- Excusez-moi, vous n'auriez pas des informations sur l'exposition sur la pierre rouge ? Demandai-je en battant des cils.
Cinq jours…cinq jours ont passé depuis notre dernière altercation avec Laetitia. Elle a finalement disparu assez vite de Liore pour que nous ne puissions pas la retrouver. Nous n'avons pas tardé à quitter les lieux nous non plus. Malgré mes blessures, j'ai bien insisté pur repartir au plus à la recherche d'un moyen pour rendre leur corps à Ed et Al. Nous avons voyagé en taxi puis en train pour finalement finir dans une petite ville ressemblant légèrement à Central mais en plus petit.
Durant ces quelques jours de repos, j'ai pu apprendre quelques trucs de fille à Alphonse, du moins, ce que je pensais être utile. Il ne m'a toujours pas dit qui il souhaitait séduire mais je finirai bien par l'apprendre. Cela fait deux jours que nous sommes arrivés dans cet endroit mais que nous n'avons aucune information concernant cette soirée consacrée à la pierre philosophale. La gendarmerie du coin refuse de nous dire quoique ce soit sous prétexte que nous sommes des enfants. Nous avons donc convenu de nous séparer pour demander à tous les habitants pour ne pas perdre de temps.
- Non désolée ma petite dame, me répondit gentiment un vieillard.
Je soupire, retour à la case départ, je me demande comment font ces gens dans les rues quand ils doivent nous inviter à répondre à leurs sondages. Je suis presque mortifiée à chaque fois que j'approche quelqu'un, comme si j'avais peur qu'il me sorte une arme et me la foute sur la tempe ! J'aurai peut-être dû insister pour faire tout ça avec Alphonse, il a au moins le don de me rassurer rien qu'avec sa présence.
Bon, au moins les frères Elric m'ont laissé m'occuper du marché pour rester dans une zone bondée, je peux pas me plaindre de tout. Alors que je râle sur mon incapacité à arrêter les gens dans la rue, je remarque au loin un jeune homme plutôt mignon en pleine conversation avec un marchand. Il est assez grand, les cheveux châtains et les yeux bleus. Je n'ai interrogé que des vieilles personnes – pour ma décharge, elles ont l'air plus sympathiques que les autres – mais j'irai bien tâter un peu de jeune. Au moment où je comptais m'avancer, la peur m'agrippe le ventre. J'avais oublié, je suis une tapette.
- Bon sang, comment je peux me considérer comme le précepteur en relation fille-garçon d'Alphonse si je ne suis même pas capable d'appliquer mes propres leçons ?
« Règle numéro un : laisser sa timidité au placard. Je te dis moi, le plus important, c'est de faire le premier pas, la plupart des filles adorent ça. Si ça se trouve, celle que tu convoites te regarde depuis un moment mais attends juste que tu te magnes la carcasse ! »
Je prends une grande inspiration et fend la foule jusqu'au marchand de fruit et légume. Sur le passage, je subtile une broche argentée à un autre – n'ayant apparemment rien remarqué – et la passe dans mes cheveux. L'important c'est la première impression !
- Excusez-moi…mh…euh…
Le jeune homme entend mon appel mais ne se retourne que très peu, continuant à bavasser avec le marchand.
« - Et qu'est-ce que je fais si elle ne me remarque pas ?
- Mh…crois-moi, si c'est bien une fille, elle t'a bien remarqué, donc soit tu l'intéresses pas, soit elle attend que insiste.
- Comment je peux savoir ?
- Le feeling Al, le feeling ! »
Feeling à la con oui, je sens rien du tout là. J'abandonne, si je suis incapable de suivre mes propres conseils, autant ne pas perdre mon temps et demander directement au marchand s'il sait quelque chose.
- Pardon monsieur mais est-ce que vous sauriez quelque chose sur l'exposition qui a lieu dans votre ville ?
L'homme me dévisage un moment, visiblement, lui non plus n'est pas au courant. Je vais finir par douter qu'il se passe réellement quelque chose par ici.
- Vous parlez de la pierre rouge qui a été découverte ? S'élève une voix grave à côté de moi.
Je frissonne légèrement, c'est qu'il a une voix sensuelle ce garçon ! Mon cœur s'accélère quand je me rends compte qu'il est totalement concentré sur moi, je peux enfin l'admirer de là où je suis.
- Fais attention à ce que tu lui dis, gamin. Le prévint le marchand en le foudroyant du regard.
Il hausse les épaules avant de m'observer, un doux sourire ornant son visage.
- Il n'y a pas de problème à aider une jeune fille dans le besoin, n'est-ce pas ? Mais avant tout, nous devrions aller dans un coin plus reculé pour en parler.
