Woop, woop! Voici le nouveau chapitre.
Avant d'entamer la lecture, voici un p'tit coup de gueule à la DIL.
C'est une chose de critiquer mes fics. C'en est une autre de critiquer ma personne. De me taxer de "malpolie" parce que je ne réponds pas aux reviews...alors laissez-moi d'abord, chère Kather et autres si cette pensée vous prend, expliquer pourquoi je ne réponds pas aux reviews.
1) beaucoup de lecteurs n'ont pas de compte. Ce qui signifie que je ne peux pas répondre à la majorité des reviews. Ce ne me paraît pas très juste de répondre aux uns et pas aux autres.
2) je vous propose une fic. Vous la lisez. Vous laissez une review (ou pas). Une review est une sorte de remerciement pour le temps que j'ai passé à rédiger la fic. Si on était supposés y répondre, il y aurait une fonction "réponse" dans les reviews, ce qui n'est pas le cas. Si vous achetez un livre dans un magasin et que vous envoyez un courrier à l'auteur de ce livre, allez-vous également vous vexer de ne pas avoir de réponse? Les auteurs sur ce site travaillent gratuitement. Les reviews sont nos récompenses. Ce n'est pas le lieu pour avoir une discussion- si vous voulez avoir une réponse à une question posée, il existe une fonction MP. Apprenez à l'utiliser.
3) je pourrais répondre aux reviews dans le chapitre, comme certains le font. Je m'y refuse. Je mets seulement quelques notes d'auteur, parce que pour moi, répondre aux reviews dans un chapitre est trompeur niveau longueur fic, et je déteste choisir une fiction longue pour m'apercevoir que la moitié de la "fic" est dédiée aux reviews que personne d'autre ne lit.
4) j'ai une vie. J'ai un travail, une famille, des loisirs. Je ne passe pas mon temps scotchée devant ce site à attendre de vous rendre des comptes d'autant que je n'ai pas à le faire.
5) encore une fois, la fonction d'une review n'est pas que je vous réponde. Envoyez-moi un message privé. J'ai un tas de fics en cours, des tas de reviews, de MP, je ne suis pas dédié à vos petites attentes. Si ça ne plaît pas, allez lire autre chose, ça m'est totalement égal.
Voilà. Pour ceux qui comprennent la différence entre review et MP, bonne lecture!
...
Il était mort, il le savait, alors pourquoi une lumière persistait-elle à filtrer à travers ses paupières? Il sentit, à chaque respiration, une vive douleur l'élancer dans tout son être. Il entendit des voix aussi, des voix murmurées, et eut envie de leur ordonner de se taire, mais ne le put.
Les voix se firent plus pressantes, plus proches, et il ouvrit finalement les yeux avec difficulté, ayant le désir enfantin de gémir face à la lumière des bougies qui illuminait l'endroit où il se trouvait.
Il était allongé sur un lit de camp peu confortable, et fixait la toile de tente au-dessus de lui. Il haleta de douleur en bougeant la tête vers la droite, où il reconnut une haute figure blonde, qui parlait avec deux chirurgiens.
Cela attira leur attention, et le Roi de France offrit à Blaise un rare sourire franc. Ses traits, jusqu'alors tirés de souci, s'éclairèrent quelque peu, tandis que les chirurgiens vinrent papillonner autour de lui. Blaise se racla la gorge douloureusement, puis lança d'une voix faible,
-T'ai-je manqué, vieux frère?
Drago laissa échapper un éclat de rire.
-A peine. Et moi qui espérais enfin faire main basse sur tes possessions...
Le prince de Sicile ricana de concert avec lui, ignorant la douleur.
-Vous avez eu beaucoup de chance, Votre Altesse, le réprimanda l'un des chirurgiens en reculant. La lame a évitée le coeur de peu...
Il se tourna vers le Roi.
-Il s'en sortira à la condition d'avoir du repos, Votre Majesté.
-Merci, répliqua le Roi sans le regarder, yeux fixés sur Blaise. À présent, sortez, tous les deux.
Les deux hommes s'empressèrent d'obéir, et le Roi de France vint prendre place sur un siège de paille près de Blaise.
-Il y a trois semaines que vous êtes hors d'état, lui expliqua le Roi. Vous avez failli y passer, cette fois.
Une pensée vint à Blaise, et il étouffa un ricanement amer.
-La lame a évitée de justesse mon coeur. Je suis inconscient depuis trois semaines. Je survivrai. Savez-vous à qui cela me rappelle?
Il secoua la tête, ajoutant ironiquement,
-La duchesse et moi-même sommes visiblement faits l'un pour l'autre.
Drago leva les yeux au plafond de toile.
-Vous faites bien de parler de la duchesse, répliqua-t-il et le rire de Blaise s'arrêta aussitôt, puisque vous allez pouvoir la revoir bientôt. Vous avez entendu le chirurgien, Votre Altesse- il vous faut du repos.
Le sang du prince de Sicile se glaça.
-Je vous relève de vos fonctions, poursuivit le Roi en le regardant, visage soigneusement neutre. Je vous renvoie à Versailles. Vous y serez pris en charge par le chirurgien de mon épouse, et vous ne reviendrez au front que lorsqu'il le daignera accorder. Et ne tentez point de l'intimider ni de le menacer- je le saurai.
