Résumé : Harry, confronté aux attaques de plus en plus dures et violentes de Voldemort et Lucius, se préparent au combat final avec Severus… Parviendra-t-il à survivre à la Malédiction des Ombres ? C'est enfin le temps des révélations… Qui est l'espion de l'ombre ? Qui est le mystérieux langue de Plomb, père de Voldemort ? Bonne lecture…
ATTENTION CE CHAPITRE EST EXTREMEMENT DIFFICILE ET GLAUQUE. Il est cependant essentiel pour la fin de mon intrigue et était 'en quelque sorte' annoncé depuis déjà très, très longtemps (depuis le chapitre 15 en fait). J'ai longtemps hésité, faire une complète ellipse de ce passage, finalement, j'ai choisi de présenter la scène brièvement, elle ne sera pas développée plus que nécessaire, les violences seront cependant fortement suggérées à la fin de ce chapitre et ne laisseront guère de doute sur le sort du brun. Ames sensibles s'abstenir… Bonne lecture à tous…
Harry Potter et le mystère du Langue de Plomb
Chapitre 36 : L'âme violée
(POV Harry)
« Ca suffit ! On arrête ! Je n'en peux plus ! »
Je me relevais, perclus de douleurs et de courbatures, refusant obstinément la main que Sev me présenta pour m'aider. Il me lança un regard visiblement blessé et surpris.
« Qu'est-ce qui se passe ? Dis le moi, Harry… C'est important.
- Rien.
- S'il te plaît, Harry, nous n'y arriverons pas si tu continues comme cela. Concentre-toi encore. Tu dois pouvoir repousser ce type de sorts, tu en es capable.
- J'en ai marre, tu entends ce que je te dis à la fin ! Je suis épuisé !
- Je le sais parfaitement.
- Alors, écoute-moi pour une fois ! Tu m'entraînes sans relâche depuis maintenant quinze jours. On ne vit plus que pour me préparer à ma confrontation à Voldemort. Je n'en peux plus ! Demain, c'est Noël, je n'ai pratiquement eu aucune intrusion depuis plus d'une semaine…
- Tu mens et je ne suis pas dupe le moins du monde.
- On pourrait faire autre chose… N'importe quoi, du moment que ce ne soit pas en liaison avec cette foutue guerre. Je vais devenir cinglé si je reste encore enfermé ici une seule minute de plus. J'ai besoin de sortir, même une heure, c'est tout ce que je te demande, je t'en prie, Sev...
- Non. »
La réponse froide et laconique de Severus m'exaspéra encore un peu plus, si c'était possible et mon regard se fit un peu plus dur à son encontre :
« Je ne te dois rien, Sev ! Je n'ai pas à t'obéir !
- C'est exact.
- Et arrête de faire comme si tu t'en fichais !
- Je n'ai jamais pensé une telle chose alors s'il te plaît, arrête de tirer des conclusions hâtives sur ce que je pense ou ce que je ressens pour toi.
- Pardon ? Tu plaisantes, j'espère. Tu m'as caché la vérité pendant plusieurs jours, tu as comploté derrière mon dos avec Drago, tu ne m'as pas dit une parole aimable depuis des jours ! C'est toujours pareil ! 'Relève-toi'… 'Concentre-toi'… 'Bats-toi'… J'ai l'impression de n'être plus rien d'autre qu'une arme ! Comme avant ! Tu ne fais que me pousser au delà de mes forces ! Tu te sers de moi, comme tous les autres ! »
Je n'eus même pas le temps de réagir que la main de Severus s'abattit sur ma joue, violemment. Je manquais de tomber, je reculais d'un pas et sentis aussitôt ma peau brûlante et rougie sous le coup. Il me regarda décontenancé, comme surpris de son propre geste, de son emportement. Ma vision se troublait légèrement, des larmes menaçant de me submerger à tout instant. Nous nous regardions intensément, la tension entre nous était presque palpable, tous les non-dits, les explications avortées depuis mon arrivée à Londres, le fait que je l'ai trompé avec son filleul, les entraînements et la menace de Voldemort, comme une ombre nous séparant chaque jour davantage, tout ressurgissait brusquement comme un torrent, une vague monstrueuse balayant tout sur son passage :
« Je… je suis désolé, Harry.
