Coucou tout le monde! J'espère que vous allez tous bien et que vous profitez à fond de vos vacances! :)

Avant toute chose, je tiens à exprimer mon soutien pour les familles des victimes de l'attentat de Barcelone, pour les attaques en Allemagne et en Finlande. Il m'est tout bonnement impossible de comprendre comment les hommes peuvent faire preuve d'autant de violence, de haine, de stupidité,... Mais plutôt que de désespérer, restons forts et unis. Restons courageux. Courage à tous.

Je tenais aussi à vous remercier pour vos nombreux MPs et encouragements, ça me fait vraiment plaisir et ça me motive à fond! :') J'ai avancé autant que possible pendant mes vacances pour ainsi garder un rythme de publication mensuel (nouvelles études, nouvel horaire, nouvelle vie, nouveaux repères à prendre,... Ca risque de faire beaucoup haha) et ne pas être trop ennuyée par mes études ;D

Enjoy!


La nuit était à peine tombée sur le Sanctuaire que tous les apprentis du baraquement étaient tombés endormis comme des masses. Pas étonnant au vu de l'entrainement intensif qu'ils subissaient chaque jour qui passait. Mais alors que des ronflements et des soupirs épuisés commençaient à s'élever dans la pièce, une silhouette furtive se glissa dehors en refermant silencieusement la porte derrière elle.

Un sac contenant ses maigres affaires sur le dos, Mikhail inspira un court instant l'air de la nuit grecque une dernière fois avant de se mettre à trottiner en silence vers ce qu'il pensait être son billet de sortie. Hors de question d'attendre un an (minimum) à ne rien faire: il allait partir, s'entrainer lui-même, trouver ce Spectre au Danemark et venger Filipa. Il serra les poings en grinça des dents:

-Comment est-ce qu'ils ont pu croire que j'allais attendre tranquillement sans rien faire?! Non mais j'y crois pas: ils m'ont menti!

-Qu'est-ce que tu fais?

Mikhail sursauta violemment et se retourna d'un bond, les mains serrées sur son sac. Le coeur battant, il haussa les sourcils en reconnaissant la tignasse de feu de son interlocuteur. Malgré son regard légèrement intrigué, Liam avait l'air tout à fait éveillé au niveau de son intonation et de la vitalité silencieuse contenue dans chacun de ses gestes lents et maitrisés. Le Russe fronça les sourcils et cracha:

-Ca te regarde pas.

Liam pencha légèrement la tête sur le côté et fronça les sourcils:

-Tu n'as pas le droit de partir: tu ne peux pas leur faire ça.

Sa voix, d'ordinaire si posée et douce, était devenue un véritable feulement glacial, tellement inattendu que Mikhail sentit tous ses membres se figer sous le coup d'une peur teintée de surprise. Mais il se redressa bien vite, le visage déformé par une grimace de colère:

-Non mais tu te prends pour qui, le maigrichon?! T'as cru que tu pouvais me donner des ordres parce que t'es là depuis plus longtemps que moi? (Il se rapprocha dangereusement et darda un index menaçant sur la poitrine du jeune garçon, plus petit que lui de quelques centimètres, le faisant reculer d'un pas) Désolé de te décevoir, mais personne me donne d'ordres depuis que ma soeur est morte, ok? Alors maintenant, tu retournes te coucher et tu fais comme si tu m'avais pas vu, ça marche?

Contrairement à ce qu'il pensait, le visage de Liam ne fut pas traversé par une once de peur. Au contraire, une lueur farouche éclaira son regard ambré et il fit un pas en avant, faisant à son tour reculer le Russe:

-Tu ne me fais pas peur. Et tu ne peux pas non plus me dire ce que je dois faire: nous sommes tous frères ici, et je veux simplement t'aider et t'empêcher de faire une bêtise que tu vas assurément regretter.

Mikhail serra les dents, soutint une longue seconde le regard soudain brûlant de Liam, puis se détourna en crachant:

-Je m'en fous de ce que tu penses, de cet idéalisme pourri: je peux pas rester ici sans rien faire et laisser d'autres enfants se faire enrôler contre leur gré. (Un frisson de colère mêlée de dégoût secoua ses épaules, et une lueur meurtrière éclaira ses yeux clairs) Je peux pas laisser un truc aussi horrible se reproduire, je peux pas rester ici et attendre.

Il serra les poings, le coeur brûlant de colère, le visage ensanglanté de Filipa s'affichant une nouvelle fois dans son esprit:

-J'ai déjà trop perdu… Et j'ai une vengeance à accomplir.

Comme il faisait mine de s'éloigner, la main de Liam se posa soudain sur son épaule et l'arrêta presque:

-La vengeance n'est pas la solution, ni même une bonne motivation pour devenir un Chevalier d'Athéna.

Mikhail se dégagea brutalement et s'écria:

-Mais j'en ai rien à foutre de ce que tu penses! Et j'en ai rien à foutre d'Athéna et de ses Chevaliers à la con! Fous-moi la paix, merde!

-Sinon quoi?

-Sinon j'utilise mon cosmos pour te mettre hors d'état de nuire!

Malgré lui, Liam esquissa un léger sourire:

-Ca m'étonnerait.

-Tu veux parier?

Déjà, Mikhail avait laissé son sac glisser sur le sol et avait levé les poings, tentant de masquer sa légère inquiétude: à vrai dire, depuis l'horreur de cet incident en Russie, son cosmos ne s'était plus manifesté une seule fois. Mais, bien qu'il ne soit pas certain de pouvoir l'activer, il comptait sur la colère qui commençait à enfler dans sa poitrine pour servir de déclencheur.

Le jeune garçon aux cheveux rouges plia légèrement les jambes mais ne leva pas les bras, ne se mit pas en garde. A vrai dire, seul son visage, rieur la seconde d'avant, s'était fait soudain sérieux:

-Ca ne sert à rien, tu vas te faire du mal.

-Qu'est-ce que t'en sais?

-J'en sais que la colère n'est jamais un bon moteur.

-Parce que tu sais peut-être ce que je ressens? (Mikhail sentait l'adrénaline envahir ses membres, ses jambes se mettre à trembler) T'as perdu ta soeur et tes parents toi aussi?!

Un léger tic secoua la lèvre inférieure de Liam et le Russe sut que, contrairement à ce qu'il pensait, il avait fait mouche. Il se redressa légèrement, les lèvres entrouvertes sur des excuses muettes. Si bien qu'il ne put rien faire quand le jeune garçon lança sa jambe en avant, à un angle de presque cent quatre-vingt degrés, droit vers son visage.

Passa à quelques millimètres de son nez.

Surpris, Mikhail recula et trébucha avant de s'étaler de tout son long en poussant un hoquet étouffé:

-Mais t'es malade?

Il se tut: Liam se dressait au dessus de lui, droit dans la lumière de la lune qui éclairait ses yeux d'une lueur surnaturelle. Les sourcils froncés, le garçon aux cheveux rouges souffla:

-Je sais parfaitement ce que tu ressens, je sais ce que c'est que de perdre toute sa famille et d'être rongé par la haine. Mais je sais aussi que ça ne sert à rien, que la vengeance ne te mènera à rien d'autre qu'à ta propre perte. (Il poussa un soupir) Mais si c'est ce que tu veux, alors tu es libre de partir et de rejoindre un camp qui te convient mieux, un camp guidé par la haine et l'aveuglement. Mais alors tu ne vaudras pas mieux que ceux qui t'ont pris ta soeur puisque tu iras grossir leur propres rangs.

Malgré lui, malgré sa colère précédente et malgré son amour propre en miettes, Mikhail sentit son coeur se serrer. Au fond de lui, il savait que c'était vrai. Il savait que s'il faisait un pas de plus vers ce sombre chemin, il risquait de ne jamais pouvoir en sortir et d'être prisonnier de sa propre vengeance.

