Disclaimer : je ne possède bien entendu aucun droit sur les personnages, les lieux et les situations créés par J. K. Rowling.
Chapitre 38
« Severus, mon garçon… »
Le bureau du directeur de Poudlard n'avait plus grand-chose à voir avec ce qu'il avait été du temps de Dumbledore. Snape avait commencé par voiler le portait de l'ancien directeur, refusant d'être offert à son regard à tout moment du jour ou de la nuit. Puis, il avait demandé aux Elfes d'ôter toutes les affaires personnelles de Dumbledore. Celles-ci étaient soigneusement entreposées dans les entrailles du château, le vieux sorcier n'ayant pas indiqué de légataire dans son testament. Cela avait été ensuite le tour des portraits des anciens directeurs de l'école. Tous avaient été décrochés, sauf celui de Phineas Black qui jouait un rôle de premier plan dans l'espionnage de Potter, Weasley et Granger et dont la tournure d'esprit Slytherin était proche de celle de Snape. Petit à petit, d'autres choses avaient disparu. Un jour c'était une table basse, le lendemain un élément de bibliothèque. Une semaine après, le perchoir de Fumseck qu'on avait oublié par mégarde. Et puis des livres, quelques chaises, une tapisserie sur un mur. La pièce était à présent presque entièrement vide, n'abritant plus qu'un lourd bureau, deux chaises, et deux portraits accrochés à des murs nus.
C'était encore trop aux yeux du Maître des Potions. La meilleure solution aurait été de quitter les lieux, mais c'était impossible. Alors il devrait encore supporter quelques semaines, quelques mois peut-être, de vivre dans des appartements qui avaient appartenu à l'homme qu'il avait assassiné.
Snape fit volte-face et se tourna brusquement vers le portrait de Dumbledore, tête baissée, ses cheveux noirs trop longs obscurcissant presque complètement ses traits.
« Severus, je comprends…
-Non !
-Crois-moi, je sais ce que tu ressens…
-Non ! hurla Snape : vous ne pouvez pas savoir, vous ne pouvez même pas imaginer !
-Severus, mon garçon, je ne t'ai jamais laissé aller retrouver Tom de gaîté de cœur quand je savais ce qu'il te ferait…
-Taisez-vous ! cracha l'homme en noir : je ne suis rien pour vous, Potter n'est rien pour vous. Le monde n'est qu'un instrument entre vos mains. »
Albus Dumbledore secoua la tête tristement sur la toile de son portrait.
« Emilie va mieux, elle sera soignée.
-Evidemment qu'elle va mieux, s'étrangla Snape, outré. Il s'approcha et reprit en tremblant de colère : on lui a lancé un Impardonnable, pas n'importe quel sortilège, un Im-par-do-na-ble ! Ce n'est pas forcément la douleur qui est le plus dur à subir.
-Severus, ce sont les Carrow, pas toi, qui ont…
-C'est la même chose, articula Snape à voix basse. J'aurais dû virer les Carrow à la première malédiction.
-Tu aurais compromis ta mission, Tom aurait placé deux autres Mangemorts à leur place, que tu n'aurais pas pu contrôler. »
Snape n'écoutait pas et continuait de dérouler ses pensées sur un ton dégoûté :
« Je suis responsable des élèves. Je suis responsable de ma fille, je dois la protéger. J'ai non seulement laissé faire, mais je n'ai pas puni les agresseurs. J'ai même collaboré, ajouta-t-il avec un rire amer.
-Tu ne l'as pas frappée, Severus.
-Non, j'ai fait pire ! » s'exclama Snape en relevant enfin la tête. Ses cheveux ainsi écartés de son visage révélaient des traits déformés par l'angoisse, même plus atténuée par l'Occlumencie.
Il tourna le dos au portrait et alla se jeter dans une chaise, prostré, les coudes sur le bureau et la tête entre ses mains. Au bout d'un long moment, une voix âgée se fit entendre :
« Vous n'aviez pas le choix, professeur, il faut que vous l'acceptiez. Votre fille le sait et elle l'acceptera aussi. »
Surpris, le souffle coupé, l'espion prit quelques instants avant de se redresser un peu. Que savait Phineas Black ? Avait-il deviné qu'il n'avait pas donné du Veritaserum et avait donc montré une faille dans sa couverture ? Les yeux noirs de l'ancien professeur de Potions rencontrèrent les pupilles vertes du portrait et soutinrent son regard.
