Image d'illustration:

th05(point)deviantart(point)com/fs4/300W/i/2004/261/1/d/The_Snow_by_ezner(point)jpg

et: d1(point)img(point)v4(point)skyrock(point)net/d1f/eragon-tome3-aternatif/pics/2365442927_1(point)jpg

0OO0O0O0O0O0O0O0O0O0O0O0O0O0O0O0O0O0

Eragon tira d'un coup sec sur la lanière de cuir et ôta d'un revers de main les flocons qui recouvraient peu à peu la peau tannée avec soin. En relevant les yeux, il aperçue Vanir qui reniflait d'un air dédaigneux à la vue du sac en matière animale. L'ignorant avec quelques difficultés, le jeune dragonnier sangla la selle de Saphira dont les naseaux laissaient échapper des panaches de fumée, sans doute à cause de l'excitation du voyage. Ses griffes d'ivoire rayonnaient même enfoncées profondément dans la neige immaculée et ses écailles brillaient doucement sous le soleil qui ricochait sur le manteau blanc.

Il se retourna et s'approcha d'Elva qui, emmitouflée dans des vêtements chauds, les observait de son œil lucide et critique, ses prunelles frappant toujours en plein centre le cœur du jeune dragonnier. Eragon s'accroupit pour se mettre à sa hauteur et déclara :

- Nous passerons plus de temps ensemble dès notre retour. »

Un sourire mystérieux tordit le visage enfantin de la fillette qui rétorqua :

- Reste à savoir si tu reviendras toi-même et si elle reviendra, peut-être qu'il te faudra aller la chercher mais voudra-t-elle repartir avec toi ? Cela ne dépend que toi…et de quelque chose qui te dépasse.

Les paroles de la petite fille glacèrent le sang du dragonnier. Il n'en comprenait pas le moindre mot mais il savait qu'il trouverait leurs sens plus tard. Les mots d'Elva l'avait toujours tétanisés et mis mal à l'aise mais sans savoir pourquoi, ceux-ci lui semblait plus important que les autres.

Eragon hocha la tête, retourné et se tourna auprès de Saphira qui déclara avec un ton confiant et sûr :

« Ne t'en fait pas, je ne sais pas de quoi elle parlait mais ce que je sais, Eragon, c'est que rien ne pourra nous séparer. Tu m'entends ? Rien. Je ne t'abandonnerai jamais. »

Il posa sa main sur l'encolure de son amie et finit par l'enlacer. La dragonne ronronna puissamment.

- Eragon ?

L'interpelé se retourna vivement.

- Arya ?

Il la vit, la main gauche le long de son corps parfait et l'autre appuyée sur un grand pin recouvert de neige. Ses cheveux détachés à l'exception de quelques mèches qui s'entremêlaient en tresses savamment emmêlées. Ses vêtements sombres tranchaient avec la pâleur de son teint et ses yeux émeraudes dont le regard qu'Eragon connaissait tant, était à la fois sobre, solennel et captivant.

Eragon s'approcha d'elle, le cœur battant – à son habitude- et la salua respectueusement en portant ses deux doigts à sa bouche. Elle lui répondit avec grâce avant de murmurer :

- Je vous accompagnerai pendant un certain temps, je dois me rendre auprès des Vardens.

Le jeune dragonnier était stupéfait, d'un côté, il était enchanté par cette nouvelle et d'une autre part, terrifié, il parvint à articuler :

- Les Vardens ont-ils des problèmes ?

Arya ne s'y trompa pas :

- Plus où moins, le Surda se trouve à présent dans une position délicate, Nassuada n'a plus sa protectrice et les elfes envoyé pour combattre à ses côtés ont besoin d'un guide, je serai mieux là-bas plutôt qu'ici à ne rien faire.