-Vous ne pouvez point me relever de mes fonctions, bondit le prince. Je suis votre meilleur général! Soit, je devrai me reposer un certain temps, cela me dégoûte mais je l'accepte- mais je puis demeurer ici à vous donner mon conseil...
-Je crains qu'un camp de guerre ne soit guère le meilleur endroit pour vous reposer effectivement, Votre Altesse. Versailles est paisible et vous fera le plus grand bien-
-Versailles? Là où se trouve la duchesse? Un duel avec Tom de Hollande serait plus paisible qu'un souper passé en sa compagnie!
-Alors charge à vous de ne point la provoquer, rétorqua le Roi avec un sourire goguenard.
Blaise plissa les yeux en sa direction, subitement pris par l'envie de le frapper.
-N'y a-t-il aucun moyen de vous convaincre de me laisser demeurer à vos côtés?
-Aucun, Votre Altesse. J'en suis désolé.
Le Roi avait l'air aussi désolé que s'il se fut apprêté à tuer son pire ennemi et Blaise laissa échapper un soupir.
-Avez-vous tant hâte de voir la duchesse et moi-même nous entre-tuer?
Le Roi fit mine d'y réfléchir un instant avant de répondre,
-Je suis certain que le Cardinal Rogue commissionnera un grand peintre pour représenter soit votre mort, soit celle de la duchesse- il en sera ravi. Je vous quitte, mon ami, faire préparer une voiture pour votre retour à Versailles. Vous partirez demain.
Sans un mot de plus, le Roi quitta la tente, laissant le Prince de Sicile avec la désagréable impression de s'éveiller en Enfer.
...
Le comte de Calais s'avança à travers les couloirs étroits qui furent autrefois dédiés à l'évacuation de la ville, dans des temps lointains où sévissait la peste noire. Sa cape de fourrure d'ours brun voletait derrière lui, l'humidité de la roche ambiante lui donnant véritablement l'impression, parfois, de ne plus pouvoir inspirer tant cela emplissait l'air. La torche qu'il portait éclairait à peine à quelques pas, et il entendait sans jamais les voir les rats s'échapper devant lui.
Enfin, le comte, passant un coude dans le tunnel, vit surgir dans sa vision un nouvel éclat de lumière qui venait illuminer de longs rangs de barreaux de fer. Il devait se l'admettre, les donjons de Calais manquaient sévèrement de luxe, mais à son sens cela ne pouvait qu'encourager les mauvaises gens de ne point commettre leurs crimes afin de ne point se voir mourir d'une pneumonie dans les entrailles de la terre.
Il parvint devant la première cellule, portant sa torche à hauteur des barreaux, et vit son chef geôlier s'avancer de l'autre côté des barreaux. Ce dernier inclina respectueusement la tête, mains croisées en son dos, et Théodore Nott porta le regard de l'autre côté du personnage, où se tenaient deux hommes aux visages terrifiés. L'un d'eux était entièrement nu et semblait s'être déjà souillé de peur. Il était allongé sur une planche, chevilles et poignets liés par des chaînes aux murs, et un seau de fer blanc était posé à l'envers sur son estomac. Son complice était soigneusement attaché à un tabouret, visage pâle, portant seulement une chemise de bure qui laissait dépasser une queue flétrie et ointe de pisse fraîche. Détournant son regard avec dégoût, le comte se tourna à nouveau vers le tortionnaire.
-Parlent-ils?
-Point davantage que les autres, je le crains, soupira le chef geôlier en fixant celui qui était assis d'un regard noir. Ils reconnaissent volontiers avoir pillé vos terres, avoir violé les femmes, démembré les enfants, et châtré les hommes, mais ne peuvent, ou ne veulent, dire qui les envoie, ni comment.
Le comte de Calais tiqua.
-Ne peuvent, Monsieur, ou ne veulent? Les deux choses sont bien différentes.
-Cela...
Le sinistre personnage haussa les épaules. Théodore soupira, puis tendit la main, et le tortionnaire haussa les sourcils avant de lui donner les clefs de la cellule. S'avançant, le comte ouvrit la porte de la cellule, avant de tendre sa torche et les clefs au chef geôlier. Tentant d'ignorer les odeurs de peur, de merde et de sueur, le comte se tourna vers les deux prisonniers.
-Je suis Théodore Nott, comte de Calais. Parlez-vous français?
Celui qui était assis hésita, puis répondit dans un français approximatif,
-Oui, Monsieur. Ma mère était bruxelloise.
-Bien. Alors, je compte sur vous pour faire la traduction entre moi-même et votre ami, et dussiez-vous me mentir, je le saurai. Est-ce entendu?
L'homme hocha immédiatement la tête et Théodore plissa les yeux.
-Répondez sincèrement et honnêtement à mes questions et je vous épargnerai. Vous pourrez quitter votre geôle et rentrer chez vous. Vous avez ma parole de gentilhomme.
Le prisonnier parlant le français écarquilla les yeux et jeta quelques phrases en flamand à l'autre, qui déglutit mais leva un regard plein d'espoir sur le comte.
-Qui vous envoie piller Calais?
-Le Roi de Hollande, Monsieur, répliqua aussitôt le prisonnier. Ce sont ses ordres directs.