« Renvoie Emilie en France, c'est plus sûr. »
Snape fronça les sourcils et ouvrit enfin la bouche pour répondre à Dumbledore :
« Non. C'est trop tard. J'y ai pensé, mais après l'enlèvement de Luna Lovegood et après ce qui s'est passé, ce serait avouer que je crains qu'il lui arrive quelque chose, et dans ce cas, elle deviendrait un moyen de pression, pour les Mangemorts et ce qu'il reste de l'Ordre du Phoenix.
-Ce n'est pas une imbécile, elle fera attention à présent », déclara Phineas Black.
Assis à son bureau, Snape ferma presque les yeux et resta quelque temps tranquille, les épaules arrondies. Il mourrait d'envie de quitter les lieux, mais il savait qu'il n'en avait pas fini avec les complots de Dumbledore. Il profita de ce répit, calma sa respiration, relégua ses doutes et ses appréhensions au plus profond de lui-même, vérifia qu'il avait de nouveau ses boucliers d'Occlumencie sous contrôle et bougea enfin, prêt à continuer la lutte.
Une fois n'était pas coutume, Albus Dumbledore lui laissait la main et se pliait à ses humeurs. L'homme en noir s'approcha un peu, croisa les bras, et regarda franchement l'ancien directeur, invitant silencieusement les questions.
« Où en est Tom, Severus ?
-Il se terre chez les Malefoy, la plupart du temps. Bellatrix ne quitte pas ses côtés. Il semble qu'il ait trouvé ce qu'il cherchait car il n'a plus entrepris de voyage depuis… Il laissa tomber la phrase, sachant que Dumbledore n'avait pas besoin qu'on lui rappelle que son ancien élève avait profané sa tombe quelques semaines auparavant.
-Est-il satisfait de la baguette ?
-Sans doute, répliqua Snape en haussant les épaules. Il ne s'en plaint pas. Pour l'instant, il se contente de laisser la bride sur le cou de certains qui font quelques expéditions ici et là. Je ne suis pas sûr qu'il s'implique réellement dans la politique du Ministère, observa-t-il comme si cela le surprenait. On dirait… on dirait qu'il attend.
-L'as-tu vu récemment ?
-Il y a trois jours. Snape grimaça : je suis rarement convié, désormais. Ma mission est officiellement de laisser endoctriner les jeunes sorciers, mais il s'agit surtout de tenir Poudlard aussi fermement qu'une forteresse frontalière. Contre quoi…
-Il attend Harry, énonça Dumbledore, comme s'il n'avait pas entendu la réponse : tant qu'il n'a pas vaincu celui qui l'a battu il y a si longtemps, il est incapable de mettre en œuvre des projets d'une certaine envergure. »
Snape lui adressa un regard noir.
« Vous savez ce que je pense de tout cela.
-Nous ne pouvons qu'attendre. J'ai confiance en Harry, Severus : je sais qu'il sera à la hauteur. »
L'espion ne répondit pas : toute son attitude proclamait sa divergence de vue avec celui qui avait orchestré la partie d'échecs démarrée en mai 1997.
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Paradoxalement, la semaine fut l'une des plus calmes de l'année et, même si personne ne le disait tout haut, on put enfin se reposer tranquillement après des mois d'une tension grandissante.
La scission de Serdaigle avait donné l'exemple aux Poufsouffles qui avaient fait le ménage aussi de leur côté, selon les mêmes modalités. Rien n'avait bougé chez les Gryffondors. Lucrezia s'énervait et prétendait qu'ils étaient tellement persuadés d'être parfaits que l'idée d'avoir des admirateurs de Voldemort dans leurs rangs leur paraissait inconcevable. Ils avaient pourtant été prévenus du comportement plus que douteux de certains d'entre eux : « oui, oui, on les surveille, mais on n'est pas sûrs, et puis on ne peut pas condamner quelqu'un sans preuve… » Lancer Lucrezia sur les Gryffondors était le meilleur moyen de la faire adhérer au point de vue d'Alessandro Gabelli dont, dans ces instants-là, elle oubliait volontiers qu'il était un Slytherin. Si les lions continuaient ainsi, la fusion des organisations clandestines Serdaigles, Slytherins et Poufsouffles se ferait sans eux et contre eux.
Pendant que les Gryffondors tentaient de rester sourds et aveugles à leurs propres problèmes, les Slytherins observaient et prenaient bonne note des changements survenus chez les Serdaigles et les Pouffsoufles. Les cartes étaient abattues : pro et anti Voldemort savaient désormais qui contacter et qui éviter, avouez que c'était beaucoup plus simple ainsi. Eux pourtant maintenaient une opacité totale sur leurs opinions et leurs allégeances : Slytherin avait toujours dû faire front contre tous et continuerait à le faire le plus longtemps possible car c'était cet isolationnisme qui avait forgé l'unité de cette maison.