Eragon ne répondit pas, il savait que comme elle, s'arracher à ces terres était pénible de déchirant mais le dragonnier ne formula pas ses pensées, mieux fallait ne pas aborder un terrain glissant aujourd'hui. Il n'avait pas envie de la froisser en ayant une discutions aussi intimes avec la princesse et de prendre le risque de gâcher chaque seconde qui lui était donné de passer avec elle.

Un souffle de vent balaya la clairière où ils trouvaient et le ciel se voila d'un masque doré. Quelques secondes plus tard, Glaedr atterrissait, rayonnant sous le ciel bleu. Oromis sauta précautionneusement au sol, ce qui rappela à Eragon l'état fragile de son maître. Ses longs cheveux d'argent tourbillonnèrent dans le vent et il s'approcha d'une démarche lourde de son jeune élève, posant une main sur son épaule :

- Eragon-finiarel, accompagne-moi un peu plus loin, j'ai quelques recommandations à te faire part.

Soutenant son mentor qui, visiblement, était plus faible que jamais, ils s'éloignèrent du groupe pour s'enfoncer dans les pins, laissant leur pied s'enfoncer dans la neige épaisse et cotonneuse. Eragon fut le premier à prendre la parole :

- Maître, nous vous sommes extrêmement reconnaissants pour tout ce que vous nous avez donné, nous n'arriverons jamais à exprimer l'estime et le respect que nous avons pour vous…

Oromis s'arrêta de marcher et plongea ses pupilles remplis de sagesse dans celle du dragonnier :

- Eragon, sache que toi et Saphira vous avez sus vous comporter au-delà de notre espérance. Vous avez désormais acquis une maturité et une excellente tournure d'esprit en un temps relativement cours. Maintenant, vous allez devoir apprendre de vous-même, à travers votre expérience, vos défaites et vos erreurs.

Le jeune homme déclara :

- Nous reviendrons ! Notre apprentissage n'est sûrement pas terminé…

En réalité, la peur de quitter leurs maître avait étreint son cœur et il espérait de tout cœurs que d'une manière où d'une autre, le fait de devoir compter sur eux leur permettrait, en quelques sorte, en vie.

Oromis sourit et assura :

- Bien sur, vous pourrez toujours revenir, vous ne cesserez jamais d'apprendre. Si vous découvrez ou trouvez un fragment de force profonde, vous serez forcé de revenir ici. Arya, la reine, Galbatorix et nous sommes les seuls à posséder ce savoir. C'est à ce propos là que je devais te parler, Eragon.

Son visage se peignit alors d'une gravité incomparable et sa voix se fit plus rauque :

- Quelque chose se prépara, Eragon quelques chose de très grave, dont toi et Saphira vous ne pouvez encore mesurer l'importance.

« Les éléments naturels s'accordent entre eux et si un est bousculé, cela se ressent sur les autres. N'as-tu pas remarqué combien le temps est capricieux en se moments ? Ton accident avec Saphira lors d'un orage est évocateur. L'air devient de plus en plus capricieux.

- Cela à un quelconque rapport avec les forces profondes ?

- Cela à même tout à voir, Eragon. Cette force profonde est apparut sur l'Alagæsia et elle est forcément passée par les mains de Galbatorix. Celui-ci à une manière bien à lui de procéder. Par les esprits qu'il manipule et la magie noire, un arrive à brimer la nature associée par l'ensemble qu'il possède déjà. C'est pour cela que Murtagh avait acquérit autant de puissance lors de votre dernière rencontre. Ce que je veux dire, c'est que lorsqu'un élément se trouve particulièrement capricieux, cela signifie que sa force profonde est sur le point d'exploser entre les mains d'un dragonnier.

- Et cela c'est déjà produit avec l'air…

- Exactement mais n'as-tu pas remarqué combien la neige devient de plus en plus épaisse, la pluie c'est montré capricieuse cette année, apparaissant au gré de ses envie sans tenir compte des besoins de notre terre ? Il ne manquerai plus que le feu soit de la partie et les quatre éléments serait réunis, ce qui donnerais lieux au plus grands conflits qu'ils n'ait jamais eu lieu. Arya possède seulement un fragment d'un reste de force profonde, celle-ci, habituée d'être manipulée depuis des siècles, n'a pas bronchée d'une manière trop importante quand celle de Murtagh est apparût.

