Disclaimer:

Je ne possède ni l'univers de Tokyo Ghoul ni les personnages qui le composent, tout ceci est la propriété de l'auteur du manga, Sui Ishida.

Par ailleurs, je renonce à tirer quelconque bénéfice (financier) en postant cette fiction, c'est à but NON lucratif que je la poste, seulement pour en faire profiter les lecteurs.


Tout simplement parce que j'avais envie d'écrire ! La lecture de ce chapitre n'influe en rien sur la trame principale.

Un 31 octobre

Kaneki et Eto avaient toujours rêvé de le faire ensemble, la fameuse chasse aux sucreries… L'hésitation avait été longue mais ils avaient finalement décidé de ne pas le faire au Japon ; là-bas Halloween était différent, c'était une fête réservée aux adultes qui tendait plus à se déguiser qu'autre chose…

Ils marchaient désormais dans les rues de Paris, main dans la main et déguisés en deux figures terrifiantes ! Cette fois-ci, point de masques de goules, ce n'était pas le but et puis, cela leur offrait l'opportunité de changer. Kaneki avait enfilé une grosse perruque rouge et s'était fardé le visage de talc. Après avoir enfilé un nez rouge, des vêtements bariolés et de longues chaussures, il avait tout l'air d'un clown… Mais cela ne lui suffisait pas, il voulait avoir l'air effrayant ! Un ballon de baudruche dans la main gauche et un rictus terrifiant lui barrant le visage, c'était absolument parfait ! Quant à elle, Eto avait opté pour une longue robe blanche effilochée et toute tâchée de sang. A ses poignets pendaient des menottes brisées et son sourire menaçant était rehaussé de longues traînées sanglantes. A cela s'ajoutaient des cheveux verts tout ébouriffés qui lui donnaient tout l'air d'une dégénérée mentale échappée d'asile !

Les deux goules borgnes marchaient main dans la main d'un pas vif et s'empressaient d'aller toquer aux portes :

« Des bonbons ou un sortilège ! »

Partout autour d'eux des enfants déguisés se ruaient pour récolter des friandises, mais il fallait bien le concéder, Kaneki et Eto avaient réussi avec brio leur déguisement, et c'était sans mal qu'ils se distinguaient des autres… Eto tenait une citrouille creuse dans sa main droite, elle s'en servait pour récupérer les bonbons qu'ils acquéraient au fur et à mesure de leur marche lugubre.

Bien évidemment, ils ne manquaient pas de s'amuser en effrayant les personnes proches d'eux, ils faisaient vraiment peur d'autant plus qu'ils se tenaient la main. Ils avaient tout l'air d'un couple de psychopathes et même certains parents avaient tendance à empêcher leurs enfants de les approcher. Kaneki et Eto courraient comme deux marmots main dans la main, ils allaient de maison en maison, récoltant toutes sortes de sucreries !

C'était vraiment une formidable soirée, ils avaient toujours eu envie d'essayer, juste pour voir ce que cela faisait de pouvoir faire peur en toute légalité. Lorsqu'ils étaient déguisés en goules, c'était loin d'être la même chose... Ils avaient là tout le loisir de déambuler dans la ville en affichant des mines terrifiantes, main dans la main. Ils se lançaient sans cesse de tendres regards, Kaneki trouvait Eto drôlement jolie ainsi accoutrée, elle paraissait si sauvage, exactement comme lui lorsqu'il était dans tous ses états… Sa longue chevelure éparse lui allait comme un gant ; mu par une impulsion soudaine, Kaneki ne put résister au désir d'y plonger son visage quelques instants. Il s'y enfouit en ronronnant doucement tandis qu'ils marchaient, son front se posa contre sa nuque et il put apprécier la chaleur de ce contact, il adorait cela.

Eto laissa échapper un rire cristallin :

« Monsieur est bien impatient ce soir ! Je suis toute à toi cette nuit, et ce, pour toutes les nuits restantes aussi… Tu auras tout le loisir de te glisser contre moi d'ici une ou deux heures alors, fais encore un petit effort pour ne pas me sauter dessus ! »

Tout en déclarant cela, Eto lui tira tendrement la langue, elle aimait bien le taquiner… Néanmoins, elle finit par déposer sur ses lèvres un doux baiser, il le méritait amplement !

