Note de l'auteur : Bonne lecture !
Un hurlement strident fendit l'air.
Damien émit un léger « ouch… », Axel grimaça. Louise se pencha un peu en avant légèrement inquiète, tandis que Jules se bidonnait à côté. Nathan et Gaël échangèrent un regard désespéré avant de reporter leur attention sur ce qui se passait devant leurs yeux. Antoni sortit bien vite de la neige et courut vers eux pour se réfugier dans le peignoir que sa petite amie lui tendait, se collant à elle en grelottant
- B-B-Bordel, c'est froid la neige !
Axel et Gaël roulèrent des yeux de manière assez synchronisée et il les foudroya du regard avant qu'ils n'essaient de lui expliquer pourquoi la neige était froide. Ils rentrèrent à l'intérieur du bâtiment. Il put aller se rhabiller avec autre chose qu'un simple peignoir (qui commençait franchement à lui donner un petit air de DSK) le temps que les juges débattent de quel « saut à poil dans la neige » était le meilleur. Trois des concurrents avaient abandonnés avant. Un avait renoncé juste avant le grand saut. Ne restaient plus que neuf fortes-têtes, dont le brun teinté en blond.
Il sortit du vestiaire en frottant ses bras, s'approchant d'eux.
- Brrr, je vous avoue, je ne sens plus mes couilles !
- J'arrangerais ça.
- Anto', Louise, ça fait partie des choses dont on a strictement rien à foutre, ça.
- Je te souhaite de gagner pour devoir te traîner le bonnet de bain.
- Gaël, tu nous en veux encore pour ne pas t'avoir prévenu pour la couronne ?
- Evidemment.
Antoni rigola et voulut l'attirer dans ses bras mais le brun lui échappa. Il avait finalement réussi à mettre au point diverses techniques pour empêcher leur hystérique national de le câliner à longueur de temps. Louise consola le brun teinté en blond en le serrant contre elle.
- Si on gagne cette épreuve on prend la tête de la Louie Cup puisqu'on a gagné l'épreuve des pains au chocolat ! Mais qu'on a perdu celle du strip tease…
- Jules, tu es la honte de la famille Voulant !
- Je le vis bien, je crois.
- Et la semaine prochaine il y a celle des piments… Qui sera gagnée évidemment puisque c'est la plus belle femme du monde qui s'en charge !
Louise lui tapota gentiment les cheveux sans le contredire pour ne pas le contrarier. Un Antoni, c'est comme un gosse, il faut aller dans son sens si on veut avoir la paix.
A la grande joie du gosse en question, il termina avec l'affreux bonnet bleu orné d'un arc-en-ciel sur la tête. Au moins, lui, personne n'y ferait attention, les trois quarts d'Harvard étant en train de décuver de leurs soirées du Nouvel An.
Gaël fronça les sourcils en sentant son mal de crâne revenir en force. Il n'avait pas réussi à échapper à « la grosse soirée qui déchire » (dixit Antoni) de la Mather House. Matthis et Alessandro avaient aidé ses colocataires à l'y traîner. Les traîtres. Et Guillaume était venu, les soirées n'étant fermées à personne, et ne l'avait même pas sorti de là.
Ca servait à quoi d'être l'Antéchrist de quelqu'un si ce quelqu'un ne vous sauvait même pas des évènements sociaux auxquels vous n'avez pas envie de participer, hein ?
La petite équipe s'en alla fêter leur victoire dans l'appartement le plus grand dont ils disposaient, celui d'Antoni, Nathan, Jules et Gaël. En fait celui de Damien et Axel faisait la même taille, était un T4 aussi, mais ils avaient littéralement utilisé tout l'espace sensé permettre à deux personnes de s'installer pour mettre des bouquins, des piles et des piles de bouquins. Gaël en avait fait l'expérience, il était impossible d'ouvrir le moindre placard sans voir des bouquins. A côté des assiettes, sous le canapé, en train de caler le pied de table, dans les casseroles, entre le nutella et les cracottes, il y avait des livres dans chaque petit coin d'espace libre.
C'était assez curieux de se retrouver avec ses collaborateurs de Fehu Ōthalan autour d'une conversation des plus normales, Jules n'étant évidemment au courant de rien. Il le plaindrait presque. Mon pauvre Jules, si tu savais au milieu de quel panier de malades tu te trouves…
Un hurlement strident fendit l'air.
Axel ajusta son bouchon d'oreille avec un soupir tandis que Weasley grimaçait et essayait de rabattre ses cheveux sur ses oreilles. Adélaïde essuya l'aiguille de la seringue, immunisée contre le bruit derrière sa lourde combinaison blanche qui la protégeait des bactéries. Elle échangea un regard avec Charles par-dessus leur patiente qui se débattait comme une diablesse et ils haussèrent des épaules de concert.
