Disclaimer : Ni Severus, ni aucun des personnages de cette histoire ne sont à moi, sauf Ioann, Milo, Ivanna et Sergueï
Béta : BettyMars
Zarakinel et Caro06, merci pour votre review. Ça me fait très plaisir de vous retrouver régulièrement ou non, sur cette histoire. J'espère que la suite vous plaira toujours.
Alors tout d'abord, je remercie très fort ma bêta qui a vraiment été extra pour me corriger ce chapitre afin que je puisse le poster aujourd'hui et le suivant pour Mercredi. Sachant qu'elle a une vie très chargée en ce moment, j'en suis très touché.
Dans le chapitre précédent, le comportement de Lucius vous en encore bien énervé. Et je le comprends très bien, vu qu'il m'exaspère moi aussi. Mais c'était un moment indispensable pour la suite et en particulier pour l'arrivée du chapitre d'aujourd'hui. Sachez qu'il est pensé depuis très longtemps. Presque depuis le début de la fiction. Il était tellement présent dans ma tête que j'ai été obligé de l'écrire par anticipation car je n'arrivais plus à avancer sur les chapitres que j'écrivais à l'époque. Quand j'en suis arrivée à la fin du chapitre précédent, j'ai du reprendre un peu le début de celui-là pour qu'il corresponde bien à la scène chez Severus. Mais tout le reste est d'origine. Je n'ai rien modifié. Maintenant sachez qu'il a été écrit juste avant que je n'écrive le chapitre 19 (on en ait au 37 donc il y a presque 20 chapitres !). Je l'ai écrit en deux soirées seulement et pourtant c'est le chapitre le plus long de la fic. Pour vous donner une idée, il a été fini d'écrire, le 19 juin… il y a presque 4 mois ^^ C'était un chapitre très important pour moi. J'espère qu'il vous plaira. La fin devrait au moins vous faire plaisir si le reste vous gave^^
J'ai hâte de savoir ce que vous en pensez, mais je ne vous ennuie pas plus avec mon blabla d'auteur émue. Et je vous remercie très fort de m'avoir fait passer la barre des 100 reviews. Chose que je n'aurais jamais imaginé avec une histoire comportant des personnages non-HP et surtout sans la présence d'Harry, Sirius ou Remus (bien que par la suite, certains vont apparaître ))
Bonne journée, bonne lecture et à mercredi prochain.
Chapitre 37 : Réminiscences.
Lucius était assis dans un fauteuil luxueux et confortable. Il y était depuis maintenant plusieurs heures. Il était troublé. Non, en fait il était perdu. Trop de choses s'étaient passées en trop peu de temps. Ses convictions étaient menées à mal et il perdait pied. Comment s'y retrouver quand tout ce qu'on nous avait appris, tout ce qu'on avait durement compris, venait d'éclater comme un vase en cristal ? Il remua légèrement le liquide ambré que contenait son verre. C'était le deuxième Whisky qu'il se servait. Il n'ignorait pas qu'il était pathétique, ainsi enfermé dans ce petit salon depuis longtemps abandonné, mais il n'en avait que faire. Il savait que Narcissa ne viendrait pas le déranger ici. Elle l'aurait de toute façon laissé à ses sombres pensées. Elle le connaissait trop bien pour ne pas comprendre ce qui lui arrivait. Son regard, neutre de tout sentiments quand elle était rentrée avec Draco, lui prouvait qu'elle savait ce qui allait se passer.
La vie était étrangement faite. La sienne était rodée, huilée et fonctionnait parfaitement. Et pourtant, il avait suffit d'un petit rien pour que l'engrenage s'enraye et déraille. Un petit rien, haut comme trois pommes, avec de longs cheveux noirs et de grands yeux si perturbants. Depuis l'arrivée de Ioann auprès de Severus, tout changeait d'une façon bien trop rapide à son goût. Comment donc son ami faisait-il pour gérer tout cela. Car il ne se voilait pas la face. Si ce petit Russe le forçait à réfléchir sur son comportement et ses convictions, les changements qu'il apportait à son ténébreux ami, devaient être bien plus difficiles. Et pourtant, Severus semble si bien s'en sortir.
Severus. Le seul sur qui il pouvait réellement compter. Le seul qui n'avait pas peur de lui dire ses quatre vérités. Et qui l'avait une fois de plus remis en place sur sa façon d'éduquer Draco. Mais cette fois, les mots qu'il avait dits avaient trouvé un écho au plus profond de lui. C'était surtout la partie correction que le brun n'acceptait pas. Et Lucius mentirait s'il disait ne pas savoir pourquoi. Severus était également le seul avec qui il tombait son masque. Son seul véritable ami. Néanmoins, il n'en avait pas toujours été ainsi. Lucius avala une gorgée de l'alcool fort qu'il sirotait et les yeux perdus dans les braises encore rougeoyantes de la cheminée, il se laissa partir sur les chemins de ses souvenirs.
o0o
Lucius était installé à sa place habituelle. Il était aussi fier et méprisant que son rang le désirait. Il regarda un moment une jolie blonde un peu plus loin à la table des Serpentards. Il était définitivement fasciné par Narcissa Black. Un ricanement à sa droite attira son attention. Augustus Rookwood lui fit un sourire en coin en lui indiquant la grande porte. Il se retourna pour voir entrer une flopée de gamins timides et tremblotants derrière une Minerva McGonagall aussi coincée qu'à son habitude. Il les vit passer plus qu'il ne les regarda. Ses yeux gris se posèrent sur d'autres yeux gris, un tantinet provocateurs. Il fixa sérieusement l'insolant. Il releva un sourcil se demandant où il avait bien pu voir ce garçon là.
Le Choixpeau venait de finir sa chanson et Lucius lui trouva un air de famille avec Bellatrix Black, la sœur ainée de Narcissa, qui avait quitté Poudlard deux ans auparavant.
- Sirius Black !
Evidement. C'était le fils ainé d'Orion et Walburga Black. Celui-ci s'avança vers le tabouret. McGonagall posa le vieux chapeau rapiécé sur la tête.
- GRYFFONDOR!
Leurs deux regards s'affrontèrent. L'un polaire et l'autre clairement arrogant. Un Sirius fier et joyeux fut accueilli par les rouges avec ardeur. Lucius le regarda en retroussant son nez d'un air dégoûté. Ce gamin avait toujours tenu tête à ses parents et maintenant il devenait traitre à sa famille en ne rejoignant pas la digne Maison de Salazar. Il détourna le regard comme si finalement il n'avait plus aucune valeur possible. Une rouquine timide partit également à Gryffondor, mais il n'avait pas entendu son nom. Et il n'en avait que faire.