- Attendez ! Cela signifie que vous avez su lorsqu'il l'a découvert et vous ne m'avez pas prévenue.

Eragon se mit à fulminer mais ravala toutes paroles ; leurs maîtres avaient sûrement eu une bonne raison de le faire. Oromis sourit et déclara d'un ton calme et patient :

- Nous n'étions pas sûr qu'un nouveau dragonnier aie découvert un force profonde, cela semblait tellement improbable… Comme je te l'ai dit, deux natures associées des quatres éléments n'ont jamais cohabité ensemble ! Nous avons supposé que Galbatorix s'essayait une fois de plus à de nouvelle expérience de magie noire.

« Maintenant écoute-moi bien, je vais devoir de confier un certain nombre d'information capitale car nul ne sait ce qu'il adviendra de moi et de Glaedr pendant votre absence.

« Nous allons bientôt revenir, Elhibril ! Il ne va rien vous arriver !

Le maître sourit une fois de plus et ajouta tout de même :

- Il s'agit d'informations qui pourraient très bien t'aider dans le futur, si tu n'en veux pas, je resterai muet…

Eragon s'empressa de s'excuser :

- Pardonnez-moi, je ne voulais pas être présomptueux, Saphira et moi serions honoré de recevoir de vous la moindre parole.

Oromis hocha la tête d'un air bienveillant et prit une longue inspiration :

- Ce que j'ai te dire maintenant, toi seul doit l'entendre. Ce que je vais te confier n'est pas des plus simple accepter.

« Tu t'en aie déjà aperçue, vous êtes tous deux assez dissemblables, c'est normal ; comme je te l'aie déjà dis, Glaedr et moi avons mis du temps à nous entendre parfaitement. La découverte d'une force profonde peu modifier profondément un être, même l'entraîner dans la pire des folies –en entendant bien sûr qu'elle y survive.

Eragon fronça le sourcil et demanda :

- Pourquoi dois-je cacher cela à Saphira ? Elle a le droit de savoir ce genre d'information !

Oromis admit avec circonspection :

- Vois-tu, si tu commettais la moindre folie, je pense qu'elle te remettrait immédiatement dans le droit chemin quitte à t'enlever à l'instabilité de force. Mais toi, tu auras un peu plus de mal à la retenir si une quelconque envie lui prenait. Vous n'allez pas découvrir une force profonde pendant votre entreprise, c'est peu probable voir impossible. Mais les derniers évènements me poussent à vous mettre en garde. C'est pour cela que tu vas dire à Saphira qu'une découverte de la sorte peut la mettre comme toi dans un état étrange et frébile mais n'en dit pas plus, cela ne t'aidera pas dans les prochain jours. Vous avez besoin de croire l'un en l'autre pour réussir à ramener la jeune fille dont ton cousin parle. Pas la peine d'installer le doute dans votre relation.

Le jeune dragonnier hocha la tête et au bout d'un certain temps, il osa demander :

- Vanir ne nous accompagne pas par hasard, n'est-ce pas ?

Voyant que son maître le regardait avec un air entendu mais ne répondait pas, il tenta une autre approche.

- Je me demandais d'où il tenait son savoir sur l'esprit…il a toujours manié le mien avec une étrange facilité…

- Tu ne lui fais pas confiance ?

- Ce n'est pas ça. Il est très jeune, plus âgé que moi, c'est sûr. Mais un tel savoir doit demander des siècles d'entraînement…

Oromis l'entraîna sur le côté et Eragon s'aperçue qu'ils avaient fait demi-tour.