Liam s'accroupit face à lui, un triste sourire sur les lèvres:

-Tu vaux mieux que ça, toi que les deux plus grands hommes que je connaisse ont choisi de sauver. Tu dois être fort, être courageux.

Mikhail sentit sa vue se brouiller, superposant le visage de Filipa sur celui du garçon, sa voix se mêlant à la sienne:

-Sois courageux.

Il essuya rageusement la première larme, fit de même avec la deuxième,… Ne put empêcher les autres de rouler sur ses joues et se mordit la lèvre jusqu'au sang:

-Je ne peux pas… Je ne suis pas aussi fort qu'elle… Pas aussi fort que toi…

Il baissa la tête, à la fois de rage d'être aussi faible, mais aussi pour masquer ce visage ravagé aux yeux de celui qui l'avait fait tomber aussi facilement. Il n'avait qu'une seule envie: que Liam le laisse seul, que Filipa soit en vie et le serre contre lui, que ces cauchemars horribles cessent de l'empêcher de dormir,… Que tout ne soit qu'un rêve…

Un mouvement lui fit lever les yeux et il rencontra le visage souriant de Liam, un visage souriant et une main tendue:

-Je peux t'aider à le devenir. On ne devient pas fort par soi-même, il faut un petit coup de pouce.

Et malgré sa fierté, malgré sa douleur et sa détermination, Mikhail n'hésita qu'une seconde avant de saisir cette main qu'il lui tendait. Puis, sans qu'il comprenne qui avait réellement initié le geste (ou qui en avait le plus besoin), il se retrouva contre lui, les bras serrés autour de son dos comme d'une bouée. Et quand les battements du coeur de Liam résonnèrent à l'unisson avec les siens, il éclata en sanglot sans même s'en rendre compte:

-J'ai mal…

Liam le serra d'avantage contre lui et hocha la tête, les lèvres pincées:

-Je sais.

-Je veux que ça s'arrête… Je veux qu'elle soit là… Elle me manque tellement…

-Je sais… (Liam ferma les yeux) Et elle sera toujours avec toi, où que tu sois.

Mikhail ferma les yeux, laissant rouler ses larmes dans la nuque de son nouvel ami, puis un cri rauque s'échappa de ses lèvres ensanglantées.

Et dans ce cri résidait toute la souffrance du monde…

Il pleura longtemps, sans s'inquiéter de qui l'entendrait ou de ce que Liam penserait de lui. La douleur était si forte qu'il fallait qu'elle sorte. Encore un jour de plus, et il n'aurait plus su la contenir. Le jeune garçon aux cheveux rouges resta silencieux tout ce temps, se contentant de murmurer de vagues « ça va aller » de temps en temps. Et quand ses larmes se tarirent et que ses yeux furent rougis et gonflés, il se laissa mener par la main vers le baraquement par Liam, comme un fantôme. Vidé.

Accablé par le chagrin et l'épuisement, Mikhail, une fois allongé et enfoui sous ses couvertures, se tourna tout de même du côté du Grec et murmura d'une voix rendue rauque par les cris:

-Tu m'expliqueras un jour?

-Quoi ça?

-Pour ta famille, ta petite soeur.

Allongé de côté dans son lit et face à son nouveau voisin de chambrée, Liam hésita, manifestement mal à l'aise. Puis il croisa le regard ému et interrogateur de Mikhail et il esquissa un sourire en hochant la tête:

-Un jour, oui.

-Promis?

Le Russe lui tendit une main, et plus précisément son auriculaire, dans l'attente d'une réponse à ce geste significatif. Liam n'hésita pas une seconde et entremêla son doigt autour de celui de Mikhail:

-Promis.

Le Russe esquissa un sourire reconnaissant. Et même quand ils furent endormis tous les deux, leur mains ne se quittèrent pas, preuve de cette promesse et d'une nouvelle amitié.

$s$s$s$

-Par tous les Dieux de l'Olympe…

Soupira Dégel en s'empêchant de grincer des dents face à son reflet dans le miroir. L'air épuisé et éprouvé, les cheveux ébouriffés (bon, ok, ça n'était pas irrécupérable), la gorge parsemée de morsures et de traces mauveâtres qui s'étalaient jusqu'à son torse, épaules et poignets endoloris, marques mauves laissées par des liens improvisés sur lesdits poignets,… Il était vraiment dans un piteux état. Si bien qu'il hésitait même à sortir le nez de son temple avant que ces marques ne se soient effacées.

Il poussa un long soupir irrité et jeta un coup d'oeil incendiaire* par dessus son épaule, vers le lit entièrement défait et sur son occupant. Vautré de tout son long sur le ventre, les bras en étoiles et un air ravi masqué par un coussin, Kardia était l'image même du sommeil paisible. Tellement paisible comparé à celui qu'il était hier soir. Tellement ravi et faux que Dégel avait des envies de meurtre.

Il se détourna en fermant les yeux, se faisant violence pour ne pas chasser cet énergumène à grands coups de pieds dans le derrière. Il passa de l'eau sur son visage, tentant de chasser chaque brume du sommeil encore présente dans son cerveau, d'enfouir chaque pensée de cette nuit loin, loin dans sa mémoire, là où personne ne pourrait les trouver. Pas même lui, si possible.

Malgré lui, il dut porter la main à son front pour masquer la gêne sur son visage et la rougeur que prenaient ses joues comme il secouait la tête. Il ne parvenait pas à y croire. Il ne parvenait pas à croire qu'ils avaient fait de telles choses (tellement terribles pour certaines qu'il n'osait même pas y penser), mais pire: il ne parvenait pas à croire qu'il avait dit une chose pareille…

-Mais qu'est-ce qui m'a pris?

Quelle idée aussi de dire à un excité comme Kardia une phrase comme « tu pourras faire ce que tu veux de moi »… Dégel poussa un soupir ennuyé et nerveux à la fois. A vrai dire, il avait paniqué. Aussi étrange que cela puisse paraitre, lui aussi pouvait perdre pied une fois l'angoisse devenue trop forte. Et la simple idée, la simple pensée que Kardia puisse aller voir ailleurs et le laisser derrière lui était tout bonnement insupportable.

Il se détestait de penser une chose pareille, d'être aussi faible et dépendant d'une seule personne (et quelle personne, mes aïeux),… Mais aussi de sa propre hypocrisie.

Il se mordit la lèvre malgré lui au souvenir de cette nuit de trop passée avec Séraphina. Au souvenir de cette erreur qu'il ne parviendrait jamais à se pardonner, erreur que Kardia ne pardonnerait pas s'il en entendait seulement parler. Et égoïstement, Dégel refusait de permettre à son compagnon le même faux pas que lui. La simple idée qu'il puisse le tromper ou l'abandonner lui était insupportable.

Dégel poussa un soupir rieur malgré lui. Quelle ironie… C'était lui qui faisait l'erreur qu'il refusait de permettre à Kardia, même quand il en aurait eu le…

Il se secoua vivement: non mais, il n'avait pas du tout le droit de le tromper, même s'il n'avait pas plus envie que ça de plaisir charnel! Ce genre de chose ne se faisait pas dans un couple, ma parole!

Comme pour se forcer à changer de sujet, il s'aspergea de nouveau le visage d'eau: bon, penser à autre chose. S'occuper pour cette journée qui venait à peine de commencer.