Les Souverains Borgnes continuèrent à déambuler dans la capitale de la France, ils n'étaient pas très bien regardés lorsqu'ils toquaient aux portes du fait de leur âge, mais peu leur importait, ils voulaient seulement s'amuser… Et c'est ce qu'ils firent, sur leur visage se peignaient des sourires resplendissants tant et si bien qu'ils n'en étaient plus aussi effrayants. Ils étaient heureux, vraiment heureux… Pouvoir faire ce genre de choses quand bien même ils étaient des goules borgnes, c'était comme une bénédiction, un véritable accomplissement.

La soirée touchait à sa fin, leur citrouille débordait de friandises en tous genres, mais ils n'avaient pas encore pioché dedans, ils attendaient d'être rentrés pour pouvoir déployer leur kagune et ainsi profiter pleinement des saveurs. Kaneki commençait à fatiguer, il était devenu aussi gros dormeur que sa femme adorée, et les nuits endiablées qu'ils passaient ne manquaient pas de se faire ressentir durant la journée. Toutefois, Eto voulait encore faire quelque chose, elle avait vu un marchand de glaces et souhaitait faire la surprise à son mari. Au détour d'une ruelle peu fréquentée, elle lui susurra à l'oreille :

« Attends-moi là un instant, je reviens vite, c'est promis ! »

Kaneki lui sourit, il lui faisait pleinement confiance ; il fallait bien la lâcher parfois, il ne pouvait pas rester collé à elle en permanence même s'il le désirait. De plus, il se doutait qu'Eto lui préparait une surprise, l'attention de la jeune femme était entièrement focalisée sur lui, elle ne voyait que lui, elle n'aimait que lui. Il était le mari qu'elle chérissait de tout son cœur, l'homme qui lui avait fait aimer la vie.

Elle ne s'était éclipsée que cinq minutes, mais c'était le moment qu'ils avaient choisi pour lancer l'assaut. Ces individus étaient des goules, ils chassaient en bandes pour s'assurer que leur victime ne puisse pas s'enfuir. Kaneki les entendit s'approcher de lui, il n'était pas spécialement inquiet, confiant en ses forces. Cependant, il n'aimait pas qu'Eto soit absente lorsqu'il se battait ; de fait, il avait du mal à rester calme, les choses tendaient à déraper, il ne se contrôlait plus et faisait de ses adversaires une bouillie bien peu appétissante.

Pourtant, ce n'était que des enfants… Lorsqu'ils s'étaient approchés de lui, Kaneki avait pu mieux les distinguer… Il aurait mis sa main au feu que le plus âgé d'entre eux n'était même pas majeur… Tous portaient des masques, ils étaient donc bel et bien en chasse, ce n'était pas un événement impromptu. L'un d'entre eux s'écria la voix chargée de rancœur :

« Alors on s'amuse bien les amoureux ?! C'est bien beau Halloween quand on est humains, on peut manger des bonbons à souhait, se promener déguisé, passer du temps avec ses amis… Une vraie petite fête traditionnelle à laquelle… nous n'avons pas droit ! Alors, on va se venger un peu, histoire d'évacuer toute notre frustration ! »

Ses compagnons rirent lors de sa dernière tirade, ils étaient là pour faire mal, ils voulaient tuer et démembrer pas simplement se nourrir… Kaneki demeura interdit, que dire, que faire ? Il n'avait pas envie de les tuer, ce n'était que des gamins malheureux, il les comprenait. Pour autant, il n'allait pas se laisser faire, il savait pertinemment qu'il pourrait tous les écraser… Finalement, il déclara lentement :

« Cette confrontation… ne vous apportera rien de bon, je peux vous l'assurer. »

Aussitôt l'un d'eux répliqua :

« C'est que le clown rentre bien dans son rôle ! Tu crois pouvoir te mesurer à des goules parce que tu es un peu plus âgé que nous ?! Verra bien qui rira le dernier ! »

Kaneki soupira :

« Je ne cherche pas le conflit, pas plus que je ne me moque de vous. Honnêtement, je comprends votre frustration, être confronté chaque jour au stress épuisant d'être découvert, ne pas pouvoir aller à l'école, ne pas pouvoir manger normalement, et j'en passe… Mais cela ne légitime pas le fait de tuer pour le plaisir. Après vous aurez de lourds regrets, peut-être pas tout de suite, mais plus tard très certainement. A partir du moment où vous tuez pour le plaisir, vous entrez dans un cercle vicieux sans fin et, vous finirez par le regretter, je puis vous l'assurer. »