- C'est une Sang-de-Bourbe. Je l'ai entendue en parler dans le train, lui chuchota Augustus.
- De toute façon, c'est maintenant une Gryffondor sans intérêt.
- Tu as vu le miséreux au milieu. Il tente de faire son fort mais le moindre coup de vent et il s'envole plus vite que le dernier Brossdur.
- Encore un Sang-de-Bourbe sûrement. Ils sont tous indignes d'être ici.
La Maison de Godric venait de récupérer trois élèves en la présence de Lupin, Potter et Pettigrow. Serdaigle avait hérité de quatre élèves et Poufsouffe de deux. Serpentard n'avait pas encore été honoré.
- Il en reste de moins en moins. Tu crois qu'on va récupérer les déchets ?
- On ne peut pas dire que ce soit une merveilleuse promotion cette année. Heureusement que c'est notre dernière année. Le niveau baisse à chaque rentrée.
- Bien d'accord avec toi. Et tu fais quoi après les ASPIC.
- Evan Rosier ! Annonça Minerva.
- Tais-toi Rookwood. Ça devient intéressant.
- Tu crois que c'est le fils du Mangemort ?
- Aucune idée. Mais si c'est le cas, je compte bien le garder à l'œil. J'ai bien l'intention de donner au Maître une liste de potentiels serviteurs que l'école recèle.
- Il ne t'écoutera pas, tu n'es pas un des leurs.
- Pas pour longtemps. Il parait que mon intronisation aura lieu avant la fin de mes études.
- SERPENTARD !
Le sifflement impressionné d'Augustus se perdit dans les applaudissements de ses camarades de Maison. Le jeune Rosier s'assit à côté de d'Avery Jr et de Wilkes qui lui firent une place.
- Severus Snape !
Le Choixpeau se posa à peine sur sa tête qu'il criait déjà sa réponse.
- SERPENTARD !
- Mince, le pouilleux est pour nous.
- J'ai des yeux Augustus, tu n'es pas obligé de me commenter sans arrêt ! J'en ai presque l'appétit de coupé. La dignité des serpents n'est décidément plus ce qu'elle était.
Les deux garçons reniflèrent de façon méprisante pour attester de leur accord. Le jeune brun venait de s'asseoir aux côtés de Rosier, droit comme un i et fier malgré son apparent manque de classe. Severus tourna la tête vers eux. Lucius le foudroya du regard. Non, il ne cautionnerait pas cette nouvelle génération indigne.
o0o
Il venait juste de finir son deuxième verre et d'un geste de baguette, la bouteille l'avait rempli une nouvelle fois. Oui, il avait pris Severus en grippe dès le premier jour. Et son antipathie avait duré quelques mois. Il s'était même désintéressé de lui, préférant de loin courtiser celle qui était dorénavant sa femme. Jusqu'à ce qu'il se retrouve témoin d'une altercation entre lui et le duo Black/Potter. Il n'avait eu qu'une envie : de passer son chemin. Mais comme toujours Augustus lui avait rappelé qu'il était préfet et que malgré tout, Snape était un Serpentard. Donc que son rôle était de l'aider. Bien évidemment il l'avait fusillé du regard avant de reporter son attention sur le duel qui venait de débuter. Mais très vite il bénit son père de lui avoir appris à cacher ses émotions. Il avait été impressionné. Les sorts que Severus utilisait étaient de niveau de troisième année minimum. Et les deux Gryffondors durent abandonner à contre cœur. Ils étaient visiblement plus doués dans les attaques sournoises que dans les duels francs. A se demander ce qu'ils faisaient à Gryffondor.
Il avait regardé le rictus méprisant et railleur de son jeune camarade. Finalement, ce garçon là avait visiblement un certain potentiel à ne pas négliger. Il s'était promis de le garder à l'œil le reste de l'année. Et il l'avait fait. De façon discrète bien sûr. Il n'était pas un Malfoy pour rien. Il avait alors vu un gringalet à l'hygiène plus que douteuse, se passionner pour les potions et les sortilèges. Il avait visiblement appris par lui-même, de nombreux sorts simples de magie noire. Un de ses grands défauts était son amitié visible avec cette Sang-de-Bourbe de Lily Evans. Lucius n'avait jamais compris qu'il puisse autant apprécier quelqu'un dont le sang était impur et indigne de leur Maison. Mais cela mis de côté, il avait bien compris que Severus serait une recrue de choix pour le Lord Noir, six années plus tard ... A sa sortie de Poudlard.
o0o
Dans la calèche qui les amenait à la gare de Pré-au-Lard, Lucius et Augustus regardaient une dernière fois le château s'éloigner. Aucune nostalgie ne se lisait sur leur visage. Non. Ils avaient tous les deux un rôle bien plus important qui les attendait. Un rôle tout droit dicté par leur nouveau maître. Ils avaient tous les deux pris la marque lors des vacances de Noël. Ils en étaient fiers et comptaient faire le nécessaire pour être dignes de leur mission.
- On en a enfin fini de ce vieux fou. On va enfin pouvoir servir le Maître et l'aider à revendiquer la suprématie du sang, sourit Augustus.
- Je compte bien gravir les échelons du Ministère le plus rapidement possible. Si je me débrouille bien, je pourrais rapidement rentrer au conseil d'administration de Poudlard et ce vieux débris de Dumbledore sera à ma merci.
- Ça te permettra aussi d'avoir un œil sur les petits nouveaux qui pourraient nous rejoindre.
- Pas besoin de ça pour le faire. Wilkes et Avery me serviront d'informateurs et de rabatteurs. Ils ont déjà toute la mentalité qu'il faut pour faire partie de nos rangs malgré leur jeune âge. Mulciber aussi est en bonne place.
- Et pour Snape, tu vas faire quoi ?
- Je le garde à l'œil. Je vais le surveiller pour voir s'il est réellement prometteur ou si ce n'était que du vent.
- Il n'a pas l'air d'être un fanfaron. Il est plutôt du genre discret et efficace.
- Je sais, Rookwood. Mais je préfère vérifier par moi-même.
- Par toi-même ? Je doute que ce soit possible.
- Tu ne m'en crois pas capable ? Siffla Lucius.
- Ce n'est pas ça mais... Sérieusement comment tu veux le surveiller maintenant que nous ne sommes plus à Poudlard ?
- Principalement grâce à Rosier.
- Lui, il n'a vraiment pas l'étoffe de son père.
- Certes. Mais c'est le cousin de Narcissa, sourit narquoisement le blond.
- Non ? Sérieux ?