On avait stoppé toutes les réunions dans la Tour des Elfes par crainte de se faire repérer et on révisait toutes les mesures de sécurité. Continuerait-on comme avant ? Non, répondait Lucrezia. Elle désirait changer les groupes afin que les associations déjà identifiées par leurs ennemis ne les mènent pas au pot aux roses. Owen et Jonathan étaient d'accord, mais Alessandro avait refusé, expliquant que certaines choses ne s'appliquaient pas aux Slytherins et qu'on ne pouvait pas leur demander d'accorder leur confiance aussi vite à d'autres personnes. On avait transmis toutes les informations glanées par Marietta dans sa fréquentation des brebis galeuses de Serdaigle. La jeune fille avait gardé quelques éléments pour elle. Oh, rien de bien grave, rien qui puisse mettre ses alliés en danger, mais elle avait prévenu individuellement sa compagne de consigne : « Soyez plus discrets, Nott et toi ». Emilie était tombée des nues : elle avait été tellement persuadée que Theodore et elle ne s'étaient jamais faits remarqués, qu'elle ne pensait même plus qu'ils aient pu se trahir.
« Ça va pas ? Qu'est-ce qui te…
-Emilie, ça va, n'essaye pas de me mentir : je vous ai vus je ne sais combien de fois disparaître tous les deux dans la section d'histoire locale de la bibliothèque. Marietta avait eu pitié de l'autre fille qui paraissait atterrée : je n'ai rien dit, je te jure.
-Mais si tu…
-Débrouillez-vous, trouvez un autre lieu de rendez-vous. Il fallait que je garde les yeux ouverts, pour m'en sortir, face à Beaufort et Mortimer, avait expliqué Marietta, avant de demander : de quel côté est Nott ? »
Emilie était restée muette.
« Je ne te vois pas rester avec un type qui soit un Mangemort enragé… »
Elle s'était interrompue comme si elle se souvenait tout d'un coup de la parenté de l'autre élève. Le cerveau d'Emilie avait suivi le même chemin et elle avait rougi, laissant cependant l'autre fille continuer à raisonner tout haut :
« Je ne comprends rien aux Slytherins, de toutes façons. Ce que je sais cependant, c'est que Gabelli est avec nous.
-Il doit soigner tout le monde » répondit Emilie, se faisant l'avocat du diable en attribuant à son ami des qualités altruistes qu'il n'avait jamais possédées.
Marietta avait ri :
« Bien sûr, le serment d'Hippocrate, mais je sais qu'il est avec nous. Appelle ça de l'intuition féminine, si tu veux. Je me suis renseignée sur Nott aussi, figure-toi : il n'est jamais cité dans la liste de ceux qui montaient les petites expéditions punitives de ces derniers temps. Il y a participé, ça oui. Elle avait réfléchit encore, avant de déclarer : le fils d'un Mangemort aussi célèbre que Saturnus Nott devrait figurer dans les figures de proue des supporters de Voldemort. Un mec comme Zabini aussi. Pourtant, rien, deux enfants sages, alors dis-moi : s'ils ne sont pas de leur côté, ni du nôtre, cela en fait tout de même deux Slytherins neutres. C'est bon à savoir, par les temps qui courent. »
Les retrouvailles avec Theodore avaient été mouvementées, entre la crainte d'être exposés et les rafales de questions du Slytherin. Où allait-on se retrouver ? Nott avait fait sa tête des mauvais jours, craché quelques remarques peu élogieuses sur Edgecombe, réfléchi quelques secondes et refusé de changer quoi que ce soit à leurs habitudes.
« Sortir avec quelqu'un, ce n'est pas appartenir à une organisation illégale. Si je me fais prendre, je ne crains rien : après tout, tu es la fille de Snape. On me traitera d'opportuniste. Quant à toi… c'est plus gênant, mais après ce que t'ont fait subir les Carrow et, hum, Snape, tu es insoupçonnable. Profite de ce statut, avait-il appuyé avec une bonne dose de cynisme. Au pire, tu passeras pour une imbécile. »
La nonchalance de ses déclarations ne masquait pas une réelle inquiétude. Nott et Gabelli s'étaient littéralement rongé les sangs chacun de leur côté quand ils avaient su qui avait été molesté par les Carrow, et Snape. La complicité du directeur les avait abasourdis, ils n'auraient pas imaginé qu'il se serait retourné contre sa propre fille. Alessandro avait envoyé message sur message via le charme de Protée apposé sur leurs pièces de monnaie et Theodore s'était mis lui aussi à écrire frénétiquement sur le post-it qui lui permettait de communiquer avec Emilie.