-Voyez-vous cela...directs?
-Oui, Monsieur.
-Combien d'hommes a-t-il envoyé?
-Environ un régiment, Monsieur.
-Vous a-t-il dit pourquoi?
-Non, Monsieur.
-Qui est en charge de ce régiment?
Le flamand le dévisagea sans comprendre.
-Ordres directs, Monsieur.
-Vous vous méprenez, le corrigea le comte. L'un de vous, sur le terrain, était responsable des opérations. Je veux le nom de cet homme.
Mais le flamand se contenta de secouer la tête.
-Ordres directs, Monsieur, répéta-t-il. Le Roi nous a dit de tout tuer, brûler, et voler, sans s'arrêter, du mieux possible. Nous n'avions pas d'officier avec nous.
Le comte marqua une pause, sens en alerte.
-Je vois...à qui le Roi a-t-il adressé l'ordre?
-Au comte de Louvain, le Premier Ministre, Monsieur, qui nous a accompagnés jusque la frontière française. Après quoi nous avons obéi, Monsieur.
-Êtes-vous soldat de l'armée hollandaise de métier?
-Non, Monsieur. Presque aucun de nous, Monsieur. Moi je suis menuisier, Monsieur.
-Avez-vous été condamné dans votre Flandres pour un quelconque crime?
Le flamand hésita, et les yeux du comte flamboyèrent. Avec un rictus craintif, le flamand répliqua alors,
-Pour meurtre, Monsieur. J'ai tué mon oncle pour son héritage, Monsieur.
-Et j'imagine que vos...camarades...sont également des condamnés?
-Oui, Monsieur.
Le flamand offrit un coup de menton en direction de son camarade.
-Il a violé et assassiné deux jeunes filles, Monsieur.
Le comte ferma les yeux, les pièces se mettant enfin en place.
Un leurre. Les forces flamandes aux portes de Calais étaient un leurre, destiné, certainement, à le faire quitter Versailles. À isoler encore davantage le pouvoir français...et le Roi de Hollande n'avait point usé de ses précieux soldats pour la mission suicidaire qu'il leur avait confié. Il avait vidé ses prisons, sachant fort bien que le régiment serait décimé. D'ailleurs, cela ne devait guère en être loin- depuis les presque trois mois passés à Calais, le comte avait capturé ou tué une bonne partie des faux soldats.
-J'imagine que votre Roi a promis de votre libération inconditionnelle en échange de vos services?
-Oui, Monsieur.
-Où sont vos camarades?
-Je ne sais pas, Monsieur. On se séparait par petits groupes pour éviter d'être repérés et pour couvrir davantage de terrain.
Le comte hocha la tête avant de se tourner vers le prisonnier.
-J'ai choisi de te croire, rétorqua-t-il.
Le prisonnier eut à l'évidence l'air soulagé, se laissant retomber contre son tabouret, et Théodore se tourna vers le chef geôlier de Calais tout en quittant la cellule.
-Pendez-les et plantez leurs têtes sur des piques aux abords de la ville, commanda-t-il.
Le flamand laissa échapper un cri, et le comte se tourna froidement vers lui en remettant la clef au tortionnaire, reprenant sa propre torche.
-Je ne négocie point avec des violeurs et des assassins qui tuent leurs propres familles et démembrent des enfants innocents, acheva-t-il d'une voix glaciale.
Puis le comte s'éloigna à nouveau dans le couloir, ignorant superbement les cris et les supplications qui le suivaient, de moins en moins bruyants, jusqu'à s'arrêter entièrement.
...
La tente ne refermait qu'un poteau de bois auquel la marquise de Royan se trouvait enchaînée depuis sa sotte capture par la Reine de Hollande. Son instant de deuil hagard lui avait tant coûté, mais rien n'était plus désagréable, aux yeux de la jeune marquise, que le filet d'air qui passait sous un pan mal fixé au sol de la tente. Le jour, ce filet eut pu s'avérer rafraîchissant et bienvenu, puisqu'il faisait une chaleur telle en ce lieu que des gouttelettes chaudes lui glissaient le long des tempes et s'amassaient entre ses seins et cuisses, mais il était mal orienté, se contentant de lui embrasser le bas du dos. La nuit, cependant, elle pouvait en sentir toute la morsure glacée, et elle fut étonnée de ne point encore être malade.
Ou peut-être l'était-elle, elle ne le savait plus bien. Il faisait si sombre dans la tente qu'elle n'aurait su distinguer le sol de terre devant elle. Depuis quand était-elle ici, les secondes succédant aux secondes, inlassablement, éternellement? Des semaines? Des mois? Elle entendait les allers-retours réguliers des soldats, et lorsque tout était calme elle pouvait distinguer les cris lointains du champ de bataille. Ou était-ce sa propre tête produisant ces sons? Tout cela n'existait-il point dans cette réalité sans horloge?
Elle n'avait point été détachée depuis son arrivée. Deux fois le jour, en un rituel humiliant, une servante hollandaise, qui refusait de lui parler ou même de la regarder, entrait dans la tente avec un pot pour ses besoins. Au début, la servante avait dû se débattre pour lui écarter de force les cuisses et lui appuyer sur la vessie afin qu'elle urine, mais à présent, Hermione les écartait d'elle-même, sachant fort bien qu'il valait mieux ne point résister et ne souhaitant guère que la servante vaincue se retire avec le pot, laissant la prisonnière à loisir de se faire dessus.