Ils étaient cinq et ils s'approchèrent de lui pour l'encercler considérant avoir assez parlé. Le Roi Borgne fut plaqué contre un mur par deux mains vigoureuses, ils étaient manifestement en colère, pas nécessairement contre lui mais plutôt contre l'absurdité du monde, ce qu'Eto appelait autrefois la cage tordue. Il tenta de les raisonner :

« Vous feriez mieux de partir, si je me mettais à appeler à l'aide, il serait fort probable que les autorités débarquent… On voudrait tous éviter cela n'est-ce-pas ? Enfin, même si les inspecteurs n'arrivaient pas, il y aurait quelqu'un d'autre qui se mettrait très en colère ! »

Patience, patience, patience…

Le plus âgé fronça les sourcils et s'énerva :

« C'est une menace que tu profères ? Tu es réellement en train de nous menacer ? Un simple humain ? En fait, t'as vraiment envie de crever ?! Il suffisait de le dire plus tôt ! »

Un kagune à queues émergea de l'interlocuteur et fonça droit sur le soi-disant humain ; Kaneki ne fit rien pour l'arrêter et se laissa transpercer. Il prit une inspiration avant de poursuivre :

« Je vous en conjure… Arrêtons-nous là… Vous n'avez pas envie de mourir… Et je n'ai pas envie de tuer des jeunes pousses comme vous… Ça me rend malade… Ce qui rend ma femme triste ! Donc je vous le propose une dernière fois… Restons en là ! »

Souffre à la place des autres Ken, tu peux le faire. Rappelle toi ce que ta mère t'a appris.

Les jeunes goules furent prises au dépourvu par le ton froid de leur victime, il était beaucoup trop calme alors qu'un kagune était planté dans ses entrailles. L'agresseur s'écria finalement :

« Mais tu vas la boucler ! Crois-moi sur parole, la fille qui était avec toi est la prochaine sur la liste ! On va s'amuser un peu avec elle puis on la démembrera!»

C'était l'unique chose à ne pas dire, Kaneki était particulièrement gentil quand cela ne concernait que lui mais dès lors que quelqu'un voulait faire du mal à Eto, il devenait fou de rage… D'une voix glaciale, il grogna :

« Je retire ce que j'ai dit. »

Kaneki laissa le ballon de baudruche qu'il tenait dans la main s'envoler, il allait se battre sans plus tarder. Son unique kakugan apparut en même temps que son kagune qui explosa dans son dos. D'énormes tentacules d'un noir de jais, à l'allure terrifiante, rien à voir avec le kagune qu'ils arboraient.

Kaneki laissa libre court à sa fureur.


Eto patientait tranquillement dans la queue, il y avait plus de personnes que prévu et elle commençait à redouter que Kaneki s'inquiète. Jamais elle ne lui en voulait lorsqu'il faisait ses crises, elle faisait avec, cela ne la gênait pas le moins du monde, prendre Kaneki dans ses bras, il n'y avait rien de plus agréable. Le sentir se blottir contre soi quand il cherche un refuge… Ô sublime privilège… Eto était vraiment folle de lui, elle ne pouvait plus se passer de l'étreindre encore et encore, il leur arrivait parfois de passer la journée au lit lorsqu'ils étaient fatigués… La sensation de bien être était si grisante…

Eto sortit de sa rêverie lorsque la vendeuse lui fit signe ; elle commanda deux glaces et s'en retourna. De longs hurlements pouvaient être entendus dans la nuit, cela la fit sourire, certaines personnes se prêtaient vraiment au jeu, qui plus est, c'était plutôt réaliste. Les râles étaient longs et rauques, on eût vraiment dit des personnes agonisantes. Décidément, Halloween était une fête regorgeant de surprises ; même Kaneki et elle n'avaient osé se montrer si effrayants…

La Reine Borgne regarda le ciel couvert, il allait très probablement pleuvoir, il fallait qu'elle se hâte. Néanmoins, quelque chose attira son attention, un objet s'envolait dans le ciel, cela ressemblait à… un ballon. Des cris… le même ballon que Kaneki tenait.

