Bon, je publie ce chapitre sans attendre, je viens de le finir et je ne l'ai relu qu'une fois à peine, mais j'espère vraiment qu'il est bien !
C'est les vacances, alors les prochains (il n'en reste pas beaucoup d'ailleurs) ne devraient pas tarder. Bonne lecture ;)
Chapitre 38 : Réparations
Damon s'essuya le menton d'un revers de main, lâchant langoureusement ce qui restait de ses victimes de l'autre. Ah, enfin. Assouvi aussi bien en soif de sang qu'en soif de donner souffrance. Repu comme jamais depuis un long moment. Depuis qu'une fillette ridicule s'était crue assez habile pour l'améliorer.
Mais il n'avait pas besoin d'être amélioré. Ce mot lui donnait l'impression d'être un rat de laboratoire sur lequel elle tentait anonymement ses expériences de manipulation psychique, finalement vaines ; Il resterait ce qu'il était, un vampire dans toute sa splendeur.
En pensant à Kaelynn, il s'éclipsa pour réapparaître près de la maison de Matt et voir où elle en était, si elle se portait aussi bien que lui, reprenant la vieille habitude de l'espionner, chose dont il n'avait plus eu besoin quand ils étaient devenus presque inséparables. Il considérait déjà cette époque comme le bon vieux temps, acquis et révolu. A présent, elle l'évitait, pour leur sauver la vie, uniquement ?
Le vampire interrompit sa réflexion quand il remarqua à quel point se rapprocher du lieu où elle se trouvait lui faisait du bien. A travers les feuilles qui le dissimulaient, il surprit une conversation entre Kyle et la jeune fille sur le porche, et troqua son soulagement pour la frustration. Elle avait le visage rougi, comme si elle avait pleuré, et il chercha les raisons à cette réaction. Leur séparation la faisait bel et bien souffrir elle aussi alors ? Le loup ne semblait pas le remarquer pourtant.
«Que se passe-t-il ? demanda l'esprit, tâchant d'effacer les problèmes qui se lisaient sur son visage, mais son visiteur était visiblement trop préoccupé pour les voir. Elle croisa les bras dans une involontaire quête d'autoprotection, encore peu inquiète pour lui.
- Des histoires de loup tiens ! s'exclama le jeune homme, agité, tourmenté, torturé.
- Tu es...? Ah ba oui, se souvint-elle doucement, tu as le gène. William me l'avait dit.
- Juste le gêne. Je ne l'avais pas enclenché, précisa-t-il, trépidant. Seulement là, je sens que..., j-je suis différent ce n'est pas normal.
- William a tué des gens quand il utilisait ton corps, est-ce possible que ça ait...enclenché la malédiction chez toi ? réfléchit la brune, se concentrant sur la situation.
- J'en suis persuadé !
- Kyle, comprit-elle, se souvenant de la date du jour dans un regard allumé de désarroi : Ca signifie que tu vas te transformer aujourd'hui !»
Tiens, en voilà un autre qui avait de sérieux problèmes, et pour la première fois, Damon se dit que les siens devaient sûrement être moins graves. Mais quand on en a, aussi futiles soient-ils, on ne pense souvent qu'aux siens en les transformant en montagne, bêtement.
Il les suivit jusqu'à la cave des Lockwood, où la jeune fille l'avait aussitôt emmené. Elle ne connaissait que cet endroit pour le protéger et protéger les personnes aux alentours. Mais ils n'étaient pas les seuls dans ce cas en un tel jour.
«Vous êtes un loup ? demanda Kyle à la personne sur qui ils étaient tombés.
- Tu le sens pas ? s'étonna le jeune homme, occupé à ramasser une épaisse chaîne dans un tintement qui rappelait bien trop de moments à Kaelynn, ce que Damon comprit à l'expression qu'elle tâchait d'étouffer.
- Première transformation, lança-t-elle, voulant alors fuir ses anciennes horreurs.
- Oulah, bonne chance !
- Est-ce que vous pouvez vous transformer tous les deux ici sans vous entretuer ? s'inquiéta-t-elle pendant qu'une tête blonde remontait les marches.
