que je dois hypnotiser, j'imagine ?
- Nigaud ! Mon aimée, vous me brisez le cœur ! protesta le cuistot avec véhémence.
- Exact. Figurez-vous que ce « nigaud », comme vous dites, n'est pas né à notre époque, raconta Moria avec délectation. En fait, il est né en 1660, c'est-à-dire il y a trois siècles et demi… Son corps a été retrouvé récemment dans la tourbe des Hautes-Fagnes, et nous sommes ici pour trouver pour quelle raison miraculeuse son corps ne s'est pas momifié, et comment a-t-on fait pour le réanimer. Malheureusement, il était tellement paniqué lorsqu'il est revenu à lui qu'il ne se rappelle pas très bien des détails de ce qui l'entourait. D'où notre recours à vos services, belle Viola…
Viola posa à nouveau les yeux sur Sanji, mais cette fois-ci avec un intérêt non dissimulé.
- Je vois… Cet homme pourrait bien être la clé du mystère, si je comprends bien ? murmura-t-elle, fascinée.
- Exactement, acquiesça Moria. Et si vous nous aidez à percer ce mystère, eh bien… vous n'aurez plus à attendre longtemps avant de revoir votre chère sœur.
Sanji avait envie de poser des questions, et surtout d'exprimer à la sublime Viola l'immense fierté qu'il ressentait d'être ainsi au centre de son attention, mais la porte s'ouvrit à nouveau, laissant passer Doflamingo, Hogback et Cindry. La jeune femme avait l'air aussi éteinte que d'habitude, son expression ne laissant filtrer aucune émotion lorsque ses yeux croisèrent brièvement ceux du blondinet, mais Hogback avait l'air nerveux, et il jetait des regards tout autour de lui comme s'il ne connaissait pas les lieux, et qu'il les découvrait en même temps que Sanji. Il salua d'un hochement de tête assez raide César et Monet, avant d'aller se poster à côté de Moria, qui lui chuchota quelques mots à l'oreille. Hogback hocha la tête, et se détendit quelque peu.
- M. Doflamingo, salua Viola d'un ton pincé. Je regrette chaque jour un peu plus de vous avoir dit que je suis sortie avec Jango, par le passé… La dernière fois que j'ai vu cet enfoiré, c'est quand il m'a avoué que non seulement il m'avait trompée, mais en plus avec un autre homme ! Ce minable de Fullbody, qu'on avait rencontré lors de nos cours de danse ! Tssk. J'aurais peut-être dû me douter que ces deux-là étaient gay. Des hommes qui aiment la danse de salon… Mais quoi qu'il en soit ! La dernière fois qu'on s'est parlé, on en est venu aux mains, et je l'ai même menacé avec un couteau ! Alors, vous voyez, je préfèrerais pouvoir oublier ce sombre individu et tout ce qui m'y fait penser. Et ce n'est pas en employant une technique que lui m'a apprise, que…
- Viola, Viola, l'interrompit Doflamingo en levant une main. Avez-vous oublié notre petit accord ? Moi, non. Mais si vous voulez que je vous rende votre sœur, alors il vous faudra coopérer… car nous n'y arriverons pas sans vous. C'est votre choix. N'êtes-vous pas impatiente de retrouver Scarlett ?
Le visage de Viola se contracta, réprimant certainement une forte émotion, et elle finit par hocher la tête en signal d'acceptation.
- Ne l'écoutez pas, ma douce ! cria Sanji, hors de lui. S'il retient votre sœur prisonnière pour vous obliger à obéir, ne vous inquiétez pas, car je vous promets de la sortir d'ici ! Mais ne vous rendez pas complice de ses manigances, alors que vous êtes une bonne personne… Je le sais, je le vois…
Viola ouvrit de grands yeux, avant que ceux-ci ne se remplissent de larmes, et qu'elle doive étouffer un petit sanglot derrière une main manucurée. Doflamingo, quant à lui, laissa échapper un rire sardonique.
- Viola, une bonne personne ? Mon pauvre ami, tu es bien loin du compte… N'est-ce pas, très chère ? S'il savait que votre sœur n'est pas ma prisonnière, mais qu'elle est en réalité morte à cause de vous…
- Hein ? fit Sanji sans comprendre.