Pendant un moment, il s'était dit qu'il pouvait aller superviser l'entrainement de leur deux protégés, mais il avait décidé d'éviter afin de ne pas mettre une pression inutile sur les épaules de Mikhail. Bien que, il devait l'admettre, il se demandait quels progrès Liam avait bien pu faire depuis leur départ pour la Russie. Quoiqu'encore relativement petit et maigre, le garçon aux cheveux rouge semblait clairement avoir grandi sur ces quelques mois. Petit à petit, de légers muscles se formaient, un regard concentré et attentif se mêlait avec cette lueur attentive et curieuse qui le caractérisait,…

Un élève sérieux et appliqué (qui plus est, possesseur d'un cosmos étonnamment puissant), le genre d'apprenti dont chaque Chevalier rêvait. Quand il y pensait, il se rendait bien compte de la chance qu'ils avaient eu de tomber sur Liam. D'autant plus qu'ils n'étaient pas censés prendre ce bateau à la base. Quel coup de chance.

A moins qu'il ne s'agisse d'un coup du destin? Bref.

Dégel termina d'essuyer son visage et enfila sa tunique, se demandant bien ce qu'il allait pouvoir faire pour profiter de ce qui serait sans doute sa seule matinée de repos avant une nouvelle mission ou autre.

Il décida de se rendre dans sa bibliothèque et de réfléchir à quel livre ne s'y trouvait pas encore: quitte à ne rien faire, autant en profiter et aller jeter un coup d'oeil à la petite librairie du village de Rodorio. Petite, certes, mais à ne pas sous-estimer. Il avait déjà trouvé là quelques petites merveilles (de littérature, de sciences, d'art ou autre) et éprouvait une certaine sympathie pour le propriétaire. Âgé, légèrement bourru mais gentil malgré tout, ce vieil homme grognon lui rappelait un peu son maître.

Dégel avait à peine commencé le tour de sa large collection qu'il sut immédiatement ce qui lui manquait: des ouvrages sur le Danemark. S'il voulait que l'affaire des enfants-Spectres avance, il fallait absolument qu'il se documente en attendant les rapports des Chevaliers envoyés sur place. Il lui fallait notamment apprendre les bases de la langue, de la culture, des coutumes et de la manière de penser de ce pays afin de se fondre au mieux dans la masse s'il devait s'y rendre.

Il rédigea une courte note pour laisser savoir à Kardia qu'il se rendait à Rodorio (plus pour éviter une crise que pour le tenir au courant) et quitta le temple, jetant un regard désespéré mais amusé à son frère d'armes, avachi dans le lit et imperturbable.

Sur le chemin, il en profita pour faire un détour par les arènes d'entrainement pour voir comment se débrouillaient leur protégés. Alors qu'il s'attendait à trouver Liam et Mikhail dans le même groupe, le Russe se trouvait dans celui de Yato, celui des débutants dont le cosmos était relativement faible. Dégel fronça les sourcils mais n'intervint pas, estimant que le Pope savait ce qu'il faisait. Quel gâchis de mettre Mikhail, avec le cosmos qu'il avait, dans un groupe aussi peu adapté à son véritable niveau.

Certes, son cosmos ne s'était plus manifesté depuis la mission et il n'avait jamais vraiment appris à se battre, mais de là à le mettre dans le dernier groupe, Dégel trouvait cette décision un peu exagérée. Peut-être devrait-il en parler au Pope? A moins que Kardia n'intègre Mikhail dans son « groupe » d'entrainement physique particulier avec Liam? Peut-être qu'alors il pourrait monter de niveau…

Bref, là n'était pas la question. Maintenant, il devait se concentrer sur le type de livre qu'il recherchait. Sans un regard en arrière, il se mit en route vers Rodorio, saluant ses frères d'armes au passage.

$s$s$s$

Quand Kardia ouvrit difficilement les yeux, son premier réflexe fut de grogner et de se retourner pour se dégager des rayons du soleil qui l'avaient grossièrement réveillé. Puis, comme il comprenait petit à petit qu'il ne parviendrait pas à se rendormir, il esquissa un sourire comme une idée germait dans son esprit encore embrumé. Pourquoi ne pas commencer la journée par un petit câlin? Juste se lover contre son glaçon préféré et…

Sans ouvrir les yeux, il fronça les sourcils et tâta le matelas à côté de lui, là où était censé se trouver Dégel. A moins qu'il ne l'ait fait tomber de son lit pendant la nuit? Nan, peu probable, il aurait eu droit à des réticences. Bon, de l'autre côté alors?

Nouveau demi-tour, nouveau « tâtement » du matelas, nouveau froncement de sourcils. Avant que Kardia ne se décide à ouvrir les yeux, interloqué:

-Bah, où est-ce qu'il est passé?

Après une minute d'hésitation, il finit par se redresser péniblement en poussant un grognement. Une main perdue dans les cheveux, il jeta un coup d'oeil autour de lui, à la recherche de Dégel et/ou de son cosmos. Et il n'était ni dans son temple, ni au Sanctuaire. Kardia allait se lever quand il remarqua un bout de papier sur la table de nuit. Et quand il vit que Dégel l'avait signé, il sentit son coeur se serrer dans sa poitrine:

-Oh putain, me dit pas qu'il a recommencé!

Il attrapa vivement la note, déjà prêt à s'énerver si le Verseau lui avait encore fait le coup de le laisser sur place comme un con pendant qu'il partait en mission… Mais il se détendit sensiblement et secoua la tête avec un sourire:

-Là je te reconnais bien.

Bon, s'il était simplement allé au village pour s'acheter quelques bouquins, alors il pouvait se préparer sans trop se presser. Il jeta un coup d'oeil au soleil, estima l'heure et haussa les épaules. Trop tard pour entraîner Liam et Mikhail aujourd'hui: il allait simplement aller rejoindre Dégel et l'attendre dans un bar du coin. Pour lui faire la surprise. Il lui devait bien ça après la merveilleuse nuit qu'ils avaient passée. Une sorte de ronronnement ravi lui échappa presque comme il se remémorait avec délectation leurs ébats, les progrès manifestes de son Dégel, ses propres désirs enfin assouvis,… Ah, vraiment, que du bonheur!

Il aspergea son visage d'eau claire, s'habilla vivement, attrapa une pomme dans la corbeille de fruits (et remercia mentalement les servantes du Sanctuaire qui avaient compris qu'elles pouvaient amener de ce merveilleux aliment chez Dégel aussi) et sortit du onzième temple en croquant dedans à pleine dents.

Bon, il allait d'abord jeter un coup d'oeil aux apprentis, juste pour voir comment Liam et Mikhail s'en tiraient:

-Je me demande s'ils s'entendent bien, ces deux-là.

Il étouffa un petit ricanement en imaginant Mikhail mordre la poussière de l'arène en combat singulier: ça lui ferait les pieds tiens! Et ça lui apprendrais à se foutre ouvertement de son supérieur! Mais alors qu'il s'attendait à le trouver dans un groupe (si pas le plus élevé) intermédiaire, il s'arrêta net quand il aperçut le Russe imiter des mouvements de défenses basiques avec les apprentis les plus faibles.

Kardia fronça les sourcils et balança le trognon de sa pomme par dessus son épaule avant de descendre les marches de l'arène, les poings serrés:

-Hé, c'est quoi ce bordel?

Le soldat responsable de l'entraînement se retourna et commença un « Qui est le con qui-… » avant de s'étrangler en reconnaissant son interlocuteur et de s'incliner vivement:

-Oh seigneur Kardia! Pardonnez-moi, je ne vous avais pas vu arri-…

-Ca va, ça va, gaspille pas ta salive. (Il désigna Mikhail de la main) Qu'est-ce qu'il fait là lui? Pourquoi il est pas dans le groupe au dessus?

Le soldat se retourna, reconnut le jeune garçon aux cheveux blancs et fronça un sourcil interloqué:

-Hé bien… Il a été assigné à ce groupe par le Grand Pope: après tout, ce n'est qu'un débutant. Il sait à peine se battre correctement et ne sait pas utiliser son cosmos.