- Les chaînes sont prêtes en bas, informa Caroline. Et je vous ai entendu ; La cave est séparée en deux par des grilles, donc on vous mettra chacun dans une partie.
- Ta transformation sera plus longue, alors tu occuperas la partie du fond. J'ai un deuxième short élastique, je te le passe à l'intérieur, continua Tyler à l'encontre de l'autre loup, prenant les choses en main, et d'un commun accord, ils descendirent tous dans le sous-sol.»
Damon ne les voyait plus, mais il entendit quand même Kaelynn glisser à son ami loup, sur un ton presque joueur :
«C'est ici que l'ancien toi m'a tuée au fait, sans vouloir casser l'incroyable ambiance qui s'annonce.»
«Bois ça. Et fais attention à ne pas le recracher s'il te plaît.» conseilla-t-elle en donnant de l'aconit à Kyle, sans doute une des phrases qu'elle avait le plus souvent répétée à son frère. Il obéït, quand la vampiresse pressa Kaelynn de la rejoindre à la porte. Celle-ci resserra les chaînes, adressa un sourire inquiet à son ami et referma les grilles. Elle passa doucement près de Tyler, gênée car il commençait déjà sa transformation, quand sa main, en frôlant les murs, rencontra une pousse de tue-loup et elle poussa un cri de surprise. Elle sortit en vitesse, inspectant sa blessure, laissant Caroline refermer derrière elle.
Damon, rien qu'à l'écoute, avait grossièrement deviné tout ce déroulement. Il tendit l'oreille de nouveau, espionnant la conversation des filles.
«Tu peux rentrer si tu veux, proposa la blonde. J'ai l'habitude, et ça risque de durer toute la nuit.
- Rappelle-moi qui avait un petit frère loup ?
- Justement, si ça t'éveille de mauvais souvenirs...
- Pas de mauvais, juste des souvenirs, répondit assurément la brune.
- Tu es sûre ?
- Pourquoi veux-tu que je m'en aille ? lança-t-elle alors, laissant rapidement son ressenti s'exprimer.
- Ba, parce que tu ne peux pas rester avec un vampire au risque d'en avoir pour ta santé, non ? hésita son amie, baissant le regard vers le poignet qu'elle avait blessé un peu plus tôt dans la journée et dont la peau était encore sèche.
- Crois-moi, on sera mieux à deux pour retenir cette porte. Tu crois que la nuit est complètement tombée ?
- Je pense, pourquoi ?
- Quelques rayons de soleil auraient amélioré cette brûlure, expliqua l'esprit, levant la tête vers le ciel qu'on entrevoyait entre la cime des arbres, quand un coup contre la porte les rappela à l'ordre.
- Tyler s'est déjà détaché !
- Depuis le temps, vous n'avez jamais pensé à rénover cet endroit ?»
Passer la nuit aux côtés d'une vampiresse à retenir une porte aurait pu être dangereux, mais Kaelynn était plutôt confiante. Cela aurait pu aussi être ennuyant, si la personne en question n'avait pas été Caroline. Caroline ! réalisa Damon, comment se permettait-elle ?
«S'il apprend qu'on se voit et que tu te permets de ne pas respecter notre arrangement alors que lui si, Damon va être fou de rage ! pensa soudain Kaelynn. Celui-ci sourit ; question réflexion, ils étaient synchros.
- En parlant de lui...tu devrais passer le voir, conseilla la vampiresse, et la gêne dans sa voix alerta à la fois l'esprit et le vampire.
- Pour me déshydrater de nouveau ?
- Une petite visite, pas longue, juste pour lui montrer que...tu tiens à lui, hésita son amie.
- I-...il pense le contraire ? s'enquit la brune, désorientée.
- J'en sais rien, en tout cas il devient de plus en plus étrange.
- Il semblait aller très bien hier, assura-t-elle d'un ton suggérant qu'elle essayait plutôt de se rassurer elle-même.
