CHAPITRE 35 : Retour à la maison

Avec l'arrivée du printemps, il commençait à faire un peu plus chaud et exceptionnellement, une fois toute la neige et la glace fondue, les températures remontèrent considérablement sur Poudlard. Le devoir de sortilèges avait été pour Teddy l'un des plus difficiles et pire encore, comme il commençait à faire chaud et que le poêle envoyait toujours des effluves brûlantes, les élèves avaient commencé à suer. L'odeur était devenue presque insupportable. Il avait fini par lever les yeux en soufflant et avait alors vu l'image la plus horrible de toute sa vie : le professeur Bulstrode, sa robe tachée par des auréoles de sueur, était en train de renifler discrètement ses aisselles.

Il avait manqué de peu de s'étouffer de rire.

A la fin de la semaine, tous les examens de fin d'année étaient bouclés et l'enquête sur les faits mystérieux de Poudlard avaient été mis en attente. Ce matin, sa malle à la main, Teddy attendait dans la cour pavée que Ziaye ait rassemblé toutes les autorisations de sortir des première et deuxième année. Et Merlin savait que ça faisait beaucoup d'élèves. Le garçon trépignait d'impatience. Sa grand-mère lui avait dit dans une lettre que pour le punir de son comportement à Noël, elle aurait dû ne pas lui signer son autorisation et le forcer à rester à l'école mais l'envie de le revoir était la plus forte et elle avait laissé tomber, il avait déjà été bien assez puni comme ça.

Lorsque le concierge eut enfin récupéré tous les précieux parchemins, il prit son air le plus sévère. Et ce n'était pas peu dire.

« Je vous préviens que le premier qui n'est pas fichu de se tenir correctement passera le reste de l'année à nettoyer chaque caillou et chaque pierre du parc avec une brosse à dents. »

Son regard se dirigea tout particulièrement vers deux garçons de deuxième année de Serdaigle. Teddy avait effectivement eu l'occasion de les voir souvent courir devant le concierge ou le suivre, penauds, jusqu'à son bureau. Visiblement, ils n'étaient pas très à cheval sur le règlement tous les deux.

Enfin, ils se mirent en route.

Teddy se souvenait du chemin, il l'avait parcouru, le premier jour, avec son oncle Harry. Il était alors plus qu'excité à l'idée d'aller enfin à Poudlard et très intrigué également par l'absence de l'Express sur le quai de gare. Aujourd'hui, il savait que Napata avait un lien avec tout ça et il fallait impérativement qu'il en parle à son parrain.

La neige fondue avait rendu le chemin boueux et glissant par endroits. Il se résigna à faire un peu plus attention où il mettait les pieds lorsqu'il vit Sharon Earthmade, une fille de Serpentard, glisser et s'étaler de tout son long dans une flaque de boue. Les filles de Gryffondor se mirent alors à la huer et à la siffler. Ziaye se retourna subitement et les foudroya du regard. Elles se turent aussi subitement que si on leur avait envoyé un sort de mutisme.

Ils arrivèrent rapidement à Pré-Au-Lard où attendaient les parents. Le concierge n'eut pas l'occasion de rassembler son petit troupeau qu'il s'égayait déjà, sautant dans les bras de leurs pères ou de leurs mères qu'ils n'avaient pas vus depuis six mois maintenant. Teddy lui-même repéra sa grand-mère et après avoir vaguement salué ses amis, courut vers elle.

« Merlin Teddy, ce que tu as grandi ! »

Il s'éloigna de quelques pas et regarda ses pieds.

« Ah oui ? Tu trouves ?

_ D'ici la fin de l'année, tu m'auras dépassée. »

Le garçon n'y croyait pas beaucoup. Sa grand-mère était encore bien plus grande que lui et il lui arrivait tout juste à l'épaule. Mais il était si content de la revoir, et également tellement heureux qu'elle lui dise qu'il avait grandi, qu'il ne releva pas.

« On y va ? »

Il acquiesça. Mais avant de partir, il regarda autour de lui. Sam était en train de serrer très fort sa mère dans ses bras et il fut étonné de constater que contrairement à ce qu'il avait imaginé, elle n'était pas rousse du tout. Comme dans la famille de ses oncles et tantes, tout le monde ou presque avait les cheveux roux, sauf quelques-uns comme Victoire ou Albus, il avait pensé que ce serait pareil chez les Deauclair. Mais la mère de Sam avait de longs cheveux blonds, raides et des yeux d'un brun sombre. Plus loin Napata venait de disparaître avec sa famille. Jesse, lui, était en pleine discussion avec une petite fille qui lui ressemblait beaucoup. Il devait probablement s'agir de sa petite sœur. Si Teddy se souvenait bien, elle devait entrer en première année à Poudlard l'année prochaine. Il la trouva quand même drôlement petite pour son âge. Est-ce qu'elle avait vraiment dix ans ? A la regarder, il lui en aurait donné à peine sept ou huit.