Mais… Si Scarlett était morte… Alors pourquoi Moria et maintenant Doffy avaient-ils dit à Viola qu'elle pourrait la retrouver si elle coopérait ? A moins que… Doflamingo cherchait le secret de la vie éternelle, et peut-être espérait-il, grâce à Sanji, trouver le moyen de faire revenir les morts à la vie. C'était complètement insensé, et tout à fait blasphématoire, mais… peut-être Viola s'était-elle accrochée à cette promesse, sans oser s'avouer à elle-même que c'était irréalisable. Le cuisinier sentit son cœur se serrer pour la jeune femme, sachant très bien ce que c'était de se sentir tellement coupable de la mort de quelqu'un, qu'on serait prêt à tout pour ressusciter cette personne.
- Sans parler du fait que vous avez trahi toute votre famille pour travailler pour moi… continua le milliardaire, toujours aussi narquois. Non, vraiment, Viola, vous n'êtes pas une bonne personne. Mais vous avez un objectif, et vous êtes prête à tout sacrifier pour l'atteindre. Et ça, c'est plutôt admirable ! Alors concentrez-vous et commencez, maintenant.
- Ah, M. Do – Joker ? Puis-je enregistrer la séance ? demanda Moria, tout empressé.
Comme l'homme aux lunettes hochait la tête affirmativement, Sanji sentit que c'était là sa chance. S'il arrivait à faire parler Doflamingo pendant l'enregistrement, et à rendre son identité évidente, alors ce serait une preuve de sa présence dans le laboratoire, et de son implication dans les opérations louches qui s'y déroulaient. C'était une opportunité à ne pas manquer !
- Vous avez tout de même du culot, d'accuser Mlle Viola ici de la mort de sa sœur, quand vous-même avez assassiné froidement votre frère, lança-t-il à l'emplumé dès que Moria eut poussé sur le bouton « REC » de son enregistreur.
Doflamingo ne dit rien, mais ses traits se crispèrent imperceptiblement.
- Comment s'appelait-il, déjà ? Rosinante ? continua Sanji. Qu'avait-il donc fait, pour que vous vouliez le tuer ? Est-ce qu'il s'est rendu compte que vous étiez complètement dément, déjà à l'époque, et qu'il a essayé de vous arrêter ? Ou bien est-ce que c'est pour le ramener à la vie, lui, que vous capturez des gens et que vous faites des expériences dessus, en espérant trouver le secret de la vie éternelle ? Pour qui vous prenez-vous ? Pour Dieu ?
Cela eut le mérite de le faire réagir. L'homme aux lunettes, très calmement, s'avança jusqu'à Sanji, qu'il prit par la gorge et qu'il écrasa contre le dossier de son siège, le soulevant même de quelques centimètres.
- Ecoute-moi bien, gamin, siffla-t-il entre ses dents serrées, tout en se penchant vers le réformé. Je vais te dire un secret. Dieu n'existe pas, ou en tous cas, il est mort depuis très longtemps. Et vu la façon dont va le monde, de nos jours… Il est grand temps que quelqu'un prenne sa place, et essaye de redresser un peu la barre. Et oui, j'estime que je suis le mieux placé pour le faire. Et si des gens essayent de se mettre sur ma route, fussent-ils de mon propre sang… eh bien, je n'aurai pas de scrupules à les éliminer, parce qu'au final, je fais ça pour le bien de tous. Un jour, l'humanité entière me remerciera, tu verras.
Sur ce, il relâcha Sanji, qui se mit à tousser, et fit un signe de tête à Moria.
- Effacez cet enregistrement, Gecko, et commencez-en un autre. Viola, commencez. Moi, je m'en vais.
Il tourna les talons et sortit, et le chef-coq, la tête encore légère à cause du manque d'oxygène, se dit avec dépit que tout était à recommencer. Avec ses piètres connaissances en matière de technologie moderne, il n'avait pas réalisé qu'il était si facile de se débarrasser d'un enregistrement. Et la seule preuve qu'il avait obtenue, hélas, c'était que Doflamingo était fou à lier…
~~oOo~~
La séance avait été fructueuse, et visiblement, César, Hogback et Moria avaient conclu que c'était l'orage, qui faisait rage au moment où Sanji avait repris conscience pour la première fois, qui avait été le facteur déterminant. Selon eux, la foudre avait dû frapper les installations de la station scientifique, et avait provoqué la surcharge électrique qui avait fini par griller le scanner – mais pas avant d'avoir électrocuté sévèrement le blond. Le choc avait dû être très intense pour avoir fait repartir son cœur après plus de trois cent ans. Hogback et Moria avaient bien sûr déjà essayé de réanimer des cadavres grâce à des chocs électriques, mais peut-être les corps étaient-ils déjà trop détériorés, ou bien le courant pas assez puissant. Ils partirent déjeuner en bavardant gaiement, évoquant la possibilité de tuer l'un de leurs prisonniers et de le réanimer quelques heures après (avant qu'il n'ait commencé à se décomposer), et les façons de générer un courant électrique assez fort.