- Il te cache son état, et il est doué pour ça. Ce que disait Stefan s'est confirmé ; c'est celui qui t'a le plus fréquenté, ton attration est devenue une drogue pour lui et il est en manque.
- Alors tu me demandes d'aller lui donner sa petite dose ? ironisa l'esprit.
- Kaelynn, j'ai du passer moi-même à l'hôpital refaire notre stock de sang, je suis étonnée qu'il ne se soit pas encore attaqué à quelqu'un !»
Elle ne répondit pas. S'il s'en était déjà pris à un innocent, personne ne l'aurait su, il était trop doué pour camoufler ses méfaits. Oui, elle ne le saura pas, se rassura-t-il. Mais en plus de fréquenter Kaelynn toute une nuit, Caroline osait l'informer de ce qu'il s'efforcait de dissimuler de son mieux !
Cependant, Kaelynn devait se détacher de lui tout comme il devait se détacher d'elle, pour leur bien à eux deux ; c'était leur accord. La brune était dans son droit et il en restait conscient quand il l'entendit dire :
- Laisse-moi tranquille, l'attraction le ronge et je ne peux rien contre ce qui se passe.
- Au contraire, tu pourrais l'aider à éviter ça, tu devrais !
- Mais après, on va retomber dans le même cercle vicieux ! s'écria-t-elle. Le pire, c'est que tout ce qu'il ressent envers moi lui est du, tout est faussé. Et c'est comme ça même avec les autres, je ne peux pas savoir si on me côtoie parce qu'on aime ma compagnie ou pour cette maudite attirance ! Vous en devenez hypocrites sans le savoir.
- Tu sais, commença Caroline, avant que toi et ton attraction n'apparaîssent, j'ai appris que Damon était capable d'attention envers quelqu'un quand cette personne en vaut la peine à ses yeux. Sinon, bon, il se contente de coucher avec elle, de se servir d'elle à souhait, puis de la jeter, et je parle en connaissance de cause. Mais même si elle est là, qu'elle le torture et qu'elle ne partira pas ; avec ou sans l'attirance, il a besoin de ta présence. Alors constater que toi, tu peux te passer de lui, c'est pire que tout.»
C'est exactement ça ! Kaelynn, comprend-le ! criait le fort intérieur de Damon. Mais son oreille lui indiqua que la jeune fille se terrait dans le silence.
Quelques heures avant l'aube, il la vit remonter les escaliers de la cave un téléphone à la main, et entendit simplement Alaric l'informer qu'il avait exaucé le service qu'elle lui avait demandé. Au même moment, Tyler avait fini et ressortait soutenu par son amie vampiresse. Kaelynn s'apprêtait à redescendre quand elle reçut un autre appel, qui intrigua Damon mille fois plus.
«Tu es dure à suivre : Tu t'occupes de loups-garous maintenant ? Sache que si ton but est de sauver le monde, tu ne peux pas être sur tous les tableaux. Plus pour longtemps en tout cas.
- Alors laisse-moi en profiter tant que je suis encore en vie.
- Hors de question ! Continue à fricoter avec les ennemis et tu seras sévèrement rappelée à l'ordre ! menaça une voix féminine telle sa supérieure.
- Je rêve ou tu es carrément anti-loups ?
- C'est normal, ne crois-tu pas ?
- Je crois plutôt que tu es une peureuse, rit la tueuse.»
Il s'ensuit un silence, où chacun sentit la frustration de l'interlocuteur. Cette dernière déclara alors comme une sentence :
«Sois sûre que c'est la première personne que je tuerai.»
Damon vit Kaelynn essayer de se contenir, bien qu'elle ne put s'empêcher de s'exclamer tout haut, constatant que son ennemie lui avait raccroché au nez : "Tu n'as encore tué personne, et ça ne risque pas !"
Sur ce, le vampire s'éclipsa. Reprendre de la distance le torturait, mais la tueuse était redescendue et il ne voulait pas la voir aux petits soins avec Kyle comme il prédisait. De toute façon, il comptait retrouver Caroline pour lui faire payer et apprendre ce qu'elle savait, qui compléterait ce qu'il apprenait au fur et à mesure en éclairant avec un peu de chance la confusion dans laquelle il s'embourbait.