J'hésite un moment, Edward m'a formellement interdit de quitter le marché tant qu'il n'était pas venu me chercher. Pourtant, si j'ai bien compris, les gens n'ont pas l'air d'accord de nous informer sur cette cérémonie, c'est peut-être ma seule chance…Oh et puis merde, s'il est beau en plus, je ne vais pas m'en plaindre et je vais le suivre.
- Vous ne devriez pas poser des questions aussi indiscrètes dans une telle ville.
- Si les gens s'évertuaient à vous répondre, peut-être que je n'aurai pas à les interroger…
Il m'attire jusqu'une rue parallèle, en dehors du marché. Elle est très peu fréquentée mais reste à la vue de n'importe qui, ce qui me rassure en partie. Je lève ma tête vers la sienne, il a un visage plutôt fin et de jolies lèvres. Décidément, la nature semble l'avoir gâté.
- Alors, vous pouvez m'informer ? Demandai-je en lui adressant mon plus beau sourire.
- Il me semble que la cérémonie se déroulera demain soir, dans un lieu intimiste mais je ne comprends pas, pourquoi un tel joyau vous intéresse ?
En réalité, ce n'est pas la pierre qui nous intéresse mais qui est assez fou pour en exposer une, dans l'hypothèse où ce n'est pas une fausse.
- Oh, la jeunesse éternelle, tout ce tralala…
- Vous n'allez pas me faire croire qu'une jeune fille comme vous ne s'en intéresse que pour la vie éternelle. Non, vous ne ressemblez pas à toutes ces filles.
Le regard intense qu'il m'envoie me fait rougir, c'est qu'il sait parler aux filles celui-là ! Je devrai peut-être le présenter à Alphonse.
- Dans ce cas, mes raisons vous seront totalement inconnues, cela ne change pas grand-chose de toute façon !
Soudain, alors qu'il s'apprête à répliquer, j'entends des voix criant mon prénom. On dirait qu'Edward et Alphonse aient terminé leur recherche de leur côté.
- Je dois y aller, on m'appelle. Au fait, je peux savoir votre prénom ?
- Alexandre.
Je lui fais un bref signe de la main avant de me replonger dans le marché, cherchant à l'aveugle les voix des mes compagnons. Au final, j'aurai obtenu ce que je voulais, il y a bien une cérémonie dans le coin. Alors que je regarde à droite et à gauche, une main agrippe mon poignet.
- Hey petit voleuse, c'est ma broche que tu portes là !
Eh merde. Je tire d'un coup sec pour récupérer mon poignet et me mets à courir, il crie aux passants de m'arrêter mais aucun d'eux ne tente quoi que ce soit. Par chance, je croise sur ma route Edward et Alphonse et, continuant à cavaler pour ma vie, leur gueule de me suivre.
Nous nous retrouvons dans la même chambre que ce matin, dans une auberge pour étranger – qui a bien évidemment refusé de nous dire quoique ce soit sur la petite soirée. Nous avons réussi à semer ce marchand, du coup, je considère que je mérite cette jolie broche !
- La prochaine fois si tu pouvais éviter de voler un mec, ça nous arrangerait, grogna Edward en fronçant les sourcils.
La chambre est plus petite que les autres, il n'y a qu'un lit double au milieu de la pièce, ce qui nous force à dormir ensemble Ed et moi en présence d'Alphonse. Je ne vous cache pas que c'est assez troublant.
- Ca va…c'est pas si grave quand on sait que moi au moins, j'ai pas chômé.
- Les habitants de cette ville sont si méfiants des étrangers, dit l'armure. Impossible de demander quoi que ce soit.
- J'avoue…m'enfin, on a juste que demain soir pour savoir où se déroule leur petite fête, d'après Chris, ça se passerait dans un endroit reculé.
- « D'après Chris » ? Répéta Alphonse en relevant la tête. C'est qui ?
Rien que de prononcer son prénom me renvoie l'image de son joli visage et de sa voix grave et douce à la fois. Quel beau gosse alors.
- Le putain de beau garçon qui m'a gentiment donné les informations, pardi !
Edward soupira bruyamment en croisant les bras.
- T'attardes pas trop sur ce genre de mec, on restera pas éternellement dans cette ville.
Je hausse les épaules, il croit vraiment que je ne suis pas au courant de tout ça ?
- Tu as cru que j'étais devenue amnésique ? Bien sûr que je le sais mais ça va pas m'empêcher de m'amuser un peu. De toute façon, il est hors de question que je me trouve quelqu'un dans ce monde, ça serait tellement contre nature.