Kardia fronça les sourcils et croisa les bras:

-Comment ça « il sait pas utiliser son cosmos »? Je suis pas complètement débile non plus, je sais bien qu'il en a un.

-Oh, je ne dis pas que vous avez tord, seigneur! (Balbutia le soldat, l'air paniqué) C'est juste qu'il ne sait pas encore le manifester clairement. Il en a un, c'est une certitude, mais pour l'instant, il ne sait pas s'en servir.

Kardia poussa un « Oh… » intrigué et se tourna de nouveau vers le Russe, l'air songeur: en effet, les capacités physiques de Mikhail pour les combats étaient entièrement à revoir. Les bases étaient mauvaises, les mouvements trop lents, les jambes trop proches et pas assez stables,… Rien n'allait dans sa posture. Ce qu'il ne comprenait pas, c'était pourquoi il ne manifestait pas son cosmos. Merde quoi, il était mille fois plus puissant que tous les élèves de son groupe, et il passait pour le plus nul d'entre tous!

Oh non! Il ne serait pas dit que Kardia du Scorpion et Dégel du Verseau avaient ramené un gamin inutile, à peine digne d'être un Chevalier d'Acier! Non, non, non! Il allait entrainer personnellement ce garnement et le faire réagir une bonne fois pour toute! Non mais, pour qui est-ce qu'il l'avait pris? Pour le dernier des cons, prêt à se faire arnaquer comme un vulgaire crétin?

Il observa Mikhail se démener, faire de son mieux, et se détourna en poussant un reniflement dédaigneux:

-Dès demain, aux heures de l'après-midi, vous me le laisserez. Je vais le faire réagir moi, vous allez voir.

-Bien sûr, à vos ordres.

Kardia se détourna et, sans un regard de plus pour le garçon aux cheveux blancs, s'en alla vers Rodorio d'un pas décidé**. Il fallait impérativement qu'il s'occupe de ce problème, qu'il le pousse à développer son cosmos et à ne pas le gâcher comme il était en train de le faire. Et il avait déjà un plan en tête: miser sur une rivalité « fraternelle » avec Liam dès demain lors de leur entrainement particulier. Hors de question de le laisser gaspiller un talent aussi rare, un cosmos aussi puissant. Il en faisait une affaire personnelle: Mikhail serait un grand Chevalier, tout comme Liam.

Mais d'abord, il avait un apéro à prendre et un certain Verseau à retrouver. Ce garnement pouvait bien attendre encore un jour et en profiter pour apprendre l'humilité.

Trouver la librairie ne lui prit pas vraiment de temps: l'échoppe avait toujours été à cette place et ne bougerait certainement pas avant des lustres. Un peu comme son propriétaire. Kardia avait l'impression de toujours l'air connu vieux et rabougri. Il s'approcha d'une petite fenêtre et mit ses mains de telle manière qu'il pouvait voir un peu mieux à l'intérieur. Comme il le pensait, Dégel était carrément en train de trier une pile de livres, les lunettes sur son nez et les sourcils légèrement froncés, prenant quelques notes de temps en temps.

Kardia ne put s'empêcher d'esquisser un sourire amusé et il résista à l'envie d'adresser un message mental à son compagnon. Autant le laisser se concentrer et lui faire une surprise… A moins qu'il n'ait déjà senti son cosmos ou (ce qui ne l'étonnerait pas) même sa présence. Comme s'il avait lu dans ses pensées (ce qui n'était pas impossible), Dégel leva soudain les yeux et haussa gracieusement un sourcil sur son front. Pas besoin de parler pour parfaitement comprendre l'interrogation muette dans son regard.

Le Scorpion lui adressa un petit signe et désigna le bas de la rue avant de mimer un verre bu cul-sec. Dégel leva les yeux au ciel lui hocha la tête en le chassant d'un mouvement de la main:

-Je n'aurai pas fini avant une bonne heure.

-Pas de soucis, j'ai tout mon temps.

Dégel lui adressa un regard entendu et se replongea immédiatement dans sa documentation. Kardia poussa un soupir amusé et, les mains dans les poches, se dirigea vers la petite taverne du village. Vu la douce chaleur qui régnait en ce début d'après-midi, la porte était ouverte et un drap flottait dans la brise tiède. D'un pas décidé, le Scorpion s'engouffra dans la taverne, soulevant le drap au dessus de sa tête.

La salle était presque vide. Hormis quelques vieillards habitués dans la table du coin, il n'y avait qu'une ou deux personnes. Pile le calme dont Kardia avait besoin pour faire le point sur la situation de Mikhail, sa relation avec Dégel et sur la manière dont ils allaient régler cette mission au Danemark. Parce que oui, il comptait bien se rendre sur place lui-même.

Note mentale pour plus tard: faire comprendre à Sasha que cette mission devait leur être confiée.

Et tant qu'il y était, à profiter de son jour de repos, peut-être faire le point sur son aventure avec Calvera.

Kardia ne put s'empêcher de grimacer rien qu'à cette idée. Plus le temps passait, plus il se disait qu'il ferait mieux de tenir Dégel au courant. Plus il attendait, plus il risquait de le faire souffrir quand ce secret de merde serait révélé malgré lui. Parce que, n'allons pas nous mentir, Kardia n'était pas complètement stupide, il savait très bien que, tôt ou tard, le Verseau finirait par apprendre l'existence de Calvera. Et donc ce qui était arrivé lors de cette dernière nuit au Mexique…

Il s'accouda au comptoir en retenant un soupir las:

-Un verre d'ouzo.

Le vieux serveur écarquilla les yeux lorsqu'il sortit de sa bourse un écu marqué du sceau du Sanctuaire, et il secoua vivement les mains:

-Laissez, seigneur Chevalier! Je vous l'offre, nous devons bien ça à nos protecteurs!

Kardia haussa les sourcils puis sourit franchement et rangea sa bourse, ravi:

-Puisque vous insistez!

-J'insiste, j'insiste!

L'homme semblait absolument ravi d'avoir l'honneur de servir un Chevalier, et pas n'importe lequel, et ne se rendait certainement pas compte de l'identité précise de son client. Chevalier d'Or, ça, il devait s'en douter au vu de la couleur des pièces. Mais de là à savoir lequel… Non, vu la lueur d'admiration dans ses yeux, Kardia en doutait franchement. Mais pour une fois, il décida de s'en foutre et de laisser couler. Il haussa les épaules et se laissa tomber sur une chaise haute du bar même, son verre d'ouzo à la main. Comme quoi, c'était pas plus mal d'avoir un peu d' « intimité » et de ne pas être précisément reconnu.

Comme il trempait ses lèvres dans son verre, une voix embrumée le fit se retourner vers une table proche de la fenêtre:

-Gamin, t'es un Chevalier d'Or?

Kardia plissa les yeux: l'homme avait des cheveux mi-longs d'un bleu très foncé. Sans doute due à la crasse au vu de l'aspect général de ce qui semblait être l'ivrogne du coin. Le visage à moitié enfoui dans ses bras croisés, l'homme le regardait avec des yeux vitreux presque entièrement masqués par de longues mèches de cheveux.

Le Grec poussa un reniflement fier et haussa les épaules en bombant le torse:

-Ouais, et pas des moindres!

L'homme releva légèrement la tête, laissant dévoiler une barbe drue et un sourire amusé:

-Tu dois bien gagner ta vie alors?

-T'imagines même pas l'arnaque. A peine de quoi vivre, heureusement que quelques braves types reconnaissent notre boulot.