Il se rassura finalement ; d'après ses dires, Kaelynn était décidée à se défendre.
Le loup n'en avait plus pour longtemps non plus désormais. L'esprit l'entendait doucement se calmer. Elle se demandait comment elle avait pu autant contrarier la sorcière, quand une voix humaine se fit entendre, et alors elle pénétra dans la cave.
«Kaelynn ?
- Je suis là, répondit-elle, venant s'accroupir près du loup, qui se calmait, respirait doucement, allongé sur le dos. Ca va ?
- Je ne sais pas, dit-il tandis qu'elle l'aidait à se redresser. En tout cas, je ressens la fatigue pour la première fois depuis longtemps, tout le surplus d'énergie s'est envolé.
- Mon frère aussi réagissait comme ça ; son agressivité atteignait des summums avant la transformation, mais après, il devenait doux comme un agneau.»
Elle vit qu'il était encore attaché, et entreprit aussitôt de retirer ses chaînes.
«Au fait, reprit-elle, j'ai une petite surprise pour toi.
- Ah oui ?
- Comment l'expliquer...Ta vie va être complètement différente désormais, et toi aussi. Un ami a trouvé un groupe de loups dans le Sud, et je suis sûre qu'ils t'accepteront parmi eux.
- Pourquoi ?
- Parce que les loups-garous se protègent les uns les autres, quoi qu'il arrive, tu seras bien avec eux, expliqua-t-elle, et de son regard soudain pensif perça une étincelle de jalousie ; lui au moins appartenait à une communauté unie.
- Merci, répondit-il, ne réalisant pas tout encore. Il arrêta sa main alors qu'elle retirait la dernière chaîne, voulant terminer tout seul, quand la grimace de la jeune fille l'interrompit, et il observa la paume meurtrie. Tu es blessée ?
- Ce n'est rien, assura-t-elle. Aux premiers rayons du soleil demain matin, ce sera...oublié.»
Mais elle plongea alors dans les yeux qu'elle avait tâchés d'éviter jusque-là, et partagea un long et profond regard avec le loup. Elle sentit les sentiments qu'elle avait enfouis en apprenant qu'il était William ressortir et leurs lèvres se rejoindre doucement pour échanger un tendre baiser.
Une personne à l'entrée les surprit, et il se râcla la gorge. Kaelynn se reprit aussitôt, s'éloigna du loup, et remarqua que ce n'était pas la première fois que son ami l'interrompait dans une telle situation.
«Déjà là ?
- Caroline m'a dit que la transformation de Kyle était bientôt terminée alors oui. Bonsoir, moi c'est Alaric, se présenta-t-il avec un petit sourire qui n'échappait pas à la jeune fille. On va passer chez toi prendre les affaires que tu veux emporter et quand le soleil se pointera, je t'amène chez tes semblables.»
Ils sortaient alors et Alaric adressa de nouveau un petit sourire à la jeune fille, qui haussa les sourcils et releva la tête pour passer en l'ignorant.
«Tu en fais des nuits blanches ces temps-ci, lui dit-elle pendant qu'il conduisait. Merci.
- La dernière fois avec les vampires, c'était divertissant. Mais là, me faire dévorer par une horde de loups-garous, c'est bien parce que c'est toi, plaisanta le professeur.
- Je te remplacerai la prochaine fois que tu seras de corvée pour une fête au lycée, promis.
- C'est noté, accepta-t-il d'un regard sournois et amusé.»
Kyle préparait son sac à l'étage et Kaelynn buvait un café dans le salon. Elle observa Alaric, qui reprenait des forces, endormi sur le canapé. Elle l'appréciait, il était courageux, endurant, drôle.
Quand le soleil se leva, elle se rendit près de la fenêtre pour profiter des premiers rayons et posa sa paume contre la vitre. Un rayon doré traversa ses iris et son tatouage l'espace d'une demi-seconde, et à la place de la brûlure ne laissa qu'une peau rougie.