Edward approuve mes paroles d'un hochement de tête, Alphonse reste bien étrangement silencieux. J'écourte la conversation en décidant de prendre une douche, la course m'a fait transpirer et de toute façon, on ne va sûrement pas sortir ce soir après mon acte de banditisme. Je m'engouffre dans la petite salle de bain avant de fermer tous les volets et de me déshabiller. Je me regarde vaguement dans le miroir, je crois avoir perdu un peu de poids depuis que je suis arrivée ici. Il faut dire, même si je m'entretenais chez moi, je n'avais pas l'habitude de sillonner le pays en courant à droite et à gauche.
L'eau chaude me fait un bien fou, pourtant, je tâche de garder la tête froide. Ma récente rencontre avec Laetitia m'a fait me rendre compte de pas mal de chose. Je n'ai parlé ni à Edward ni à Alphonse de ce que j'ai vu concernant la chimère. Je dois bien avouer que je suis moi-même dubitative. Certes, s'il ne s'agissait pas de mes amies, c'est une très bonne nouvelle, ça veut dire qu'elles sont toujours dans l'autre monde, saines et sauves. Par contre, je n'ai pas rêvé, cette créature parlait, cela veut donc dire qu'il y a réellement eu une transmutation pour la créer et ce, à partir d'au moins un humain. Même si je n'ai pas contribué à la mort de mes amies, j'ai probablement contribué à celle d'une personne que je ne connaissais pas.
Il y a également un autre point que je n'arrive pas à éclaircir. La transmutation que j'ai provoquée face à elle…je ne sais pas, d'habitude, quand Edward se sert de l'alchimie, il y a cette aura bleue fascinante. Cette fois, elle était rouge et plutôt flippante, je doute que je me sois servie de la même énergie que lui mais j'en ignore totalement la raison.
Au bout de quelques minutes, je sors de la cabine et tâche de mettre mon débardeur et mon short malgré les quelques fraîches cicatrices. J'ai hâte de récupérer de ce combat, histoire de pouvoir dormir tranquille sans chercher toutes les dix minutes une position qui n'appuie pas dessus.
- Fini ! M'exclamai-je en regardant Edward. Tu peux y aller !
- J'espère que t'as pas vidé toute l'eau chaude, cette fois.
Il me fixe d'un œil menaçant, auquel je réponds d'un geste vulgaire. La prochaine fois, je laisserai couler l'eau chaude jusqu'à ce qu'il finisse par se taper l'eau glacée. Mh ? On dirait qu'Alphonse est sorti, je me demande bien où il a pu aller. Toujours est-il que je me retrouve seule à seule avec Edward, pour une fois.
- Ah au fait, j'avais pas eu vraiment l'occasion de te le demander mais tu te rappelles du bouquet de fleurs ?
Les fleurs ? Je tente de me souvenir. Ah oui ! Il parle probablement du bouquet que Rose avait envoyé à l'attention d'Alphonse. Je hoche la tête pour lui répondre.
- Rose m'a assuré qu'elle ne l'avait pas du tout envoyé pour moi, c'est bizarre, tu ne trouves pas ?
Il me dit ça d'un air suspect. Bah quoi, c'était pas si évident que je lui ai menti ? Je ne peux m'empêcher de lui sourire sadiquement, imaginant la tête de Rose quand il lui a fait remarquer.
- Ah vraiment ? Dis-je innocemment. On dirait que je suis trompée.
- C'était pour qui ?
Continuant d'essuyer mes cheveux dans mon épaisse serviette, je m'installe dans le canapé à côté de lui, nullement impressionnée.
- C'était pour Alphonse.
Edward a l'air encore plus surpris, quoi, il est jaloux de son frère ? Je n'espère pas, avec tout le respect que j'ai pour lui, Ed mérite une bien meilleure personne que cette meuf.
- Genre, sérieux ? Rose l'aime bien ?
Je hausse les épaules, en vrai, je m'en fiche totalement. Elle l'aura pas tant que je suis dans le coin.
- Eh bah…j'aurai jamais cru.
Son air ahuri me fait rire, il est vraiment le dernier à s'en rendre compte.
- Mais pourquoi tu as dit que c'était pour moi ? Tu voulais m'emmerder, c'est ça ?
Pour une fois que ce n'est pas le cas, je lâche un petit rire gêné. J'ai vraiment l'impression qu'on est parti bien loin des événements récents et qu'on a une conversation comme je pourrai en avoir une dans mon monde. C'en est presque embêtant.
- Ecoute, je sais que tu passes pas mal de temps avec Alphonse. Est-ce qu'il te parle de choses bizarres ces temps-ci ?