- Non, tu ne l'es pas. Inutile de mentir.
- Qu'est-ce que tu cherches à la fin ?
- Rien… Je n'en peux plus et tu refuses de l'entendre, tu refuses de me croire.
- Qu'est-ce que tu fais ? »
Sans un regard à son intention, je me dirigeais vers la porte :
« Je sors, j'ai besoin de respirer, je ne supporte plus d'être enfermé, ici avec toi !
- NE FAIS PAS CA !
- Quoi ? Tu comptes me frapper encore pour m'empêcher de partir !
- HARRY ! NE SORS PAS ! TU N'ES PAS DANS TON ETAT NORMAL : IL TE DIRIGE, TU LE LAISSES TE DOMINER COMPLETEMENT !
- NON ! »
Sev me tira brutalement le bras et me retourna pour que je me retrouve face à lui :
« REAGIS !
- FICHE MOI LA PAIX !
- Ne sors pas d'ici, seul ! Si tu ne souhaites pas rester avec moi, demande à n'importe qui ! Granger, Daniel, Drago… Mais, ne fais pas cette bêtise, tu m'entends ! Ne pars pas seul ! Il te manipule encore, il veut t'attirer hors d'ici ! C'est un piège !
- Lâche-moi !»
Je ne supportais plus ce confinement, oppression tellement douloureuse, cette impression d'être étouffé dans ce manoir, d'étouffer dans mon corps, dans mon cœur, mais aussi dans ma tête, les hurlements de cet homme, le souffle de Malefoy, les sifflements du Serpent. Je repoussais violemment Severus me dégageant de sa prise et sans même en avoir conscience, il poussa un cri, je venais de le brûler littéralement avec ma magie. Je ne lui laissais pas une seconde et franchissais la porte, courant à perdre haleine jusqu'à la sortie. Je l'entendais, il m'appelait, sa voix puissante et qui me paraissait dans l'instant si désespérée, me suppliait de ne pas quitter le manoir mais je devais sortir. C'était plus fort que moi, plus fort et violent que tout ce que je n'avais jamais vécu jusqu'alors, un appel au plus profond de mon âme, une clameur sourde et lointaine et je transplanais sans savoir même où je voulais vraiment aller dès que j'atteignis enfin la limite de protection de la propriété des Prince.
La sensation désagréable d'un fil qui vous attire et puis, une lutte, mon esprit savait, je ne devais pas suivre cette destination inconnue. La voix de Sev résonnant comme une mise en garde, je venais de quitter le manoir sans même lui laisser une chance de m'approcher encore, de me retenir et lorsqu'enfin, je rouvrais les yeux, je regardais inquiet tout autour de moi, ma main crispée férocement autour de ma baguette de houx. Soulagement. Je reconnaissais parfaitement les lieux, j'étais comme à chaque fois que je me sentais perdu, terrorisé, devant cette grande demeure un peu trop sombre, au milieu de ce parc, encore désert à cette heure de la matinée. J'étais venu instinctivement dans le seul endroit au monde où je m'étais senti en paix avec le monde, avec les autres, avec moi. Chez lui, à Beauxbâtons. Je soupirais. Pour la première fois depuis des heures, je n'entendais plus les cris, les hurlements, les clameurs, j'étais comme libéré de l'emprise du Serpent, étrange comme si brusquement les visions que Voldemort m'avait envoyées s'étaient atténuées. Peut-être trop loin de son influence maléfique. C'était tellement apaisant. Je savais que ce n'était que pour un moment mais ce vide, cette paix et ce calme inattendu étaient merveilleux.
