Hayden Bloom – Anges et Démons

Et voilà enfin le début de la fin ! La seconde partie de cette fic s'annonce, amis lecteurs ! Je ne sais pas encore précisément combien de chapitres elle durera, mais pas plus de 3 ou 4, je pense. J'espère qu'elle vous plaira.

Chapitre commencé pendant un devoir d'anglais, recopié deux semaines plus tard sur ordinateur, et achevé encore quelques temps après.

Les événements décrits dans ce chapitre ont lieu environ quatre ans après ceux des chapitres précédents.

Chapitre 37 : Wayward Sisters

Il faisait sombre, dans la cave du manoir. À peine si de vieilles lampes à huile répandaient ça et là leur lumière jaunâtre et leur fumée âcre. Une seule chose étincelait : c'était la vitre transparente qui séparait la cave en deux parties. Dans la première, un certain ordre régnait malgré la vétusté moisie des lieux. Les murs étaient couverts d'étagères plus ou moins poussiéreuses, où s'alignaient une multitude de fioles de tailles et de formes diverses, toutes pleines à ras bord d'un liquide violacé et épais. À côté des fioles étaient rangés de vieux grimoires aux pages à moitié rongées, qui s'élevaient en hautes piles du sol jusqu'au plafond. Au milieu et autour de ces piles, on pouvait aussi trouver de nombreux rouleaux de parchemins couverts de griffonnements et de ratures ; sur le sol, des plumes brisées s'ajoutaient à la poussière des recoins, à moins qu'un jet de lumière rouge ne vint les faire disparaître.

Trois chaudrons bouillonnaient faiblement au milieu de la salle. Ils étaient emplis d'un liquide semblable à celui des fioles : une potion nauséabonde, brunâtre ou bien violette selon l'état de sa préparation. Plusieurs sorciers s'affairaient autour de ces chaudrons ; ils étaient enveloppés de grandes capes noires et usées, et portaient des gants épais et des masques pour se protéger de la potion. Certains découpaient des yeux de crapauds en rondelles, d'autres mélangeaient les mixtures, et d'autres encore préparaient des fioles vides pour les remplir à leur tour et leur faire rejoindre leurs consoeurs sur l'étagère. Un dernier groupe de sorciers, armés de plumes et de parchemins, observaient et notaient ce qui se passait de l'autre côté de la vitre.

Là, l'immondice l'emportait. Dans l'espace réduit, une dizaine de corps gémissaient et se traînaient au milieu des vomissures qui jonchaient le sol. Leur peau était jaunâtre et couverte de cloques. C'étaient des Moldus ; ou plutôt, des cobayes. L'existence de ces misérables créatures se réduisait à un long enfer dès le moment où ils étaient capturés. Des mains impitoyables les bourraient de coups pour les rendre dociles et leur faire avaler une potion répugnante, puis les jetaient sans ménagement dans la cave, derrière la vitre, un lieu où régnait la maladie et dont ils ne sortiraient qu'après leur mort. Lentement, leurs corps se décomposaient jusqu'à devenir monstrueux. Mais la froide cruauté n'enlaidissait pas moins leurs geôliers.

Quatre coups furent frappés à la porte de la cave. L'un des sorciers qui prenaient des notes posa son écritoire et, sans ouvrir, alla répondre en frappant quatre coups semblables.

— Qu'y a-t-il ? demanda-t-il. Nous sommes occupés, ici. Et la cage est trop pleine pour amener un nouveau Moldu, on les observe moins bien quand ils sont trop nombreux.

— Ce n'est pas ça. Némésis demande une réunion générale. Immédiatement.

Le sorcier eut une grimace semblable à un spasme.

— Bien, nous arrivons.

Le salon n'était guère plus lumineux que la cave. Aucun Elfe de maison n'avait depuis bien longtemps astiqué les chandeliers ni réparé le lustre qui gisait en morceaux au milieu de la pièce. La lune était pleine, mais sa lumière était trop faible pour traverser la masse épaisse de la forêt qui entourait le manoir et le dissimulait aux yeux étrangers. Les arbres avaient poussé jusque dans le jardin à l'abandon, et leurs branches commençaient à menacer de traverser les fenêtres. Cependant, les habitants du manoir ne s'en souciaient pas.

Ils étaient tous rassemblés dans le salon, assis sur de larges bancs de bois qui avaient été trouvés dans la cuisine. Leurs visages creusés et tendus portaient les marques d'une vie dont la loi était sévère, malgré un certain laisser-aller. Mais quelles que soient les difficultés de leur existence, leurs regards étaient déterminés. Tous avaient choisi de répondre à l'appel, de choisir la traque plutôt que le confort de leurs anciennes demeures, et la vengeance plutôt que la soumission. Ils avaient un nom réputé à défendre : celui de leurs parents, ceux qui avaient été les grands et fiers Mangemorts du Seigneur des Ténèbres et qui avaient péri pour lui.