Sanji avait entendu toute cette conversation avec détachement, comme si elle avait concerné quelqu'un d'autre, et pas lui. Après tout, il n'avait aucun souvenir de ce qui s'était dit pendant qu'il était hypnotisé, et ce n'était qu'après le claquement de doigts de Viola qu'il avait repris conscience en clignant des yeux. En voyant le visage de la jeune femme si près du sien, soudain, il s'était immédiatement mis à babiller et à lui faire les yeux doux, mais Viola s'était écartée vivement, l'air presque fâchée. Elle avait accompagné les quatre médecins et Cindry lorsqu'ils avaient décidé d'aller se restaurer, et lui était resté seul, attaché à sa chaise.
Il soupira en entendant son ventre ruminer. Visiblement, il n'aurait pas droit à son repas aujourd'hui… Non pas que les ramen de Wanze lui aient laissé un souvenir impérissable, mais c'était mieux que rien. Il tenta de se distraire en imaginant comment faire revenir Doflamingo au laboratoire, et comment parvenir à obtenir des preuves contre lui sans qu'il ne s'en rende compte, mais à vrai dire, il ne trouvait pas grand-chose. Il n'était jamais libre de ses mouvements, ou bien surveillé de près, et il ne connaissait pas les lieux. On lui avait enlevé toutes ses affaires, ne lui laissant sur le dos que son caleçon et cette foutue blouse d'hôpital qui ne fermait même pas correctement. Pour le moment, il ne pouvait rien faire, si ce n'est d'attendre qu'une autre opportunité ne se présente, et d'essayer de ne pas la gâcher.
Si au moins il pouvait essayer d'enlever ce maudit collier… Quand il était passé dans le couloir, la veille, et avait vu les autres captifs, il n'en avait vu aucun d'enchaîné. Sans doute les subordonnés de Doffy estimaient-ils que leur petit joujou empoisonné suffisait à les tenir à carreau. Et peut-être avaient-ils raison, puisque ça avait l'air de marcher jusqu'ici. Mais si Sanji arrivait à s'en débarrasser… Il pourrait s'échapper de sa cellule sans se faire remarquer, et fouiller le complexe sous-terrain. Ils devaient sûrement avoir des archives quelque part, pour les dossiers médicaux et les comptes. Si le cuistot parvenait à faire sortir de tels documents… Mais il n'y arriverait pas tout seul. Pas sans une distraction qui accaparerait toute l'attention de leurs gardiens. Il faudrait qu'il arrive à convaincre tous les autres occupants des cellules de commencer une émeute, et alors peut-être…
La porte s'ouvrit à nouveau, et Sanji surpris vit entrer Viola, une assiette fumante en main. Elle prit une chaise, la posa devant lui, et s'assit, apparemment prête à lui donner la becquée.
- Mon ange ! s'écria-t-il, ravi, des cœurs pleins les yeux. Comment vous remercier pour cette délicate attention ? Vous vous êtes dit que j'aurais faim, et vous m'avez apporté à manger ? Quelle bonté d'âme, quelle générosité, quelle…
- Arrête de dire que je suis une bonne personne, répliqua-t-elle en lui fourrant une cuillère pleine de ragoût en bouche. Tu l'as entendu, tout à l'heure, non ? Je suis tout sauf ça.
- Mmpffmpf ! répondit Sanji, avant d'avaler sa bouchée. Permettez-moi d'en douter, ma mie…
- Ah oui ? Et qu'est-ce qui te rend si sûr de toi ?