- Druella Rosier-Black, la mère des trois sœurs Black est la sœur du vieux Rosier. Il me suffira d'insister auprès d'Evan pour qu'il invite ce cher Snape lors des réunions familiales et le tour sera joué.
- Tu ne fais pas encore partie de cette famille Lucius.
- Balivernes. Tu sais bien que nos fiançailles seront effectuées à la sortie de Poudlard de Narcissa dans un an. Et je suis un Malfoy. Personne n'aura l'idée de me séparer de ma chère moitié sous le prétexte fallacieux que rien n'est encore officiel.
- Un excellent parti cette blonde finalement.
Lucius ne répondit pas mais le foudroya du regard. Même s'il ne l'affichait pas comme ces idiots entourés de guimauve, il n'en était pas moins amoureux de la jeune femme. Et il ne laisserait personne la reléguer ainsi au rang de simple parti correct. Mais il était un Malfoy. Si son union lui apportait quelques autres avantages, il ne les laisserait sûrement pas passer. Et se servir de sa belle famille pour atteindre Snape en était un.
o0o
Il venait de rallumer le feu. Il avait eu beau faire une chaleur toute estivale dans la journée, Lucius avait l'impression de frissonner sans arrêt. Le froid qui lui gelait les entrailles l'empêchait définitivement de se réchauffer convenablement. Ou alors c'était ce qu'on appelait la culpabilité. Il ne savait pas car il n'avait jamais encore expérimenté ce sentiment.
Il se souvenait d'avoir réussi à manipuler tout le monde de façon à ce que six mois plus tard, Severus soit invité par Rosier pour célébrer la Sylvestre lors d'une réception chez Cygnus et Druella Black. Ce jour là, il avait d'ailleurs fait la connaissance du dernier Black en date, Regulus. Jeune garçon assez timide et effacé mais relativement intéressé par le côté sombre du monde sorcier. Il était entré à Serpentard avec les honneurs de la famille. Sirius avait bien évidemment décliné l'invitation et était resté à Poudlard avec ses camarades de dortoir. Et c'était tant mieux. Aucun traitre n'aurait été apprécié.
o0o
- Alors bébé Rosier, il parait que tu trembles devant les Gryffondors. Heureusement que mon oncle a une bonne position sociale, car toi tu nous fais honte, railla Bellatrix.
- Bella, tu es méchante là. Evan est peut-être moins virulent que toi ou Lucius, il n'en est pas moins un Serpentard.
- Tout comme la brindille graisseuse à ses côtés et pourtant ce n'est pas non plus une image de marque pour notre noble Maison Cissy. Tante Walburga m'a raconté que Sirius se vante d'humilier Snape tous les jours un peu plus. Mais tu vas peut-être pouvoir contredire cette information.
- Non, c'est vrai, soupira Narcissa.
- Sauf qu'il ne dit pas que Severus lui rend chaque coup qu'il prend, répliqua Evan avec fougue.
- Ouuuh, bébé Rosier sort les griffes ! Attention il va nous manger !
- Par contre si toi tu pouvais te concentrer sur ta gamelle, ça nous éviterait la migraine que ta voix de crécelle nous promet déjà.
La phrase cinglante de Severus apporta un lot de réactions très variées. Evan le regarda alarmé, se demandant ce qui avait bien pu lui passer par la tête pour répondre ainsi à quelqu'un d'aussi dangereux que Bellatrix. Regulus roula des yeux, quand ce n'était pas Sirius, c'était Severus qui cherchait la bagarre avec sa cousine, ça en devenait lassant. Bellatrix le fixa méchamment tout en ayant l'air d'avoir avalé de travers une patate trop chaude. Lucius dut cacher le léger sourire qui lui venait. Ce garçon avait du cran pour sortir ça à une telle furie. Et pour une fois que quelqu'un coupait la chique à sa future belle sœur, il n'allait pas s'en plaindre. Narcissa était réellement surprise. Elle n'avait jamais vraiment entendu la voix de Severus. Il était taciturne et renfermé. Sans compter que les cinq années qui les séparaient n'aidaient pas à les rapprocher. Alors le voir répondre ainsi à sa sœur la rendait perplexe.
- Comment oses-tu ! Misérable avorton !
- Bellatrix, Suffit ! On entend que toi depuis tout à l'heure, c'est totalement insupportable, claqua la voix de Cygnus.
La jeune femme de 21 ans se renfrogna, franchement énervée de se faire reprendre par son père comme une gamine de huit ans, devant témoins et après s'être fait insulter par un être insignifiant de neuf ans son cadet.
o0o
Severus l'avait soufflé ce soir là. Sa répartie avait été très divertissante. Surtout après l'arrivée tardive des frères Lestrange. Rodolphus avait pris le parti de ne pas se mêler des affaires de sa jeune épousée alors que Rabastan s'était fait une joie de la railler un peu plus, encourageant le jeune Snape sur cette lancée. Au retour de Poudlard en juin, la famille avait de nouveau été réunie. Sauf que cette fois, Sirius n'avait pu se défiler. Les fiançailles d'une Black et d'un Malfoy étaient l'évènement mondain immanquable du moment. La soirée avait été à couteaux tirés. Severus avait de nouveau été invité. Mettre les deux ennemis dans la même pièce n'avait pas été une idée si brillante que cela. Ils avaient fini par se battre à mains nues dans les jardins n'ayant pas l'autorisation de se servir de leur baguette. Wilkes et Avery Jr avaient récolté quelques coups en les séparant. Orion Black avait promis une punition digne de ses actes à un Sirius vert de rage. Vert au sens propre. Severus avant réussi à lui envoyer une de ses potions qui lui avait teint la peau aux couleurs de Serpentard. Le jeune serpent, lui, avait demandé à être raccompagné chez lui, ne supportant pas, soi-disant, d'être ainsi bafoué en public par un immonde Gryffondor. Le nouveau fiancé en aurait ri si l'étiquette le lui permettait. Ce gamin était définitivement plein de ressources. Il avait réussi à tourner cette rixe à son avantage avec une aisance particulière.
Lucius se permit un ricanement. Severus avait sa façon bien particulière de tirer la couverture à lui. Il vida son troisième verre. Il repensa ensuite aux trois années suivantes. Son influence au Ministère commençait à bien se faire sentir. Il menait son petit bonhomme de chemin sans encombre, infiltrant ainsi les sphères dirigeantes. Régulièrement il y rencontrait Augustus qui avait intégré le Département des Mystères. Celui-ci menait sa mission également tranquillement, rapportant à leur Maître des informations précieuses tout en se créant un réseau d'informateurs toujours plus grand. Les réunions de Mangemorts se faisaient très souvent et le Lord était particulièrement content de ses nouvelles recrues. Il avait le soutien inaliénable et indéfectible de ses plus anciens serviteurs ainsi que l'ingéniosité et les idées neuves des plus jeunes. Il étendait progressivement mais sûrement, son pouvoir.
