38 | Les bienfaits de la détente

"Iris ? Iris, tu comptes dormir toute la journée ?", me souffle Sam à l'oreille, sa main sur mon épaule.

"Quoi ?", je sursaute. Il est assis sur le lit, une tasse de thé fumante à la main.

"Il est presque 11 heures, Iris. On est d'astreinte quand même", il remarque - presque il s'excuse.

"Ah oui", je souffle, embarrassée. "Tu es levé depuis… longtemps ?"

"Presque deux heures... J'ai appelé le coordinateur de la Police, Goldenfish, j'ai les noms et les positions des équipes... Pour l'instant, rien à signaler."

"Il fallait me réveiller !"

"Bah, je pensais que tu allais finir par le faire naturellement"

"Ok", je soupire en acceptant la tasse de thé qu'il m'a apportée.

"Y a tout un petit déjeuner, si le coeur t'en dit..."

"J'arrive", j'accepte immédiatement. Je pose la tasse pour attraper à l'aveugle un pull et un pantalon. "Rien à signaler alors ?", je questionne une fois que je suis attablée devant une pile fumante de pancakes au bacon.

"D'après le coordinateur ? Non", il répond sobrement.

"Mais ?", je le relance obligeamment - je peux faire ça.

"Mais vus les enjeux, je pense qu'on devrait aller faire un tour", il confirme.

"'On', Grand Chef ?", je souris. Il ne faudrait pas non plus que sous prétexte d'être amoureux de moi, il m'offre trop de passe-droits. Je ne crois pas que ça fonctionnerait longtemps.

"Moitié, moitié. Je n'envisage pas de rester là et de te laisser faire tout le boulot - et pas parce que tu ne te prénommes pas Eolynn", il précise.

"Je sens que tu as déjà prévu le partage", je cède facilement.

"En effet - puisque tu es jeune, tu aimes les voyages, alors à toi l'Écosse !"

"Ailenn Scott et Deborah Moore", je comprends. "Ce n'est pas moitié, moitié, ça, Auror McDermott."

"Cambridge me dit bien par ce beau temps", il répond, les yeux vers la fenêtre. "Restent Emilia et Rhosyn... Choisis !"

"Je ne sais pas à quoi ressemble Rhosyn, la fleuriste.. J'aime autant que tu ailles voir Emilia, l'effrayée", je badine.

Ça le fait tousser de rire.

"J'aurais pu en profiter pour t'acheter des fleurs !"

"Zut, bon, Ok, dans ces conditions, et uniquement parce qu'elle est fleuriste, je te laisse Rhosyn alors..."

"Tope-là", il sourit.

"Ce n'est pas totalement professionnel, tout ça", je soupire en me demandant si c'est moi qui complique à loisir les choses.

"On va vérifier sur place que le boulot est fait", il me rappelle. "Et si tu veux tes fleurs, tu ne te laisses pas intimider, hein, tu vérifies qu'ils sont bien placés, alertes et indétectables ; qu'ils ne se contentent pas du visuel, qu'ils s'inquiètent des lettres, du téléphone, des éventuels démarcheurs... Bref, tu leur mets la pression !"

"Je ferai de mon mieux", je promets, intimidée malgré moi mais contente qu'il ne m'ait pas suivi sur le terrain glissant de l'apitoiement sur soi-même.

oo

Je commence par l'Écosse parce que c'est le plus loin. Je ne m'inquiète pas de la météo et je suis accueillie dans le village d'Ailenn Scott par une pluie fine et froide qui ne me laisse qu'une alternative - imperméabiliser magiquement mes vêtements. Autant pour la discrétion, je regrette, m'attendant plus ou moins à me faire sauter dessus par deux policiers dans la seconde, mais rien ne se passe.

Suffisamment près de la maison de Ailenn et Calvin Scott pour voir qu'ils ont jeté une bâche transparente sur leurs vélos, j'hésite un peu sur la marche à suivre. Je sors ma baguette et lance un sort de localisation qui revient bredouille. Évidemment. Soit ils ne sont pas là ; soit ils se sont mieux protégés que cela. Je sors donc mon miroir et souffle le nom du chef de l'équipe : Lakshman Kulkarni.