Sa grand-mère lui tendit la main et Teddy se figea tout à coup.

« Tu… tu veux transplaner ?

_ Bien sûr, c'est plus rapide que de prendre la magicobus. »

Il pâlit tout à coup et secoua vivement la tête. Une vive douleur lui transperça le bras. Il savait qu'elle n'était que psychologique mais le souvenir de son désartibulage était encore si présent qu'il eut la nausée juste à imaginer transplaner. Il recula brusquement et secoua la tête.

« Pas question !

_ Teddy ! Ne fais pas l'enfant ! On n'a pas le temps de traîner.

_ Je ne veux pas transplaner !

_ Tu n'as pas fait le difficile à Noël que je sache. »

Androméda Tonks fit un pas en avant et attrapa son petit-fils par le poignet. Sa réaction la surprit tout autant que les gens autour qui la regardèrent tout à coup comme si elle venait de le battre. Teddy poussa un véritable hurlement et se mit à se débattre en se tortillant et en criant à tel point que sa grand-mère le lâcha soudainement. Il tomba en arrière, assis par terre. Incapable de se maîtriser, il se mit à pleurer.

Androméda resta interdite durant ce qui lui sembla une éternité, juste à le regarder, les bras le long du corps puis elle s'accroupit auprès de lui et le serra dans ses bras.

« Allez, ce n'est pas grave. On va trouver une autre solution. Calme-toi. »

Elle l'aida à se relever puis essuya du pouce les larmes qui maculaient son visage. Toute la physionomie de Teddy était devenue d'un gris sombre. Il avait honte de son comportement mais il était incapable de se raisonner. Transplaner le terrifiait. Androméda prit sa malle et ils se dirigèrent vers le café des Trois Balais. Beaucoup de monde les regardaient, elle préféra ne pas rester trop longtemps le centre de l'attention. Elle avait beau être une Black, elle préférait tout de même rester discrète.

La grande salle était presque vide hormis quelques adolescents des classes supérieures de Poudlard qui profitaient du premier jour des vacances pour aller boire un verre entre copains ou pour profiter de quelques instants volés avec leur petite-amie.

La barmaid était une fille mince avec un joli sourire et des cheveux blonds ramenés sur sa nuque en un chignon un peu lâche. Elle avait de longues mains fines et élégantes et une tenue un peu garçonne mais qui gardait encore un peu de sa féminité. Elle était jeune. Teddy la reconnaissait, elle travaillait également au Chaudron Baveur. Apparemment, les deux bars lui appartenaient. Ils avaient discutés au cours de l'été lorsque Teddy était allé acheter ses fournitures sur le Chemin de Traverses. L'ennui, c'était qu'il ne savait plus du tout de qui il s'agissait.

« Bonjour Hannah. »

Elle répondit avec un grand sourire.

« Qu'est-ce que je vous sers Androméda ?

_ Rien, je voulais juste savoir si je pouvais emprunter votre réseau de cheminette. Mon petit-fils n'est pas rassuré à l'idée de transplaner et moi je ne le suis pas à l'idée de prendre le Magicobus.

_ Qui le serait ? » rit la barmaid.

Teddy se sentit rougir. Il baissa les yeux. Il causait des ennuis à sa grand-mère et il en était fort désolé. Ce n'était pas ce qu'il avait voulu et il aurait aimé pouvoir faire un effort et lui dire que c'était bon, il allait transplaner quand même mais il ne s'en sentait pas du tout la force. La terreur qui le prenait chaque fois qu'il envisageait ce moyen de transport lui donnait la nausée et lui faisait perdre tout contrôle. Ce n'était pas sa faute, quoi qu'un peu quand même, et il se demanda si sa grand-mère allait devoir l'emmener voir un psychomage.

Cette pensée-là aussi lui fit honte.

Hannah donna à sa grand-mère les tarifs pour l'utilisation de la cheminée et lui dit que d'habitude ce n'était pas autorisé sans consommation mais que comme Teddy avait l'air gentil et qu'elle connaissait également son nom pour avoir eu un rôle dans la guerre, elle faisait volontiers une exception pour cette fois. Androméda paya et ils furent emmenés dans l'arrière salle.