La servante amenait également un petit verre d'eau qu'elle pressait de force à ses lèvres, la seule sustenance à laquelle la marquise avait eue droit depuis sa capture. La faim était vite apparue, mais avait finie par s'en aller, laissant une douleur sourde et une impression de faiblesse. À présent, la marquise n'avait même plus la force de laisser trembler ses membres privés de nutrition.
De même, les bras de la marquise, courtement attachés au poteau derrière elle, lui avaient rapidement été douloureux. Mais à présent, il y avait fort longtemps que ce n'était plus le cas. Fort longtemps, également, qu'ils s'étaient meurtris, tant elle ne pouvait plus rien ressentir. Elle n'était plus qu'un cadavre en attente de la mort, et si elle se fut rebellée autrefois, à présent, respirer lui était devenu une tâche des plus ardues. Cela en était trop- que la mort vienne et l'accueille donc, si c'était là ce que désirait sa géôlière.
Cependant, et malgré sa fatigue générale l'empêchant de trop réfléchir, elle savait que Bellatrix de Hollande ne la désirait point morte, sans quoi c'eut été déjà fait. La réservait-elle à son époux? Souhaitait-elle l'utiliser pour négocier avec la France? Si tel était le cas, la Reine serait certainement déçue. Drago- et nul autre personnage au monde- ne vendrait sa patrie en échange de son amour, ou alors il faudrait sans doute être fol, ce que le Roi de France n'était guère.
La Reine était, par plusieurs fois, venue la visiter. Bellatrix ne semblait guère intéressée à l'idée d'arracher à sa prisonnière des informations concernant le Roi de France ou son armée- non, elle semblait se contenter de visiter la putain royale pour la harceler. Elle dînait parfois devant elle, les fumets appétants rendant malade la captive, et en profitait pour lui conter quels revers la France essuyait face à la Hollande, ou quelles dames de la Cour étaient supposément passées dans le lit de Drago en son absence- si Hermione eut aimé écarter tout cela comme pure invention, cela la piquait tout de même, et la Reine de Hollande était si douée pour ses contes...elle fut étonnée, cependant, de constater que Bellatrix ne tentait guère de lui arracher d'informations, ni même de la torturer, comme si elle se réservait pour une autre date.
Dormir lui était de moins en moins difficile, malgré l'inconfort de sa posture, et lorsque le jour se coucha à nouveau sur Bruxelles, elle se sentit somnoler. Elle ne sentait dorénavant plus ses bras, et se demanda si un jour ce serait à nouveau le cas, ou si elle était condamnée à se les voir couper par un chirurgien. Néanmoins, dormir était désormais aisé, sans douleur...presque un échappatoire...
Les pans de la tente se rabattirent sans l'éveiller, et une ombre longiligne s'approcha dans la noirceur, tendant vers les joues de la captive des mains mordues de froid. Elle revint à elle avec un léger grognement confus, clignant des yeux en voyant se dessiner devant elle la silhouette sans identité. Elle ouvrit la bouche, mais parler était un luxe qu'elle ne se pouvait plus permettre tant sa gorge était sèche.
La personne écarta un pan de sa cape et produisit un objet qu'elle ne sut décerner dans la nuit, avant d'appuyer quelque chose de rond et froid contre ses lèvres, et un instant, Hermione fut saisie de terreur. Les hollandais l'empoisonnaient-ils? Se débarrassait-on enfin de l'encombrante amante de Drago?
Une voix lui parvint tandis qu'elle esquissait un bref mouvement de tête, tentant de se dégager.
-Buvez, marquise. Ce n'est que du vin...
Elle sentit son corps se détendre quelque peu et obéit, reconnaissant la voix sans parvenir à la replacer, mais sachant que la présence était amicale. Quelques gorgées furent suffisantes pour éveiller sa soif et elle tendit alors les lèvres, mais la personne lui ôta alors le goulot,
-Point trop n'en faut, Madame, sans quoi vous vous trouverez mal...
Elle hocha lentement la tête avec un râle, et après un court moment, on lui présenta le vin à nouveau.
-Cela suffira, reprit la silhouette en rangeant le vin dans sa cape. Il vous faut maintenir vos esprits, mais bientôt, tout ira pour le mieux.
La silhouette bougea alors, disparaissant à sa vue, et elle sentit une pression contre les fers la maintenant au poteau de bois. Elle poussa un léger cri lorsque ses bras furent déliés, retombant contre elle, sans qu'elle sache qu'en faire. La silhouette lui frotta vigoureusement les bras en lui intimant à voix basse de se taire, et elle se retint de crier tandis que le sang circulait à nouveau dans ses veines.
-Pouvez-vous marcher? Je crains que nous n'ayons guère le temps de demeurer ici.
Elle ne répondit point, mais accepta la main tendue vers elle et se hissa avec quelques difficultés sur ses pieds, sentant le sol tanguer autour d'elle tandis qu'elle fut prise de vertige.
-Venez, murmura à nouveau son ange gardien.