- Vois-tu, Vanir te prépare. Sa dévotion est généreuse de sa part car elle te permettra d'avancer en temps que dragonnier. Un temps arrivera où je ne serais plus là et Glaedr non plus, il te faudra alors te débrouiller seul avec Saphira. Le DuWeldenvarden recèle de nombreux reste de sorts, tu le sais déjà. Mais il reste aussi des particules de forces profondes égarées, remises en liberté où échappée. Il te faudra alors les rassembler si tu veux avoir une seule chance de pouvoir te présenter devant Galbatorix et lui reprendre ce qu'il a pris aux dragons et à cette Terre. Il te prépare à manipuler des magies de plus en plus délicates pour te préparer à ce grand rassemblement de natures associées, là est sa tâche.

- Mais pourquoi lui ?

- Son art dans la pratique du combat à l'épée à fait de lui un excellent entraîneur, pour le reste, il appartient à lui seul de te délivrer ces informations.

Eragon remercia son mentor méticuleusement et il se promit de tirer les vers du nez à Vanir.

Ils continuèrent à marcher pendant quelques minutes et le jeune élève finit par demander d'un ton anxieux, de peur de froisser son maître :

- Vous semblez fatigué, Elhibril…

Oromis s'arrêta alors devant lui et Eragon put voir le visage tendus et épuisé de l'elfe. Malgré cela, le mentor sourit d'un air apaisé :

- Ne te tourmente pas l'esprit, Eragon, tu sais que le mal dont je souffre me ronge, peu de choses ont le pouvoir de me redonner force et vigueur. J'ai passé la nuit à rassembler quelques affaires pour toi, j'espère qu'elles te seront utiles…

Reprenant leur marche dans la neige désormais scintillante et éclatante même sous l'obscurité des pins, le jeune élève finit par murmurer :

- Vous avez dit que peux de choses peuvent vous soulager, lesquelles ?

Oromis le prit par l'épaule et déclara avec ferveur :

- Rien ne me ferais plus plaisir que tu réussisses dans ton entreprise, Eragon, ne te soucis pas de moi, concentre toi sur ton avenir.

Son cœur s'étreignit et une pointe d'inquiétude pour son maître s'infiltra en lui. Leurs pieds s'enfonçant dans la neige en des crissements feutrés, ils finirent par émerger dans la clairière où Roran les attendait, enfin là, en face de Saphira qui l'observait d'un œil attentif et vif, ses écailles azur et bleu nuit rayonnaient au soleil. Vanir revenait avec deux chevaux de plus, leurs robes scintillantes et leurs crins se soulevant et dansant au grès du vent.

Eragon salua son presque frère d'une accolade chaleureuse que ce dernier lui rendit, avec néanmoins une mine crispée que le jeune dragonnier associa à l'excitation et l'enjeu du voyage. Il lui présenta son coursier et Roran se mit immédiatement en selle d'un bond souple et mesuré. Quand Eragon se tourna, il aperçut Arya qui dardait ses yeux émeraude sur lui. Des sons feutrés parvinrent jusqu'à ces oreilles et bientôt un cortège d'elfe débarqua dans la clairière entourant la reine, Islanzadi. La démarche fière et gracieuse, elle fût tout à coup devant lui, les yeux perçant et le visage souverainement cadré par sa chevelure noire comme du jais. Après les salutations d'usage, elle prit la parole la première :

- Ainsi tu t'en vas, Eragon. Il t'aurait suffit d'attendre quelques jours et des soldats de mon peuple serait venue t'aider, toi et Saphira.

- Je vous remercie, Votre Majesté, mais nous avons déjà trop tardé. Nous n'avons plus le temps d'attendre.

- Très bien, dès que quelques elfes seront revenus, je les enverrai à votre rencontre sur le chemin du retour.

- Je vous remercie, Votre majesté.

