35 Nuit de tempête

La porte s'ouvrit sur un Vanua trempé. Dehors, la tempête faisait rage.

- Vos amis sont partis voir la police avec Tamura, un des fils de notre chef, les informa-t-il, ils ne reviendront pas ici avant demain matin. Personne ne se risquera dans la jungle par une nuit d'orage.

Vétu échangea quelques informations en hindoustani avec lui avant qu'il ne reprenne à l'adresse de Blair.

- Essayez de garder votre pied surélevé. L'onguent devrait faire effet pour atténuer la douleur. Demain je vous conduirai à l'hôpital, à quelques heures d'ici. Nous prendrons le premier hydravion. La sève d'aloé vera devrait aider à cicatriser vos blessures. Vous pouvez en appliquer autant que vous voulez, Vétu vous laisse la fiole.

- Et pour Chuck ? questionna B, toujours inquiète, en lui jetant un regard en coin car elle savait qu'il désapprouverait son intervention.

Elle le vit grimacer mais il ne riposta pas.

Sa reine s'écarta de lui et tira sur le pan de sa chemise tandis que Vétu s'approchait du jeune homme. Elle inspecta la plaie qui avait prit une couleur écarlate sous le pansement. Les bords de la cicatrice étaient anormalement gonflés par les efforts qu'il avait procurés lors de leur petite expédition dans la jungle.

Elle désigna la petite fiole qu'elle leur avait laissée et déposa de grandes feuilles, semblables à celle qu'elle avait utilisée pour sa cheville, dans la main de la jeune américaine avec un sourire bien veillant. Puis, Les trois autochtones quittèrent la pièce, laissant les deux amoureux seuls pour la nuit.

- Je vais bien, dit le prince noir sur un ton brusque qu'il regretta aussitôt

- Tant mieux ! Pourvu que ça continue alors ! répliqua B en lui jetant un regard perçant.

Il prit son visage entre ses mains et effleura son menton avec son pouce.

- Je ne veux pas que tu t'inquiètes pour moi, expliqua-t-il sur un ton radouci.

- Je sais, mais tu ne peux pas m'en empêcher, et moi non plus, murmura-t-elle en plantant son regard dans le sien avant de l'embrasser du bout des lèvres.

Il ferma les yeux et insinua sa langue dans sa bouche à la recherche de celle de B. Tandis qu'elle laissait courir sa main sur sa peau, il sentit le désir monter en lui. Arrivée à hauteur de ses côtes, elle arracha ce qui restait de pansement tellement vite qu'il ne ressentit aucune douleur. Elle s'écarta de son étreinte avec un air de victoire.

- Hé ! protesta-t-il plus étonné qu'autre chose

Elle le regarda avec défi, un sourire narquois affiché sur son beau visage.

- Tu ne crois pas que tu vas t'en tirer comme ça ? se piqua-t-il au jeu.

Il retrouvait enfin la vraie Blair et il adorait ça. Il l'embrassa à nouveau passionnément, mais elle mit fin à ce petit jeu bien trop tôt au goût du jeune homme.

- N'essaie pas de m'embrouiller, résista-t-elle en se penchant pour attraper la petite fiole remplie de sève.

- Qui ça moi ? s'indigna-t-il faussement.

Elle ne répliqua pas et versa un peu de liquide sur la paume de sa main

- Maintenant, voyons ça de plus près, dit-elle en se courbant pour l'appliquer sur la cicatrice rougie.

Elle passa ses doigts délicats sur sa peau entaillée, Chuck en eut la chair de poule.

- Désolée si je te fais mal, s'excusa-t-elle

- Tu ne me fais pas mal, au contraire, tu n'imagines pas le bien que tu me fais, déclara-t-il d'une voix rauque.

Elle couvrit la plaie avec les feuilles géantes que lui avait confiées Vétu et les noua autour de la taille de son roi comme elle l'avait vu le faire. Puis, les yeux embués, elle posa son front contre le sien.

- Pardon, souffla-t-elle tout bas.

Il se recula, estomaqué.

- Pardon de quoi ?

Elle baissa les yeux vers son torse

- Tout ça c'est ma faute, murmura-t-elle

Il déglutit avant de répondre d'une voix amère

- Le seul responsable de tout ça, c'est ce connard que tu as cru bon d'épouser pour me protéger. Et si quelqu'un est à blâmer ici, c'est moi ! Si je ne t'avais pas poussée dans ses bras, on en serait pas là ! Comment ais-je pu croire qu'il te rendrait heureuse ? se reprocha-t-il.

Elle releva le menton pour le fixer, il y avait tant de souffrance dans ses yeux sombres. Elle lui caressa la tempe et passa ses doigts dans une mèche des cheveux de Chuck.

- Parce que je te l'ai dit, tout simplement, affirma-t-elle en soutenant son regard.

Elle posa à nouveau sa tête contre celle de Chuck et ferma les yeux puis reprit d'une voix suppliante, après un court silence :

- Ne laisse plus jamais personne nous éloigner l'un de l'autre, s'il te plait, pas même moi.

Elle laissa couler ses larmes en silence alors qu'il tentait de la rassurer :

- Après ce qu'on vient de vivre, tu crois encore que je pourrais laisser qui que ce soit nous séparer ?

Elle secoua la tête et l'enfouit dans son cou. Il la plaqua contre lui, si fort qu'elle pouvait sentir résonner le cœur de Chuck dans sa propre poitrine. Entre ses bras, elle se sentait désormais en sécurité.

Elle fut bientôt secouée par d'énormes sanglots. Elle avait eu si peur de le perdre, de se perdre. Elle avait besoin de laisser s'échapper toute cette crainte, toute cette peine, qui la submergeait tout à coup. Il lui caressa doucement les cheveux et y déposa un baiser tendre et fort à la fois.

Après avoir pleuré plusieurs heures, elle finit par s'endormir, cramponnée à lui, morte de fatigue.

Pourtant épuisé lui aussi, il ne pouvait se résoudre à fermer l'œil. Il avait trop peur qu'elle ne disparaisse durant son sommeil. Dehors, il entendit le silence s'instaurer.

Les éléments, déchaînés, se turent petit à petit.

Le calme revenait après la tempête.