Les deux adolescents n'avaient rien échangé de plus, conscients qu'ils étaient devenus vulnérables. Si Theodore avait raison, d'une certaine manière, en refusant de changer de lieu de rendez-vous, il leur devenait impossible de discuter de choses sérieuses de crainte d'être entendus par des oreilles indiscrètes. Emilie aurait voulu parler avec le Slytherin du cas Snape : à part Marietta, personne ne savait qu'il avait menti et n'avait pas donné de Veritaserum. Elle n'avait rien dit à Lucrezia, ni à Alessandro. Dans ce cas précis, elle sentait que seul Theodore pourrait envisager les choses sous différents angles, habitué aux allégeances multiples des Mangemorts. Il n'aimait pas Snape, mais là n'était pas la question : il serait capable d'examiner tout ça sans être aveuglé par les ragots et les faux-semblants, et Emilie avait besoin d'un avis extérieur pour essayer d'avancer. En attendant, elle avait eu beau observer, elle n'avait pas réussi à apercevoir Snape.
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C'était Theodore Nott qui avait été chargé très officiellement d'aller inspecter les stocks de l'infirmerie, de vérifier que les étiquettes étaient exactes et que les quantités étaient en adéquation avec ce que madame Pomfresh avait déclaré avoir fait réaliser. Il y avait sur une étagère une série de petites fioles portant la mention « potion menstruelle » et qui, de toute évidence (il avait révisé ses leçons juste avant, pour être sûr) n'en était pas. Il en avait saisi quatre, en avait déplacé d'autres derrière de grosses jarres et était sorti avec son butin, ainsi qu'une autre fiole dont il avait à moitié arraché l'étiquette en déclarant à la guérisseuse :
« Je dois confisquer ça. Il avait gribouillé quelque chose sur un papier et lui avait tendu la fiole sans étiquette : là, c'est illisible, vous devriez faire attention, on ne sait jamais… »
La vieille femme n'était pas une imbécile, mais pas une comédienne non plus. Le Slytherin pouvait presque voir les engrenages tourner dans sa cervelle alors qu'elle réalisait qu'il était de son côté, lui, le fils de Saturnus Nott. Il avait continué sa tache, pesé, évalué, vérifié. Les irrégularités étaient nombreuses, et il le savait pour avoir aidé Emilie à altérer les proportions des recettes d'origine. Il avait poursuivi sur sa lancée et choisi avec soin ce qu'il saisirait : il ne prit que quelques mesures infimes de potions compliquées, comme l'anti-Cruciatus et transféra le trop plein dans un autre récipient qu'il tendit sans un mot à la guérisseuse qui l'observait. De la lotion contre l'exéma et du baume anti-brûlures il prit tout l'excédent : n'importe quel cinquième année pouvait faire cela et madame Pomfresh y parviendrait seule sans problème.
Au bout d'un moment, il s'était installé au bureau de la guérisseuse et avait mis ses notes au propre, tracé un tableau en confrontant les déclarations et ce qu'il avait trouvé, puis il avait fait un paquet avec ce qu'il avait confisqué et était parti trouver son ancien chef de maison, le cœur battant et les mains moites. La marche jusqu'au bureau du directeur lui avait permis de se remettre un peu et il essaya de se mettre dans la peau du négociant en Potions sûr de lui, et fils insoupçonnable de l'un des premiers Mangemorts. Il lui fallut quand même essuyer ses mains à plusieurs reprises sur son pantalon. Quand il pénétra dans le bureau du directeur, celui-ci eut devant lui le Theodore Nott que tous connaissaient : regard de myope, visage à peu près inexpressif, cheveux emmêlés, mais tenue impeccable. Son rapport fut épluché ligne après ligne et on ne lui proposa pas de s'assoir. De temps à autre le Maître des Potions braquait son regard de basilic sur l'élève qui lui rendait de son côté son plus beau regard de hibou. Snape avait fini par valider le travail du Slytherin :
« J'aimerais qu'à l'avenir vous exerciez un contrôle régulier de ces potions, monsieur Nott. Il est naturel qu'un dérapage se produise, une fois, mais j'aimerais qu'à l'avenir il n'y ait plus d'ambiguïté dans le dosage, ni de Potions qui circulent dans l'école. »
Nott avait hoché la tête, mais Snape n'en avait pas fini avec lui :
« Comment se portent les affaires de Mercury, monsieur Nott ? Je n'ai pu m'empêcher de noter que plusieurs pièces comptables avaient été échangées entre vos entreprises et le service administratif de Poudlard.