Le sang d'Eto ne fit qu'un tour et elle retourna à toute vitesse là où elle l'avait laissé, elle avait un très mauvais pressentiment… Lorsqu'elle arriva sur place, tout était déjà terminé, elle s'en voulait terriblement. Dès qu'elle s'éloignait un instant de lui, un malheur se produisait. Devant elle se trouvait une goule borgne déchaînée, ils l'avaient mis vraiment en colère… Son kakuja le recouvrait comme un linceul de noirceur, et il participait de concert aux hurlements… Chose étonnante, sur les cinq assaillants, quatre étaient encore en vie, certes mal en point, mais toujours vivants. Ces quatre jeunes goules étaient clouées au sol par le kagune du Roi Borgne tandis que celui-ci était en train de fracasser le corps sans vie du cinquième, il lui arrachait les membres et se ruait sur ses poches RC pour les dévorer…

Lorsqu'elle n'était pas à ses côtés, il était tel une bête enragée, son but n'était plus de se défendre mais d'annihiler ses ennemis. Le démon remarqua sa présence et la fixa d'un air indécis. Eto brisa le silence :

« Ken… c'est fini, tout va bien je suis là. Je suis allée… chercher des glaces » Ce qu'elle disait lui paraissait si désuet, elle en avait honte, était-ce tout ce qu'elle avait pour le réconforter ? De simples glaces…

Ken Kaneki fixait la nouvelle arrivante d'un regard perplexe, il semblait jauger si oui ou non elle lui était familière. Au bout de quelques secondes, le kakuja se délita pour laisser apparaître un jeune homme aux cheveux noirs corbeau… Il soupira :

« Ils voulaient… te violer… après m'avoir tué. Je ne veux plus… tuer d'enfants. J'ai réussi à me contenter… d'un seul. »

L'un d'entre eux gémit :

« Aidez-nous ! Il est fou… C'est un malade mental ! J'ai mal ! S'il vous plaît ! »

Un long rictus apparut sur le visage charmant de la jeune femme, elle était manifestement en colère :

« Mal, tu me dis que tu as mal ?! Nooooon j'ai du mal entendre ! Tu entends ça Ken, il a mal ! »

Eto éclata de rire, d'un rire… complètement dément. Elle était effroyablement en colère, passant brièvement sa main devant ses yeux, son kakugan désormais apparent.

Kaneki savait parfaitement ce qui allait se passer, mais il ne fit rien pour l'en empêcher, il n'interférait jamais sur ce genre de décisions… Après tout, si Eto était aussi furieuse, c'était aussi à cause de lui ; elle veillait nuit et jour à sa bonne santé mentale et punissait sévèrement quiconque venait à dégrader cette dite santé. Au vu de l'état de Kaneki, elle savait qu'elle ne se retiendrait pas.

Il s'agissait peut-être d'enfants, mais ce genre d'actes était impardonnable. S'il s'était agi d'un véritable couple d'humains, alors il n'en serait resté que de la charpie. Elle n'avait absolument aucune raison de leur venir en aide, bien au contraire. Eto s'adressa à Kaneki :

« Je suis désolée mais ceux-là ne quitteront pas cette rue, leur petite escapade sauvage prend fin, ici. »

Un kagune rouge sang se déploya dans le dos de la jeune femme, sans plus attendre, elle transperça une à une les jeunes goules que Kaneki avait empalées au sol. Eto accorda une attention toute particulière à celui qui s'était plaint…. Elle haïssait ce genre de faibles, prêt à ôter la vie mais incapable de mettre la leur en jeu… Le concert de hurlements redoubla pour peu à peu s'éteindre, la vie s'échappant des corps déchiquetés… Alors qu'elle s'approchait de la dernière goule, Eto eût un tressaillement, son tentacule s'écrasa à une vingtaine de centimètres de sa cible. Ce n'était pas un garçon, mais une fille ; et elle ressemblait étrangement à une petite fille qui avait rempli leur quotidien de joie : Hinami Fueguchi.

Kaneki ne comprit pas pourquoi Eto avait hésité, mais en se rapprochant de la jeune femme, tout devint clair, il ne s'en était pas rendu compte jusque là mué par son désir de destruction… Après un moment de flottement, il proposa :

« On peut peut-être faire une exception pour celle-ci… Elle est jeune, sa colère l'a probablement entraînée là-dedans… » C'était surtout une excuse pour ne pas avoir à la tuer… Qu'importe leur puissance et leur cruauté, parfois, les Souverains Borgnes se révélaient bien incapables d'ôter la vie, c'était trop difficile pour leur cœur meurtri par les vestiges du passé…

La pluie vint recouvrir la ville d'un rideau de gouttelettes éparses et la jeune femme à la chevelure verte murmura :

« Je crois qu'on ferait mieux de rentrer… Raccompagnons-là chez elle. »

Eto acquiesça et ils s'empressèrent de rentrer main dans la main, Kaneki s'appuyait légèrement contre elle, il avait terriblement envie de la sentir pressée contre lui… Devant eux marchait la jeune fille qu'ils avaient épargnée, elle n'avait pas plus de quinze ans. Ses épaules tremblaient, elle était totalement incapable de conserver un semblant de sang-froid, les personnes qui l'avaient épargnée étaient deux démons.