Il semble très sérieux, mon euphorie se calme directement. Y aurait-il quelque chose dont je ne suis pas au courant ?
- Que veux-tu dire par « bizarre » ?
- Je sais pas trop mais je sais qu'Al a parfois des réactions d'adolescents. Après tout, je l'ai privé de tout ça alors je sais pas trop ce qui se passe dans sa tête en ce moment. Je pense qu'il ne m'en parle pas pour ne pas que je m'en veuille alors je me demandais s'il t'en avait parlé.
Dans mes souvenirs, il ne m'a pas vraiment parlé de quoique ce soit qui pourrait confirmer ses inquiétudes. A moins que…
- Il m'a juste demandé de lui apprendre à parler aux filles, je ne sais pas ça peut t'aider.
A son visage, je vois qu'il est intrigué par ce que je viens de lui avouer. Après tout, même s'il est dans une armure, Alphonse n'en reste pas moins un garçon, c'est normal pour moi qu'il ait ce genre de lubie.
- Quel idiot…souffla-t-il en passant sa main gantée sur son front.
- Quoi ? Allez Ed, ne me dis pas que tu n'y as jamais pensé, toi ! Poursuivis-je sur un ton moqueur pour apaiser l'atmosphère. Tu as beau dire que tu n'as pas le temps pour ce genre de choses, je suis sûre que tu as déjà eu une pensée déplacée envers quelqu'un !
- Et qui ?
- Je sais pas, Winry peut-être ? Vous avez l'air plutôt proche non ?
Son visage se teint de rouge, on dirait que j'ai touché un point sensible. Je vais enfin pouvoir le taquiner sur quelque chose. D'ailleurs, au moment où je veux lui faire remarquer la soudaine rougeur sur ses joues, il s'en va, prétextant vouloir prendre une douche à son tour.
- C'est ça, fuis ! Lançai-je en rigolant.
Des gamins, voilà ce que nous sommes. J'ai vraiment l'impression de me plaire de plus en plus à leurs côtés. Je mets mon état sur le fait qu'ils m'aient défendu devant Rose l'autre jour mais je pense que c'est bien plus que ça. Il y a encore plusieurs semaines, je ne me serai jamais permise de plaisanter avec eux, surtout avec Edward.
Deux coups sur la porte me sortent de mes pensées. Je me lève et me dirige vers celle-ci, c'est probablement Alphonse qui rentre de sa petite escapade. Je tire sur la poignée avant de faire un énorme bond en arrière, criant avant de trébucher en arrière.
- Pourquoi tu cries ? Me demanda l'armure en rentrant à l'intérieur de la chambre.
Je recule jusqu'au pied du lit, paniquée. Le problème n'étant pas qu'Alphonse soit rentré de sa petite balade, c'est surtout qu'il porte dans ses bras une créature maléfique à poil.
- Un chat, marmonnai-je avec dégoût, où est-ce que t'as été cherché ce truc ?
Il ne semble pas comprendre ma réaction et tend l'animal dans ma direction, je passe de l'autre côté du lit pour garder une certaine distance.
- Mais il ne va pas t'attaquer, il est super mignon, il était tout seul dehors et il m'appelait !
- Tu pouvais pas faire genre tu étais absent ?
Je m'agrippe aux draps en gardant un œil sur la bête, j'ai horreur des chats. Non pas que je sois allergique, j'en ai juste peur.
- Je n'allais tout de même pas laisser ce pauvre petit dehors alors qu'il fait froid ! Regarde sa bouille et dis-moi qu'il est méchant !
Le chat me regarde dans le blanc des yeux, le regard inexpressif. Il a le poil tigré et de petite moustache, il est assez sale et sent la boue jusqu'ici.
- C'est une créature du diable. Déclarai-je.
Alphonse le ramène contre lui et caresse son ventre, la bestiole semble appréciée le traitement qu'on lui donne mais cela ne me fait pas changer d'avis. La porte de la salle de bain s'ouvre sur Edward, les cheveux lâchés et mouillés par la douche qu'il vient de prendre.
- Je peux savoir pourquoi vous criez ? Demanda-t-il avant de remarquer la présence du nouvel arrivant. Al ! Qu'est-ce que tu fous avec ce chat ? Je t'ai déjà dit d'arrêter de les ramener avec toi !
- Mais Ed…vous n'avez pas de cœur vous deux !