"Kulkarni", il répond.

"Lupin - Auror Iris Lupin", je précise, mon prénom ayant ici une importance cruciale. "Je viens voir si tout va bien..."

"Vous vous approchiez d'un mètre de plus de la maison, on vous appréhendait."

"Je m'en suis doutée", je réponds en me demandant trop tard si je n'aurais pas dû être plus sèche et balancer un truc comme : "Sans doute trop tard". Sam était capable de ça ; selon lui par timidité. Moi, non, et sans doute par timidité aussi. "Vous êtes où ?"

"Dans le bosquet en face de vous ; si vous pouviez faire le tour par la maison blanche à droite... discrètement..."

"J'arrive."

Je reviens sur mes pas et fais un détour bien plus important que celui suggéré par Lakshman Kulkarni pour les rejoindre afin de déjouer les curieux courageux qui s'intéresseraient à une fille qui affronte la pluie battante avec un petit blouson en cuir sans capuche ni parapluie. Je ne les repère, emmitouflés sous des capes de camouflage en milieu naturel, qu'au dernier moment. Un point pour eux.

"Une belle journée de printemps", je commente en m'accroupissant entre eux deux. La deuxième est une femme et je la connais. Elle était à Serdaigle la même année que Kane et moi ; a suivi les mêmes cours avancés de Défense que moi ; a été recalé à l'examen d'entrée de formation d'Auror pour des raisons que je n'ai jamais pris la peine de connaître. J'opte pour la simplicité : "Salut Colleen !"

"Bonjour, Iris", elle répond avec un peu de distance. Il y a un temps de silence embarrassé et elle rajoute : "On ne savait pas qu'on enverrait les Aurors nous surveiller.. alors qu'on surveille des Moldus qui ne sortent même pas de chez eux !" Il est clair que ça lui semble disproportionné.

"Je ne sais pas ce qu'on vous a dit. Mais cette affaire est sous pilotage politique chez nous au plus haut niveau, et je pense que le Commandant aurait la tête de quiconque ferait la moitié de son boulot..."

"Tu veux dire ta mère ?", elle vérifie.

"Oui, mais je ne crois pas que ça me sauverait de quoi que ce soit", j'insiste. Sam veut que je leur mette la pression, allons-y. "Rien à signaler ?"

"Depuis qu'on est là ? Il pleut. Ils sont dedans. La mère cuisine ; le gamin fait des constructions devant la fenêtre", raconte Colleen après un regard rapide pour Lakshman Kulkarni qui n'a pas jugé bon de m'adresser la parole.

"Ils ne sont pas sortis ? Personne s'est approché ?", je vérifie.

"Non, Iris", confirme Colleen. "Mais on craint quoi ?"

"Et l'équipe précédente, rien à signaler ?", je continue sans répondre à sa question.

"Je suis sûr que vous avez accès à son rapport, Auror Lupin", articule Lakshman Kulkarni avec un agacement marqué. Il a une voix grave et profonde qui me fait penser à Shacklebolt ; apprécierait-il la comparaison ? Pas sûr, il me semble qu'il est plus prêt au conflit qu'autre chose.

"Ils s'étaient placés au même endroit ?", je questionne en le regardant dans les yeux. S'il veut un conflit, il peut y aller.

"Non", il répond à contrecoeur, après de longues secondes, où j'ai eu le temps de me demander si j'allais devoir réciter le règlement pour qu'il arrête de me traiter comme une gamine gâtée. "De l'autre côté de leur maison - dans les champs derrière. On s'est dit qu'il était toujours plus sûr de changer. On fait notre boulot, Auror Lupin, pression politique ou pas", il rajoute presque avec amertume.

"Parfait, Sergent Kulkarni", je réponds, formelle mais chaleureuse. "Vous surveillez les communications moldues ?"

"Pas de courrier ce matin ; le facteur ne s'est pas arrêté. Le téléfil à phone a sonné - c'était la mère de la femme ; la conversation était tout à fait ordinaire", répond le sergent, enfin factuel.