Tous les partisans de « la Ruine » étaient ainsi guidés par une résolution ferme, mais toutefois pas un ne l'était autant que Némésis et Kentarus Lestrange.

C'étaient eux qui avaient prêté serment sur le corps de leur mère, Bellatrix ; eux qui avaient rassemblés tous les fils et filles de Mangemorts sur qui ils avaient su pouvoir compter, eux qui avaient fondé « la Ruine » et avaient installé son quartier général dans la forêt d'Albanie ; eux enfin qui ne vivaient que pour se venger des Moldus et des Potter.

Ils se tenaient côte à côte, le frère et la sœur, debout sur une armoire renversée qui tenait le rôle d'estrade, debout devant les fidèles Ruinés qui leur faisaient face. Tous deux se ressemblaient presque trait pour trait, en dehors du fait que les paupières de Némésis étaient lourdement maquillées, et que les cheveux noirs de Kentarus étaient plus courts que ceux de sa sœur. Leurs visages arboraient une expression de mépris hautain qui semblait aussi naturelle que s'ils l'avaient portée depuis le berceau. La vie de criminels traqués qu'ils menaient depuis plusieurs années les avait également marqués d'un sceau sinistre.

Au bout d'un moment, Némésis s'avança pour prendre la parole. Elle ne demanda pas si tous les Ruinés étaient arrivés au salon ou s'il fallait encore en attendre certains. Ceux qui se seraient permis d'arriver en retard l'auraient promptement regretté et le savaient pertinemment. Némésis n'eut pas non plus besoin de réclamer le silence, car ceux qui avaient choisi de suivre les Lestrange dans leur action de vengeance avaient aussi appris à ne jamais leur manquer de respect. Un seul, au début, s'était cru assez malin pour risquer quelques plaisanteries provocatrices.

On ne l'avait jamais revu.

— Je vous ai appelés pour que nous fassions le point sur l'avancée de nos travaux, dit Némésis d'un ton clair et froid. Cela fait des années que nous préparons l'élaboration du virus Bellatrix, et nos efforts vont bientôt être couronnés d'un succès total. Certes, nos premières tentatives avaient eu de bons résultats, mais elles ont trop attiré l'attention à un moment où nous n'étions pas prêts à réagir. J'avais pourtant demandé que Rodolphus Pinowden soit exécuté rapidement, mais comme vous le savez, Barry MacNair a jugé bon de défier mon autorité. Tant pis pour lui. Mais toujours est-il qu'à cause de lui, depuis plus de sept ans maintenant, les Médicomages travaillent à trouver un antidote à notre virus. Et ils auraient pu réussir ! s'enflamma soudain Némésis. Tous nos efforts auraient pu être réduits à néants par la faute d'un seul, d'un crétin indiscipliné ! poursuivit-elle d'une voix de plus en plus hystérique. En êtes-vous conscients ? EN ÊTES-VOUS CONSCIENTS ?

Dans un tremblement généralisé, les Ruinés hochèrent la tête et baissèrent les yeux, chacun se faisant le plus discret possible. Némésis avait les yeux presque exorbités, les tendons de ses bras nus saillaient sous sa peau, et sa main droite était serrée convulsivement sur sa baguette magique en bois sombre. Kentarus, d'un maintien très calme en comparaison, posa une main apaisante sur le bras de sa sœur et la fit insensiblement reculer. Passant devant elle, il s'adressa à son tour à ses fidèles.

— Les responsables de ces égarements ayant été punis, nous n'allons pas y revenir ce soir. Comprenez seulement que nous avons eu beaucoup de chance de réussir à créer un virus suffisamment polymorphe pour dérouter les Médicomages, au moins jusqu'à présent. La formule que nous développons aujourd'hui dans nos caves est absolument inédite, c'est pourquoi nous devons étudier nos ... sujets dans un cadre qui les empêche d'avoir le moindre contact avec l'extérieur. Carrow, pouvez-vous nous dire quels résultats vous avez obtenus dernièrement ?

L'un des Ruinés, un homme trapu au troublant regard oblique, se leva et croisa les mains sur sa poitrine revêtue d'une grande cape noire.

— Je suis honoré de vous apprendre que ce sont d'excellents résultats, Milord, dit Carrow d'une voix nasillarde. Les sujets meurent plus vite, mais souffrent manifestement davantage qu'auparavant. Seuls certains des effets secondaires du Bellatrix, notamment les accès de jaunisse, sont malheureusement moins violents que ce que nous avions pu obtenir, mais c'est à ce prix que nous avons pu rendre le Bellatrix indiscernable au Sortilège de Goûteur.

— Qu'avez-vous utilisé pour cela ? demanda Némésis avec une curiosité morbide.

— Des sécrétions de Bandimon, Milady.