La demeure de Severus était toujours aussi sombre, lugubre, avec cette impression d'être laissé à l'abandon depuis de très nombreuses années, une ruine indescriptible. Je sursautais lorsqu'un animal, peut-être un rat se faufila derrière les serres où Severus avait semé et planté des espèces végétales rares et indispensables à la réalisation de ses potions. Je poussais la porte qui grinça dans un bruit sourd. Je pénétrais dans le corridor d'entrée de cette demeure que je connaissais si parfaitement et je me précipitais vers le salon. J'étais chez moi, pour la première fois depuis des semaines, je me retrouvais enfin, au milieu de ces odeurs de papier et de livres vieillis qui occupaient des pans entiers de mur, de hautes bibliothèques chargées au point de menacer de s'écrouler à tout moment. Comme je l'avais fait des milliers de fois, je m'agenouillais devant le feu de cheminée. Je jetais un simple 'incendio' et le feu se mit à crépiter doucement dans les secondes qui suivirent, la chaleur douce se répandait aussitôt dans la pièce faiblement éclairée.
Maintenant, tout me paraissait plus facile, je m'adossais contre le fauteuil, celui-là même où j'avais avoué à Severus que je l'aimais mais que j'étais également amoureux de son filleul depuis toutes ces années, là où j'avais enfin fait le premier pas en reconnaissant mes sentiments si profonds et différents pour ces deux hommes. C'était il y a quelques semaines et pourtant cela me semblait être dans une autre vie, si loin de moi, désormais. Depuis Gin nous avait quittés, je revoyais encore le visage fermé, déchiré de Blaise, de ses frères, de son père dans ce couloir aseptisé et blanc. Molly se trouvait à Sainte Mangouste, totalement anéantie, les médicomages étaient de moins en moins optimistes en ce qui le concernait, comme si la mort de Ginny avait été pour elle l'épreuve ultime, elle ne souhaitait plus se battre, elle avait quelque part renoncé. Est-ce qu'une mère peut se remettre un jour de la disparition de ses enfants ? D'abord, Ron, il y a sept ans, et sa fille, il y a quelques semaines, le jour même où je quittais cette maison pour revenir à Londres. J'avais aussi découvert la Malédiction des Ombres qui me tuait doucement et inexorablement. Il m'appelait à lui, à travers le voile. J'avais de plus en plus de mal à lutter contre ces intrusions brutales. Je savais juste qu'un homme du Phénix était retenu par ce monstre, torturé, mourant en mon nom… Et c'était encore pire que toutes les douleurs physiques.
Je réalisais brusquement que j'avais laissé Severus, seul au manoir. Il devait être déçu par mon attitude immature, furieux et surtout terriblement inquiet. Il devait se sentir tellement responsable de n'avoir pas pu me retenir, malgré toutes ses promesses. Avec n'importe qui, il aurait probablement lancé sa magie sans l'ombre d'un remords, immobilisant la personne d'un Stupefix ou d'un sortilège de Jambencoton, pourtant, il n'avait pas osé y recourir contre moi et maintenant que je n'étais enfin plus sous l'influence du Serpent, si loin de tous, tout me paraissait tellement plus clair, comme si la brume qui recouvrait mon esprit avait été miraculeusement levé en une seconde, toutes mes erreurs, mon manque de confiance en lui totalement injustifié, mon emportement inconsidéré, tout avait disparu comme par magie. Je regrettais amèrement de l'avoir laissé, de l'avoir blessé, même si à ce moment-là, je n'en avais pas le moins du monde conscience. Je le réalisais seulement à présent. Ce n'était plus vraiment moi qui agissais, j'étais complètement dominé, écrasé par la force de Voldemort. J'aurais tant voulu qu'il soit à mes côtés, je l'imaginais me cherchant un peu partout dans Londres, sur le chemin de traverse, à Grimmaurd peut-être. Lors de la dernière réunion au manoir des Prince, j'avais exigé que plus aucun membre du Cercle ne s'aventure seul, nulle part, quelle que soit la mission à accomplir… Pour que personne ne soit en danger plus que nécessaire et pourtant, par mon inconséquence, je venais de risquer ma vie et surtout la vie de l'homme que j'aime parce que je ne parvenais plus à repousser ce salopard de mon esprit.