"Ailenn n'a pas de téléphone portable ?", je questionne sans relever sa déformation des mots moldus.

"Nous n'avons eu aucune information en ce sens", se défend Kulkarni.

"Ça m'étonnerait qu'elle n'en ait pas un... mais de là à ce que des avocats sorciers trouvent son numéro... Faudrait peut-être quand même qu'on se pose la question..."

"Des avocats sorciers ?", relève Colleen, et je soupire.

"Le dossier dit bien que c'est un témoin potentiel, Colleen, non ? On ne voudrait pas que des avocats un peu entreprenants la dissuadent de témoigner ou trouvent le moyen de la discréditer. D'où votre présence, importante, et ma visite...", j'explique.

"Ok", souffle Colleen impressionnée, et je me demande ce qu'elle savait. Même Lakshman Kulkarni a l'air de peser ma remarque.

"Vous êtes là jusqu'à quelle heure ?", je reprends.

"On sera relevés à 18h", soupire Kulkarni et je comprends bien que tant d'heures à venir sous la pluie et dans la boue ne l'enthousiasment pas. Je crois que si je devais rester là, je soupirerais.

"L'Auror McDermott et moi sommes d'astreinte jusqu'à minuit. N'hésitez pas à nous appeler et à inviter ceux qui vous succéderont à le faire", j'indique.

"Vous faites le tour de toutes les surveillances ?", s'intéresse Colleen. Et Lakshman Kulkarni a l'air lui aussi curieux de ma réponse.

"Oui, on voit tout le monde. On s'est partagé les témoins", je réponds en souhaitant sincèrement qu'ils entendent qu'on ne s'est pas partagé les équipes.

"J'espère que vous êtes rassurés, Auror Lupin."

"Je n'étais pas inquiète mais méthodique, sergent Kulkarni", je lui souris. Il opine, toujours sur ses gardes mais un peu plus décontracté quand même. "Contente de t'avoir revue, Colleen, on se recroisera sûrement", je rajoute en me redressant. Mes cheveux sont trempés et la pluie coule sur ma peau s'insinuant de manière fort désagréable sous mes vêtements imperméabilisés.

"Sans doute. Ça se passe bien ? Je veux dire, j'imagine, hein, t'as eu ton diplôme, mais.. tu es contente ?", elle questionne avec un mélange de gêne et de curiosité.

"Plutôt", je réponds avec sincérité. "Et toi ?"

Elle hausse les épaules mais se contente d'une réponse impersonnelle : "Plutôt aussi."

"Bon courage à vous deux", je conclus en me redressant.

"Tu vas où, maintenant ?", insiste Colleen.

"Deborah Moore", je réponds en me demandant si je devrais mentir. Ils vont sans doute prévenir l'équipe sur place.

"Oh, tu vas revoir Aidan, alors - Aidan Logan, tu te souviens de lui !?", signale Colleen avec un nouvel entrain.

Une rougeur doit traverser mon visage à la mention d'un rares des mecs avec qui j'ai dû dépasser la barre des quinze jours de flirt. Aidan avait un an plus que nous. Brun et râblé. Oui, j'ai des goûts relativement stables depuis un moment.

"Quelle bonne surprise", je mens donc en prenant congé.

ooo

Je trouve Aidan Logan et son supérieur, Barthelemy Larrimer, carrément installés au coin de la cheminée du Chaudron Ailé - le pub restaurant de Deborah Moore. Elle a fini par prendre la suite de son père, elle me raconte simplement en me conduisant à eux et en m'annonçant joyeusement : "Votre collègue est arrivée !"

"Attendre sous la pluie n'aurait pas eu beaucoup de sens", m'oppose Larrimer quand je m'étonne un peu sèchement de leur localisation et de leur manque de discrétion.

"L'idée est quand même d'assurer une protection et une surveillance discrètes !", je m'agace sans détour.

"Asseyez-vous, Auror Lupin, prenez un bol de soupe et une bièreaubeurre, c'est une bonne adresse, et vous êtes trempée !"