Gaël se pinça l'arête du nez et fit une boulette avec sa feuille pour la balancer dans la poubelle.
- Lequel de vous quatre a créé la formule de ce virus, que je l'étrangle ?
- Ce fut un sacré travail de groupe, tu ne pourras pas nous étrangler tous ! Mais on finira par le trouver, ce vaccin !
Adélaïde et Charles revinrent avec eux dans la pièce principale. Gaël avait été, la première fois qu'il avait mis les pieds dans ce laboratoire, franchement impressionné. Quelque part, sachant que Fehu Ōthalan était une fraternité, que les scientifiques y travaillant étaient des jeunes, que c'était peu légal, il avait imaginé un laboratoire fait un peu de bric et de broc. Mais la réalité était bien différente. Tout ici était à la pointe de la technologie et les normes sanitaires y étaient extrêmement strictes. Encore heureux, compte tenu de quoi ils traitaient. Il s'était senti comme un gamin devant ses cadeaux de Noël en comprenant qu'il allait pouvoir travailler là-dedans et y tester tout ce qui lui passait un peu par la tête.
S'ils passaient une bonne partie de leur temps ici à travailler sur le vaccin de leur pandémie, d'autres projets étaient également en cours. La plupart illégaux, transhumanistes, tests sur êtres humains. Ca lui avait fait bizarre de trouver ici des gens aussi… Sans scrupules que lui. Weasley lui avait confié qu'ils avaient failli avoir de gros problèmes avec une de leurs recrues qui avait bien failli tous les dénoncer aux forces de l'ordre en comprenant qu'ils faisaient la plupart de leurs tests en matière d'amélioration génétique sur des embryons. Et donc sur des femmes enceintes et des bébés. Ils avaient tous leur propre raison d'accepter de faire de telles choses. Weasley se disait que c'était pour le bien commun. Adélaïde que, de toute façon, au vu d'où ils récupéraient leurs cobayes, ils n'auraient pas eu une vie très agréable de toute manière. Charles voyait ça comme une loterie, quand leurs cobayes survivaient ils se retrouvaient avec un sacré avantage dans la vie. Axel était bien trop passionné de sciences pour se soucier de leurs patients. Gaël n'avait jamais été très compatissant. A part cette fois où son meilleur ami et lui avaient conduit leur professeure au suicide, il n'avait jamais ressenti plus qu'une pitié mêlée de mépris et de dégoût pour la plupart des gens.
Leurs cobayes étaient des volontaires. Ou des volontaires un peu forcés. Il avait, grâce à ce système, réussi à sécuriser la vie de Guillaume en le rendant utile à Fehu Ōthalan. La secte athéiste était devenue un de leurs fournisseurs. La plupart de ses membres avaient une grande admiration en la science sans rien y comprendre. Son compagnon les observait attentivement et déterminait ceux qui seraient les plus susceptibles d'accepter de passer sur le billard au nom de la science.
D'accord, ils mentaient un petit peu en prétendant que tout avait été testé auparavant et qu'il n'y aurait aucun problème. Mais il fallait vraiment être stupide ou aveugle pour accepter une offre pareille venant d'un gourou de secte.
D'autres de leurs cobayes leurs venaient des autres organisations avec lesquelles Fehu Ōthalan traitait, par le biais de Yaëlle, et Matthis à présent. Souvent des gens endettés jusqu'au cou à cause de la drogue ou des jeux et forcés d'accepter de servir de cobayes pour voir leurs dettes remboursées.
Mais ils travaillaient aussi sur des projets qui pourraient être qualifiés de bienfaiteurs. Soigner les maladies qui faisaient encore et toujours de la résistance à la science. Ou les maladies mentales, les handicaps. Et ils avançaient vite. Forcément, lorsqu'elle ne s'embarrassait plus de l'administration, si lente, de la morale, si restrictive, et de ceux qui la finançaient habituellement, si corrompus, la science avançait bien plus vite.
- Aaaah, j'en ai marre, je suis fatigué, là… Il ne nous reste plus qu'une demie-heure avant de rentrer chez nous, je propose une pause café. En plus je suis même pas sûr d'avoir décuvé du Nouvel An…
- Proposition validée…
Axel se laissa tomber sur une chaise à côté de Gaël le temps que Wesley aille chercher la cafetière et les tasses. Le brun aux yeux rouges continuait de griffonner pensivement sur son bloc-notes lorsqu'il releva les yeux sur son collègue.
- Au fait.
- Hm ?
- Pourquoi « Fehu Ōthalan » ?