Toutefois, ce n'était nullement l'impression qu'ils transmettaient en cet instant, Kaneki s'était indéniablement rapproché de sa femme. Il appréciait le confort qu'elle lui offrait, et ne manqua pas de le lui faire remarquer :

« Tu es tellement importante à mes yeux… Sans toi, je serai à nouveau perdu… Incapable de reprendre pied sur la réalité, incapable de m'arrêter de tuer, femmes et enfants… Merci… Merci d'être là pour moi, de jour comme de nuit. »

Eto en était bien consciente, Kaneki était on ne peut plus sincère, il l'aimait d'un amour passionné et désintéressé mais au fond, sa présence était critique à son bien être… Kaneki était… si abîmé… Espérer le revoir comme il était lorsqu'elle l'avait rencontré était une désillusion qui avait cessé de l'animer, Ken était désormais l'homme qui se tenait en face d'elle ; et elle en était très amoureuse ! Après tout, il était son premier amour, et son unique…

Son regard vint soutenir celui de son mari ; Eto était songeuse, elle ne savait pas quoi répondre à cet aveu, non pas que cela ne la touchait pas, mais plutôt qu'elle se trouvait dans l'incapacité de formuler une réponse concise. Alors, elle ne dit rien, puis sans prévenir, déposa un doux baiser sur ses lèvres, son kakugan embrasé révélait à lui seul l'étendue des sentiments qu'elle lui témoignait.

Kaneki sentit ses joues prendre une tinte carmin, il était vraiment heureux, vivre avec Eto était la consécration de son souhait le plus cher. A son tour, sa paire d'yeux se dissocia et il ramena Eto vers lui en passant son bras derrière ses hanches afin de lui rendre son baiser. La jeune femme fut surprise par cette initiative mais rendit avec plaisir l'étreinte charnelle ; Kaneki passa brièvement sa main libre sous la nuque de sa Reine avant de soupirer :

« Décidément… tu es vraiment magnifique… »

Eto ne put s'empêcher de rougir, elle aimait les compliments que lui faisait Ken, elle aimait qu'il la désire, qu'il veuille se l'accaparer pour lui seul…

N'oubliant pas l'otage qui marchait devant eux, Eto finit par lui murmurer au creux de l'oreille d'une voix fondante :

« Ce soir… je crois que nous n'allons pas beaucoup dormir… J'ai envie de… Toi. » Un clin d'œil discret vint achever cette déclaration des plus palpitantes… Kaneki gronda gentiment :

« Cette robe blanche, je l'aurai arrachée avant même que tu puisses l'enlever »

Eto arbora un sourire énigmatique :

« Voilà qui promet, j'ai hâte de voir ça… »

Ils déambulèrent dans les rues tortueuses de Paris, menés par la jeune fille ; ils souhaitaient rencontrer ses géniteurs, il s'agissait plus de curiosité qu'autre chose… Ils débouchèrent finalement, au pied d'une maisonnette miteuse, à moitié délabrée ; c'était peu étonnant, les goules avaient beaucoup de difficultés à s'intégrer dans la société, et notamment à trouver un travail.

La jeune fille s'arrêta indécise devant la porte, puis se retourna brusquement pour tenter de surprendre ses adversaires. C'est à peine si elle eût le temps de faire jaillir son kagune qu'Eto la saisit au visage et la plaqua au sol, lui arrachant un cri de douleur. Un genou vint ensuite lui écraser l'estomac avec une violence non dissimulée. Eto plaça son index sur la bouche de la jeune femme, et d'un grand sourire déclara :

« Tout doux ma douce… Je suppose que tu n'as pas envie de finir comme tes petits camarades, non ? »

Eto laissa la jeune fille se relever tandis qu'ils entraient dans la maison, si on pouvait désigner ces ruines comme une maison… A peine eurent-ils fait quelques pas qu'une bouteille en verre éclata au sol, fracas suivi d'une voix hargneuse :

« Pour qui te prends tu à rentrer aussi tard ?! J'espère au moins que tu as ramené à manger ! »

Aussitôt, la jeune fille s'excusa envers celui qui paraissait être son père :

« Pardon papa… Je te le promets, demain je retournerai en chercher… Je vais faire de mon mi… »