La silhouette s'éloigna de l'entrée et ôta deux piques retenant la tente au sol avant de se coucher et de ramper sous le tissu. Hermione n'hésita guère avant de l'imiter, et se redressa un instant plus tard au sein du camp hollandais.
Il n'y avait guère âme qui vive aux alentours, et les tentes étaient seulement éclairées par la lune, grosse et ronde comme un louis d'argent, mais ce serait suffisant pour se diriger. Hermione, hagarde, clignant des yeux, se tourna enfin vers la silhouette.
-Pourquoi?
La Lady McGonagall lui jeta un regard incisif.
-Ronald vous aimait, et Romilda aimait Ronald, se contenta-t-elle de répliquer comme si c'était là la seule réponse valable au fait qu'elle venait d'aider une prisonnière de guerre à échapper à ses alliés.
La vieille écossaise eut un mouvement impatient des doigts, lui intimant de la suivre, et les deux femmes avancèrent à travers camp jusqu'aux rebords de celui-ci- devant elles, une grande prairie flanquée par les bois, Bruxelles à l'opposée.
-Venez, intima encore Lady McGonagall.
Elles poursuivirent leur chemin à travers la prairie, leur marche longue et silencieuse, jusqu'à parvenir à l'orée du bois. Là, la Lady s'arrêta, porta deux doigts à ses lèvres, et émit un bref sifflement aigü.
-Un moment plus tard, un homme quittait le bois, main sur le pommeau de son épée, s'avançant vers elles, clairement en alerte. Alors qu'il parvenait à leur hauteur, Hermione reconnut le jeune Lord Dean Thomas, qui salua les deux dames d'un hochement de tête.
-Je dois retourner au camp, décréta Lady McGonagall. Vous savez ce que vous avez à faire, Lord Thomas...?
-Bien entendu, Milady, répliqua le jeune homme. Les chevaux nous attendent.
-Une fois parvenus à Charleroi, vous devriez être en sécurité, répondit Minerva McGonagall en tendant une bourse pleine au chevalier. De là, vous pourrez mener Mademoiselle de Royan jusque son cousin à La Rochelle. Lorsque la marquise sera en sûreté, vous nous rejoindrez où que l'armée écossaise se trouvera.
Il y eut un bref silence tandis que la lune éclairait le trio, puis Lord Thomas demanda, visage masqué par la nuit,
-Veuillez transmettre mes amitiés à Lord Finnegan, Milady.
-Sans nul doute, répondit-elle avec un léger sourire. Allez, à présent, et ne tardez guère...
Elle s'arrêta brusquement, se retournant d'un geste étonnamment vif pour une dame de son âge, alors même que Lord Thomas l'imitait. La marquise fronça les sourcils, mais elle entendit alors à son tour.
Des sabots.
Elle se tourna vers le camp à l'horizon et sentit une terreur sourde paralyser ses membres alors qu'elle vit la ligne de dix cavaliers, aux couleurs inconnues, galoper vers eux.
-Venez avec nous, commanda Lord Thomas en plaçant une main sur l'épaule de Lady McGonagall.
La vieille dame secoua la tête.
-Sortez la marquise d'ici, Thomas, et ne vous arrêtez point!
-Milady-
-Je n'ai jamais tourné le dos à l'ennemi, s'exclama Minerva McGonagall. Et à mon âge, je ne prendrai guère de nouvelles habitudes! Partez!
Lord Thomas sembla hésiter, mais finit par saisir le bras de Hermione et l'entraîna vers les arbres. Elle tenta de suivre son rythme effréné, mais elle était fort affaiblie. Un léger hennissement l'interpella, et l'instant d'après, elle vit deux chevaux harnachés, patientant auprès d'un arbre face à eux.
Lord Thomas n'attendit heureusement point qu'elle se mette seule en selle, et la hissa lui-même à travers l'une des montures avant de prendre la seconde. Hermione en profita pour jeter un regard par-dessus son épaule vers la femme qui l'avait sauvée.
La Lady McGonagall était agenouillée, épée plantée au sol, ses deux mains dessus, en prière, comme les Croisés des anciens temps alors que fonçait sur elle la ligne de cavaliers aux épées tirées. Puis elle se redressa, et d'un seul geste, il ne demeura plus rien de la vieille dame qui avait vu passer plus d'hivers qu'aucun autre soldat d'Europe- elle était redevenue jeune et fière, comme au temps de ses premières batailles, tête haute, dos droit, et épée levée. Sous les regards de Lord Thomas et de la marquise de Royan, un premier cavalier l'atteignit, et elle lui sectionna la jambe en poussant un cri belliqueux. Elle se retourna aussitôt, épée en l'air, venant transpercer un second homme au-travers de la poitrine, mais un troisième était déjà sur elle, et ce ne fut alors qu'un amas de fer et de sueur tandis que la ligne lui tombait dessus, les cavaliers hachant la fière Mère de l'Amazone jusqu'à ce qu'il n'y eut plus de résistance et que le sang soit teinté d'un rouge paraissant noir sous la lune.
-Galopez, s'écria alors Lord Thomas. Ne vous arrêtez point!
Elle s'arracha alors au spectacle devant elle et ils poussèrent de concert leurs chevaux à travers bois.