A cette époque, Lucius avait toujours un œil sur les élèves de Poudlard. Il était souvent à Pré-au-Lard lors des sorties des étudiants. De minis réunions avaient alors lieu à la Tête de Sanglier. Il menait une campagne ardue pour la pureté du sang sans jamais laisser transparaitre ses motivations premières ni ses allégeances. Il n'était pas fou. Il savait très bien qu'aussi puissant qu'il était, si le Seigneur des Ténèbres tombait, il devrait assurer ses arrières. Alors il se contentait principalement d'apporter du grain à la bataille inter-Maison. Mais il semait également quelques idées plus profondes espérant ainsi récolter plus tard, de bons résultats. Snape, Rosier, Wilkes, Mulciber et Avery étaient toujours présents à ces réunions. Sauf les quelques fois où l'un d'eux, principalement Severus, avait été puni pour avoir été pris à partie lors d'une dispute Gryffondor/Serpentard.
Régulièrement, il arrivait à croiser Severus l'été chez Rosier ou Avery. Ce qui n'arrivait jamais plus de dix jours en deux mois. Dès qu'il pouvait convaincre son père et fuir ainsi le climat familial, le jeune Snape passait quelques jours de vacances chez ses camarades. Et ceux-ci faisant partis de familles au service du Lord, il était facile pour Lucius de garder un œil sur lui en toute discrétion. Il n'appréciait toujours pas l'amitié qui le liait à la Moldue Evans. Et plus les années passaient, plus il avait l'impression que cette relation évoluait sur un côté plus sentimental. C'était le seul point négatif qu'il lui trouvait. Il savait par ses informateurs qu'il avait atteint un haut niveau en potion, même si Slughorn ne l'admettait jamais. Mais le blond n'en avait pas été surpris. Ce professeur était incapable de voir le génie s'il ne trouvait pas la personne digne de sa compagnie et de son fameux club. Rodolphus avait été soigné par une de ses potions de soin particulièrement puissante. Alors que le Médicomage lui avait annoncé la perte de son bras, Severus lui avait promis une guérison. Certes longue mais réelle. Et il ne s'était pas trompé. A quinze ans il avait déjà attiré l'attention du Seigneur des Ténèbres par son génie des chaudrons. Bellatrix avait failli fait un infarctus en sachant qu'elle devait cette guérison miraculeuse à ce gamin insolant qu'elle n'appréciait pas.
Severus avait réussi à se faire remarquer par les hautes sphères des Mangemorts. Lucius avait eu raison à l'époque de croire en son potentiel. Et il le voyait agir comme un poisson dans l'eau. S'il ne l'avait pas vu évoluer, il lui aurait été impossible de comprendre comment un adolescent si négligé, peu avenant, solitaire et de Sang-Mêlé puisse ainsi autant s'imposer parmi les Mangemorts et assimilés. En plus de son exploit sur l'ainé Lestrange, la cinquième année du garçon à Poudlard, fut visiblement déterminante.
o0o
Les accrochages entre les Maraudeurs et le Serpentard étaient maintenant monnaie courante. Aux réunions des futurs partisans lors des sorties à Pré-au-Lard, il en était souvent question. Severus était toujours très tendu dans ces moments là. Même s'il tenait tête à ce petit groupe de dégénérés, il n'en restait pas moins qu'il subissait nombreuses humiliations cuisantes. Il était régulièrement soutenu par Evan. Après chaque altercation, il l'aidait à se débarrasser des effets indésirables des sorts qu'il avait pris. Mais malheureusement, il ne lui évitait pas l'infirmerie aussi souvent qu'il l'aurait désiré. Avery avait également rapporté à Lucius que les liens qui unissaient Snape à la Sang-de-Bourbe s'étiolaient progressivement. Elle se faisait un peu plus distante et regardait le groupe Serpentard avec mépris, ce qui semblait perturber leur camarade. Cela s'était vérifié après l'épreuve de DCFM des BUSES.
Wilkes avait rapporté la scène d'humiliation publique que Severus avait subie et Evan lui avait parlé de la dispute violente qu'il avait surpris entre le garçon et Lily à propos de la façon dont il l'avait appelée. Le blond décida de se servir de cet évènement pour définitivement tourner Severus de leur côté. Aussi, il fit le nécessaire auprès des parents du Serpentard pour qu'il vienne passer quelques jours au Manoir Malfoy dès le début des vacances scolaire. Et il avait, bien évidement, eu gain de cause. Il l'avait donc attendu à la sortie du Poudlard express en compagnie de Rabastan Lestrange. Le regard noir et méprisant de Severus aurait pu le déstabiliser si cet avorton ne faisait pas quinze centimètres de moins que lui.
- Vous me kidnappez ? J'espère que vous n'attendez pas de rançon, mon père doit-être bien trop content d'être débarrassé de moi, cracha-t-il
- Non, Snape, on ne te kidnappe pas. Qui voudrait de toi ? Ricana Rabastan. Mais vois-tu, tu as de la chance. Tu as attiré l'attention de notre Maître et il a demandé à Lucius de voir s'il pouvait tirer quelque chose de toi.
Lucius sourit intérieurement. L'excuse était parfaite et personne n'en avait doutée. Il était lui-même l'instigateur de cette mascarade. Il avait humblement proposé au Lord d'évaluer le gamin et celui-ci, très intéressé, avait accepté. Mais ça, personne ne devait le savoir.
- Et combien de temps cela va-t-il durer ?
- Pourquoi ? Pressé de rentrer chez toi ?
- Non, pas spécialement. Mais ... j'ai des choses à faire.
- Comme roucouler avec ta Sang-de-Bourbe ? Ah mais suis-je bête, elle ne veut plus te voir.
- Rabastan, suffit, intervint Lucius Tu passeras une semaine au Manoir avec nous puis tu rentreras chez toi. Tu es bien sûr invité à mon mariage le 21 Août. J'espère que tu ne me décevras pas et que tu seras présent.
- Comme si on m'en laissait le choix.
Lucius lui attrapa le menton et le fixa de ses yeux gris et froid.
- On a toujours le choix. Il faut juste savoir prendre le plus judicieux pour sa sécurité.
- Je serais là, siffla Severus, lui renvoyant un regard noir et retirant son visage de la main de l'aristocrate. Le voyage a été long, on rentre chez vous ou nous devons attendre le déluge pour se faire prendre en stop par Noé ?