Clac

La jeune goule s'effondra au sol, terrassée par la claque qu'elle avait reçue en plein visage, ses lèvres étaient fendues et du sang s'écoulait de son nez… Soudain, l'homme prit conscience de la présence de deux autres individus, de rage il s'écria :

« Et en plus de ça, tu te permets d'amener des goules ici ?! Petite merdeuse ! »

Plusieurs coups de pieds dans le ventre accompagnèrent ces paroles. Eto et Ken étaient restés de marbre, en temps normal, ce genre de comportement… ne leur faisait ni chaud ni froid… Tout simplement, c'était la vie. Pourtant, ce soir là, les choses étaient différentes, cette fille leur faisait tant penser à Hinami… C'était si dur d'assister à cela…

D'un ton plus calme mais autoritaire, il s'adressa aux Souverains Borgnes :

« Et vous ! Pourquoi êtes-vous chez moi ?! »

Kaneki prit la parole :

« A vrai dire, votre fille a essayé de me tuer, je vous la ramène donc sous bonne garde… Vous savez, les forts mangent les faibles, c'est la chaîne alimentaire… Alors, vous feriez bien de faire plus attention à ses fréquentations… »

Le vieil homme éclata de rire :

« J'aurais préféré que vous ne me la rameniez pas, elle n'est qu'une source de problèmes pour moi, c'est une vraie bonne à rien… »

Eto s'enquit d'une voix atone :

« Donc… vous souhaitez la mort de votre fille ? Vous êtes vraiment… un déchet. »

Le dernier mot avait été prononcé avec un mépris incomparable, Eto en avait assez vu pour déterminer de quel type d'individu il s'agissait… Cet ivrogne envoyait sa fille chasser et la battait lorsqu'elle rentrait bredouille… Quel odieux personnage…

C'en était trop, il explosa de colère :

« Mais de quoi tu te mêles espèce de salope ! C'est MA fille ! J'en dispose comme JE veux ! Maintenant, SORTEZ de chez MOI ! »

Kaneki intervint, avec un léger sourire peint sur le visage :

« Et si je refuse ? »

Un coup de poing fut la seule réponse adressée à cette question, Kaneki le stoppa net du plat de sa main et soupira :

« Donc c'est comme ça… »

Un coup de genou bien placé força l'ivrogne à terre, crachant de la bile… Le kakugan du Roi Borgne s'activa et celui-ci murmura :

« Je me demande ce que l'on va bien pouvoir faire de toi… Je pensais en avoir assez fait pour aujourd'hui, mais tout compte fait, peut-être pas… »

Une réaction inattendue le surprit, la jeune fille s'était interposée entre le couple de Borgnes et son père, elle les supplia :

« Je vous en supplie, ne faites pas de mal à mon père ! Je n'ai plus que lui au monde ! Les colombes m'ont déjà pris ma mère et mon petit frère, il n'était pas comme ça auparavant… C'est ce monde injuste qui l'a rendu ainsi ! »

Kaneki ricana :

« Magnifique ! C'était bien la seule chose que je ne pensais pas entendre venant de toi ! Comme quoi, les nouvelles rencontres regorgent de surprises ! Très bien, très bien… Je ne vais pas te priver de ton père dans ce cas… Mais, tu as tout intérêt à devenir forte, et ce, très rapidement… Autrement, je puis t'assurer que tu finiras très rapidement seule… Eto, je lui donnerai bien du mien, mais je crois bien que tu es la seule à pouvoir l'ingérer… Je te laisse t'en charger ! »

La jeune femme sourit puis déploya son kagune, elle en sectionna un morceau qu'elle jeta aux pieds de la fille. Après quoi, elle déclara :

« Voilà de quoi t'endurcir un peu, tâche de rester en vie, peut-être qu'un jour, nous repasserons ici pour voir si tu es toujours en vie… Adieu. »

Un instant plus tard, les Souverains Borgnes s'étaient évaporés, leur rôle prenait fin ici même, cette histoire n'était pas la leur, ils lui avaient seulement concédé un petit coup de pouce… La jeune fille, après une longue hésitation, décida de porter le morceau de kagune à sa bouche…


Dans une chambre d'hôtel

Shrrrriiiik

Kaneki venait de tirer sèchement sur la fameuse robe blanche qui se déchira de haut en bas, offrant à ses yeux une ravissante goule borgne presque entièrement nue… Kaneki la fixait d'un regard d'amoureux transi, il finit par déclarer dans un murmure :

« Rectification : cette nuit, nous n'allons pas dormir du tout. »