Coucou me revoila!!
Non vous ne revez pas je suis déjà de retour et je ne viens pas les mains dans les poches en plus, j'ai un chapitre! Je ne sais pas s'il est meilleur que le précédent, mais en tout cas il est plus long!
C'est un chapitre important, il raconte le début de l'histoire de Grindel. Qu'elle est son lien avec Line? voilà ce qu'on découvre aujourd'hui. Et nous faisons la rencontre de la mère de Line.
L'histoire n'est pas finie. Vous connaitrez bientôt, si cela vous interesse bien sûr, toute l'histoire. Elle est liée à une autre histoire, qu'on entre-aperçoit aussi dans ce chapitre, la reconnaitrez-vous?
Mais celle-ci sera dévoilée encore plus tard. On en a déjà parlé en fait. Mais tout finira par être expliqué. C'est long mais je ne perd pas le fil, il ne faut pas s'en faire! C'est qu'en plus d'être bavarde, j'ai un objectif moi!!
Bon bah je vais vous laisser lire en vous espèrant une bonne lecture comme toujours. Merci à tous ceux qui me lisent encore et merci lorelei pour ta review, ça m'a fait très plaisir!
Donc bonne lecture tous! Je ne lacherai pas j'irai au bout de cette histoire!
37. Le pouvoir
Line, stupéfaite, passa plusieurs minutes à fixer la porte close. Difficile pour elle de mettre un nom sur le sentiment qui l'habitait en cet instant. Elle n'arrivait pas à mettre le doigt dessus.
En fait, il s'agissait d'incrédulité pure et simple. Tout lui paraissait surréaliste dans sa situation. Il lui semblait que d'un instant à l'autre, elle allait se réveiller et qu'elle serait dans son lit, à bord du Sunny. En tendant l'oreille, elle entendrait les cris de ses compagnons dans les couloirs.
Il était impossible qu'elle soit prisonnière d'un équipage inconnu, cloîtrée dans une chambre sordide, privée par je ne sais quel procédé de ses pouvoirs.
Impossible qu'on lui apporte un petit déjeuner malgré sa captivité et qu'on la prie de participer à un soi-disant déjeuner affublée par-dessus le marché d'un horrible amas de fanfreluches vulgaires.
Cette dernière pensée lui vint quand elle daigna enfin se lever pour examiner machinalement la robe qu'on lui demandait de passer. L'exubérance des frous-frous bordeaux du jupon n'avait d'égal que la profondeur du décolleté. La robe correspondait parfaitement à l'image que Line se faisait de la tenue type de l'entraîneuse de bar. Elle laissa retomber le vêtement avec dégoût sur le dossier du fauteuil en se promettant que jamais elle ne porterait une chose pareille. Le short en jean et le débardeur usés qu'elle avait négligemment passés la veille lui semblèrent à cet instant le summum de l'élégance.
Bientôt l'agitation la gagna à nouveau. Elle ne toucha pas à ce que l'étrange femme lui avait apporté et fit les cent pas pendant les heures qui suivirent. Il lui fallait comprendre, pour trouver une solution. Pourquoi ce type l'avait-il enlevée? Ses paroles lui revinrent en mémoire et la firent frissonner. " Tu apprendras à m'aimer" Avait-il dit. Est-ce que cette fille avait dit vrai? Est-ce qu'elle était supposée être la "nouvelle conquête" du capitaine de ce navire? Cela lui semblait ridicule. On n'était plus au moyen âge, on n'enlevait plus les femmes comme ça… Il aurait fallu que ce type soit complètement fou…
Mais il y avait autre chose. Cet homme avait montré de l'intérêt pour ses pouvoirs.
On attendait peut-être autre chose d'elle finalement.
Malgré sa situation, cette pensée la rassura un peu : si on s'intéressait tant à ses pouvoirs, ça signifiait sûrement que l'effet du produit qu'on lui avait injecté n'était pas définitif. Ou qu'il y avait un antidote. Bref, que ses pouvoirs n'avaient pas disparu. Elle les retrouverait.