Le répit fut cependant de courte durée car ce fut à cet instant précis que je sentis ma cicatrice s'ouvrir : ce n'était même plus de la douleur, ce n'était même plus de la souffrance, c'était au-delà… Un déchirement inouï. Je me retrouvais à nouveau dans cette grotte, dans ce lieu sombre et humide, froid et terrifiant, comme à chaque fois qu'il m'envoyait une vision, qu'il m'attaquait. Toujours la même silhouette recroquevillée de l'inconnu, son dos tailladé, ses os saillants dans ce corps amaigri à l'extrême, il semblait à peine en vie désormais. Son râle étrange devenait un bruit terrifiant. Qui que soit cet inconnu, il était en train de mourir pour moi. Lucius se tenait à côté, hautain, effrayant, son regard semblait me traverser de part en part, comme s'il n'était maintenant qu'à quelques mètres de moi, sa baguette orientée vers un autre corps, replié sur lui même, des cheveux bruns tombant sur une nuque trop connue, vêtu d'une longue robe de sorcier, noir. NON ! PITIE ! NON ! Mon cri mourut dans ma gorge, lorsque je perçus un ricanement sinistre, je me sentais glacé de l'intérieur, comme anesthésié, anéanti :
« Ecoute-moi, Petite émeraude, le Maître t'envoie ce message de ma part. Je suis avec ton amant, ce bon vieux Severus… Endoloris…
- ARRETEZ POURRITURE ! NE LE TOUCHEZ PAS ! »
Je voyais le corps de Sev se tordre affreusement, son visage était d'une pâleur extrême, sa bouche pincée en un rictus de souffrance. Ce n'était visiblement pas le premier impardonnable auquel il devait faire face. Ma tête me faisait encore plus mal si c'était possible, comme si ma cicatrice se fendait littéralement, mon esprit s'ouvrait complètement à son intrusion, je me sentais presque hors de mon corps, je hurlais de rage et de douleur :
« Oh… Le petit lion rugit. Figure toi, mon petit chat que notre espion l'a capturé à Grimmaurd. Un hasard des plus heureux, le maître était véritablement furieux que tu n'ais pas transplané comme prévu à la grotte pour procéder à la dernière phase de la Malédiction et que tu nous ais encore échappé. Tu me surprendras toujours décidément beaucoup, tu as réussi à t'opposer à son influence, c'est très impressionnant, totalement inutile finalement mais impressionnant, sans l'ombre d'un doute. Je suis d'autant plus fier parce que c'est moi que le Maître a choisi entre tous pour te faire plier, pour te détruire définitivement et pour que le dernier des rites puisse avoir lieu…
- Jamais… Vous m'entendez… Jamais…
- Encore une remarque de ce genre et ton cher Severus est mort, ma Petite Emeraude. Suis-je suffisamment clair ? Bien… Je vois que tu as parfaitement compris… Enfin, quelle malchance pour toi que Severus soit venu se jeter dans la gueule du loup, il pensait que tu t'étais réfugié au quartier de l'Ordre du Phénix. Il s'est rendu là-bas assez inconsidérément, en hurlant ton prénom, ce qui a alerté notre 'ami' commun. Moi qui tenais Severus en haute estime, je le considérais comme quelqu'un d'intelligent, de raisonné, il est pourtant tombé dans le même piège tellement grossier, comme tous les membres du Phénix depuis l'attaque de Pré-Au-Lard… Je suppose que tu te souviens de ce Noël et de cette petite surprise que vous aviez réservé notre Maître. Le même stratagème éculé comme avec toi à Sainte Mangouste, il y a sept ans. C'est incroyable, je pensais que lui au moins aurait compris et réalisé… Enfin, il va payer chèrement sa stupidité et son attachement excessif.
- Ne lui faites pas de mal !