...
La Cour d'Espagne était à la fête.
Une fête guindée, sobre, loin des effusions de joie ordinaires lors de tels évènements, où mâles et femelles ne se mélangeaient qu'à peine, du bout des yeux, et ceci en raison à la fois de la nature hautement religieuse de ces Grands et de la guerre européenne en cours, mais une fête tout de pareil. Les petites gens, les domestiques, les paysans, pour n'être point riches et considérés, eux, pouvaient tout du moins saisir pareille occasion pour relâcher un moment leurs faux et leurs bêches afin de s'enivrer et de se dévergonder, mais au sein de l'Alhambra, rien de tel.
La Reine Narcissa, qui avait, du vivant de son époux, et au faîte de son pouvoir, donné les plus splendides réjouissances de l'Europe entière en ses palais du Louvre ou de Saint-Germain, ne pouvait que regarder les mornes visages devant elle avec une pointe de mépris. Il n'y avait guère mieux, à son sens, pour reposer les esprits, pour se rendre populaire, pour se glisser dans les secrets et les faveurs qu'une Cour déliée, mais l'Espagne voyait les choses autrement.
D'autant mieux lorsque la fête était dédiée aux noces de l'Infante Royale.
Narcissa éprouvait à l'endroit de ses nièces une affection particulière et étonnante. Elle savait, pour avoir longuement prêtée attention aux enfants de sa soeur, qui étaient ces princesses, mais elle ne s'était aucunement attendue à ce qu'elle s'en éprenne. De sa vie elle n'avait aimé que deux hommes, son époux défunt et son fils, et deux femmes, ses soeurs- l'une pour laquelle elle n'éprouvait plus rien, et qui déclarait la guerre à la France, et l'autre qu'elle avait retrouvé avec un plaisir non feint.
Si Narcissa devait s'avouer la vérité, elle conservait à l'endroit d'Astoria, sa bru, une certaine réserve- la jeune beauté serait une reine populaire, aimée de tous, mais au demeurant naïve, pétrie de sainteté, et ayant peu d'intelligence politique. Elle avait pourtant poussé Lucius à choisir la cadette, plutôt que l'aînée, des filles d'Andromeda pour la donner en mariage à Drago, puisque Daphné était prise d'un brin de rébellion qui pouvait se muer dangereusement.
Et pourtant, à fréquenter la Cour d'Espagne, elle se prit à regretter quelque peu son choix. Daphne était toute aussi belle que sa cadette, bien que d'une beauté différente, moins glaciale, et elle possédait l'esprit vif et l'oeil plissé de ceux qui savent réfléchir. À n'en point douter, l'aînée de ses nièces ferait une Reine de Pologne tout à fait compétente et le véritable pouvoir derrière la couronne de cette nation- Narcissa se retrouvait en elle bien davantage qu'en Astoria. Aussi s'était-elle empressée de s'attacher la jeune femme, sachant fort bien que ses gentillesses d'aujourd'hui pourraient répercuter la politique européenne de demain.
Daphné d'Espagne, au demeurant, en fille intelligente, avait tout aussi bien saisie l'occasion de se tenir proche de celle qui fut la femme la plus puissante d'Europe, et d'en tirer les enseignements politiques qui convenaient et qu'elle ne trouvait guère ailleurs. Aussi Narcissa n'avait-elle guère été surprise lorsque l'Infante avait demandé, au Roi et à la Reine, de presser ses noces au jeune Roi Orionnis de Pologne.
Narcissa connaissait bien le père de ce Roi, feu le Roi Mars de Pologne, dit le Sauveur, qui avait, autrefois, âprement défendu l'indépendance de la Pologne de l'Empire d'Autriche et avait fini par l'obtenir. C'était la seule guerre perdue par l'immense Empire, et la seule tâche sombre du règne de l'Empereur Cygnus, son père. Le jeune souverain Orionnis avait une dizaine d'années de plus que sa promise et était, d'après ses renseignements, un homme de valeur, mais ne souhaitait pas participer à la guerre en cours, tout occupé qu'il était à stabiliser ce royaume tout neuf acquis par son paternel. Pourquoi diable le Roi d'Espagne avait-il proposé sa fille à ce petit monarque et non à un prince russe ou autrichien, Narcissa n'eut su le dire, mais il était vrai que son beau-frère était du plus haut étrange.
Mais Daphné était femme politique jusqu'au bout de ses ongles, et ce malgré son impétuosité, et Narcissa était curieuse de savoir pourquoi elle précipitait ainsi son mariage- elle n'avait obtenu de la princesse qu'un éclat de rire mystérieux.
Le Roi de Pologne s'était déplacé en personne jusque Madrid pour le mariage, chose rare. Dernier survivant mâle de l'ancienne lignée des Abbot, qui avait donné à l'Europe six papes et décidé de deux Croisades, c'était un homme carré, rasé de près, aux cheveux d'un blond cendré et aux étonnants yeux noisette possédant des reflets d'or qui le faisaient ressembler quelque peu à un lion.