Mais alors, qu'est-ce que cet homme voulait? Elle, ou ses pouvoirs?
Elle s'assit soudain sur le lit, dépitée. Une vérité déplaisante venait de lui apparaître : ça pouvait bien être les deux.
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- QUOIII ?!!!
- Je…. Je…. Capitaine…
Le vieil homme recula en tremblant. La colère de Stefan était connue pour être dévastatrice.
- Tu ne l'as JAMAIS essayé ?? Jamais?
- Mais je suis certain que ça fonctionnera… La théorie…
- Tu sais ce que je lui dis à la théorie?!! J'ai trouvé une perle et tu as peut-être terni son éclat à tout jamais! Qu'est-ce que je vais faire si elle a définitivement perdu ses pouvoirs? Hein? Qui m'accompagnera sur le chemin de la grandeur?
- Mais Capitaine, vous êtes vous-même extrêmement puissant….
- Et alors ? Cela suffit-il? Non! Cela ne suffit pas!
Le jeune homme se mit à arpenter la pièce de long en larges en faisant de grands gestes courroucés. Grindel se mordit les lèvres, sentant venir l'orage.
- Jamais je ne pourrais devenir le seigneur des pirates dans ces conditions! Hurla le capitaine en frappant du poing la porte du cabinet qui se fendit.
- Capitaine, vous êtes fort et entouré par un équipage des plus…
- Un ramassis d'êtres imparfaits, bourrés de faiblesses!
- Mais vous…
- Je ne peux pas espérer devenir le maître des océans en traînant avec moi la honte de ma faiblesse! Tu n'as pas réussi à me protéger du granit marin avec ta science! Cette fille est ma solution! Et tu viens peut-être de la détruire!
- Je vous assure…
- SILENCE!!! Rugit le jeune homme en se mordant furieusement un doigt.
Le médecin déglutit. Il savait que quand le capitaine en venait à parler ainsi, la situation était grave. Il était celui qui le connaissait le mieux. L'homme s'entourait des plus puissants compagnons, afin de se construire un équipage invincible. Il possédait le fruit du Cobra, qui le rendait incroyablement dangereux, mais cela ne lui suffisait pas. Cela ne lui suffirait jamais. Le jeune capitaine, à la fois beau et puissant, nourrissait l'obsession de la perfection dans tous les domaines.
La moindre de ses particularités était par exemple qu'étant soucieux notamment de conserver indéfiniment charme et beauté, il ne cessait de se lancer tous sortes de défis de séduction pour se prouver à lui-même l'efficacité de son charme. Il avait passé des années à courtiser les plus belles femmes croisant son chemin, et ne rencontrant que peu de résistance, avait décidé finalement de corser un peu plus le jeu. Depuis quelques mois, il satisfaisait ce caprice en enlevant des femmes contre leur gré et en se lançant le défi de les séduire malgré tout. Jusqu'à présent, elles avaient toutes cédé.
Mais sa quête de perfection avait une conséquence moins triviale.
En réalité, malgré sa réussite dans tous les domaines et la puissance qu'il avait acquise, Stefan Vaughn vivait dans la peur d'être un jour vaincu. Et cela lui était insupportable.
Etait-ce le souci de ne pas être le meilleur dans tous les domaines ou bien la simple peur grossière de se faire tuer? Grindel ne le savait pas, et ne se serait jamais risqué à poser la question.
Stefan recherchait donc, par tous les moyens, à devenir invincible.
Il exigea d'abord de Grindel de trouver une solution à ce qu'il estimait sa seule faiblesse : sa sensibilité en tant qu'utilisateur de fruit du démon au granit marin. Mais le médecin échoua bien sûr.