Je m'assois avant d'avoir réfléchi aux tenants et aux aboutissants de mon acceptation.

"Salut Iris", souffle Aidan quand je suis installée en face de lui. Il n'a pas beaucoup changé. Toujours des yeux doux, presque naïfs. Toujours une mèche brune qu'on aurait envie de remonter.

"Vous vous connaissez en plus ! Je vais pouvoir dire que je connaissais votre mère avant qu'elle n'épouse notre professeur de Défense contre le mal, alors !", s'exclame Larrimer ravi. De mieux en mieux.

"Et si on parlait plutôt de cette protection ?", je lui oppose en faisant de mon mieux pour avoir une voix égale et déterminée. J'avale lentement deux cuillers de soupe qui est en effet excellente et me sauve sans doute d'une congestion pulmonaire aussi sûrement qu'une dose de Pimentine.

"La journée est calme, peu de clients de longue durée ; Deborah Moore a accepté qu'on s'installe ici ; ça la rassure, vous pouvez lui demander - vous avez vraiment les yeux de votre mère, on a déjà dû vous le dire ?", répond Larrimer avec cette espèce de bonhomie forcée que je trouve horripilante. Aidan Logan a l'air de le sentir mais ne dit rien. Sans doute, ça ne serait pas très bien pris. A moi de me défendre toute seule, je décide.

"Sergent Larrimer, si vous pensez me mettre à l'aise..."

"Vous êtes une jeune Auror sérieuse - pas de doute ; pour venir vérifier qu'on surveille bien une femme consentante..."

"Vous la protégez", je corrige, et Aidan grimace furtivement sentant venir le conflit.

"Merlin, la dame ne me paraît ni en danger ni...", s'agace Larrimer sans beaucoup de précaution ; des clients accoudés au bar tournent la tête vers nous.

"Elle vous a pourtant dit que votre présence la rassure", je le coupe en sortant ma baguette pour placer un sortilège de silence autour de nous. Ma précaution fait son petit effet. "Ne prenez pas tout cela à la légère parce que j'ai l'air d'une gamine, que c'est le week-end ou qu'il pleut. On ne la mettrait pas sous protection si les risques étaient inexistants, Sergent Larrimer. On ne nous mettrait pas en plus de vous sur l'affaire si les enjeux n'étaient pas élevés..."

"Crofton a dit lui-même que c'était peu probable à ce stade", il essaie de protester.

"On l'appelle si vous voulez", je propose en sortant mon miroir.

"Merlin, Auror Lupin !", il soupire. "Il n'y a pas mort d'homme tout de même ! Ce côté intransigeant, je me demande de qui vous le tenez !"

"Je n'ai jamais vu aucun de mes parents ne pas aller au bout de ce qu'ils devaient accomplir", je lui oppose. "Vous êtes là jusqu'à 18 heures comme les autres ?" Il opine à contrecoeur. "Alors vous vous relayez, vous vous grimez, mais vous ne restez pas là plantés à manger de la soupe ensemble et à la même place. Vous faites particulièrement attention si quelqu'un essaie de lui parler au-delà d'une commande. Ça peut être un homme, ça peut être une femme. Tout est possible. Et vous nous faites un rapport direct en plus de celui pour votre coordinateur. Je suis claire ?", je questionne réalisant à la fin de ma tirade que je n'ai jamais engueulé quelqu'un comme je viens de le faire, en me référant à une autorité morale qui viendrait du titre que je porte. C'est assez troublant, finalement.

"Oui, oui. Vous êtes toujours comme ça ?", soupire Larrimer.

"Non, là, c'est le week-end, je suis détendue", je lui oppose en me levant, laissant la soupe à moitié mangée et la bièreaubeurre non entamée. "Aidan, une autre fois, avec plaisir."

oooo

Je prends soin de sécher l'intérieur de mes vêtements et mes cheveux avant de retransplaner vers Londres. Je déteste être mouillée quand je transplane. Je trouve que ça amplifie toutes les mauvaises sensations liées à ce transport magique. La rue de banlieue où réside Emilia Poole est toujours aussi pouilleuse mais, si les nuages sont bas, il ne pleut pas. Mon miroir vibre quand j'entre dans la rue à la recherche de la camionnette dans laquelle le sergent Hendry Niven m'a dit être caché avec une certaine Shannen Sherbune.