- Ah, c'est moi qui ai choisi. Ce sont des vieilles runes nordiques… Et comme les vikings pensaient qu'elles servaient à faire de la magie, elles avaient une valeur spirituelle. Fehu, c'est le début, un commencement, mais aussi la force et la prospérité. On peut voir ça comme la création de quelque chose de prospère. Ōthalan, en revanche, représente tout l'héritage matériel et moral qu'on reçoit. L'idée, c'était de créer quelque chose de prospère en se servant des siècles d'héritage humain que nous avons reçus. Après tout, ici on utilise des techniques déjà découvertes et des procédés inventés par d'autres personnes en plus des nôtres… Et puis, Fehu est la première rune du premier ættir et Ōthalan la dernière rune du dernier ættir, qui sont…
- Ouais, les parties de l'alphabet nordique, ça j'avais vu. C'était le côté spirituel qui m'échappait en fait… Je vois, encore un nom ronflant, hm.
- Je voulais un nom en quenya ou en sidarin…Ou même en Ancien langage ! En dothraki ou en novlangue ! Ou en chakobsa, ça aurait de la gueule ! Mais Antoni n'a jamais voulu. Du coup j'ai dû trouver autre chose qui ait un peu de classe…
Gaël acquiesça vaguement, n'ayant pas compris la moitié des références mais devinant aisément qu'elles sortaient toutes d'œuvres de fiction.
Leurs autres collègues les rejoignirent et ils purent discuter. Le brun aux yeux rouges trouvait ça tellement soulageant. Il pouvait parler de tout, avec eux. Ils se comprenaient. Il n'avait jamais connu ça, pouvoir discuter des sujets scientifiques les plus complexes sans se dire que de toute manière, ses interlocuteurs ne comprendraient pas. Rien que pour ça, il serait presque reconnaissant à Antoni d'avoir débarqué dans sa vie.
Antoni soupira et se blottit de plus belle contre Louise alors qu'elle ramenait la couverture sur eux, leurs corps encore brûlants de leurs précédents ébats. Elle mit son bras autour des fortes épaules de son compagnon et s'amusa un instant de le voir ainsi contre elle alors qu'il était bien plus grand et fort. Quand elle disait qu'il était comme un gosse…
Ils profitèrent quelques instants du semi-silence en observant la neige tomber par la fenêtre. Semi-silence seulement parce que l'appartement de la jeune fille était collé à celui de Damien et Axel qui débattaient bruyamment de l'exactitude historique d'une série.
- Bizarrement, on entend rien de ton appartement… Tout est tellement plus calme quand tu n'y es pas.
Le brun teinté en blond rigola. Effectivement, son appartement se trouvait juste au-dessus et aucun bruit n'en sortait.
- Nathan est chez Mélanie, Jules chez sa Marianne… Et Gaël très probablement chez son illuminé de copain. Ou chez Matthis et Alessandro. Hm, je préfèrerais la première option…
Elle lui sourit et le poussa un peu pour se redresser et s'étirer, s'apprêtant à sortir du lit.
- Tu veux un truc chaud à boire ?
- La même chose que toi…
- J'arrive tout de suite.
Il sourit paresseusement et suivit la courbe de ses hanches de ses yeux jusqu'à ce qu'elle ait disparu dans une autre pièce, attrapant son portable pour patienter. Elle revint quelques minutes plus tard et ils se blottirent à nouveau sous la couette avec une tasse de chocolat.
- D'après Axel, il est avec les deux autres. Tant pis.
- Hm… Risque de contagion. On a pris un risque en prenant Matthis et il est en train d'entraîner Alessandro.
- Je sais bien. Mais tant pis. A la fin de l'année on verra. Je ne crois pas qu'on gardera Matthis… C'est même sûr… Mais à voir si on va devoir aussi se débarrasser d'Alessandro… Qu'en penses-tu ?
- On verra… Mais il faudra faire attention. On ne peut pas prendre le risque de perdre Gaël…
Antoni acquiesça. Si elle le disait, c'était que la présence du brun aux yeux rouges avait vraiment été bénéfique à leur département scientifique. Louise chapeautait toutes les branches de Fehu Ōthalan et évaluait leur efficacité ainsi que celles de leurs membres les plus importants. Il cala pensivement sa tête contre son épaule en laissant ses lèvres être réchauffées par le chocolat chaud.
- Mais Gaël est bien trop intelligent… Si on élimine directement les deux autres… Il ne mettra pas longtemps à comprendre d'où ça vient.
- Il y a d'autres moyens de se débarrasser d'indésirables que le meurtre, mon Antoni… L'humain est tellement autodestructeur si on lui donne un petit coup de pouce…
- Hmm… Je connais autre chose de très destructeur ~
- J'ose espérer que tu ne parles pas de ta bite, mon amour.
- Je me demande bien pourquoi tu continues d'espérer après toutes ces années, rigola-t-il.
C'est terrible, dès que j'évoque de la neige ça me fait penser à Noël et donc à des chansons de Noël. Tout ce chapitre fut écrit alors que j'avais "Last Christmas, I gave you my heart... But the very next day, you gave it away" dans la tête, là, de Wham xDD
Review ? :3