Habitué à se saisir par la force de ce qu'il souhaitait, il entrepris alors de s'emparer des pouvoirs les plus puissants possible au travers de son équipage. Il recruta les hommes les plus forts qu'il trouva, et se mit à choisir avec plus de soin les femmes qu'il continuait d'enlever, ne pouvant se débarrasser de ce vice. En plus d'être belles, il fallait à présent qu'elles aient quelque chose de plus.
Mais il n'était jamais rassuré. Il sombrait souvent dans la mélancolie, exposant au vieux médecin, seul témoin autorisé de son obsession, des scénarios terribles de défaites dans lesquels l'ennemi utiliserait des armes de Granit Marin pour l'anéantir.
Même s'il affichait en public le visage de l'assurance, le capitaine du "Serpent d'Eau" était en réalité un homme rongé par l'angoisse.
Grindel aurait du se douter qu'en apprenant l'existence d'une femme telle que Line, le capitaine n'aurait de cesse de la posséder. D'une beauté insolente, elle possédait un fabuleux pouvoir dont elle ne soupçonnait pas elle-même l'étendue. Un pouvoir qui ne connaissait aucune limite. Si ce n'est celle qu'il avait lui-même créée.
Il espérait qu'elle céderait rapidement. Le capitaine ne supporterait pas le contraire.
Elle le rendait déjà fou après leur première rencontre.
Le vieil homme fut soudain tiré de ses pensées par son capitaine hors de lui :
- Grindel est-ce vous allez enfin me répondre?! Est-ce que oui ou non vous avez une solution?!
- Capitaine, j'ai créé ce produit, Le rassura-t-il de sa voix la plus douce. Je vous certifie que l'antidote fonctionnera parfaitement, même si je n'ai pas eu l'occasion de l'essayer. J'ai énormément étudié la question. Les zones du cerveau qu'il inhibe sont….
- Je ne veux pas savoir comment ça marche. Fit soudain le jeune homme d'une voix plus calme.
Une autre caractéristique du capitaine Vaughn était sa façon de changer d'humeur en un instant. L'essentiel… Continua-t-il. C'est que ça marche.
Il se mit à marmonner quelque chose d'incompréhensible dans sa barbe. Grindel retint son souffle : difficile de savoir à ce stade s'il avait évité une crise.
Mais le jeune homme se remit à sourire et reprit toute son assurance habituelle.
- Hé hé… Puisque tout est bien, je vais aller me préparer pour mon rendez-vous!
Il ajusta sa veste et sortit de la pièce d'un pas décidé, non sans avoir jeté un coup d'œil à son reflet dans le miroir accroché au mur près de la porte.
Le médecin soupira et alla s'asseoir à son bureau. Il n'avait pas menti au capitaine : il était sur de lui et de son antidote. La conception de ce produit avait constitué l'expérience la plus stimulante et la plus extraordinaire de sa carrière. Il brûlait d'étudier Line. Mais il lui faudrait d'abord attendre que Stefan ait obtenu tout ce qu'il voulait d'elle. Sa soumission, son entrée dans l'équipage, et …. Un certain nombre d'autres choses dont le vieux médecin n'avait cure.
Il ouvrit doucement un tiroir de son bureau et en retira les documents qui s'y trouvaient un par un. Ensuite, il prit un coupe-papier et l'utilisa pour détacher délicatement une plaque de bois fin qui recouvrait le fond du tiroir. En dessous, il trouva un petit carnet noir. Il le prit et l'ouvrit à la première page. Il avait commencé à écrire dans ce carnet peu après sa rencontre avec celle qui lui avait permis de repousser les limites de la science. Il avait pu grâce à elle, étudier l'inexplicable, et sinon comprendre son origine, au moins son fonctionnement.
Elle s'appelait Lily.
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Vingt-cinq ans plus tôt.
Grindel n'avait à l'époque rien d'un pirate. Il vivait sur une petite île et était le médecin attitré des quelques familles qui vivaient dans les environs. Il habitait une petite maison sur la plage, qu'il avait rachetée à un homme désireux de laisser son logis pour partir à l'aventure. La maison était prolongée d'un petit ponton auquel était amarrée une vieille barque. Le docteur disait à ses patients qu'il l'utilisait pour la pêche. Il ne s'agissait somme toute que d'un médecin de campagne banal. Sinon apprécié des villageois, il était au moins respecté. Un médecin tranquille et sans histoires.