Ricana-t-il en désignant le serveur de son verre et en lui adressant un hochement de tête. Le vieux serveur s'inclina légèrement avant de fusiller discrètement l'autre client du regard, comme pour lui reprocher de faire perdre son temps à un homme aussi grand qu'un Chevalier d'Or. Mais l'ivrogne ne sembla pas s'en rendre compte (ou bien l'ignora avec brio) et continua:

-T'en profiterais pas pour offrir un verre à un vieil homme?

Kardia lui jeta un regard dédaigneux:

-Gros, t'as max cinquante ans, t'es pas vieux.

-Ca te va si je me dis juste « ton aîné »?

-Sans vouloir te vexer, je crois que t'es assez loin comme ça.

-Alleez, juste un.

-Oh putain mais t'es chiant toi!

-C'est mon métier de faire chier les gens.

-Ouais bah t'es super efficace dans ton genre!

Ils se regardèrent dans le blanc des yeux pendant un longue seconde, en silence. Puis, comme un drôle de noeud nouait le ventre de Kardia, l'homme sourit:

-Et mon verre sinon?

Après un léger silence, amusé malgré lui, Kardia éclata de rire et se tourna vers le bar:

-Allez, t'as gagné: tu l'auras ton verre, l'ancien.

Et comme il se retournait pour demander un verre au propriétaire, l'homme plissa légèrement les yeux, comme s'il réfléchissait. Comme si cette intonation lui avait rappelé quelque chose… Il écarquilla soudain les yeux et se redressa légèrement, la bouche entrouverte. Non, c'était juste impossible. Ca ne pouvait pas être…:

-De l'ouzo, ça te va l'ivrogne?

Long silence, comme si l'homme ne parvenait pas à trouver ses mots. Puis il esquissa un sourire étrange, inqualifiable. Ni tout à fait attendri, ni tout à fait mauvais:

-C'est parfait.

-Alors ça sera de l'ouzo.

Kardia déposa le verre sur la table et, comme il faisait mine de se détourner pour retourner s'assoir, l'homme se redressa et plongea ses yeux noirs dans les siens:

-T'as pas envie de papoter un peu?

Kardia hésita, étrangement mal à l'aise face au regard si sombre de cet homme qui lui rappelait vaguement quelqu'un sans qu'il parvienne à remettre le doigt dessus avec précision. Mais, comme il jetait un regard dehors et n'apercevait toujours pas Dégel, il haussa les épaules et tira une chaise pour s'y vautrer en grommelant:

-Allez, mais deux minutes alors. J'ai des trucs à faire et un ami à ne pas faire trop attendre.

L'homme le regarda avec un léger sourire, presque amusé, et une étrange lueur de fierté dans les yeux. Fierté mêlée de ruse mauvaise qui mettait Kardia étrangement mal à l'aise. Quelque chose chez cet homme ne lui plaisait pas, alors que, d'un autre côté, ils étaient sur une « même longueur d'ondes ». Il ne parvenait pas à le saisir parfaitement.

-Parle-moi un peu de toi, gamin.

-Genre ma vie t'intéresse? Ta vraiment rien de mieux à foutre?

-Pas depuis longtemps, non.

-Une femme et des enfants à nourrir, non?

L'homme se tendit légèrement et fronça les sourcils en baissant la tête dans son verre, soudain très sombre:

-Non, pas depuis longtemps.

-Si t'es pas prêt à parler, faut pas engager la conversation hein.

-J'ai pas envie de parler de moi. (L'homme sembla faire un effort et esquissa un sourire avant de baisser la tête) J'ai envie d'en savoir plus sur toi.

-On se connait même pas, t'es vraiment spécial comme type!

-Ouais, ça on me le dit souvent aussi.

-Avoue que y'a de quoi, t'es assez particulier quand même.

L'homme rit doucement mais ne répondit pas, laissant planer un court silence entre eux. Juste ce qu'il fallait pour que Kardia plisse les yeux:

-On se serait pas déjà croisés?

Une étrange lueur éclaira furtivement les yeux si sombres de l'homme quand il répondit d'une voix basse et mystérieuse:

-Ca dépend. Je te rappelle quelqu'un?

Kardia fronça légèrement les sourcils, fouillant dans ses souvenirs à Rodorio, au village voisin,… Il était certain que cet homme ne lui était pas totalement inconnu. Il parvenait presque à percevoir sa silhouette dans sa mémoire, mais à chaque fois qu'il avait la réponse sur le bout de la langue, c'était comme si un voile l'empêchait d'approcher et de savoir avec précision. Ce qui lui plaisait encore moins que cette incapacité à mettre le doigt sur l'identité de ce type, c'était l'étrange noeud qui venait de lui nouer l'estomac. Comme… Presque de la peur.

Méfiance inquiète mêlée de soudaine colère.

-Pas spécialement.

Mentit Kardia en haussant les épaules et en buvant son verre d'une traite, sans un regard de plus pour cet homme si étrange. Pas découragé pour autant, l'ivrogne continua, comme si le Scorpion ne lui avait jamais répondu sèchement:

-T'as quel âge, gamin?

Kardia fronça un sourcil:

-Bientôt dix-neuf ans, plus vraiment un gamin.

-Marrant, tu fais plus jeune.

-Ouais, on me le dit souvent.

Soupira-t-il avec un soupir en repensant au nombre de fois que Dégel l'avait traité d'immature.

-Et t'es Chevalier depuis combien de temps maintenant?

-Plus ou moins quatre ans.

C'était étrange, il avait l'impression que ça faisait bien plus longtemps que ça. Incroyable comme le temps passait vite! Attendez un instant, ça voulait dire que ça faisait un peu moins de quatre ans qu'il était avec Dégel? Ca alors, il ne s'en remettait pas!

Il fronça les sourcils: attendez encore, ça voulait dire que ça faisait presque quatre ans qu'il attendait que cette foutue Guerre Sainte commence? Non mais ça c'était la meilleure, quand est-ce qu'elle allait daigner se manifester un peu plus clairement?! Ok, les Spectres faisaient de plus en plus d'apparitions, manigançaient de plus en plus de plans tordus, mais ça n'était pas encore la Guerre Guerre telle qu'il l'attendait et l'imaginait. Merde, il avait pas signé pour ça!

Comme il grommelait vaguement des remarques silencieuses, l'homme continua:

-Et avant ça?

-Avant quoi?

-Avant de devenir Chevalier d'Or.

-Bah j'étais apprenti tiens.

-Non, je veux dire, avant ça.

Kardia sentit son coeur se serrer légèrement et il gronda:

-Pourquoi ça t'intéresse?

-Pourquoi pas? T'as des choses à cacher?

-Contente-toi de cuver l'alcool dans ton sang et lâche-moi, ok? Et puis, tu sais quoi? T'es tellement loin que t'as réussi à me saouler moi. Je me casse.

Mais, pile comme il se levait, il croisa plus précisément le regard de l'homme et se figea soudain, les yeux écarquillés:

-T'as vraiment pas changé: tu es toujours aussi pénible, gamin.

L'homme avait esquissé un léger sourire nostalgique, un sourire tendre et presque ému. Et pourtant, derrière cette émotion évidente, Kardia ne ressentait que de la violence, de l'animosité. Il y avait tant de sous-entendus dans ce dernier mot, dans ce regard, dans chaque mouvement qu'il faisait. Tant de choses qui ne lui rappelaient que de mauvais souvenirs, une certaine cicatrice à l'épaule,…

Son sang ne fit qu'un tour: son poing vola avant même qu'il n'ait eu le temps de penser à l'arrêter, allant agripper violemment le col de la chemise crasseuse de l'homme. Sa chaise valsa en arrière comme il se mettait brusquement debout et il souleva l'homme à quelques centimètres du sol, les yeux exorbités et le sang pulsant dans ses tympans.