- Tu devrais te taire Severus. Je t'ai connu plus agréable, remarqua Rabastan, pas certain de savoir de quoi il voulait parler, ni de qui était Noé.
- Sûrement parce qu'il sait magnifiquement bien tenir tête à notre belle sœur.
- Ah oui, tu as raison Lucius. C'est toujours délectable de la voir s'énerver après lui sans arriver à le remettre en place, rigola Lestrange.
Severus les regarda avec ennui. Ces deux là étaient passablement lassants quand il s'agissait de Bellatrix. Aucun des deux ne l'appréciait et ce n'était pas un secret. Il attrapa sa malle et avec défi, se mit en route. Il fut rapidement rattrapé par les deux hommes qui le firent transplaner.
o0o
Lucius se rappela de cette semaine, un léger sourire aux lèvres. Severus s'était montré sous son côté le plus taciturne et sombre possible. Mais cela ne l'empêchait pas de ne pas avoir froid aux yeux. Il lui répondait régulièrement et de façon peu gracieuse. Beaucoup se seraient pris quelques Doloris pour oser lui parler ainsi. Mais le blond s'en était amusé. Il appréciait ce gamin qui n'avait pas froid aux yeux. Cela le changeait de tous les autres larbins qui lui léchaient les pieds. Il avait trouvé en lui un partenaire de joutes verbales de choix. Bien sur Augustus n'avait jamais eu peur de lui. Il acceptait de le respecter, principalement en public, tout en lui parlant très ouvertement. Mais Rookwood n'avait aucun talent pour tourner les mots. Il était juste ennuyeux et insipide. Il partageait également une complicité relative avec Rabastan. Seule leur belle sœur commune et détestée était un sujet de complète harmonie. Quant à Rodolphus, leurs disputes étaient plus que virulentes de part leur antipathie réciproque. Lestrange ne supportant pas l'importance que le blond avait prise en peu de temps. Il était jaloux de le voir dans les hautes sphères alors que lui avait dû galérer un moment pour y parvenir. Les autres étaient juste de fidèles chiens de garde ou de compagnie, faisant tout pour le caresser dans le sens du poil. Severus était différent.
Il se leva et se dirigea vers la fenêtre, l'esprit un peu voilé par la dose d'alcool qu'il avait absorbée. Certaines choses ne changeaient définitivement pas, Severus était toujours un bâtard insolant qui ne se gênait pas pour lui dire ouvertement ses quatre vérités. Cet été là avait changé leur relation très sensiblement. Après son mariage, le brun avait accepté de revenir passer quelques jours au Manoir. Visiblement sa relation avec Lily Evans avait été définitivement brisée et la mort récente de sa mère avait dégradé un peu plus ses relations avec son père, il avait donc pris le parti de s'éloigner du domicile familial.
Lucius s'assombrit en se rappelant la trace violette qui ornait sa mâchoire lorsqu'il avait été le chercher. Sans oublier le soulagement qui avait traversé ses yeux noirs quand il l'avait vu arriver. Il était tellement rare de voir un sentiment transparaitre sur son visage que Lucius en avait été légèrement choqué. C'était la même lueur qu'il surprenait régulièrement dans les yeux de Ioann. Il avait d'ailleurs tout autant de mal à se faire aux réactions automatiques du petit Russe. Un père et un fils, deux enfances différentes, deux mondes et pourtant tant de ressemblances.
Deux yeux gris, comportant cette même peur lui traversèrent l'esprit. Draco. Son fils avait autant peur de lui que Ioann de son tortionnaire et Severus de son père. Etait-il un monstre lui aussi ? Il avait menti et manipulé sans aucun scrupule. Il avait tué, torturé sans aucun regret. Et il n'hésitait pas à lever la main sur son enfant afin de lui montrer son désaccord sous prétexte de lui inculquer les bonnes manières. Il ferma fortement les yeux en soupirant. Oui, il était définitivement un monstre. Narcissa avait raison. Il avait toujours pris pour argent comptant ce que son père lui disait. Il avait toujours cru qu'être sévère et impassible était ce qu'il y avait de mieux. Aujourd'hui, il se demandait où était la vérité.
o0o
Severus était furieux. Ses yeux lançaient des éclairs et il rageait avec virulence. Lucius le regarda faire des va-et-vient sur son tapis avec attention. Derrière toute cette débauche d'injure, il pouvait voir autre chose. L'adolescent était bouleversé. Lucius sortait de la douche quand il avait reçu un message d'Avery. Le mois de Septembre n'était pas encore fini que déjà il s'était passé quelque chose à Poudlard. Et Snape était au cœur de l'évènement. Il était allé s'excuser auprès de Narcissa qui l'attendait déjà dans leur lit. Il avait ensuite joint Slughorn lui intimant de lui envoyer le jeune Snape au plus vite et en tout discrétion. Heureusement qu'Horace l'appréciait depuis toutes ces années car il lui obéit sans rechigner. Comme quoi faire partie du Club Slug avait finalement des avantages. Depuis, Severus pestait dans son salon souhaitant souffrance et mort aux Maraudeurs.
- Bien, jeune homme, pas que je m'ennuie mais mon tapis s'élime avec rapidité et j'aimerais pouvoir profiter de lui quelques années de plus.
- Ce soir j'ai failli mourir et vous, vous ne pensez qu'à votre saleté de tapis ? Pourquoi m'avoir fait venir dans ce cas là ? Ragea Severus.
- Parce que visiblement tu aurais empêché tes camarades de dortoir de dormir.
- Qu'ils aillent au Diable.
- Mais ils iront. Malheureusement, très certainement pas ce soir. Si maintenant tu daignais m'expliquer comment tu as perdu ton calme légendaire.
- Black a voulu me tuer !
- Je sais que l'entente est loin d'être cordiale entre vous, mais de là à te tuer. Black est un stupide Gryffondor, il n'est pas capable de programmer la mort de quelqu'un sans mourir de culpabilité avant.
- Visiblement vous vous trompez de Black. Celui dont je vous parle, n'a pas hésité une seconde.
- Si tu m'expliquais ce que Sirius a fait.
- Je ne peux pas.
- Comment ça ? S'étonna Lucius.
- Dumbledore m'a fait promettre de ne pas en parler. Et pour être sûr de ma bonne foi, il m'a lancé un sort pour empêcher que je divulgue ses secrets par inadvertance.
- Ce vieux timbré est décidément pénible. Tu dois bien avoir le droit de me dire quelque chose tout de même.
- Juste qu'à cause de Black j'ai failli crever, que Potter m'a sauvé et ... Bordel ... j'ai une dette de vie envers ce connard de Potter.