Au même moment se déroulait une scène définitivement moins calme. Damon s'attaquait à Caroline, qui était restée trop évasive à son goût quand il avait joué la carte de la non-violence. Mais Bonnie l'avait pris sur le fait en venant chez son amie de bonne heure, et les défendit toutes les deux de ses seuls pouvoirs. Seulement cette fois, contrairement à toutes les autres fois où la sorcière avait usé du mal de tête amplifié, le vampire n'avait plus le contrôle de lui-même. Il confondait le bien et le mal avec une inquiétante facilité, et de ce fait, pouvait aussi bien confondre la douleur et le bien-être, en ne cessant de crier le nom de Kaelynn.
Celle-ci, sachant qu'elle allait le regretter si elle ne lui souhaitait pas au revoir une bonne fois pour toute, rejoint son ami à l'étage, qui terminait une conversation au téléphone.
«J'ai démissionné, déclara-t-il. De toute façon, je m'étais mis le maire à dos ces temps-ci, je n'étais pas assez concentré sur mon travail puisque j'essayais plutôt de comprendre ce qui m'arrivait.
- Toi, pas assez attentif ? A chaque fois que je te croisais, tu étais trop occupé pour me voir !
- Au contraire..., commença-t-il, mais s'interrompit quand la jeune fille baissa le regard sur son sac.»
Au-dessus des vêtements était posée une des photos qu'il lui avait montrée quand ils s'étaient rendus à l'ancien manoir des Brown.
«Tu l'as gardée ?
- J'espérais avoir nos propres souvenirs, mais à défaut de mieux...Kaelynn, tu es sûre ?
- Il y a trop de vampires ici, tu ne pourrais pas vivre tranquillement, certifia la brune.
- Mais...
- Tu ne peux pas rester, le coupa-t-elle, tournant les talons pour rejoindre les escaliers.»
Elle cacha ses émotions de son mieux pour ne pas influer sur les décisions du loup, mais se ravisa, changeant subitement de pensées, et revint alors vers lui.
«Bon, tu le veux comment ce baiser d'adieu ? lança-t-elle, ayant compris qu'ils n'attendaient que ça.
- Inoubliable, sourit le jeune homme, et elle le rejoignit de sa super-vitesse.»
Contrairement au premier, il fut nettement plus indocile, presque instoppable. Enfin sans compter sur Alaric qui, bien qu'il le laissa durer, l'interrompit quand même.
«Tout à l'heure semblait constituer un adieu suffisant vous ne croyez pas ?
- Tu es prof d'histoire ou de psychologie ? répliqua Kaelynn, contrariée.
- C'est l'heure d'y aller, dit-il simplement.
- Ca t'amuse, avoue-le ? remarqua-t-elle alors que Kyle récupérait déjà son sac, et le professeur acquiesça par un sourire.»
Kyle mit ses affaires dans le coffre pendant que le chasseur étudiait la carte du chemin qu'ils auraient à prendre, et le loup adressa cordialement un dernier au revoir à Kaelynn, aux manières de son siècle, devinant que ça lui plairait. Ils échangèrent un sourire empli de brusques regrets quand Alaric appela le jeune homme, et ils partirent enfin.
L'esprit jeta un dernier regard vers la maison, puis, résumant sa singulière relation avec Kyle, elle rejoignit la sienne. Elle passa la porte restée déverrouillée et décida de ranger le désordre qu'ils avaient causé la veille en usant de sa rapidité, quand une douleur foudroyante l'atteint à la poitrine et lui fit perdre connaissance.
Marina tapait le bois de la table de ses ongles, elle était dans un dilemne. Obéïr à Klaus et s'en tenir au strict minimum, ou laisser ses envies de meurtre s'exprimer. De plus, elle n'avait plus de vampires sous ses ordres, et si elle lui donnait le coeur, elle n'aurait plus aucun moyen de pression sur la tueuse. Seulement elle lui restait un avantage, le fait que celle-ci n'en sache rien. Elle l'avait donc fait une dernière fois pour lui rappeler qu'elle était encore là, puis referma la boîte qui renfermait l'organe et se rendit voir son supérieur.