Le propriétaire poussa une exclamation surprise et leur intima de cesser, mais Kardia ne l'entendit même pas. Il ne voyait plus que cet homme et ce sourire mauvais, cet homme et cette terrible lueur orangée dans ses yeux si sombres. Ce-dernier ne semblait pas se rendre compte du danger qu'il courait, se permettant même un feulement mauvais:

-C'était donc ici que tu te planquais?

-La ferme. J'ai aucun compte à te rendre, salopard.

-Ah non? Depuis quand les gosses ne doivent plus le respect à leurs parents, hein?

-Ta gueule. Je te jure que si tu l'ouvres encore, je te tue.

L'homme eut un petit rire mauvais:

-Le portrait craché de son paternel.

Un nerf pulsant sur son front, Kardia leva le poing, s'empêchant de sortir l'aiguille écarlate tout de suite. Ce connard devait souffrir, il devait d'abord se défouler un maximum avant de l'achever et de…

-Kardia, ça suffit!

Le Grec sursauta quand une main glacée agrippa son avant-bras et il se retourna vivement, les yeux exorbités. Puis se détendit imperceptiblement quand il reconnut l'améthyste des yeux de son frère d'armes:

-Dégel?

Le Verseau avait les sourcils froncés, comme s'il était perturbé par le comportement de son compagnon:

-Je t'ai appelé mais tu n'as pas répondu, alors je suis venu te chercher. (Il jeta un oeil mi-intrigué mi-dédaigneux à l'homme aux cheveux sombres qui ne quittait pas Kardia des yeux) Excusez le comportement de mon ami: cela ne se reproduira plus.

Il plissa les yeux, droit dans cette attitude glaciale qui faisait taire n'importe qui, et Kardia se rendit compte qu'il avait gardé une main rassurante et protectrice sur son épaule, comme pour le soutenir. Marquer son appui. Avait-il vu dans son esprit qui cet homme devait être? Avait-il comprit la raison de sa rage?

L'homme daigna délaisser Kardia un instant pour darder un regard flamboyant sur Dégel:

-Aucun problème. (Il se tourna de nouveau vers le Scorpion et plissa les yeux) C'est dans sa nature.

-Espèce de sale…

Le Grec manqua de se dégager de la poigne de Dégel, mais le Verseau le retint du mieux qu'il pouvait, le forçant à lâcher le col de l'homme aux yeux noirs:

-Arrête bon sang! Regarde un peu le bazar que tu causes!

-Lâche-moi bordel, je vais le tuer!

-Il n'en vaut même pas la peine.

Kardia sembla sur le point de dire quelque chose, mais Dégel l'attira avec lui vers la sortie, sans quitter l'homme des yeux, un air sombre sur le visage:

-Je vous conseille de quitter ce village. Bonne journée.

L'homme ne daigna pas répondre, se contentant de lever son verre en direction du Scorpion, comme pour le remercier encore une fois de le lui avoir payé. Dégel, sentait son compagnon se tendre brusquement, n'attendit même pas qu'il réponde à la provocation manifeste, le poussant vers la sortie pour l'en dissuader:

-Désolé pour le dérangement.

S'excusa-t-il auprès du propriétaire en déposant deux écus sur la table. Puis, sans un regard en arrière, ils sortirent. Une fois dehors, après avoir fait quelques pas, le Français demanda, intrigué mais quasi certain de l'identité de cet homme:

-Qui était-ce? Une connaissance?

-Pourquoi tu demandes si tu le sais déjà?

Il baissa les yeux et haussa un sourcil: les poings serrés à s'en faire craquer les jointures, le visage hésitant entre le livide et le cramoisi d'une colère dont il ne comprenait pas la cause, les dents serrées, les épaules de Kardia étaient légèrement tremblantes. Même après ces années passées ensembles, Dégel ne l'avait jamais vu dans un tel état, entre terreur et rage vengeresse. Jamais il n'avait vu autant de peur dans les yeux de son frère d'armes.

-Est-ce que ça va?

-Ca va, laisse-moi!

Gronda Kardia en se dégageant violemment et en prenant plusieurs pas d'avance, les poings enfoncés dans les poches de son pantalon. Dégel décida de ne pas le rattraper, se contentant de suivre discrètement le flot de pensées qui secouaient le crâne du Scorpion, au moins pour avoir quelques éléments de réponse.

Il semblait tellement secoué que Dégel ne parvenait pas à saisir des phrases complètes, juste des images et des sensations. Beaucoup de colère, énormément de rancoeur, mais surtout une peur presque oubliée qui lui nouait les entrailles. A tout cela était associée l'image de l'homme, plus jeune, qui semblait étonnamment plus grand (était-ce une déformation de ses souvenirs à cause du temps qui avait passé?), qui levait la main sur lui. Répétait les mêmes gestes avec une bouteille ou une ceinture. Le chassait de chez lui pendant des jours, l'envoyait chercher de l'alcool,…

Et pleurait parfois un nom qu'il ne parvenait pas à saisir.

Le Verseau se mordilla la lèvre inférieure et ajusta la lanière du sac en bandoulière qui contenait notes et bouquins. Bon, s'il comprenait bien, cet homme était une personne que Kardia connaissait depuis longtemps, voire même depuis toujours. Et cette personne, malgré sa colère rageuse, le terrifiait encore.

Il ne le forcerait pas à en parler, mais il pensait bien avoir déjà compris de qui il s'agissait. Sans doute ce fameux père dont il n'avait parlé qu'une seule fois avec un détachement feint. ***

Comme s'il avait compris que Dégel suivait ses pensées en direct, Kardia, après s'être engagé dans une ruelle servant de raccourci, s'arrêta soudain et envoya son poing serré contre un mur:

-Bordel!

Dégel sursauta violemment puis se reprit:

-Bon sang, calme-toi! Ce pauvre mur ne t'a rien fait!

-Mais lui, si! Et j'aurais enfin pu lui éclater la gueule si tu m'en avais pas empêché!

S'écria Kardia en désignant la rue principale du bras. Le Verseau n'hésita pas avant de répondre, les sourcils froncés:

-Je t'ai sauvé la mise, au cas où tu ne t'en rendrais pas compte. Que penses-tu que le Grand Pope aurait fait de toi si tu avais tué un civil sans raison apparente?

-Je m'en contrefous de ce qu'il aurait fait! T'avais pas le droit de m'en empêcher!

-Non, mais je n'avais pas le droit de te regarder ruiner ta carrière de Chevalier d'Or. C'est ça que tu voulais? Avoir fait tout ça pour rien?

-Non mais…

-Non mais rien du tout. Maintenant pour une fois, c'est moi qui parles et toi qui écoutes, ok?

De surprise, Kardia se tut, comme s'il était choqué que Dégel hausse soudain le ton. Il crut qu'il allait s'énerver à son tour, mais il parvint étonnamment à se contrôler, à concentrer sa colère uniquement sur cet homme et non pas sur Dégel qui venait de lui sauver la mise, une fois encore:

-Je sais, enfin, je crois savoir tout ce que cet homme t'a fait subir. Pardonne-moi l'expression, mais c'était un salopard.

Malgré sa colère, Kardia ne put s'empêcher d'esquisser un léger sourire amusé:

-C'est rare d'entendre ce genre d'expression dans ta bouche.

-Ca c'est parce que je passe trop de temps avec toi, ça déteint sur moi. Bref, je sais à quel point tu le hais et je comprends que tu veuilles lui faire payer, mais réfléchis bien: est-ce que ce type en vaut la peine? Est-ce qu'il mérite que tu lui accordes autant d'attention? Est-ce qu'il mérite vraiment que tu mettes ton avenir de Chevalier en danger? (Il leva la main comme Kardia faisait mine de répondre) Attends, réfléchis deux minutes avant de me répondre, pèse le pour et le contre par toi-même.