Narcissa observa les jeunes époux avec discrétion. Daphné était ravissante, et son époux semblait follement épris- une rareté en ce siècle de virginité vendue au plus offrant. Il était demeuré un moment sans voix, dans la cathédrale, en soulevant le voile de sa charmante épouse, puis l'avait embrassée à pleine bouche en la tenant comme s'il craignait que cette vision angélique ne lui échappât. Depuis, il ne décrochait plus le regard d'elle, et Daphné, en retour, lui présentait un visage tantôt admiratif, tantôt rieur. La Reine Narcissa ne doutait guère que, si le polonais jouait bien ses cartes, l'union serait un franc succès. Elle masqua un sourire en voyant les épaules de Daphné tressauter légèrement alors que celle-ci riait bas à une plaisanterie lancée par l'un des chevaliers de son mari, et ce dernier la dévisagea comme s'il découvrait, pour la première fois, ce qu'était l'amour.
Narcissa toussa dans son mouchoir, qu'elle fit aussitôt glisser dans sa manche. Elle était lasse, ces jours-ci, et elle aurait mieux à loisir de réfléchir aux étranges agissements de sa nièce favorite le lendemain. Aussi félicita-t-elle à nouveau le jeune couple, puis déclara à sa soeur, hésitant entre sourire rassuré devant le spectacle du bonheur apparent de sa fille et larmes de la perdre, qu'elle se retirait pour la nuit, et salua dernièrement le Roi d'Espagne, avant de prendre, seule, le chemin de ses appartements.
Loin du tumulte de la fête, les couloirs étaient vides, sombres, et frais, ce pour quoi la Reine fut reconnaissante. Elle s'engagea dans sa chambre, fit délacer son corsage et enfila chemise blanche et robe de chambre de soie émeraude, puis s'assit devant sa coiffeuse. Les fenêtres étaient grandes ouvertes derrière elle, laissant la lune éclairer la pièce bien davantage que les bougies.
Sa camériste voulut s'avancer pour la peigner, mais Narcissa l'arrêta d'un regard dans le miroir devant elle.
-Retirez-vous, dit-elle. Je me coifferai seule.
La camériste obéit, emportant le linge de sa maîtresse, et Narcissa soupira, portant une brosse de nacre et d'argent à sa longue chevelure déliée, de soie faite, qui chutait jusque ses reins, le dernier vestige d'un beauté qui avait jetée l'Europe entière en émoi.
Que restait-il, désormais, de cette beauté, dont elle avait fait son arme le plus redoutable? On disait d'elle qu'elle était belle, encore- elle le savait, le voyait aux regards admiratifs qu'on lui portait. Mais ces gens qui se pâmaient devant ce qu'il restait de sa splendeur ne l'avaient jamais vue jeune. Elle n'avait plus rien de la princesse impériale qui soumettait Vienne d'un battement de cils. Elle n'était plus la jeune épouse qui présentait une face glaciale au monde pour masquer ses peurs et ses désirs, ses craintes et ses espoirs. Son époux était mort, son époux qui était même intimidé par la beauté sans artifices de sa femme. Son époux qui malgré cela avait été se vautrer dans le lit d'autres femmes, de femmes qui, pour être belles, n'étaient point si impressionnantes. Elle avait été si puissante dans sa beauté que pour un simple regard d'elle, on était prêt à renier patrie et amis. Elle avait été si belle qu'un prétendant écarté s'était suicidé de désespoir.
À présent, elle n'était qu'une veuve, envoyée mourir à petit feu dans une Cour étrangère où l'on préférait masquer la beauté afin d'éviter la tentation.
La Reine-mère poussa un soupir et reposa sa brosse en s'observant. D'où lui venaient ces petites rides au coin des yeux et des lèvres? Quand sa peau avait-elle cessé de briller d'un éclat translucide pour laisser place aux crèmes de beauté?
Malgré son émoi intérieur, elle parla d'une voix froide, et qui ne trembla guère.
-Montrez-vous.
L'un des rideaux encadrant les fenêtres se mût, et une ombre apparut derrière elle. Elle l'observa, sans parvenir à distinguer ses traits dans la pénombre, laissant un silence paisible s'étirer. Elle savait que ce moment venait, après tout- et elle s'en montrait étonnamment calme, détachée.
-Vous saviez que j'étais là, s'éleva une voix masculine, légèrement amusée.
-Je n'ai point passé plus de vingt ans dans les secrets de la politique et de l'espionnage pour me laisser prendre par un homme caché dans les rideaux de ma chambre, rétorqua-t-elle sans bouger.
Il y eut un nouveau silence, puis l'homme s'avança d'un pas, présentant son visage à la lumière. Un visage qui avait présenté quelque joliesse, sans nul doute, et qui était à présent déformé par une cicatrice fraîche lui ayant emporté un morceau du nez.
-Que me vaut votre visite? demanda la Reine-mère.
-Vous le savez bien, répliqua le marquis de Gand avec un haussement d'épaules. Vous m'attendiez.
-Cessez de prendre vos grands airs, siffla-t-elle. J'attendais quelqu'un...vous, ou un autre, cela n'aurait aucune importance. Vous n'avez aucune importance.
La mâchoire du marquis se contracta et il croisa les mains devant lui. Narcissa eut un faible sourire moqueur en se tournant vers l'homme, toujours assise devant sa coiffeuse.
-Quelque part, votre présence me rassure sur mes décisions, dit-elle. Cela signifie que ce que j'ai fait a pris de court votre maître, et si tel est le cas...