La cheminée occupait tout un mur. Elle était imposante et tout en pierre. Sur le manteau, des elfes de maison avaient été gravés dans du cuivre. Les dessins étaient usés par le temps et à certains endroits étaient tellement patinés qu'ils en étaient effacés.

« La cheminée te plaît ?

_ Oui madame. »

Teddy n'avait pas pu résister à l'envie de glisser son index sur un elfe qui mélangeait le contenu d'une grosse marmite.

« Cette gravure a été faite longtemps avant ta naissance tu sais, dit Hannah. Et certainement longtemps avant la mienne aussi. Tu sais, les Trois Balais, c'est un très vieil endroit.

_ Pourquoi vous travaillez ici ?

_ Parce que ça m'appartient. »

Teddy rougit encore.

« Je veux dire, pourquoi une jolie dame comme vous travaille dans un bar et non pas dans un endroit plus… euh… classe.

_ Teddy voyons ! »

Androméda lui fit les gros yeux. Si elle avait bien horreur d'une chose, c'était que l'on manque de politesse. Mais Hannah sourit gentiment.

« Il ne faut pas négliger les travaux des autres. Qu'est-ce que tu veux faire plus tard ?

_ Auror ! »

Il avait répondu sans la moindre hésitation. Depuis le début de l'année, c'était une idée qui lui trottait dans la tête. Mener l'enquête sur le Poudlard Express avait quelque chose d'exaltant et s'il pouvait en faire son métier, voire travailler avec son oncle Harry, alors rien ne lui ferait plus plaisir.

« Auror c'est un bon métier tu as raison, mais il ne faut pas que ça.

_ C'est vrai, répondit Androméda à qui son petit-fils n'avait jamais parlé de ses futures idées professionnelles, il y a beaucoup de métiers qui sont très bien aussi. Et presque tous les enfants veulent devenir Auror.

_ J'ai acheté ce café tu vois parce qu'il est juste à côté de Poudlard et que mon mari y travaille. Comme ça on peut se voir souvent.

_ Ah oui ? Et je le connais je crois votre mari, mais je ne sais plus qui c'est. »

Hannah rit.

« Oui tu le connais. Tu es en deuxième année c'est ça ?

_ En première. A Gryffondor.

_ De toute façon quelle que soit l'année où tu es, tu le connais forcément. C'est ton professeur de botanique.

_ Le professeur Londubat ? C'est un ami de mon parrain.

_ Oui c'est vrai, ils allaient à Poudlard ensemble d'ailleurs et Neville a participé à quelques-unes des histoires de ton parrain. »

Des étoiles s'étaient allumées dans les yeux de l'enfant. Il se tourna vers sa grand-mère en souriant.

« Oncle Harry a vécu des tas de choses et il connaît des tas de gens.

_ Oui et toi je t'interdis de te mettre dans les ennuis comme il a fait pour pouvoir devenir célèbre aussi. »

Teddy lui renvoya un grand sourire qui fit rire Hannah mais pas du tout Androméda. Elle lui fourra une poignée de poudre de cheminette dans la main.

« Et fais attention quand tu prononces la destination. »

Il acquiesça, attendit que le feu soit bien allumé dans l'âtre puis y jeta la poudre. Lorsque les flammes devinrent vert émeraude, il entra sans crainte. Il n'avait jamais beaucoup aimé ce moyen de transport non plus mais c'était tout de même mieux que transplaner et risque de se répandre en un millions de petites particules. Il énonça donc clairement l'adresse de sa grand-mère, sans inspirer avant, son parrain lui ayant dit qu'avaler des cendres avait failli lui coûter très cher la première fois qu'il avait pris la cheminée.

Immédiatement, le conduit l'aspira. Il garda les bras plaqués le long du corps et ferma les yeux pour que la vitesse ne lui donne pas la nausée. En moins de dix secondes, il sentit ses pieds heurter le carrelage. Il vacilla un peu, manqua même de tomber et rétablit son équilibre en agitant les bras.

C'était agréable de rentrer chez soi. Il avait tout de même grandi dans cette maison et six mois d'absence, finalement, ça lui avait paru drôlement long. Il s'en rendait compte maintenant. Tout lui avait manqué, jusqu'aux couleurs des tapisseries, l'odeur des livres dans la bibliothèque, celle de la cuisine froide, et même l'odeur de la fleur ensorcelée qui sentait bon toute l'année. La dernière fois que Teddy avait mis les pieds dans cette maison, il se demandait s'il était un Gryffondor comme son père ou un Poufsouffle comme sa mère.