Islanzadi lui tendit alors une gourde de Faelnirv et lui remis une petite pile de parchemins reliés. Oromis expliqua :

- Voici les ouvrages dont je t'ai parlé, Eragon, tu y trouveras des informations intéressantes et la plupart des règles primaires de la grammarie.

Le jeune dragonnier les remercia une fois de plus et finit par s'en retourner auprès de Saphira. Il sauta prestement en selle et se retourna pour saluer leurs hôtes. Islanzadi lançait un regard douloureux en direction de sa fille et Oromis s'appuyait sur Glaedr qui dardait sur lui des yeux brillants d'intelligence.

« Bonne chance, et que la paix soit toujours à vos côtés. »

Saphira lança un grognement approbateur et tous les chevaux partirent au petit galop, poussant sur leurs jarrets en un roulement de bruit de sabot lourd, soulevant la neige et laissant de profondes empreintes. Un dernier regard fut jeté en direction du vieil elfe et la dragonne se jeta en avant et après quelques longues foulées, elle bondit dans les airs en s'appuyant puissamment sur ses articulations, bandant ses muscles puissants en poussant un rugissement de joie. Eragon sentit le vent glacé griffer son visage et ses doigts engourdis par le froid se crispèrent sur le cuir du devant de la selle. Sa cape derrière lui claqua dans l'air et ses yeux se plissèrent. Il tourna la tête pour regarder les chevaux qui galopait déjà à vive allure en dessous d'eux. Derrière eux, Islanzadi, Glaedr et Oromis les regardaient s'en aller. Eragon sentit que Saphira aussi sentait une pointe de tristesse pousser dans son cœur. Devant eux, le ciel s'ouvrit et la neige commença à tomber.

C'est ainsi qu'ils quittèrent Ellesmera.

Image :

d1(point)img(point)v4(point)skyrock(point)net/d1f/eragon-tome3-aternatif/pics/2365447379_1(point)jpg

Le vent sifflait à ses oreilles et ses doigts, bien que protégés par d'épais moufles, le picotaient tant ses mains étaient raidis sur le devant de la selle.

Devant lui, les écailles de Saphira se couvraient furtivement de flocons de plus en plus fins que le vent balayait rapidement d'une rafale capricieuse. La dragonne avait enfin retrouvé toutes ses forces et sa convalescence lui avait permis d'emmagasiner assez d'énergie pour leur long voyage et d'éventuels combats. Heureuse de pouvoir enfin voler, elle traversait avec passion l'air glacial, adaptant de temps à autre son gouvernail pour rectifier sa direction, inclinant ses ailes selon la direction à prendre.

Sous eux, légèrement devant pour ne pas les perdre de vue, cinq chevaux galopaient rapidement avec leurs cavaliers ou leurs paquetages excepté Folkvir qui suivait ses semblables pour servir de destrier au jeune dragonnier lorsque l'occasion se présenterait. De là où il était, Eragon n'entendait pas le bruit de cavalcade à cause du vent qui obstruait sournoisement ses oreilles, faisant siffler ses tympans. Mais il imaginait sans peine les puissants jarrets pousser la masse des chevaux, leurs muscles vigoureux se tendre et leurs sabots or et nuit s'enfoncer profondément dans la neige, la retournant en motte solide qui valdinguait ici et là. Leurs crinières volaient au grès du vent qui les frappait durement, la vitesse s'ajoutant à l'entraînant et dangereux ballet de ce dernier. Eragon voyait la cape émeraude d'Arya attachée à ses épaules sèches et musclées, l'étoffe sombre de celle de Roran qui claquait derrière lui et enfin celle de Vanir qui suivait le mouvement des autres.

Les chevaux creusaient l'immensité des pins recouverts d'un manteau blanc de leurs sabots fins et secs des profonds sillons mais le jeune dragonnier ne s'en inquiétait pas ; à la vitesse où la neige tombait, leurs traces seraient rapidement effacées, d'ici une heure tout au plus. Parfois, le groupe disparaissait dans les bois et Eragon ne gardait contact avec eux que grâce à sa capacité à repérer l'esprit de leurs compagnons, mais de plus en plus, la densité des arbres diminuait et le nombre de clairière augmentait ce qui lui permettait de garder un œil sur les cavaliers.