"Oui, Grand Chef", je réponds après avoir vu le visage de Sam.

"Tu en es où ?"

"J'arrive à Londres chez Emilia", je réponds en me disant qu'il comprendra que je ne le regarde pas.

"Seulement maintenant ? Des complications ?", il s'inquiète.

"J'ai dû exercer pas mal de pression sur les... gens en place", je formule en me disant que parler de policiers dans une rue moldue d'un quartier défavorisé n'était pas la voie la plus discrète.

"Ah, toi aussi !?"

"Presque à avoir envie d'appeler Crofton - il ne leur a pas mis tant de pression que cela, je trouve... Sans compter qu'entre ceux qui m'ont connu à l'école et ceux qui me prennent pour une gamine, faut que je travaille ma communication !"

"Bon exercice", il se marre sans pitié, et je l'aime pour cela.

"Tu veux que j'appelle Crofton ?"

"Ne faisons pas un drame. J'allais appeler le coordinateur pour en rajouter une couche ; ça suffira peut-être..."

"T'as fini ?"

"Oui, et... en fait, ma soeur Samantha est là ; elle vient d'arriver. Elle avait peur que mon appartement ne soit pas assez... propre pour mes parents, alors elle est venue aujourd'hui... son mari garde les enfants."

"Non ?!" Je ne peux m'empêcher de rigoler dans la rue. Je suis plus ordonnée que ma mère par exemple mais j'ai appris avec Sam une nouvelle dimension systématique du rangement et du ménage. Mais on a toujours un maître, visiblement.

"Je vais donc l'accompagner là-bas... et, si elle ne part pas dans un ménage de printemps... peut-être lui faire visiter Londres avant qu'elle reparte dans sa cambrousse..."

"Je t'appelle quand j'ai fini ; je veux la voir."

"Tu ne bâcles rien", il a le culot d'ajouter.

"Oui, chef. Toi, tu la retiens le temps qu'il faut !", je lui oppose - pas du tout prête à reculer sur ce terrain-là.

A la fin de notre conversation, je suis arrivée à la fameuse camionnette blanche garée en face d'Emilia Poole. Un inscription un peu effacée proclame "peinture rapide et soignée, devis gratuit". Je toque trois fois. Une fille qui doit bien avoir cinq ans de plus que moi m'ouvre. Son visage ne me dit rien.

"Bonjour Auror Lupin", elle me reconnaît.

"Bonjour, bonjour", je réponds en entrant. Je sens le sortilège d'illusion qui m'enveloppe. Mon entrée doit être invisible aux Moldus. "Bonne planque !"

"Merci Auror Lupin", me répond lentement Hendry Niven - encore un qui a l'âge d'avoir connu ma mère. A côté de sa tête, une petite fenêtre donne sur la maison de Emilia. Sur une table de camping dépliée dans la camionnette, il y a un scrutoscope et un parchemin qui représente la rue et les gens qui l'emprunte sous la forme de petits points. "Si l'un d'eux était un sorcier, la couleur changerait", explique Niven qui a suivi mon regard.

"Elle est différente pour Emilia Poole ?", je questionne à brûle pourpoint.

"Elle n'est ni grise comme les moldus ni dorée comme un sorcier", répond Shannen Sherbune, en me montrant alternativement un passant, nos points dans la camionnette et celui de Emilia Poole dans sa maison. "Elle est argentée. Vous savez pourquoi, Auror Lupin?"

"Cette fille voit les auras, alors ça m'aurait étonné qu'elle apparaisse comme n'importe quel moldu... Le Département des mystères aurait peut-être une réponse...", je formule en me demandant sincèrement si elle croit que j'ai des connaissances théoriques aussi développées.

"C'est pour cela qu'on la protège ? Parce qu'elle voit naturellement les auras ?", s'intéresse encore Sherbune.