- Peut-être l'aurez-vous remarqué, mais je suis un grand admirateur de la gente féminine. Je pourrais passer des heures à contempler votre beauté, votre grâce, votre élégance… Pour moi, toute femme est belle, à sa manière, et c'est pourquoi je n'ai jamais réussi à en choisir une et à m'y tenir. Et croyez-moi, j'en ai fréquenté un certain nombre… Tout cela pour dire que j'en suis arrivé à me considérer comme un fin connaisseur du beau sexe. Et lorsque je regarde dans vos yeux, je peux voir transparaître l'âme magnifique qui vous habite. Vous avez fait des choix difficiles, mais je sens qu'ils vous pèsent, et je sens la tristesse et la culpabilité qui vous rongent.
Viola se recula, l'air choquée.
- C-comment… ?
- Vous avez aidé Doflamingo à racheter l'usine de votre père parce qu'il vous avait promis de vous ramener votre défunte sœur, n'est-ce pas ?
Cette fois-ci, la jeune femme faillit lâcher l'assiette de ragoût tellement elle était abasourdie.
- Ce n'est pas possible ! On s'est déjà rencontré ? Non, je m'en souviendrais…
- Non, je n'ai jamais eu le plaisir de vous rencontrer auparavant, ma colombe, mais j'ai rencontré votre nièce Rebecca, qui m'a raconté sa version de l'histoire. A présent que je vous vois, toutefois, je me rends compte que la vérité est plus mitigée, et que vous n'avez rien de vil, ajouta rapidement Sanji, remarquant la grimace de Viola en entendant le nom de Rebecca.
- Non, elle a le droit de m'en vouloir… soupira la jeune femme en secouant la tête tristement. J'ai brisé sa vie, plus qu'elle ne peut s'en douter.
- C'est-à-dire ? Voulez-vous parler de la mort de sa mère ? demanda Sanji, compatissant.
Viola hésita, plus releva la tête pour plonger à nouveau son regard dans celui du blondinet.
- Je ne sais pas pourquoi, tu m'inspires confiance… Je vais tout te raconter, déclara-t-elle. Ma sœur, et la mère de Rebecca, s'appelait Scarlett. Elle était mon aînée, et je l'admirais au point de l'envier. Elle avait tout : elle était belle, brillante, tout en restant modeste et profondément gentille… Tout le monde l'adorait. J'ai été la première à rencontrer Kyros, et pourtant, dès qu'il a rencontré ma sœur, j'ai été oubliée et reléguée dans un coin. Oh, j'étais tellement jalouse ! J'étais folle amoureuse de lui, et lui ne voyait que Scarlett. Quand ils se sont mariés, j'ai essayé de me faire une raison. J'ai essayé de fréquenter d'autres hommes, de passer à autre chose. Mais rien n'y a fait. Et puis, quand ma nièce était encore toute petite, il y a eu une grosse dispute entre Scarlett et Kyros, si sérieuse que ma sœur est revenue à la maison pendant quelques temps, en emmenant Rebecca. Kyros m'a appelée, un soir, demandant à ce que vienne le voir et que je lui donne des nouvelles, parce que Scarlett refusait tous ses appels et ne répondait pas à ses messages… et j'y suis allée. Je ne pouvais rien lui refuser, de toute façon. Et en le voyant là, tellement vulnérable, et déjà sérieusement alcoolisé, je n'ai pas pu résister. Je l'ai embrassé, et une chose en amenant une autre, on a fini au lit. C'est là que ma sœur nous a trouvés, au petit matin. Elle a pris la fuite et nous l'avons cherchée toute la journée… jusqu'au moment où mon père m'a appelée pour m'annoncer qu'elle s'était suicidée, et que la police avait retrouvé son corps sous le pont duquel elle s'était jetée. Kyros et moi ne lui avons jamais avoué la raison de son geste, pas plus qu'à Rebecca. Mais la vérité, c'est que c'était notre faute, ma faute, et à chaque fois que mon père par la suite m'a remerciée pour mon appui pendant les obsèques, ou pour mon aide à l'usine, je me sentais crucifiée de culpabilité. Le seul qui me traitait avec toute la froideur et le mépris que je méritais, c'était Kyros lui-même, qui m'a tout mis sur le dos, l'accusant d'avoir profité de son état d'ébriété pour le séduire. Et je ne peux pas vraiment lui donner tort, parce que c'est ce qu'il s'est passé. Heureusement, maintenant, ils me détestent tous pour avoir vendu mes parts à Doflamingo, et je me sens soulagée.