Bientôt, les pins se firent plus rares et les chevaux furent obligés de faire quelques détours pour ne plus croiser les bois denses qui les ralentissaient.

Eragon garda un contact permanent avec sa dragonne mais ils restèrent tout deux plongés dans leurs pensées respectives, chacun élaborant différents scénarios pour l'attaque de Helgrind avant de mettre en commun leurs idées.

Ils débouchèrent enfin sur une vaste plaine parsemée par de jeunes arbres et éloignés les uns des autres. Saphira pivota, sa gueule fendit l'air en lançant un rugissement avertisseur. Basculant sur le côté, elle changea de direction en perdant de l'altitude. Avançant ses serres ornées d'ivoire, ses ailes fouettèrent l'air à plusieurs reprises. La dragonne se posa, la neige crissant sous sa masse, et Eragon se retourna pour vérifier que leur compagnon de voyage les avaient repérés et couraient bien à leur rencontre.

Il sauta prestement au sol d'un bond souple et ouvrit une sacoche en cuir accroché sur la selle de Saphira. Le jeune dragonnier en sortit la carte de l'Alagaesia qu'il s'était lui-même confectionné et avança en direction des chevaux qui ralentissait leur allures pour bientôt s'arrêter devant lui.

Arya descendit légèrement de sa selle et Roran fit de même, un peu plus lourdement. Vanir resta à l'écart et les autres se rassemblèrent autour d'Eragon. Celui-ci déplia la carte contre un tronc d'arbre et déclara d'une voix haute et intelligible :

- Nous sommes ici, le DuWeldenvarden est déjà derrière nous. Helgrind se situe dans ces environs, nous n'avons pas le choix, il nous faut suivre la direction du sud, et longer le désert.

Roran demanda :

- Ne serait-il pas plus simple de traverser le Ramr ? Tu m'as dit que Saphira avait déjà réussit à vous faire traverser.

- Il serait risqué pour nous tous de prendre ce risque, les airs deviennent capricieux, Dragonnier. Déclara Vanir, resté quelques mètres plus loin.

Eragon acquiesça en silence mais au bout d'un moment, il s'écria :

- J'ai besoin d'un récipient.

Roran le dévisagea bizarrement mais il se releva rapidement et fouilla dans une poche de sa selle et tendit à Eragon un large plat bosselé en vieux métal.

- Merci.

Sans prendre le temps d'enlever ses gants troués, il se mit à genoux et rassembla une grosse poignée de neige qu'il déposa dans le récipient pour recommencer plusieurs fois le même mouvement. Quand il fut assez remplis, Eragon ôta d'une main tremblante la mitaine trempée et glaciale de sa main droite.

Il étendit sa paume au dessus des flocons entassés et murmura :

- Brisingr !

Une flamme bleue apparut sous sa main et frétilla au contact de la neige. La langue magique lécha les contours du plat et les poignées cotonneuses fondirent rapidement. Quand il enleva sa main, le large bol était remplit d'une eau fumant. Faisant appel à un soupçon d'énergie, il grogna :

- Draumr kopa.

Eragon ainsi que tous ses compagnons se baissèrent au dessus du récipient, un fleuve dont la berge était partiellement gelée apparut à la surface de l'eau.

- Voici le Ramr.

Saphira plongea ses pupilles azurs dans celles de son dragonnier :

« Je comprend ce que tu veux dire. »

Le jeune homme prit la parole et déclara à vois haute

- Dans quelques jours seulement, le Ramr sera entièrement gelé et nous pourrons alors traverser à pieds secs sans le moindre risque.