"J'en ai un peu marre de jouer aux devinettes", je soupire. "Est-ce que je peux vous demander comment vous a été présentée la mission ?"

Ils se regardent puis la jeune femme répond : "Bah, que c'était à la demande de la Division, que la Police avait promis sa coopération, que la surveillance risquait de durer mais qu'au début, on ne savait pas exactement ce qu'on devait surveiller..."

"Des heures supplémentaires à la clé ont fini de réunir les effectifs nécessaires", rajoute Niven.

"J'ai du mal à croire que Crofton n'ait pas dit à quel point.."

"C'est un de ses adjoints qui a mis sur pied la protection", s'empresse de préciser Shannen Sherburne. Je dirais qu'elle ne porte pas l'adjoint dans son coeur.

"Eh bien, il n'a pas tellement de sens politique ; si je balançais ça à ma hiérarchie..."

"Et vous êtes bien placée pour le faire", glisse Niven au même moment où un bruit sec comme un pétard se fait entendre dans l'habitacle. "Un sorcier dans la rue", il rajoute s'emparant brutalement du parchemin de localisation. Sa collègue a tiré sa baguette en même temps que moi. "Il vient vers nous, sur notre trottoir", il rajoute, et nous nous collons tous les trois aux sièges à l'avant, mais la rue est trop longue.

"Il marche ce camion ?", je questionne.

"Comment ça ?", marmonne Niven.

"On pourrait transplaner, mais le plus discret est qu'on s'approche en camion", j'explique.

Shannen Sherburne a déjà pris place au volant et démarré le moteur.

"Je suis née moldue", elle indique en guise d'explication. "Ce camion est à un de mes frères... il est peintre en bâtiment..."

"Je sais conduire aussi", je lui apprends alors qu'elle s'insère avec fluidité dans la circulation. Je me suis assise à ses côtés.

"Non ?!", elle se réjouit avec une simplicité qui me touche alors que la camionnette remonte la rue assez vide en ce samedi après-midi.

"C'est une femme", indique Niven derrière nous dès que nous sommes en capacité de mieux voir la personne qui arrive drapée dans un trench coat beige et le nez en l'air.

"Mais, c'est Hermione !", je réalise. "C'est une des experts du département des Mystères qui bossent sur ce dossier !"

"Le Département des Mystères", répète Niven avec révérence.

On s'arrête avec un assez violent crissement de pneus devant Hermione qui sursaute, plonge sa main dans sa poche avec un réflexe que nous tous professionnels ne pouvons qu'apprécier et puis me reconnaît.

"Iris ?"

"Monte Hermione", je propose en me serrant pour lui faire une place. "Roulons, lentement, dans le quartier ; on revient se garer devant chez Emilia", je rajoute - Shannen Sherburne obéit avec juste un signe de tête. "Qu'est-ce que tu fais là, Hermione ?"

"Eh bien, d'abord je n'arrivais pas à travailler chez moi - tu devrais voir le bazar dans lequel s'est lancé Ginny pour Brunissande, Iris ! Au fait, tu viens demain ?"

"Je fais mon possible ; mais qu'est-ce que tu fais là ?", j'insiste, pas prête à me laisser distraire par la mention des fêtes de famille. "On surveille les témoins pour que les avocats ne viennent pas les intimider ou les amènent à se disqualifier... et toi, tu débarques sans prévenir. Je ne t'aurais pas reconnue, ces deux policiers t'auraient arrêtée. Ça aurait fait désordre que Ron doive venir te chercher, non ? !"

Hermione a un regard circulaire, prenant la mesure de Niven et Sherburne.

"Désolée... mais plus je lisais ce journal et plus j'avais envie de parler à ces filles... Poole était la moins loin et elle voit les auras, Iris !"

"Tu aurais dû prévenir la Division et la Police", j'insiste.

"Je le réalise bien maintenant - Ron va être furieux quand il va savoir...", soupire Hermione.

"Vous êtes la femme de Ronald Weasley ?", s'informe sobrement Niven, toujours debout derrière nous, cramponné au siège avant alors que Shannen Sherburne prend un rond-point avec juste un petit peu trop d'angle pour notre confort.