Enfin c'est ce qu'on aurait pu croire. Mais le vrai Lucius Grindel était tout autre. Le médecin ne se satisfaisait pas des rhumes et des maux de ventre qu'on lui donnait à soigner. Il avait soif d'autre chose. Son intellect avait besoin d'être stimulé par d'autres défis.
Ainsi, continuellement frustré par l'absence de patient atteint d'un mal suffisamment retors pour l'intéresser, Grindel avait prit un jour le parti de s'en créer.
Il pensa d'abord utiliser des animaux sauvages. Mais l'île n'était pas riche en forêts. Il n'y avait guère qu'un petit bois qui n'abritait rien de plus gros que quelques sangliers.
De plus, Grindel s'avéra un exécrable chasseur. Il réalisa ses premières expériences sur des lapins. Le médecin guettait l'arrivée des navires et s'empressait d'examiner tout malade contagieux à bord. Il prodiguait des soins… et faisait quelques prélèvements..
Qu'essayait-il de créer? Lui-même ne le savait pas. Mais les résultats étaient intéressants. En mêlant ce qu'il prélevait sur les malades et les substances qu'il récupérait dans la nature, il parvenait à concevoir des potions dont les effets s'avéraient parfois fulgurants. Trop fulgurants.
Les pauvres bêtes ne survivaient jamais assez longtemps pour être convenablement étudiées.
Il lui fallait autre chose que des lapins pour exercer son art.
Il résolut donc de dénicher quelque chose de plus résistant.
Un de ses patients, atteint de goutte, était fermier. Le docteur le convainquit de payer ses soins en animaux. Bientôt, le médecin eut le moyen de se fournir régulièrement en cochons.
On commença à parler au village. On voyait le médecin rentrer régulièrement de ses visites avec un nouvel animal. On crut d'abord qu'il commençait un petit élevage. Mais on ne voyait pas l'enclos de fortune qu'il avait devant chez lui se remplir. Les porcs ne se reproduisaient pas. Et il en ramenait toujours.
Grindel ne se souciait pas des racontars. Il savait qu'aucun autre médecin n'aurait l'idée de s'installer dans une île si insignifiante. Les villageois pouvaient parler, ils ne pouvaient pas se passer de lui. Des enfants se mirent à l'appeler "sorcier" et à roder devant sa maison.
Quand il sortait de chez lui le soir, les mains gantées encore tachées de sang pour s'emparer d'un autre cochon, il percevait leurs gloussements de terreur. Mais cela lui était indifférent, il se sentait très satisfait à présent. Bien que…. ses créations lui semblaient orphelines sans autres patients que des cochons pour les éprouver. Cependant, le médecin n'en était pas encore à convoiter des cobayes humains. Non pas que cela lui aurait paru inconvenant ou immoral, la réalité crue était plus triviale: il n'en avait seulement pas encore trouvé le moyen sans se faire prendre.
Six ou sept ans plus tard.
Le médecin vivait seul ainsi depuis plusieurs années. On l'appelait moins souvent. Les villageois le trouvaient étrange, inquiétant. Les enfants qui l'espionnaient jadis grandissaient et se mettaient à raconter des choses. Il achetait désormais directement les animaux.
Il y avait de plus en plus de monde sur l'île. La chute de Roger avait conduit beaucoup de monde à prendre la mer et des bateaux pirates accostaient régulièrement.