Le Choixpeau avait donc fini par trancher en faveur de son père mais il ne s'en sentait pas moins proche de sa mère pour autant. Après tout, il était un métamorphomage, comme elle.

Androméda arriva à son tour dans un nuage de cendres. Elle tenait sa malle. Elle épousseta sa robe, puis celle de Teddy, débarrassa ses cheveux des traînées grises qui les parsemaient et lui sourit.

« Je suis tellement contente de te revoir. J'ai programmé toutes les vacances.

_ Qu'est-ce qu'on va faire ?

_ On va commencer par passer les deux premiers jours rien que tous les deux parce que je te veux un peu pour moi toute seule. Ensuite tu vas passer un week-end chez ton parrain mais je te préviens, vous êtes invités à manger dimanche.

_ Ah oui ? Chez qui ? »

Elle lui fit un clin d'œil.

« C'est une surprise. Juste avant il y a Victoire qui viendra passer quelques jours. »

Teddy hésita encore laisser éclater sa joie et s'inquiéter. La dernière fois qu'ils s'étaient parlés, ils s'étaient disputés. Il avait finalement écrit une lettre d'excuse mais il ne se rappelait plus s'il l'avait envoyée ou non. Il s'était passé tellement de choses depuis les vacances de Noël qu'il n'était même plus sûr de tout avoir vécu. Peut-être en avait-il rêvé la moitié après tout ?

« Pour le reste j'ai l'intention de t'emmener chercher ton cadeau d'anniversaire. »

Il sursauta.

« Mon cadeau d'anniversaire ? Mais c'est en avril, c'est dans un mois.

_ On ira tout à la fin de tes vacances, comme ça on n'aura que deux semaines d'avance.

_ Mais pourquoi ?

_ Parce que le jour de ton anniversaire tu auras repris l'école et que j'ai envie de te faire un beau cadeau et que je veux également te voir le déballer. Maintenant on peut aussi ne rien faire et je t'enverrai quelque chose par hibou si tu préfères. »

Mais il devina au ton de sa voix que cette solution la décevait. Il secoua la tête. Après tout, ce n'était pas plus mal d'avoir son cadeau à l'avance.

« On ira le chercher tous les deux. »

Ils passèrent donc la journée tous les deux en commençant par aller se promener dans le Londres moldu. Androméda avait entendu dire qu'il y avait une foire aux manèges mais ils eurent beau marcher pendant trois heures, ils ne la trouvèrent pas. Finalement, fatigués, ils allèrent boire un chocolat au Chaudron Baveur avant de rentrer à la maison.

Teddy ouvrit sa malle et rangea dans l'armoire les vêtements qu'il avait amené et dont il n'aurait plus besoin à la rentrée. Revenir à la maison, même pour deux semaines, lui faisait un drôle d'effet. Il se sentait chez lui ici mais d'un autre côté, Poudlard aussi était devenu son foyer maintenant et le quitter lui faisait un peu mal au cœur, même si ce n'était pas pour longtemps. Une journée à peine était passée et déjà les fantômes, le grand lit à baldaquin et les escaliers qui bougeaient tout seul lui manquaient.

Il se laissa tomber sur le lit. Il était bien plus petit que celui qu'il occupait dans le dortoir des Gryffondor mais c'était celui dans lequel il avait dormi toutes les nuits depuis qu'il avait quatre ans. Et sur l'oreiller, il trouva même Monsieur Ventre Gris, son hibou en peluche, tout défraîchi et auquel il manquait un œil. Il le leva au-dessus de sa tête. Il lui avait longtemps servi de meilleur ami, de confident aussi. Il avait été celui qui avait épongé ses larmes lorsque l'absence de ses parents lui avait trop pesé, il était également celui qui l'avait écouté lorsque sa différence lui avait semblé trop évidente, lorsqu'il avait eu honte de ne pas pouvoir étudier avec les autres enfants à l'école moldue parce qu'il n'était pas capable de maîtriser ses dons. La vieille peluche avait été son amie des années durant et lui, il avait grandi et il était allé à Poudlard, sans elle.

Pris de remords, il la serra dans ses bras et posa sa tête sur son oreiller. Epuisé par sa journée, il ne lui fallut pas longtemps avant de s'endormir.