Sanji était sincèrement désolé de ce qu'il entendait. S'il avait eu les mains libres, il aurait pris celles de Viola entre les siennes pour la réconforter, car la jeune femme s'était mise à pleurer au milieu de son histoire.
- C'est vraiment terrible, ce que vous me racontez là… Mais ma princesse, je considère que Kyros est plus coupable que vous, dans toute cette histoire. Il a été adultère, et vous a laissée vous blâmer sans assumer sa part de responsabilité. De plus, vous regrettez profondément ce qui est arrivé, et vous vous démenez à présent pour ramener votre sœur à la vie, et ce en dépit du bon sens. Tout cela prouve bien que vous n'êtes pas une mauvaise personne, malgré ce que vous pouvez penser. Et tout ce que vous avez fait par la suite, votre décision de vous associer à Doflamingo, c'était seulement pour vous faire détester, parce que vous estimez que c'était ce que vous méritiez. Mais si vous leur avouiez la vérité, je suis sûr que…
- Ils me détesteraient encore plus, l'interrompit Viola d'une voix chargée de larmes, tout en se cachant le visage dans les mains.
- Ils seraient choqués, et vous en voudraient certainement dans un premier temps, mais au moins ils comprendraient mieux pourquoi vous avez décidé de travailler pour Doflamingo. Et puis, ce n'est qu'en sachant la vérité, qu'ils pourront éventuellement vous pardonner.
- Et si je n'ai pas envie d'être pardonnée ? J'aimerais juste… pouvoir revenir en arrière… que Scarlett soit vivante, que Kyros me parle de nouveau, que Rebecca soit de nouveau heureuse… Je sais que c'est sans doute illusoire, mais quand je t'ai vu aujourd'hui, je me suis dit que ce n'était peut-être pas si impossible que ça ?
Sanji secoua la tête, peiné.
- Douce déesse, je ne sais pas moi-même pourquoi et comment je me suis retrouvé ici, à cette époque. Je ne sais qu'une chose : que j'ai prié Dieu de m'accorder une seconde chance, et qu'Il a écouté ma prière, dans sa grande mansuétude. Et que nul ne peut défier le Seigneur sans en souffrir les conséquences…
- Tu dis ça pour Doflamingo ? Malheureusement, ça fait bien longtemps que je ne crois plus à la justice divine… Quand on voit toutes les horreurs qui se passent dans le monde…
Le réformé allait lui répondre, lorsque la porte se rouvrit, laissant passer César, Hogback et Moria, qui devisaient entre eux de façon décontractée.
- Oh, Viola. Toujours là ? demanda César, l'air surpris. Je pensais que vous deviez retourner à votre fabrique…
- Et j'y vais de ce pas, répondit la jeune femme, en se remettant debout d'un geste fluide. Mais j'ai voulu d'abord apporter quelque chose à manger à notre miraculé. Il aura besoin de toutes ses forces, vu ce que vous comptez lui faire subir…
Sanji sentit son estomac se contracter nerveusement à ces mots. Qu'est-ce qu'ils allaient encore lui faire ?
- A votre place, je ne serais pas trop inquiet pour lui, fit Hogback en s'approchant du captif. Cet homme a une résistance hors du commun, et une faculté de régénération inouïe. Normalement, quelques gouttes du sérum de vérité suffisent à faire parler n'importe qui, et il a fallu lui injecter quasiment la moitié d'un flacon pour qu'il desserre les dents. Et regardez sa blessure à la tempe : elle lui a été infligée samedi soir, et Cindry a dû lui faire quelques points de suture, car elle était plutôt profonde et saignait abondamment. Et voyez maintenant ! Elle est presque totalement cicatrisée !
- J'ai hâte de tester ses limites, sourit Moria, d'un air cruel.
- Et de trouver la source de son pouvoir ! ajouta César, les yeux brillants. On pourrait lui prélever quelques poches de sang et les injecter à d'autres prisonniers, pour voir si ses capacités se transmettent ?
- Vous feriez mieux de partir, Viola, je doute que vous ayez le cœur suffisamment accroché pour supporter la vue de ce qu'on va lui faire, prévint Monet d'un ton doucereux.
Viola jeta un regard apologétique à Sanji, qui la supplia des yeux de ne pas l'abandonner aux mains de ces cinglés, puis elle hocha la tête, et quitta la salle.