Quelques mois avant l'exécution du Seigneur des Pirates, Grindel avait découvert avec stupeur qu'il avait de nouveaux voisins. Un couple venait de s'installer dans une vieille bicoque à l'abandon depuis des lustres à l'orée du bois non loin de chez lui. Cela le dérangeait, il ne voulait pas de nouveaux fouineurs. Il attendit qu'on vienne le déranger pour une raison ou pour une autre mais rien ne se passa. Les villageois avaient du raconter à ces gens suffisamment d'histoires à son sujet pour qu'ils ne s'approchent pas de lui. Et cela lui convenait parfaitement ainsi.
Pourtant, une nuit, une chose qui devait bouleverser son quotidien se produisit.
Il reçut une visite.
Il était plus de minuit et il travaillait à la lueur de chandelles, ce qui était difficile car il avait besoin d'y voir clair. Il comparait des tissus de lièvre et de porc au microscope, suite à une expérience ratée. Le lièvre, un animal gigantesque, avait survécu à l'expérience et remuait dans une cage trop petite pour lui. De la bave coulait de sa gueule et il poussait de temps en temps un cri aigu. L'animal était enragé. Le médecin aurait du grelotter de froid car le feu était éteint dans la cheminée depuis des heures, mais il était si concentré qu'il ne s'en était pas aperçu.
Soudain, on frappa à la porte et le médecin sursauta au point d'en renverser son microscope. Cela le mit en colère.
- Mais qu'est-ce que c'est que ça? Rugit-il. Qui vient me déranger à une heure pareille?!
Il se leva en grommelant et se dirigea vers la porte avec la ferme intention d'envoyer paître l'insolent qui se permettait de le déranger. Et peu importe si quelqu'un à l'article de la mort requérait son aide, il n'était pas d'humeur.
Le médecin défit donc le verrou de mauvaise grâce et ouvrit la porte. Et ce qu'il vit devant lui fit perdre ses moyens. Il ouvrit grands ses yeux globuleux pendant que ses lunettes glissaient sur son nez.
Une femme à la beauté surréaliste se tenait devant lui. Elle était grande, vêtue d'un long manteau bleu nuit ourlé de fourrure serré autour d'elle, soulignant une silhouette à la fois fine et élancée. Une longue crinière blonde lui tombait en vagues sur les épaules et jusqu'au bas du dos. Son visage avait quelque chose d'enfantin, et pourtant n'évoquait que sensualité. Ses lèvres pleines, d'un rose soutenu, contrastaient avec sa peau claire et lisse. Mais ce dont l'homme ne pouvait détacher le regard, c'étaient ses yeux. Ils ressemblaient à deux émeraudes d'un vert profond et brillant. Et elle le fixait de ces yeux pénétrant dans rien dire, lui donnant l'impression qu'elle voyait à travers lui. Il eut la brusque certitude que c'était effectivement le cas, et il se sentit nu.
Ce fut elle qui finit par rompre le silence.
- Puis-je entrer ? Demanda-t-elle poliment.
Contrairement à ses projets initiaux, Grindel n'envoya pas paître sa visiteuse et s'écarta au contraire pour la laisser entrer. Il y a des visites qui ne se refusent pas.
Il ne l'avait pas reconnue immédiatement car il ne l'avait jamais vue de près, mais il se rendit compte qu'il devait s'agir de la femme qui s'était installée à l'orée du bois avec son compagnon. Elle était blonde elle-aussi.
Elle pénétra dans la pièce et son regard s'arrêta sur la cage du lièvre qui se secoua en grognant et crachant.
- Hum… Et bien…. asseyez vous. Dit le médecin en enlevant un tas de vêtements d'un fauteuil. Elle s'y installa et croisa les jambes. Elle portait de longues bottes noires qui montaient jusqu'au genou. Grindel ne put s'empêcher de les remarquer. Il fila s'asseoir à son bureau pour se donner une contenance.
- Je suis désolée de vous importuner si tard. Il fallait que j'attende qu'il soit endormi. Je m'appelle Lily.
Grindel ne comprenait pas de quoi elle parlait mais il ne répondit pas. Maintenant qu'elle était entrée, elle lui paraissait un peu moins troublante, mais il se dégageait d'elle une assurance inexplicable et inhabituelle, surtout pour une jeune femme se trouvant seule dans la maison d'un homme inconnu en pleine nuit.