«Kaelynn ?
- Kyle ?
- Non, Damon, rectifia-t-il, ne relevant pas mais n'en pensant pas moins. Ca t'amuse de dormir par terre ?
- Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit, tu m'excuseras ! répondit la jeune fille alors qu'il l'aidait à se relever.
- Ouh, tu n'as plus besoin d'un sommeil complet, les effets néfastes laissés par William et le tombeau tenderaient-ils à disparaître ?
- N'a-t-on pas dit qu'on arrêtait de parler des morts ?
- Kyle est bien arrivé au fait, et il commence une vie heureuse dans sa nouvelle famille. Dis-moi, l'as-tu mis de côté parce que tu me crois capable de le tuer ou bien parce que toi aussi tu ne pouvais pas le voir en peinture ? interrogea le vampire, imperturbable.
- Non, juste pour son bien.
- C'est dingue comme tu te préoccupes plus de son bien que du mien.
- C'est un loup, c'était le moins que je puisse faire en mémoire de mon frère, expliqua la brune. Mais que fais-tu ici ?
- Ah non ! Primo, on a dit qu'on arrêtait de parler des morts. Secondo, si c'est en "mémoire de ton frère", pourquoi l'as-tu embrassé ?
- Alaric...
- Il avait une dette envers moi depuis qu'il t'avait fourni en seringues de verveine, la fois où tu t'étais si méchamment vengée.
- Après que tu m'aies si méchamment attaquée, et sans raison ! Alors me préoccuper de ton bien, tu repasseras.
- Tu peux rester un peu ? reprit Damon, plus sérieux. Il faut qu'on parle.
- Une autre fois, répondit Kaelynn, à son tour plus sérieuse. J'ai eu trop de peines pour une journée. Et...tu empestes la mort.»
Elle observa le vampire d'un regard indéchiffrable. Il avait tué quelqu'un, ou même plusieurs personnes. Cela se voyait à son petit teint frais, à ses joues rosées par la fraîcheur du printemps, à sa manière de se mouvoir, plus aisément. Il avait gouté du sang frais, il était rassasié. Ne tenant pas à exploser devant lui, que ce soit de rage ou de sanglots, elle se détourna et repartit. Le vampire n'eut pas le courage de la retenir. Mais le manque ressentit revenait inévitablement à mesure qu'elle s'éloignait. Il se contenta de se traîner vers la route, de la longer tranquillement, et d'arrêter la première voiture aux conducteurs un minimum appétissants pour l'oublier, encore.
Kaelynn voyait ses peurs au sujet de Damon prendre forme. Il ne le méritait pas. Elle se décida finalement à le rattraper, et quand ce fut le cas, découvrit ses crocs bien trop près du cou d'une jeune femme.
«Tu ne changeras donc jamais ? s'indigna-t-elle haut et fort, brisant l'instant en un milliard de morceaux qui s'éparpillèrent autour d'eux tel l'écho d'une révolution.»
Elle s'approcha et la conductrice put alors s'en aller sans crainte, le vampire restait tête baissée, silencieux. Elle s'approcha un peu plus, essayant de capter un regard fuyant, la situation faisant grandir en elle une gêne de révolte.
«Damon, ne remet pas la faute sur moi, s'il te plaît, supplia-t-elle, et il s'éveilla.
- Pourtant c'est de ta faute ! Tout ce chaos dans mes pensées et mes sens, c'est de ta faute ! Et, reprit-il, plus calme mais non moins redoutable, Kyle, contrairement à moi, je suppose qu'il va te manquer lui, menteuse ?
- Je n'ai pas menti en fait, réalisa-t-elle, plus redoutable encore : Damon me manque. Celui avec qui je riais et qui n'accentuais pas mes problèmes par sa faiblesse face à mes pouvoirs.
- Faiblesse ? Tu n'as pas la moindre idée de l'effet que peut avoir ton attraction, et tu oses ! Je n'en peux plus Kaelynn ! Cette situation n'est pas supportable !»