Il jeta un regard à Arya mais celle-ci resta de marbre puisqu'elle n'était pas concernée, Roran en revanche approuva cette itinéraire.

- Je vous quitterais à ce moment-là, déclara la princesse.

Eragon acquiesça en silence et après avoir jeté un coup d'œil rapide au soleil qui poursuivait sa course rapide, il acheva :

- Nous traverserons au Sud de Bullridge de manière à contourner Urû'baen en faisant un détour assez large.

Une fois qu'ils se furent tous mis d'accord, le groupe se remit en marche.

Des heures plus tard, l'esprit endormis d'Eragon fut frôlé par celui de sa dragonne qui lui glissa délicatement :

« J'ai prévenue Arya qu'ils pouvaient faire du feu, il n'y a personne dans les environs. »

Sortant de sa torpeur, le jeune dragonnier, plus frigorifié que jamais marmonna d'une bouche pâteuse :

- Quand est-ce que je me suis endormit ?

« Depuis un bon moment déjà. Ne t'inquiète pas, j'ai terminé, il n'y a pas âme qui vive dans les environs. »

En effet, de là où ils étaient, Eragon ne distinguait pas un esprit vivant.

« Depuis combien de temps fait-il nuit ? »

« A peut-près une heure. »

Achevant leur ronde de surveillance, Saphira referma ses ailes pour les étendre aux moments où elle atterrissait, écartant les flocons qui dansèrent autour d'elle en un ballet somptueux à lueur du foyer dressé pour l'occasion.

Ils s'approchèrent des flammes et Eragon s'assit au milieu d'eux.

Le repas fut servit et le jeune dragonnier découvrit de quoi se nourrissait les elfes pendant l'hiver où la verdure ce faisait rare. Une espèce de racine particulièrement claire à l'aspect dur cuisait, à moitié immergée dans l'eau bouillante d'une gamelle. Ils mangèrent en silence et Roran accepta sans rechigner ni faire de commentaire ce qu'on lui servait, preuve que sa fuite de Carvahall l'avait métamorphosé en être capable de s'adapter à n'importe qu'elle situation.

Pendant tout le repas Eragon fit part à son amie de ces interrogation à propos de Vanir, celui-ci mangeait en silence sans ce préoccuper le moins du monde du regard perçant du dragonnier.

Le jeune homme se contorsionna en arrière en s'appuyant sur sa dragonne afin d'atteindre les sacoches en cuir et en sortir les parchemins d'Oromis remis par la reine. Il les saisies et subjugué par leurs beautés, Eragon caressa de sa paume la magnifique reliure dorée et sentit sa Gedwëy ignasia le picoter légèrement.

La couverture représentait une dragonne d'un bleu tout simplement magnifique et la ressemblance avec Saphira était frappante, il mit plusieurs secondes à comprendre que la scène représentait son amie et lui en train d'étudier aux cotés de leurs maîtres et la transposition était tout simplement bouleversante. En une seule image soigneusement enluminée, Oromis avait réussit à capter un moment représentatif de tout un apprentissage auprès d'eux, la sérénité et l'unité peinte était poignante.

Eragon sentit son estomac se nouer et Saphira derrière lui resta silencieuse, observant de ces yeux de cobalt l'or et l'azur dominant l'œuvre qui s'agitait à la lueur du feu. Les doigts du dragonnier rencontrèrent la texture du parchemin et le dragonnier fut troublé lorsqu'il constata que les deux dragons avaient le même toucher que s'ils étaient réellement constitués d'écailles, idem pour le pin représenté dont il pouvait presque sentir les aiguilles.

Ils restèrent pendant de nombreuse minute à contempler la magnifique enluminure et leurs esprits s'emplirent de respect et de gratitude envers Oromis et Glaedr.

Au bout d'un certain temps, Eragon, poussé par un réflexe instinctif releva la tête. Il aperçue Vanir qui les observait en silence, une étrange lueur dans les yeux.