-Bien, monsieur, avait répondu l'étudiant.
-Votre père a placé une grande confiance dans vos capacités, vous devez en être fier, n'est-ce pas ?
-Oui, monsieur.
-Vous savez que c'est à vous que reviendra la tâche de représenter la famille Nott lorsque votre père disparaîtra. Il est particulièrement anxieux de vous voir cultiver les bonnes associations et d'éviter les fréquentations déplacées. Je sais, avait repris Snape en constatant qu'il n'obtiendrait pas de réponse : je sais que vos études et la gestion de Mercury accaparent votre temps, mais entretenez vos amitiés et choisissez avec soin vos interlocuteurs. Je n'aimerais pas avoir à sanctionner un manquement dans votre comportement, monsieur Nott.
-Non, monsieur. »
Theodore Nott avait quitté les lieux sans hâte, mais avec son cerveau fonctionnant à toute la vitesse dont il était capable. Il se força à se calmer et attendit de rentrer dans son dortoir pour s'affaler sur son lit avec une feuille et un crayon, les rideaux fermés autour de lui, avant de se mettre à décortiquer tout ce que la brève conversation lui avait enseigné.
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La première leçon d'apparition avait eu lieu le surlendemain de l'attaque perpétrée sur Marietta et Emilie. Les douleurs et les tremblements avaient cessé, heureusement, mais elles restaient fatiguées. Emilie avait pu découvrir les joies des premiers essais et ratages, quand elle était censée réussir à apparaître d'un cercle à l'autre, dans la grande salle. Ce n'était pas évident, et les mises en garde ne faisaient rien pour les mettre en confiance. Elle se souvenait encore de l'allure étrange qu'avait eue Theodore l'année dernière, quand il avait sectionné une partie de ses cheveux en ratant un essai.
Il n'y avait pas encore eu d'incident, mais les professeurs avaient dressé les élèves dans des boucliers qui leur permettaient pour l'instant de se concentrer sur leur personne, sans penser à tout le reste, cheveux, habits etc. Une fois que cela était acquis, on ôtait une partie du bouclier : il fallait penser au corps et aux chaussures, par exemple. Etc, etc. Ce n'était quand même pas gagné, et ils se concentraient tellement au début que la moitié de leur classe avait une bonne migraine après une heure d'efforts.
Les leçons étaient rassemblées sur deux mois, à raison de trois par semaine, ce qui était plus intensif que le programme des sessions précédentes. Le brevet ne serait plus délivré au Ministère, mais à Poudlard, au terrain de Quidditch, par des fonctionnaires venus exprès constater les compétences des élèves. Pourquoi ? se demandait-on. Peut-être que le Ministère avait des difficultés ? murmurait-on le soir, tout bas. Effectivement, les informations filtraient tout doucement : on ne savait pas ce qui se passait, mais plusieurs services semblaient complètement désorganisés. Potterwatch insinuait que la résistance torpillait l'administration et que plus rien de fonctionnait. Où était la vérité ? Emilie se méfiait car, comme l'avait suggéré Theodore, la propagande existait des deux côtés.
Les personnes que Marietta et Emilie avaient dû impliquer lorsqu'elles avaient prétendu être sous l'influence du Veritaserum avaient toutes été châtiées. Emilie n'avait plus osé regarder Peter en face, honteuse de l'avoir dénoncé. Cela avait été pareil pour Marietta vis-à-vis de Roger Davis avec lequel elle avait un vieux contentieux, datant de l'épisode Ombrage, mais à qui elle n'aurait jamais souhaité être torturé par le Cruciatus. Les deux garçons, et les trois autres personnes impliquées d'ailleurs, avaient assuré les deux Serdaigles qu'ils ne leur en voulaient pas. Ils avaient reçu des soins dès leur retour dans leurs quartiers, mais ils n'avaient pas été aussi durement traités que les deux filles. Les Carrow avaient-ils volontairement restreint leur sadisme ? Avaient-ils reçu des consignes ? Mais de qui ? Snape ? Pourtant, la cruauté du directeur était considérée comme pire que celle des deux Mangemorts depuis que la rumeur lui avait attribué les Cruciatus endurés par sa propre fille.
Une semaine de calme, avec quelques frayeurs pour Marietta et Emilie au sein de la Forêt interdite chaque nuit, mais cela faisait du bien après des mois de dégradation, d'embuscades et d'espionnage. Le changement fut d'autant plus radical lorsque les Gryffondors sortirent enfin de leur apathie et frappèrent, comme toujours, avec panache, brisant le fragile statut quo.