J'accepte le fait de ne pas avoir de cœur si on peut se débarrasser de cette bête sans âme. L'amure est obstinée et refuse d'obéir à son aîné, nous n'avons pas d'autre choix que de garder le chat une nuit. Rien que le fait de savoir que ce truc va rôder dans la chambre toute la nuit me donne envie d'aller dormir dehors à la belle étoile.
- Demain on doit absolument savoir où a lieu leur petite fête histoire de s'incruster. Dit Edward en s'allongeant sur le lit.
Il faudrait que je recroise ce Chris, il a l'air de savoir plus de choses qu'il n'a bien voulu me dire.
- Je vais me faire discrète demain, décidai-je en le rejoignant. Je ne crois pas qu'ils m'auront oubliée de si tôt.
Ca a peut-être du bon d'être une voleuse, je n'aurai plus à demander de l'aide aux gens dans la rue.
- On avisera demain, moi je vais pioncer.
Je décide pour une fois de le laisser tranquille, je retourne dans la salle de bain enfiler un pantalon et des chaussettes pour me préparer à sortir. C'est une petite habitude que nous avons pris ces derniers jours, Edward étant un gros dormeur, j'en profite pour visiter les environs avec Alphonse. Manque de chance pour moi, je vais devoir me taper la présence de son chat. Nous fermons la porte à clé derrière nous, afin que personne ne vienne déranger le petit alchimiste.
- Il fait bon ce soir, constatai-je une fois dehors.
- Si tu le dis, répondit Alphonse blasé.
Ah…ouais…j'avais oublié. Parfois, j'aimerai me dire de fermer ma gueule mais il y a une certaine raison qui m'empêche de le faire. Alors que nous marchons tranquillement dans le quartier de l'auberge, le chat se met à miauler, encore et encore.
- Je crois qu'il hurle à la mort ton ami.
- Mais non, il a juste faim.
- Tu parles le chat maintenant ?
- Je les ai toujours aimé, déclara-t-il en serrant la boule de poil contre lui.
Nous nous enfonçons dans un petit parc où jouent quelques enfants, sous les regards attentifs de leurs parents. J'ai un peu de mal à croire que des gens dans cette ville convoitent la pierre philosophale, elle a l'air tellement prospère.
- Je me demande bien qui peut être assez fou pour créer une pierre philosophale, soufflai-je en m'asseyant sur l'herbe sèche.
Alphonse me rejoint rapidement, éloignant précautionneusement la bête de moi.
- Les gens pensent profiter du pouvoir de l'alchimie pour se défaire de certains tabous mais nous le saurons demain.
- C'est assez troublant de voir qu'il y a d'autres gens comme Laetitia par ici.
- Elle a l'air de moins te faire peur depuis la dernière fois.
Sa remarque me fait sourire.
- Je crois que je l'ai un peu surestimée et même si je ne supporte pas me servir de l'alchimie, je suis sûre de pouvoir la neutraliser sans avoir à y avoir recourt.
Ca, j'en suis sûre et certaine, il est hors de question que je me débarrasse d'elle avec l'alchimie, notamment depuis que je sais que je suis plus puissante. Ce genre de pouvoir ne devrait être donné à personne.
- Lorène.
- Oui ? Répondis-je en me tournant vers lui.
Il semble hésiter un petit moment avant de poursuivre, il est de plus en plus étrange ces temps-ci.
- Est-ce que tu me trouves « contre-nature » ?
J'ouvre les yeux plus grands, je ne me serai jamais attendue à devoir répondre à une telle question. Qu'est-ce qui lui prend ?
- Al… ? Pourquoi me demander ça ?
- Mh…laisse tomber.
- Non, dis-moi, je veux savoir pourquoi une telle chose te passe par la tête.
C'est peut-être la réponse aux inquiétudes d'Edward.
- Ca ne te regarde pas, me lança-t-il froidement.
Woah, j'ai raté un chapitre ? Je ne me souviens pas avoir fait quoique ce soit de mauvais envers lui dernièrement. A moins qu'il m'en veuille de ne pas aimer son chat mais ça me parait un peu gros pour être cela. Soudain, il se relève, sans un mot.
- Bien sûr que je ne te trouve pas contre-nature.
- Je t'ai dit que je m'en fichais.
Sur ces mots, il repart en direction de l'auberge, me plantant là. Je suis complètement perdue, ça ne ressemble pas à Alphonse, je dirai même que c'est plus mon genre de réagir comme ça sans aucune raison plutôt que lui. Je ne cache pas que sa réaction me peine un peu, je ne le suis pas, j'imagine qu'il a besoin d'être un peu seul. Caressant l'herbe du bout des doigts, je contemple les enfants en train de jouer à se pousser dans le parc.
Mais qu'est-ce qui t'arrive, Al ?