"Exactement."

"J'aime bien votre mari - il est direct et franc - et je savais que sa femme bossait au Département des Mystères. Enchanté, Hendry Niven."

"Hermione Weasley."

"Et tu allais voir Emilia Poole ?", je coupe leurs mondanités.

"C'est important, Iris."

"Sawbridge et Cresswell s'y sont opposées", je lui rappelle.

"Pas exactement. Elles ne voulaient pas qu'on les intimide... je ne vais l'intimider, Iris", plaide Hermione.

"Comment le sais-tu ? Quand on a sonné à sa porte, elle a fait exploser les vitres de peur ! Ça ne serait pas très discret si ça se reproduisait !", j'argumente. Les deux policiers écoutent de toutes leurs oreilles. Je ne peux pas leur reprocher. A leur place, je serais folle de ne pas en savoir plus.

"Mais elle vous a parlé ?", questionne Hermione l'air plus intéressé encore qu'autre chose.

"Quand on l'a eu rassurée, oui", je reconnais.

"Donc, tu la connais. Tu peux me présenter ?"

"Hermione...", je tente de résister.

"Iris, tu veux un rapport complet qui convainque le Magenmagot lundi ?", elle insiste. "Je dois comprendre, Iris. Je dois me faire ma propre opinion pour pouvoir interpréter les résultats tels que Douglas Kelvin les a retranscrits !"

Au nom de l'accusé, Sherbrune s'est raidie et Niven s'est éclairci la gorge. Autant pour la confidentialité de l'enquête, je regrette. Reste à limiter les fuites.

"Dépose-nous au prochain croisement, on va finir à pied", je demande donc à Shannen Sherbrune.

"Bien sûr, Auror Lupin."

ooooo

Quand je sonne à la porte de Sam, une heure plus tard, je suis assez fourbue de toutes mes aventures, et la discussion entre Hermione et Emilia pas moins que le reste.

"Vous n'avez pas fini ?", je questionne.

"Ne m'en parle pas !", ronchonne Sam en renfermant la porte. "Même avec la magie, on y passe des heures, mais on doit s'approcher de l'acceptable pour la princesse Samantha..."

"Ton amie est là ?", questionne alors une voix dans la chambre, et je vois la fameuse Samantha en sortir. Je crois que je l'aurais reconnue dans une foule. Elle est presque aussi grande que Sam. Un peu forte mais proportionnée et l'air décidé. Leurs visages sont aussi identiques que le masculin et le féminin le peuvent. Plus que Kane et moi, pour faire court.

"Samantha, Iris", nous présente Sam, laconique, presque boudeur.

"Enchantée", on affirme en même temps et en se serrant la main. Ses yeux sont différents de ceux de mon amoureux, plus en amande, plus clairs aussi, je note.

"Je ne sais pas si j'aurais osé vous reconnaître dans la rue... Je me souviens d'une gamine avec des nattes brun foncé et des yeux gris... Vous êtes devenue une belle femme !", indique Samantha.

"Merci, mais il n'est pas nécessaire de me vouvoyer... Franchement, ça me gênerait plus qu'autre chose !", je l'implore.

Samantha a un regard pour son frère et je dirais que dans la réponse muette de Sam, il y a presque du défi.

"D'accord, Iris, tutoyons-nous", elle accepte.

"Vous avez fini ?", je m'enquiers puisqu'elle a l'air d'être décisionnaire en la matière.

"Je pense que oui", soupire presque à regret Samantha. "Vous... toi aussi ?"

"On va voir ce qu'en dit le chef", je réponds avec un clin d'oeil entendu.

"Oui, faisons ce rapport pendant que Samantha finit son inspection", décide Sam en me montrant la cuisine étincelante du menton. "Tout ça est confidentiel", il rajoute pour Samantha qui opine nerveusement.

"T'arrête de te faire mousser devant ta soeur !", je proteste quand nous sommes tous les deux.

"Je viens de me faire engueuler pendant deux heures ; on peut égaliser un peu, non ?"

Je décide de laisser tomber et je lève les deux mains.