- J'ai quelque chose à vous demander. C'est un peu compliqué.
- Je fais des visites pendant la journée. Il suffit de me faire appeler. Pourquoi ne pas m'avoir fait appeler si vous êtes malade ? Dit rapidement l'homme.
- Je ne suis pas malade.
- Ah bon. Mais qu'est-ce que vous faites là alors?
- J'ai besoin des services d'un expert. Quelqu'un comme vous.
- On a du mal vous renseigner. Je n'ai pas une réputation d'expert. Je suis un banal médecin de campagne. Et pour certain, je suis un savant fou. Voila ma seule renommée.
- Pour être franche, c'est précisément cela qui m'intéresse.
- Hein?!
- Oui?
- Et pourquoi diable avez-vous besoin d'un savant fou mademoiselle?
- Madame.
Le médecin prit un air suspicieux.
- Je ne vois pas d'anneau à votre doigt.
- C'est tout comme. M'écouterez vous ou non? S'impatienta-t-elle.
- Bah puisque vous êtes là.
Elle soupira.
- Et bien voilà…
Un grognement sinistre retentit soudain.
Le lièvre enragé se jeta contre la porte de sa cage et parvint à la faire céder. Il se propulsa dehors et sauta sur les genoux du médecin pour le mordre. Il réussit à le repousser de justesse en se levant et recula pendant que le lièvre, jeté sur le sol, se retournait prestement pour se tourner vers la jeune femme, toujours tranquillement assise.
- Il est enragé! Il faut faire attention!! Hurla le docteur en s'efforçant d'attraper une arme quelconque derrière lui sans tourner le dos à l'animal.
- Vraiment? Demanda la femme.
- Attention il va attaquer!!
Il se passa ensuite une chose plutôt étonnante.
Elle posa son regard émeraude sur l'animal prêt à bondir, les babines retroussées. Quand il prit son élan pour attaquer, il poussa soudain un gémissement douloureux. Il s'affaissa devant elle et se mit à reculer lentement en couinant.
- Vous pouvez le prendre maintenant. Dit-elle, toujours aussi calme.
Le médecin, abasourdi, resta interdit. En fait, à l'instar de l'animal, il ressentait une sorte de nausée, comme si une onde écrasante avait envahi la pièce.
- Et si vous voulez mon opinion, même si je sais que ce n'est pas le cas, vous feriez mieux d'abréger les souffrances de cette pauvre bête. Ajouta-t-elle d'un air dégoûtée.
Grindel prit rapidement des gants de toile épaisse sur son bureau et se saisit de l'animal apeuré.
En le remettant dans sa cage, il réfléchit rapidement. Il avait entendu parler de gens capables d'en dominer d'autres d'un regard, mais… il n'avait jamais été témoin de…. On disait que ça s'appelait …
- Ne faites pas cette tête là. Fit la jeune femme d'un air ennuyé. Cela s'appelle le Haki.
- Heu…. je le savais.
- Ce n'est pas pour ça que je suis là.
- Mais comment ??
- Un ami me l'a enseigné. Un ami très cher.
- Vous avez un ami puissant alors… Je ne crois pas que ce soit donné à tout le monde de…
- Il nous a quitté aujourd'hui. Continua-t-elle tristement. Mais ce n'est pas pour ça que je suis là.
Le médecin tâcha de se remettre de son étonnement. Il savait peu de choses sur le Haki. Juste que c'était une habilité puissante dont tout le monde ne disposait pas à sa guise. On ne pouvait pas juste apprendre un truc comme ça. Cette femme commençait à l'inquiéter, et à l'intéresser aussi.
- D'accord. Qu'est-ce que vous me voulez?
- Il se trouve que j'ai… une particularité. Et que j'ai besoin de trouver comment s'en débarrasser pour un temps.