Le Scorpion poussa un long soupir, incapable de désserrer les poings et de calmer entièrement les battements de son coeur:

-Je comprends que tu fais ça pour m'aider, mais t'avais pas à intervenir.

-Bien sûr que si: tu l'aurais tué, je te connais.

-J'aurais enfin pu lui faire payer une bonne fois pour toute: t'avais pas le droit de m'ôter ce plaisir.

-Donc, selon toi, ce type en vaut plus la peine que ton rêve de combat glorieux pendant la Guerre Sainte? Tu me déçois un peu sur ce coup.

Kardia fronça dangereusement les sourcils:

-J'en ai rien à battre de ce que tu penses: j'aurais pu lui éclater sa tronche, juste ce qu'il fallait, et reprendre ma vie de Chevalier d'Or comme si de rien était, sauf que je me serais senti mieux.

-Tu n'aurais pas pu rester dans nos rangs, pas avec un civil blessé sans raison directe.

-Sans raison directe?! (S'écria Kardia en faisant un pas en avant) Il m'a frappé pendant des années putain, c'est pas assez direct comme raison?!

-Je ne pense pas que le Pope accepterait: c'est du passé, Kardia, tu dois t'en détacher maintenant.

-M'en détacher, non mais tu t'entends parler? Comment tu veux que je me « détache » de ça? C'est à cause de lui que je suis comme je suis, tu piges pas?

-Bien sur que non, tu as décidé toi-même de qui tu es à présent, un Chevalier d'Or d'Athéna.

-Je te croyais plus psychologue que ça Dégel, franchement!

Le Verseau poussa un léger soupir avant de baisser le ton:

-Ecoute, je ne nie pas ta souffrance et ta colère, je les comprends parfaitement. Mais si tu ne veux pas mettre ton avenir de Chevalier en péril, tu ne dois surtout pas poser la main sur lui. Je ne te dis pas d'oublier, ça serait impossible, mais d'avancer sans te laisser empoisonner par ça.

Kardia lui jeta un regard incendiaire:

-Comment est-ce que tu pourrais comprendre? Tu sais pas ce que c'est de vivre dans un état d'inquiétude permanent! Je compte pas le nombre de fois que j'ai passé la nuit dehors avec le corps en sang! Et attends, t'as un peu suivi, tu sais qu'il me battait, mais tu sais pas tout ce qu'il a fait! Tu sais comment il faisait pour avoir des réductions au bordel quand il avait plu un rond parce qu'il m'avait tout fait dépenser en alcool?

Dégel pinça les lèvres et secoua lentement la tête, la gorge serrée:

-Il m'emmenait avec lui pour attendrir les femmes de là-bas! J'avais cinq ans et j'étais dans un bordel, putain! Il me tirait de ma paillasse au beau milieu de la nuit et je la terminais sur les canapés d'un putain de bordel! Et tu sais le pire? C'est que là au moins j'avais à manger et un semblant d'attention!

Kardia passa une main tremblante de rage sur son visage, incapable de se calmer. Dégel déglutit difficilement, le coeur au bord des lèvres. Il savait que son compagnon n'avait pas eu une enfance facile, son manque d'explications en était la preuve, mais il n'aurait jamais osé imaginer ce genre de choses. Quel père faisait cela à ses enfants? Qui pouvait être à ce point monstrueux sans être un Spectre ou autre? Le genre humain était-il donc condamné à cette bestialité que même certains animaux ne reproduisaient pas entre eux? N'y avait-il aucun espoir?

Il inspira profondément et fit un pas en avant pour poser une main rassurante sur l'épaule de Kardia:

-Je n'ose pas imaginer tout ce qu'il t'a fait vivre, je peux à peine percevoir l'immensité de la rancoeur et de la colère que tu dois nourrir envers lui. Mais je t'en prie, essaye de me comprendre: au contraire de lui, ce que j'ai fait, je l'ai fait pour t'aider, parce que je… (Il hésita et baissa les yeux, cherchant ses mots sans parvenir à être aussi direct qu'il ne l'aurait voulu. Puis, comme il jugeait ce moment important, il encadra le visage brulant de Kardia de ses mains) Parce que moi je tiens à toi et je veux le meilleur pour toi. Alors je ne te demande pas de me pardonner tout de suite, juste de me faire confiance.

Le Scorpion sembla surpris, assez pour écarquiller les yeux et les relever vers le regard améthyste de Dégel. Il y eut un court silence, brisé par un soupir:

-Quoi?

-Je te demande de me faire confiance.

-Non, avant ça. T'as dit quoi?

Les mots semblaient murmurés, simplement adressés à lui, teintés d'un espoir surpris non feint. Dégel s'empêcha de lever les yeux au ciel: si Kardia n'avait pas eu l'air aussi surpris, il aurait refusé de répéter, jugeant que le Grec se contentait de jouer avec ses pieds une fois de plus. Il hésita une demi seconde puis répéta, sans quitter son compagnon des yeux:

-Je tiens à toi. Et je ne veux pas que tu ruines ton avenir pour ce salopard. D'accord?

Le visage de Kardia s'illumina d'un sourire sincèrement reconnaissant et ravi, et, mimant la position de Dégel, ses mains brulantes virent encadrer son visage:

-Tu le penses vraiment?

-Bien sûr. Et je sais ce qui est mieux pour toi, alors je te demande de me faire confiance sur ce coup, d'accord?

Kardia hocha lentement la tête et, malgré lui et malgré son énervement de ce matin, Dégel était presque attendri par l'air rempli d'espoir et rassuré de son frère d'armes, comme s'il entendait enfin les paroles qu'un parent (ou qu'une personne aimée) aurait dû lui transmettre longtemps auparavant. Le sourire du Scorpion se teinta de reconnaissance quand il souffla:

-Merci.

Dégel haussa les épaules:

-C'est normal.

La question mentale l'effleura à peine qu'il esquissait une mimique entre amusée et lasse, et il poussa un soupir:

-Allez, va pour cette fois.

Le visage encore légèrement hésitant de Kardia se métamorphosa littéralement et s'illumina à cette approbation. Et la seconde d'après, il plaquait ses lèvres sur les siennes, avec une douceur calculée qui se transforma bien vite en passion, véritable défouloir de sa colère passée.Dégel prit sur lui pendant tout le temps que dura leur baiser, conscient que le Grec faisait, de son côté, un véritable effort pour ne pas retourner dans cette taverne pour faire payer à son géniteur le mal qu'il lui avait fait.

Mais quand une main audacieuse glissa le long de son dos, un peu trop bas et trop vite d'ailleurs, il recula la tête, un air réprobateur sur le visage:

-Qu'est-ce que tu fais là?

L'air parfaitement innocent de Kardia lui donna envie de le gifler tellement il était faux:

-Rien du tout.

-Ha non? Et ta main sur le bas de mon dos?

-Je ne vois pas du tout de quoi tu es en train de parler.

-Et tu dis ça avec tellement d'assurance…

Le visage du Scorpion s'illumina d'un large sourire quand il le serra plus franchement contre lui et susurra:

-Ca te dit de continuer ça chez moi? Appartement lumineux avec vue sur le Sanctuaire d'Athéna, ça te tente?

-A entendre ta description des lieux j'ai l'impression qu'on pourrait être voisins éloignés.

-Ca veut dire oui?

-Ca veut dire: « tu n'en as pas eu assez hier soir? ». (Regard réprobateur à l'appui, il continua en se dégageant) J'ai des bleus, des marques diverses et variées un peu partout sur le corps, je pense que j'ai droit à quelques jours d'abstinence.

Kardia leva les yeux au ciel:

-Roh ça va, fais pas ta chochotte, c'était pas si violent que ça!

-Quand on sera rentrés je te montrerai mes poignets.