"Alors, tu es restée des plombes chez Emilia Poole !?", il me relance après avoir lancé un sortilège de silence autour de nous.

"Hermione a débarqué pour la tester", je raconte. "Et heureusement que j'étais là, parce que Niven et Sherburne étaient les plus sérieux des trois équipes que j'ai vues. Ils ne l'auraient pas ratée... "

"Hermione", soupire Sam.

"Avant que tu te demandes si tu mets ça dans le rapport, je vais te raconter leur entretien", je continue.

"Tu.. tu ne l'as pas laissé faire !", s'angoisse mon pauvre chéri.

"Sans surprise, Emilia a vu l'aura de Hermione - un ciel pur de printemps, ensoleillé mais doux, je cite. Ça lui a plu et, comme je l'accompagnais, elle n'a pas eu de réactions violentes de peurs, etc."; je continue.

"Iris, tu déconnes !"

"Emilia était tellement détendue qu'elle nous a offert du thé", je continue imperturbable - enfin, faisant de mon mieux pour l'être. "Quand je lui ai dit à Emilia qu'elle était protégée, que deux personnes étaient dans la camionnette blanche en face de chez elle, elle a été ravie. Elle m'a dit : 'Oh, c'est pour cela que j'avais l'impression que du vent voulait en sortir ?' T'imagine ?"

"Iris...", se désole Samuel, toujours inquiet du retour des chefs, je me dis. Faut qu'il se rende compte.

"Bref, elle était aussi positive que possible et, forte de ça, Hermione a pu lui faire des tas de trucs, des tas de magies instinctives : attraction, répulsion, allumer une bougie, l'éteindre... Pas plus de deux essais à chaque fois... comme si elle avait réellement des capacités magiques dormantes, et tu sais quoi, sur la carte, après, son point étaient plus doré après qu'avant !"

"Quel point ?", soupire mon Sam à moi, et je suis contente qu'il ait lâché l'avis des chefs. C'est qu'il m'écoute.

"Niven et Sherburne ont fait une carte de surveillance de la rue ; les seuls qui y ont pensé, d'ailleurs. Les Moldus y apparaissent comme des points gris. Les sorciers comme des points dorés - c'est comme cela qu'on a repéré Hermione. Emilia Poole affichait un point argenté avant les expériences avec Hermione. Son point était beaucoup plus doré après !"

"Merde", soupire Sam en secouant la tête.

"Quoi ?"

"Tu ne vois pas ce que ferait un avocat de ça ? Comment dire que c'est Kelvin qui a changé son coeur magique si n'importe quel sorcier peut l'instruire et lui faire réussir des sorts ? Elle est peut-être une sorcière jamais détectée ou formée, c'est rare mais ça arrive. Et un témoin de perdu..."

" Hermione voulait aller voir les autres !", je m'alarme. "Je lui ai dit de passer par la police, de prévenir mais..."

"Il faut l'arrêter immédiatement, Iris", soupire Sam.

ooooooooooo

Notes

Ellen Faver en 2012, Cambridge, Libraire

Morwen Teague en 2009, actrice, Cambridge

Emilia Poole en 2006, banlieue éloignée de Londres - Police : Hendry Niven et Shannen Sherburne (née moldue, frère peintre en bâtiment)

Ailenn Scott en 2004 - Ecosse un fils Calvin - Police : Lakshman Kulkarni

et Colleen Temple (Serdaigle même année que Iris)

Rhosyn Harper en 2001- fleuriste, Londres

Deborah Moore (sorcière) en 1999 - Ecosse - Police : Bart Larrimer et Aidan Logan (ancien amoureux de Iris),

ooooooooo

Je crois que l'anniversaire de Brunissande va venir que dans le prochain qui s'appelle - "Les choses en grand" - ça pose le décor, il me semble.

Merci au huit cartes postales de la semaine dernière, record à battre ! Ne me dites pas que rien de vous inspire un petit mot dans tout ça - de l'ancien amoureux de Iris à Hermione sur le terrain, en passant par la soeur de Sam.

Bonne semaine.