- Salazar, moi qui croyais à une plaisanterie d'un goût plus que douteux de notre 'ami' commun, tu as vraiment des 'sentiments' à son égard. Tu sais ce qu'il te reste à faire, ma Petite Emeraude, nous t'attendons donc dans la caverne du médaillon, c'est là que nous sommes. Nous les retenons tous les deux et leur vie ne dépend que de toi. Tu disposes de cinq minutes pour nous rejoindre, après, je le tuerais. Tu as bien compris, Harry ? Il n'y aura pas de seconde chance. Alors, viens seul, sans baguette où tu ne le reverras plus jamais… L'espion t'attendra à l'entrée, il te guidera jusqu'à nous… »
Je me sentis terrassé par une ultime convulsion, le souffle court et haletant, mes yeux clos par cette douleur inouïe s'ouvraient difficilement, heurtés par la luminosité pourtant faible, ils se fixèrent lentement sur les flammes dansantes dans l'âtre. Je me redressais légèrement, m'appuyant sur mes coudes mais j'avais l'impression d'être vide de toute énergie, de toute force et je m'écroulai lamentablement, des larmes chaudes roulant sur mes joues devant cette pitoyable tentative, je revoyais sans cesse le corps de Sev, allongé à même le sol froid de la caverne, tordu de douleur. Je ne supportais pas l'idée qu'il souffre par ma faute, qu'il était tombé dans le piège de Malefoy parce qu'il m'aimait trop pour penser à sa propre vie et à sa sécurité.
Je me relevai péniblement. Je posai presque machinalement ma baguette sur le rebord de la cheminée. De toute façon, je savais que je ne tenterais rien qui mettrait en danger Sev, même si pour cela, je devais me sacrifier en me présentant sans baguette, sans défense devant Malefoy ou Voldemort lui-même. Je me dirigeais comme un automate, le pas lourd et pesant vers la porte d'entrée. Au seuil, je regardais au loin, à l'horizon le château de l'école de Beaubâtons, illuminé pour les fêtes. La neige recouvrait le parc qui s'éveillait progressivement et quelques jeunes élèves, restés pour les vacances, jouaient dans une bataille de boule de neige improvisée tandis que d'autres avaient opté pour une séance de patinage sur le lac gelé. J'aurai aimé vivre dans cette insouciance, je n'en avais jamais eu le droit, je croyais que j'avais vaincu le mal, il était revenu et s'apprêtait à me prendre ce qui m'était le plus précieux. Malefoy avait d'abord tenté de tuer Drago, à Paris, maintenant, c'était au tour de Severus. La douleur lancinante qui m'étreignait le cœur était inimaginable. Après un dernier regard sur cette maison, sur mon havre de paix, je réunissais mes forces magiques et transplanais pour un lieu où j'avais perdu Albus, où ma guerre contre Voldemort s'était précipitée avec le début de la quête des horcruxes.
Dans les secondes qui suivirent, je reconnus immédiatement la falaise, l'écho des vagues s'écrasant contre les roches. Comme je m'y étais attendu, la présence du Serpent dans mon esprit fut instantanément plus puissante et dévastatrice, je gémissais de douleur et manquais de m'écrouler quand je vis s'approcher une silhouette petite et mince, aux cheveux ébouriffés. Je fronçais les yeux :
« Qui êtes-vous ?
- A ton avis, Potter ! »
J'avais l'impression de tomber dans une dimension étrange, je me trouvais face à mon double parfait, un autre moi, identique en tout point :
« Comment ? Comment est-ce possible ? Qui êtes-vous ?
- Enfin, tu n'as jamais brillé par ton intelligence. J'ai pu m'en rendre compte à plusieurs reprises, tu es d'une naïveté affligeante, Potter, si prompt aux bons sentiments. J'ai du mal à croire que tu sois le seul à avoir pu te mesurer à mon Maître, tu es si insignifiant à côté de sa toute puissance…
- Je l'ai vaincu et je le ferai encore !
- Comment oses-tu défier ainsi mon Maître, sale petit arrogant ?
- Je vous ai posé une question : Qui êtes-vous ?