Severus s'assit brutalement sous le coup de l'émotion. Il n'avait pas encore pris l'entière réalité de cette soirée. Il saisit sa tête entre ses mains en jurant un peu plus. Lucius le regarda avec attention.
- Ne t'inquiète pas Severus, Black payera en temps voulu. Il suffit d'en parler à nos camarades et le tour sera joué. Maintenant calme-toi, prends un verre et reprends toi.
- Je suis mineur. Je n'ai pas le droit de boire d'alcool.
- Et nous sommes seuls. Qui donc le saura ?
Avec un sourire supérieur, Lucius tendit un verre de whisky à un Severus complètement éberlué.
- Reprends-toi Snape. Tu as l'air d'une morue hors de l'eau.
Le regard tueur qui lui répondit lui fit comprendre qu'il avait eu gain de cause, le gamin retrouvait sa dignité. Severus avala son verre d'un seul coup. Il grimaça de la brûlure que lui attaquait l'œsophage et toussa légèrement. Le blond ricana légèrement avant d'avaler une petite gorgée de sa boisson avec défi, lui montrant ainsi que la classe, ça s'apprenait.
o0o
Cet évènement les avait définitivement rapprochés. Il n'avait su que plus tard ce qui s'était passé ce soir là, mais l'animosité qui unissait Severus aux Maraudeurs s'étaient définitivement imposée. Cette année là, le brun avait passé ses vacances de Noël chez les Avery tirant définitivement un trait sur son ancienne vie. Et le neuf janvier, il fêtait sa majorité sorcière en solitaire dans son lit, son manuel de potions ouvert devant lui, sa plume le recouvrant d'annotations et sortilèges de son cru. A la fin de sa sixième année, il avait disparu de la circulation pendant un mois. Lucius n'avait jamais su ce qu'il avait fait. Mais il avait appris la mort de Tobias Snape pendant ce laps de temps. Il n'en avait jamais eu la certitude mais il avait toujours soupçonné son camarade de s'être vengé de son enfance douloureuse. Et il était réapparu, un jour d'Aout.
o0o
Le regard fermé, les traits durs, l'allure stricte et la stature imposante. Il avait considérablement grandi en un an. Il faisait presque sa taille dorénavant. Ce foutu gamin, insolant attendait comme une fleur sur son paillasson.
- Tu comptes me laisser sécher sur le pas de ta porte ou tu m'offres un verre ?
- Tu ne vas pas le cracher cette fois ? Ironisa Lucius.
- Je ne l'ai jamais craché, très cher. Et j'attends toujours.
- Alors soit un gentil garçon et va attendre ailleurs. Je ne t'ai pas invité, me semble-t-il.
- Je dois voir quelque chose dans ta bibliothèque. Alors laisse-moi passer.
- Et si je refuse ?
Les oreilles et la queue touffue de chat qui lui étaient apparu, le convainquirent de laisser passer le plus jeune. Salazar que ce type pouvait-être désagréable avec sa maîtrise parfaite des sorts informulés de tout genre. Et bien sûr, ils croisèrent Narcissa avant que le contre sort ne soit lancé. Elle avait osé l'appeler « mon petit chat » pendant des mois et le faisait encore quand elle avait envie de se moquer.
Tous les jours Severus leur rendait visite et allait s'enfermer dans la bibliothèque si fournie du Manoir Malfoy. Lucius le trouvait souvent plongé dans des œuvres de magie noire très avancée et compliquée. Seuls les sorciers les plus puissants étaient capables de maitriser ce genre de sorts et lui semblait visiblement être passionné.
- Severus ?
- Hum ?
- Tu pourrais au moins lever les yeux de ton satané bouquin quand je te parle, s'irrita Lucius.
- Jaloux d'un livre poussiéreux ? Ironisa Severus.
- Tais-toi, insolent.
- Bien, alors que me vaut la joie d'une attention toute particulière de votre part, sa Majesté Blonde ?
Lucius se pinça fortement l'arête du nez. Que ce type pouvait l'exaspérer !
- Le Seigneur des Ténèbres a un œil sur toi depuis quelques années maintenant.
Severus se tendit. Il n'était pas idiot. Il savait très bien qu'il trainait avec des Mangemorts. Cela ne l'avait jamais gêné. Même si certains le traitaient comme un moins que rien, d'autres l'avaient accepté pour ses capacités. Ce qui le changeait plus que grandement de son père qui le traitait comme un déchet et des autres élèves de Poudlard qui faisaient preuve de discrimination envers lui, la plupart du temps. Rosier, Mulciber, Wilkes et Avery avaient été les seuls à lui accorder un peu d'attention pour ce qu'il était. Même si on ne pouvait pas dire qu'une amitié sans faille se soit réellement installée entre eux, une entente et un minimum de respect les liaient. Cela suffisait largement à Severus. Il était un solitaire et n'appréciait que peu d'être étouffé. Il y avait également Rodolphus. S'il le considérait comme un insignifiant insecte la plupart du temps, trop jeune pour avoir son attention, le fait qu'il ait sauvé son bras deux ans auparavant faisait qu'il ne participait pas lorsqu'il était moqué par les autres. Le frère de celui-ci était moins regardant. Rabastan passait son temps à le railler sauf quand le sujet Bellatrix venait sur le tapis.
Et il y avait Lucius. Le blond était après lui depuis des années. Déjà lors de sa première année il avait remarqué que le blond le surveillait de près. Et il n'était pas stupide pour ne pas comprendre que leurs rencontres inopinées étaient tout sauf dues au hasard. Lucius l'avait remarqué très tôt. Il avait eu dans l'idée de le faire rentrer dans le cercle des Mangemorts depuis longtemps et inconsciemment Severus en était flatté. Mais malgré ses convictions et ses décisions, une part de lui ne pouvait pas approuver les actes du Lord. Lily Evans avait été sa plus ancienne amie et même si leur relation s'était terminée un an auparavant, il ne pouvait tout simplement pas tout effacer d'un seul mouvement de main. Car malgré tout, il avait de profonds sentiments pour elle ... et pas que de l'amitié.
- Je sais. Contrairement à l'idée générale, je suis loin d'être un idiot.
- Je ne l'ai jamais pensé, commença Lucius avant d'aviser le sourcil de Severus relevé ironiquement. Enfin, à partir d'un certain moment. J'aurais aimé savoir si nous pouvions te compter parmi nous.
- Je ne suis pas sûr d'approuver tous les évènements festifs que vous organisez. Tous les Moldus ne sont pas à ranger dans le même chaudron.
- Pourtant il me semble que toi, plus que n'importe qui, peux comprendre notre façon de voir ces gens.
- Sûrement mais ...