Soupira Dégel en se mettant en route sans autre forme de procès. En effet, Kardia venait de remarquer que son frère d'armes portait des protections de poignets, sans doute pour cacher lesdites marques dont il parlait. Il esquissa un sourire intéressé et le rattrapa en insinuant:

-Tu me montreras les autres aussi?

-Oh pitié pourquoi moi…

Mais malgré lui, Dégel était rassuré d'avoir pu détourner Kardia de son objectif premier. De le revoir sourire, d'être de nouveau le Kardia qu'il connaissait. Un petit sacrifice qui en valait la peine pour épargner et sauver son compagnon, non?

$s$s$s$

La nuit était tombée depuis longtemps déjà quand Cosimo trébucha difficilement hors de la taverne en grommelant des insultes dans sa barbe. Il passa une main lasse dans ses cheveux bleus sombres mi-longs, l'esprit embrouillé par les incalculables verres qu'il avait englouti durant cette journée. Il tituba un instant avant de rétablir son équilibre pourtant précaire.

Il parvenait à peine à y croire: après autant d'années sans nouvelles et sans y penser, voilà qu'il retombait par pur hasard sur son mioche. Et contrairement à ce qu'il pensait, il n'était pas en aussi mauvais état qu'il ne l'aurait cru au vu de sa maladie. Non, voilà que ce putain de garnement était en meilleure forme que jamais, et était devenu un Chevalier d'Or. Rien que ça.

Cosimo ne put s'empêcher d'esquisser un sourire mauvais: avec un peut de chance (et de temps à laisser passer) il pourrait peut-être arriver à extorquer un peu d'argent à ce gamin. Il fallait d'abord laisser le temps à sa colère de se calmer, puis il ferait une nouvelle apparition, plus subtile. Et peut-être qu'il saurait tirer son épingle du jeu. Qui sait, peut-être même carrément améliorer sa situation!

Comme il s'était engagé dans une rue perpendiculaire, un pressentiment, une soudaine impression de danger mortel, le fit s'arrêter. Soudain très lucide, le coeur battant et un noeud au ventre, Cosimo se retourna en grognant, autant pour se rassurer que pour décourager celui qui le suivait:

-Qui est là?

Mais dans la ruelle derrière lui, il n'y avait personne. Juste un soudain silence tout sauf naturel. Il fit un pas en avant avant de se retourner de nouveau… Il était seul. Et pourtant, jamais il ne s'était senti autant en danger qu'à cet instant. Il fronça les sourcils:

-Montre-toi si t'es…

Sa voix s'étrangla dans sa gorge quand une main glacée l'agrippa par la nuque pour lui exploser le visage contre le mur de briques avec un bruit mat. Son cri de souffrance fut étouffé par le sang qui vint rouler dans sa bouche. Dès que la main quitta sa nuque, Cosimo tomba en arrière, le nez en sang et les mains pressées sur son visage douloureux:

-Putain, mais t'es malade?!

Beugla-t-il en levant les yeux vers son agresseur. Mais il se liquéfia soudain quand la lune engloba la silhouette du jeune homme qui lui face, éclairant ses yeux d'une lueur meurtrière. Impossible de se méprendre, ça ne pouvait être que lui. Cosimo ne put s'empêcher de faire un mouvement précipité en arrière, levant une main pour se protéger instinctivement:

-Attends, arrête! On n'est pas obligés d'en arriver là!

Les sourcils froncés, le visage dur, la voix qui lui répondit ne tremblait pas:

-Tu as provoqué ton propre malheur, trop tard pour pleurnicher.

Cosimo sentit son coeur battre de plus en plus vite. Il avait la désagréable impression d'être un animal traqué, une proie qui n'avait aucune chance de s'en sortir vivant:

-Attends, écoute je suis désolé! Tu me verras plus jamais ok? Je suis désolé!

Mais il parlait dans le vide, parlait pour essayer de sauver sa peau tandis que son agresseur semblait ne pas l'entendre, absorbé par une vengeance personnelle:

-J'aurais voulu faire tellement plus.

Son corps fut secoué de tremblements incontrôlés et un filet de sueur roula le long de sa colonne vertébrale quand la lune éclaira une lame d'un long couteau. Il ne reconnaissait pas l'homme qui lui faisait face. Il était tellement différent de celui qu'il avait croisé ce midi, tellement différent de ce garçon qu'il maitrisait si facilement. Pour la première fois de sa vie, Cosimo ressentit la vraie peur, la peur primaire de mourir. D'être massacré.

-Tu ne…

Sa phrase se termina dans un gargouillement horrible: sans qu'il l'ait vu bouger, l'homme avait levé le bras… Tranchant sa gorge aussi facilement que s'il avait s'agit de beurre.

Cosimo s'affala par terre, un flot de sang s'écoula en cascade de sa gorge béante. Il porta une main tremblante à sa blessure, essayant bêtement d'empêcher le sang de couler. Il releva les yeux vers son meurtrier, et quand il plongea dans ses yeux si bleus, alors que sa vie s'écoulait entre ses doigts, il parvint à murmurer d'une voix rauque, presque inaudible:

-Helena…

Une larme unique roula sur sa joue avant que ses yeux ne s'éteignent. Imperturbable, Kardia ne le quitta pas des yeux avant qu'il n'ait expiré. Avant qu'il ne soit certain que c'en était fini. Puis, quand il fut certain que l'homme ne se relèverait plus, il leva la tête et pousse un long soupir: c'était enfin fini. Et même si son sang bouillait dans ses veines, même si ce châtiment lui semblait trop peu, il n'aurait pas pu faire plus.

Car s'il avait cédé à ses pulsions, trop de preuves auraient pointé l'évidence du meurtrier. Et Dégel aurait bien vite compris qui était le responsable.

Enfin il avait eu sa vengeance, enfin ce salopard devenait un mauvais souvenir. Kardia essuya la lame du couteau sur la tunique du cadavre, le visage dur et les sourcils froncés. Puis il le glissa dans sa poche et, s'étant assuré que personne n'était dans le coin, s'éloigna sans un regard en arrière.

Le coeur léger et la conscience tranquille.


*C'est marrant, parce qu'il maîtrise la glace! Non? Ok, je me tais! ;-;

** J'avais envie de montrer à quel point Kardia et Dégel réagissent différemment face à une même situation :')

*** Beaucoup d'entre vous m'ont demandé de faire apparaitre le père de Kardia après que j'en ai fait une brève description dans un des chapitres précédents. Ce n'était pas prévu au programme alors j'espère que vous en serez contents ;) C'est sans doute (trop) violent comme châtiment, mais c'est tout ce qu'il méritait. Je voue une haine toute particulière à ce genre de personnage et je dois vous avouer que je me suis basée sur l'expérience d'un proche dont le père se comportait de cette façon, d'où ma colère sans doute… Ca peut sembler hors sujet, mais n'oubliez pas que si vous ou un de vos proches vit ce genre de situation, parlez-en, ne vous laissez pas détruire. (Je me laisse emporter, mais ce sujet me tient à coeur) Je vous aime 3

Voili voilou, c'est tout pour le moment! Le chapitre suivant sera encore assez calme (ouais bon, il y a quand même eu un mort ici donc ça sera plus calme) avant de repartir pour une nouvelle mission de mon cru. J'espère que ça vous plaira :D (Attention, nouveaux OCs à l'horizon)

(Rien à voir mais pour ceux qui n'auraient pas de comptes sur (et pour ceux qui en ont aussi après tout) et qui voudraient me contacter, je viens de m'inscrire sur Twitter (bah oui, mieux vaut tard que jamais!) donc, au cas où, vous pouvez chercher Mema23chan (que d'originalité mes amis, je vous jure!) :D)

Gros bisous et à bientôt! Je vous aime! :D