Il remarqua avoir haussé le ton comme jamais, à seulement quelques centimètres d'une jeune brune apeurée. Celle-ci le vit se calmer, en surface tout du moins, mais le petit sourire absent qu'il affichait désormais l'informa qu'il basculait dans le délire. Il reprit d'une voix moins forte mais plus blessante :
«D'ailleurs je sais pour ta sortie avec Klaus, traîtresse.
- ...Tu ne comprends rien à rien, c'en est incroyable, désespéra-t-elle.
- Je comprends que tu aies voulu revoir un ancien ami, histoire de remplacer ma compagnie, expliqua-t-il dans un rictus.
- Quoi ? J'ai simplement cherché à comprendre ce qu'il me voulait ! La bague n'y change rien ; tu es entré dans une phase de folie, qui te rend illogique et agressif, s'offusqua-t-elle, dépitée, et voulut repartir, quand justement il l'attrapa, chercha à la retenir, et ses yeux brillèrent d'une folie qu'elle n'avait jamais vue.»
Elle se débattit, recula, cria, tentant de retirer ses bras de sa poigne car ceux-ci se desséchaient soudain. Il fallut qu'une voiture manque de les renverser pour assez déconcentrer Damon et qu'il la lâche.
L'esprit l'observa tel un étranger avant de prendre ses jambes à son cou.
Elle détestait la sensation de ne pas être en sécurité avec ceux à qui elle tenait le plus.
L'automobiliste s'arrêta pour vérifier que tout allait bien.
Mais déjà, il n'y avait plus personne.
On sonna chez Elena. Quand la sosie ouvrit, elle découvrit une Kaelynn paniquée qui se frottait frénétiquement les bras, comme habitée d'une sensation qui lui était insupportable, et la recueillit dans les siens, sains et protecteurs.
«Ca va mieux ?» demanda-t-elle en apportant une tasse de thé à la verveine et des biscuits à son amie, recroquevillée sur le canapé dans une petite couverture, muette, le regard perdu.
Elena passa ses mains sur ses bras dans un geste de réconfort, essayant de secouer un peu son amie pour engager une conversation qui lui remonterait le moral, mais celle-ci ne réagissait pas. Quand elle leva enfin la tête vers elle, ses yeux n'exprimaient qu'un désespoir grandissant, et la sosie y décela aussi de la peur.
«Kaelynn..., retenta-t-elle.
- C'était horrible, déclara-t-elle enfin. Et j'ai... si honte. Cette attraction lui retourne l'esprit, et il a raison, je n'avais pas réalisé mais c'est entièrement ma faute. Je ne pourrais pas assumer son regard et la culpabilité si je le voyais péter un câble et vraiment faire du mal à quelqu'un devant moi...je ne pouvais pas.
- Ca n'arrivera pas, assura une voix bien différente, qui l'étonna.»
Bonnie apparut depuis le fond de la pièce. Elle avait une blessure au front, les vêtements et cheveux embrouillés. La sorcière semblait avoir été chamboulée, et au contraire, de son visage émanait une détermination sans faille.
Elle se dirigea vers la sortie toute aussi déterminée, demanda à Kaelynn où elle l'avait vu en dernier, et répéta à Elena que tout irait bien.
«Tu veux venir ?» pensa-t-elle alors, s'arrêta et fixa la tueuse.
Celle-ci ne savait pas quoi répondre. Que pouvait-elle dire ?
Non, je suis trop faible pour ça, je risque de flancher. Ce qu'ils traduiraient par extension en : En effet, je ne sers à rien, nos ennemis me tueront à la première occasion.
Oui, je vais t'aider, je vais même tuer Damon, mon meilleur ami. Après tout, c'est ce type de vampires, les fauteurs de troubles, que je suis justement censée éliminer, n'est-ce pas ? Ce qu'on transformerait en : Je suis sans âme et je peux retourner ma veste aussi facilement que ça, c'est vrai, je complote avec Klaus.