- Réfléchis Severus. Si tu es avec nous, plus aucun Moldu ne pourra se railler de toi. Le Maître est très intéressé par tes grandes capacités. Il estime que tu es un grand sorcier. Tu feras parti de l'élite. Et lorsque le Lord sera enfin au pouvoir, tu pourras faire de Black ton esclave personnel. Non, ne réponds rien pour l'instant. Réfléchis. Mais réfléchis bien et prends la décision la plus judicieuse.
Ils se regardèrent avec un sérieux étouffant avant que Severus ne baisse les yeux sur son livre pour reprendre son activité.
o0o
Lucius soupira. Severus avait raison, il ne lui avait guère laissé le choix au final et l'avait plus influencé que conseillé. Et dès le premier jour des vacances après ses ASPIC, il avait été intronisé aux côtés de Rosier. Puis avaient alors commencé les missions. Au début, le brun avait principalement la tâche de la confection des potions de soin mais aussi de potions offensives qui devinrent rapidement indispensables lors des attaques du Seigneur des Ténèbres. Puis il était passé sur le terrain, prouvant sa dextérité, une baguette à la main. Régulièrement, Narcissa devait les soigner lors de leur retour. Aussi doués qu'ils étaient, ils n'étaient jamais à l'abri d'un sort perdu.
L'heure tournait, il était maintenant trois heures quarante du matin. L'esprit de Lucius n'était plus embué d'alcool. Son troisième et dernier verre avait été fini plusieurs heures auparavant déjà. Il se rappela qu'un an après la sortie de Severus de Poudlard, le Lord avait indiqué qu'il avait un espion insoupçonnable dans les rangs de Dumbledore, lui permettant de déjouer au mieux les attaques. Personne n'avait su qui il était. Personne n'ayant été présent lors des entrevues de celui-ci. Du moins jusqu'à ce que les choses s'accélèrent et que son identité soit révélée à une poignée de fidèles. La fin de cette année là avait été euphorique. Un mois avant Noël, Narcissa lui avait annoncé qu'elle était enfin enceinte et ce depuis environ deux mois. Après avoir passé la journée et la soirée à la dorloter, il avait été se saouler chez Severus pour fêter, certes peu dignement, l'évènement. Et par la même occasion, entre deux verres, il lui avait demandé d'être le parrain.
L'année 1980 avait apporté son lot de changements. Regulus Black, Mangemort lui aussi, avait visiblement pris peur. Il aurait voulu quitter les rangs et aurait été tué sur ordre du Maître. Mais, là encore, personne n'avait jamais su quoi que ce soit. Karkaroff et Dolohov avaient été arrêtés et croupissaient à Azkaban en attente de leur procès. Puis en Mai, Severus était parti en Russie. Une mission qui aurait dû revenir à Igor mais de part son incarcération, elle avait été donné au jeune Snape. Ayant quelques notions de cette langue, il était le plus à même à la réussir.
Puis le cinq Juin lui avait offert un fils, un héritier. Il se rappelait encore de ce petit bébé ridé, trempé de sang et de liquide amniotique. Il mentirait s'il disait que ce jour là il avait trouvé son fils beau. Mais dès le bain passé, il avait revu son jugement et le voir accroché au sein d'une Narcissa, certes fatiguée mais surtout radieuse, avait sûrement était le moment le plus fort qu'il ait vécu. Il avait alors déposé un tendre baiser sur le front de Draco avant d'embrasser paresseusement sa femme. Il ne put s'empêcher de sourire béatement à ce souvenir. Un rayon de soleil au milieu de la nuit.
Les attaques n'avaient pas diminué. Wilkes et Rosier avaient été tués lors d'une altercation avec les Aurors. Puis en novembre, Severus était revenu. Le blond soupira. Quelque chose avait changé chez son ami. A ce moment là, il en avait été perplexe. Mais maintenant il savait que c'était l'amour de cette Russe qui l'avait bouleversé. Avant la fin de l'année, il avait célébré le baptême de Draco, faisant du brun son parrain officiel.
Depuis lors, Severus avait été un peu plus distant. Finalement il avait réussi à entrer à Poudlard en tant que professeur lors de la rentrée de Septembre 1981. Et il avait prouvé au Maître que sa place était idéale pour espionner le camp adverse. Certains s'étaient raillés, disant qu'ils avaient déjà un espion. Mais il ne s'était pas démonté et avait décrété que deux espions valaient mieux qu'un. Cela réduisait les échecs en cas de découverte de l'un d'eux. Cela ne dura pas longtemps, le 31 Octobre 1981, Harry Potter, quinze mois, réduisait le Seigneur des Ténèbres à néant.
Le regard perdu dans le parc du Manoir, il remarqua que le ciel était en train de s'éclaircir. La relation qu'il entretenait avec Snape était très forte. C'était son seul réel ami. Il avait cru le connaître après toutes ces années, mais l'arrivée de Ioann avait modifié la donne. Severus était un homme mystérieux, secret et acerbe. Il était aussi cruel à ses heures. Lucius se rappelait très bien des Doloris ou des Avada qu'ils avaient lancés ensemble, ou encore des sorts puissants de découpe que le brun avait inventés. Et pourtant face à son fils, il était aussi innocent qu'un lapin d'élevage. Il s'occupait de lui avec amour et attention, il le câlinait et rigolait avec lui. Et à son contact l'enfant était radieux.
Il repensa également à Draco. Il avait eu du mal à admettre le fils de son parrain, mais depuis il l'adorait. Il les avaient vus jouer ensembles et les avaient trouvés tout simplement adorables. Mais le regard que Draco lui avait lancé quand il s'était rendu compte que son père le regardait et qu'il était d'une saleté repoussante, l'avait glacé sur place. Il n'en avait rien laissé voir et n'avait pas voulu le reconnaître sur le coup. Mais maintenant il se rendait compte que la douleur qu'il avait ressentie alors, n'était pas due à son orgueil blessé d'aristocrate. Il avait voulu imposé le respect à l'enfant mais l'avait terrorisé. Son propre fils avait peur de lui comme toutes les victimes qu'il avait torturées lors de l'apogée du Lord Noir.
Lucius sentit la nausée arriver. Il avait perdu le contrôle de la situation et si Severus ne le lui avait pas violemment fait remarquer, probablement qu'il ne l'aurait jamais compris. La fierté et l'éducation des Malfoy étaient une chose et le pouvoir en était une autre. Il n'avait pas su faire la part des choses. L'image de Ioann tendant les mains vers Severus pour qu'il le porte dans ses bras tout en lui disant un je t'aime papa si fort en émotion lui serra le cœur. Jamais Draco n'avait été aussi démonstratif avec lui.