- C'est quoi? Une verrue?
Elle éclata de rire.
- Non… En fait, je suis enceinte.
- Ah… et vous voulez vous débarrasser du …
- Non surtout pas! Vous êtes fou!
- Il faudrait savoir.
- Il s'agit de quelque chose que je vais transmettre à mon enfant.
- Mmm.
Le médecin regarda la jeune femme sous un œil nouveau. Une question lui vint tout naturellement à l'esprit en tant que docteur :
- Mais qu'est-ce qui vous fait croire que vous êtes enceinte ? Vous n'en avez pas l'air. Vous avez vu un médecin?
Elle état aussi svelte qu'on pouvait l'être, impossible de soupçonner quoi que soit.
- Non vous êtes le premier. Mais je n'ai pas besoin d'un médecin pour le savoir. Je sens que je ne suis plus seule, c'est tout. C'est très récent.
- Ah bon, vous le SENTEZ ? Mais vous savez, ça ne suffit pas ça… Commença l'homme à qui l'esprit scientifique imposait ce discours.
- Pour moi ça suffit. Je sens toutes sortes de choses. Je sens aussi des choses à votre sujet.
- Hein ?
- Oui. Quand j'étais jeune j'avais besoin de toucher les gens. Mais ça a changé. Je n'en ai plus besoin aujourd'hui.
- Mais qu'est-ce que vous racontez?!!
Elle sourit et se leva. Elle regarda tout autour d'elle et son regard se posa sur la cheminée. Elle adressa un nouveau sourire en coin à Grindel puis se tourna vers l'âtre.
Des flammes surgirent soudain de nulle part, embrasant le foyer et réchauffant la pièce d'un seul coup.
Le médecin sursauta et écarquilla les yeux, sidéré.
Elle fit un tour gracieux sur elle-même, les yeux fermés. Quand elle les rouvrit, le bureau, la cage du lièvre et la chaise sur laquelle le docteur s'était laissé tomber s'élevèrent dans les airs. Tout resta en l'air une minute, puis reprit sa place.
Grindel, paniqué, poussait des cris en s'agrippant de toutes ses forces à la chaise.
Lily retourna s'installer dans le fauteuil.
- Alors docteur ? On vous appelle "Le sorcier" par ici. Mais qu'est-ce que cela vous fait de rencontrer une vraie sorcière?
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Un cri tira le vieux Grindel de ses pensées. Il se précipita à la porte qu'il entrouvrit.
On emmenait la jeune fille déjeuner avec le capitaine. Il fut déçu de voir qu'elle n'avait pas mis la robe. Le Capitaine serait mécontent. Le médecin se promit d'envoyer quelqu'un l'obliger à mettre la prochaine. Elle se débattait. Il grimaça. Ce n'était pas bon.
Il avait eu un mauvais pressentiment le soir de l'enlèvement. Ils l'avaient trouvé dans les bras de ce garçon. C'était toujours plus difficile quand elles avaient déjà un homme dans leur vie. Ce n'était pas bon du tout.
Elle traversa le couloir et passa devant la porte entrouverte sans le voir. Elle était plus petite que sa mère mais avait cette même sorte de grâce innée. Elle tourna la tête et Grindel aperçut de nouveau ses yeux transparents. Elle avait les cheveux, la beauté de sa mère, mais ses yeux étaient aussi uniques que l'avaient été jadis ceux de Lily. Il se rappela le regard perçant de la sorcière et frissonna. Si Lily avait été en vie… il n'aurait jamais osé faire cela. Pas après avoir vu ce dont elle était capable. Il ferma la porte et s'installa de nouveau à son bureau. Le carnet était toujours ouvert.