L'amitié est une chose étrange, qui se manipule comme un couteau : Elle peut briller, surprendre par le reflet qu'elle vous renvoit à la figure, qui découpe et développe chacune de vos facettes, pour aider à mieux se voir. Un livre qui reste ouvert même si on s'efforce de vouloir le fermer. Elle peut aussi trancher, aidée par les informations lues, vous trahir, vous détruire. Vous découvrir profondémment fragile alors que vous ne l'avez jamais été d'une telle manière.
Bonnie sembla comprendre le désarroi de son amie, ou pas du tout, puisqu'elle n'en demanda pas plus et sortit.
Elena prit alors sa voiture, fit monter Kaelynn et les amena chez Caroline, où Stefan s'occupait à la soigner.
«Comment va-t-elle ?
- Elle s'est endormieinforma le vampire.
- Quoi ? Qu'est-ce qu'elle a ? Que s'est-il passé ? s'affola la tueuse, réalisant qu'elle n'était pas du tout au courant de la situation.
- Damon a perdu le contrôle et s'en est prit à Bonnie et à elle, expliqua Elena, puis devina le raisonnement de son amie : Non Kaelynn, ce n'est pas ta faute !
- Damon ! s'écria alors cette dernière, ouvrant les yeux d'affolement, comprenant que Bonnie était partie se venger.»
Et soudain, elle réalisa tout. Ce qu'elle lui faisait subir, ce qu'il ressentait, son égoïsme à n'y faire horriblement pas attention. Elle devait réparer. Elle devait le protéger.
Son esprit en ébullition, elle vit la suite des événements se dérouler au ralenti. Elle se ruer vers la porte, affolée, puis être soulevée. Stefan l'attraper par la taille pour la retenir, expliquant que rien de grave n'arriverait si elle se tenait à l'écart. Le déchirement quand elle sentit l'endroit d'où il la tenait s'assécher, se rétracter, dépérir. La panique dans les yeux du vampire, sûrement causée par un cri qu'elle avait du pousser. Le choc sourd quand il la laissa retomber, paralysé par la perplexité. La poignée sous sa main quand elle la tourna avec empressement. Le goudron, la terre, les racines et la mousse au pied des arbres qu'elle traversa pour atteindre la pension. Le soulagement en apercevant la lumière de la délivrance, provenant du salon plus très loin désormais. L'horreur aussitôt, en entendant un cri dont elle reconnut le propriétaire.
Bonnie avait retrouvé Damon sans peine, chez lui, à se soûler comme un ivrogne pour échapper à sa tourmente. Il avait le front en sueur, et, même sans un sort radical qu'elle lui avait préparé au cas où il se montrerait violent, put le contrôler sans peine. Elle sut se contenir d'elle-même, les recommandations d'Elena en tête, et ne se laissa pas submerger par la colère, enfin juste ce qu'il faut. Le vampire ne sentait plus rien, replié en boule par terre devant la cheminée, anéanti. La dernière chose qu'elle fit fut de lui ôter sa chevalière qu'il céda sans résistance, avant d'être soudain projetée dans les airs. Kaelynn n'avait d'yeux que pour le vampire, ne remarquant même pas avoir poussé la sorcière par réflexe.
«Damon !»
Il ne réagit pas au son de sa voix, toujours recroquevillé sur lui-même. La jeune fille tomba à genoux près de lui, passa ses bras autour de lui et le serra de toutes ses forces. Elle l'entendit alors gémir et tendit l'oreille.
«Un véritable ami, c'est tout ce dont j'ai besoin. C'est tout ce qu'il me faut pour être sauvé.»
Ca y est, à ces paroles, ses yeux s'embuèrent. «Mais moi aussi.» répondit-elle aussi inaudible que lui.
Elle distingua à peine les deux personnes qui entraient, dont l'une se précipita vers l'endroit où elle avait envoyé la sorcière. Sans y prêter attention, elle se lova près du vampire qui s'était couché sur le côté et à son tour il l'entoura de ses bras, inconsciemment peut-être. Rapidement, leur agitation laissa place au sommeil.