- Tu n'as toujours pas compris, infâme sang-mêlé. Comment crois-tu que j'ai pu attirer Rogue sans encombre dans ce piège, l'amener à Lucius sans difficulté ? Je n'aurais jamais pensé que ton fol attachement pour ce traître fut réciproque mais c'est pourtant la stricte réalité… Cependant, il a été un des plus brillants Mangemort, un parfait espion, pendant des années, jouant un double jeu auprès de notre Maître, je ne pouvais pas faire l'erreur de le sous-estimer, il demeure bien trop méfiant et soupçonneux pour suivre quiconque, excepté…
- Moi…
- Oui, alors j'ai usé de cette ruse grossière, il n'y a qu'en prenant ton apparence que je pouvais le convaincre ! Comme il y a sept ans, j'avais pris l'apparence de la seule personne en qui tu faisais confiance aveuglément, ce sale loup-garou pour que tu partes de Sainte-Mangouste et que tu fuis loin de ton si précieux petit blondinet, traître à son sang… C'était tellement drôle de te voir perdre toutes tes petites illusions quand je t'ai fait croire qu'il t'avait trahi, qu'il avait volontairement initié ce combat, ton visage se décomposait au fur et à mesure que je te parlais, c'était tellement jouissif… Je faisais d'une pierre deux coups, je me vengeais quelque part pour mon Maître et je me débarrassais de toi pour pouvoir mener à bien ma mission pour ramener le Seigneur des Ténèbres…
- SALO…
- Attention, Potter… Je doute que tu sois en mesure de te montrer si irrespectueux. Lucius et le Langue de Plomb nous attendent pour procéder au dernier des rituels qui permettra enfin le retour de notre Maître à tous. Oh, j'ai failli oublier que ton cher Rogue et notre vieux prisonnier espère également ton arrivée… Suis-moi et ne t'avise pas de faire un seul mouvement brusque, je dispose d'un système d'alerte, s'il m'arrive quoi que ce soit, Lucius le saura aussitôt et il en saura fini de ton amant et de son compagnon d'infortune. Alors, pas de stupide et téméraire tentative, Potter. Compris ? »
Je hochais de la tête en signe d'acquiescement, pas certain que ma voix soit assez sûre pour prononcer la moindre syllabe. L'autre moi souriait d'un air atrocement mauvais, il se rapprocha de moi en deux enjambées et planta durement sa baguette dans mes côtes.
« Avance, maintenant… »
Il me fit signe et nous nous dirigeâmes vers l'intérieur de la caverne, laissant derrière nous la lumière blafarde et grise de ce jour d'hiver. Nous nous retrouvâmes devant la paroi où il y a si longtemps, Albus avait laissé des marques de son sang pour nous permettre d'arriver jusqu'au lac des Infero, jusqu'au médaillon de Serpentard.
« Tu sais ce que tu dois faire, n'est-ce pas ? »
Je murmurais :
« Secare. »
Une légère entaille rouge apparut aussitôt sur la paume de ma main droite que je posais sur la paroi rocheuse froide et rugueuse. Au fur et à mesure des mouvements que je réalisais, se dessinait une arche magique, entrée de la caverne. Alors que je m'avançais à gauche vers le lac sombre, ma propre voix plus sinistre m'intima l'ordre de changer de direction :
« Tu es cinglé, Potter ! Avec les infero ! Non, prends le petit passage de droite, ici ! »
Je m'avançais dans ce sombre et étroit tunnel, j'étais obligé de me baisser, de me recroqueviller pour que ma tête ne heurte pas le bas plafond de la caverne. Notre progression était lente, difficile, il me parut que notre avancée dura des heures… Et puis, brusquement, le chemin se fit plus large, remontant légèrement. La baguette de mon double était toujours enfoncée contre mes côtes. J'aperçus alors une lumière un peu plus forte, bien que tremblotante. Je me retrouvais à l'entrée d'une cavité plus petite que celle du lac, sombre et terrifiante et mon regard se porta instinctivement vers le corps recroquevillé de Sev. Je me précipitai vers lui sans réfléchir, courant à sa rencontre. Je m'agenouillais et serrais son corps tremblant de toutes mes forces :
« Sev… Sev… Je t'en prie, parle moi…
- Ha… Harry…
- Oui, c'est moi, je suis là, ne t'en fais pas…
- Tu… Tu n'aurais jamais dû venir… Je ne suis pas important… Toi si.