Elle laissa son propos en l'air. Le marquis de Gand chercha un moment ce visage glacial, impénétrable.
-Oui. Le Roi de Hollande ne s'attendait guère à ce que vous fassiez assassiner vous-même votre propre père, l'Empereur Cygnus.
Narcissa eut un sourire en lame de couteau.
-Mais je l'ai fait. Je l'ai fait, malgré ma répugnance, malgré ce qu'en songeront Dieu et les Hommes- j'ai privé votre Roi du trône impérial et fait en sorte d'y asseoir Sirius, l'allié de mon fils. À présent que l'Autriche se liguera contre vous, que vous restera-t-il?
-Vous ne serez plus là pour le voir, Votre Majesté.
Elle hocha la tête, sereine.
-Cela importe peu. J'ai mis ma vie entière au service du Royaume de France- ma mort le servira encore un peu.
Le marquis eut un froncement de sourcils.
-Êtes-vous donc si paisible à l'idée de mourir?
Elle haussa les épaules.
-Cette guerre n'est pas terminée, s'emporta-t-il soudain avec hargne. Mon maître vaincra. Nous prendrons Versailles et votre nièce la Reine...
Narcissa étouffa un rire froid.
-Vous pouvez essayer, petit homme. Vous pouvez essayer.
Thorfinn Rowle la dévisagea un moment, yeux plissés, puis lança abruptement,
-Nous le ferons. Après tout, j'ai déjà infiltré votre palais, n'est-ce pas?
La belle Reine-mère cligna des yeux, légèrement décontenancée.
-J'ai tué la duchesse de Paris, mentit-il.
Narcissa se leva alors, d'un bond gracieux. Les nouvelles n'allaient guère vite, entre Versailles et Madrid, d'autant mieux en temps de guerre...
-Vous mentez, siffla-t-elle.
-Je l'ai poignardée au coeur en son sommeil, répliqua-t-il. Pansy Parkinson est morte, et Astoria d'Espagne suivra.
Alors, pour la première fois de mémoire d'homme, Narcissa perdit soudain son calme. Saisissant le premier objet sous sa main, sa brosse à cheveux, mue par la haine d'une mère, elle se jeta sur le marquis, le frappant au visage- ce fut le seul coup qu'elle parvint à jeter.
L'assassin au service de la Hollande fit glisser hors de sa manche un ruban de soie et l'enroula autour du col de la Reine qui lâcha sa brosse pour porter ses mains à son cou, et le marquis de Gand tira alors, se glissant dans le dos de Narcissa afin de parfaire son geste. Il ignora les coups portés, paniqués, dans son ventre et ses jambes, laissant l'ancienne Reine s'affaisser sous son propre poids alors qu'il ne cessait de serrer le ruban, de toute sa force. Lorsqu'elle fut à genoux, ses gestes à présent désordonnés et hachés, il l'y rejoignit, serrant toujours, une perle de sueur glissant de son front et se perdant dans les cheveux de la Reine.
Elle cessa doucement tout mouvement, et il serra, encore et encore, jusqu'à craindre qu'il ne puisse jamais cesser son geste. Et alors, enfin, il lâcha la pression, faisant glisser de nouveau le ruban dans sa manche, avant de saisir le corps léger devant lui et de l'allonger respectueusement sur le lit- on ne tuait point une Reine comme la dernière des ribaudes, après tout. La chevelure soyeuse de la Reine-mère de France s'éparpilla sur les coussins comme une couronne naturelle.
Elle était splendide, glaciale, majestueuse. Jusque dans la mort.
Se penchant, le marquis de Gand lui ferma les yeux et, sans se hâter, se dirigea vers la fenêtre, disparaissant comme il était venu, laissant derrière lui le corps frêle de la femme qui avait tenu l'Europe entière au creux de sa paume blanche.
...
Ta-daaam!
Bon, alors récapitulons. Blaise est bien en vie, et il va rentrer à Versailles, où se trouve sa chère fiancée. Entre invalides, ils vont pouvoir se "soigner", si vous voyez ce que je veux dire...hé, hé...
Notre cher comte de Calais a découvert la supercherie, mais hélas, tiraillé entre le devoir envers son peuple et l'amour de sa Reine, il va falloir faire un choix...
Enfin des nouvelles de notre Hermione nationale. Mal en point, qui prend la fuite avec Lord Thomas alors que la magnifique, la merveilleuse Minerva McGonagall se sacrifie...
Daphné qui presse son mariage, mais que complote-t-elle? Est-ce seulement la perspective de devenir Reine ou alors a-t-elle une autre motivation?
Et enfin, un moment que je prévois depuis longtemps- Narcissa. Oui, c'est elle qui a tué son propre père afin de permettre à Sirius de devenir Empereur- et donc, de faire pencher la guerre en faveur de son fils...et ça, Tom l'a bien compris, il connait son monde le goujat...alors, en représailles, voici la mort de la Reine Narcissa. Désolée, mais ça devait être fait. J'espère avoir maintenue la surprise. MAIS QUE QUELQU'UN BUTE CE FOUTU MARQUIS DE GAND!
A très bientôt, mes hirondelles,
DIL.