— Vraiment ? s'étonna Kentarus. Et d'où venaient-elles ? Vous connaissez les dangers que représentent ces pourritures, n'est-ce pas ? J'espère que vous n'avez pas trouvé les Bandimons dans ce manoir sans m'avertir !

— Non, Milord, nous n'aurions jamais eu cette audace. Cet ingrédient nous a été rapporté par Sylli Parkinson lors de sa dernière mission.

— Je les ai volés à un trafiquant transylvanien, précisa ladite Parkinson avec fierté.

— Je ne me rappelle pas t'avoir demandé de commencer à te vanter, Parkinson, répondit Kentarus d'une voix glaciale qui figea aussitôt les traits de sa victime.

— Veuillez excuser mon impertinence, Milord.

— Tais-toi. Assis, Carrow.

Sur un claquement de doigts de Kentarus, le dénommé Carrow se rassit et attendit la suite des événements. Personne n'eut le moindre regard de compassion pour Sylli Parkinson. Elle avait le malheur de tomber en disgrâce au moins une fois par mois, et c'était uniquement le faible nombre des Ruinés qui dissuadait Némésis et Kentarus de lui régler son compte définitivement. Ce soir-là, tous deux décidèrent tacitement de laisser s'attarder un silence lourd de sous-entendus.

— Bien, dit finalement Némésis. Dolohov, j'espère que vous avez des informations à nous donner sur nos proies ? Les Potter sont si naïfs qu'ils s'imaginent qu'ils peuvent vivre comme n'importe qui et ne rien dissimuler de leurs faits et gestes !

— Tout à fait, Milady, dit un jeune sorcier dont le visage en pointe s'ornait d'un fin collier de barbe. Les Potter ne songent même pas à se cacher, mais j'estime qu'on ne saurait attendre mieux d'une pareille famille de traîtres. Harry Potter traverse chaque jour à deux reprises le Chemin de Traverse, entre le Chaudron Baveur et Gringotts, à 9 heures le matin et à 18 heures le soir. Sa femme, Aliénor Delacour Potter, l'accompagne tous les jours en dehors des week-ends.

— Mais encore ? Et leurs enfants ? insista Némésis.

— L'aîné, Ethan Potter, n'est plus tout à fait un enfant : il semble trouver plaisant de résider au beau milieu du Londres Moldu, dans le quartier de Tottenham Court Road. Il y habite relativement seul, dans un petit appartement situé au troisième étage d'un immeuble en briques rouges. J'ai l'adresse exacte dans mes papiers, Milady, je vous la communiquerai dès que vous le voudrez. Quant à la fille Potter, Violeta, elle a quatre ans de moins que son frère et étudie toujours à Poudlard, en 7ème année.

— Poudlard ... murmura Kentarus. C'est un obstacle, mais il n'est pas insurmontable. Nous pourrons frapper pendant les vacances ; pas avant, sinon les élèves risqueraient de rester à l'abri au château. Cela ferait un charmant cadeau de Noël ... Carrow, combien de temps pour la période d'incubation ?

— Nous sommes parvenus à la réduire à cinq jours, Milord. Après cela, les premiers symptômes commencent à se déclarer.

— Seront-ils assez reconnaissables pour répandre la panique ?

— Certainement.

— Alors c'est parfait. Tous les élèves de Poudlard rentreront chez eux, nous lancerons le virus, et les parents seront alors trop effrayés par les événements pour oser exposer leurs enfants à la contagion en leur faisant reprendre le Poudlard Express.

Un frisson d'excitation parcourut l'assemblée des Ruinés, pour une fois un peu moins disciplinés que d'habitude. Attaquer dès Noël ! Cela représentait moins d'un mois de patience supplémentaire ! C'est-à-dire presque rien, comparé aux longues années de travail et d'assiduité qui leur avaient été nécessaires. Enfin, leur vengeance allait pouvoir être assouvie. Enfin, ils allaient donner libre cours à leur haine, à leur cruauté, et à leur intolérance envers tous ceux qui ne se soumettraient pas. Après tant d'années ! Enfin !

— Milord, puis-je poser une question ?

— Pose-la donc, Rosier, répondit Kentarus, et tu verras après si tu le pouvais.

— Où comptez-vous frapper en premier lieu ?

— Partout.

— Et nulle part, ajouta Némésis. Nous serons insaisissables, mais le Bellatrix se répandra dans toutes les régions de l'Angleterre. Il gagnera ensuite le reste du Royaume-Uni, toute la Grande-Bretagne, le continent européen, et puis ...

— Et puis nous serons vengés, acheva Kentarus.

Les yeux des deux Lestrange se mirent à scintiller d'anticipation, et Némésis étira ses lèvres en un sourire sadique.

Si vous aviez tout oublié sur la famille Potter, il est temps de relire le premier chapitre :)

Je tiens à dire que Némésis et Kentarus sont deux noms qui me sont particulièrement chers. Merci de chanter abondamment leurs louanges

Yes, un autre chapitre de fini :D