- Ne dis pas de bêtises, tout va s'arranger… Sev, je suis désolé, tout est de ma faute, je suis tellement désolé…
- Quelle touchante retrouvaille ! Heureux de te voir finalement, Petite émeraude ! Tu es légèrement en retard, tu sais décidément comment te faire désirer… »
La voix grinçante et sinistre de Malefoy semblait résonner dans ce lieu, je me redressais légèrement, prêtant enfin attention à ce qui m'entourait. A quelques mètres de Sev, il y avait le corps de l'autre, de ce prisonnier que j'avais vu se faire torturer des centaines de fois, il était encore plus faible que dans mes souvenirs les plus récents. Sa respiration n'était plus qu'un râle atroce. Un léger raclement de gorge attira mon attention. Devant moi, trois silhouettes, celle de mon double satisfait d'avoir accompli sa mission, un homme petit et malingre, vieux et courbé, et Malefoy, arrogant et hautain, plus fier encore que lorsque je m'étais retrouvé face à lui à Paris.
« Alors, comment vas-tu, Harry ?
- Libérez-les ! C'est moi que vous voulez ! Laissez-les partir tous les deux !
- Par Salazar, crois-tu vraiment être en position de négocier, ma Petite Emeraude ? ENDO… »
Mes yeux s'ouvrirent de stupeur, la baguette du blond visait Severus et sans réfléchir, je me jetais sur le corps de mon amant et d'un Protego, fit apparaître un bouclier magique nous protégeant tous deux de l'impardonnable. La voix de Lucius fut alors un hurlement :
« COMMENT OSES-TU ? AVADA KEDAVRA ! »
Le rayon vert fusa en direction du corps amoindri à quelques mètres qui se figea dans un ultime spasme, un dernier raidissement.
« Que ce soit clair, Potter, encore une petite blague comme celle-ci et le prochain est pour ton si précieux Severus !
- Lucius, je doute que le Maître apprécie ton accès de colère, tu viens de me faire perdre ma couverture ! Sept années de travail foutu en l'air !
- S'il te plaît, ce cinglé de Fol Œil n'en avait plus que pour quelques heures tout au plus ! Ta couverture ne tenait plus de toute façon !»
Je regardais médusé le corps trop maigre, lacéré et sans vie. Maugrey, Maugrey, je venais de tuer Maugrey, par ma seule faute. Je murmurais, plus pour moi-même un triste :
« Pourquoi ? Pourquoi ?
- Il était mort de toute façon !
- Mais…
- PLUS UN MOT ! »
Le ton effrayant du blond fit reculer presque machinalement mon double, je le fixais attentivement et compris. Son visage se tordait, grimaçait. Les effets du polynectar s'atténuaient progressivement et la frêle silhouette fit place à une carrure massive et forte. Peu à peu, ses traits se déformèrent, ils paraissaient moins réguliers, moins fins, les cheveux ébouriffés laissèrent place à une longue chevelure soyeuse, d'un brun profond. Des rides marquaient le contour de ce regard féroce. Les yeux verts, parfaite copie des miens, devinrent des yeux noirs, aussi sombres que l'était l'âme d'Amycus Carrow que je reconnus enfin.