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Grindel, sonné, n'avait su quoi répondre. Mais ce n'était pas un problème. Lily avait de nombreuses choses à dire, et elle prit la parole :
- Je dispose d'un pouvoir dont je ne connais pas l'origine. Je n'ai pas connu mes parents, j'ai été élevée par ma grand-mère paternelle. Elle avait ces dons elle aussi. Pas exactement les mêmes. Mais ça n'est pas important ça. Bref, c'est de famille. Quoi qu'il en soit, je suis recherchée. Mon compagnon, Jared, a été recruté sur le navire à bord duquel je vivais. Il est resté un mois avant que nous partions ensemble. Il ne sait pas. J'ai demandé qu'on interdise aux membres de l'équipage de lui dire ce que je suis. Ca a été un coup de foudre vous comprenez… Non je sais que vous ne comprenez pas. Mais ça non plus ce n'est pas important.
Bref, j'attends un enfant. Il aura le même pouvoir que moi. Je ne veux pas que Jared le sache. Un bébé ne pourra pas le contrôler. Il y aura des accidents. On nous verra, on me reconnaîtra et mon enfant aura sa tête mise à prix avant même de savoir marcher. C'est intolérable. Je veux que vous trouviez un moyen de mettre en sommeil ses pouvoirs, jusqu'à ce qu'il soit capable de les contrôler. Jusqu'à ce que je puisse en parler à Jared…
Le médecin fit un effort sur lui-même pour retrouver un peu de son cynisme naturel.
- Et comment voulez-vous que je fasse ça? Je suis un médecin de campagne… Je sais qu'on dit que je suis un savant fou mais…
- Vous l'êtes. J'ai un peu enquêté sur vous, vous aimez les expériences, repousser les limites. C'est de ça dont j'ai besoin.
- Et qu'est-ce qui vous fait croire que j'ai envie de faire ça? J'ai mes travaux moi… Par compassion pour votre situation peut-être?
- Non. Vous n'éprouvez de la compassion pour personne. Je vous l'ai dit Dr. Grindel. Je ressens des choses en votre présence. Je sais tout de vous. Vous allez m'aider car en cet instant, vous brûlez d'envie de me disséquer sur votre bureau pour savoir ce qui se passe dans mon corps. Je suis le défi que vous attendiez. Je vais vous laissez m'examiner. Il y a des gens haut placés dans le gouvernement mondial qui tueraient pour être à votre place en ce moment. Il y en a qui ONT tué pour ça.
Elle se pencha en avant et plongea son regard pénétrant dans celui du docteur, pétrifié :
- Car je vous prie de croire que je ne suis pas facile à attraper Docteur.
Elle se leva.
- Je vais vous montrer tout ce que je sais faire. Vous ferez les tests que vous voudrez. Tout ce qui compte, c'est que Jared ne sache rien.
Grindel ressentait une excitation comme jamais il n'en avait éprouvé auparavant.
Il pensa toutefois à une dernière chose qui le rendit suspicieux :
- Vous allez me laisser faire des tests sur vous alors que vous attendez un enfant ? Vous n'avez pas peur ?
Elle jeta un regard au lièvre dans sa cage.
- On testera avant ce qui paraîtra dangereux. Je sais que vous en avez l'habitude.
- Je croyais que vous éprouviez de la compassion pour cette "pauvre bête" ? C'est vite passé… Ironisa le docteur.
Mais elle ne plaisantait pas :
- Il s'agit de mon enfant Docteur. Vous trouverez quoi faire. Vous essayerez sur moi. Puis vous m'aiderez à le mettre au monde. Et là vous ferez ce qu'il faut. Le moment venu, nous lui rendrons ses pouvoirs.
- Pourquoi ne pas les supprimer complètement? Vous serez plus tranquille. Proposa-t-il.
Elle eut soudain un regard horrifié.
- Vous ne vous rendez pas compte de ce que vous dites. C'est déjà… si dur. Mon pouvoir, c'est moi... Je ne pourrais jamais priver à jamais mon enfant de cette partie de lui. Ce serait comme… le priver de son cœur ou de son âme! Cela fait partie de nous… Je me sens déjà si coupable. Si coupable…
Elle posa une main pensive sur son ventre.