Lucius regarda les flammes qui mouraient tout doucement. Il changerait la donne. Il ferait tout pour rectifier ses erreurs et il se promit qu'un jour, son fils n'aurait plus peur de lui. Un bruit dans l'escalier le fit relever la tête. Il regarda l'heure, cinq heure cinquante cinq, trop tôt que qui que ce soit, soit déjà levé. Il sortit du petit salon et se dirigea vers le bruit. Il remarqua alors Draco qui montait doucement les marches. Il était pieds nus, son pyjama léger sur lui sans aucun autre vêtement chaud. Sa main était accrochée à la rampe et il semblait peiner, sûrement encore à moitié endormi.
- Draco ?
Sa voix était plus surprise que mécontente, mais cela n'empêcha pas l'enfant de sursauter, se tendre et se retourner tête basse vers lui. Il ne sut pas si le tremblement qui secouait ses épaules était dû au courant d'air ou à la peur. Mais d'un coup cette soumission le dégoûta.
- Qu'est-ce que tu fais debout ? Il est encore tôt.
- J'avais ... j'avais envie de boire et d'faire pipi. Mais je vais vite dans mon lit et je s'rai sage.
Il était clairement effrayé de s'attirer les foudres de son père. Lucius se prit même à penser qu'il devait se demander quelle horrible punition l'attendait après la scène de la veille. Et cette constatation eut l'effet d'une flèche enflammée lui traversant le cœur. S'il devait faire évoluer les choses, c'était justement le moment idéal. Il monta les marches doucement pour se rapprocher de lui. La tension dans le corps de l'enfant était à son comble alors que des larmes commençaient à glisser sur ses joues. Arrivé à sa hauteur, il se pencha vers lui, les mains en avant. Draco ferma violemment les yeux, prêt à recevoir une claque. Doucement, comme pour se rassurer lui-même, Lucius l'attrapa dans ses bras et le cala sur sa hanche, comme il avait si souvent vu Severus le faire avec son fils. Les tremblements ne diminuaient pas et le regard gris maintenant fixé sur lui, était encore plus terrorisé. Il lui frotta doucement et maladroitement son dos crispé.
- Je sais. Tu es un gentil garçon. Viens, je te ramène dans ton lit, tu vas avoir froid sinon.
Draco le regarda avec incertitude. Il ne savait plus comment il devait se comporter. Jamais son père ne le portait dans ses bras. Etait-il en train de dormir ? De rêver ? Il était pourtant certain de s'être réveillé. Et le sol froid sous ses pieds nus lui avait pourtant confirmé qu'il était bien levé. D'ailleurs au souvenir qu'il n'avait pas mis ses chaussons, il pâlit un peu plus en baissant la tête, laissant échapper un sanglot. Il n'avait pas le droit de marcher pieds nus.
Voyant cette réaction, Lucius s'inquiéta. Il savait que la crainte de son fils ne s'effacerait pas facilement, mais il ne comprenait pas son comportement alors qu'il n'y avait rien de menaçant. Avait-il trop attendu pour réparer ses erreurs ? Était-il allé trop loin avec un comportement trop ... brutal ?
- Qu'est-ce qu'il y a Draco ?
- Suis désolé. J'ai pas mis mes pantoufles. Je suis désolé. Je l'referais plus.
Les larmes et sanglots qui redoublèrent, firent mal à l'adulte. De la main qui ne le tenait pas, il attrapa un de ses pieds froids. Il le massa doucement pour faire repartir la circulation.
- Alors il est temps de repartir au chaud sous les couvertures pour se réchauffer avant que tu ne tombes malade.
Il le cala un peu mieux contre lui et se dirigea vers sa chambre. Il le coucha, le borda et le regarda s'endormir rapidement, trop fatigué pour réfléchir plus longtemps au comportement étrange de son père. Lucius s'assit doucement sur le lit, le dos appuyé contre le montant. Il passa doucement sa main dans les cheveux fins de son fils. Il leur faudrait du temps, à tous les deux. Mais il n'abandonnerait pas. Narcissa avait sûrement raison, être père n'était pas que tenir la baguette qui punit, c'était aussi partager son temps avec son enfant. C'était voir le regard plein d'amour de d'admiration de son fils. Et c'était ce qu'il ferait apparaître dans ceux de Draco, foi de Malfoy.
Deux heures et demie plus tard, Narcissa se réveilla seule dans son lit. Lucius n'était pas venu se coucher. Elle le savait car elle aurait automatiquement été réveillée. Son mari avait été perturbé par les évènements de la veille. Elle ne savait pas ce qu'il s'était dit entre les deux hommes mais visiblement Severus avait dit des choses difficiles à entendre. Le mot qu'elle avait reçu de lui le prouvait. Il avait eu peur de la réaction de Lucius pour leur sécurité, à elle et à Draco. Mais elle ne l'avait pas revu. Après que son fils se soit endormi, elle était descendue pour manger en cuisine avant de regagner la chambre conjugale. Par précaution, elle avait prévenu Dobby qu'en cas de soucis, il devait emmener Draco chez Severus le plus rapidement possible. Elle avait beau faire confiance à son mari, elle savait aussi que certaines choses pouvaient suffisamment l'énerver pour qu'il perde pied. Il était un dangereux Mangemort. Elle savait qu'il était capable du pire avant le meilleur.
Avec un soupir, elle se leva, attrapa une robe de chambre moelleuse. Comme tous les matins, elle fit un détour vers la chambre de son fils, pour vérifier qu'il allait bien, avant d'aller déjeuner au salon. Elle poussa doucement la porte et ne put empêcher un sourire radieux d'illuminer ses traits. Lucius était endormi appuyé contre le haut du lit de leur enfant, la main perdue dans les cheveux de celui-ci. Et Draco était tourné vers lui, sa petite main serrant le pan de sa robe de sorcier. Elle avait eu raison. Severus avait réussi à déclencher quelque chose chez Lucius qui lui avait fait prendre conscience de ses erreurs. Malgré une légère jalousie de l'influence que le jeune homme avait sur celui qu'elle aimait, elle savait reconnaître ses limites. Lucius l'aimait, mais certaines de ses décisions ne pouvaient être prises qu'avec son ami.
Elle referma la porte, rassurée. Finalement, ses deux amours allaient enfin se trouver. D'un pas léger, elle descendit en cuisine pour demander à Dobby de préparer un repas fait uniquement des mets préférés de ses hommes. Elle l'envoya également chez Severus pour le remercier et lui dire que maintenant, tout aller bien se passer. Puis elle alla s'asseoir dans un fauteuil avec une tasse de thé. Elle caressa doucement son ventre. Oui, tout irait bientôt pour le mieux.