« CARROW…
- Oui, Potter…
- Mais, Maugrey… Il nous avait dit… Vous étiez mort…
- Non, JE vous ai dit cela, à la demande de mon Seigneur, après la bataille de Noël. J'ai sacrifié sept années de ma vie, sept années à passer pour ce cinglé de Fol Œil, travaillant au ministère, frayant avec des sales sangs de bourbes, des putains de sang-mêlés, des traîtres de la pire espèce. J'ai capturé l'auror lors de l'attaque de Pré-Au-Lard. Je croyais m'être débarrassé de cette garce de Mac Gonagall lorsque j'ai vu ce salopard boiteux tuer ma sœur Alecto. J'allais lui lancer l'avada pour la venger quand le Maître est arrivé. Il avait d'autres projets pour lui, pour nous deux en fait. Il a ordonné que je prenne sa place, son métier, ses amis, sa vie pendant sept ans, je devais espionner, te manipuler pour sa gloire éternelle. Je suis devenu l'Espion du Maître depuis la disgrâce de l'autre infâme crapule que tu défends. Je suis un mangemort de premier plan aux yeux de notre Seigneur, reconnu au même titre que Malefoy ou en son temps Barty Croupton Junior. »
Il me lança un regard satisfait, avant de se retourner vers Lucius. La rivalité entre les deux hommes atteignaient des paroxysmes, chacun avait largement contribué à ce jour béni où tous s'inclineraient pour l'éternité devant leur Maître, chacun attendait ma fin, ils en seraient récompensés comme personne et se disputaient visuellement la place de second tant convoité. Lucius Malefoy fit un sourire hautain et asséna avec prestance :
« A toi l'honneur, Amycus !
- Impero, Marbovick ! Amenez Potter, attachez-le ! Il faut procéder au dernier rite ! Le Maître attend !»
L'homme courbé, acquiesça faiblement, le regard vitreux et absent. Il se dirigea vers moi, lentement, j'étais toujours à genoux, près de mon amant, dont le souffle me semblait encore plus ténu à chaque seconde. Malefoy reprit de sa voix terrifiante :
« Ecoute-moi attentivement, tu fais un geste, un seul et Amycus tuera ton cher Severus dans la seconde, as-tu compris ? »
Je hochai la tête, puis je serrai fermement la paume de la main de Sev, froide et tremblante et je me relevai à l'approche du vieil homme.
« Ligare »
Deux cordelettes épaisses se serrèrent autour de mes poignets, je ne pus retenir un gémissement lorsque la pression s'accentua.
« Levicorpus »
Mon corps décolla magiquement, il flottait à peine à quelques centimètres du sol. Grâce à sa baguette, le petit homme me ramena vers le blond, je tremblais, je n'osais imagine en quoi consister le dernier rituel de la Malédiction des Ombres. Je crois que je compris lorsque je vis son regard abject posé sur mon corps, les cordelettes se fixèrent aussitôt au bas plafond de la cavité. Je n'étais plus qu'une marionnette, attaché, sans aucun pouvoir. J'essayais de ne penser plus à rien, je cherchais désespéramment à entrer en contact avec les yeux de Severus, mais l'ancien espion était groggy, épuisé, le visage déchiré à maintes reprises, du sang suintait de ses blessures. Cette vision me faisait mal.
En une lente litanie, j'entendis le Langue de plomb, psalmodier le poème qu'avait découvert Drago dans le grimoire manuscrit de Salazar Serpentard :
« Dans ce monde de l'au-delà, aux yeux de tous cachés
Ame à jamais maudite et souillée,
Par la Malédiction des Ombres, du voile, tu refuseras l'entrée,
Jamais, tu ne franchiras le passage sacré,
Par cet acte odieux, ton enveloppe charnelle de ton âme détachait.
Pendant sept révolutions, ton corps reconstruit par les rites sacrés,
Tu guideras ton ennemi, pur et dévoué,
Celui qui avait vaincu, repoussant dans le voile, le mal à jamais terrassé
En échange de l'éternité, tu offriras son âme violée et dérobée à jamais… »
Il répétait inlassablement ses vers et ma tête bourdonnait férocement. Je sentis alors le froid de la caverne, ma cape arrachée par Malefoy, ses doigts glissant sur le tissu de mon pantalon, il était trop proche de moi, son souffle dans mon cou, son visage humant mes cheveux, son corps contre le mien.
« Petite Emeraude, pour l'éternité du Maître, ton âme violée offerte… Et ton corps…
- Non… Ne… Pas ça… Pitié… »
Déchirement… NON !
A suivre…
